Introduction
p. 17-19
Texte intégral
En dormant sur le même lit, on fait des rêves différents.
Dicton vietnamien, d’après Dinh Trong Hiêu
1Les forêts couvrent environ 30 % de la superficie terrestre, soit 4 milliards d’hectares dont une part non négligeable se situe dans les zones tropicales. Si la préservation de ces ressources apparaît aujourd’hui comme un enjeu planétarisé, on constate pourtant l’absence d’une définition universelle des forêts. Des tentatives existent, associant critères de surfaces, de densité et de hauteur des arbres1 ; mais les seuils et les comptabilisations continuent de varier selon les pays et les inventaires nationaux. En marge de typologies qui prennent en compte la variété des peuplements ou les réalités géographiques et climatiques, le débat international se poursuit sur des distinctions entre forêts naturelles et artificielles ou entre zones gérées et non gérées, par exemple.
Figure 1 – Les forêts du monde.

Source : Regards sur la Terre, 2007.
© Presses de Sciences Po.
2À cette confusion s’ajoute la réalité complexe des écosystèmes forestiers, créant un univers de controverses dû à la précarité des connaissances scientifiques. Cette complexité va rejaillir sur la prise en charge, déclarée urgente, de problèmes tels que le réchauffement climatique ou la biodiversité. En situation d’indétermination, sans le secours des certitudes de la science, les acteurs politiques vont être sommés d’agir au nom du principe de précaution, fondateur du développement durable. Tout en devenant équivoques, les enjeux portés par les forêts vont se construire en problèmes publics, favorisant le retour du politique, du débat, de la négociation et des stratégies d’appropriation, mais aussi des oppositions et du conflit, dans la gestion et la durabilité forestières.
3Le développement durable faisant souvent l’objet d’un « verbiage œcuménique », de discours simplificateurs et récupérateurs, il s’agit dans cet opuscule de réintroduire, par le biais du terrain forestier, un peu de complexité et de nuance autour d’une durabilité qui sous-tend l’action environnementale à tous ses niveaux. Les axes choisis (enjeux de la durabilité forestière, jeux d’acteurs et instruments) pour traiter de la gouvernance et de la gestion durable des forêts ne peuvent qu’entrouvrir les portes donnant sur les processus à l’œuvre. Mais suite aux coupes que nous avons effectuées dans les problématiques et les analyses qui ont trait aux forêts, notre espoir est que les quelques arbres laissés tant bien que mal sur pied puissent disséminer leurs graines et ensemencer le sol d’une réflexion qu’il conviendra à chacun d’enrichir par ses propres moyens.
Notes de bas de page
1Pour la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), sont considérées comme forêts « des terres occupant une superficie de plus de 0,5 ha avec des arbres atteignant une hauteur supérieure à 5 m et un couvert arboré de plus de 10 %, ou avec des arbres capables d’atteindre ces seuils in situ. La définition exclut les terres à vocation agricole ou urbaine prédominante ».
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