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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral De l’idylle à l’affrontement (1893-1895) Retrait de la colonne et retour au calme (1895) L’incendie de Toumodi et les soupçons sur Akafou (1899) Mort d’Akafou et révolte générale des N’gban (1902) Le retour à une paix fragile (1904) 1910 : l’annus horribilis de la résistance des N’gban La colonne des N’gban (1er mai – 31 juillet 1910) : fin de la résistance Quel bilan de la résistance des N’gban ? L’« après-guerre » La version des vaincus Notes de bas de page

    La guerre au Baoulé

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 5

    La guerre des N’gban (1894-1910)

    p. 203-280

    Texte intégral De l’idylle à l’affrontement (1893-1895) Retrait de la colonne et retour au calme (1895) L’incendie de Toumodi et les soupçons sur Akafou (1899) Mort d’Akafou et révolte générale des N’gban (1902) Le retour à une paix fragile (1904) 1910 : l’annus horribilis de la résistance des N’gban La colonne des N’gban (1er mai – 31 juillet 1910) : fin de la résistance Quel bilan de la résistance des N’gban ? L’« après-guerre » La version des vaincus Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Les N’gban figurent parmi les nvle baoulé qui se sont les plus longuement et durement opposés à la présence coloniale, les premiers à s’insurger, en décembre 1894, et parmi les derniers à se rendre, en juillet 1910. Le récit de leurs affrontements violents avec les troupes coloniales pourrait constituer le fil conducteur de toute l’histoire des différentes phases de l’opposition des Baoulé à la conquête : la réaction initiale aux exigences de la « colonne de Kong », la crise de 1899-1902, la nouvelle politique de la « manière forte » du lieutenant-gouverneur Gabriel Angoulvant, conduisant à la « pacification » définitive de la colonie, en 1910-1911. Dans leur rapport compliqué avec les « Blancs », l’attitude des N’gban fut à l’opposé de celle des Aïtou, pourtant proches dans l’espace et dans l’échiquier politique baoulé, mais qui, après une insoumission initiale aux côtés de leurs alliés, optèrent vite pour l’apaisement et la « collaboration » (voir le chap. 6). Il faut ajouter que cette longue résistance, la plus emblématique et connue en Côte d’Ivoire, est étroitement liée, pour sa première partie, à la figure singulière d’Appiah Akafou, dit Blalè, l’« homme de fer », chef des N’gban du Sud, incontournable et omniprésent dans les relations avec les Français, de la première rencontre pacifique en septembre 1893 jusqu’à sa mort en détention, le 8 juillet 19021.

    2Comme la plupart des autres nvle baoulé, les N’gban sont divisés en deux territoires distincts et deux formations politiques autonomes, les N’gban du Sud (le Ngonda) étant une émanation tardive du peuplement n’gban du Waore (le Baoulé stricto sensu). Il ne sera question ici que des premiers, qui avaient participé, vraisemblablement à partir du début du xixe siècle, au mouvement généralisé vers le Ngonda (le « carrefour »), attirés par l’orpaillage et la perspective d’établir des relais stables le long des pistes commerciales en direction du littoral, afin de réaliser des échanges avec les populations côtières productrices de sel marin et les maisons de commerce européennes pourvoyeuses d’armes à feu, poudre, outillage, alcool, tissus et produits de luxe2.

    3Ces échanges avec la côte étaient encore indirects, de proche en proche, filtrés par des « hôtes » (sikefuɛ) professionnels établis dans les localités baoulé les plus méridionales situées le long du bas cours du Bandama : Tiassalé, Niamwe, Ahoua. L’ «ouverture » du Baoulé aux maisons de commerce européennes, qui s’appuyaient sur les traitants appoloniens (nzema) auxquels elles espéraient adjoindre les colporteurs dioula, était un enjeu majeur au tout début des années 1890 et conditionna les relations entre les Européens établis sur la côte et les populations de l’arrière-pays. La tentative maladroite de se rendre au Baoulé, sans passer par les intermédiaires obligés, avait coûté la vie à Voituret et Papillon, les premiers Européens qui s’y étaient essayés en mars 18913.

    4Dans ce contexte, leur emplacement stratégique le long des pistes reliant le Baoulé aux centres d’échanges méridionaux avait donné aux N’gban du Sud un pouvoir d’obstruction considérable, les pourvoyant de ressources importantes fruit de rapines, et joua un rôle capital dans leurs relations avec les Français. L’une des pistes principales du Baoulé passait en effet par leur territoire, à proximité des villages de Moronou, Ouossou, Pokosiabo (Ayrémou), qui pratiquaient l’arrêt des voyageurs et la confiscation de leurs biens (voir § 1.5.). Plus à l’Est, à l’écart de cette piste centrale et près de l’Orumbo Boka (le relief le plus important du Baoulé, qui culmine à 527 mètres de hauteur), Kpouébo contrôlait une autre piste qui, en traversant le fleuve N’zi, convergeait vers les mêmes centres d’échanges méridionaux. Ce gros village, le plus peuplé de la région, devint la citadelle où les rebelles se réfugièrent à plusieurs reprises, jusqu’à leur dernière résistance en 1910.

    De l’idylle à l’affrontement (1893-1895)

    5Le choix de résistance à outrance des N’gban ne datait pas du tout début de la rencontre avec les Français. Au contraire, même si les rapports se dégradèrent rapidement, les premiers contacts avaient été plutôt prometteurs, grâce notamment au coup de force contre Tiassalé, réussi par les troupes coloniales guidées par le capitaine Jean-Baptiste Marchand, le 25 mai 1893, pendant lequel non seulement « le Baoulé n’avait pas bougé4 », mais plusieurs villages hostiles à Tiassalé (dont Ahoua et Niamoué) avaient donné plus ou moins activement leur soutien aux troupes de Marchand, une forte colonne de 250 hommes, dont la moitié armée5. La prise de cette cité commerciale située sur la rive droite du Bandama et le renversement de son chef étaient intervenus après plusieurs tentatives infructueuses – de la part des maisons de commerce comme des autorités coloniales nouvellement implantées sur le littoral – d’ouvrir le Baoulé aux échanges et à l’influence européenne. La proclamation de la colonie de la Côte d’Ivoire par son premier lieutenant-gouverneur, Louis-Gustave Binger, avait eu lieu le 10 mars 1893, mais le contrôle effectif du territoire était encore limité à quelques postes côtiers, où la présence des comptoirs, notamment britanniques, était relativement plus ancienne (Atger 1962). L’occupation de Tiassalé et l’installation d’un chef allié des Français constituaient alors une étape fondamentale dans l’établissement progressif du contrôle territorial et ouvraient les espoirs d’une expansion dans la région baoulé, que l’on imaginait pourvue d’une richesse qui se révéla finalement inférieure aux attentes6.

    6Du côté baoulé, la chute de Tiassalé pouvait satisfaire les groupes – comme les N’gban – qui participaient à la chaîne d’échanges concurrente, celle qui avait comme référent la localité d’Ahoua, sur la rive gauche du Bandama, pas loin de sa rivale. C’est la raison pour laquelle, avant même l’établissement de rapports directs avec les chefs baoulé de l’intérieur, les autorités coloniales nouvellement en poste à Tiassalé (le capitaine Manet, puis l’administrateur civil Pobéguin) avaient reçu les messagers d’Akafou, le chef des N’gban, qui s’empressait ainsi de rentrer en contact avec elles, après leur coup de force réussi. De cette époque datent les premières appréciations de ce chef, crédité des meilleures intentions envers les Français7.

    7Étant donné ces prémices, la première véritable rencontre entre les Français et les N’gban fut donc pacifique. Après le décès accidentel du capitaine Manet dans les rapides du Bandama (9 septembre 1893), le capitaine Marchand remonta le Baoulé dans une première mission, qui avait pour destination finale la cité dioula de Kong, alors menacée par les hommes de Samori. Marchand, son escorte et son convoi de 130 porteurs séjournèrent à Ouossou, le village d’Akafou, du 17 au 25 septembre 1893,

    le temps nécessaire pour calmer un petit roi du nom de Kouadio Okou chef des Elomois du centre [Ouarebo], lequel m’avait, comme ami de Tiassalé, envoyé une déclaration de guerre à laquelle je répondis par des cadeaux8.

    8Marchand fut finalement bien reçu par ce « petit roi », mais la rivalité entre les deux chaînes commerciales du Sud-Baoulé était clairement mise en avant dans l’analyse des attitudes respectives des N’gban et des Ouarebo. La figure d’Akafou émergeait alors comme celle d’un chef local, favorable à la présence française. Son entrée en scène était concomitante de celle du chef voisin et rival, Kouadio Okou, deux hommes que le destin unira de manière singulière et dramatique (Viti 2020, 2021a).

    9Dans les premières correspondances de l’administrateur Pobéguin, Akafou, rencontré début octobre, était qualifié de « chef principal du Baoulé »9. En l’absence de connaissances plus précises, la recherche d’interlocuteurs sur place poussait les Français à « promouvoir » les chefs bien disposés à leur égard, les chargeant de rôles et de responsabilités souvent supérieures à la réalité.

    10Le 20 octobre, Pobéguin se trouvait de nouveau à Houosso, où il pouvait adresser « une forte engueulade au chef » qui n’avait pas fait partir un courrier pour Marchand, le croyant trop loin10. Le « chef principal » était ainsi déjà ramené au rôle d’auxiliaire, que l’on pouvait « engueuler ».

    11Courant novembre, une nouvelle tournée de Pobéguin le conduisait de M’Broubou à la colline Orumbo, en passant à nouveau par le village d’Akafou, qualifié cette fois-ci de « chef de la région ». Akafou était décrit comme

    un homme robuste d’une quarantaine d’années, sérieux et peu batailleur, [qui] commande directement à une dizaine de villages et a […] beaucoup d’autorité sur ses voisins […]. Lui, et les autres chefs, sont enchantés de la leçon que nous avons donnée aux indigènes de Thiassalé qui fermaient les routes de commerce de la côte et ne demandent qu’à se rapprocher de nous pour faire leur commerce en paix. Ils considèrent notre installation à Thiassalé comme la prise de possession de tout le pays, jusque chez les Bambara11.

    12Akafou confirmait donc sa position de chef fiable et favorable à la présence française, motivé par des intérêts et des attentes spécifiques. Qu’il ait pu bien accueillir l’occupation de Tiassalé semblait logique, mais la considérer comme « la prise de possession de tout le pays » paraît exagéré, fruit de l’optimisme colonial alors de mise. Au cours du même mois de novembre, toutefois, Pobéguin avait exprimé aussi ses premiers doutes sur la fiabilité d’Akafou et des autres chefs, au sujet notamment des courriers arrêtés12. Quoi qu’il en soit, la division interne au monde baoulé était une donnée sur laquelle les autorités coloniales pouvaient déjà compter.

    13En avril 1894, le « village Housso, chef Akafou » était encore indiqué comme lieu sûr, pour y établir un poste13. Le choix tomba finalement sur Toumodi pour le poste principal, mais un « petit poste intermédiaire » fut établi à Ouossou en décembre 1894 (Monteil 1902 : 63).

    14Entre-temps, Marchand, dont la mission était de préparer le terrain pour une expédition en secours de Kong, avait pu parcourir le Baoulé jusqu’à Bouaké, rejoindre Kong, où il séjourna du 30 avril au 30 juin 1894, et revenir à Grand-Bassam le 25 septembre 189414, juste à temps pour accueillir la colonne de Kong, se mettre à sa disposition et repartir en reconnaissance au Baoulé.

    15Grâce à son optimisme inébranlable et quelque peu feint, Marchand avait convaincu le gouverneur Binger de la bonne disposition des Baoulé15. La situation allait toutefois radicalement changer lors des opérations de la colonne de Kong, dirigée par le lieutenant-colonel Parfait-Louis Monteil et destinée à la défense de la cité dioula et des régions djimini et djamala, menacées par Samori. Préparée en toute hâte à la demande pressante du capitaine Marchand, la colonne Monteil, initialement destinée au Haut-Oubanghi, fut détournée en Côte d’Ivoire, alors qu’elle était déjà à Loango, et débarqua à Grand-Bassam, capitale de la colonie, le 12 septembre 1894, « complètement désorganisée », selon les mots de son commandant (Monteil 1902 : 12)16. D’autres renforts, venant du Sénégal et du Dahomey, arrivèrent pendant les mois d’octobre et novembre, portant l’effectif à 1 220 hommes, un nombre conséquent de porteurs, 90 chevaux et 200 mulets17. Les débuts de la colonne, qui avait établi sa base à Grand-Lahou, furent particulièrement compliqués, puisqu’elle dut revenir en arrière et s’engager dans la répression de la révolte des Abouré, qui menaçaient Grand-Bassam (novembre 1894) (Monteil 1902 : 47-54 ; Weiskel 1980 : 60).

    16Marchand continuait à décrire les Baoulé comme une « population très douce » et pouvant fournir « tous les porteurs nécessaires à la colonne »18. Au contraire, l’administrateur Nebout, dès le début du mois de septembre, avant même le débarquement de la colonne, alertait sur les difficultés du portage et la fuite probable des esclaves19. Toutefois, pendant que la colonne préparait son avancée vers le Nord, les N’gban continuaient à se montrer collaboratifs. Fin octobre, les villages n’gban (Ouossou et Moronou) et ouarebo (Domo et Assounvoué) montraient leur « bonne volonté » dans le remplacement des porteurs de Tiassalé qui, arrivés à Ouossou, refusaient de poursuivre leur chemin20. Les 28 octobre 1894, « le chef Akafou [était] plein de sollicitude pour le détachement » du capitaine Desperles ; le lendemain, il s’empressait, contre rémunération en bons, de remplacer les quarante porteurs fuyards qui, la veille, avaient refusé la nourriture distribuée généreusement par le chef des N’gban. Celui-ci attribuait la méfiance et la fuite des porteurs aux agressions et aux vols fréquents le long de la route, œuvre de « bandits de la forêt » non identifiés21. Dans cet épisode, Akafou montrait déjà son habileté politique sans que les autorités coloniales semblassent s’en apercevoir, et sa mauvaise foi, qu’on lui reprocha plus tard, lorsqu’il devint patent que parmi les « bandits de la forêt » ses hommes figuraient en bonne place.

    17C’est plus ou moins de cette époque que date une image photographique du chef n’gban, posant fièrement dans son village (Atm 1895 : 377 ; Viti 2018). Les rapports étaient au beau fixe, les coloniaux pouvant encore compter sur les effets que la prise de Tiassalé avait eus sur ses rivaux comme sur ses alliés, les uns pas mécontents, les autres encore sous le choc de la cuisante défaite.

    18Le ton devint moins conciliant après le constat que les pillages des convois sur la route entre Tiassalé et Toumodi devenaient systématiques ; toute « menace d’insurrection » était écartée, mais le chef de bataillon Caudrelier appelait à mater les populations « à coups de fusil »22 et à « punir les coupables de façon exemplaire »23, sans toutefois les identifier précisément. Début décembre, le lieutenant De Léséleuc recevait des menaces de guerre – peut-être purement démonstratives – de la part d’hommes armés de Moronou (N’gban), alors qu’il se trouvait dans le village ouarebo de Domo [Lomo Sud]24.

    19À la mi-décembre, la concentration de la colonne à Tiassalé était chose faite (Monteil 1902 : 15), alors que que le commandant Caudrelier et le capitaine Desperles avaient remonté le Baoulé pour organiser une ligne de ravitaillement reliant cette localité à Toumodi et Kodiokofi, plus au Nord25, où se trouvaient déjà les administrateurs civils Charles Monteil et Albert Nebout, dans le but de recruter des porteurs pour la colonne et d’en organiser les étapes26.

    20Depuis Tiassalé, Monteil lui-même ne tarda pas à reconnaître les « difficultés de portage, auquel les indigènes ne se prêt[ai]ent qu’avec la plus grande répugnance »27. En effet, le déploiement d’une forte colonne et les demandes nouvelles et croissantes du portage finirent rapidement par exaspérer une partie importante des Baoulé, notamment les N’gban, initialement bien disposés, ainsi qu’une partie des villages ouarebo et aïtou. Tant que la présence de l’avant-garde des troupes ne demandait pas d’efforts particuliers, les N’gban s’étaient montrés disponibles, les chefs de famille pouvant louer une partie de leurs subordonnés, libres et esclaves, pour les nécessités de la colonne. Mais lorsque le portage se fit plus exigeant, les rapports se dégradèrent : les esclaves réquisitionnés risquaient de ne pas revenir chez leurs maîtres, tandis que les hommes libres supportaient mal une tâche qu’ils ressentaient comme dégradante. De plus, la quantité inédite des biens acheminés par la colonne (vivres, munitions, équipements divers), aiguisait la convoitise de populations pratiquant déjà le pillage de caravanes.

    21Le basculement des N’gban dans le camp adverse aux Français ne fut toutefois pas immédiat. Akafou eut encore l’occasion de se montrer bien disposé à leur égard, en novembre 1894, lorsqu’Asmaret, chef des Adjoukrou de Lopou, lança un appel à la révolte aux principaux chefs baoulé de la région de Toumodi 28. La nouvelle, considérée comme « invraisemblable » par le chef de bataillon Caudrelier29, était confirmée par Charles Monteil, administrateur civil de Toumodi, frère du colonel commandant la colonne de Kong et futur savant, ami et rival de Maurice Delafosse ; ce dernier, qui se trouvait aussi à Toumodi, était d’ailleurs à l’origine de cette alerte. Charles Monteil précisait que plusieurs chefs (agba, mamera, aïtou, ouarebo) avaient juré de venir « attaquer militairement [les] postes et […] faire la guerre sitôt la colonne passée », tandis qu’Akafou avait « battu les envoyés et leur [avait] dit qu’ayant accepté notre pavillon il saurait le faire respecter ». Dans la même lettre, Akafou était décrit comme « un ennemi irréconciliable et implacable » du notable de Mamera (Adjekro) Abrapokou, qui serait quant à lui la « cheville ouvrière d’un mouvement insurrectionnel futur [une éventualité qui n’était donc pas exclue] dans le Baoulé ». Le document se terminait par la rétractation immédiate du chef aïtou de Lomo [Nord] et du chef ouarebo de Toumodi ; ce dernier en profita pour dénoncer les hommes de Domo [Lomo Sud], appartenant au même nvle, comme étant les auteurs des vols sur la route30. Suite à cet épisode, Akafou reçut l’éloge de l’administrateur Nebout, qui le décrivait comme l’un « des plus puissants chefs du Baoulé, qui peut donner un grand nombre de porteurs »31. Le présumé complot se terminait dans le revirement et la délation ; la division des Baoulé, déjà ancienne, éclatait au grand jour et s’amplifiait dans les rapports avec les Français.

    22Les alliances établies par le « complot de Toumodi » se révélèrent éphémères, preuve que la situation politique, tout à fait inédite, n’était pas encore bien claire aux yeux des chefs baoulé. À peine trois semaines plus tard, en effet, le lieutenant Baratier, en mission chez les N’gban, trouvait les villages de Pokosiabo et Ouossou désertés par leurs habitants, signe évident d’hostilité. Rappelé à l’ordre, Akafou, que Baratier avait fait venir, promit la reprise du portage32 ; l’animosité des N’gban se confirma toutefois à Kpouébo, étape suivante de la tournée de Baratier (1912a : 95-99 ; 1912b : 69-70). Ce village « énorme » était vu comme « le centre de toute la population des N’gouans […], le point à occuper pour [les] réduire ». Son chef était jugé « plus fort que Akafou »33. Cette analyse de Baratier devait trouver une confirmation dramatique quinze ans plus tard (voir infra).

    23Les difficultés à recruter des porteurs se firent de plus en plus fortes, du 20 au 23 décembre, comme l’attestent les messages du capitaine Tétart et du lieutenant Haye, dans lesquels on sent la tension monter jour après jour aux alentours des villages n’gban et à Ahouakro (Aïtou)34.

    24Akafou avait du mal à contenir le mécontentement de la population face aux réquisitions de porteurs ; celles-ci pouvaient lui procurer des bénéfices personnels, mais l’isolaient peut-être de ses sujets. Les exigences du portage finirent en effet par exaspérer les esprits et amenèrent à la révolte, pendant laquelle les N’gban de Pakobo, Pokosiabo, Ouossou, Moronou et Kpouébo, les Aïtou d’Ahouakro et les Ouarebo de Lomo [Sud] furent les plus actifs dans des attaques simultanées contre les troupes coloniales, du 25 au 28 décembre 1894, auxquelles ces dernières répondirent avec une violente répression qui s’acheva au mois de février suivant35.

    25Le signal de la révolte, qui de toute évidence avait été coordonnée, vint simultanément des villages n’gban de Moronou et Ouossou, le 26 décembre, suivis d’Ahouakro, village aïtou enclavé en territoire n’gban, qui attaqua les hommes du lieutenant Haye venus chercher des porteurs le 27 (voir le chap. 6).

    Dans la journée du 26, les fractions en mouvement au nord de Bandama jusqu’à Toumodi, sur une distance de 60 kilomètres environ, [étaient] brusquement attaquées, ainsi que les postes […]. Les N’Gouans, coupables de multiples vols et pillages qui n’avaient pu être châtiés faute de moyens d’action suffisants, redout[ai]ent d’en être punis et se soulèv[ai]ent entraînant avec eux toutes les populations voisines (Monteil 1902 : 17).

    26Cette explication de Monteil, destinée à absoudre la colonne de toute responsabilité en tant que facteur de désordre, attribuait l’insurrection générale à la crainte d’une punition pour des faits – les vols et les pillages – beaucoup moins graves. Une explication d’ordre « moral », donc, qui infantilisait des pillards craignant la punition de leurs fautes, et non pas d’ordre politique, qui aurait pu remettre en cause la légitimité de l’expédition et révéler son impact négatif.

    27Les premières attaques meurtrières avaient été précédées, dans la journée du 25 décembre, de coups de feu tirés à Pokosiabo contre deux hommes du génie et des pillages organisés des convois de la colonne à Moronou et à Domo, qui n’avaient pas provoqué de victimes à cause, notamment, de la mauvaise qualité des armes employées36. Dès ces premiers épisodes d’insubordination on trouve un motif qui devint récurrent : les tirs presque à bout portant restaient souvent sans effet ou provoquaient de simples contusions.

    28En revanche, entre le 26 et le 27, les troupes coloniales subirent des pertes dans des attaques coordonnées, à Ouossou (un tirailleur tué et seize blessés, dont deux Européens)37, à Moronou, (trois tués, dont les cadavres furent « horriblement mutilés ») et à Ahouakro (deux tués et seize blessés).

    29L’épisode le plus grave eut lieu à Moronou :

    Le […] 27 le lieut. Doudoux rentrant à Toumodi est attaqué en avant de Moronou, il se porte sur le village, y trouve les cadavres mutilés de 2 de ses hommes (un 3e fut retrouvé quelques jours après)38.

    30Le petit poste de huit hommes avait été enlevé la veille au soir, après le passage du même lieutenant Doudoux, sans que rien ne laisse présager l’attaque :

    Sans défiance, les hommes causaient avec les habitants lorsque brusquement ceux-ci en grand nombre se précipitent sur eux ; trois sont tués, les autres se dispersent ; deux et le caporal se cachent pour tenter de gagner Ouosso, les 2 autres coupés des premiers ne purent rejoindre que plusieurs jours après Toumodi39.

    31Le calme partiel revenu, les analyses se voulaient rassurantes, dans l’attente d’une riposte à organiser :

    L’insurrection est localisée dans la région comprise entre Pakobo, Aouakro et Donmo. Les rebelles semblent d’ailleurs s’être éloignés de la route pour se réfugier probablement dans les bois et les montagnes situées plus à l’Est.
    […] La fuite récente d’Akafou me fait supposer que c’est ce chef qui est à la tête du mouvement40.

    [Le chef] m’a déclaré que les habitants de Dossikrou n’avaient rien de commun avec les gens d’Acafou, et que seule la région soumise à l’autorité de ce chef s’était soulevée. Même, d’après lui, les gens de Domo n’ont pas pris les armes41.

    La femme prisonnière nous a renouvelé ses précédentes déclarations relativement à la réunion à Trétrékrou d’un grand nombre des gens d’Akafou. Je suppose que c’est de cette localité que partent les groupes des rebelles qui attaquent nos détachements sur la route de Pakobo ou qui viennent tirer des coups de fusil aux environs d’Ouossou42.

    32Entre-temps, « le cadavre d’un troisième tirailleur décapité » était retrouvé dans la brousse, près de Moronou43. Ces hommes avaient eu la tête coupée44, une pratique déjà présente dans les conflits entre Baoulé et qui devint systématique dans la « guerre des Blancs », les deux parties en usant sans retenue45.

    33Un mois plus tard, le meurtre de deux messagers commis au moment des attaques d’Ouossou et Moronou était attribué non plus aux N’gban mais aux hommes de Kouadio Ekou (Okou), chef de Domo [Lomo Sud] (Ouarebo). L’information, reçue conjointement par Marchand et Nebout le 22 janvier 1895, venait du chef de Toumodikro, appartenant au même nvle mais en froid avec Kouadio Okou et allié de la première heure des Français. L’unité des Ouarebo du Sud vola en éclats à la première occasion et cette dénonciation sentait fort la manipulation :

    J’ai reçu la visite de Kofi fils du chef de Toumodi qui m’était envoyé par son père pour faire des révélations46.
    Hier, M. Marchand et moi avons appris, de source certaine, l’assassinat des miliciens Demba Amady et Demba Gaye, partis de Toumodi le 27 décembre écoulé : en sortant du village de Domo, chef Kouadio Ekou, les deux miliciens furent attaqués par une troupe de Warabos, de Domo, cachés sous la « brousse ». Demba Amady tomba le premier ; Demba Gaye, le bras cassé, eut le temps de tirer un coup de feu avant de tomber sous une seconde décharge.
    Kouadio Ekou offrit les fusils, les crânes, les mains des deux victimes, à Assounvé et Toumodi, mais ces deux villages, qui n’auraient été pour rien dans l’attentat, refusèrent ces trophées pour repousser toute complicité, et Niango Kouassi aurait même jeté de l’eau sur ceux qui lui offraient les dépouilles - dépouilles qui sont encore à Domo.
    En vous priant de bien vouloir faire instruire cette affaire, je demande le châtiment des coupables :
    à mon avis, le mieux serait de s’assurer de la personne de Koudio Ekou puis d’exiger la livraison des coupables, et en plus de la mort de ces derniers, infliger une très grosse amende au chef.
    La mort de Kouadio Ekou causerait, je crois, une révolte des Warebos, du centre et du sud47.

    34L’offrande de restes humains aux alliés était courante et signifiait un appel à la révolte en même temps qu’une compromission, qui pouvaient, ou non, être acceptés.

    35Une autre attaque sur la route pour Ouossou faisait un mort le 1er janvier 1895, tandis qu’un sergent européen mourait d’un coup de chaleur, dû à son ardeur dans la lutte. Ces attaques le long de la route venaient invariablement des bois qui l’entouraient, chaque passage étant un « véritable coupe-gorge ». Monteil découvrait ainsi les Baoulé, « d’humeur farouche et sauvage », « peu sociables » et dotés d’une « habileté de tireurs incontestable ». Ils appartenaient à « des races différentes […] souvent en guerre les unes avec les autres, mais toutes […] dominées et pillées par les N’Gouans » (Monteil 1902 : 68-69).

    36La répression de la première révolte des N’gban avait ralenti la progression de la colonne pendant environ trois semaines et devait s’achever à Kpouébo, sur l’Orumbo Boka à la mi-janvier48. Pendant ces opérations plusieurs villages furent détruits, et la colonne perdit encore quatre hommes et onze autres furent blessés49.

    37Entre le 14 et le 15 janvier, à partir d’Ouossou, plusieurs opérations conjointes furent menées contre les rebelles, sous les ordres du chef de bataillon Caudrelier. Le capitaine Boussac se dirigea sur Akouabo [Kpouébo] en traversant Trétrékrou, abandonné et brûlé par ses habitants ; son groupe d’une centaine d’hommes fut attaqué de plusieurs côtés par des guerriers embusqués « poussant de grands cris » et qui lui causèrent la perte d’un homme et firent cinq blessés50. Il y eut encore deux hommes tués, dont le sergent Samedi et cinq autres blessés, dont le lieutenant Haye, dans la section du capitaine Tétart51. L’opération comprenait aussi l’emploi d’une section d’artillerie de 42 mm attelée, qui tira 35 obus et eut un blessé52. Kpouébo fut finalement pris à la baïonnette et incendié, ses hommes s’étant cachés dans la forêt, pour attaquer le long des sentiers. Sur la voie du retour, un groupe de vingt « Buschmanes » surpris à découvert eurent quatre morts et plusieurs blessés, seul bilan de pertes déclarées concernant les N’gban53.

    38Les troupes coloniales avaient eu comme guides deux femmes prisonnières, mais les tirailleurs avaient le plus souvent tiré à l’aveugle sur un ennemi nombreux qui ne se montrait jamais. Le but principal – « s’emparer du village d’Akouabo et […] le détruire » – était atteint54, mais cette mesure demeurait inefficace sans une présence constante sur place, impossible dans le cadre de la colonne de Kong. Le bilan des opérations dressé par le colonel Monteil le 19 janvier était également marqué d’optimisme :

    Les opérations contre les rebelles commencées depuis 24 jours et menées de manière ininterrompue ont été couronnées de succès au point de vue de la sécurité de la route. […] L’action rapide contre les N’Gouans a eu pour effet de faire réfléchir les autres peuplades pour lesquelles la répression sera salutaire avertissement55.

    39Les nouvelles de la colonne avaient toutefois dû inquiéter le ministre des Colonies, si le colonel Monteil lui adressait le même jour un long message dans lequel il détaillait les raisons du retard pris par la mission sur son objectif initial56. Ce rapport avait déjà l’aspect d’une autodéfense contre des critiques qui ne tardèrent pas à se manifester.

    40Les jours suivants des actions sporadiques visèrent encore les convois : une attaque à coups de fusil entre Pokosiabo et Pakobo fit un blessé ; à la même occasion, un prisonnier obligé de porter des charges tenta de fuir : « force fut de le passer par les armes »57. Un tirailleur fut grièvement blessé lors d’une autre attaque à la sortie de Moronou, le 27 janvier58. Le 4 février, une embuscade d’une centaine d’hommes causa quatre blessés au détachement du lieutenant Grandmontagne ; en réaction, les tirailleurs firent trois morts, dont deux furent « pendus à des arbres, bien en vue »59. Le convoi du capitaine Germy subissait six attaques le même jour, lui causant quatre blessés ; d’après son rapport, les deux rebelles pendus étaient en fait des prisonniers blessés, donc encore vivants60.

    41Le 10 février, constatant une « détente » après les derniers épisodes violents, le colonel Monteil décidait finalement de « se porter sur Kodiokofikrou pour être à portée du théâtre des opérations de Samori61 ». La première révolte des N’gban était terminée mais le ressentiment couvait sous les cendres et le chef de bataillon Caudrelier ne cachait pas ses doutes sur « la sincérité de leur soumission62 ».

