7. La vision sensible de Jacques Lusseyran
Concept inouï ou illusion des sens ?
p. 147-165
Texte intégral
1Loin de considérer l’œuvre de Lusseyran comme un matériau de facture exclusivement littéraire, éventuellement justifiable d’une analyse philosophique, nous estimons que figurent, en son sein, d’authentiques morceaux de philosophie – ce qui ne surprend guère, si l’on se rappelle que Lusseyran suivit des cours de philosophie à la Sorbonne entre 1945 et 1947 et enseigna cette discipline, à Salonique, entre 1947 et 1948. Nous faisons référence à tous les passages où, sans nécessairement s’écarter de la narration, Lusseyran réfléchit sur ses expériences et leur confère une portée générale. Ainsi de la fraternité à Buchenwald dans Le monde commence aujourd’hui ou de l’amour dans Conversation amoureuse. C’est une troisième expérience raisonnée que nous voudrions ici questionner : celle de sa déroutante vision sensible.
2Déroutante, cette vision l’était pour les contemporains de Lusseyran – et l’est encore pour nous aujourd’hui. Si certains se reconnaissent pleinement dans les descriptions qu’elle suscite1, son existence est contestée par d’autres qui, privés de vue, ne partagent pas cette expérience, ou qui plus généralement la tiennent pour impossible2. Par définition, un aveugle ne voit pas. Affirmer le contraire revient à duper son monde et ses lecteurs, mais surtout à desservir la cause des aveugles. Un débat qui s’inscrit au cœur des Disability Studies (ou études sur le handicap) surgit alors. Un homme dont les yeux ne voient plus mais qui se prétend voyant ne contribue-t-il pas, en effet, à propager une représentation irréaliste de la cécité et à contrecarrer la lutte contre les préjugés, entreprise dès le xviiie siècle avec, notamment, Diderot et Valentin Haüy, et dont Pierre Villey fit la pierre de touche de son œuvre3 ? N’est-ce pas même faire tristement mentir la déclaration de cet intellectuel aveugle, selon qui « [o]n ne croit plus dans les pays civilisés que l’aveugle possède le don de divination ou un pouvoir particulier auprès des puissances célestes4 » ? D’autres5 interviennent dans ce débat en soutenant que la cécité peut bel et bien s’accompagner de phénomènes visuels – mais aussi d’une vision créatrice, sans que celle-ci soit liée à un don de voyance au sens de pouvoir divinatoire. Lusseyran ne ment donc pas. Cependant son œuvre ne cesserait pour autant d’être préjudiciable aux aveugles – que Lusseyran fasse d’eux des individus diminués à l’égard de sa propre norme d’aveugle-voyant, ou leur attribue à l’inverse la même vision paradoxale et défigure ainsi leur cécité.
3Nous tenterons pour notre part d’établir, d’abord, que sous l’un de ses aspects la vision sensible de Lusseyran est non seulement irréfutable mais encore indéniable, et ne relève à ce titre ni de la seule poésie ni du mensonge. Nous verrons cependant que lorsqu’il étend le champ lexical de la vision à l’ensemble de ses états perceptifs, Jacques Lusseyran tend à confondre deux concepts, ceux de perception visuelle et d’imagination involontaire. Il est possible malgré tout et selon nous fécond de découvrir, derrière cette confusion, une conception non privative de la cécité, entendue comme lieu d’un rapport singulier au monde, que Pierre Villey notamment avait certes déjà exploré, mais dont il n’avait guère analysé, à la différence de Lusseyran, la portée philosophique.
Une requalification décisive de la figure de l’aveugle-voyant
4Il est d’abord fondamental de souligner que la vision dont se prévaut Lusseyran n’est pas celle qui se fait avec les yeux. Devenu aveugle à l’âge de 7 ans et demi, et s’apercevant, quelques jours seulement après son accident, que la lumière ne l’a pas quitté, il est en mesure de comparer, et n’aura de cesse de distinguer ces deux visions : « Ne me demandez pas, par exemple, de vous dire si vous êtes blonde ou brune, maigre ou ventripotent, de le deviner6 !» ; ou encore : « Je ne voyais plus le soleil avec mes yeux, ni les plantes, ni les visages7.» Autrement dit, Lusseyran insiste régulièrement sur le fait qu’il ne voit rien de ce que voient les voyants, si l’on entend par là les formes lumineuses et colorées sur lesquelles se fait généralement l’accord de leurs sensibilités. Notamment, tandis que la vision des yeux situe les choses à l’extérieur du corps, celle que Lusseyran découvre en 1932 s’effectue sur un « écran intérieur8 ». Loin de venir la nier, sa vision intérieure accompagne donc seulement sa cécité.
