1 Ces groupements, que l’on désigne généralement par le nom de la localité où réside la chefferie principale, sont, dans l’actuel Burkina Faso, ceux de Bieha, Koumbili, Guiaro, Tiaccane, Po, Kampala et Tiébélé et du côté ghanéen, ceux de Nakongo, Chiana, Kayoro, Paga et Navrongo. Ce dernier groupement comprend, outre des Kasena, une forte population nankana.
2 Cette corne est prélevée, selon les cas, soit sur un animal domestique (taureau, vache, bélier), soit sur un animal de brousse. Ces spécifications tiennent à l’histoire particulière de chaque chefferie.
3 Appartenant à la classe des lὶrὶ (sing. lὶrǝ, « ce qui s’avale »), l’objet « mère du kwárá » a pour traits communs avec la majorité des objets relevant de cette catégorie sémantique : 1) d’être fixé en un lieu de l’habitation ; 2) de se présenter sous la forme d’une poterie contenant ce qu’on appellera une « soupe végétale originelle » ; 3) enfin, d’être associé à des puissances aux fonctions bien spécifiques (chasse, procréation, telle ou telle maladie, pourriture du cadavre, etc.) qui ne se confondent pas avec les puissances tangwana. Ces trois items permettent de distinguer la classe des lίrί de celle des kwárί (sing. kwárá). En effet, sous ce dernier terme sont rassemblés différents types d’objets (très souvent des cornes gainées de peau mais aussi des bracelets ou des ceintures) dont les traits communs sont : 1) d’être des objets mobiles, éventuellement portés à même le corps ; et 2) de tirer leur efficacité d’être lié à un tàŋwám déterminé.
4 Le rôle de « maître du kwárá » n’existe pas dans les chefferies de Tiébélé et de Kaya. Il nous est donc moins aisé d’interpréter les faits qu’au sujet de ce personnage Dittmer livre dans leur état brut, sans trop se soucier de rechercher les liens qu’ils entretiennent avec l’ensemble de l’organisation.
5 Cf. note 5, chapitre premier.
6 Toujours située là où, dans une maison ordinaire, se dresse le petit temple domestique, la « chambre du kwárá » est comme celui-ci une construction trilobée dont le plan général est celui des appartements de femme. En regard de ces derniers, le temple réservé au kwárá présente toutefois deux particularités : 1) sa base est située nettement en dessous du niveau du sol (un mètre à un mètre cinquante environ) ; 2) il comporte une pièce supplémentaire qui n’affecte pas la forme trilobée de l’ensemble mais allonge par une sorte de renflement curieux la plus petite des deux pièces, appelée diyuu (« tête de la chambre »), dont est composé tout appartement de femme. Cette boursouflure a pour nom diyuu gala (« ce qui traverse la tête de la chambre ») et c’est en ce lieu qu’est gardé, suspendu contre la paroi orientée à l’est, le sac du kwárá. Tel le petit temple domestique, c’est un lieu de vie quotidien pour la première femme du chef, ses enfants et, le cas échéant, la veuve du précédent chef.
7 Dittmer a relevé l’existence de différences parfois considérables dans la façon dont se déroulaient les rites entourant la succession d’un chef. Selon lui, on pourrait ramener ces différences à deux grands types. Précisons donc que les détails donnés ici n’ont pas valeur de généralité pour l’ensemble du pays kasena mais concernent les rites effectués dans les chefferies de Tiébélé et de Kaya.
8 Chaque candidat est représenté par un bâton, taillé dans le bois d’un arbre appelé caa, également utilisé par les devins pour fabriquer leur canne divinatoire. Le jour de l’entrée en lice des candidats, le propriétaire de la poterie « mère » enfonce ces bâtons à demi dans le sol du petit temple qui, dans sa maison, est réservé à la poterie-autel et à l’objet corne. Au terme de la « campagne », celui d’entre les bois qui n’aura pas été rongé par les termites désignera l’élu.
9 Un nouveau chef n’a pas à se construire de nouvelle demeure lorsqu’il accède à la chefferie ; il reste là où il est né, là où ses prédécesseurs sont nés et ont régné. Cette maison, qui porte le nom de pεsɔŋɔ, se différencie de toutes les maisons d’un village par des détails de son architecture, tels que l’existence d’une ouverture à l’est ; un temple domestique d’une forme un peu particulière ; la dimension tout à fait remarquable du tas des cendres ménagères (pùru).