    42Les pertes de la colonne depuis le 25 décembre s’élevaient à treize tués et cinquante-cinq blessés63. En comparaison, les pertes subies deux mois plus tard dans les combats contre les samoriens s’élevèrent à seize tués et soixante-trois blessés. À ceux-là, il faut ajouter six tués et soixante-dix-huit blessés dans les opérations contre les Abouré ainsi que huit Européens morts de maladies (dysenterie et fièvre bilieuse hématurique) (Monteil 1902 : 38 ; 50 ; 69-70 ; 72)64. Dans aucun cas, les pertes de l’ennemi n’étaient indiquées. Le bilan était certainement très lourd pour une opération qui avait raté son objectif principal – « protéger les Djimini, le Djamala et le pays de Kong » (idem : 11) – et provoqué le soulèvement des Baoulé.

    43En effet, l’objectif officiel de la colonne ne visait nullement le Baoulé, qui devait seulement être traversé en direction de Kong65, mais les circonstances transformèrent l’expédition en une opération de « pacification » de la région, à moins que – c’était la position après coup du lieutenant-colonel Monteil – ce but non déclaré ait été prévu dès le départ66. Ce qui est sûr, c’est que la bonne disposition des Baoulé, prêts au portage, aux corvées, à l’intrusion dans leur territoire, avait été (délibérément ?) exagérée par le capitaine Marchand et entérinée par le gouverneur Binger, qui avait cru bon de s’éloigner de sa colonie pour rentrer en France juste avant le début des opérations de la colonne (Weiskel 1980 : 70).

    44Le bilan des pertes montre que les N’gban – avec le concours d’Ahouakro – avaient causé à la colonne presque autant de victimes que les hommes de Samori, appartenant à une armée organisée et dotés d’armes plus performantes. La guerre d’embuscade des N’gban se révélait très efficace mais elle allait nourrir un ressentiment qu’ils payèrent très cher quinze ans plus tard.

    45Les « événements du Sud » furent rapidement connus au Baoulé Nord : en février, le bruit y était répandu qu’« un grand nombre de "Blancs" et de soldats [avait] été tué », tandis que les N’gban avaient perdu quelques hommes seulement, car « les "Blancs" ne [savaient] pas faire la guerre » et leurs armes étaient inefficaces. Le transport était arrêté par le refus des populations mais le soulèvement redouté n’eut pas lieu67.

    46À l’issue de cet échec – jamais admis – le lieutenant-colonel Monteil put tirer des leçons tactiques de « la guerre au Baoulé », menée par un ennemi audacieux mais disposant « d’un nombre assez restreint de fusils » ; de plus, « comme ces partisans68 sont armés de fusils à pierre et qu’ils tirent toujours couchés au milieu des broussailles, recharger leur arme leur est impossible » ; par conséquent, l’ennemi « se trouve désarmé dès l’instant qu’il a tiré » et peut être capturé par des tirailleurs « désignés à l’avance » qui se précipitent sur le lieu d’où provient le coup de feu (Monteil 1902 : 77)69.

    47Le docteur Le Ray, médecin de la mission, dans son rapport médical se livra également à l’analyse de la tactique guerrière des N’gban :

    [ceux-ci] pillèrent les convois, et, obéissant à la voix de quelques chefs qui prêchaient la guerre contre le blanc, ils essayèrent de nous barrer la route. Alors commença autour de Ouosso, dans le pays des N’Gouans, une guerre de brousse, guerre d’embuscades qui dura plus d’un mois. Les indigènes, tapis dans les hautes herbes, ou dissimulés derrière les termitières, derrière les grands fromagers, dans les bouquets d’arbres qui bordent les marigots, attaquaient tous les convois : on recevait à l’improviste une décharge à bout portant, et, l’ennemi, toujours invisible, se reportait un peu plus loin sur le trajet bien connu du convoi.
    […] Fort heureusement les indigènes ne disposaient pas de fusils à tir rapide ; ils étaient mal armés et nullement disciplinés ; enfin, l’entente ne put s’établir entre les habitants de Ouosso et ceux de Toumodi. Le Baoulé tout entier ne se souleva pas, comme ils l’avaient espéré (Le Ray, in Monteil 1902 : 82).

    48Le Dr Le Ray pointait la division des ennemis, mais aucune de ces analyses ne se penchait sur les raisons politiques des insurgés. Certes, le poids des corvées de portage imposées à la population n’échappait pas aux autorités, notamment aux administrateurs civils ; les denrées et les biens transportés par les convois pouvaient aiguiser les convoitises des pilleurs ; les exactions des tirailleurs n’étaient pas toujours consignées dans les rapports, mais on peut facilement les deviner : des vols, des abus dans les réquisitions, des femmes molestées70. Mais c’étaient plutôt l’incompréhension, la méfiance, l’ingratitude des « indigènes » qui prévalaient dans les analyses, toute référence à la défense politique d’une souveraineté territoriale menacée étant absente.

    Retrait de la colonne et retour au calme (1895)

    49Les N’gban avaient été les plus actifs dans ce premier mouvement de révolte mais, initialement, leur chef n’était pas désigné comme le responsable principal ; les autorités coloniales voulaient probablement préserver Akafou, qu’elles considéraient comme le seul interlocuteur possible, tandis que les soupçons se concentraient sur le chef ouarebo « dissident » Kouadio Okou71. Malgré la participation certaine des N’gban à la révolte, Akafou semblait donc continuer à jouir de la confiance de l’administrateur Nebout :

    Ce qui a eu lieu chez les N’Gbans peut se renouveler partout : la masse ferme, fainéante des esclaves, lassée de porter, pourra compromettre les Chefs par des pillages et les obliger à fuir ou à se révolter : aussi Akafou, bien disposé, puisqu’il avait refusé de s’associer avec les Eloumois, les Sa et les Atoutous, lors de la conspiration formée contre nous à Toumodi a été amené à fuir ayant pensé qu’on voulait l’arrêter. Puis menacé par les villages de Trétrékrou et de Pouebo (instigateurs de la révolte) il a dû à Housso, tirer le premier, sous peine d’avoir le cou coupé par ses sujets (tel autrefois Fatou Aka, à Thiassalé)72.

    50Cette analyse était partagée par le colonel Monteil, qui s’évertuait à trouver des excuses à un chef dont la collaboration espérée demeurait précieuse :

    Jusqu’aux derniers temps, Akafou avait sans cesse manifesté d’excellentes dispositions à notre égard, et les rapports de MM. le capitaine Marchand, le lieutenant Baratier, Monteil administrateur de Toumodi, ne contenaient que des éloges sur son compte. À l’occasion des pillages antérieurs, ces messieurs étaient unanimes à dire qu’Akafou avait été impuissant à les empêcher, mais qu’il suffirait d’un secours moral qu’il demandait lui-même pour éviter le retour de ces faits, et que son groupe serait le premier à fournir des porteurs en grand nombre. […] Akafou a été entraîné malgré lui dans la rébellion par les auteurs des vols qui pouvaient redouter un châtiment mérité. Finalement, incapable d’enrayer les mauvais instincts de ses administrés, Akafou se jeta avec eux dans la rébellion73.

    51Akafou était jugé impuissant à contenir les siens, mais il était indispensable au maintien d’un contact avec les populations locales. La question de la sanction devint l’objet d’un échange privé entre Charles Monteil, en poste à Toumodi, et son frère aîné, le colonel commandant la colonne. Le premier considérait d’abord Akafou comme non coupable des pillages74, mais une semaine plus tard il le tenait pour responsable de la révolte intervenue entre-temps75. Akafou était également indiqué comme « meneur » dans une correspondance du capitaine Boussac, commandant du poste provisoire de Dossikrou, adressée au colonel Monteil en janvier 1895, mais, dix jours plus tard, il le présentait comme étant disponible à traiter – aveu certain de culpabilité – contre l’avis d’une partie des siens76.

    52La crise d’autorité des chefs était désormais patente, ces derniers se voyant compromis par l’indiscipline des esclaves et l’esprit de révolte de leurs sujets. Nonobstant la confiance renouvelée à Akafou, Nebout durcissait le ton et demandait au capitaine Marchand d’« écraser les N’gbans », lui reprochant même de ne l’avoir pas fait plus tôt77. Les responsabilités d’Akafou — qui avait failli être arrêté à Trétrékro (Monteil 1902 : 68) — étaient tout de même séparées des agissements des siens, ce qui le condamnait à une position fort ambiguë et à une perte réelle d’autorité.

    53Au mois de février 1895, suite à la répression et à l’essoufflement de cette première révolte78, Akafou, qui avait pour le moment sauvé sa tête, se cachait à Abli, auprès des Aïtou, qui n’ayant pas participé aux incidents pouvaient servir d’intermédiaires avec les autorités coloniales79. En cette circonstance, Akafou se révéla habile diplomate, un négociateur capable de jouer aussi bien sur les alliances entre nvle — les N’gban étant les alliés des Aïtou — que sur les différents rapports que les Baoulé entretenaient avec les Français.

    54Grâce aux bons offices des notables aïtou, la soumission d’Akafou — concomitante de celle de son rival Abrapokou — ne se fit pas attendre : Akafou se présenta le 22 février 1895 à Toumodi et fit sa soumission aux conditions suivantes : remise de deux otages, dont un fils d’Akafou et un fils d’Abrapokou, au poste ; fourniture gratuite de cent porteurs par jour pendant deux mois, pour la route de Tiassalé à Kodiokofi ; ravitaillement gratuit de mille charges d’igname et de cent moutons pour le poste de Toumodi ; restitution des « têtes des trois tirailleurs haoussas tués par surprise et mutilés à Moronou » et de leurs fusils. Les autres conditions prévoyaient la mise à mort d’un otage au moindre coup de feu tiré contre les troupes coloniales de la part des N’gban et l’engagement à fournir, contre paiement, tout ce qui sera demandé à l’avenir (porteurs, bétail, denrées). En échange, si ces conditions étaient « fidèlement observées », les autorités autoriseraient la reconstruction des villages « sur leur ancien emplacement » et accorderaient leur pardon. Akafou accepta l’ensemble de ces conditions très lourdes, mais le chef de bataillon Caudrelier, qui avait déjà renoncé à une amende en or, se montrait lui-même sceptique sur sa réelle capacité à fournir le nombre de porteurs exigé80.

    55Le même Caudrelier eut à se plaindre, une dizaine de jours plus tard, qu’Akafou ne s’était toujours pas conformé à ses engagements et qu’il était resté à Abli81. Cet aspect, qui est signalé sans commentaire, pourrait montrer l’embarras du chef des N’gban à revenir parmi les siens, qui n’approuvaient peut-être pas sa soumission ou du moins les conditions très contraignantes de celle-ci. Il se peut qu’Akafou fît preuve de duplicité, mais on ne peut pas non plus exclure qu’il fût réellement en difficulté à cause d’une grave perte d’autorité auprès des siens, dont il avait toutefois besoin pour pouvoir honorer les lourds engagements pris. En effet, les obligations prévues par la soumission requéraient de la part d’Akafou d’autant plus d’autorité au moment même où celle-ci pouvait logiquement lui faire défaut.

    56Encore le 5 avril, Caudrelier annonçait à son supérieur que les conditions de la soumission n’étaient que partiellement remplies ; en particulier, aucun otage n’avait été remis au poste. Akafou faisait envoyer ses gages au compte-goutte, de manière à laisser ouvert un canal de communication avec les autorités du poste82, mais il éprouvait de réelles difficultés à respecter les engagements pris dans un moment où les rapports de force ne lui étaient pas favorables.

    57Entre-temps, la colonne de Kong – dissoute le 18 février 1895 – avait amorcé son repli, laissant le commandant Caudrelier à la tête du Baoulé83.

    L’incendie de Toumodi et les soupçons sur Akafou (1899)

    58Après le retrait peu glorieux de la colonne de Kong, qui entraîna dans son sillage plusieurs milliers de réfugiés des pays dévastés par Samori84, pour les Baoulé s’ouvrait une période de calme relatif : les autorités civiles restées sur place, instruites par la leçon du refus du portage, essayaient de ménager les populations, renonçant à exiger toute sorte de corvées et d’impôts (Weiskel 1980 : 76-84). Malgré cela, les N’gban restaient méfiants, préférant reconstruire leurs villages à l’écart des routes, à tel point que, encore en mars 1897, le gouverneur Mouttet en tournée envisageait un nouveau peuplement de la région par les réfugiés sénoufo, comme cela était déjà le cas à Toumodi85. Le même gouverneur pouvait constater, au mois d’octobre suivant, que le village d’Ouossou commençait, « bien que faiblement encore, à se reconstituer »86.

    59Un incident, circonscrit à ses débuts, vint toutefois troubler la paix relative, en septembre 1899, et finit par déboucher sur un plus large mouvement de révolte, dans lequel les N’gban furent à nouveau parmi les principaux protagonistes.

    60L’épisode de l’incendie de Toumodi est bien connu et s’inscrit dans les tensions provoquées par la pratique récurrente du pillage des caravanes87. Le chef du village ouarebo de Domo [Lomo Sud], Kouadio Okou, faisait l’objet des attentions de l’administrateur Delafosse qui, ayant été en poste à Toumodi pendant les opérations de la colonne de Kong et jusqu’au mois de mars 1897, y était revenu en avril 1899, après son congé en France et son affectation comme agent consulaire à Monrovia (novembre 1897 – mars 1899). Revenu au Baoulé après deux ans d’éloignement, il s’était immédiatement confronté aux pillages le long de la piste centrale, une pratique courante pour les villages des alentours, les mêmes qui s’étaient révoltés en décembre 1894.

    61Ayant convoqué plusieurs fois Kouadio Okou au poste pour qu’il rende les marchandises volées aux colporteurs dioula et face à son refus d’obtempérer, Delafosse avait donné l’ordre de mettre le feu, après sommation, aux cases du chef, préalablement vidées de leurs habitants. Ce qui fut fait le 6 septembre. À son tour, Kouadio Okou, peu impressionné par la punition reçue, fit incendier l’habitation des Blancs au poste de Toumodi, dans la nuit du 8 au 9 septembre ; cet acte fut sans conséquences pour les personnes mais entraîna des dégâts matériels importants, parmi lesquels la destruction d’une partie des notes linguistiques et ethnographiques de Delafosse, qui s’en montra très affecté.

    62La riposte coloniale ne se fit pas attendre. Avec les renforts venus de Kodiokofi, de Bouaké et de l’Indénié, Delafosse organisa la chasse au coupable en fuite, pendant laquelle il se mit personnellement à la tête des « partisans » baoulé, fournis par les alliés aïtou, nanafoué et ouarebo, le même nvle auquel appartenait Kouadio Okou ; celui-ci consommait ainsi la rupture avec ses voisins des villages d’Assounvoué et de Toumodikro, qui comptaient parmi les alliés les plus sûrs des Français, depuis l’époque de la colonne de Kong. Sur cet échiquier complexe d’alliances et de rivalités intestines, les N’gban se tenaient discrètement à l’écart tout en étant soupçonnés de prêter main-forte à Kouadio Okou en favorisant sa fuite.

    63Malgré la conviction plusieurs fois exprimée par Delafosse qu’Akafou fut le principal instigateur, complice et soutien de Kouadio Okou, les instructions venant du lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire, Capest, remplacé par Roberdeau au beau milieu de cette crise, recommandaient de ne pas poursuivre le coupable chez les N’gban pour ne pas les impliquer directement. La poursuite de Kouadio Okou déboucha sur la destruction de plusieurs villages, à partir de Lomo [Sud], coûta la vie à l’administrateur Seigland et à trois tirailleurs, ainsi qu’un nombre important de blessés. Du côté baoulé, le bilan variait entre vingt et cinquante et une victimes, selon les sources, plus un nombre incalculable de blessés. Le chef incendiaire restait toutefois introuvable. À la mi-novembre, Delafosse dut suspendre les poursuites et fut envoyé à Kodiokofi remplacer Seigland ; début mars il rentra en France plus tôt que prévu, sans plus jamais revenir administrer ses Baoulé.

    64Même si les N’gban avaient été tenus à l’écart des opérations engagées contre Kouadio Okou, Akafou était nommément désigné comme l’ennemi numéro un des Français. Delafosse se distingua tout particulièrement dans les attaques réitérées contre ce chef : à au moins cinq reprises il demanda à ses supérieurs son élimination pure et simple. Dès le 13 septembre, quatre jours après l’incendie, Akafou figurait parmi les chefs à supprimer :

    J’estime absolument indispensable pour la sécurité à venir du pays que les chefs Kouadio Okou, Akafou, Assébrou et Tototi, qui avaient déjà [sic] révolté contre colonne Monteil, soient pris et fusillés et qu’une répression énergique soit opérée contre leurs hommes88.

    65Deux jours plus tard, il demandait de « tenter un coup de main à l’effet de nous emparer au moins des deux chefs de la révolte », Kouadio Okou et Akafou89. Deux semaines après, Delafosse insistait encore sur l’attitude « fort douteuse » d’Akafou et relayait avec son approbation le propos du capitaine Le Magnen sur la nécessité d’« une grande tournée de destruction » et d’« une attaque de nuit qui nous livrera peut-être le fourbe Akafou et nous permettra de nous en débarrasser »90.

    66Il ne s’agissait certainement pas d’un moment de colère passagère, puisque, peu de temps après, Delafosse écrivait encore au sujet de Kouadio Okou et Akafou, les deux chefs trublions, désormais associés à jamais dans les hantises coloniales : « J’estime que ces deux chefs doivent être supprimés »91.

    67Un peu plus tard, Delafosse, qui décidément ne décolérait pas, précisait :

    Il est certain qu’Akafou a arrêté des caravanes, a fait mettre à mort un commerçant noir, a excité Kouadio-Okou à la révolte, lui a prêté de son appui moral, a mis des guerriers à sa disposition et l’a averti du mouvement préparé par le Capitaine Le Magnen le 25 septembre, lorsque de Oussou il est revenu sur Lomo. Je dirais plus : je suis moralement certain que Kouadio-Okou n’aurait pas ouvert les hostilités s’il n’avait compté sur le concours d’Akafou, qui, bien qu’étant un chef secondaire, s’est acquis une certaine renommée de guerrier et de diplomate depuis qu’il a tenu en échec pendant trois mois la colonne Monteil. Si Akafou se retire indemne de l’affaire actuelle, la considération dont il jouit et son orgueil ne feront que s’accroître, et c’est alors que, une fois les renforts partis, il fera acte d’hostilité ouverte contre nous et coupera la route à son tour. Étant donné la fourberie de ce chef, essayer de le gagner à notre cause serait un effort stérile.

    68Et il ajoutait pour que cela soit définitivement clair :

    Actuellement tous les Baoulé du centre sont fort excités contre Akafou, plus encore que contre Kouadio Okou. Je crois qu’il faudrait profiter de cette occasion pour nous débarrasser de ce chef qui pourrait devenir pour nous dans la suite un obstacle sérieux92.

    69Qu’il ait été ou non effectivement le complice de Kouadio Okou, le sort d’Akafou était scellé. Et pourtant, les deux chefs avaient été davantage rivaux que complices ; rivaux par leurs appartenances respectives aux Ouarebo et aux N’gban et par leur commune pratique du pillage des voyageurs, ils avaient été rendus complices par leur opposition à la présence coloniale. Les alliances et les rivalités entre Baoulé se faisaient désormais sur la base du rapport établi avec les autorités coloniales, qui brouillaient les équilibres anciens.

    70Un calme relatif revenu après l’incendie, Kouadio Okou continuait de se cacher, tandis qu’Akafou était toujours regardé avec méfiance. Entre-temps, le Baoulé passait sous le contrôle des militaires et une nouvelle phase de tensions allait s’ouvrir, avec les N’gban encore dans le rôle d’opposants principaux à l’occupation coloniale.

    Mort d’Akafou et révolte générale des N’gban (1902)

    71Malgré les réticences du lieutenant-gouverneur Roberdeau, le 27 juillet 1900 le Baoulé devenait un « Territoire militaire », soumis à l’occupation de trois compagnies de tirailleurs venant du Soudan et placées sous le commandement du chef de bataillon Donnat93. Celui-ci, qui se trouvait depuis quelques mois au Baoulé à la tête des troupes du Soudan, avait déjà cherché un « arrangement » avec Nebout94. « L’Administration civile ne posséd[ait] […] plus que les territoires au Sud de Singrobo et un îlot autour de Toumodi comprenant les groupes soumis ou maniables des Atoutous et des Ouarébos. » Le secteur de Lomo [Sud] était tenu par un peloton, qui devait « continuer l’action […] contre Kouadio Okou », tandis qu’une compagnie entière, basée à Ouossou, devait agir à l’Est, vers Dida et Akouabo [Kpouébo], jusqu’au N’zi. L’« action sur les pays N’gbans et Assabous » était indiquée comme une priorité95.

    72Le poste d’Ouossou, établi à l’emplacement de l’ancienne habitation d’Akafou96, était devenu la plaque tournante des opérations dans le secteur, conduites par des troupes devant « vivre sur le pays ». Au mois de mai 1900, une reconnaissance vers Aondo (Souamélé) avait eu un tué et un blessé97. Sans coup férir, le lieutenant Buck obtint des résultats meilleurs chez les Assabou, avec la promesse de soumission du chef Assa Brou et de sa tante Kakou Bra, l’une des femmes d’Akafou. Ce dernier, méfiant à cause d’un piège qui lui avait été tendu à Lomo au début de l’année, ne se montrait pas encore, mais faisait savoir qu’il ne voulait pas faire la guerre aux Français et qu’il était « prêt à donner de l’or si l’on [voulait] le laisser tranquille »98. Plus tard, rassuré, il fit des démarches de rapprochement avec les autorités, en envoyant des porteurs au poste, tout comme le fit le chef de Kpouébo, « le plus irréductible des villages n’gbans ». Toutefois, les signaux contradictoires ne manquaient pas : Nebout informait que les femmes et les bagages d’Akafou évacuaient la région pour aller se mettre à l’abri chez les N’gban du Nord et que ceux-ci se préparaient à envoyer des guerriers au Sud ; en même temps, les habitants de Singrobo (Ouarebo) offraient de « prendre quelques-uns des parents de Kouadio Okou, réfugiés dans la brousse ». Le chef de Lomo était en effet considéré par une partie de la population « comme le responsable de [l’]occupation du pays »99.

    73En juin, une reconnaissance était bien accueillie à Akakro et Kouassiamonkro ; une autre l’était également à Trétrékro. Ces « visites » faisaient partie de « l’action de pénétration lente » et semblaient surtout servir à maintenir une certaine pression, sans être résolutives, mais la route Singrobo-Ouossou-Lomo était désormais sûre et les Dioula pouvaient y circuler sans escorte100. L’opération plus importante avait concerné Kpouébo, qui avait déjà été attaqué et détruit par les troupes de Monteil en janvier 1895 (voir supra). « Depuis, ce village n’avait jamais voulu entrer en relation » avec les Français, mais suite à cette reconnaissance, le chef faisait sa soumission au poste, en envoyant des porteurs et en promettant des vivres à la récolte. Toutefois, « si Kpouébo redevenait hostile, 100 hommes suffiraient pour le casser »101. Ces tournées étaient pacifiques, bien que menées par des troupes importantes (plus de 100 hommes, chacun ayant 150 cartouches, pour celle de Trétrékro et Kpouébo) ; elles envisageaient clairement la possibilité d’une attaque et prévoyaient la conduite à tenir pour déjouer les défenses. Toutes les reconnaissances devaient aussi relever la topographie du pays, indispensable en vue d’une campagne dans des régions à peu près inconnues ou qui n’avaient pas été « visitées » depuis la colonne de Kong. À Kpouébo, la population, initialement « pas très rassurée », s’ouvrait au capitaine Gehring :

    Les chefs m’ont parlé de la colonne Monteil, qui leur avait infligé une bien cruelle leçon ; ils m’ont déclaré ne plus vouloir la guerre avec les blancs, à aucun prix, 1e parce qu’ils ne veulent plus faire tuer de leurs hommes, 2e parce qu’ils tiennent à conserver leur village, qu’ils ont eu tant de peine à reconstruire après la colonne Monteil, qui leur avait tout brûlé et détruit les récoltes, 3e parce qu’Akafou, leur chef d’autrefois, et avec lequel ils prétendent ne plus rien avoir de commun, a manqué à sa parole en ne leur donnant pas l’or qu’il avait promis pour faire la guerre à Monteil102.

    74Ces bonnes intentions n’étaient toutefois pas tenues pour crédibles par le capitaine, qui n’excluait pas, à l’avenir, d’employer « des moyens plus énergiques, plus violents, pour obtenir un résultat »103.

    75Du 6 au 11 juillet, une tournée vers le N’zi, de passage à Ahouakro, rencontrait des difficultés à trouver des guides. Le lieutenant Buck en déduisait que « les Baoulé n’obéissent que pressés immédiatement par la force ; tout raisonnement est inutile »104. Des nuages obscurcissaient à nouveau le ciel Baoulé.

    76Fin juillet, ce qui restait du « Baoulé civil » (Toumodi et Tiassalé) passait sous autorité militaire, qui poursuivait sa « conquête lente », freinée seulement par les pluies et les maladies qui frappaient officiers et tirailleurs105. Le poste de Singrobo était fermé et l’effectif des troupes concentrées à Ouossou s’élevait à cent soixante hommes106. La présence d’une telle force dans ce poste n’annonçait rien de bon pour les N’gban et pour Akafou, qu’on disait désavoué par les siens. En août, le chef de bataillon Donnat insistait sur la sécurité de la route, donnant l’ordre de « casser » les villages qui arrêtaient les commerçants107.

    77L’année 1901 fut marquée par une série d’opérations dirigées contre les N’gban du Nord, qui se déroulèrent du 23 mai au 31 août108. Au Sud, la situation était plus tranquille : en avril, les N’gban fréquentaient le marché d’Ouossou ; les chefs de Kpouébo et de Dida s’étaient rendus au poste et le deuxième village avait fourni, pour la première fois, trente-quatre porteurs. Le 13 juillet, Kouadio Okou s’était rendu au capitaine Bastard109. Au mois d’août, les porteurs avaient pris la fuite mais « les succès de Kokumbo » faisaient bien espérer quant à la possibilité d’exiger porteurs et impôt110, même si les N’gban, en théorie soumis, profitaient de la paix pour « faire de grands approvisionnements en armes et munitions »111.

    78Le capitaine Bastard, à la tête du poste d’Ouossou, fit rétablir celui de Singrobo, avec quinze tirailleurs et le sergent Bos112. En septembre, il livrait un rapport complet sur le secteur, dans lequel il écrivait que si « les Atoutous form[ai]ent la population la plus douce, la plus facile à manier » les N’gbans, à l’image de leur chef Akafou, semblaient « peu disciplinés […] mais peu batailleurs »113. Au vu de ce qui allait se produire, ces jugements à l’emporte-pièce sont tout à fait saisissants.

    79Pendant cette première phase de rétablissement des contacts, sous l’occupation militaire, l’espace de négociation était réduit. Certes, l’impôt n’était exigé qu’en vivres, à la récolte, mais la soumission n’était pas négociable et l’horizon de la guerre était tout proche, comme cela se vérifia quelques mois plus tard.

    80L’année 1902 allait marquer un tournant dans les relations entre les autorités coloniales et les Baoulé. Les événements de janvier-février, qui précèdent et annoncent les faits plus graves des mois suivants, nous sont connus par les échanges intervenus à partir du poste d’Ouossou, d’où le capitaine Bastard envoyait ses instructions à ses subordonnés. On y apprend les tensions persistantes autour de Kpouébo et les fortes pressions faites sur Akafou, rendu « responsable de la soumission complète » de ce village et averti par le capitaine « que [s’il] appuie son autorité, c’est à condition qu’il s’en serve à notre usage »114. Comme un envoyé quelconque, Akafou était donc sommé « de se rendre à Kpouébo et d’intervenir pour faire entendre raison aux derniers chefs rebelles et aux habitants »115.

    81En dépit du souhait de « marquer un temps d’arrêt » dans la conquête armée de la Côte d’Ivoire exprimé par le gouverneur général de l’AOF, Ernest Roume116, une série d’opérations plus ou moins simultanées fut entreprise au Nord, contre les Ouarébo et les Kodè (24 mai – 18 juillet 1902), les Agba (voir le chap. 7) et les Nanafoué-Kpri (voir le chap. 8). Au Sud, les N’gban constituaient les éléments les plus « réfractaires » à l’ordre colonial, tandis que la plupart de leurs voisins avaient désormais fait leur soumission, à commencer par Kouadio Okou.

    82Le 28 juin, Akafou, accompagné de ses guerriers, se serait rendu à Ouossou, qui était, ne l’oublions pas, son village, avec l’intention de « s’emparer par surprise de ce poste et de s’y maintenir ». Cette tentative fut déjouée par le capitaine Bastard, qui parvint à faire capturer Akafou et à désarmer ses hommes. En réalité, la dynamique de ce brillant coup de main, telle qu’elle fut décrite par les plus importants responsables militaires, Colonna d’Istria117, Betsellère118 et Houry119, montre plutôt qu’Akafou fut victime d’un piège tendu en vue, précisément, de son arrestation. L’issue fatale de cette opération – la mort en détention d’Akafou, le 8 juillet120 – confirme ces soupçons, d’autant plus que de sérieux indices militent en faveur de la suppression programmée de ce chef, auquel Delafosse avait déjà promis ce sort en 1899 (voir supra). La mort d’Akafou suivait d’ailleurs celle de Kouamé Djé, tué à Sakassou en février de la même année (Weiskel 1980 : 137).

    83La disparition d’Akafou dans des circonstances troubles (Viti 2021a) déclencha la révolte des N’gban du Sud ou, plutôt, fut le signal de l’attaque que les troupes coloniales avaient, de toute évidence, déjà préparée avec l’occupation de la région. Il s’ensuivit une série d’actions « contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou », qui se prolongea du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903.

    84Les militaires pouvaient bien écrire que « la révolte se manifesta, dès le 13 juillet, par l’attaque et le massacre partiel, à hauteur de Moronou, d’un convoi de 32 porteurs de la maison de commerce Dutheuil de la Rochère »121, attaque qui fit six morts et onze capturés parmi les porteurs122. En réalité, les courriers au départ d’Ouossou montraient clairement que les opérations contre les N’gban avaient déjà été planifiées : dès le 6 juillet, un détachement venant de Toumodi était attendu à Ouossou123 et, à la même date, le lieutenant Richard se trouvait à Dida – village disposé à traiter avec les Français après l’arrestation d’Akafou – dans l’attente de renforts venant d’Ouossou et s’apprêtait à converger avec ses hommes sur Kpouébo, qui serait ainsi pris en tenaille124.