5Cependant, elle n’est pas pour autant un don de divination, qui, pour compenser sa cécité, lui aurait été conféré selon des voies miraculeuses. Lusseyran n’a de cesse de refuser d’incarner cette figure mythique de l’aveugle devin initié au secret des dieux : « Je n’ai pas de puissance divinatoire ni magnétique spéciale9.» Tout en lui étant irréductible, cette vision est en effet aussi sensible que celle qui s’exerce par les yeux. Composée comme elle de lumière et de couleurs, elle est donc également aux antipodes de la vision de l’esprit, ou intuitio mentis, que les philosophes classiques ont conçue comme l’acte suprême de la connaissance. Lusseyran écrit ainsi que les choses lui paraissaient « tout habillées, comme les objets le sont pour les yeux physiques, habillées de formes et de couleurs10 ». Il insiste en outre sur le fait que cette vision survient selon des voies parfaitement naturelles11. Elle n’est pas de l’ordre de l’hallucination, c’est-à-dire de la vision qui surgit en l’absence de tout corrélat matériel observable par les autres hommes. Ce qu’il éprouve, c’est la transformation des sensations du toucher, de l’ouïe et de l’odorat en sensations visuelles : « tous les sons, toutes les odeurs, toutes les formes, dans mon esprit, ne cessaient de se transformer en lumière, et la lumière en couleurs, métamorphosant ma cécité en un kaléidoscope12 ». Lusseyran était donc synesthète – dans le sens non pas littéraire mais scientifique de l’expression, c’est-à-dire qu’il éprouvait, à l’instar d’autres aveugles, des sentiments visuels conséquemment à des sensations issues des autres modalités sensorielles. Ce sont d’abord les lettres de l’alphabet qui lui apparurent, chacune, sous l’allure d’une couleur différente, puis les chiffres, les sons ensuite, avant qu’à tous types de perceptions ne s’associent en lui des lumières colorées13.
6Toutefois, certains des contemporains de Lusseyran ont remis en cause l’existence d’une telle vision sensible. Dans la plupart de ses textes, Lusseyran donne la parole à cette figure du détracteur : « Illusion ! Un aveugle peut entendre, toucher, respirer, deviner un paysage : il ne saurait le voir14.» Pour défaire cette objection de l’illusion des sens15, Lusseyran n’explore pas la voie de la science, et s’en explique : « les synesthésies, écrit-il, laissaient non résolu mon secret16 » – au sens où les expériences scientifiques ne saisissent pas la vision en tant qu’expérience vécue, et ne la saisiront sans doute jamais : même ce que l’on parvient à voir aujourd’hui du cerveau, par le biais d’un écran, au moyen de la résonance magnétique, n’est pas la sensation, ou ce qui est éprouvé en première personne, mais son corrélat organique. C’est pourquoi les neuro-ophtalmologues qui étudient les synesthésies ne peuvent se passer des récits que leur font leurs patients, voire des œuvres réalisées par les peintres synesthètes.
7Cette vision intérieure n’est donc pas réductible à sa dimension poétique. Lusseyran peut même aller jusqu’à écrire : « je ne fais pas de poésie du tout17 ». Ou plutôt, il reconnaît en avoir fait, et en donne la raison : « je m’étais exprimé alors d’une manière poétique, bien faite pour faire illusion. Au fond, j’avais encore la crainte stupide de choquer18 ». Aussi l’illusion n’est-elle pas sa vision intérieure, mais la tentation de la transfigurer au moyen de la poésie, afin de la faire paraître merveilleuse et irréelle.
8Ni objet scientifique, ni figure poétique, sa vision sensible est un fait de conscience19. Cependant, sa dimension hautement paradoxale inclina très tôt Lusseyran à lui appliquer un doute méthodique et volontaire : « Aussi eus-je l’idée de la mettre à l’épreuve, et même de lui résister20.» En une véritable transposition de la méthode cartésienne21, Lusseyran entreprend de douter de sa vision intérieure, et effectue deux expériences destinées à provoquer sa disparition22. Première expérience : la clôture des paupières. Celle-ci se solde par un échec : « elle [sc. la lumière] était toujours là, et plus calme que jamais ». Seconde expérience, le refus de voir : « j’essayais d’arrêter le courant de lumière exactement comme j’aurais essayé d’arrêter ma respiration ». La lumière se transforme en un tourbillon, mais elle est encore là. Lusseyran conclut : « j’étais condamné à voir ». Ainsi, tandis que Descartes, dans la première de ses Méditations métaphysiques, parvient à faire disparaître en pensée le monde sensible, le philosophe aveugle se heurte à l’impossibilité de supprimer en réalité ses perceptions visuelles – ce qui demeure conforme à la formule cartésienne video videor, « je vois que je vois », et à son caractère irrécusable : si une perception peut très bien être illusoire au sens où son objet ne se rencontre pas tel quel dans le réel (le bâton plongé dans l’eau qui apparaît brisé ne l’est pas réellement), elle ne peut l’être en cela qu’elle n’existerait pas en tant que telle (il est indéniable que je vois brisé un tel bâton). Si les perceptions de Lusseyran sont des illusions, ce ne peut être en cela qu’il ne les aurait pas.