10 Que cette démarche implique un acte d’allégeance, nous ne nous risquerons pas à l’affirmer d’emblée. L’existence de liens rituels entre la chefferie aînée et les chefferies de village entraîne bien une forme de hiérarchie entre les chefs d’un même groupement mais on ne peut dire qu’elle s’accompagne d’un quelconque pacte de non-agression ni même d’une sorte de protection des chefferies « cadettes » par la chefferie aînée. Bien au contraire, maints récits gardent la mémoire des guerres livrées par telle ou telle chefferie cadette contre la chefferie aînée, et vice versa, sans que soit remis en question le lien rituel qui les unit.
11 Cf. Izard, 1985. Nous sommes tout à fait consciente du caractère asymétrique de cette mise en regard. La littérature sur les Moose n’est pas très prolixe sur la fabrication de ce qu’on appelle, pudiquement, les regalia du chef. On ne sait donc pas si le processus d’expansion du naam par segmentation – très minutieusement décrit et analysé par Izard – est ou non accompagné d’un processus similaire qui serait exercé sur l’objet fétiche.
12 Chacun devra envoyer au lieu de la chefferie « aînée » qui un mouton qui une tête de bétail. Il revient au chef aîné dont les prestations de deuil sont, on pouvait s’en douter, beaucoup plus importantes – de faire acheminer ces différents biens (il prélèvera sa part au passage) vers le village du détenteur de la matrice de l’objet du pouvoir.
13 Ce n’est pas en tant que maître de la terre que le doyen du village de Boulmona intervient dans le procès de fabrication du chef de Tiébélé. Son domaine, sa « terre », ne comprend pas le site où s’étend le village de Tiébélé ; on peut même dire qu’il prend ses limites très précisément là où commence l’aire de juridiction du maître de la terre de Tiébélé.
14 Cette information, recueillie à la cour de la chefferie de Tiébélé et confirmée par nos informateurs de Kaya, n’a pu être recoupée par une enquête dans ces différents villages lointains. Annie Duperray avait déjà noté que certains chefs bisa venaient chercher dans un village kasena situé encore plus à l’ouest que Tiébélé (Ponkouyan) un puissant fétiche lié au pouvoir, mais elle ne précise pas s’il s’agit du kwárá ou d’un autre type d’objet sacré (op. cit.).
15 Fondé par une section du clan auquel appartiennent les chefs de Tiébélé, le village de Tangasso est situé sur des terres qui relèvent de la juridiction du maître de la terre de Kollo. C’est pour cette raison que l’on dit des habitants de cette localité qu’ils n’ont ni chef ni terre.
16 Selon les règles de formation des noms à base complexe en kasem, telles que les a mises au jour Bonvini (1988 :136-146), la forme lexématique du complétant/pǝ/indique que le nom pǝdigǝ « chambre de chef » est un nom complétif qui se différencie formellement et sémantiquement du syntagme complétif pεdigǝ « chambre du chef » comme le non-défini s’oppose au défini. Cette différenciation linguistique recouvre deux réalités bien distinctes : si le second terme désigne les membres de la famille restreinte du chef en exercice, le premier a un champ d’application plus large, englobant des lignages autres que celui où se transmet le pouvoir de la chefferie.
17 Lorsqu’ils veulent brûler les déchets trop importants pour être laissés tels quels sur le pùru (tels qu’en offrent en abondance les objets des Occidentaux), les Kasena observent toujours la direction et la force du vent avant d’installer leur feu bien à l’écart du tas d’ordures.
18 Comme dans les autres maisons, ce sont les placentas de tous les enfants nés dans la cour qui sont enterrés dans ce pùru. Si parmi ces délivres, on compte nécessairement ceux des chefs défunts, ce n’est pas qu’il existerait chez les Kasena une forme de prédestination à la chefferie mais bien parce que, de fait, en vertu du mode de transmission du pouvoir, un chef est toujours issu du large groupe domestique qu’abrite la maison des chefs : il y est né et a donc, forcément, son placenta enterré dans le tas d’ordures de la chefferie.
19 Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’autels d’ancêtres dans une maison de chefs. Ces autels ne sont toutefois pas construits ailleurs sur la cour extérieure, mais dissimulés soit dans les replis de l’habitation soit, comme à Kaya, quelque part au fond de l’antichambre qui flanque l’entrée occidentale de la demeure.
20 Cf Cartry (1978 et 1987) ; Geneviève Calame-Griaule (1965) ; Germaine Dieterlen (1973).
21 Les Kasena ne sont pas les seuls à établir un lien entre la figure du chef et une espèce de prédateur. Des spécialistes de l’aire « voltaïque » ont montré, en empruntant chacun des voies différentes, qu’une telle mise en relation existait chez les Moose (Izard, 1973) et chez les Gourmantché (Cartry, 1990).
22 Il désigne ainsi, à chaque fois, la personne du consultant.
23 Lieu où se déroule la consultation.