    85Ce village était l’objectif principal : « le 12 juillet [donc avant l’attaque contre les porteurs du convoi], le capitaine Bastard marchait de Ouossou sur Kpouébo », avec quatre officiers et sous-officiers européens et « 63 fusils indigènes ». À la même date, le lieutenant Richard, avec deux sous-officiers et « 44 fusils indigènes » arrivait de Dida. À Kpouébo, incendié par ses habitants, les deux détachements eurent un tué et six blessés ; au combat de Komankro, les tirailleurs eurent encore un tué et deux blessés, avant de rentrer à Ouossou le 19. Entre-temps, le 14, un autre détachement avait eu deux blessés sur la route de Singrobo ; sur la même route, le 17, le sergent Bos était tué et neuf tirailleurs blessés. « Le 19 juillet, deux petits groupes Baoulés tirèrent sur le poste de Ouossou et blessèrent une sentinelle125 ».

    86Du 22 au 25 juillet, une reconnaissance de plus de cent hommes aux alentours du poste d’Aondo avait eu trois blessés. En rentrant à Ouossou le 26, elle fut attaquée et perdait un homme et cinq autres furent blessés. Le même jour, le détachement du capitaine Giamarchi quittait Toumodi avec cent trois fusils, quatre sous-officiers et un officier, avec l’ordre de « châtier » Moronou et N’Zokokro (deux blessés) ; sa mission continuait vers Singrobo pour assurer les communications sur la voie centrale du Baoulé126.

    87À partir du 1er août, une forte colonne (2 officiers, 5 sous-officiers et 167 fusils) opérait chez les Assabou, en détruisant les villages rencontrés, dont le refuge d’Akafou et le village de sa femme Kakou Bra (deux blessés). Une semaine plus tard, une colonne de 130 hommes quittait Ouossou pour opérer à l’est du poste et se diriger à nouveau vers Dida ; sur le chemin, de nombreux engagements coûtèrent deux hommes morts et sept blessés, plus « un tirailleur tué accidentellement par un de ses camarades ». Plusieurs villages, dont Trétrékro, étaient brûlés, tandis que la prise d’Assakra coûtait six autres blessés, parmi lesquels figuraient un caporal et le capitaine Bastard. À Akakro le feu ennemi tua un caporal et blessa deux tirailleurs. Pendant tout ce temps, le poste d’Ouossou essuyait régulièrement des coups de feu tirés de loin et sans trop de conséquences (un tirailleur et un porteur blessés). Du 10 au 12 août, le capitaine Giamarchi, avec une cinquantaine d’hommes, opérait contre les villages aïtou déjà insoumis en décembre 1894, dont Kouassialoumankro ; le sergent Peyretti, atteint de neuf projectiles, expira quelques jours après avoir été évacué vers la côte. Une semaine plus tard, un convoi de ravitaillement était harcelé et perdait un homme tué et deux blessés. Du 20 au 24 août, une colonne de presque cent vingt hommes opérait contre les villages assabou de l’Ouest qu’elle incendiait systématiquement et rentrait à Ouossou avec un tirailleur et un porteur blessés. Le 27, une colonne de plus de cent soixante hommes opérait à l’Ouest (Aondo) ayant cinq blessés127.

    88En même temps, une opération d’envergure était organisée sur les deux rives du N’zi. Un détachement de plus de 100 fusils, aux ordres du lieutenant Richard, devait opérer sur la rive droite, tandis qu’un renfort parti de Tiassalé le 21 août, avec le capitaine Cambon, sept officiers et sous-officiers européens et 148 fusils indigènes, traversait le territoire des Agni et se dirigeait sur la rive gauche, abri jusqu’alors sûr pour les rebelles. La jonction entre les deux groupes se faisait le 25 à la hauteur de Garékoua, chacun restant sur sa rive et avançant de concerve vers Kpouébo, atteint conjointement le 2 octobre, après que le groupe Cambon ait traversé le N’zi. De là, la colonne atteignit une fois encore Dida, se dispersa autour d’Assakra et rentra à Ouossou le 7. L’opération avait coûté deux morts et neuf blessés, de nombreux villages et campements étaient détruits, mais elle devait être interrompue pour que les troupes puissent participer au déblocage du poste de Salékro (voir le chap. 8). Ainsi, « le temps d’arrêt forcé [avait] eu pour conséquence fâcheuse de donner du répit aux rebelles et d’enhardir les partisans de la résistance128 ».

    89Le résultat de l’inaction était la reprise des attaques des Baoulé contre les convois sur la route, qui faisaient un blessé. Le 27 octobre, une colonne d’une centaine de fusils se dirigea vers Aondo et le Bandama et rentrait à Ouossou le 29. Le 20 novembre trois tirailleurs d’un convoi étaient blessés, de même qu’un tirailleur de l’escorte du chef de bataillon, le 4 décembre. Du 5 au 7, trois villages étaient détruits sans rencontrer de résistance. Du 9 au 14, une nouvelle colonne était préparée, forte de 125 hommes, pour se diriger contre Trétrékro ; à Kakoublakro il y eut deux blessés mais elle parvint à détruire de nombreux campements ; deux autres hommes furent blessés avant le retour à Ouossou. Les 18 et 19, une nouvelle colonne de presque 160 hommes détruisait plusieurs campements au pied de l’Orumbo Boka, sans pertes. Du 22 au 26, une colonne de 100 fusils se rendait à nouveau à Garékoua et Kravassou, sur le N’zi, sans rencontrer de résistance. Les pentes nord et nord-ouest de l’Orumbo Boka étaient fouillées par une autre colonne de 100 hommes, le 1er décembre ; 200 cases environ étaient détruites dans ce rempart, au prix d’un tué et deux blessés. Deux tirailleurs et un caporal étaient blessés, le 5 décembre, près de Toutotikro. D’autres campements étaient détruits les jours suivants, en ne rencontrant qu’une faible résistance129.

    90Le 16 décembre, des forces importantes se concentraient sur l’Orumbo Boka, le relief le plus élevé de la région, mais la pénurie de munitions obligeait à interrompre la colonne, qui rentrait à Ouossou (Fort Bos) le 25, avec un tué et cinq blessés. Cet épisode montrait l’intensité des opérations menées depuis le mois de juillet, qui avaient quasiment épuisé les réserves de munitions, sans venir à bout des N’gban, dont tous les villages et campements étaient désormais détruits. En effet, des « agents secrets » avaient révélé que les rebelles avaient concentré leurs forces sur la colline, en y construisant des défenses (« un mur en pierres sèches » en face d’Assakra) ; « les renseignements révélaient encore un fait, jusqu’alors insoupçonné : la présence, au sommet de la montagne, d’une vaste nappe d’eau appelée Guienvié (la mer), et réputée la demeure d’un puissant et cruel génie, protecteur des N’gbans », auquel ils offraient un sacrifice humain à chaque renouvellement de l’année. Tous ces éléments faisaient penser que l’affrontement final approchait et qu’il devait avoir lieu sur cette colline, dernier retranchement des rebelles, à défaut d’être leur « citadelle inaccessible ».

    L’arrivée de munitions, expédiées du Sénégal, permit, dès les premiers jours de Janvier de reprendre les opérations dans le massif de l’Ourombo Bocca. En présence d’obstacles matériels considérables et afin de produire un puissant effet moral, l’emploi de l’artillerie fut décidé130.

    91Le 3 janvier 1903, une colonne quittait Fort Bos, en même temps qu’un détachement partait de Toumodi avec une pièce d’artillerie de montagne de 80 mm. Leur jonction se fit le lendemain au pied de la colline. Le 5, deux groupes se formaient : le premier, composé de trois officiers, deux sous-officiers, 117 hommes et quatre artilleurs avec leur pièce d’artillerie, alla prendre position vers Assakra ; le deuxième, avec quatre officiers et sous-officiers et 100 fusils, alla prendre position sur le versant est. Après une « préparation par l’artillerie qui déconcerta l’ennemi », les deux groupes réunis livrèrent un combat qui coûta un tirailleur ; deux autres furent blessés au bivouac, où 30 hommes supplémentaires arrivèrent le soir en renfort de l’artillerie. Le 6, une reconnaissance de 120 hommes partait à la recherche de l’ennemi.

    Par un hasard des plus heureux, cette reconnaissance découvrit l’étang fétiche ; puis, dans une série d’engagements, rejeta jusqu’au pied de la montagne un parti ennemi qui essayait de lui barrer la route. La journée, meurtrière pour l’ennemi, nous coûta seulement deux tirailleurs blessés.
    Le lendemain matin, 7 janvier, la colonne en marche pour aller opérer dans la région de Dida, était abordée par deux messagers qui venaient, à grands cris, annoncer que les rebelles, complètement démoralisés, imploraient la cessation immédiate des hostilités et se déclaraient prêts à souscrire à toutes nos conditions131.

    92Après une trêve de cinq jours, les offres de soumission se révélèrent « sincères » et les « principaux chefs rebelles » envoyèrent des émissaires à Tiassalé. « Le plus irréductible, le plus énergique d’entre eux, un Akafou Brou qui avait été l’âme de la résistance, s’est présenté en personne dans ce poste132 ».

    93Les conditions de paix s’annonçaient très dures :

    Il importe de faire expier chèrement une insurrection qui a duré six mois consécutifs, a paralysé le développement économique du pays, suscité partout de graves difficultés et nous a, enfin, coûté des pertes très sensibles (26 tués dont 2 Européens et 126 blessés dont deux Européens, sans compter les nombreux porteurs ou commerçants indigènes qui ont été les victimes des rebelles)133.

    94Le tableau récapitulatif des pertes, plus détaillé, faisait état de 26 militaires et 12 auxiliaires (dont deux épouses de tirailleur) tués, 116 militaires et 23 auxiliaires blessés et 12 disparus (dont 11 porteurs), « pris par les rebelles »134.

    95Deux ans plus tard, on pouvait apprendre qu’au cours de l’une de ces opérations, « un lieutenant [probablement Richard] a[vait] fait couper la tête à six indigènes du village de Dida, qu’il retenait comme otages et a[vait] fait ficher ces têtes au haut de perches où elles [étaient] restées plusieurs mois ». Cet épisode macabre ne figurait pas dans les rapports mensuels ni dans le rapport annuel de 1902, mais se trouvait dans une lettre que Clozel adressait en 1904 au gouverneur Roume et dans laquelle le lieutenant-gouverneur explicitait pour la première fois les meurtres des chefs Akafou et Kouamé Djé (« ces faits déplorables et honteux pour nous »), dans une rare admission des responsabilités des troupes d’occupation guidées par le commandant Colonna d’Istria ; en 1903, celui-ci fut opportunément remplacé par Betsellère, qui « malgré certaines résistances rencontrées dans son entourage militaire avait eu l’énergie de faire cesser les déplorables errements suivis pendant l’année précédente »135.

    96Le bilan des opérations menées du 12 juillet au 7 janvier 1903 était lourd, mais sans commune mesure avec les pertes (présumées) et les destructions encourues par les N’gban du secteur d’Ouossou. Le nombre des munitions consommées (111 227) donnait un aperçu de la violence des combats et de la disparité des forces. Au terme des opérations, 303 hommes occupaient le pays, répartis dans les postes d’Ouossou (233), Aondo (17), Dida (19), Yaotrékro (17), Singrobo (17)136.

    97La fréquence des opérations menées pendant six mois n’avait pas laissé de répit, ni aux tirailleurs ni aux Baoulé. À la lumière de l’issue finale, on comprend mieux la tactique des reconnaissances quasi quotidiennes, qui devaient faire le vide et acculer les N’gban ; ceux-ci étaient obligés de quitter leurs villages détruits, de mettre à l’abri leurs femmes, enfants, vieillards et leurs biens ; mais surtout, ils avaient perdu l’initiative et l’avantage important que leur permettait le combat d’embuscades, jusqu’au choix obligé de constituer un dernier rempart sur la plus haute colline du Baoulé.

    98Le récit de Betsellère, détaillé au sujet de la longue suite d’opérations entreprises dans le secteur d’Ouossou, ne l’était pas autant du point de vue de la tactique mise en œuvre par les troupes coloniales et les guerriers baoulé. On y apprenait la composition des reconnaissances, l’ordre de marche, les pertes, l’incendie systématique des villages (parfois les mêmes qui avaient déjà été détruits en janvier 1895), mais aucune information précise n’était donnée sur les accrochages et sur les pertes ennemies.

    99Quant aux motifs de cet état général d’insubordination, le général Houry, dans son bilan final, pointait non seulement l’esprit d’indépendance des « indigènes » et les conditions favorables à la guerre d’embuscade, mais aussi « la nature des rapports » entre les Baoulé et l’Administration ; celle-ci, tout en respectant les droits acquis des chefs et les coutumes de la population, avait dû « se manifester matériellement par l’impôt et les sanctions administratives ou judiciaires ». À cela, il fallait ajouter les charges de portage échues non plus aux captifs, comme au tout début de la colonisation, mais aux hommes libres :

    Frappés dans la plus chère de leurs habitudes séculaires d’indépendance, la liberté individuelle, sous la poussée des forces obscures de leurs instincts de race, les Baoulés ne pouvaient manquer de se révolter contre nos exigences jusqu’à ce qui leur soit démontré par l’évidence des faits qu’ils n’avaient pas la force nécessaire pour nous résister137.

    100Derrière ce concentré de clichés coloniaux transparaissait un comportement parfaitement rationnel de la part des Baoulé, inspiré par la défense de leur souveraineté politique mais entravé par un rapport de force défavorable.

    101L’analyse du général Houry n’était que partiellement partagée par le lieutenant-gouverneur Clozel ; celui-ci considérait que, tandis que le paiement de l’impôt ne constituait pas un fardeau pour les Baoulé, riches en or, le portage était une tâche à laquelle aucun individu libre n’accepterait de se plier. Quant à la disponibilité en armes et en poudre, sans être « la cause d’une rébellion », elle en constituait seulement un facteur d’« encouragement »138.

    102Les conditions de cette deuxième soumission étaient une aggravation des précédentes : réintégration des villages (détruits) par la population ; livraison de 400 fusils ; fourniture de 300 porteurs ; débroussaillement et entretien des pistes ; paiement d’une indemnité de guerre de 250 ta d’or (13 kg) et de l’impôt ordinaire ; construction d’un poste sur l’Orumbo Boka ; libération des captifs fuyards. En plus, les chefs devaient envoyer des représentants au poste d’Ouossou et des enfants à l’école139. Pour le paiement de cette amende, les N’gban durent recourir au prêt sur gage chez les Aïtou, qui s’étaient pour la plupart maintenus à l’écart du mouvement de rébellion (voir le chap. 6).

    103Avec une certaine dose d’optimisme, la soumission des N’gban était alors considérée comme définitive140. Elle eut aussi des répercussions immédiates sur les Baoulé insurgés du Nord, qui cessèrent leurs attaques141.

    104L’année 1902 fut assurément celle de la reprise en main des Baoulé insoumis par les troupes coloniales qui occupaient le pays et qui déclenchèrent des actions dans tout le territoire ; mais elle fut aussi une année d’importantes productions que l’on pourrait qualifier d’« ethnographie militaire » ; au mois de juin, en effet, preuve ultérieure qu’une action d’envergure était planifiée, tous les postes avaient produit un rapport annuel de synthèse, concernant le personnel du poste, les ressources du pays, l’histoire, les mœurs de la population et son état d’esprit (pour les Agba voir le chap. 7). Depuis le poste d’Aondo (population souamélé et n’gban) on apprenait que

    Les mœurs des habitants sont en général mauvaises, ils ne disent jamais la vérité, ni ce qu’ils pensent ; ils cherchent plutôt à trahir. Ils n’ont jamais confiance de ce qu’on leur dit et sont très méfiants. […] Ils ne croient en rien à ce qu’on leur dit. Ils n’ont pas la croyance des blancs142.

    105Plus prosaïquement, ils refusaient de payer l’impôt, qu’ils considéraient comme une amende de guerre indue. À Dida, « les N’Gbans [étaient] orgueilleux, paresseux et fourbes ». Au chapitre « histoire » il résultait que

    A. Les troupes françaises firent leur apparition à Dida en juillet 1901. Le capitaine Bastard fonda le poste le 30 juillet. Les indigènes montrèrent une certaine répugnance à obéir, et quand en juin 1902 leur grand chef Akafou se décida à la rébellion, il trouva en eux de fidèles sujets.
    Les premiers coups de feu furent tirés à Koumankro à 6h45 du matin, quand le détachement de Dida y passa pour se rendre à Kpouébo.
    B. La région de Dida dépend du secteur d’Oussou, les villages principaux (détruits actuellement) étaient Dida, M’Badio-So, Yaokro, Ourakonankro, Alangbakro, Koumankro ; la population est évaluée à 1 800 habitants au minimum.
    Il a été perçu 1 000 francs d’impôt sur 3 250143.

    106Du poste principal d’Ouossou dépendaient les autres : Dida, Yaotékro et Singrobo. Tous les villages du secteur avaient « été détruits soit par nous soit par les habitants, sauf Singrobo, M’Brimbo et N’zianoua ». Après quelques éléments factuels, concernant les ressources, les jugements à l’emporte-pièce ne manquaient pas :

    La chasse, la guerre, et le vin de palme, c’est à peu près tout ce que savent faire les Baoulé. C’est une race orgueilleuse, turbulente, fourbe et paresseuse, dont on ne tirera jamais rien de bon. Économiquement parlant on devrait le[s] supprimer impitoyablement144.

    107Toutes les conditions étaient réunies pour une issue fatale.

    108Seulement la correspondance au départ du poste de Guienvié montrait une accalmie certaine pendant la période de février 1903 à février 1905, date de la suppression de ce poste. Le débroussaillement des routes, le recrutement des porteurs, le paiement de l’amende de guerre et surtout les visites fréquentes des chefs au commandant du poste en vue du règlement des différends témoignaient de la reconnaissance acquise par les autorités coloniales, sans qu’aucun désordre ne fût signalé145.

    Le retour à une paix fragile (1904)

    109En janvier 1904, une tournée du lieutenant-gouverneur Clozel (1906a : 73-89) devait renouveler la paix conclue avec les chefs du secteur d’Ouossou. La propre fille d’Akafou, N’guessan, figurait parmi les chefs ayant accepté les « conditions définitives de paix », exposées lors d’un grand palabre146 ; toutefois, un doute apparaissait au sujet d’autres chefs :

    Les gens de Kpouébo étaient représentés au palabre, les gens de Dida en attendaient les résultats à quelque distance ; il ne sera donc pas difficile de les amener complètement à nous. Quant à ceux de Koumankrou, lorsqu’on aura réussi avec le reste de la tribu, il sera temps de les faire entreprendre par les chefs déjà soumis, et je serais bien surpris s’ils ne suivaient l’exemple de leurs contribules147.

    110De nouvelles conditions, sensiblement allégées, étaient fixées à la soumission des N’gban :

    Installation des chefs ou de leurs représentants auprès du chef du poste de Ouossou ; concours immédiat prêté à l’entretien des routes ; concours éventuel au portage et paiement d’une amende de 50 ta d’or (7 800 francs)148.

    111Clozel préconisait aussi des interventions pacifiques dans les tribus insoumises (Agba, Nanafoué-Kpri et Yahouré), les dangers pour la paix ne venant que « des excès de zèle commis par des officiers qui ont vu récompenser par des avancements et des croix les sottises de leurs prédécesseurs en 1902 »149.

    112La méfiance réciproque était toutefois encore de mise quelques mois plus tard. Aucun village n’avait encore construit sa case de représentant à Ouossou150. Le chef de Moronou, N’Da Frété, successeur d’Akafou, semblait « bien intentionné quoique décidé à ne faire aucun sacrifice sérieux pour payer l’amende de guerre » ; il était jugé « très intempérant » et en mauvais termes avec les autres N’gban, qui, par ailleurs, continuaient à « exploiter les passagers » et à « commettre assez souvent des actes de piraterie ». Quant à Kpouébo, « le village qui [avait] éprouvé la force de nos armes [était] le plus soumis », ayant « payé la plus grosse part de l’amende de guerre » (cinq ta d’or). Yao (Ya Guié), « chef depuis la fin de la guerre », paraissait « assez loyal » et « très soumis ». « Il faut attribuer une partie de ce résultat à ce que Kpouébo a été bien châtié et aussi à l’intelligence de Yao qui, comprenant la situation, a su triompher des résistances de ses administrés151 ».

    113On apprenait au passage que la plupart des chefs avaient été remplacés, à Ouossou, Moronou et Kpouébo, les villages les plus actifs dans la rébellion. Le même document contenait des données sur la population selon lesquelles Moronou comptait 400 guerriers sur 479 hommes adultes et Kpouébo 250 sur 383. En outre, les négociations qui avaient suivi la soumission faite le 11 janvier 1903 étaient perçues comme « une longue comédie », les chefs ayant envoyé des « comparses » à leur place. « En un mot, la situation [était] redevenue au commencement de 1904 ce qu’elle était dix ans auparavant, au moment où les administrateurs [avaient] occupé pour la 1re fois le pays152 ».

    114En août, la situation paraissait meilleure au capitaine Blanchard : Akakro avait été reconstruit et avait payé son amende de guerre ; ses habitants semblaient « fort bien disposés » envers les Français. Même état d’esprit à Kpouébo, où la population était également engagée dans la reconstruction du village ; le chef Yao promettait de payer l’amende restante (5 ta d’or), dont il demandait toutefois la réduction. Au poste de Guienvié, sur l’Orumbo Boka, en présence des chefs d’Akakro, Assakra et Kpouébo, un « tam-tam » était offert au capitaine ; celui-ci, « au cours de la conversation avec ces divers chefs, [avait] acquis la conviction que, las de la guerre, ils ne tenaient qu’à se livrer en paix à la culture de leurs lougans et à la reconstruction de leurs villages ». À Lomo [Sud], le nouveau chef était également bien disposé153.

    115En décembre, le lieutenant Therou devait intervenir pour éviter un conflit entre Kpouébo et les Assabou de la reine N’guessan, la fille de Kakou Bra et Akafou, moins conciliante avec les Français qu’elle ne l’était en février154.

    116Ces reconnaissances de 1904 se faisaient désormais avec un faible effectif, un officier, un sous-officier et une poignée de tirailleurs. Le bon accueil reçu pouvait d’ailleurs être attribué au fait que les demandes étaient limitées et parfois compensées par des cadeaux. Comme cela devint bientôt plus clair, la bonne disposition des N’gban pouvait ne l’être qu’en apparence, une forme de repli de circonstance.

    117Un an plus tard, la situation était « assez satisfaisante », mais en fait, « les progrès ne [répondaient] pas à ce qu’on [pouvait] attendre des populations du district ». Les villages étaient éloignés du poste d’Ouossou et les chefs n’avaient « plus guère d’autorité sur les populations encore très méfiantes »155. Plus particulièrement, les habitant de Kpouébo, Dida et Assakra montraient « peu d’empressement pour les travaux de route ou le portage »156.

    118En novembre 1906, lors d’une reconnaissance vers Tabo, le lieutenant Grimaldi rencontra plusieurs chefs de village, parents d’Akafou, dont son frère, « héritier réel » et successeur, Aïouara Kadio. Tous se déclaraient en faveur de la paix, mais leur influence était jugée faible157.

    119Pendant l’année 1907, les tournées prenaient un rythme mensuel. En janvier, le chef de Kpouébo, Iaguié (Ya Guié) promettait « de reprendre dans ses rapports avec [les Français] ses fonctions de chef, usurpées par un nommé Tombokoua, son domestique »158. En février, l’attitude des chefs (Iaguié et Konan Kuami d’Assakra) était « digne de toute confiance », ce qui n’empêcha pas l’échec complet de la campagne de vaccination159. En mars, il apparaissait que plusieurs chefs n’gban ne s’étaient jamais rendus au poste160. En avril, le poste passait sous les ordres de l’autorité civile et les chefs s’empressaient de lui rendre visite. « Le calme le plus parfait [régnait] dans le district de Ouossou161 », ce que confirmaient les rapports des mois suivants162. Au mois d’août, un autre chef, Konan Kouagny d’Assakra, déclarait reprendre ses fonctions « usurpées depuis longtemps par le nommé Bébro son domestique » ; de même, Aquissi reprenait la tête de son village de Bocassou, confié à son neveu163. Comme pour le cas précédent de Kpouébo, il est plus probable que ces « domestiques » aient été, non pas des usurpateurs, mais des captifs, hommes de paille utilisés comme écran protecteur, une pratique ancienne face aux autorités coloniales. Ces « dévoilements » montraient le rétablissement d’une réelle confiance dans les rapports avec les Français.

    120Seul bémol, des abus de la part de traitants, Dioula et Apolloniens, étaient signalés à plusieurs reprises, signe que ceux-ci tiraient le plus grand profit de la présence française. Parmi ces « Dioula », terme générique servant à désigner les habitants des savanes du Nord mais aussi les Sénégalais et autres populations musulmanes, figuraient un certain nombre d’anciens tirailleurs démobilisés qui, ayant pris une épouse baoulé, s’étaient fixés sur place. L’un d’entre eux fut le protagoniste malheureux d’un fait divers qui faillit à nouveau pousser les N’gban d’Ouossou à la rébellion violente : en juillet 1909, pris de jalousie, Ali Seck blessa grièvement sa femme baoulé qui demandait le divorce et se réfugia au poste. En menaçant d’attaquer, les N’gban réclamèrent le coupable, qui fut livré en échange de la promesse d’un juste procès. À la mort de la femme, après quelques jours d’agonie, les N’gban tuèrent le meurtrier et en dépecèrent le corps. L’affaire fit grand bruit, jusqu’en métropole, mais l’ordre n’en fut pas davantage troublé164.

    121Ces années de calme étaient mises à profit pour la production de rapports généraux, tel cet « essai d’organisation sociale » produit par le chef de poste d’Ouossou en mars 1909, en réponse à une demande du lieutenant-gouverneur. On pouvait y lire la satisfaction de voir les chefs de village venir « demander aux Européens […] de régler les palabres à leur place », témoignant ainsi de leur soumission. Pour ces chefs, dont l’autorité, au demeurant tout à fait relative, était acquise par la valeur guerrière, la supériorité intellectuelle et la maîtrise des « fétiches », seule une fonction d’intermédiaires et de conciliateurs était consentie, leur rôle principal étant d’« assurer l’exécution [des] ordres » des autorités coloniales. D’autres devoirs leur étaient aussi prescrits : entretien des cases et des routes, propreté, recensement des naissances et des décès, contrôle sur les héritages. Une fonction générale de contrôle était également dévolue au chef de tribu, « choisi parmi les plus riches, parmi ceux dont les ancêtres furent les fondateurs de la tribu et qui travaillèrent eux-mêmes à son indépendance d’abord, et à sa soumission à notre autorité ensuite »165. Si l’on exclut la toute dernière phrase, ce portrait idéal pourrait correspondre à Akafou et aux autres chefs éliminés par la violence coloniale. Et ce n’était pas encore terminé.

    1910 : l’annus horribilis de la résistance des N’gban

    122Au regard de la situation décrite à partir de 1904, les évènements de 1910 restent, somme toute, peu compréhensibles. Il faudrait alors imaginer que derrière les rapports optimistes, faisant état de relations apaisées, où seul le portage venait troubler les esprits, se cachaient des réalités moins reluisantes. Le désir de paix montré par les N’gban après la dure défaite de 1902 était certain, mais il ne doit pas être entendu comme l’expression d’une soumission complète. Les révoltes baoulé ont toujours été « cycliques », des pauses faisant régulièrement suite à des flambées. Ce rythme rentre parfaitement dans une logique de guerre, qui prévoit des trêves, des suspensions nécessaires au rétablissement des forces et au réarmement ; il faut prévoir aussi un temps pour faire le bilan des combats menés et des pertes subies, débattre sur les alliances possibles et analyser les enjeux d’une reprise éventuelle des hostilités.

    123De manière plus ponctuelle, le désarmement décidé par le nouveau lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire, Gabriel Angoulvant, nommé en avril 1908 en remplacement du « dialoguant » F.J. Clozel, causa un fort retentissement parmi les populations qui s’étaient apparemment accommodées ou résignées à la pérennisation de la présence coloniale. Le 20 juillet 1908, Angoulvant établit une nouvelle taxe de 5 francs sur les armes à feu, en même temps que leur recensement, donnant lieu au droit de se procurer de la poudre. Face aux faibles résultats de cette mesure et à la grande surprise de la population, une saisie des armes déclarées fut alors décidée par le décret du 21 août 1909, qui donna lieu à une vaste campagne de désarmement (Angoulvant 1916 : 202- 212)166.

    124Cette décision fut très mal ressentie, notamment dans les régions, comme le Baoulé, où la « pacification » n’était pas complète. Cette mesure fortement impopulaire reste ancrée dans la mémoire des N’gban, par ailleurs peu diserts sur les événements liés à la conquête coloniale (voir infra).

    125Sur le terrain, 1910 fut assurément l’annus horribilis pour l’ensemble des opposants baoulé à la domination coloniale, qui allait s’imposer de manière définitive avec de fortes colonnes, selon les préconisations d’Angoulvant, inspiré par l’œuvre du général Gallieni, dédicataire et préfacier de son ouvrage (1916)167.

    126La colonne contre les N’gban agit de mai à juillet, mais avant d’en arriver là de nombreux épisodes révélèrent une tension croissante et surtout une fracture irréductible et peut-être sans précédent au sein même du nvle, entre opposants et « partisans » de la colonisation, qui prit l’allure d’une guerre intestine. Il est possible de suivre les événements de cette année cruciale à partir de deux points d’observation et de séries de documents distincts : les rapports produits par le chef du poste d’Ouossou et ceux émanant du commandement de la colonne. Les premiers montrent les divisions au sein des villages du secteur ouest et les tentatives de les exploiter ; les deuxièmes décrivent l’action violente et concentrée de la forte colonne militaire qui agit surtout à l’Est, du N’zi au massif de l’Orumbo Boka.

    127En janvier 1910, le nouveau chef du poste d’Ouossou, Bru, signalait une situation « très mauvaise » chez les N’gban du massif de l’Orumbo Boka et du bord du N’zi (Adaou, Kpouébo, Dida), depuis toujours les plus irréductibles, tandis que les N’gban proches de la route principale faisaient preuve d’un « assez bon esprit », voulant faire oublier les « graves manquements » passés. Les premiers n’acceptaient pas le désarmement, tandis que les autres se distinguaient surtout par des promesses non tenues. L’« incident de juillet » (l’affaire Ali Seck) avait laissé des traces et le bruit courait d’une attaque à venir du poste168. Entre-temps, tous les chefs « irréductibles » étaient identifiés et leur sort était d’ores et déjà scellé :

    À la tête du mouvement actuel nous retrouvons tous les chefs des révoltes antérieures : Yao Kan, chef de guerre de tous les N’Gbans en 1902 et 1904. Niou Kuamé pour les Adaous ; Ya Guié, qui brûla le poste de Toumodi et ses fils ou boys169 Kuassi Kan, N’Guessan Koué, le chef Angoua Ofité, pour les Kpouébos ; Ahemian Kuadio, Kouïn N’Dri, N’Guessan Doukou, Bahian, qui firent l’attaque du Poste de Dida, pour les N’Gbans Didas. Tous ces chefs que nous avons trouvés constamment hostiles devront être, semble-t-il, arrêtés, déportés et remplacés170.