9La lumière intérieure de Lusseyran possède ainsi la même certitude que le « je suis, j’existe23 » de Descartes. Il est cependant remarquable qu’elle s’en distingue nettement : pour Lusseyran, ce qui résiste au doute n’est pas le sujet d’une pensée libre, mais le sensible abstraction faite du sujet. « Cela voyait en moi24 », écrit-il ainsi, en une sorte de reprise nietzschéenne du « quelque chose pense25 ». Cependant, par l’affirmation de l’existence en lui de ces sensations visuelles, Lusseyran retrouve Descartes et sa conviction de la possibilité, pour un aveugle, d’éprouver de tels sentiments : « comment savez-vous que dans un aveugle-né il n’y a aucune idée des couleurs26 ? », demande l’auteur des Méditations au philosophe Pierre Gassendi en 1641. Autrement dit, Descartes, dans une sorte d’anticipation de la découverte des phénomènes synesthésiques27, naturalise, dès le xviie siècle, l’antique figure de l’aveugle-voyant : il est, selon lui, parfaitement possible pour un aveugle de voir des couleurs. N’est-ce pas dès lors Pierre Villey qui, lorsqu’il écrit que nécessairement « l’aveugle-né sera privé de la notion de couleur28 », énonce un jugement précipité29 ?
10S’il est un aveugle-voyant, Lusseyran n’est donc pas un nouveau Tirésias. Sa vision intérieure, purement sensible, n’a rien d’un pouvoir de divination, donné en compensation d’une cécité-châtiment. En cela et paradoxalement, Jacques Lusseyran s’inscrit dans la lignée de Descartes, qui, à notre connaissance le premier, a rationalisé, et arraché la figure de l’aveugle-voyant à son statut exclusif de représentation mythologique. C’est dire que l’aveugle qui voit au sens propre du terme peut de bon droit faire partie des figures réalistes de la cécité, et le refus d’une telle vision, appartenir aux préjugés à combattre, en tant qu’il est susceptible de générer violence et exclusion. Cependant, si l’on considère les nombreux textes dans lesquels Lusseyran décrit des perceptions visuelles qui, manifestement, dépassent le champ des phénomènes synesthésiques, la question du rapport de son œuvre aux préjugés de la cécité se pose à nouveaux frais.
Perception visuelle ou imagination involontaire ?
11Selon la clinique des synesthésies, de tels phénomènes ont ceci de propre d’être relatifs au sujet qui les éprouve et de ne pas faire l’accord des sensibilités – d’où leur grand intérêt littéraire, pour qui parvient, comme Lusseyran, à les mettre en mots de manière dense et frappante, et, de la sorte, à les communiquer. Mais Lusseyran décrit aussi des états perceptifs qui ne se laissent pas aisément situer dans le champ des synesthésies – à savoir, des perceptions que nous pourrions qualifier d’objectives, pour signaler qu’elles concordent parfaitement avec celles de ceux qui voient. Le paysage qu’il aperçoit de Blue Ridge Parkway en Virginie en constitue peut-être le plus net exemple : « Je voyais le paysage, et ceux qui étaient près de moi, avec tous leurs yeux, voyaient, eux aussi, le paysage, autrement, ni plus ni moins30.» Lusseyran estime ainsi qu’il voit les « forêts », les « roches » et les « monts dressés » face à lui, au même titre que quiconque jouit du sens de la vue.
12Ce sont de telles affirmations qui sont problématiques, et on peut légitimement douter de leur vérité – non pas au sens où l’on mettrait en cause la réalité des perceptions qui les sous-tendent, à fortiori lorsque des propos analogues se rencontrent en dehors de ces textes à dimension littéraire, mais en cela que l’on peut à bon droit questionner la pertinence de l’usage du verbe « voir » pour les caractériser. Pourquoi Lusseyran dit-il qu’il voit ? À cette question qui ne peut manquer de se poser, Jacques Semelin ici même apporte la réponse suivante : « S’il dit qu’il voit, c’est peut-être ainsi parce qu’il estime qu’il s’agit de la façon la plus juste de signifier son libre consentement à la vie. » (supra, p. 142) Cette dimension métaphorique de la lumière, entendue dans une perspective religieuse comme vie, liberté et joie, traverse indéniablement l’œuvre de Lusseyran. Cependant, elle ne rend pas compte d’une multitude d’usages du verbe « voir », manifestement employé, à l’instar du passage relatif au paysage aperçu de Blue Ridge Parkway, au sens de perception visuelle, ni de l’insistance de Lusseyran à distinguer ce type de sentiment des autres modalités sensorielles. Ainsi, il écrit régulièrement des phrases telles que celle-ci : « J’insiste : toute chose qui venait à ma rencontre était aussitôt vue, vue et non touchée ou entendue : elle se dessinait, prenait forme et couleur sur un écran interne31. »
13Nous avancerons donc une autre raison, que Jacques Lusseyran énonce d’ailleurs, régulièrement, dans son œuvre. Pour justifier son usage du verbe « voir », il invoque avant tout l’argument du caractère involontaire de ses percepts. À plusieurs reprises, l’écrivain philosophe prend ainsi soin de distinguer sa vision proprement sensible aussi bien de la mémoire que de l’imagination, au moyen du critère classique de la passivité, qui caractérise le rapport de l’esprit à ses sensations. Tandis que se remémorer ou imaginer des choses sensibles serait de l’ordre de l’activité, les visions intérieures de Lusseyran relèvent d’une simple réceptivité de l’esprit, lequel ne peut ni refuser, ni altérer ce qu’il perçoit :
Encore une fois, je constatais une différence infinie entre mes souvenirs ou les compositions de mon imagination d’une part, et de l’autre les choses vues. […] Les unes – souvenirs, images – exigeaient un effort mental de ma part pour entrer dans mon esprit. […] Les choses vues, au contraire, je les trouvais établies en moi avant toute évocation32.