    128Des incidents mineurs avaient eu lieu sur la route (captures, pillages, agressions de Dioula), tandis que les villages les plus insoumis renforçaient leurs défenses (palissades et fossés) ou se retiraient dans la forêt, après avoir fait des provisions d’armes sur la rive gauche du N’zi171.

    129En février, les efforts « pour mettre un terme à l’état très tendu [des] relations avec les indigènes » semblaient produire des résultats chez les Moronou et les Assabou. Plusieurs chefs, dont Kouadio Okou de Lomo [Sud], protagoniste de l’insubordination de 1899-1900, faisaient des démarches auprès de Kpouébo et des N’gban de l’Est, pour qu’ils rendent leurs armes. Ces missions restées sans succès donnaient lieu à des soupçons et des inquiétudes chez le commandant du poste. Celui-ci avait même été prévenu par le chef des Ouarébo, Yéké Dibi, que son éventuel voyage à Toumodi serait une imprudence172.

    130Bru apprit par ailleurs que des démarches avaient été entreprises auprès du

    fétiche Beugré qui se manifeste au Cavally ou dans le Haut-Sassandra […]. Ces émissaires étaient de retour et ils rapportaient que ce grand fétiche ordonnait de faire d’abord le vide autour de nous et ensuite la guerre et qu’il promettait la victoire173.

    131La visite à Beugré174, localisé « dans le pays Logoué ou Bogoué », remontait à deux mois auparavant, lorsque les N’gban n’étaient pas encore décidés à la révolte, et était censée expliquer leur nouvel état d’esprit. C’était auprès des ancêtres qu’ils étaient allés prendre conseil :

    C’est auprès de ce fétiche que se rendent les morts après leur décès et les parents du défunt qui veulent obtenir des renseignements de ceux-ci font le voyage175.

    132D’après l’administrateur du cercle du Baoulé Sud, Prouteaux, les envoyés avaient ramené le fétiche chez eux, ce qui expliquait les attaques subites contre les colporteurs176. Ce n’était pas la première fois que le « fétiche Beugré » se manifestait. Après la toute première action contre les Français – le meurtre des traitants Voituret et Papillon en mars 1891 sur les rapides du Bandama près de Tiassalé –, les restes des victimes avaient été envoyés à cette déité au rayon d’action visiblement très large177. Tout l’arc temporel de la résistance baoulé pourrait être renfermé entre ces deux visites à Beugré, entre 1891 et 1910.

    133La guerre semblait donc approcher. Les chefs « soumis » de Moronou refusaient désormais de se rendre au poste et les villages assabou « payaient "l’impôt" du fétiche », 50 centimes par personne. L’échec du désarmement était certain, mais une partie des N’gban refusait toujours de rejoindre les rebelles et déclarait vouloir s’établir au poste. Ces alliés « permettaient d’être renseignés sur les mouvements des autres indigènes ». Le rapport de février se terminait par une liste détaillée de chefs insoumis et cette notation ajoutée : « Il ne faut pas compter moins de 1 000 à 1 200 fusils dans les tribus révoltées Adaous, K’Pouébos, Didas178 ». D’autres « indigènes fidèles » fournissaient des indications sur les refuges secrets préparés par tous les villages n’gban rebelles, en forêt (Dida et Adaou), sur l’Orumbo Boka (Kpouébo), sur les bords (Assabou) ou les îles du Bandama (Moronou) ou sur les bords du N’zi (Ahouakro, village aïtou mais toujours solidaire des N’gban).

    Les indigènes rebelles ont déjà aménagé dans ces refuges des campements où ils ont apporté leurs richesses et où ils ont déjà installé une partie de leurs femmes et leurs enfants179.

    134Le mois de février fut également marqué par les pillages répétés des caravanes de colporteurs qui parcouraient les pistes du Baoulé. La nuit du 23 au 24, près d’Ouossou, un convoi fut attaqué par des hommes de Yaguiékro, faisant deux morts et plusieurs blessés180. La nuit suivante, les mêmes N’gban faisaient une incursion contre des Dioula sur la route Toumodi-Dimbokro, en traversant le territoire des Aïtou-Mamara, qui allèrent immédiatement prévenir le chef de poste de Toumodi181. La situation était prise très (trop ?) au sérieux par le lieutenant-gouverneur Angoulvant, qui décida d’une suspension provisoire des caravanes et demanda au commandant Noguès d’inverser l’ordre des opérations prévues, en donnant la priorité à la colonne des N’gban sur celle des Agba182. Le même Angoulvant se rendit de toute urgence à Dimbokro, mais les opérations ne commencèrent pas le 6 mars, comme il l’aurait voulu (voir infra)183, à cause de l’agitation des Abbey sur la ligne du chemin de fer184.

    135En mars, les fidèles du commandant confirmaient que la plupart des Moronou faisaient « ouvertement cause commune avec les rebelles » et que les Souamélé leur offraient refuge185. Le village d’Akakro, jugé sûr, basculait du côté des rebelles après avoir subi de fortes pressions, tandis que son chef se réfugiait au poste. Le commandant craignait de voir se reproduire les suites des campagnes précédentes, lorsque les chefs rebelles étaient parvenus à « glisser entre les doigts » et à se cacher, se faisant passer pour morts. Toujours grâce aux N’gban fidèles, le nombre de fusils possédés par les insoumis était réévalué à 2 000-2 500, malgré la destruction de 520 pièces. De plus, la richesse détenue par les N’gban était jugée suffisante pour payer une amende bien plus lourde que celle précédemment imposée et seulement partiellement perçue186.

    136De tout cela il apparaît très clairement que les « services de renseignement »187 jouaient un rôle important et que rien ne semblait échapper au contrôle des autorités, le point faible de la résistance baoulé étant, comme toujours, la désunion au sein même des nvle.

    137Après que le chef de Moronou, N’Zoko, réfugié près du poste, a été tué d’un coup de feu par un Kpouébo, le 31 mars188, le mois d’avril s’ouvrait avec le meurtre de deux autres N’gban opposés à la révolte ; les plantations, les réserves d’igname et les habitations des gens d’Akakro qui s’étaient établis au poste furent détruites ; des femmes et des enfants avaient été enlevés et amenés à Kpouébo. N’guessan, la fille d’Akafou, prévint le commandant qu’une attaque au poste était prévue le 3 au matin. L’attaque n’eut pas lieu mais les violences entre N’gban continuaient : une femme de Kpouébo fut capturée par des indigènes armés par le chef de poste, qui dut la sauver d’une tentative d’immolation sur la tombe de N’Zoko. Un homme de Kpouébo, parmi les responsables de l’incendie d’Akakro, fut surpris et tué par d’autres N’gban. Du 9 au 11 avril, sept « partisans » armés étaient dépêchés sur les traces d’un groupe rebelle qui devait attaquer le poste d’Ouossou mais qui finit par se retirer à Kpouébo. L’attaque, plusieurs fois annoncée, fut à nouveau reportée mais une faible tentative, facilement repoussée par quelques coups de feu, eut lieu le 12 avril contre les habitations situées autour du poste. En plus de ces faits, le rapport du mois d’avril contenait une longue analyse d’où les immanquables clichés sur les N’gban ressortaient :

    On a eu tort de les prendre pour des guerriers redoutables ; leur légende disparaîtra dès qu’on les aura regardés de plus près. Ce sont des professionnels du brigandage et du vol ; leur situation à la sortie de la savane du Baoulé […] et l’impunité dont ils ont longtemps bénéficié leur donnent l’insolence que nous leur voyons189.

    138Leur sédition était ramenée à leur « mentalité très primitive, superstitieuse à l’excès », ainsi qu’au mécontentement provoqué par le portage, les corvées et l’impôt. Leur arme de défense était « l’éparpillement […] dans une multitude de campements » inconnus et de difficile accès. En outre, « l’incident Ali Seck » aurait montré l’impuissance des Français. Le chef de poste Bru déplorait également le manque de connaissances du pays et de ses habitants, notamment des chefs, étude à laquelle il s’appliquait, ce qui lui permettait d’écrire que Ya Guié, chef de Kpouébo, avait été « l’instigateur et le promoteur de la révolte de Kadio Okou », un rôle auparavant attribué à Akafou (Viti 2020, 2021a). Il revenait aussi sur la visite au « fétiche Beugré » de novembre 1909, en livrant les noms des participants de cette importante délégation. L’attention aux féticheurs faisait d’ailleurs partie de ses soucis majeurs, mais la cause de tout désordre était finalement identifiée dans le « naturel très sauvage et impatient de toute autorité », à commencer par la famille, « presque inexistante »190.

    139En mai, lorsque l’action de la colonne était en cours, Bru insista sur « l’autorité morale très grande en ce pays d’un fétiche », Beugré, capable à son avis de sceller « l’entente de tous les groupements qui composent la tribu » ; une entente bien relative, il faut le dire, au regard des graves incidents entre N’gban différemment positionnés par rapport à l’autorité coloniale. Le chef de poste pointait aussi sur les erreurs commises par le passé, comme celle d’avoir méconnu le rôle de certaines « individualités indigènes importantes », telles que Yao Kan, chef des Adaou et Abo Kouman, chef des Dida : « Probablement avec un peu d’énergie et de doigté, avec surtout une surveillance active on aurait pu annihiler leur action, en tout cas, se débarrasser d’eux »191.

    140Dans l’immédiat, les réserves de vivres dans les plantations des « sujets fidèles » continuaient d’être enlevées ou détruites par les Kpouébo et les Moronou. Le chef de ces derniers, Kacou Dibi,

    avait semblé vouloir faire des avances : mais c’était un piège tendu à son ancien porte-canne Irma N’Guessan qu’il voulait attirer hors d’Ouossou pour se débarrasser de lui, qui sait toutes ses ressources, tous ses refuges, et toutes ses relations192.

    141Le mois précédent, le boy de l’ancien porte-canne avait été pris et exécuté. Les démarches entreprises par Akissi Angau, « autrefois très respectée des Moronous », pour entrer en contact avec Kacou Dibi et Kacou Ofité avaient été repoussées. Les Assabou, qui n’étaient, jusqu’alors, pas franchement hostiles, avaient coupé la ligne télégraphique et tendaient des embuscades le long de la route d’étape ; après la capture de deux otages par le chef de poste, Assé Kouassi rendait dix-sept fusils mais il fournissait des hommes armés aux Adaou, car, entre-temps, les opérations de la colonne avaient commencé en direction des reliefs de l’Orumbo Boka193.

    142Au mois de juin, pendant que la colonne sévissait à l’Est, entre le N’zi et l’Orumbo Boka, le secteur d’Ouossou était « nettoyé » avec l’aide fondamentale des « partisans ». Le chef de poste enregistrait une amélioration de la situation et rendait hommage aux soutiens dont il avait pu disposer :

    Il serait injuste de ne pas reconnaître les grands services que nous ont rendus les chefs de famille et leurs indigènes, de race N’Gban, qui n’ont pas voulu se laisser entraîner dans le mouvement de révolte, et sont venus dès le début des hostilités se retirer à Ouossou. Non seulement ils ont été fidèles, mais peu à peu ils sont devenus, malgré les menaces de leurs congénères, malgré les pertes et les accidents qu’ils subissaient de ce fait, des partisans actifs et absolument dévoués194.

    143Le chef de poste poursuivait en évoquant le rôle de ces « partisans » dans les communications, les renseignements, les contre-embuscades et donnait la liste nominative des chefs fidèles et désintéressés méritant les éloges, parmi lesquels figurait Akafou N’guessan. Les Assabou et les Moronou étaient au moins en partie sortis du mouvement de rébellion et leurs chefs s’étaient rendus au poste ; parmi eux figuraient Kacou Dibi, « chef de la tribu Moronou, et héritier d’Akafou Boularé ». Toutefois, ces redditions n’étaient pas toujours spontanées, comme en témoignent les propos du commandant :

    Akafou Blenga, fils d’Akafou Boularé, l’un de nos adversaires les plus dangereux s’était décidé à se rendre, et était venu à Ouossou. Comme je laissais tout ce monde en semi-liberté au village des représentants [effacé par Bru] partisans, il a profité d’un moment d’inattention pour s’enfuir. Poursuivi par Timou Kouassy et ses hommes, son campement de refuge cerné, il s’est tiré un coup de fusil dans le ventre. Son cadavre m’a été rapporté195.

    144Cet épisode ne peut que laisser perplexe, au regard du sort réservé à son père, mort en détention, dans des circonstances fort douteuses et pour lequel le suicide avait été également évoqué (Viti 2021a).

    145Quoi qu’il en soit, la mort d’Akafou Blenga changea le sort des autres chefs, mis en état d’arrestation et obligés d’envoyer des hommes avec les « partisans » « pour fouiller toutes les retraites qu’ils ont indiquées et rapporter toutes les armes ». En même temps, neuf cents Assabou quittaient leurs « retraits de brousse » et leurs chefs et meneurs se présentaient au poste. Ainsi, écrivait le chef de poste,

    il ne rest[ait] guère à prendre que Kofi Kan et Zougou Yao qui se sont montrés de tout temps très hostiles. S’ils ne se rend[ai]ent pas d’eux-mêmes, leurs congénères nous les livreront196.

    14677 fusils étaient rendus, les autres se trouvant chez les hommes réfugiés sur les îles du Bandama, d’où les envoyés des chefs essayaient de les faire sortir et les désarmer. Même les Adaou demandaient la paix et rendaient 47 fusils, dont un modèle 1874, « pris dans une des précédentes campagnes ». Kouassi Aloman d’Ahouakro, village aïtou, se présenta au poste où le commandant refusa de le recevoir avant qu’il ne rapporte au moins 70 fusils. « Le groupe entier des dissidents rebelles du village d’Akakro, en tout quatre-vingts personnes », se rendit. Tout ce monde promettait de s’acquitter rapidement de l’impôt et de l’amende. Au total, 293 fusils avaient été rendus ou saisis pendant la deuxième moitié du mois de juin197.

    147En juillet, alors que la colonne « achevait la répression des Didas et des Kpouebos », les chefs des autres groupes (moronou, assabou, adaou) se rendaient à Ouossou ; la population elle-même livrait les meneurs et rendait les armes (250-270 fusils détruits) ; 35 000 francs. d’amende étaient payés. Tout cela montrait « le désir absolu des N’Gbans d’en finir »198.

    148En août, la paix rétablie, l’heure était pour l’autorité civile au regroupement des villages en savane, une mesure qui s’imposait par les leçons tirées de la guerre, et qui allait changer radicalement la situation de l’habitat rural. Seuls les Dida et les Assabou ne semblaient pas prêts à s’exécuter, essayant de reconstituer des campements, en forêt pour les premiers ou au bord du Bandama et du N’zi pour les seconds. L’impôt de 1910 et le reliquat de 1909 avaient été entièrement perçus, pour un total de 50 359 francs199.

    149En septembre rien de particulier n’était signalé, sinon une certaine lenteur dans la reconstruction des villages et de l’inertie dans l’exécution des tâches désagréables ou onéreuses, ce qui n’avait pas empêché le recrutement de deux cents travailleurs pour le chemin de fer. L’amende de guerre perçue s’élevait à 7 142 francs, en or ou en espèces. En même temps, de nouveaux comportements apparaissaient chez les jeunes gens :

    Ceux-ci essayent d’échapper aux obligations qui découlent pour eux du nouvel état des choses en se cachant, ou en émigrant à Dimbokro, où ils s’engagent au service des tirailleurs comme boy200.

    150Z, neveux, captifs de case) presque tous émigrent. Dans le nouveau milieu, où ils vont se trouver, ils ne joueront plus d’aucune influence qui les rende dangereux.

    […] Les femmes chefs, qui jusqu’ici nous étaient toujours cachées, et qui ont été – pour la plupart – des excitatrices de révolte, nous sont spontanément conduites, quand elles refusent de contribuer, ou de laisser contribuer leurs fils au paiement de l’amende infligée.
    […] Ils se souviendront longtemps que cette année, tous les instigateurs de troubles ont été pris ou tués, livrés et déportés201.

    151En décembre le tableau n’avait qu’une « ombre » : les Dida. Le groupe le plus éloigné du poste, et donc le plus difficile à surveiller, montrait de la mauvaise volonté et de la mauvaise foi dans l’acquittement de l’amende de guerre. Tous les N’gban avaient d’ailleurs essayé de s’y soustraire :

    Ils se sont déclarés complètement dépourvus et dans la nécessité de faire appel au concours de leurs alliés des tribus voisines. Celles-ci n’ont voulu rien entendre et, encore moins, rien prêter202.

    152L’administrateur civil Bru notait finalement que les principaux chefs avaient « trouvé et rapporté immédiatement de leurs villages des sommes variant de 800 à 1 400 francs chacun », le montant total de leur dû, impôt et amende de guerre, s’élevant à 114 360 francs203. Il n’est pas exclu que l’emploi du prêt sur gage chez d’autres Baoulé ait encore été un recours, comme en 1903.

    La colonne des N’gban (1er mai – 31 juillet 1910) : fin de la résistance

    153Pendant que l’autorité civile travaillait à miner de l’intérieur l’unité des N’gban, en employant des connaissances sur les chefs, les armes et les refuges que seulement d’autres N’gban fidèles pouvaient fournir, une forte colonne avait été ordonnée par le lieutenant-colonel Lagarrue, commandant militaire de la Côte d’Ivoire, et placée sous les ordres du chef de bataillon Morel. La colonne était composée de 51 officiers ou sous-officiers européens et 749 tirailleurs armés de fusil 1886, avec 120 cartouches sur chaque homme et plusieurs dizaines de milliers en réserve ; elle disposait aussi d’une pièce d’artillerie 80 mm de montagne, de vivres et de médicaments et était accompagnée de 727 porteurs. Forte de ces moyens considérables, la colonne opéra du 1er mai au 31 juillet204.

    154Auparavant, une liste de « collaborateurs » avait été envoyée par le commandant du poste d’Ouossou à l’administrateur du cercle à Toumodi. Elle comprenait les noms de quatre hommes, « dirigés sur Dimbokro pour servir de guides » à la colonne qui se préparait. Ils appartenaient aux différents sous-groupes n’gban, en rupture avec leurs congénères, et avaient déjà subi menaces et représailles (destructions de cultures). Dans deux cas il s’agissait des propres frères des chefs insoumis205. La guerre civile brisait désormais non seulement les appartenances « tribales » mais aussi les liens familiaux.

    155Les ordres de la colonne étaient clairs : « châtier les rebelles ; les soumettre en les attaquant de vive force partout où besoin sera ». Les conditions de soumission prévoyaient « la reddition intégrale des armes […] une amende de guerre […] la reddition des principaux chefs et instigateurs […] la création d’un ou deux postes militaires dans le pays »206. Les chefs devaient être « arrêtés et maintenus jusqu’à complet acquittement » de l’amende de guerre pour ne pas renouveler l’échec de 1904207. Mais, avant d’en arriver là, les combats firent rage pendant trois mois.

    156Comme c’était souvent le cas, la documentation relative à la colonne était bien plus succincte que celle concernant les phases précédentes et se limitait pour l’essentiel à un gros « rapport d’ensemble » rédigé après la conclusion des opérations. Ce rapport comprenait la description du milieu naturel, favorable à la guerre d’embuscade, et un historique partant de la résistance de 1894-95. Les N’gban, divisés en cinq groupes (Kpouébo, Adaou, Dida, Moronou, Assabou) y étaient décrits comme des pilleurs belliqueux, rétifs à toute forme de subordination, refusant l’amende et le désarmement. La responsabilité de la guerre leur était entièrement attribuée, puisque des préparatifs étaient en cours à partir de la fin de 1909, parmi lesquels : attaques des Dioula, Agni et N’gban fidèles aux autorités coloniales, sacrifices humains, renforcement des défenses des villages, menaces au poste d’Ouossou, coupure des routes, destruction de la ligne télégraphique. Par ces actes, les N’gban prenaient « nettement l’offensive »208. Non seulement le danger de ces actions apparaît exagéré, mais l’idée que l’on puisse résister à l’occupation étrangère n’était pas concevable.

    157Divisée en trois groupes, plus un quatrième en réserve, la colonne attaqua d’abord par le Nord, venant de Dimbokro, par une manœuvre de diversion qui permit aux deux autres groupes de traverser le N’zi au centre et au Sud le lendemain. Ce passage, réputé difficile, avait été préparé par une reconnaissance effectuée du 18 au 21 avril qui avait permis d’en établir « d’une façon précise les détails d’exécution ». Le 2 mai, l’ensemble des troupes était donc en territoire n’gban, où des bivouacs étaient fixés ; la résistance rencontrée, plutôt faible, fit un mort (un interprète) et quatre blessés209.

    158La suite des opérations vit les trois groupes agir séparément. Du 3 au 17 mai, le détachement du Nord effectua de nombreuses reconnaissances et détruisit villages, campements, cultures et embuscades. Ces actions, entièrement menées en savane, ne blessèrent que deux tirailleurs, contre au moins huit tués chez les N’gban. La colonne du centre fouilla aussi systématiquement le pays, en détruisant tout sur son passage ; du 3 au 18 mai elle y eut un tué, douze blessés et trois contusionnés, contre quatre N’gban tués et un nombre non précisé d’autres morts ou blessés. Pendant la même période, le détachement du Sud continuait d’opérer le long du cours du N’zi, où il enlevait un « énorme village de 150 cases, non encore habité », mais visiblement préparé pour servir de refuge. Ce détachement eut deux morts, onze blessés et deux contusionnés ; il y eut trois guerriers tués et de nombreux blessés chez l’ennemi210.

    159Dans ce début des opérations, les tirailleurs qui attaquèrent en traversant le N’zi adoptèrent une formation inédite pour les N’gban ; ceux-ci perdirent une cinquantaine d’hommes dans la défense des villages au bord du fleuve. Les troupes étaient en effet « protégées par des éclaireurs ou des flanqueurs » et les ennemis se trouvaient « pris tout à coup dans un filet formé d’hommes disséminés », au point de renoncer presque à tirer211.

    160Au milieu de l’action de la colonne, l’administrateur Gervais était envoyé à Tiémélékro, chez les Agni Ari, avec une escorte de 25 tirailleurs, « rechercher […] les familles N’Gbans réfugiées dans cette région », qui devaient être « arrêtées et conservées comme otages à Dimbokro » ; cette mission devait aussi « compromettre irrémédiablement la population Agni Ari vis-à-vis des N’Gbans en opérant ouvertement avec le concours de ses chefs de village »212. À la fin de cette mission, « les chefs Agnis [avaient] détruit toutes les pêcheries des Ngban […] ainsi que les plantations situées sur la rive gauche du Nzi » ; ils avaient aussi violé le territoire n’gban en pleine guerre, ce qui empêchait désormais toute possibilité de refuge pour ceux-ci213.

    161Après une pause de réorganisation, les opérations reprenaient le 19 mai, toujours menées séparément par les trois groupes. Le détachement du Nord, guidé par le chef de bataillon Morel, devait « déterminer la zone de rassemblement des Didas » et converger sur Ya Guiékro « pour écraser en force la sous-tribu Kpouébo ». L’étau commençait à se resserrer sur les groupes les plus déterminés à résister, mais une attaque concertée venant de deux directions semblait prématurée. Le 27 mai, toutefois, la résistance des Dida pouvait être considérée comme « brisée » et les opérations se concentrèrent sur le groupe kpouébo du chef Ya Guié. Les combats s’intensifièrent sensiblement faisant de nombreux tués et blessés chez les N’gban, ainsi que deux morts et douze blessés chez les tirailleurs. Ceux-ci occupaient un important point d’eau ; non loin de là, ils découvrirent « une immense tranchée » parallèle au sentier et se firent attaquer « de front et sur le flanc gauche par de nombreux guerriers dissimulés derrière des termitières organisées et des palmiers ». Le détachement installa son bivouac à Digri-Kouadiokro dont les alentours étaient débroussaillés en profondeur, ce qui permettait de découvrir de nombreux aménagements défensifs, dont une autre tranchée de presque 200 mètres de long, permettant de tirer débout grâce à un parapet de 50 centimètres de hauteur et 1,20 mètre d’épaisseur ; la tranchée était desservie par des sentiers de retraite, des abattis et des rideaux d’arbustes. L’artillerie rejoignit ce bivouac et un poste blockhaus y fut établi. Deux hommes furent tués et une douzaine blessés, contre des pertes nombreuses chez les N’gban. Finalement, « le 9 juin, le chef des Kpouébos Ya Guié [envoyait] un parlementaire au Chef de bataillon pour demander les conditions de soumission » et se rendit le 13214. Ce fait ne mit pas pour autant un terme aux opérations militaires. Les Français voulaient visiblement en finir par la force avec les N’gban, le temps des négociations était révolu.

    162Pendant ce temps, le détachement du Sud continuait ses fouilles systématiques et ses destructions chez les Adaou, ayant trois morts et une dizaine de blessés, tandis que la colonne du centre complétait l’action de l’administrateur Gervais (voir supra), en repoussant dans leur territoire les N’gban réfugiés sur la rive gauche du N’zi. À cause des nombreux malades de dysenterie, les deux groupes se fondirent en un seul ; celui-ci continua ses actions sur les deux rives du N’zi en détruisant toutes les cultures rencontrées215.

    163Après ces succès, le 11 juin, la deuxième et déterminante phase des opérations pouvait commencer, dirigée contre le massif de l’Orumbo Boka, où « d’assez gros groupements rebelles [avaient] trouvé refuge » et qu’il fallait désormais investir en force. Des reconnaissances avaient été faites dans toutes les directions pour pallier le manque de cartes détaillées et identifier au mieux les voies d’accès pour « l’action combinée des deux armes (artillerie et infanterie) ». Le 15 juin au matin, l’attaque du massif pouvait commencer ; deux colonnes aux ordres des capitaines Huard et Lalubin agirent en venant respectivement de l’Ouest et de l’Est. L’attaque fut lancée par la colonne Lalubin, couverte par les obus pénétrants de l’artillerie ; celle-ci alterna ensuite les obus fusants et les obus allongés et donna le signal de l’attaque à la colonne de l’Ouest. En quelques heures, les deux colonnes se réunirent sur la crête de la colline. « Le tir de l’artillerie remarquablement bien dirigé par le lieutenant Bonnabel » et les feux de l’infanterie avaient « pour résultat immédiat de démoraliser l’adversaire et de paralyser toute défense ». « Dès 8 heures du matin, 160 habitants appartenant au groupement d’Assakra, de tous âges et de tous sexes, après avoir soigneusement […] caché les armes, se rendaient. » La victoire était écrasante et prenait un caractère particulièrement dramatique lorsque, « quelques jours après, au cours des fouilles effectuées dans la montagne », furent trouvés « des cadavres d’habitants qui [s’étaient] pendus de peur, le jour de l’attaque ». Il avait été consommé dans cette « affaire » 9 obus à mitraille, 9 obus allongés et 1 361 cartouches, une faible partie de celles disponibles216.

    164La semaine du 16 au 22 juin fut employée à reconnaître le massif et ses abords, les fouiller méthodiquement, en faire le levé topographique, même si la pluie et le brouillard rendaient particulièrement pénibles ces tâches. Pendant ces opérations de nombreux campements furent découverts et détruits, trois rebelles tués et un grand nombre blessés. Douze prisonniers furent capturés, parmi lesquels la femme et deux enfants de « l’un des meneurs de la rébellion, Agori, fils du chef Ya Guié ». « Cinq mares à fond de roche ou de latérite compacte » furent également découvertes sur le plateau qui couronne le massif, où ne se rendaient que les « féticheurs ». Les fouilles de la partie sud de l’Orumbo Boka permirent l’évacuation complète des habitants qui s’y étaient réfugiés, environ cinq cents hommes, femmes et enfants qui se rendirent sans conditions217.

    165Malgré une épidémie de varicelle chez les porteurs et les tirailleurs, les hostilités reprenaient le 24 juin contre les Dida. Ceux-ci avaient envoyé un parlementaire demander les conditions de la soumission dès le 13 juin et les chefs et meneurs des groupements du Nord s’étaient rendus ou avaient été livrés. Toutefois, face à l’inertie dans la reddition des armes, le chef de bataillon faisait bombarder « un gros campement de fortune […] occupé par la presque totalité des Didas du Nord », tuant trois guerriers et faisant 600 prisonniers. Quant aux Dida du Sud ils déclarèrent vouloir continuer les hostilités, qui se prolongèrent jusqu’au 1er juillet, lorsque « Abou Kouman, les chefs de guerre, les meneurs de la rébellion [furent] livrés et plus de 400 personnes de tout âge et de tous sexes se rend[ir]ent au lieutenant Ferrand ». D’autres réfugiés furent encore pourchassés, en faisant deux tués, plusieurs blessés et une trentaine de prisonniers. Pendant les mêmes journées de fin juin, des actions similaires furent entreprises contre les Adaou, qui n’avaient pas encore fait de démarches de soumission ; plusieurs morts et une centaine de prisonniers constituaient le bilan de ces opérations du côté des N’gban218.

    166À la date du 4 juillet les hostilités étaient terminées : les chefs et les meneurs de tous les groupes s’étaient rendus ou avaient été livrés ; des centaines de fusils avaient été remis ; plus de mille individus furent faits prisonniers ; seul le bilan des N’gban tués et blessés resta largement approximatif. Il ne restait plus à la colonne qu’à « secouer l’inertie de cette population sans chefs, sans organisation, chez laquelle l’anarchie [était] plus florissante que jamais »219.

    167Cette analyse politique était certes convenue, mais contenait au moins une partie de vérité : que les N’gban aient été sans chefs et sans organisation était démenti par quinze ans de luttes acharnées contre la présence française. Il n’empêche que leur manière de se battre correspondait davantage à un ordre « segmentaire » – fortement conditionné par des fractures et rivalités internes – qu’à une organisation centralisée ou du moins coordonnée. Là où les analyses des vainqueurs ne se trompaient pas, en revanche, c’était lorsqu’elles pointaient « l’anarchie plus florissante que jamais », qui était précisément l’effet de leur action dirigée contre les chefs et en faveur de la division et du fractionnement.

    168Après cette importante victoire sur le terrain, la réouverture de la ligne d’étapes Tiassalé-Toumodi constituait la troisième phase des opérations de la colonne. À cette fin, le commandant du poste d’Ouossou pouvait,

    par l’intermédiaire des indigènes fidèles entrer en relations avec les chefs Assabous et Moronous, atterrés par l’action énergique effectuée par la Colonne sur les Didas, Kpouébos, Adaous, par les pertes considérables subies surtout par les Kpouébos et Didas et par la destruction systématique des campements et cultures.

    169Bru exploitait « l’effet moral produit » par ces destructions, mais aussi « les dissensions entre chefs » pour amener « les moins hostiles à se rendre au poste ». Cela ne leur épargnait pas pour autant des fouilles systématiques aux abords de la route, à la recherche de « dissidents ». Une démonstration de force fut alors organisée par les troupes, qui, à partir de M’Brimbo, remontaient vers le Nord afin d’assurer les travaux de réfection de la route. « Le 31 juillet les troupes rentr[aient] à Ouossou, leur mission achevée220 ».

    170Après la conclusion de la colonne, en rédigeant les propositions d’avancement des participants, le général Caudrelier écrivait, non sans triomphalisme :

    Ces opérations bien conçues, soigneusement préparées, judicieusement engagées, méthodiquement conduites, énergiquement exécutées et couronnées, sans trop de pertes, d’une réussite complète, font le plus grand honneur au chef qui les a dirigées et aux troupes qui y ont pris part221.

    Quel bilan de la résistance des N’gban ?

    171À la date du 1er août, tous les chefs rebelles et les meneurs étaient emprisonnés ; près de 600 fusils avaient été pris ou rendus ; l’impôt avait été entièrement payé, ainsi que le quart de l’amende de guerre. Toutefois, le pays était « désorganisé complètement » ; il fallait « reconstituer les groupements, […] leur nommer des chefs acceptables pour la population » (mais surtout pour les autorités civiles qui reprenaient le contrôle). Cette opération avait coûté à la colonne 11 tirailleurs tués (plus un guide et un porteur), 49 blessés et 9 contusionnés ; 26 817 cartouches et 26 munitions d’artillerie avaient été consommées. « Les pertes de l’adversaire ne [pouvaient] pas être indiquées d’une façon même approximative. » Le rapport précisait que le fusil 1886 ne tuait « qu’exceptionnellement sur le coup », que le terrain très couvert et le fait que les Baoulé n’abandonnaient pas, sinon avec déshonneur, leurs morts sur le terrain, ne permettaient pas un bilan sûr des pertes ennemies, dont le nombre était jugé « considérable ». Il était tout de même écrit que des cadavres en décomposition ou des squelettes étaient « à chaque instant [trouvés] dans les fourrés » et que les seuls Kpouébo déclarèrent plus de cent guerriers tués222. Les dimensions de la déroute étaient telles que même l’enterrement des morts était devenu difficile.

    172La paix coloniale rétablie, l’heure était à la répression des chefs et des meneurs capturés. Ceux qui n’avaient pas succombé étaient destinés à la déportation. Dans les paroles du lieutenant-gouverneur Angoulvant, l’« arrestation et [la] déportation des chefs rebelles et féticheurs » faisaient partie des « principes » à la base du succès des opérations militaires (1916 : 149-150). Pour les N’gban, le prix payé fut important : entre octobre 1910 et juin 1911, vingt-cinq chefs et meneurs furent déportés à Port-Étienne (Mauritanie) pour dix ans ; même durée pour deux autres déportés à Bingerville ; trois l’étaient dans le Bas-Cavally, pour une durée variable entre deux et cinq ans. Auparavant, en juin 1909, neuf Assabou avaient été déportés au Sénégal (Sine Saloum, Podor, Matam, Bakel) pour dix ans. Le choix du lieu de déportation privilégiait explicitement la différence climatique pour les cas les plus graves ; nombreux furent ceux qui ne revinrent pas au pays, même si Angoulvant se défendait de choisir ainsi la peine de la « mort lente » (idem : 234-240).

    173La liste nominative des candidats n’gban à la déportation, établie par le lieutenant Bru, était l’occasion de dresser un bilan à charge pour chaque sous-groupe. Les cinq chefs et meneurs adaous étaient accusés d’avoir torturé le boy d’un « partisan » et d’avoir détruit des campements, des cultures et des réserves d’« indigènes fidèles ». Trois hommes alakro avaient enlevé un chef hésitant et blessé grièvement un chef fidèle. Six Assabou avaient détruit la ligne télégraphique, coupé des routes et torturé à mort le boy envoyé par un chef soumis ; parmi eux figurait Bei Kouakou, « dépositaire du fétiche de guerre Beugré », auteur de menaces envers les chefs fidèles, dont Akafou N’guessan, la fille d’Akafou. Les cinq Dida à déporter avaient coupé les routes, attaqué les caravanes et envoyé des renforts aux Akouè et aux Abbey. Un chef moronou destiné à la déportation fut épargné pour en faire un « intermédiaire de façade ». Enfin, les Kpouébo eurent le plus grand nombre de déportés avec treize hommes ; parmi eux, Ya Guié, « chef de tribu, irréductible ennemi », deux de ses fils, un neveu, deux frères, le meurtrier du chef soumis N’zoko, un féticheur auteur de sacrifices humains, le meurtrier des Dioula en novembre 1909, le meurtrier d’un boy. Les Kpouébo avaient ravagé les plantations des indigènes fidèles, bloqué le poste d’Ouossou, coupé la route. Ya Guié était accusé aussi d’avoir fomenté la révolte de 1901-1904 ; toute sa famille devait être frappée : « Les indigènes, aussi bien nos partisans, que ceux qui se sont laissés entraîner dans la révolte, s’étonnent que cette famille ne soit pas entièrement exterminée223 ». Plus tard, une attention particulière fut réservée à Kouadio Essui, « dépositaire du fétiche "Lologan" » des Assabou, et à Zegbé, « gardien du tam-tam de guerre » des Kpouébo224. L’attention aux aspects « mystiques » de la révolte demeurait élevée, dans la crainte qu’une reprise des hostilités ne puisse venir de ce côté-là, aspect le moins contrôlable par les coloniaux.

    174Même si les sources coloniales ne s’y arrêtent pas spécialement, la guerre avait scellé aussi des destins individuels ; le traitement réservé à la filiation d’Akafou fut emblématique : l’un de ses fils, Blenga, disparaissait dans des circonstances peu claires, probablement éliminé par des « partisans » de la colonisation (voir supra), tandis que N’guessan, la fille qu’il avait eue avec Kakou Bra et qui avait rencontré Clozel en 1904, fut désignée – de manière quelque peu dérisoire compte tenu des circonstances – comme « la reine » des Assabou.

    175Ces opérations qui prenaient fin avec une victoire écrasante et définitive des troupes coloniales avaient été précédées par des mois de luttes intestines dans lesquelles les N’gban se déchirèrent violemment, d’un côté ceux qui étaient franchement hostiles aux Français, de l’autre les « tièdes » ou encore les ralliés à la cause coloniale. Les épisodes de violence concernaient, en cette phase précédant la colonne, uniquement d’autres N’gban ou, tout au plus, les étrangers, Dioula ou Apolloniens (Nzema), mais pas les troupes d’occupation. La dénomination de « guerre civile » est dans ce cas tout à fait pertinente. Cet état de choses peut expliquer d’ailleurs les réticences qui ont systématiquement caractérisé les enquêtes orales menées dans les mêmes villages protagonistes des récits coloniaux : les chefs et les notables de Kpouébo, Moronou, Dida, Ouossou et des autres villages n’gban, interrogés parfois à plusieurs reprises et à plusieurs années d’intervalle, se sont montrés toujours peu diserts sur les faits liés à ces années d’occupation militaire (voir infra). Comment se souvenir et parler d’un chef « collaborateur » tué par les siens, de « boys » mis à mort par représailles, de familles déchirées, de villages entiers réfugiés au poste, de femmes et d’enfants pris en otage, de campements et de cultures détruits par des congénères ? La division dramatique au sein du monde baoulé empêche aujourd’hui la constitution d’un récit tant soit peu unitaire et consensuel de la conquête coloniale, qui s’est soldée non seulement par une défaite sur le plan militaire mais aussi et surtout par une réorganisation des équilibres internes à la société locale : renouvellement presque complet de la chefferie, destruction des campements de culture, déplacement et réunification des villages.

    176Un bilan humain précis reste impossible à dresser, mais la guerre et ses suites avaient profondément marqué la démographie n’gban : guerriers morts au combat ou des suites de leurs blessures, prisonniers et déportés, émigrés, travailleurs recrutés pour le chemin de fer, personnes mises en gage pour dettes, toutes ces « absences » affaiblissaient la composante masculine (surtout jeune) de la population. Plus grave peut-être, la société n’gban sortait de cet affrontement non seulement appauvrie au point de vue matériel (destruction de villages, campements, cultures, réserves de vivres, bétail) mais aussi divisée selon des lignes de faille internes entre sous-groupements (akpaswa) du même nvle, villages, familles et individus différemment positionnés par rapport à la colonisation. La fracture concernait aussi les catégories d’âge et de genre, les anciens maîtres et les captifs (« boys ») qui, comme une partie des jeunes et des femmes, étaient en quête d’une nouvelle position sociale auprès des tirailleurs ou dans les premiers centres urbains nés autour des postes. On peut considérer ces choix comme une acceptation de la colonisation, voire une appropriation des conditions imposées par elle, sans oublier toutefois les contraintes et le prix payé pour accéder à ces nouveaux statuts.

    L’« après-guerre »

    177La paix revenue et pendant que les troupes étaient engagées dans les opérations contre les derniers Baoulé insoumis (Nanafoué-Kpri, voir chap. 8), le chef du poste d’Ouossou poursuivait sa tâche de « normalisation » des N’gban.

    178Dès janvier 1911, l’impôt de l’année était perçu sans « aucune difficulté ». Pour l’amende de guerre, les versements se faisaient plus lentement, les N’gban devant changer leur or contre des espèces. Malgré une certaine lassitude, 700 porteurs avaient été fournis, dont sept seulement avaient fui, promptement ramenés par les chefs de leurs villages. Les déserteurs du chantier du chemin de fer se réfugiaient en revanche à Abidjan, Tiassalé, Dimbokro ou Agboville, « peu désireux de rejoindre leur tribu ». Autre note négative : « la population des villages ngbans les plus éprouvés par la guerre [avait] subi de graves atteintes de maladies épidémiques ». « Le décès de nombreux indigènes [était] constaté avec peine225 ». Les conséquences de la guerre se faisaient donc sentir, le pays était déstructuré et appauvri ayant perdu plantations et bétail.

    179Une tournée sous escorte militaire, du 5 au 16 février, avait pu encore détruire « quelques campements de récalcitrants » chez les Dida d’Assakra, qui tardaient à reconstruire leur village. Le chef et les notables responsables de cette inertie étaient « sévèrement punis », sans plus de précisions. D’autres campements étaient détruits entre Dida et le N’zi par le lieutenant Carbou, pendant que Bru triomphait des dernières résistances au paiement de l’amende et de l’impôt ; les chefs étaient « sévèrement tancés », mais la situation était bonne : il ne restait « qu’à continuer d’apprivoiser la population »226.

    180En mars, le ton devenait presque triomphaliste : étrangers bien accueillis, impôt et « amende de soumission » payés, villages reconstruits ou sur le point de l’être ; il était désormais « suffisant d’envoyer les représentants227 pour obtenir des villages les services demandés ». Il fallait tout de même admettre que, malgré la reprise des activités, la disette se faisait « un peu sentir »228.

    181Les derniers reliquats d’impôt et d’amende étaient perçus en avril. Des querelles anciennes entre groupes baoulé étaient alors évoquées comme source possible de désordre ; le commandant du poste suggérait une sorte d’amnistie par manque d’« éléments d’appréciation » sur ces vieux conflits liés aux échanges vers la côte (esclaves, armes, sel) et au pillage ; la libération d’anciens prisonniers pouvait être conseillée ou ordonnée. Une attention particulière fut enfin portée sur les « féticheurs », parmi lesquels figuraient Kamonou Kouassy et Akafou N’guessan, à Ouossou et Kacou Dibi à Moronou. Le « développement économique » était évoqué, en comptant sur l’action des représentants, « destinés à devenir chefs à leur tour » après avoir été au contact des Européens229.

    182En mai, Bru était remplacé à la tête du poste d’Ouossou par Carrère, qui se montra tout de suite méfiant230. En juin, lors de sa première tournée, il constatait, en effet, que les jeunes N’gban refusaient d’exécuter les travaux qui leur étaient imposés par les chefs et émigraient au loin. Le constat était inévitable : « L’ancien prestige des chefs a bien disparu ; leur autorité est purement nominale231 ». Après avoir systématiquement poursuivi, tué, emprisonné, déporté les chefs, le résultat ne pouvait qu’être l’état d’anarchie si souvent attribué aux Baoulé. Désobéir aux ordres des nouvelles figures imposées par l’autorité coloniale devenait alors une manière de ne pas se soumettre à celle-ci, et l’exode la voie la plus rapide pour sortir de l’impasse.

    183En juillet la dispersion dans les campements demandait une surveillance étroite avec l’aide des chefs des Moronou, qui ramenèrent au poste une dizaine de familles s’obstinant à vivre isolées232. Le mois d’après, le constat était fait que les Baoulé se rendaient, de plus en plus, au poste pour régler leurs différends auprès du commandant. Cette note positive lui permettait un envol lyrique qui se terminait avec la volonté d’« arriver à faire de ces grands enfants farouches et haineux des hommes », malgré la « rancune tenace » qu’ils montraient par « leur regard faux ». Au vu de ces clichés, il y a de quoi regretter les rapports informés et factuels de son prédécesseur. Plus concrètement, lors du recensement, nouvel enjeu majeur, Carrère comptait à Pakobo 110 morts de dysenterie et 64 jeunes partis à Toumodi, Lahou, Tiassalé, Dimbokro – les garçons pour chercher du travail, les filles pour suivre les tirailleurs : « tous pour fuir un pays où ils étaient obligés d’obéir pour la première fois »233. Les décès comme les départs étaient encore les conséquences de la guerre. En septembre, Carrère rencontrait les chefs n’gban pour leur expliquer l’importance et la « justice » du recensement et de l’impôt. Cette pédagogie était suivie d’une tirade rhétorique :

    Nous arriverons à faire disparaître les derniers vestiges d’un amour-propre excessif et mal compris, d’une fierté déraisonnable, auxquels il faut attribuer en grande partie les révoltes passées.

    Difficiles à manier, se croyant invincibles parce que jamais soumis, jamais obligés d’obéir jusqu’à l’année dernière, les N’gbans sont cependant susceptibles d’une mise en main complète, d’un apprivoisement définitif234.

    184Le rapport d’octobre faisait encore mention des départs des jeunes gens à l’insu de leurs familles, pendant la nuit. Des campements continuaient d’être découverts et détruits ; certains de leurs habitants étaient « punis de 15 jours de prison, pour l’exemple ». L’état d’esprit général des N’gban laissait encore à désirer235. Leur « répugnance […] à vivre groupés dans les villages […] assignés », ainsi que le manque d’aide de la part des chefs, par crainte de représailles, étaient au centre des rapports de novembre et décembre236.

    185Pendant le premier trimestre de 1912, la routine se composait donc du recouvrement régulier de l’impôt et des conseils prodigués pour les cultures du coton et du riz, mais « les Kpouébo se montraient les moins dociles des N’gbans ». La tâche de la colonisation devenait « une œuvre complète de régénération humaine » ; pour l’accomplir, il fallait se « faire aimer » et vaincre les « vieux ressentiments ». L’« exode des jeunes gens […] hypnotisés par les cités en formation » continuait vers les centres urbains, à la recherche d’un travail237 et, certainement, d’un nouveau statut social pour les anciens captifs et les cadets, désormais libérés de la tutelle des aînés si durement défaits.

    186En avril et en mai, Carrère signalait l’indiscipline des jeunes (« ces cerveaux sauvages et primitifs ») et des « boys », suite aux demandes de portage ; les chefs de famille sollicitaient même l’intervention du chef de poste pour se faire obéir238, signe certain du déclin de leur prestige. Des campements étaient encore découverts en juin, leurs habitants punis de quinze jours de prison. Si l’état d’esprit des Kpouébo s’améliorait, les chefs des Adaou et des Assabou ne cachaient pas leur ressentiment. Carrère pouvait aussi se livrer à des remarques d’ordre moral sur la promiscuité, la polygamie et la faiblesse des liens familiaux239. En août, la 4e brigade quittait Ouossou pour Dimbokro ; 420 porteurs étaient réquisitionnés sans difficulté et la population était soulagée de voir partir des hommes dont les comportements n’étaient pas toujours irrépréhensibles240. La guerre était désormais lointaine mais pas oubliée.

    La version des vaincus

    187À défaut d’avoir une véritable « vision » capable de produire un « contre-discours »241, les vaincus peuvent au moins proposer une version – souvent parcellaire, incomplète et autocensurée – de certains des événements si précisément relatés par les vainqueurs. En l’absence d’un récit tant soit peu complet et chronologiquement linéaire, on peut retenir des sources orales deux types de narrations d’un intérêt certain : des récits d’événements singuliers, ou bien le sens général à donner à une défaite qui pousse davantage à l’oubli qu’à la remémoration.

    188Concernant les causes de l’affrontement, elles sont parfois réduites à des épisodes ponctuels, comme la confiscation d’un bœuf, un incident mineur qui condense d’autres réquisitions, corvées et abus bien plus graves242 ; ou alors c’est le contrôle de la route centrale du Baoulé qui constitue l’enjeu majeur conduisant à la guerre243. Quant à la saisie des fusils décidée en 1909, elle est fréquemment évoquée comme la mesure ayant déclenché la dernière rébellion :

    Quand le Blanc a pris tous leurs fusils, il leur a dit : « les fusils n’ont pas de papiers [flua], donc […] on va écrire en bas des fusils avant de vous les rendre ». C’est ainsi qu’ils ont donné les fusils. Quand le Blanc les a pris pour partir, il ne les a pas ramenés244.

    189Il faut toutefois considérer que la référence à cette décision administrative constitue l’explication du conflit la plus courante aujourd’hui en Côte d’Ivoire, capable de gommer toute revendication de souveraineté.

    190Si la plupart des récits peuvent être rapportés aux dernières années de la résistance (1909-1910)245, d’autres, plus rares, renvoient aux débuts du contact avec les Français ; c’est ainsi que le nom du sergent Samedi, tué en janvier 1895 lors du premier affrontement causé par la colonne de Kong, est retenu, peut-être parce que son tombeau a été longtemps visible à Ouossou246.

    191Un trait qui apparaît constamment est celui de la désunion face aux Français247, qui a constitué, avec l’infériorité des moyens techniques (armes et munitions), l’une des causes principales de la défaite. Le débat (à distance) vire à l’accusation réciproque, ainsi à Moronou on accuse les habitants de Kpouébo de les avoir entraînés dans la guerre et on se plaint en même temps du fait que :

    les autres peuples baoulé n’ont pas aidé les N’gban ; ils étaient des étrangers [les uns pour les autres] ; seul les N’gban ont combattu contre les Blancs248.

    192À leur tour, les habitants de Kpouébo et de Dida se plaignent d’avoir été laissés seuls face aux Blancs :

    Tous les N’gban qui sont ici ont fui, sauf nous. Ce sont nos parents qui ont combattu avec les Blancs. Personne ne nous a aidés […]. Les gens d’Ouossou ne nous ont pas aidés249.
    C’est Dida-Blé, Dida-Kouadiokro et Dida-Yaokro, qui ont combattu, mais c’était le même village. Il n’y a pas eu d’autres personnes pour les aider.

    [Les autres villages n’gban] ne sont pas venus ici. Nos parents nous ont dit qu’Assakra n’a pas combattu. […] Il y avait Assakra, Adaou de l’autre côté là-bas, mais ils ne nous ont pas aidés à combattre. […] Les autres se sont rendus aux Blancs, c’est pour ça qu’ils n’ont pas fait la guerre.
    […] Les guerres se faisaient village par village250.

    193Les habitants de Kpouébo accusent, sans détour, d’autres villages de traîtrise :

    Il y a [quatre] villages qui ont combattu contre les Européens : Adaou, Kpouébo, Dida et Ayrémou [Assabou].
    […] Ils étaient reliés ; quand les Blancs attaquaient un village, les autres se déplaçaient et se mettaient derrière les Blancs, qui étaient pris entre deux feux. Quand ils voulaient se déplacer d’un endroit à un autre, ils rencontraient des gens d’un autre village, comme par exemple les gens d’Adaou ; là ils combattaient ; s’ils pouvaient virer d’un autre côté, ils tombaient encore sur un autre village et c’est comme ça qu’ils combattaient.
    […] Au début, il y avait aussi les gens de Moronou et les gens d’Akakro qui participaient à la guerre à leurs côtés, mais après, quand ils ont vu que les Blancs allaient sortir vainqueurs, ils se sont immédiatement retirés pour se ranger à côté des Blancs, donc les Blancs maintenant fournissaient des armes aux hommes de Moronou, aux hommes d’Akakro qui combattaient leurs frères n’gban et c’est pour ça que leur village ne sont pas très bons.
    […] C’est pour ça que les villages ne sont pas grands, parce qu’ils les considèrent comme des traîtres ; avant la guerre ils avaient établi des accords, ils s’étaient dit qu’ils combattraient ensemble, que tous les N’gban allaient combattre les Blancs ; ils s’étaient mis d’accord, ils avaient même prononcé des malédictions [serments], ils avaient fait des sacrifices pour ça, et puis maintenant les hommes d’Akakro et les hommes de Moronou se sont retirés. Donc la malédiction, on peut dire qu’elle agit sur les traîtres qui se sont retirés251.
    Quand ils combattaient il y avait un commandant Blanc qui s’appelait Garié, c’était un Européen ; il a fait appel aux autres villages n’gban, les traîtres qui se sont retirés pour se ranger à côté des Blancs, et il leur a posé la question à savoir s’ils n’étaient pas des villages n’gban ; ils ont répondu qu’ils étaient des villages n’gban ; alors il leur a demandé, s’ils étaient des N’gban, normalement, pourquoi ils combattaient à côté des Blancs ? C’est le Blanc même qui disait ça aux autres villages. Donc s’ils combattaient à côté des Blancs c’est qu’ils étaient des traîtres, c’est qu’ils étaient des lâches.
    L’amende que les Européens leur ont fait payer, les hommes de Moronou la payaient aussi, même s’ils avaient combattu à côté des Européens ; ils payaient comme payaient les gens de Kpouébo.
    […] Ils n’avaient pas essayé d’appeler les autres tribus voisines pour venir combattre, mais ceux à qui ils avaient fait appel étaient les autres villages n’gban, comme Moronou et Akakro. Eux n’ont pas voulu combattre, ils ont joué aux traîtres et ils se sont rangés aux côtés des Européens et après la guerre les Européens ont demandé à savoir s’ils devaient libérer les prisonniers qu’ils ont faits durant la guerre et les traîtres, les hommes de Moronou et les hommes d’Akakro, ont dit aux Européens de ne pas libérer les prisonniers qu’ils avaient faits, que s’ils libéraient les prisonniers il y aurait encore une autre guerre qui allait éclater ; donc, eux, ils étaient toujours aux côtés des Européens, mais les Européens ont fini par relâcher les prisonniers survivants252.

    194À Moronou, le meurtre de leur chef (voir supra) est transformé dans celui du chef de Kpouébo :

    Les gens de Kpouébo ont tué leur propre chef qui s’appelait Kouadio Soko [N’Zoko dans les sources coloniales]. Kouadio Soko était le frère d’Abohi Koffi, le chef de tous les N’gban ; pendant la guerre, Kouadio Soko au lieu d’aider les N’gban à combattre s’est rallié aux Blancs ; alors, les siens, mécontents, l’ont tué parce qu’il était considéré comme un traître.
    […] Les gens de Kpouébo, quand ils ont vu Kouadio Soko avec les Blancs, ont cru que c’était lui qui les avait fait venir pour les combattre, alors ils l’ont pris pour un traître et l’ont tué253.

    195Ce meurtre est déplacé d’un village à l’autre mais reste une pratique possible et acceptable au regard des circonstances. Ce changement pourrait être le résultat d’une censure mémorielle, qui produit l’admission partielle d’un geste ressenti comme grave, un mécanisme que l’on pourrait définir, ainsi que dans d’autres situations, comme le fruit d’une « mémoire honteuse » née d’un sentiment d’échec et de culpabilité, mais qui n’aboutit pas à une confession complète. La mémoire sélective protège : les meurtriers sont désignés, tandis que l’identité de la victime est transfigurée par un mécanisme d’éloignement de soi.

    196Moins radicales que le meurtre, les représailles matérielles étaient tout de même fréquentes contre ceux qui pactisaient avec les Blancs, notamment en rejoignant le poste. Le chef d’Adaou, Anzro N’droumi, s’étant retiré à Ouossou, ses plantations avaient été détruites :

    On l’a traité de poltron, on a dit qu’il a fui puisqu’il ne voulait pas affronter la guerre, c’est à cause de ça qu’ils ont détruit son champ254.

    197Un récit qui provient d’un village du groupe dida, l’un des plus actifs en 1910, prend en compte la domination imposée comme cause de la résistance, relate la manière de demander la paix et termine en évoquant le désarmement :

    Quand [le chef Nana Satia] a commencé à habiter ici, c’est peu de temps après que les Blancs comme toi sont venus, et quand les Blancs sont arrivés ils […] voulaient le commander. Là, il n’a pas accepté.
    Il n’a pas accepté que ce soit l’homme blanc qui vient d’arriver qui va venir le commander. L’homme blanc lui a dit : « si tu ne veux pas qu’on te commande, on va te faire la guerre ». Et lui a répondu : « si c’est comme ça, je suis d’accord ».
    C’est ainsi qu’ils ont bien combattu avec les Blancs, jusqu’à…
    Ils ont combattu, combattu, combattu […].
    La guerre a duré, c’est affaire de Blancs, ça devenait long, il n’y avait pas de vainqueurs, les gens ne pouvaient plus aller aux champs, il y avait des enfants parmi nous, il y avait des femmes parmi nous, ça faisait trois mois de combats255, on ne pouvait plus aller au champ, l’affaire de Blancs ne finissait pas, les gens avaient faim, donc [le chef a dit] : « demain il faut qu’on se réunisse pour dire au Blanc qu’il nous a vaincus, pour qu’on puisse aller en brousse ».
    C’est comme ça qu’ils ont désigné une femme qui s’appelait Kouadio N’gatta. C’est leur fille qui a été désignée pour aller s’arrêter sur la route, mais on ne pouvait pas la tuer, les Blancs ne la voyaient pas, parce qu’ils avaient mis des choses sur elle.
    Elle portait des branches d’arbre, au moment où elle voulait soulever les branches256, le même jour les Blancs aussi ont décidé de venir arrêter la guerre ; ils avaient dit que les N’gban étaient très courageux, qu’ils avaient combattu pendant trois mois, donc ils venaient pour les congratuler et leur demander de les aider à combattre257. Les deux sont devenus la même chose [alliés].
    […] Quand les Blancs venaient, la jeune femme avait soulevé les branches comme un drapeau. C’est là que les Blancs ont baissé les fusils.
    Quand les Blancs sont arrivés auprès de la jeune fille avec les fusils baissés, ils ont demandé à la jeune fille, « où sont les hommes ? Appelez tous les hommes pour qu’ils viennent ». Et tous ceux qui étaient dans la forêt ont commencé à sortir.
    Le Blanc a dit que tout le monde devait sortir et c’est ainsi que tout le monde est sorti. Il les a trompés. Quand ils sont sortis, il les a félicités, « vous êtes courageux, vous avez combattu pendant longtemps, maintenant on va vous demander de nous aider à combattre »258.

    198L’épisode des têtes coupées à Dida en 1902 (voir supra) a aussi laissé une trace :

    Ici, chez nous, il n’y a pas eu beaucoup de morts. C’est une seule personne qui est morte. Il s’appelait Gbahan Konan.
    […] Il a pris le chemin. Après, ses frères ont entendu un bruit de fusil, kpounn et ils ont su qu’on venait de le tuer. La balle l’a eu et il est mort. Ils ont tranché sa tête pour l’envoyer.
    […] Pendant la guerre ils coupaient souvent les têtes pour les montrer à leurs chefs. C’était fréquent pendant la guerre.

    Eux aussi ils coupaient les têtes. Avant, il y en avait aussi chez nos ancêtres259.

    199Ailleurs, ce n’est pas la conquête qui est consignée dans la mémoire mais plutôt les contraintes qui avaient suivi : travail forcé, mainmise sur les ressources, abus commis par les « représentants ».

    Ils ont tué nos parents, ils ont frappé nos parents, ils en ont tué. Ils ont tué beaucoup de nos parents.
    Nous, on n’avait rien, on n’avait pas de fusils, on n’avait rien dans nos mains.
    Les Blancs nous ont pris pour des femmes faibles.
    Quand on nous disait de travailler et nous refusions de travailler, ils nous frappaient.
    Avant, les Blancs ont pris nos parents de force pour travailler, on les faisait coucher et on les battait sur les fesses.
    On n’avait pas de fusils, si on avait des fusils ils n’allaient pas nous vaincre260.

    200Plus factuels, quelques épisodes de combat ont particulièrement frappé les esprits restant ancrés dans une mémoire « dicible » et exprimant pleinement le sens de la défaite.

    201Par exemple, le passage du N’zi, lors de l’assaut final, est perçu comme un tournant résolutif de la guerre par les habitants de Kpouébo :

    202Quand le matin arrive comme aujourd’hui, les Blancs viennent, nos parents aussi s’apprêtent, ils les attendent et ils les repoussent. Eux aussi nous repoussent, ils ne peuvent pas traverser pour venir, nous aussi on ne peut pas traverser pour aller là-bas et c’est quand nous avons fini la poudre, c’est là qu’on a été vaincus261.

    C’est là maintenant qu’ils ont traversé pour venir chez nous.

    Ils ont traversé le N’Zi pour venir chez nous ; nous, on n’avait plus de poudre, c’est là qu’on a décidé de mettre fin à la guerre.
    […] C’est quand ils sont rentrés qu’on a mis fin à la guerre.

    Quand ils ont pu traverser le fleuve, c’est là qu’on a su qu’on ne pouvait plus faire la guerre avec eux. Là, on sait maintenant, qu’ils nous ont gagnés262.

    203Toujours sur le passage du N’zi par les troupes coloniales la même source relate un épisode intéressant : les guerriers postés sur la rive droite tiraient leurs coups de feu en criant leurs noms, conformément au genre de défis lancés lors des combats entre Baoulé d’époque précoloniale ; de l’autre côté, les officiers prenaient des notes et, une fois la guerre terminée, recherchèrent les N’gban qui s’étaient ainsi dénoncés.

    Nos parents qui ont été envoyés [combattre], ce sont eux qui tiraient sur les Blancs ; à chaque coup de fusil, ils disaient leur nom, ils disaient, « moi, je m’appelle untel, je vais en découdre avec vous aujourd’hui » ; alors qu’ils ignoraient que pendant qu’ils disaient leur nom quelqu’un écrivait [klè : écrire].
    Après la fin de la guerre, les Blancs ont commencé à les appeler : « Untel, tu viens avec ton fusil ». C’est comme ça que les Blancs ont pu arracher tous les fusils263.