C’est principalement pour cette raison que Lusseyran écrit souvent qu’il n’imagine pas, mais voit bel et bien – alors que ce qu’il perçoit ne relève manifestement pas de la vue au sens propre du terme.
14Nous avons de cela une première trace dans un texte où Lusseyran identifie sa vision sensible à cette expérience singulière qu’est la lecture, au cours de laquelle de simples signes noirs produisent en ceux qui voient quantité d’images colorées. À l’ami incrédule auquel il affirmait avoir tout vu d’une représentation théâtrale, Lusseyran explique :
« Après tout, lui disais-je, quand vous, vous lisez un roman, vous ne voyez pas les personnages. Vous ne voyez pas non plus les lieux de l’action. Et pourtant vous les voyez, ou c’est alors que le roman est mauvais. »33
Il s’agit donc, pour Lusseyran, de penser sa vision sensible comme une généralisation, à tous les moments de l’existence, de l’expérience littéraire, et d’en faire ainsi une espèce de « lecture continuée ». Mais l’expérience de la lecture n’est pas l’équivalent de la perception visuelle : elle convoque non pas la sensation, mais l’imagination – à propos de laquelle le philosophe des Lumières Condillac écrit ceci :
[…] elle a lieu quand une perception, par la seule force de la liaison que l’attention a mise entre elle et un objet, se retrace à la vue de cet objet. Quelquefois, par exemple, c’est assez d’entendre le nom d’une chose, pour se la représenter comme si on l’avait sous les yeux34.
Tout se passe comme si Condillac faisait ici référence à l’expérience de la lecture, et la distinguait de la perception sensible – « comme si on l’avait sous les yeux » – mais précisément la chose n’y est pas.
Une preuve encore plus nette que ses perceptions ne relèvent pas d’une authentique vision, et que Lusseyran le sait pertinemment, se trouve dans un échange qu’il a eu avec Pierre Desgraupes en 1953, avant l’émission radiophonique à laquelle il était convié – échange informel qui fut enregistré, peut-être à son insu35. Au journaliste qui lui demande ce qu’il perçoit de la pièce où il se trouve, en l’occurrence du studio d’enregistrement, Lusseyran répond ceci : « Mon Dieu ce que je vois, ou ce que j’imagine si vous voulez […] c’est un espace assez vide […]. » Lusseyran reconnaît là, explicitement, qu’il ne voit pas mais imagine – et, juste après, donne la raison pour laquelle il emploie malgré cela le verbe « voir » : « mais “imaginer” me paraît un mot assez inexact pour moi, car je ne le construis pas du tout, ça me vient spontanément ». Nous retrouvons là cette distinction qui parcourt son œuvre, entre la sensation passive d’un côté et l’imagination active de l’autre. Son erreur surgit ici nettement : Jacques Lusseyran identifie les concepts de perception visuelle et d’imagination involontaire, qui renvoient pourtant à deux facultés bien distinctes, celle qui est relative aux sentiments occasionnés dans l’esprit suite à l’impression de l’organe visuel, d’une part, et celle qui reçoit des images mentales en l’absence de leurs objets, ou, dans le cas de Lusseyran, de l’usage des yeux, d’autre part.
15Si Lusseyran produit cette confusion, c’est, manifestement, qu’il restreint l’imagination à une faculté qui est au pouvoir de l’esprit. Mais la « fantaisie », telle qu’on la nommait autrefois, n’est pas toujours active. Comme le précise Condillac, « [l]es liaisons d’idées se font dans l’imagination de deux manières : quelques fois volontairement, et d’autres fois elles ne sont que l’effet d’une impression étrangère36 ». Si le cas de la lecture est paradigmatique de l’expression d’une telle passivité, l’imagination involontaire opère aussi dans les situations ordinaires, de façon concomitante à la sensibilité, toutes les fois, notamment, qu’une perception sensible actualise dans notre esprit les traces d’autres percepts, qui lui furent une première fois associés. Mais dans tous les cas, la vivacité des images ainsi retracées rend compte du fait que nous pouvons les prendre pour d’authentiques perceptions : « Quelquefois même nos idées se retracent sans que nous y ayons part, et se présentent avec tant de vivacité que nous y sommes trompés, et que nous croyons avoir les objets sous les yeux37 », écrit Condillac dans son Essai. L’erreur de Lusseyran pourrait donc également s’expliquer par la puissance de sa fantaisie, laquelle, selon le philosophe des Lumières, fait les grands poètes, mais les piètres philosophes38. Cependant, s’il écrit des textes que l’on peut estimer de facture philosophique, Lusseyran ne se prétend pas philosophe. Il est en outre manifeste que son usage du verbe « voir » contribue à la poésie de son écriture. Mais du point de vue qui nous occupe, à savoir la question des représentations de la cécité, il est légitime de douter de sa pertinence.