    204Cette « leçon d’écriture » n’est peut-être pas à prendre au pied de la lettre, mais elle atteste le rôle et la puissance de l’écrit, ressenti comme une véritable arme de combat dans les mains des Blancs. La disparité de moyens est un élément qui ressort nettement de plusieurs récits :

    Avant on combattait avec les fusils, mais ils étaient différents des fusils des Blancs ; il y en avait un qu’on appelait kekle, un autre andui, gbengue. Ils étaient fabriqués par les hommes noirs.
    Pour l’homme noir on ne peut pas casser [ouvrir] le fusil pour mettre les cartouches.
    On prenait la poudre noire pour faire.
    Une fois qu’on met la poudre noire que tu tires, il faut attendre longtemps pour tirer encore.
    C’est pour ça que les Blancs nous ont eu, parce que le Blanc, lui, a beaucoup de cartouches, donc il peut tirer à tout moment, kpo, kpo, kpo, kpo…
    Les Blancs ont fermé les voies parce que nos parents allaient à Tiassalé et à Labou [Dabou] pour chercher la poudre pour venir chasser.
    Quand les Blancs ont fermé les voies, on n’avait plus accès à la poudre, parce que on ne pouvait plus aller chercher la poudre. Les Blancs ont fermé toutes les voies.
    C’est pour ça qu’on a décidé de dire aux Blancs qu’ils avaient gagné, puisqu’on n’avait plus de poudre pour combattre264.

    205Autre exemple de supériorité technique dans l’art de la guerre, l’usage de l’artillerie est aussi resté imprimé dans la mémoire, venant marquer la fin des hostilités et la capture de prisonniers, en cette même année 1910. Un témoignage provenant de Moronou relate cet épisode résolutif, qui marquait la fin des hostilités et débouchait sur le regroupement des villages :

    Pendant la guerre, les Blancs ont compris que les N’gban étaient forts, qu’ils étaient prêts à se battre jusqu’au bout et que la guerre ne sera pas facile. Alors, comme les Blancs sont astucieux, ils ont réuni tous les villages n’gban et ils ont fait venir leur canon. Quand tous les villages n’gban étaient réunis, les Blancs ont tiré un grand coup de canon en l’air pour les effrayer. Quand les N’gban ont entendu le coup de canon, ils ont eu peur et les Blancs leur ont dit : « Si vous ne voulez pas arrêter la guerre, c’est avec ces coups de canon que nous allons vous tuer ». C’est au poste d’Ouossou que les Blancs ont réuni les villages n’gban. Les Blancs ont fait savoir aux N’gban qu’un seul coup de canon pouvait détruire tous les villages environnants ; alors les N’gban ont eu peur et sont venus se regrouper dans un même village, parce que les Blancs les ont trompés et c’est quand ils sont venus se regrouper que les Blancs les ont eus. Les Blancs ont été plus malins que les N’gban265.

    206Face à la supériorité des forces ennemies, il ne restait qu’à demander la paix :

    C’est notre ancêtre qui s’appelait Ya Kouakou qui a mis fin à la guerre.
    Comme on a essayé de combattre avec les Blancs et ça n’allait pas, il valait mieux faire la paix.
    […] Le chef Ya Kouakou a dit à Bla Ngblo de donner son fils pour aller faire la paix avec les Blancs.
    Quand il a dit à Bla Ngblo de donner son fils pour aller faire la paix, celui-ci lui a répondu : « tu as raison, s’il n’y a pas quelqu’un pour faire la paix nous allons tous mourir ». C’est ainsi qu’il a envoyé son fils au nom de Ya Kouakou.
    C’est lui qui est parti calmer la guerre […]. Il s’appelait Kouamé Kouassi […]. C’était un jeune [gbaflèn] du village, il faisait partie d’une grande famille du village. Quand le problème [ndè] est arrivé, les vieux se sont réunis comme nous aujourd’hui et c’est là qu’ils l’ont désigné pour aller mettre fin à la guerre. Ils ont demandé la permission à son père pour qu’il aille mettre fin à la guerre. Au moment où il partait mettre fin à la guerre, il était encore jeune, ils l’ont envoyé en tant que jeune.
    […] Ils ont cassé des branches pour les lui donner.
    […] Comme on a combattu durant trois mois avec les Blancs et comme on n’en pouvait plus, on a décidé de mettre fin à la guerre.
    […] Ils lui ont donné des branches pour aller et c’est ce qui représentait leur drapeau.
    C’est pour aller dire aux Blancs qu’« on ne peut plus faire la guerre avec vous ». Et ils ont fui pour aller se réfugier sur la colline.
    C’est alors que les blancs ont dit : « à partir de demain on ira attaquer la colline » [e di ngbè : ils font chasse]266.
    Quand ils ont décidé de ne plus faire la guerre, ils n’avaient plus de poudre, c’est là qu’on a désigné quelqu’un pour aller demander pardon aux Blancs.
    Quand il prit les branches, quand il partait, il a commencé à crier : « la guerre est finie, la guerre est finie » [alɛ wa wye, alɛ wa wye].
    C’est comme ça que ça s’est passé267.

    207La réunion des nombreux campements dispersés dans des gros villages, le désarmement complet et le paiement d’une amende de guerre et de l’impôt sont les éléments retenus comme conséquence directe et immédiate de la défaite268. Le coût humain n’est pas pour autant tu : les pertes ne pouvant pas être chiffrées, on évoque « beaucoup de tués » et la mutilation des guerriers tombés. Des noms de chefs de guerre, ces meneurs pointés du doigt par les autorités coloniales, sont également retenus269, tout comme l’identité des prisonniers et déportés, mémoire douloureuse s’il en est :

    Quand le Blanc a gagné la guerre, tous nos chefs [kaklaka : grands] ont été appelés pour se faire connaître.
    Après, quand la guerre s’est calmée, les Blancs ont demandé à voir nos combattants [alɛ kunfuɛ] qui étaient devant, parce qu’on ne fait pas une guerre pour rien.
    Les Blancs leur ont fait appel et les ont réunis, comme nous sommes réunis actuellement. Et les Blancs les ont envoyés [déportés], parce qu’ils se sont dit que s’ils les laissaient ici, ils allaient les combattre encore.On croyait qu’ils allaient les punir [fɔ] avant de les ramener, mais ils sont partis les tuer.
    Quand ils sont partis, ils ne sont plus revenus.
    Nous aussi, comme on ne peut pas faire la guerre, on n’a plus réveillé [tingué] la guerre et c’est comme ça que nous avons commencé à marcher [nati] jusqu’à aujourd’hui [l’image évoque le temps qui passe]. Ya Djé [chef], Ya Kouakou [chef de guerre], Assye Nyè, Kouakou Brou, Ya Kouadio, Angoua Ouffouè, Kouadio Kpri, Ya Zegbué. Voici ceux que les Blancs ont envoyés. […] Ils les ont envoyés très loin d’ici et ils ne sont pas revenus270.

    208La déportation des prisonniers, parmi lesquels on reconnaît Ya Djé (Guié dans les sources coloniales), chef des Kpouébo et Angoua Ouffouè (Angoua Ofité, indiqué comme l’un des chefs de guerre par le commandant du poste d’Ouossou), était ressentie comme une mort, qui constituait une issue tout à fait possible de l’éloignement brutal auquel les déportés étaient soumis.

    209Un sentiment de mort et de fin d’un monde transparaît enfin dans un autre passage de ce même récit :

    Quand [le chef Ofitè Ya] a appris que la guerre arrivait, que ceux qui arrivaient étaient venus pour finir le monde [bo mɛ], [il a dit] : « je ne veux pas vivre avec eux » ; c’est là qu’il est mort271.

    210« Finir le monde », ce monde, telle avait été la tâche des Blancs.

    Chronologie

    1893 : Premières rencontres

    • Juillet 1893 :
    Des contacts indirects sont établis entre les autorités coloniales en poste à Tiassalé et les chefs de l’intérieur, dont Akafou, « roi des Baoulé ».
    • Septembre 1893 :
    Le capitaine Marchand rencontre Akafou dans son village d’Ouossou.
    • Octobre-novembre 1893 :
    Plusieurs visites de l’administrateur Pobéguin à Ouossou. Les relations établies avec Akafou sont bonnes.

    1894-1895 : La colonne de Kong

    • Octobre 1894 :
    Sollicitude d’Akafou dans la fourniture de porteurs pour la colonne.
    • Novembre 1894 :
    « Complot d’Asmaret » : les principaux chefs de la région de Toumodi, à l’exception d’Akafou, se laissent entraîner dans une promesse de rébellion, vite reniée.
    • 26-27 décembre 1894 :
    Les exigences de la colonne provoquent la révolte généralisée des villages n’gban (Moronou, Ouossou, Kpouébo) et du village aïtou d’Ahouakro.
    • Janvier 1895 :
    Répression de la part des troupes coloniales : de nombreux villages incendiés.
    • 22 février 1895 :
    Première soumission d’Akafou, réfugié dans le village aïtou d’Abli.
    • Mars 1895 :
    Retrait de la colonne de Kong. Une période de tranquillité s’ouvre au Baoulé.

    1899-1902 : L’incendie de Toumodi et ses suites

    • 8 septembre 1899 :
    Les hommes de Kouadio Okou, chef ouarebo de Lomo [Sud], incendient l’habitation de Maurice Delafosse à Toumodi. Akafou est soupçonné de complicité ; son élimination est demandée à plusieurs reprises.
    • Septembre-novembre 1899 :
    La campagne de répression contre les hommes de Kouadio Okou épargne les N’gban.
    • Mars 1900 :
    Le Baoulé devient un Territoire militaire.
    • Avril-juin 1902 :
    • Les troupes effectuent des reconnaissances systématiques à partir du poste d’Ouossou.

    1902 : Mort d’Akafou et révolte généralisée

    • 28 juin 1902 :
    Akafou, qui se présente au poste accompagné de ses guerriers, est accusé de vouloir tenter un coup de main et arrêté.
    • 8 juillet 1902 :
    Akafou meurt en détention.
    • Juillet 1902-janvier 1903 :
    Action de répression planifiée contre les villages n’gban en révolte.
    • Janvier 1903 :
    Soumission des N’gban : les conditions de paix sont très lourdes.

    1904-1909 :Retour de la paix

    • Février 1904 :
    Palabre du lieutenant-gouverneur Clozel à Ouossou. Les notables n’gban, dont la fille d’Akafou, N’guessan, lui rendent hommage et s’engagent à la paix. Les conditions de soumission sont allégées.
    • 1905-1909 :
    Période de repli des N’gban.

    1909 : Meurtre d’Ali Seck

    • Juillet 1909 :
    Un fait divers isolé, le lynchage par vengeance du négociant sénégalais et ancien tirailleur, Ali Seck, meurtrier de sa femme baoulé, risque de rallumer les tensions à Ouossou.

    1909-1910 : La fin de la résistance des N’gban

    • 21 août 1909 :
    Décret de désarmement des régions pas complètement soumises.
    • Janvier-décembre 1910 :
    Action systématique à partir du poste d’Ouossou : prise d’informations sur les chefs et les meneurs ; exploitation des divisions internes des N’gban, chez qui un climat de guerre civile s’installe.
    • 1er mai-31 juillet 1910 :
    Colonne des N’gban : une forte colonne aux ordres du chef de bataillon Morel met fin à la résistance des N’gban. À l’issue des opérations, le désarmement est complet et les principaux chefs et meneurs survivants sont arrêtés et déportés. La soumission est définitive. Le bilan des pertes et des destructions est très lourd.

    1911-1912 :La reprise en main des N’gban

    • Les campements dispersés sont détruits et la population est regroupée dans un petit nombre de villages. L’impôt et l’amende de guerre sont régulièrement versés. Les cultures abandonnées sont reprises, mais le bilan démographique est lourd : disette et maladies s’ajoutent aux tués au combat dont le nombre est inconnu. Important exode des jeunes gens et des anciens captifs vers les nouveaux centres urbains.

    Notes de bas de page

    1 Sur la « vie minuscule » d’Akafou, je renvoie à Viti 2021a et 2021c. Je ne reviendrai pas ici spécialement sur ce personnage, même s’il sera inévitable d’y faire référence dans la reconstruction de la première phase (1894-1902) de la résistance des N’gban.

    2 Sur les dynamiques du peuplement baoulé à l’intérieur de la « Côte des Quaqua », je renvoie à Viti 1991a, 1994, 1998, 2000a.

    3 « MM Voituret et Papillon remontent le Bandama ; arrêtés aux rapides de Koundounou par ordre des chefs de Thiassalé, ils sont massacrés à coups de bâtons, et leurs corps divisés en petits quartiers, gage d’une alliance générale contre l’Européen, sont envoyés à tous les grands villages de la région entre Isy [N’zi] et Cavally » (ANOM, Mission, 8, Capitaine Marchand, Expédition de Thiassalé, Grand Bassam, 20 juin 1893) (Thomann 1999 : 67-68 ; Viti 2012 : 251-253).

    4 ANOM, Mission, 8, Capitaine Marchand, Expédition de Thiassalé, Grand Bassam, 20 juin 1893.

    5 Sur ces premières phases de la rencontre entre les Baoulé et les Français dans le bas-Bandama, voir Bamba 1993 (661-758).

    6 ANOM, Mission, 8, Le capitaine Marchand à M. le secrétaire d’État aux Colonies, Yobouébo, 23 décembre 1893. La description de Marchand faisait du Baoulé un eldorado.

    7 AN, 231 Mi/5, Papiers du commandant Marchand, dossier 7, [Manet] à Marchand, Thiassalé, 9 juillet 1893 ; ANOM, Côte d’Ivoire, IV, 3b, Pobéguin, administrateur des colonies à M. le gouverneur p. i. [de Beeckman] à Grand-Bassam, Thiassalé, 18 juillet 1893. Yves Person (1975 : 1675 n. 48) mentionne également Kouakoffi N’guessan, famiɛn des Aïtou, parmi les chefs qui envoyèrent des signaux amicaux aux Français. Les Aïtou, comme les N’gban, participaient à la même chaîne commerciale qui passait par Ahoua, le village qui avait servi de base arrière pour l’opération contre Tiassalé (Weiskel 1980 : 45-48).

    8 ANOM, Mission, 8, Le cap. Marchand de l’Infanterie de Marine, chargé de mission en Afrique, à M. le ministre des Colonies à Paris, Thiassalé, 20 décembre 1894.

    9 ANOM, Mission, 8, Pobéguin, administrateur colonial, à M. le gouverneur à Grand-Bassam, Renseignements sur la mission du capitaine Marchand, Grand-Lahou, 7 octobre 1893.

    10 AN, 231 Mi/2, Papiers du commandant Marchand, dossier 6, Pobéguin à Marchand, Houosso, 20 octobre 1893.

    11 ANCI, 1 EE 29 (1/1), Cercle du Baoulé, Pobéguin, administrateur des Colonies, à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Grand-Bassam, Rapport sur la région du Baoulé, Thiassalé, 26 novembre 1893 ; voir aussi Pobéguin 1895 : 285 ; 1897 : 243.

    12 AN, 231 Mi/5, Papiers du Commandant Marchand, dossier 8, Pobéguin à Marchand, Thiassalé, 19 novembre 1893.

    13 ANOM, Côte d’Ivoire, IV, 3b, Le gouverneur [Cousturier] au ministre des Colonies, Grand-Bassam, 19 avril 1894.

    14 ANOM, Mission, 8, Le cap. Marchand de l’Infanterie de Marine, chargé de mission en Afrique, à M. le ministre des Colonies à Paris, Thiassalé, 20 décembre 1894.

    15 « Le Baoulé tout entier est soumis et attend notre occupation. Nous n’avons dans cette immense province que des amis » (ANOM, Afrique, III, 23c N 2, Marchand à M. le gouverneur [Binger], Toumodi, 16 juillet 1894).

    16 L’ouvrage du lieutenant-colonel Monteil est un plaidoyer pro domo, visant à justifier son échec – transformé en « dix-huit combats victorieux » (1902 : 33) – par le manque de soutien de la part du gouvernement métropolitain et du gouverneur Binger. Sur l’impact de la colonne de Kong sur le Baoulé, voir Person (1975 : 1658-1661) et Weiskel (1980 : 58-68).

    17 La plupart de ces animaux ne survécut pas au climat hostile de la forêt.

    18 ANOM, Afrique, III, 19a, Lieutenant-colonel Monteil à M. le ministre des Colonies, Grand Bassam, 27 septembre 1894.

    19 ANOM, Afrique, III, 23c M 1, L’administrateur du Baoulé [Nebout] à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Grand Bassam, Kodiokofikrou, 9 septembre 1894.

    20 ANOM, Afrique, III, 23c K 18, Le lieutenant Billermy à M. le chef de bataillon commandant la région du Baoulé [Caudrelier], Toumodi, 29 octobre 1894.

    21 ANOM, Afrique, III, 23c K 20, Le capitaine Desperles, commandant le poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon commandant la région du Baoulé [Caudrelier], Toumodi, 31 octobre 1894.

    22 ANOM, Afrique, III, 23c K 31, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant du Baoulé, à M. le lieutenant colonel, Thiassalé, 13 novembre 1894.

    23 ANOM, Afrique, III, 23c K 35, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant du Baoulé, à M. le capitaine commandant le poste de Toumodi [Desperles], Thiassalé, 22 novembre 1894.

    24 ANOM, Afrique, III, 23c K 47, Le lieutenant De Léséleuc au chef de b.on, commandant la région du Baoulé [Caudrelier], Toumodi, 3 décembre 1894

    25 ANOM, Afrique, III, 23c K 20, Le capitaine Desperles, commandant le poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon [Caudrelier], commandant la Région du Baoulé à Thiassalé, Toumodi, 31 octobre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 32, le capitaine Desperles, commandant le poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon [Caudrelier], commandant la Région du Baoulé à Thiassalé, Toumodi, 15 novembre 1894.

    26 ANOM, Mission, 8, Marchand à Bailly, Kouadiokofi, 14 septembre 1894.

    27 ANOM, Afrique, III, 19a, Le lieutenant-colonel Monteil à M. le ministre des Colonies, Thiassalé, 21 décembre 1894.

    28 ANOM, Afrique, III, 23c K 34, Le capitaine Desperles, commandant le poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon commandant la région du Baoulé [Caudrelier] à Thiassalé, Toumodi, 17 novembre 1894. ANOM, Afrique, III, 23c R 4, Le Cap. Desperles, Commandant le Poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon commandant le région du Baoulé, à Thiassalé, Toumodi, 25 novembre 1894.

    29 ANOM, Afrique, III, 23c K 35, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant du Baoulé, à M. le capitaine commandant le poste de Toumodi [Desperles], Thiassalé, 22 novembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 37, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant du Baoulé, à M. le lieutenant colonel à Grand Bassam, Thiassalé, 22 novembre 1894.

    30 ANOM, Afrique, III, 23c K 41, L’administrateur à Toumodi [Ch. Monteil] à M. le chef de bataillon commandant du Baoulé [Caudrelier], à Thiassalé, Toumodi, 27 novembre 1894.

    31 ANOM, Afrique, III, 23c M 10, L’administrateur du Baoulé [Nebout] à M. le chef de bataillon com.t militaire du Baoulé [Caudrelier], à Thiassalé, Toumodi, 25 novembre 1894.

    32 ANOM, Afrique, III, 23c K 50, Le lieutenant Baratier au colonel à Thiassalé, Ouosso, 14 décembre 1894. Voir aussi Baratier 1912b : 62.

    33 ANOM, Afrique, III, 23c K 55, Le lt Baratier au colonel Monteil à Thiassalé, Ousso, 21 décembre 1894.

    34 ANOM, Afrique, III, 23c K 53, Le capitaine Tétart à M. le chef de bataillon [Caudrelier], Brimbo, 20 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 54, Le capitaine Tétart à M. le lieutenant colonel, Brimbo, 21 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 54, le lieutenant Haye à M. le capitaine Tétart, Ahouakrou, 21 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 57, Le capitaine Tétart à M. le lieutenant colonel, Brimbo, 22 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 60, Le capitaine Tétart à M. le lieutenant-colonel, Brimbo, 23 décembre 1894.

    35 AN, 66 AP/6 Fonds Colonel Monteil, Correspondances avec les postes du Baoulé, Ouossou, Dossikrou, Toumodi [janvier-février 1895]. Voir aussi, Monteil (1902 : 17-20, 61-73), Baratier (1912a : 93-106 ; 1912b : 70-73) et Weiskel (1980 : 62-64).

    36 ANOM, Afrique, III, 23c K 64, colonne de Kong, Extrait du journal de marche du détachement du 7e Génie, le capitaine commandant du détachement, Devrez, Ouessou, 1er janvier 1895 ; Idem, Détachement du 7e Génie, Extrait du journal de marche du 1 au 31 janvier 95, Ouessou, 18 février 1895, le capitaine commandant du détachement, Devrez ; ANOM, Afrique, III, 23c K 66, Le capitaine Devrez du Génie, à M. le lieutenant-colonel à Thiassalé, Ouossou, 25 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 67, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant le bataillon de tirailleurs sénégalais à M. le lieutenant-colonel, Ouossou, le 26 décembre, soir

    37 ANOM, Afrique, III, 23c K 74, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant-colonel, Ouossou, le 29 décembre 1894.

    38 ANOM, Afrique, III, 19a, Lieutenant colonel Monteil à M. le ministre des Colonies, Singonobo, 19 janvier 1895. Voir aussi Monteil 1902 : 68.

    39 Idem. Voir aussi Monteil 1902 : 67.

    40 ANOM, Afrique, III, 23 K 77, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant colonel [Monteil], Ouosso, 30 décembre 1894.

    41 ANOM, Afrique, III, 23 K 77, Le lieutenant Doudoux à M. le chef de bataillon [Caudrelier] à Ouessou, Dossikrou, 30 décembre 1894.

    42 ANOM, Afrique, III, 23 K 81, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant colonel [Monteil], Ouossou, 3 janvier 1895.

    43 ANOM, Afrique, III, 23 K 77, Le lieutenant Doudoux à M. le chef de bataillon [Caudrelier] à Ouessou, Dossikrou, 30 décembre 1894

    44 ANOM, Afrique, III, 23c K 71, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant-colonel [Monteil], Ouossou, 28 décembre 1894, matin.

    45 Voir les chap. 1 et 7 et Viti 2012. D’autres populations proches, les Abbey et les Attié, subirent ce traitement dégradant de la part des troupes coloniales, en 1910 (Viti 2017).

    46 ANOM, Afrique, III, 23c N 17, Le cap. Marchand chargé de mission, à M. le colonel, Koudiokofi, 22 janvier 1895.

    47 ANOM, Afrique, III, 23c M 21, L’administrateur du Baoulé [Nebout] à M. le colonel, Kouadiokofikrou, 22 janvier 1895.

    48 ANOM, Afrique, III, 19a, Monteil à M. le ministre des Colonies, Dépêche télégraphique, Singonobo, 19 janvier 1895 ; idem, Le lieutenant-colonel Monteil à M. le Ministre des Colonies, Singonobo, 19 janvier 1895.

    49 ANOM, Afrique, III, 23c K 73, Liste des blessés et des tués pendant les journées du 14 et du 15 janvier 1895, à la prise du village d’Akouabo, Ouossou, 17 janvier 1895

    50 ANOM, Afrique, III, 23c K 90, Rapport du capitaine Boussac, commandant la 14e compagnie sur les événements des journées du 14 et 15 janvier 1895 et sur la prise du village d’Akouabo, Ouesso, 16 janvier 1895.

    51 ANOM, Afrique, III, 23c K 92, capitaine Tétart, Rapport sur les affaires du 14 et 15 janvier, Ouosso, 16 janvier 1895.

    52 ANOM, Afrique, III, 23c K 91, Rapport du capitaine commandant la section de 42 mm sur les opérations exécutées les 14 et 15 janvier [s.d. s.l.].

    53 ANOM, Afrique, III, 23c K 93, Rapport du lieutenant Grandmontagne sur les opérations exécutées les 14 et 15 janvier, Ouessou, 16 janvier 1895.

    54 ANOM, Afrique, III, 23c K 98, Rapport du chef de bataillon Caudrelier sur les opérations exécutées contre les villages de Trétrékrou et d’Akouabo les 14 et 15 janvier 1895, Ouossou, 18 janvier 1895.

    55 ANOM, Afrique, III, 19a, Copie d’un télégramme n° 49 adressé à M. le ministre des Colonies, Monteil, Singonobo, 19 janvier 1895.

    56 ANOM, Afrique, III, 19a, Le lieutenant-colonel Monteil à M. le ministre des Colonies, Singonobo, 19 janvier 1895.

    57 ANOM, Afrique, III, 23c K 99, Le capitaine Tétart à M. le chef de bataillon [Caudrelier], Ouosso, 20 janvier 1895.

    58 ANOM, Afrique, III, 23c K 107, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant colonel, Ouossou, 27 janvier 1895.

    59 ANOM, Afrique, III, 23c K 110, Rapport du lieutenant Grandmontagne sur la reconnaissance exécutée le 4 février 1895, Ouossou, 4 février 1895.

    60 ANOM, Afrique, III, 23c K 110, Le capitaine Germy à M. le chef de bataillon [Caudrelier], Ouossou, 4 février 1895.

    61 ANOM, Afrique, III, 23c K 111, Le lieutenant colonel commandant supérieur de la colonne de Kong, Toumodi, 10 février 1895.

    62 ANOM, Afrique, III, 23c K 114, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant colonel, Toumodi, 25 février 1895.

    63 ANOM, Afrique, III, 23c K 89, Liste nominative des blessés et des tués pendant les affaires du Baoulé dans les opérations du 25 décembre 1894 au 15 janvier 1895.

    64 Dans son rapport médical, le docteur Le Ray donne les chiffres suivants : 41 tués, 40 morts de maladie, 194 blessés et 96 rapatriés pour cause de santé ou de blessures (Le Ray, in Monteil 1902 : 98). Un tiers de la colonne était hors de combat

    65 « La mission de la colonne formée à Grand Bassam consiste à défendre la région de Kong contre les entreprises de Samory et à refouler les bandes qui auraient réussi à y pénétrer. […] La colonne doit prendre avant tout une attitude d’expectative lorsqu’elle sera parvenue dans la région de Kong et ne pas se laisser entraîner à la recherche de l’ennemi » (ANOM, Afrique III, 23 a, Ministre des Colonies à M. le lieutenant-colonel, Paris, 24 septembre 1894).

    66 La colonne « a pacifié la colonie de la Côte d’Ivoire. Sa mission proclamée hautement n’était qu’un prétexte : le Gouvernement a été sciemment trompé par l’administration de la colonie. Si la colonne n’était pas arrivée à Grand-Bassam en septembre, un mois après il ne fût pas resté le moindre vestige de la florissante et pacifique colonie de la Côte d’Ivoire » (Monteil 1902 : 11).

    67 ANOM, Afrique, III, 23c N 25, L’administrateur du Baoulé [Nebout] à M. le colonel, Kouadiokofikourou, 11 février 1895. Des échos déformés des événements liés à la rébellion des N’gban étaient enregistrés dans les carnets de l’administrateur Georges Thomann, en poste à Kodiokofikro : les attaques (1999 : 117), les mutilations (119 ; 123), les pertes (124-125), les négociations de paix (127 ; 134), l’attitude d’Akafou (136-140).

    68 « Partisan » était, à cette époque, utilisé dans son sens propre de combattant irrégulier pour la défense de sa terre, avant de prendre le sens dévoyé de soutien aux troupes coloniales (Viti 2020 : 139-144).

    69 Cette pratique fut, quelques années plus tard, assortie de la décapitation systématique des guerriers ainsi désarmés (voir le chap. 7).

    70 «  Quelques vols, viols, brutalités commis par les miliciens et tirailleurs envers les indigènes », sans plus de précision, écrivait l’administrateur Nebout (ANOM, Afrique, III 23c M 10, L’administrateur du Baoulé à M. le chef de bataillon, commandant militaire du Baoulé [Caudrelier], à Tiassalé, Toumodi, 25 novembre 1894).

    71 AN, 231 Mi 1, Papiers du Commandant Marchand [Journal de mission, 1re partie, 1-22 janvier, 9-12 février 1895], dossier 4.

    72 ANOM, Afrique, III, 23c M 17-18, L’administrateur Nebout à M. le colonel, Kodiokofi, 5 janvier 1895.

    73 ANOM, Afrique III, 19a, Monteil à ministre des Colonies, Rapport au sujet des opérations dans le Baoulé, Singonobo, 19 janvier 1895. Le même document est reproduit dans Monteil (1902 : 61-71, cit. p. 66).

    74 AN, 66 AP/10 Fonds Colonel Monteil, Toumodi, Lettres de Ch. Monteil, Toumodi, 25 décembre 1894.

    75 AN, 66 AP/10 Fonds Colonel Monteil, Toumodi, Lettres de Ch. Monteil, Toumodi, 2 janvier, 4 janvier, 6 janvier 1895.

    76 AN, 66 AP/10 Fonds Colonel Monteil, Correspondances avec les postes du Baoulé, Dossikrou, Cap. Boussac à Colonel Monteil, 27 janvier et 6 février 1895.

    77 ANOM, Afrique, III, 23c M 20, L’administrateur Nebout à M. le capitaine Marchand, Touniané, 16 janvier 1895.

    78 ANOM, Afrique, III, 23c N, Cap. Marchand, « Annexe », Toumodi, 11 janvier 1895.

    79 ANOM, Afrique, III, 23c K 112, Caudrelier à col. Monteil, Toumodi, 20 février 1895. Le village d’Ahouakro, appartenant au nvle aïtou mais enclavé en territoire n’gban, échappait à l’autorité centrale, basée à Lomo [Nord] (voir le chap. 6 ; Viti 1998 : 179-180).

    80 ANOM, Afrique, III, 23c K 113, Caudrelier à Col. Monteil, Toumodi, 22 février 1895.

    81 ANOM, Afrique, III, 23c K 116, Caudrelier à Col. Monteil, Toumodi, 5 mars 1895.

    82 ANOM, Afrique, III, 23c K 117, Caudrelier à Col. Monteil, Toumodi, 5 avril 1895.

    83 ANOM, Afrique, III, 19b, Dépêche télégraphique, Colonies à Colonel Monteil, Paris, 18 février 1895.

    84 Une partie de ces réfugiés fut la proie facile des razzias des sofa et des Baoulé des alentours de Kodiokofi, y compris les N’zikpri, parmi les plus fidèles alliés des Français. Un millier de ces malheureux fut acheminé vers la région de Toumodi (voir le chap. 6)

    85 ANOM, Côte d’Ivoire, I, 15 c, Le gouverneur de la Côte d’Ivoire à M. le ministre des Colonies, « Rapport politique », Grand Bassam, 26 mars 1897.

    86 ANOM, Côte d’Ivoire, I, 15 c, Le gouverneur de la Côte d’Ivoire à M. le ministre des Colonies, « Rapport politique », Grand Bassam, 25 octobre 1897.

    87 Je me contenterai ici d’un bref rappel des faits, ayant décrit en détail l’épisode et ses conséquences immédiates dans Viti 2020.

    88 ANCI, 1 EE 31 (2), Cabinet du gouverneur à Bassam, Télégrammes reçus des administrateurs du cercle et des chefs du poste relatifs à la révolte du Lomo, 1899-1900, Télégramme N° 136, administrateur Baoulé [Delafosse] à gouverneur Bassam, Toumodi, le 13 septembre 1899.

    89 ANCI, 1 EE 31 (3), L’administrateur du Cercle du Baoulé [Delafosse] à M. le gouverneur, Toumodi, 15 septembre 1899.

    90 ANCI, 1 EE 31 (3), L’administrateur du Cercle du Baoulé [Delafosse] au gouverneur, Toumodi, 27 septembre 1899.

    91 ANCI, 1 EE 31 (2), Cabinet du gouverneur à Bassam, Télégrammes reçus des administrateurs du cercle et des chefs du poste relatifs à la révolte du Lomo, 1899-1900, Télégramme Urgent N° 159, Administrateur Baoulé à gouverneur, Bassam, Lomo, le 10 octobre 1899, Delafosse.

    92 ANCI, 1 EE 31 (3), Cercle du Baoulé, L’administrateur du Baoulé [Delafosse] à M.  le gouverneur de la Côte d’Ivoire, Lomo, le 18 octobre 1899.

    93 Arrêté supprimant à titre temporaire l’Administration civile dans le Baoulé, Grand-Bassam, 27 juillet 1900, H. Roberdeau, Bulletin officiel de la Côte d’Ivoire, août 1900, p. 213-214.

    94 ANOM, Côte d’Ivoire, IV, 4c, Arrangement entre M. l’administrateur Nebout, commandant le Cercle du Baoulé et le chef de bataillon Donnat, commandant provisoirement les Troupes du Baoulé, Toumodi, 6 avril 1900. En 1902, l’effectif fut porté à cinq compagnies, sous le commandement du chef de bataillon Colonna d’Istria (Histoire militaire de l’Afrique Occidentale Française 1931 : 608).

    95 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, Troupes du Baoulé, Rapport militaire et politique du chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, mai 1900.

    96 ANCI, 1 EE 151 (2), Région du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Rapport d’ensemble sur le secteur d’Ouossou par le capitaine Bastard, Ouossou, 19 septembre 1901.

    97 ANCI, 1 EE 36 (4/1), Poste de Bouaké, Rapports de reconnaissance, 1900, le lieutenant Schniégans, en reconnaissance à Aondo, à M. le chef de bataillon, Kouakou Kofi Krou, 25 mai 1900 ; idem, Rapport de la reconnaissance exécutée par la 3e compagnie de tirailleurs sénégalais par le lieutenant Schniégans vers Aondo [mai 1900]

    98 ANCI, 1 NN 17 (3), Région militaire du Baoulé, Rapports et comptes rendus de reconnaissance et de marche, 1901, le lieutenant Buck à M. le chef de bataillon ct les troupes à Ouossou, Assébroukrou, 19 mai 1900 ; idem, Rapport du lieutenant Buck sur la reconnaissance exécutée chez les Assabous, Ouossou, 23 mai 1900.

    99 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, Troupes du Baoulé, Rapport militaire et politique du chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, mai 1900.

    100 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, le chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Grand Bassam, Ouossou, 20 juin 1900.

    101 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, Rapport mensuel du chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, juin 1900, Ouossou, 6 juillet 1900. Les porteurs étaient fournis au titre de l’impôt, tandis que ceux fournis par le territoire civil étaient rémunérés.

    102 ANCI, 1 EE 151 (6/1), Rapport du capitaine Gehring sur la reconnaissance exécutée du 21 au 28 juin 1900, Ouossou, 30 juin 1900.

    103 Idem.

    104 ANCI, 1 EE 151 (6/1), Rapport du lieutenant Buck sur une reconnaissance exécutée dans le secteur Ouossou-N’zi-Singrobo, du 6 au 11 juillet 1900, Ouossou, 12 juillet 1900.

    105 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. Rapport mensuel du chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, juillet 1900, Ouossou, 6 août 1900.

    106 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, le chef de bataillon Donnat commandant du Baoulé à Ouossou, à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Grand Bassam [s.l., s.d.].

    107 ANCI, 1 EE 155 (4), Instructions pour le capitaine Gehring, commandant la circonscription du Baoulé-Sud, Donnat, Ouossou, 20 août, 1900.

    108 ANCI, 1 NN 13 (2), Opérations chez les N’gbans. 1901. Rapport sur les opérations militaires chez les N’gbans du 23 mai au 11 juin 1901 [Aymérich].

    109 ANCI, 1 NN 18, Baoulé militaire, le capitaine Bastard, commandant la 2e compagnie des Tirailleurs sénégalais, à M. le capitaine, commandant le poste de Kokumbo, Avoundo, 13 juillet 1901.

    110 ANCI, 1 EE 151 (3/2), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels, Situation politique, avril 1901, juin 1901. La prise de l’important centre d’orpaillage de Kokumbo, en juin 1901, fut un coup dur pour tous les Baoulé (AM 1902 : 27 ; Weiskel 1980 : 130-131)

    111 ANCI, 2 EE 8 (3), Cercle du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Renseignements sur les chefs de tribus et les conditions de soumission, 1903-1904. Les seules maisons de commerce de Tiassalé déclaraient avoir « vendu 776 fusils et plus de 45 tonnes de poudre » en 1902, avant qu’un arrêté d’interdiction partielle ne fût pris le 28 novembre. Ainsi, les N’gban pouvaient continuer de se fournir par la rive gauche du N’zi (ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le général Houry, commandant supérieur des troupes de l’AOF, à M le gouverneur général de l’AOF, Saint-Louis, 18 février 1903).

    112 ANCI, 1 EE 151 (6/2), Poste d’Ouossou. Rapports de reconnaissances, le capitaine Bastard à M. le chef de bataillon commandant la région du Baoulé militaire, Ouossou, 26 août 1901.

    113 ANCI, 1 EE 151 (2), Rapport d’ensemble sur le Secteur d’Ouossou par le capitaine Bastard, Ouossou, 19 septembre 1901.

    114 ANCI, 4 EE 14 (3), Cercle du Baoulé, Correspondance échangée avec le chef du secteur d’Ouossou, 1901-1902, 1904, Le capitaine Bastard, commandant le secteur d’Ouossou, à M. le lieutenant commandant la reconnaissance à Kpouébo, Ouossou, 2 février 1902.

    115 ANCI, 4 EE 14 (3), Cercle du Baoulé, Correspondance échangée avec le chef du secteur d’Ouossou, 1901-1902, 1904, Le capitaine Bastard, idem, sans date.

    116 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le gouverneur-général de l’AOF à M. le ministre des Colonies, Saint-Louis, 24 juin 1902.

    117 ANCI, 1 EE 35 (16/3), Région du Baoulé, chef de bataillon Colonna d’Istria, Rapport Militaire (Juin 1902), Toumodi, 24 juillet 1902.

    118 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère. Le même récit est reproduit, à quelques détails près, dans RTC (1903b : 171).

    119 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le général Houry, commandant supérieur des troupes de l’AOF, à M le gouverneur général de l’AOF, Saint-Louis, 18 février 1903.

    120 ANCI, 1 EE 35 (16/3), Région du Baoulé, Rapport militaire, juillet 1902, chef de bataillon Colonna d’Istria, Toumodi, 7 août 1902.

    121 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère.

    122 ANCI, 1 EE 35 (14/5), Région du Baoulé, État des pertes éprouvées pendant les opérations effectuées contre les rebelles d’Ouossou du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903, Betsellère, Toumodi, 1er février 1903.

    123 ANCI, 3 BB 23, Région du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Correspondance, Affaires militaires. Registre de correspondance générale départ du 16-6-1902 au 22-11-1903, cap. Bastard à M. le chargé des affaires […] à Toumodi, 6 juillet [1902].

    124 ANCI, 3 BB 23, Région du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Correspondance, Affaires militaires. Registre de correspondance générale départ du 16-6-1902 au 22-11-1903, cap. Bastard à chef de b.on Ct Région à Toumodi, 6 juillet [1902].

    125 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère

    126 Idem.

    127 Idem.

    128 Idem.

    129 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère.

    130 Idem.

    131 Idem.

    132 Rien n’est dit de l’identité d’Akafou Brou, qui pourrait, en toute logique, être un enfant d’Appiah Akafou, et qui semblait garder une certaine influence dans le secteur de l’Orumbo Boka (ANCI, 4 EE 15 (4), Cercle du Baoulé-Sud, Poste de Guienvié, Correspondance arrivée et départ, 1903-1905, Registre de correspondance départ du 11/02/1903 au 8/02/1905, Guienvié, 4 avril 1903).

    133 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère. Pour un autre rapport de synthèse sur l’ensemble de ces événements, voir ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le général Houry, commandant supérieur des troupes de l’AOF, à M le gouverneur général de l’AOF, Saint-Louis, 18 février 1903. Ces mêmes événements font l’objet de plusieurs rapports mensuels : ANCI, 1 EE 35 (16/3), Côte d’Ivoire, Région du Baoulé, Rapports militaires, janvier-décembre 1902.

    134 ANCI, 1 EE 35 (14/5), Région du Baoulé, État des pertes éprouvées pendant les opérations effectuées contre les rebelles du secteur d’Ouossou du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903, Betsellère, Toumodi, 1er février 1903.

    135 AOF, 5 G 51 [ANOM, Mi, 14 Miom 780], Clozel, lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire, à M. le gouverneur général de l’AOF, à Gorée, Bouaké, 20 février 1904. Sur les épisodes d’atrocités commises la même année 1902, voir le chap. 7.

    136 ANCI, 1 EE 35 (17/1), Opérations N’Gbans, secteur Ouossou, Pertes subies, munitions consommées etc. [s.d.].

    137 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le général Houry, commandant supérieur des troupes de l’AOF, à M le gouverneur général de l’AOF, Saint-Louis, 18 février 1903.

    138 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Clozel, lieutenant-gouverneur p. i. de la Côte d’Ivoire, à M. le gouverneur-général de l’AOF, Bingerville, 3 avril 1903.

    139 ANCI, 2 EE 8, Cercle du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Renseignements sur les chefs de tribus et les conditions de soumission, 1903-1904, Betsellère, Toumodi, 15 janvier 1903.

    140 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Opérations militaires dans le Baoulé en 1902 [s.l. s.d.].

    141 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le gouverneur-général de l’AOF [Roume] à M. le ministre des Colonies, Bord Maranaha, 9 avril 1903.

    142 ANOM, Aof, XVI, 6, Région du Baoulé, Secteur d’Oussou, Poste d’Aondo, Rapport annuel, juin 1902, sergent [illisible], Aondo, 30 juin 1902.

    143 ANOM, Aof, XVI, 7, Cercle du Baoulé Sud, Poste de Dida, Rapport annuel, juin 1902, lieutenant Richard, Dida [s.d.].

    144 ANOM, Aof, XVI, 9, Cercle du Baoulé Sud, Poste de Ouossou, Capitaine Bastard, Commandant le Poste, Rapport d’ensemble annuel, juin 1902.

    145 ANCI, 4 EE 15 (4), Cercle du Baoulé-Sud, Poste de Guienvié, Correspondance arrivée et départ, 1903-1905, Registre de correspondance départ du 11/02/1903 au 8/02/1905.

    146 Sur la ou le palabre comme « modalité politique d’administration coloniale […], indissociable de la tournée de l’administrateur », voir Van den Avenne (2017 : 43), à propos du même Clozel. Toutefois, si la palabre « fait primer la persuasion […] sur la force des armes », il n’empêche que « l’échange discursif » (idem : 53) intervient souvent – comme dans ce cas – après l’usage de la force, ce qui réduit de beaucoup ses qualités d’instrument diplomatique, le ramenant au seul discours du vainqueur. Dans une tout autre acception (et un autre contexte), la palabre est la forme courante pour rendre la justice au sein de la « juridiction de la parole » du droit coutumier (Bidima 1997).

    147 AOF, 5 G 51 [ANOM, Mi, 14 Miom 780], Le lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire [Clozel], à M. le chef de bataillon commandant le Cercle du Baoulé [Betsellère] à Toumodi, Bouaké, 19 février 1904.

    148 AOF, 5 G 51 [ANOM, Mi, 14 Miom 780], Clozel, lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire, à M. le gouverneur général de l’AOF, à Gorée, Bouaké, 20 février 1904.

    149 Idem.

    150 ANCI, 1 EE 151 (6/4), Cercle du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Rapport du capitaine Bruyère sur une reconnaissance exécutée à Aondo, Fort Bos, 27 avril 1904.

    151 ANCI, 2 EE 8, Cercle du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Renseignements sur les chefs de tribus et les conditions de soumission, 1903-1904, capitaine Bruyère, Fort Bos, 1er mai 1904.

    152 Idem.

    153 ANCI, 1 EE 151 (6/3), Le capitaine Blanchard, commandant le secteur de Ouossou, à M. le chef de bataillon commandant le cercle du Baoulé à Toumodi, Fort Bos, 20 août 1904.

    154 ANCI, 1 EE 151 (6/3), Le lieutenant Therou, commandant le secteur de Ouossou, à M. le commandant du cercle du Baoulé à Toumodi, Fort Bos, 29 décembre 1904.

    155 ANCI, 1 EE 151 (3/3), Situation politique pendant le mois de novembre 1905.

    156 ANCI, 1 EE 151 (3/3), Situation politique pendant le mois de décembre 1905.

    157 ANCI, 1 EE 151 (6/4), Cercle du Baoulé-Sud. Secteur d’Ouossou, Rapport du lieutenant Grimaldi, administrateur du district de Ouossou sur la tournée effectuée à Tabo du 28 au 30 novembre, Ouossou, 9 décembre 1906.

    158 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, janvier 1907.

    159 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, février 1907.

    160 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, mars 1907.

    161 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, avril 1907.

    162 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, mai, juin, juillet, septembre, octobre, novembre, décembre 1907.

    163 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, août 1907

    164 Sur cet épisode, les sources sont nombreuses (ANCI, 2 DD 236, Affaire d’Ouossou relative au massacre de l’ancien tirailleur Aly Seck assassin de sa femme, 1909), au point qu’il mérite un développement autonome. Voir aussi Simon 1965 (108-118).

    165 ANCI, 4 EE 4 (3), Colonie de la Côte d’Ivoire, Cabinet du gouverneur, lettre-programme du lieutenant-gouverneur en date du 26/11/1908 et réponses des administrateurs des cercles, Cercle du Baoulé-Sud, poste de Ouossou, 24 mars 1909.

    166 « Partout où la possession et le port d’un fusil sont désormais interdits à l’indigène, les armes vont être retirées jusqu’à la dernière », écrivait le lieutenant-gouverneur dans ses instructions pour l’application du décret (Angoulvant 1916 : 204).

    167 Sur la « méthode Gallieni » voir Royer 2019 (chap. 13).

    168 Les bruits, colportés par les interprètes et les indigènes proches des autorités, n’ont jamais manqué dans les différentes phases de la conquête, mais leur fiabilité était souvent mise en doute par ceux qui auraient dû en tirer profit.

    169 Le terme « boy » était employé pour désigner les (anciens) captifs.

    170 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport sur la situation politique du poste d’Ouossou pendant le mois de janvier 1910, Bru.

    171 Idem.

    172 Compte tenu de la rivalité existante entre les deux chefs ouarébo, il est significatif que les démarches non abouties de Kouadio Okou soient accompagnées de la dénonciation d’un possible complot de la part de Yéké Dibi.

    173 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, mois de février 1910, Rapport politique, Bru.

    174 « Au moment de la colonisation, il existait à l’extrême-ouest du littoral ivoirien, dans la région de Tabou, une divinité dénommée Beugré (ou Gbekre) qui cumulait de multiples fonctions (de fécondité, de protection, notamment dans les conflits guerriers ou dans la lutte anti-sorcière) et dont le culte, plus ou moins réaménagé localement, était pratiqué par de nombreux groupes de la Basse-Côte et du pays baoulé » (Dozon 1985 : 21-22 ; 58). « Dieu des eaux » des peuples Kru, le définit Memel-Fotê (2007 : 970).

    175 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Le chef de poste d’Ouossou, Bru, à M. l’administrateur commandant le cercle, à Toumodi, Ouossou, 20 février 1910.

    176 ANCI, 1 EE 151 (5/2), L’administrateur du cercle du Baoulé Sud, à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Bingerville, Ouossou, 26 février 1910.

    177 ANOM, Côte d’Ivoire, I, 4 c, Établissements français de la Côte d’Or, Situation politique du 15 avril au 10 mai 1891, Grand Bassam, 14 mai 1891. Voir aussi Viti 2012 : 251-253.

    178 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, mois de février 1910, Rapport politique, Bru.

    179 ANCI, 1 NN 13 (3), Colonne des N’gbans, Correspondance relative aux opérations militaires, 1910, Lettre 40 du chef de poste de Ouossou, Bru, 24 mars [1910].

    180 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Confirmation de télégramme à gouverneur à Bingerville, Ouossou, 24 février 1910.

    181 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Confirmation de télégramme à gouverneur à Bingerville, Toumodi, 25 février 1910.

    182 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Télégramme officiel à commandant Noguès à Toumodi, Angoulvant, Bingerville, 25 février 1910.

    183 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Télégramme officiel à gouverneur général à Dakar, Angoulvant, Dimbokro, 1er mars 1910.

    184 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Télégramme officiel à chef poste Toumodi, Angoulvant, Bingerville, 7 mars 1910.

    185 Une alliance à plaisanterie (tukpɛ) liait les Souamélé et les N’gban (Bamba 1993 : 343).

    186 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, mois de mars 1910, Rapport sur la situation politique, Bru

    187 Une somme de 400 francs, renouvelable, était plus tard destinée à ces services (ANCI, 1 NN 13 (3), Colonne des N’gbans, Correspondance relative aux opérations militaires, 1910, le lieutenant-colonel Lagarrue commandant militaire de la Côte d’Ivoire, à M. le chef de bataillon commandant la colonne n° 1, pays Ngbans, Dimbokro, 3 mai [1910]).

    188 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 15 août 1910.

    189 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, année 1910, mois d’avril, Rapport sur la situation politique, Bru.

    190 Idem.

    191 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, année 1910, mois de mai, Rapport sur la situation politique, Bru.

    192 Idem.

    193 Idem. Sur les Moronou voir aussi ANCI, 1 NN 13 (3), Notes politiques sur la sous-tribu Moronou (région de Ouossou), Bru, s.d. [mai 1910]. On y apprenait l’influence du « jeune chef Blenga, fils d’Akafou Boulare qui ne deviendra jamais […] un sujet soumis ». Sur les Assabou, ANCI, 1 NN 13 (3), Notes sur les N’gbans Assabou, L’administrateur du cercle du Baoulé-Sud, Toumodi, 11 mai 1910.

    194 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, année 1910, mois de juin, Rapport sur la situation politique, Bru.

    195 Idem.

    196 Idem.

    197 Idem.

    198 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, année 1910, mois de juillet, Rapport sur la situation politique, Bru.

    199 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport sur la situation politique, août 1910, Bru.

    200 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport politique, septembre 1910, Bru.

    201 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport de tournée, Ouossou, 21 octobre 1910, Bru. Une autre tournée, du 5 au 14 novembre, détruisait au moins vingt-cinq campements et ramenait au poste plus de cent personnes (ANCI, 1 EE 151 (3/5), Rapport du lieutenant Carbou, 4e brigade de garde indigène, Ouossou 16 novembre 1910).

    202 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport sur la situation politique, décembre 1910, Bru.

    203 Idem.

    204 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 5 août 1910. Dans son ouvrage, Angoulvant indique erronément 30 mai – 31 juillet comme dates des opérations de la colonne, tout en faisant référence à des actions commencées le 30 avril (Angoulvant 1916 : 289-295).

    205 ANCI, 1 NN 13 (3), Bru à commandant de cercle, Ouossou, 30 mars 1910.

    206 ANCI, 1 NN 13 (4), Troupes du groupe de l’AOF, Ordre n° 2, lieutenant-colonel commandant militaire Lagarrue, Dimbokro, 28 avril 1910.

    207 ANCI, 1 NN 13 (3), Colonne des N’gbans, Correspondance relative aux opérations militaires, 1910, Extrait de la lettre 49 du 15 avril 1910 du chef de poste de Ouossou.

    208 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 5 août 1910.

    209 Idem.

    210 Idem.

    211 ANCI, 1 NN 13 (3), Colonne des N’gbans, Correspondance relative aux opérations militaires, 1910, Renseignements fournis par le chef de poste de Ouossou, 7 mai 1910.

    212 ANCI, 1 NN 13 (4), Troupes du groupe de l’AOF, Ordre n° 929, Lieutenant-colonel commandant militaire, Dimbokro, 24 mai 1910.

    213 ANCI, 1 NN 13 (4), Lieutenant-colonel, commandant militaire, Lagarrue, Dimbokro, 18 mai 1910.

    214 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 5 août 1910.

    215 Idem.

    216 Idem.

    217 Idem.

    218 Idem.

    219 Idem.

    220 Idem.

    221 ANCI, 1 NN 13 (4), Ordre général n° 70, le général Caudrelier, commandant supérieur des troupes du groupe de l’AOF, Dakar, 28 septembre 1910.

    222 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 5 août 1910.

    223 ANCI, 2 EE 5 (2), Dossiers relatifs à l’internement et à la déportation, Liste nominative des chefs indigènes, notables, meneurs, qui ont provoqué la révolte, et dont l’attitude irréductiblement hostile rend leur présence dangereuse dans le pays, et dont la déportation est proposée, le chef de poste Th. Bru, Ouossou, 10 juillet 1910

    224 ANCI, 2 EE 5 (7), Détenus politiques en Côte d’Ivoire et hors colonie, Cercle du Baoulé-Sud, le chef de poste Carrière à M. l’administrateur commandant le cercle à Toumodi, Ouossou, 8 octobre 1911.

    225 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Oussou, Rapport sur la situation politique, janvier 1911, Bru.

    226 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Oussou, Rapport sur la situation politique, février 1911, Bru.

    227 Ces figures nouvelles d’intermédiaires allaient prendre de plus en plus d’importance, finissant par concentrer les griefs des populations à cause de leurs abus.

    228 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Oussou, Rapport sur la situation politique, mars 1911, Bru.

    229 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport sur la situation politique, avril 1911, Bru.

    230 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique, mai 1911, Carrère.

    231 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique, juin 1911, Carrère

    232 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique, juillet 1911, Carrère.

    233 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, août 1911, Carrère.

    234 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, septembre 1911, Carrère.

    235 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, octobre 1911, Carrère.

    236 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, novembre 1911, Carrère. Idem, Poste d’Oussou, Rapport politique et de tournée, décembre 1911, Carrère.

    237 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, janvier 1912, Carrère ; Idem, Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, février 1912, Carrère ; Idem, Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, mars 1912, Carrère.

    238 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, avril 1912, Carrère. Idem, Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, mai 1912, Carrère.

    239 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, juin 1912, Carrère.

    240 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, août 1912, Carrère.

    241 Sur les silences embarrassés entourant la figure d’Akafou dit Blalè, je renvoie à Viti 2021c.

    242 Ouossou, 30 août 2000 ; Ouossou, 24 janvier 2015 ; Dida-Yaokro, 31 juillet 2019.

    243 Kpouébo, 23 janvier 2015 ; Moronou, 15 janvier 2016.

    244 Dida-Blé, 1er août 2019. Voir aussi Ouossou, 30 août 2000 ; Ouossou, 24 janvier 2015 ; Pacobo, 26 juillet 2017.

    245 Dont ceux faisant référence à l’« affaire Ali Seck », quelque peu transfigurée (Ouossou, 24 janvier 2015 ; Ayrémou 1, 26 juillet 2017).

    246 Ouossou, 30 août 2000 ; Ouossou, 24 janvier 2015 ; Ayrémou 1, 26 juillet 2017.

    247 « On ne combattait pas ensemble ; chacun combattait de son côté » (Moronou, 15 janvier 2016 ; voir aussi Ouossou, 30 août 2000).

    248 Moronou, 1er septembre 2000 ; voir aussi Moronou, 21 mai 1988.

    249 Kpouébo, 23 janvier 2015.

    250 Dida-Blé, 1er août 2019.

    251 La malédiction, prononcée dans un serment, est ici censée agir sur l’avenir des villages ; tandis que Kpouébo est le plus peuplé de la région, les autres seraient restés en arrière.

    252 Kpouébo, 23 mai 1988.

    253 Moronou, 1er septembre 2000.

    254 Ouossou, 30 août 2000.

    255 Trois mois est la durée des opérations de la colonne des N’gban en 1910.

    256 En signe de reddition.

    257 Il est fait référence ici au recrutement militaire qui suivra seulement quelques années après.

    258 Dida-Blé, 1er août 2019.

    259 Dida-Blé, 1er août 2019 ; voir aussi Moronou, 1er septembre 2000 (« Les Blancs ont tranché les têtes des guerriers n’gban qui ont été tués pendant la guerre ») ; Akakro, 9 août 2019.

    260 Assakra, 2 août 2019 ; voir aussi Akakro, 9 août 2019.

    261 Après l’occupation militaire de la voie centrale venant de Tiassalé, les N’gban se fournissaient en fusils et poudre sur la rive gauche du N’zi, chez les Abbey, les Anyi et les Sondo.

    262 Kpouébo, 23 janvier 2015.

    263 Kpouébo, 23 janvier 2015.

    264 Akakro, 9 août 2019.

    265 Moronou, 1er septembre 2000 ; voir aussi Alikassikro, 7 septembre 1988 (voir le chap. 6).

    266 Le terme utilisé, ngbɛ, renvoie à la chasse collective, avec le feu et le filet. Le dernier assaut de la colline est donc comparé à une chasse à l’homme.

    267 Kpouébo, 23 janvier 2015. Au cours du même entretien, certains déclarent qu’il s’agissait plutôt d’une femme, envoyée demander la paix aux Français en brandissant un pagne. Pour comprendre ces versions discordantes il faut tenir compte du regroupement des villages intervenu après la guerre. Les deux versions seraient tout à fait compatibles si elles se référaient à des localités distinctes, réunifiées ensuite. Dans un cas comme dans l’autre, la pratique d’envoyer un non-combattant – femme ou jeune homme – demander la cessation des hostilités est celle couramment attestée (voir le chap. 4).

    268 Moronou, 21 mai 1988 ; Kpouébo, 23 mai 1988 ; Kpouébo, 23 janvier 2015 ; Ouossou, 30 août 2000 ; Moronou, 1er septembre 2000.

    269 Abohi Koffi, Appiah Akafou, Django N’zi, Kotia Assé, actifs dans des cycles de révoltes différents (Moronou, 1er septembre 2000).

    270 Kpouébo, 23 janvier 2015 ; voir aussi Kpouébo, 23 mai 1988. À ces noms on peut ajouter Agoli, Assé Kouamé (Ouossou, 30 août 2000), Pokou Yao, dit Zougou Ya (Pacobo, 26 juillet 2017), Kamlan Kouamé (Dida-Kouadiokro, 31 juillet 2019), N’guessan Loucou (Dida-Yaokro, 31 juillet 2019).

    271 Kpouébo, 23 janvier 2015. Offité Ya était le père et prédécesseur de Ya Kouakou.

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    1 Sur la « vie minuscule » d’Akafou, je renvoie à Viti 2021a et 2021c. Je ne reviendrai pas ici spécialement sur ce personnage, même s’il sera inévitable d’y faire référence dans la reconstruction de la première phase (1894-1902) de la résistance des N’gban.

    2 Sur les dynamiques du peuplement baoulé à l’intérieur de la « Côte des Quaqua », je renvoie à Viti 1991a, 1994, 1998, 2000a.

    3 « MM Voituret et Papillon remontent le Bandama ; arrêtés aux rapides de Koundounou par ordre des chefs de Thiassalé, ils sont massacrés à coups de bâtons, et leurs corps divisés en petits quartiers, gage d’une alliance générale contre l’Européen, sont envoyés à tous les grands villages de la région entre Isy [N’zi] et Cavally » (ANOM, Mission, 8, Capitaine Marchand, Expédition de Thiassalé, Grand Bassam, 20 juin 1893) (Thomann 1999 : 67-68 ; Viti 2012 : 251-253).

    4 ANOM, Mission, 8, Capitaine Marchand, Expédition de Thiassalé, Grand Bassam, 20 juin 1893.

    5 Sur ces premières phases de la rencontre entre les Baoulé et les Français dans le bas-Bandama, voir Bamba 1993 (661-758).

    6 ANOM, Mission, 8, Le capitaine Marchand à M. le secrétaire d’État aux Colonies, Yobouébo, 23 décembre 1893. La description de Marchand faisait du Baoulé un eldorado.

    7 AN, 231 Mi/5, Papiers du commandant Marchand, dossier 7, [Manet] à Marchand, Thiassalé, 9 juillet 1893 ; ANOM, Côte d’Ivoire, IV, 3b, Pobéguin, administrateur des colonies à M. le gouverneur p. i. [de Beeckman] à Grand-Bassam, Thiassalé, 18 juillet 1893. Yves Person (1975 : 1675 n. 48) mentionne également Kouakoffi N’guessan, famiɛn des Aïtou, parmi les chefs qui envoyèrent des signaux amicaux aux Français. Les Aïtou, comme les N’gban, participaient à la même chaîne commerciale qui passait par Ahoua, le village qui avait servi de base arrière pour l’opération contre Tiassalé (Weiskel 1980 : 45-48).

    8 ANOM, Mission, 8, Le cap. Marchand de l’Infanterie de Marine, chargé de mission en Afrique, à M. le ministre des Colonies à Paris, Thiassalé, 20 décembre 1894.

    9 ANOM, Mission, 8, Pobéguin, administrateur colonial, à M. le gouverneur à Grand-Bassam, Renseignements sur la mission du capitaine Marchand, Grand-Lahou, 7 octobre 1893.

    10 AN, 231 Mi/2, Papiers du commandant Marchand, dossier 6, Pobéguin à Marchand, Houosso, 20 octobre 1893.

    11 ANCI, 1 EE 29 (1/1), Cercle du Baoulé, Pobéguin, administrateur des Colonies, à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Grand-Bassam, Rapport sur la région du Baoulé, Thiassalé, 26 novembre 1893 ; voir aussi Pobéguin 1895 : 285 ; 1897 : 243.

    12 AN, 231 Mi/5, Papiers du Commandant Marchand, dossier 8, Pobéguin à Marchand, Thiassalé, 19 novembre 1893.

    13 ANOM, Côte d’Ivoire, IV, 3b, Le gouverneur [Cousturier] au ministre des Colonies, Grand-Bassam, 19 avril 1894.

    14 ANOM, Mission, 8, Le cap. Marchand de l’Infanterie de Marine, chargé de mission en Afrique, à M. le ministre des Colonies à Paris, Thiassalé, 20 décembre 1894.