16Un tel usage conduit en effet Lusseyran à écrire que tous les aveugles voient aussi bien que lui, mais l’ignorent :
Si la plupart des aveugles ne vous disent pas ce qu’ils voient, ne le savent pas, c’est parce qu’ils ne font pas attention à leur cécité, c’est qu’ils rêvent encore de posséder ces yeux physiques qu’ils ont perdus39.
D’après ces lignes, l’ignorance de la vision intérieure a pour cause le désir de posséder la vue oculaire. Si de-siderare signifie, littéralement, « cesser de contempler l’étoile », ou être en manque de lumière, les aveugles incarnent, dans cette optique, l’être même du désir et du manque, lequel serait, par essence, désir de vue. Attribuer à celui-ci l’absence de vision sensible intérieure revient à considérer la grande majorité des aveugles, qui ne disent pas qu’ils voient au sens où Lusseyran le dit, comme prisonniers de l’oculocentrisme40. Si cela n’équivaut pas à les rendre responsables de leur non vue, dans la mesure où c’est la société qui, pour Lusseyran, engendre le désir de voir41, les aveugles non-voyants n’en sont pas moins, dans ce cadre, infériorisés par rapport à sa propre norme d’aveugle doublement voyant – doué de lumière intérieure et d’une lucidité particulière. Il nous semble ainsi que ce n’est pas tant le fait que Lusseyran généralise par endroits ses expériences qui pose question – car la généralisation peut très bien s’opérer sans gommer les singularités, à l’instar de la démarche de Pierre Villey, qui décrit « le » monde des aveugles tout en soulignant l’irréductibilité de chacun42 – que sa tendance à attribuer aux « non-voyants » une foncière ignorance de leur condition. Par là même, tout se passe comme si Lusseyran participait à la perpétuation de l’idée selon laquelle la cécité (la sienne exceptée) amoindrit l’intelligence de ceux qu’elle touche, préjugé dénoncé haut et fort par Pierre Villey43.
17Par ailleurs, employer le verbe « voir », même avec la conscience de s’écarter de son sens propre, signale une certaine difficulté à considérer les aveugles comme les égaux des voyants sauf à leur attribuer à tout prix une certaine forme de vision – ce qui n’est sans doute pas le meilleur moyen de penser justement la cécité44. Un tel usage perpétue enfin la domination de la vue et sa tendance à masquer les possibilités des autres sens – possibilités que Lusseyran lui-même a explorées, mais qui, dans son œuvre, paraissent ténues tant domine la réflexion de la lumière.
La cécité : un rapport au monde singulier et critique
18Il est cependant possible de reconstituer, ici brièvement, les ressources que Lusseyran attribue aux perceptions autres que visuelles. Mais il convient pour cela de signaler d’abord une ambiguïté qui traverse ses dits et écrits. Lusseyran, nous l’avons vu, aurait soutenu qu’il imaginait les choses plutôt qu’il ne les voyait, si le terme d’« imagination » n’était pour lui synonyme de faculté active. Or, imaginer malgré soi équivaut, nous l’avons dit, à recevoir en pensée des images qui ne sont pas celles des objets présents – ce qui ne correspond pas à ce que Lusseyran dit éprouver, lorsqu’il affirme percevoir son environnement, de surcroît tel que les voyants le perçoivent. Ce qu’il reçoit ainsi malgré lui est alors plutôt de l’ordre de la perception que de l’imagination – mais d’une perception non visuelle. Si nous revenons à la brève description qu’il donne à la radio du studio d’enregistrement dans lequel il se trouve, voici ce que nous entendons :
ce que je vois, […] c’est un espace assez vide, étant donné que je n’ai rencontré presque aucun des objets qui sont dedans, mais très clair, et je crois que cela tient beaucoup à ce que tout à l’heure la fenêtre était ouverte, avant que nous ne parlions – très clair, et assez simple45.
Point d’imagination à l’œuvre, mais, apparemment, une perception suscitée par la sensation de l’air, voire du soleil, tactilement éprouvée. De tels percepts, qui, dans le cas de Lusseyran, peuvent se trouver exhaussés de phénomènes synesthésiques, sont en tant que tels éprouvés par la majorité des aveugles, et peuvent être rapprochés du « sens des obstacles », ainsi que Lusseyran lui-même le signale, et que Pierre Villey le soulignait déjà :
Il s’agit de cette faculté qu’ont la plupart des aveugles de pressentir à quelque distance la présence des objets […]. Un aveugle doué de cette faculté, rencontrant un arbre sur son chemin, au lieu de se jeter dessus s’arrêtera fort bien à un ou deux mètres de lui, quelquefois davantage, le contournera, et poursuivra ensuite sa route avec assurance. Tous ceux qui ont étudié les aveugles ont signalé ce fait46.
Aussi « la plupart les aveugles » perçoivent-ils certaines choses à distance de leur corps, au moyen principalement de leurs sensations tactiles et auditives – Villey et Lusseyran s’accordent à le souligner, mais diffèrent en ceci que seul le second emploie, pour décrire de telles perceptions, le vocabulaire de la vue.
19Un tel usage est d’autant plus paradoxal que Lusseyran déploie, dans ses essais, une critique de la vision oculaire. Si la vue est selon lui « un outil très précieux, et les aveugles, qui n’en disposent pas, font une perte grave » – en cela qu’ils perdent avec elle l’emprise sur l’espace et le temps qu’elle octroie aux voyants, elle n’en reste pas moins « un sens superficiel », qui « nous met en rapport » avec la seule « surface des choses »47. Dans ce cadre, ce que la cécité fait perdre n’est pas le monde visible, mais uniquement la visibilité du monde. Si, dans ce texte, Lusseyran refuse conséquemment d’identifier voir et savoir48, il lui arrive au contraire, dans ses œuvres littéraires, d’assimiler les deux termes, et de verser ainsi dans l’oculocentrisme qu’il dénonce par ailleurs. Voici par exemple ce qu’il écrit à propos du paysage aperçu depuis le Blue Ridge Parkway :
Allons ! Je vous l’accorde : je ne le voyais pas, je le connaissais. Mais êtes-vous suffisamment assurés de ce que vous faites de vos yeux, ou de ce que vos yeux font pour vous, pour affirmer péremptoirement la différence ?49
Connaître équivaut à voir, Lusseyran connaît le monde environnant, donc il le voit. Tel est le syllogisme à l’œuvre dans ces lignes.
20Mais si nous laissons de côté ce genre d’affirmation problématique et nous attachons aux perceptions qui les sous-tendent, nous pouvons continuer de situer Lusseyran dans la lignée de Villey et de sa lutte contre les préjugés de la cécité. L’écrivain philosophe souligne en effet que si tous les aveugles éprouvent de tels percepts, ce n’est pas qu’ils sont doués d’une sensibilité plus fine que celle des clairvoyants. « On dit couramment que la cécité accroît les perceptions auditives. Je ne crois pas que cela soit vrai50 », écrit-il dans Et la lumière fut. Or, telle est également l’une des opinions fausses que Pierre Villey entend défaire :
On croit volontiers que chez l’aveugle les sens survivants ont une finesse plus grande que ceux des clairvoyants, qu’ils sont capables de percevoir des excitations plus faibles. C’est ainsi qu’on interprète en général la suppléance des sens51.
Il ne s’agit nullement, pour Villey, de nier l’existence d’une telle suppléance, mais de la concevoir nettement pour réfuter les préjugés dont sa mésinterprétation est au fondement – au premier rang desquels figure celui qui tend à faire de « l’aveugle » un « phénomène », prompt à susciter une « admiration sans mesure »52. De même, lorsqu’à la question de savoir si « la perte de la vue » s’accompagne d’une « compensation », Lusseyran répond que « [c]ela est vrai », que « les aveugles entendent mieux que les voyants »53, il ne se contredit pas, mais affirme la réalité de la suppléance sensorielle. Et l’auteur d’insister sur le rôle de l’attention dans la mise en œuvre d’une telle compensation : « La condition, ce n’est pas de ne plus voir, écrit-il. Ce n’est pas non plus de donner une structure nouvelle aux sens restés vivants. La condition est beaucoup plus simple : c’est d’être attentif54. » Là encore, Villey n’écrivait pas autre chose55.
21Mais si ce n’est pas tant la cécité, que l’attention à laquelle elle contraint, qui permet la suppléance et la génération de perceptions spatiales autres que visuelles, alors les voyants peuvent également y accéder. Lusseyran énonce ainsi : « ce pouvoir [sc. l’attention], tous le possèdent, mais presque tous oublient de l’exercer56 ». Sur ce point encore, l’écrivain ne fait que retrouver Villey qui notait, au sujet de la suppléance sensorielle de « l’aveugle » : « Elle vient des conditions de vie qui lui sont faites, et il suffirait que le clairvoyant se soumît aux mêmes exercices pour se l’assurer57. » Pour l’un comme pour l’autre, il ne s’agit donc rien moins que d’affirmer qu’aveugles et clairvoyants seraient voués à vivre dans deux mondes séparés. Au contraire, l’expérience de la cécité ouvre d’elle-même sur la possibilité d’un univers partagé – lequel, pour Lusseyran, est plus enviable que celui de la vue.
22C’est ici que ses considérations prennent un tour inédit et proprement philosophique. La cécité, pour Lusseyran, bouleverse singulièrement le rapport de l’homme aux choses. À la relation de distance qui caractérise la vision oculaire, s’oppose celle, induite par la cécité, de rencontre avec la matérialité du monde :
Sans même y penser, nous voulons que l’univers nous ressemble et qu’il nous laisse toute la place. Eh bien ! Un petit enfant aveugle apprend très vite que cela ne se peut pas. Il l’apprend de force. Car chaque fois qu’il oublie qu’il n’est pas tout seul au monde, il heurte un objet, il se fait mal, il est rappelé à l’ordre58.
Ce heurt avec les choses et les êtres rompt en outre l’isolement paradoxalement induit par la vision ordinaire. Lusseyran écrit ainsi : « je suis redevable à la cécité de m’avoir forcé au corps à corps avec mes semblables […]59 ». Le bénéfice pratique de la vision oculaire est donc à lire comme un maléfice ontologique. À l’inverse, loin d’isoler, la cécité rapproche. Ou plutôt, si la cécité isole et enferme, ce n’est pas que l’absence de vision oculaire produit en elle-même de l’isolement, mais, pour Lusseyran, que la société interdit la proximité à laquelle la cécité, au contraire, invite naturellement60. Le sentiment d’isolement ou d’enfermement souvent décrit par les individus atteints de cécité aurait donc pour cause l’oculocentrisme, socialement élaboré.
23À cette rupture avec la distance aux êtres et aux choses engendrée par le primat de la vue, la vision sensible – qui est en réalité une perception autre que visuelle – ajoute le dépassement de la relation de domination spatiale induite par la vision oculaire : tandis que les voyants maîtrisent et surplombent l’espace qu’ils tiennent sous leurs regards, Jacques Lusseyran, pour qui les choses se donnent à percevoir par leurs masses et leurs sons, se situe toujours en lui : « Ceux qui voient marchent à travers l’espace : ils le possèdent. Moi je le transportais en marchant : j’étais son prisonnier61.» Celui qui, à l’instar de Lusseyran, découvre l’espace au fil de ses progressions, n’embrasse pas tant l’espace par sa pensée, qu’il n’éprouve corporellement sa propre inclusion dans un tout qui le dépasse.
24Enfin, les perceptions non visuelles que les aveugles, à la différence des voyants, éprouvent quasi continument, révèlent de ce tout la foncière unité. Lusseyran note : « Je pose la main (et de préférence les deux mains) sur le mur de briques de la maison, là au milieu de sa pelouse : aussitôt je connais la maison tout entière62. » D’une façon étonnamment voisine, Pierre Villey écrivait : « poser délicatement le doigt sur l’angle d’une table, sur le bras d’un fauteuil ou sur tout autre meuble à place fixe […] suffit pour dresser dans l’esprit de l’aveugle l’image de la pièce tout entière63 ». Mais seul Lusseyran en infère cet énoncé philosophique : « c’est le monde qui se donne tout entier dans chacune de ses parties64 ». Selon lui, une telle « solidarité universelle65 » des êtres et des choses surgirait, pour tous, à la faveur de la disparition des préjugés :
À la place de ce charroi d’objets morts, d’objets composés et décomposés, dont notre monde est endeuillé à chaque seconde, à la place de ces faits isolés, de ces consciences isolées, de ces monceaux et tourbillonnements de solitudes qui gagnent sur nous chaque jour davantage, nous verrions se dresser des forces vivantes66.
25Ainsi, il est regrettable que ces éléments de philosophie tendent à se trouver dissimulés par la dominance, dans l’œuvre de Lusseyran, du vocabulaire de la vision, dont l’usage le conduit à attribuer aux autres aveugles une certaine ignorance de leur condition. S’il n’y a aucune raison de contester l’existence de ses synesthésies, et si, en cela, sa vision sensible n’a rien d’une illusion des sens, il y en a une et même plusieurs à questionner la pertinence du verbe « voir » pour qualifier des expériences qui, de l’aveu de l’auteur, n’ont rien de proprement visuel. Ni illusion des sens, ni concept inouï, une telle vision intérieure est une appellation littérairement féconde, mais philosophiquement instable. L’œuvre de Lusseyran n’en a pas moins le mérite d’orienter la réflexion menée en première personne sur l’univers de la cécité du côté de ses implications philosophiques, bien plus que ne l’avait fait Villey – qui, certes, discute longuement dans son Monde des aveugles les thèses de Diderot, mais d’un strict point de vue psychologique. Une telle « philosophie de la cécité », qu’il conviendrait d’explorer, révèle non seulement qu’être aveugle n’est pas être amputé, mutilé, « déficient » comme on dit aujourd’hui, mais aussi que la vision oculaire dissimule des perceptions et des pensées de droit accessibles à tous, porteuses d’un rapport au monde radicalement opposé à celui du sujet qui se tient dans un face-à-face avec lui, et y déploie ses perspectives.
Notes de bas de page
1Par exemple Piet Devos, qui a contribué au présent volume.
2C’est notamment le cas de Romain Villet, auteur du roman Look (Paris, Gallimard, 2014). Nous le remercions de nous avoir donné l’occasion d’approfondir nos réflexions, et regrettons qu’il n’ait pas souhaité adapter au format académique, pour nous permettre de le publier ici, son texte sur Jacques Lusseyran.
3Cf. Pierre Villey, Le Monde des aveugles. Essai de psychologie, Paris, Ernest Flammarion, 1914, p. v.
4Ibid, p. 60.
5Voir, par exemple, Hannah Thompson, Reviewing Blindness in French Fiction, 1789-2013, Londres, Palgrave Macmillan, 2017, chap. 3, p. 40-56, où l’auteure constate la présence du « pouvoir narrateur du regard aveugle » (the narrative power of the blind regard) dans les discours des narrateurs aveugles, dont, entre autres, Lucien, dans le roman Look de Romain Villet.
6Le monde commence aujourd’hui, p. 148.
7« L’aveugle dans la société », dans La Lumière dans les ténèbres, p. 30.
8Ibid.
9Le monde commence aujourd’hui, p. 165.
10Ibid., p. 145.
11Cf. « Un regard nouveau sur le monde », dans La Lumière dans les ténèbres, p. 7.
12Et la lumière fut, p. 51.
13Cf. Et la lumière fut, p. 71-76.
14Le monde commence aujourd’hui, p. 162-163.
15Voir aussi « Un regard nouveau sur le monde », p. 16.
16Et la lumière fut, p. 76.
17Le monde commence aujourd’hui, p. 151.
18Ibid., p. 146. Peut-être Lusseyran fait-il ici allusion à la première édition de Et la lumière fut, très différente de celle à laquelle nous nous référons ici.
19Cf. Le monde commence aujourd’hui, p. 150-151.
20Et la lumière fut, p. 37.
21Rien d’étonnant à cela quand on sait que Lusseyran a suivi à la Sorbonne les cours de Ferdinand Alquié, grand spécialiste de Descartes. Cf. Le monde commence aujourd’hui, p. 102.
22Et la lumière fut, p. 37-38.
23René Descartes, Méditations métaphysiques, dans Œuvres, Paris, Vrin-CNRS, 1964-1974, t. IX-1, p. 19.
24Et la lumière fut, p. 39.
25Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, Paris, R. Laffont, p. 572.
26R. Descartes, Réponses aux cinquièmes objections, dans Œuvres philosophiques, Paris, Classiques Garnier, 1992, t. II, p. 806.
27On date la démonstration scientifique de la réalité des phénomènes synesthésiques des années 1980.
28P. Villey, Le Monde des aveugles, op. cit., p. 6.
29Certes, la majorité des cas connus de synesthètes aveugles correspondent à des cas de cécité non pas congénitale, mais acquise. Il est cependant impossible, selon Avinoam Safran, d’affirmer qu’il ne peut survenir de perception synesthésique visuelle parmi les aveugles-nés, entre autres raisons parce que des personnes synesthètes non atteintes de cécité rapportent avoir éprouvé des sensations visuelles originales, telles que leurs yeux ne les leur avaient jamais procurées (témoignage recueilli par nos soins le 13 février 2018).
30Le monde commence aujourd’hui, p. 162.
31Ibid., p. 142.
32Ibid., p. 144-145.
33Et la lumière fut, p. 159.
34Étienne Bonnot de Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines, Paris, Vrin, 2014, p. 90.
35« Jacques Lusseyran et son livre : voix volées », 18 avril 1953, Fonds Ina. Nous soulignons. Cet échange est retranscrit infra, p. 219-222.
36Condillac, Essai, op. cit., p. 123.
37Ibid., p. 93.
38Ibid., p. 99.
39Le monde commence aujourd’hui, p. 153.
40L’oculocentrisme, pour faire bref, consiste à identifier le voir et le savoir.
41Cf. « Un regard nouveau sur le monde », p. 19.
42Cf. P. Villey, Le Monde des aveugles, op. cit., p. 319.
43Ibid., p. 2.
44Dans ce but, Virgínia Kastrup notamment prône à l’inverse « l’affirmation de la puissance inventive […] des manières d’exister sans voir ». Cf. Marcia Moraes et Virgínia Kastrup (dir.), Exercices de voir et de non-voir, Dijon, Éditions Les Doigts Qui Rêvent, 2015, p. 17.
45« Jacques Lusseyran et son livre : voix volées », entretien cité ; voir infra, p. 219.
46P. Villey, Le Monde des aveugles, op. cit., p. 84.
47« Un regard nouveau sur le monde », p. 9.
48Ibid., p. 19.
49Le monde commence aujourd’hui, p. 163.
50Et la lumière fut, p. 44. Voir aussi Ce que l’on voit sans les yeux, p. 26 : « Il ne se produit à cet égard aucun miracle physiologique, aucune hyperesthésie morbide ou surnaturelle. »
51P. Villey, Le Monde des aveugles, op. cit., p. 61-62.
52Ibid., p. 61.
53« Un regard nouveau sur le monde », p. 20.
54Ibid., p. 21.
55P. Villey, Le Monde des aveugles, op. cit., p. 75.
56« L’aveugle dans la société », art. cité, p. 32.
57Cf. P. Villey, Le Monde des aveugles, op. cit., p. 69.
58Et la lumière fut, p. 57.
59Ibid., p. 93.
60Cf. p. 121-122.
61Ibid., p. 88.
62Le monde commence aujourd’hui, p. 163-164.
63P. Villey, Le Monde des aveugles, p. 106.
64Le monde commence aujourd’hui, p. 166.
65« Un regard nouveau sur le monde », p. 24.
66Le monde commence aujourd’hui, p. 168.
Auteur
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Marion Chottin
Chargée de recherche au CNRS, IHRIM-ENS de Lyon/Hiphimo-Panthéon Sorbonne.
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