    15 « Le Baoulé tout entier est soumis et attend notre occupation. Nous n’avons dans cette immense province que des amis » (ANOM, Afrique, III, 23c N 2, Marchand à M. le gouverneur [Binger], Toumodi, 16 juillet 1894).

    16 L’ouvrage du lieutenant-colonel Monteil est un plaidoyer pro domo, visant à justifier son échec – transformé en « dix-huit combats victorieux » (1902 : 33) – par le manque de soutien de la part du gouvernement métropolitain et du gouverneur Binger. Sur l’impact de la colonne de Kong sur le Baoulé, voir Person (1975 : 1658-1661) et Weiskel (1980 : 58-68).

    17 La plupart de ces animaux ne survécut pas au climat hostile de la forêt.

    18 ANOM, Afrique, III, 19a, Lieutenant-colonel Monteil à M. le ministre des Colonies, Grand Bassam, 27 septembre 1894.

    19 ANOM, Afrique, III, 23c M 1, L’administrateur du Baoulé [Nebout] à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Grand Bassam, Kodiokofikrou, 9 septembre 1894.

    20 ANOM, Afrique, III, 23c K 18, Le lieutenant Billermy à M. le chef de bataillon commandant la région du Baoulé [Caudrelier], Toumodi, 29 octobre 1894.

    21 ANOM, Afrique, III, 23c K 20, Le capitaine Desperles, commandant le poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon commandant la région du Baoulé [Caudrelier], Toumodi, 31 octobre 1894.

    22 ANOM, Afrique, III, 23c K 31, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant du Baoulé, à M. le lieutenant colonel, Thiassalé, 13 novembre 1894.

    23 ANOM, Afrique, III, 23c K 35, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant du Baoulé, à M. le capitaine commandant le poste de Toumodi [Desperles], Thiassalé, 22 novembre 1894.

    24 ANOM, Afrique, III, 23c K 47, Le lieutenant De Léséleuc au chef de b.on, commandant la région du Baoulé [Caudrelier], Toumodi, 3 décembre 1894

    25 ANOM, Afrique, III, 23c K 20, Le capitaine Desperles, commandant le poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon [Caudrelier], commandant la Région du Baoulé à Thiassalé, Toumodi, 31 octobre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 32, le capitaine Desperles, commandant le poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon [Caudrelier], commandant la Région du Baoulé à Thiassalé, Toumodi, 15 novembre 1894.

    26 ANOM, Mission, 8, Marchand à Bailly, Kouadiokofi, 14 septembre 1894.

    27 ANOM, Afrique, III, 19a, Le lieutenant-colonel Monteil à M. le ministre des Colonies, Thiassalé, 21 décembre 1894.

    28 ANOM, Afrique, III, 23c K 34, Le capitaine Desperles, commandant le poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon commandant la région du Baoulé [Caudrelier] à Thiassalé, Toumodi, 17 novembre 1894. ANOM, Afrique, III, 23c R 4, Le Cap. Desperles, Commandant le Poste de Toumodi, à M. le chef de bataillon commandant le région du Baoulé, à Thiassalé, Toumodi, 25 novembre 1894.

    29 ANOM, Afrique, III, 23c K 35, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant du Baoulé, à M. le capitaine commandant le poste de Toumodi [Desperles], Thiassalé, 22 novembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 37, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant du Baoulé, à M. le lieutenant colonel à Grand Bassam, Thiassalé, 22 novembre 1894.

    30 ANOM, Afrique, III, 23c K 41, L’administrateur à Toumodi [Ch. Monteil] à M. le chef de bataillon commandant du Baoulé [Caudrelier], à Thiassalé, Toumodi, 27 novembre 1894.

    31 ANOM, Afrique, III, 23c M 10, L’administrateur du Baoulé [Nebout] à M. le chef de bataillon com.t militaire du Baoulé [Caudrelier], à Thiassalé, Toumodi, 25 novembre 1894.

    32 ANOM, Afrique, III, 23c K 50, Le lieutenant Baratier au colonel à Thiassalé, Ouosso, 14 décembre 1894. Voir aussi Baratier 1912b : 62.

    33 ANOM, Afrique, III, 23c K 55, Le lt Baratier au colonel Monteil à Thiassalé, Ousso, 21 décembre 1894.

    34 ANOM, Afrique, III, 23c K 53, Le capitaine Tétart à M. le chef de bataillon [Caudrelier], Brimbo, 20 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 54, Le capitaine Tétart à M. le lieutenant colonel, Brimbo, 21 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 54, le lieutenant Haye à M. le capitaine Tétart, Ahouakrou, 21 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 57, Le capitaine Tétart à M. le lieutenant colonel, Brimbo, 22 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 60, Le capitaine Tétart à M. le lieutenant-colonel, Brimbo, 23 décembre 1894.

    35 AN, 66 AP/6 Fonds Colonel Monteil, Correspondances avec les postes du Baoulé, Ouossou, Dossikrou, Toumodi [janvier-février 1895]. Voir aussi, Monteil (1902 : 17-20, 61-73), Baratier (1912a : 93-106 ; 1912b : 70-73) et Weiskel (1980 : 62-64).

    36 ANOM, Afrique, III, 23c K 64, colonne de Kong, Extrait du journal de marche du détachement du 7e Génie, le capitaine commandant du détachement, Devrez, Ouessou, 1er janvier 1895 ; Idem, Détachement du 7e Génie, Extrait du journal de marche du 1 au 31 janvier 95, Ouessou, 18 février 1895, le capitaine commandant du détachement, Devrez ; ANOM, Afrique, III, 23c K 66, Le capitaine Devrez du Génie, à M. le lieutenant-colonel à Thiassalé, Ouossou, 25 décembre 1894 ; ANOM, Afrique, III, 23c K 67, Le chef de bataillon Caudrelier, commandant le bataillon de tirailleurs sénégalais à M. le lieutenant-colonel, Ouossou, le 26 décembre, soir

    37 ANOM, Afrique, III, 23c K 74, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant-colonel, Ouossou, le 29 décembre 1894.

    38 ANOM, Afrique, III, 19a, Lieutenant colonel Monteil à M. le ministre des Colonies, Singonobo, 19 janvier 1895. Voir aussi Monteil 1902 : 68.

    39 Idem. Voir aussi Monteil 1902 : 67.

    40 ANOM, Afrique, III, 23 K 77, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant colonel [Monteil], Ouosso, 30 décembre 1894.

    41 ANOM, Afrique, III, 23 K 77, Le lieutenant Doudoux à M. le chef de bataillon [Caudrelier] à Ouessou, Dossikrou, 30 décembre 1894.

    42 ANOM, Afrique, III, 23 K 81, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant colonel [Monteil], Ouossou, 3 janvier 1895.

    43 ANOM, Afrique, III, 23 K 77, Le lieutenant Doudoux à M. le chef de bataillon [Caudrelier] à Ouessou, Dossikrou, 30 décembre 1894

    44 ANOM, Afrique, III, 23c K 71, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant-colonel [Monteil], Ouossou, 28 décembre 1894, matin.

    45 Voir les chap. 1 et 7 et Viti 2012. D’autres populations proches, les Abbey et les Attié, subirent ce traitement dégradant de la part des troupes coloniales, en 1910 (Viti 2017).

    46 ANOM, Afrique, III, 23c N 17, Le cap. Marchand chargé de mission, à M. le colonel, Koudiokofi, 22 janvier 1895.

    47 ANOM, Afrique, III, 23c M 21, L’administrateur du Baoulé [Nebout] à M. le colonel, Kouadiokofikrou, 22 janvier 1895.

    48 ANOM, Afrique, III, 19a, Monteil à M. le ministre des Colonies, Dépêche télégraphique, Singonobo, 19 janvier 1895 ; idem, Le lieutenant-colonel Monteil à M. le Ministre des Colonies, Singonobo, 19 janvier 1895.

    49 ANOM, Afrique, III, 23c K 73, Liste des blessés et des tués pendant les journées du 14 et du 15 janvier 1895, à la prise du village d’Akouabo, Ouossou, 17 janvier 1895

    50 ANOM, Afrique, III, 23c K 90, Rapport du capitaine Boussac, commandant la 14e compagnie sur les événements des journées du 14 et 15 janvier 1895 et sur la prise du village d’Akouabo, Ouesso, 16 janvier 1895.

    51 ANOM, Afrique, III, 23c K 92, capitaine Tétart, Rapport sur les affaires du 14 et 15 janvier, Ouosso, 16 janvier 1895.

    52 ANOM, Afrique, III, 23c K 91, Rapport du capitaine commandant la section de 42 mm sur les opérations exécutées les 14 et 15 janvier [s.d. s.l.].

    53 ANOM, Afrique, III, 23c K 93, Rapport du lieutenant Grandmontagne sur les opérations exécutées les 14 et 15 janvier, Ouessou, 16 janvier 1895.

    54 ANOM, Afrique, III, 23c K 98, Rapport du chef de bataillon Caudrelier sur les opérations exécutées contre les villages de Trétrékrou et d’Akouabo les 14 et 15 janvier 1895, Ouossou, 18 janvier 1895.

    55 ANOM, Afrique, III, 19a, Copie d’un télégramme n° 49 adressé à M. le ministre des Colonies, Monteil, Singonobo, 19 janvier 1895.

    56 ANOM, Afrique, III, 19a, Le lieutenant-colonel Monteil à M. le ministre des Colonies, Singonobo, 19 janvier 1895.

    57 ANOM, Afrique, III, 23c K 99, Le capitaine Tétart à M. le chef de bataillon [Caudrelier], Ouosso, 20 janvier 1895.

    58 ANOM, Afrique, III, 23c K 107, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant colonel, Ouossou, 27 janvier 1895.

    59 ANOM, Afrique, III, 23c K 110, Rapport du lieutenant Grandmontagne sur la reconnaissance exécutée le 4 février 1895, Ouossou, 4 février 1895.

    60 ANOM, Afrique, III, 23c K 110, Le capitaine Germy à M. le chef de bataillon [Caudrelier], Ouossou, 4 février 1895.

    61 ANOM, Afrique, III, 23c K 111, Le lieutenant colonel commandant supérieur de la colonne de Kong, Toumodi, 10 février 1895.

    62 ANOM, Afrique, III, 23c K 114, Le chef de bataillon Caudrelier à M. le lieutenant colonel, Toumodi, 25 février 1895.

    63 ANOM, Afrique, III, 23c K 89, Liste nominative des blessés et des tués pendant les affaires du Baoulé dans les opérations du 25 décembre 1894 au 15 janvier 1895.

    64 Dans son rapport médical, le docteur Le Ray donne les chiffres suivants : 41 tués, 40 morts de maladie, 194 blessés et 96 rapatriés pour cause de santé ou de blessures (Le Ray, in Monteil 1902 : 98). Un tiers de la colonne était hors de combat

    65 « La mission de la colonne formée à Grand Bassam consiste à défendre la région de Kong contre les entreprises de Samory et à refouler les bandes qui auraient réussi à y pénétrer. […] La colonne doit prendre avant tout une attitude d’expectative lorsqu’elle sera parvenue dans la région de Kong et ne pas se laisser entraîner à la recherche de l’ennemi » (ANOM, Afrique III, 23 a, Ministre des Colonies à M. le lieutenant-colonel, Paris, 24 septembre 1894).

    66 La colonne « a pacifié la colonie de la Côte d’Ivoire. Sa mission proclamée hautement n’était qu’un prétexte : le Gouvernement a été sciemment trompé par l’administration de la colonie. Si la colonne n’était pas arrivée à Grand-Bassam en septembre, un mois après il ne fût pas resté le moindre vestige de la florissante et pacifique colonie de la Côte d’Ivoire » (Monteil 1902 : 11).

    67 ANOM, Afrique, III, 23c N 25, L’administrateur du Baoulé [Nebout] à M. le colonel, Kouadiokofikourou, 11 février 1895. Des échos déformés des événements liés à la rébellion des N’gban étaient enregistrés dans les carnets de l’administrateur Georges Thomann, en poste à Kodiokofikro : les attaques (1999 : 117), les mutilations (119 ; 123), les pertes (124-125), les négociations de paix (127 ; 134), l’attitude d’Akafou (136-140).

    68 « Partisan » était, à cette époque, utilisé dans son sens propre de combattant irrégulier pour la défense de sa terre, avant de prendre le sens dévoyé de soutien aux troupes coloniales (Viti 2020 : 139-144).

    69 Cette pratique fut, quelques années plus tard, assortie de la décapitation systématique des guerriers ainsi désarmés (voir le chap. 7).

    70 «  Quelques vols, viols, brutalités commis par les miliciens et tirailleurs envers les indigènes », sans plus de précision, écrivait l’administrateur Nebout (ANOM, Afrique, III 23c M 10, L’administrateur du Baoulé à M. le chef de bataillon, commandant militaire du Baoulé [Caudrelier], à Tiassalé, Toumodi, 25 novembre 1894).

    71 AN, 231 Mi 1, Papiers du Commandant Marchand [Journal de mission, 1re partie, 1-22 janvier, 9-12 février 1895], dossier 4.

    72 ANOM, Afrique, III, 23c M 17-18, L’administrateur Nebout à M. le colonel, Kodiokofi, 5 janvier 1895.

    73 ANOM, Afrique III, 19a, Monteil à ministre des Colonies, Rapport au sujet des opérations dans le Baoulé, Singonobo, 19 janvier 1895. Le même document est reproduit dans Monteil (1902 : 61-71, cit. p. 66).

    74 AN, 66 AP/10 Fonds Colonel Monteil, Toumodi, Lettres de Ch. Monteil, Toumodi, 25 décembre 1894.

    75 AN, 66 AP/10 Fonds Colonel Monteil, Toumodi, Lettres de Ch. Monteil, Toumodi, 2 janvier, 4 janvier, 6 janvier 1895.

    76 AN, 66 AP/10 Fonds Colonel Monteil, Correspondances avec les postes du Baoulé, Dossikrou, Cap. Boussac à Colonel Monteil, 27 janvier et 6 février 1895.

    77 ANOM, Afrique, III, 23c M 20, L’administrateur Nebout à M. le capitaine Marchand, Touniané, 16 janvier 1895.

    78 ANOM, Afrique, III, 23c N, Cap. Marchand, « Annexe », Toumodi, 11 janvier 1895.

    79 ANOM, Afrique, III, 23c K 112, Caudrelier à col. Monteil, Toumodi, 20 février 1895. Le village d’Ahouakro, appartenant au nvle aïtou mais enclavé en territoire n’gban, échappait à l’autorité centrale, basée à Lomo [Nord] (voir le chap. 6 ; Viti 1998 : 179-180).

    80 ANOM, Afrique, III, 23c K 113, Caudrelier à Col. Monteil, Toumodi, 22 février 1895.

    81 ANOM, Afrique, III, 23c K 116, Caudrelier à Col. Monteil, Toumodi, 5 mars 1895.

    82 ANOM, Afrique, III, 23c K 117, Caudrelier à Col. Monteil, Toumodi, 5 avril 1895.

    83 ANOM, Afrique, III, 19b, Dépêche télégraphique, Colonies à Colonel Monteil, Paris, 18 février 1895.

    84 Une partie de ces réfugiés fut la proie facile des razzias des sofa et des Baoulé des alentours de Kodiokofi, y compris les N’zikpri, parmi les plus fidèles alliés des Français. Un millier de ces malheureux fut acheminé vers la région de Toumodi (voir le chap. 6)

    85 ANOM, Côte d’Ivoire, I, 15 c, Le gouverneur de la Côte d’Ivoire à M. le ministre des Colonies, « Rapport politique », Grand Bassam, 26 mars 1897.

    86 ANOM, Côte d’Ivoire, I, 15 c, Le gouverneur de la Côte d’Ivoire à M. le ministre des Colonies, « Rapport politique », Grand Bassam, 25 octobre 1897.

    87 Je me contenterai ici d’un bref rappel des faits, ayant décrit en détail l’épisode et ses conséquences immédiates dans Viti 2020.

    88 ANCI, 1 EE 31 (2), Cabinet du gouverneur à Bassam, Télégrammes reçus des administrateurs du cercle et des chefs du poste relatifs à la révolte du Lomo, 1899-1900, Télégramme N° 136, administrateur Baoulé [Delafosse] à gouverneur Bassam, Toumodi, le 13 septembre 1899.

    89 ANCI, 1 EE 31 (3), L’administrateur du Cercle du Baoulé [Delafosse] à M. le gouverneur, Toumodi, 15 septembre 1899.

    90 ANCI, 1 EE 31 (3), L’administrateur du Cercle du Baoulé [Delafosse] au gouverneur, Toumodi, 27 septembre 1899.

    91 ANCI, 1 EE 31 (2), Cabinet du gouverneur à Bassam, Télégrammes reçus des administrateurs du cercle et des chefs du poste relatifs à la révolte du Lomo, 1899-1900, Télégramme Urgent N° 159, Administrateur Baoulé à gouverneur, Bassam, Lomo, le 10 octobre 1899, Delafosse.

    92 ANCI, 1 EE 31 (3), Cercle du Baoulé, L’administrateur du Baoulé [Delafosse] à M.  le gouverneur de la Côte d’Ivoire, Lomo, le 18 octobre 1899.

    93 Arrêté supprimant à titre temporaire l’Administration civile dans le Baoulé, Grand-Bassam, 27 juillet 1900, H. Roberdeau, Bulletin officiel de la Côte d’Ivoire, août 1900, p. 213-214.

    94 ANOM, Côte d’Ivoire, IV, 4c, Arrangement entre M. l’administrateur Nebout, commandant le Cercle du Baoulé et le chef de bataillon Donnat, commandant provisoirement les Troupes du Baoulé, Toumodi, 6 avril 1900. En 1902, l’effectif fut porté à cinq compagnies, sous le commandement du chef de bataillon Colonna d’Istria (Histoire militaire de l’Afrique Occidentale Française 1931 : 608).

    95 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, Troupes du Baoulé, Rapport militaire et politique du chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, mai 1900.

    96 ANCI, 1 EE 151 (2), Région du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Rapport d’ensemble sur le secteur d’Ouossou par le capitaine Bastard, Ouossou, 19 septembre 1901.

    97 ANCI, 1 EE 36 (4/1), Poste de Bouaké, Rapports de reconnaissance, 1900, le lieutenant Schniégans, en reconnaissance à Aondo, à M. le chef de bataillon, Kouakou Kofi Krou, 25 mai 1900 ; idem, Rapport de la reconnaissance exécutée par la 3e compagnie de tirailleurs sénégalais par le lieutenant Schniégans vers Aondo [mai 1900]

    98 ANCI, 1 NN 17 (3), Région militaire du Baoulé, Rapports et comptes rendus de reconnaissance et de marche, 1901, le lieutenant Buck à M. le chef de bataillon ct les troupes à Ouossou, Assébroukrou, 19 mai 1900 ; idem, Rapport du lieutenant Buck sur la reconnaissance exécutée chez les Assabous, Ouossou, 23 mai 1900.

    99 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, Troupes du Baoulé, Rapport militaire et politique du chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, mai 1900.

    100 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, le chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Grand Bassam, Ouossou, 20 juin 1900.

    101 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, Rapport mensuel du chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, juin 1900, Ouossou, 6 juillet 1900. Les porteurs étaient fournis au titre de l’impôt, tandis que ceux fournis par le territoire civil étaient rémunérés.

    102 ANCI, 1 EE 151 (6/1), Rapport du capitaine Gehring sur la reconnaissance exécutée du 21 au 28 juin 1900, Ouossou, 30 juin 1900.

    103 Idem.

    104 ANCI, 1 EE 151 (6/1), Rapport du lieutenant Buck sur une reconnaissance exécutée dans le secteur Ouossou-N’zi-Singrobo, du 6 au 11 juillet 1900, Ouossou, 12 juillet 1900.

    105 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. Rapport mensuel du chef de bataillon Donnat, commandant le Baoulé militaire, juillet 1900, Ouossou, 6 août 1900.

    106 ANCI, 1 EE 151 (3/1), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels militaires et politiques. 1900, le chef de bataillon Donnat commandant du Baoulé à Ouossou, à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Grand Bassam [s.l., s.d.].

    107 ANCI, 1 EE 155 (4), Instructions pour le capitaine Gehring, commandant la circonscription du Baoulé-Sud, Donnat, Ouossou, 20 août, 1900.

    108 ANCI, 1 NN 13 (2), Opérations chez les N’gbans. 1901. Rapport sur les opérations militaires chez les N’gbans du 23 mai au 11 juin 1901 [Aymérich].

    109 ANCI, 1 NN 18, Baoulé militaire, le capitaine Bastard, commandant la 2e compagnie des Tirailleurs sénégalais, à M. le capitaine, commandant le poste de Kokumbo, Avoundo, 13 juillet 1901.

    110 ANCI, 1 EE 151 (3/2), Poste d’Ouossou. Rapports mensuels, Situation politique, avril 1901, juin 1901. La prise de l’important centre d’orpaillage de Kokumbo, en juin 1901, fut un coup dur pour tous les Baoulé (AM 1902 : 27 ; Weiskel 1980 : 130-131)

    111 ANCI, 2 EE 8 (3), Cercle du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Renseignements sur les chefs de tribus et les conditions de soumission, 1903-1904. Les seules maisons de commerce de Tiassalé déclaraient avoir « vendu 776 fusils et plus de 45 tonnes de poudre » en 1902, avant qu’un arrêté d’interdiction partielle ne fût pris le 28 novembre. Ainsi, les N’gban pouvaient continuer de se fournir par la rive gauche du N’zi (ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le général Houry, commandant supérieur des troupes de l’AOF, à M le gouverneur général de l’AOF, Saint-Louis, 18 février 1903).

    112 ANCI, 1 EE 151 (6/2), Poste d’Ouossou. Rapports de reconnaissances, le capitaine Bastard à M. le chef de bataillon commandant la région du Baoulé militaire, Ouossou, 26 août 1901.

    113 ANCI, 1 EE 151 (2), Rapport d’ensemble sur le Secteur d’Ouossou par le capitaine Bastard, Ouossou, 19 septembre 1901.

    114 ANCI, 4 EE 14 (3), Cercle du Baoulé, Correspondance échangée avec le chef du secteur d’Ouossou, 1901-1902, 1904, Le capitaine Bastard, commandant le secteur d’Ouossou, à M. le lieutenant commandant la reconnaissance à Kpouébo, Ouossou, 2 février 1902.

    115 ANCI, 4 EE 14 (3), Cercle du Baoulé, Correspondance échangée avec le chef du secteur d’Ouossou, 1901-1902, 1904, Le capitaine Bastard, idem, sans date.

    116 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le gouverneur-général de l’AOF à M. le ministre des Colonies, Saint-Louis, 24 juin 1902.

    117 ANCI, 1 EE 35 (16/3), Région du Baoulé, chef de bataillon Colonna d’Istria, Rapport Militaire (Juin 1902), Toumodi, 24 juillet 1902.

    118 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère. Le même récit est reproduit, à quelques détails près, dans RTC (1903b : 171).

    119 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le général Houry, commandant supérieur des troupes de l’AOF, à M le gouverneur général de l’AOF, Saint-Louis, 18 février 1903.

    120 ANCI, 1 EE 35 (16/3), Région du Baoulé, Rapport militaire, juillet 1902, chef de bataillon Colonna d’Istria, Toumodi, 7 août 1902.

    121 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère.

    122 ANCI, 1 EE 35 (14/5), Région du Baoulé, État des pertes éprouvées pendant les opérations effectuées contre les rebelles d’Ouossou du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903, Betsellère, Toumodi, 1er février 1903.

    123 ANCI, 3 BB 23, Région du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Correspondance, Affaires militaires. Registre de correspondance générale départ du 16-6-1902 au 22-11-1903, cap. Bastard à M. le chargé des affaires […] à Toumodi, 6 juillet [1902].

    124 ANCI, 3 BB 23, Région du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Correspondance, Affaires militaires. Registre de correspondance générale départ du 16-6-1902 au 22-11-1903, cap. Bastard à chef de b.on Ct Région à Toumodi, 6 juillet [1902].

    125 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère

    126 Idem.

    127 Idem.

    128 Idem.

    129 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère.

    130 Idem.

    131 Idem.

    132 Rien n’est dit de l’identité d’Akafou Brou, qui pourrait, en toute logique, être un enfant d’Appiah Akafou, et qui semblait garder une certaine influence dans le secteur de l’Orumbo Boka (ANCI, 4 EE 15 (4), Cercle du Baoulé-Sud, Poste de Guienvié, Correspondance arrivée et départ, 1903-1905, Registre de correspondance départ du 11/02/1903 au 8/02/1905, Guienvié, 4 avril 1903).

    133 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Région du Baoulé, Rapport d’ensemble sur les opérations militaires effectuées du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903 contre les tribus rebelles du secteur d’Ouossou, Toumodi, janvier 1903, Betsellère. Pour un autre rapport de synthèse sur l’ensemble de ces événements, voir ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le général Houry, commandant supérieur des troupes de l’AOF, à M le gouverneur général de l’AOF, Saint-Louis, 18 février 1903. Ces mêmes événements font l’objet de plusieurs rapports mensuels : ANCI, 1 EE 35 (16/3), Côte d’Ivoire, Région du Baoulé, Rapports militaires, janvier-décembre 1902.

    134 ANCI, 1 EE 35 (14/5), Région du Baoulé, État des pertes éprouvées pendant les opérations effectuées contre les rebelles du secteur d’Ouossou du 12 juillet 1902 au 7 janvier 1903, Betsellère, Toumodi, 1er février 1903.

    135 AOF, 5 G 51 [ANOM, Mi, 14 Miom 780], Clozel, lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire, à M. le gouverneur général de l’AOF, à Gorée, Bouaké, 20 février 1904. Sur les épisodes d’atrocités commises la même année 1902, voir le chap. 7.

    136 ANCI, 1 EE 35 (17/1), Opérations N’Gbans, secteur Ouossou, Pertes subies, munitions consommées etc. [s.d.].

    137 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le général Houry, commandant supérieur des troupes de l’AOF, à M le gouverneur général de l’AOF, Saint-Louis, 18 février 1903.

    138 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Clozel, lieutenant-gouverneur p. i. de la Côte d’Ivoire, à M. le gouverneur-général de l’AOF, Bingerville, 3 avril 1903.

    139 ANCI, 2 EE 8, Cercle du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Renseignements sur les chefs de tribus et les conditions de soumission, 1903-1904, Betsellère, Toumodi, 15 janvier 1903.

    140 ANCI, 1 EE 35 (16/2), Opérations militaires dans le Baoulé en 1902 [s.l. s.d.].

    141 ANOM, Côte d’Ivoire, V, 3, Le gouverneur-général de l’AOF [Roume] à M. le ministre des Colonies, Bord Maranaha, 9 avril 1903.

    142 ANOM, Aof, XVI, 6, Région du Baoulé, Secteur d’Oussou, Poste d’Aondo, Rapport annuel, juin 1902, sergent [illisible], Aondo, 30 juin 1902.

    143 ANOM, Aof, XVI, 7, Cercle du Baoulé Sud, Poste de Dida, Rapport annuel, juin 1902, lieutenant Richard, Dida [s.d.].

    144 ANOM, Aof, XVI, 9, Cercle du Baoulé Sud, Poste de Ouossou, Capitaine Bastard, Commandant le Poste, Rapport d’ensemble annuel, juin 1902.

    145 ANCI, 4 EE 15 (4), Cercle du Baoulé-Sud, Poste de Guienvié, Correspondance arrivée et départ, 1903-1905, Registre de correspondance départ du 11/02/1903 au 8/02/1905.

    146 Sur la ou le palabre comme « modalité politique d’administration coloniale […], indissociable de la tournée de l’administrateur », voir Van den Avenne (2017 : 43), à propos du même Clozel. Toutefois, si la palabre « fait primer la persuasion […] sur la force des armes », il n’empêche que « l’échange discursif » (idem : 53) intervient souvent – comme dans ce cas – après l’usage de la force, ce qui réduit de beaucoup ses qualités d’instrument diplomatique, le ramenant au seul discours du vainqueur. Dans une tout autre acception (et un autre contexte), la palabre est la forme courante pour rendre la justice au sein de la « juridiction de la parole » du droit coutumier (Bidima 1997).

    147 AOF, 5 G 51 [ANOM, Mi, 14 Miom 780], Le lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire [Clozel], à M. le chef de bataillon commandant le Cercle du Baoulé [Betsellère] à Toumodi, Bouaké, 19 février 1904.

    148 AOF, 5 G 51 [ANOM, Mi, 14 Miom 780], Clozel, lieutenant-gouverneur de la Côte d’Ivoire, à M. le gouverneur général de l’AOF, à Gorée, Bouaké, 20 février 1904.

    149 Idem.

    150 ANCI, 1 EE 151 (6/4), Cercle du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Rapport du capitaine Bruyère sur une reconnaissance exécutée à Aondo, Fort Bos, 27 avril 1904.

    151 ANCI, 2 EE 8, Cercle du Baoulé, Secteur d’Ouossou, Renseignements sur les chefs de tribus et les conditions de soumission, 1903-1904, capitaine Bruyère, Fort Bos, 1er mai 1904.

    152 Idem.

    153 ANCI, 1 EE 151 (6/3), Le capitaine Blanchard, commandant le secteur de Ouossou, à M. le chef de bataillon commandant le cercle du Baoulé à Toumodi, Fort Bos, 20 août 1904.

    154 ANCI, 1 EE 151 (6/3), Le lieutenant Therou, commandant le secteur de Ouossou, à M. le commandant du cercle du Baoulé à Toumodi, Fort Bos, 29 décembre 1904.

    155 ANCI, 1 EE 151 (3/3), Situation politique pendant le mois de novembre 1905.

    156 ANCI, 1 EE 151 (3/3), Situation politique pendant le mois de décembre 1905.

    157 ANCI, 1 EE 151 (6/4), Cercle du Baoulé-Sud. Secteur d’Ouossou, Rapport du lieutenant Grimaldi, administrateur du district de Ouossou sur la tournée effectuée à Tabo du 28 au 30 novembre, Ouossou, 9 décembre 1906.

    158 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, janvier 1907.

    159 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, février 1907.

    160 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, mars 1907.

    161 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, avril 1907.

    162 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, mai, juin, juillet, septembre, octobre, novembre, décembre 1907.

    163 ANCI, 1 EE 151 (3/4), Poste d’Ouossou, Rapport mensuel, août 1907

    164 Sur cet épisode, les sources sont nombreuses (ANCI, 2 DD 236, Affaire d’Ouossou relative au massacre de l’ancien tirailleur Aly Seck assassin de sa femme, 1909), au point qu’il mérite un développement autonome. Voir aussi Simon 1965 (108-118).

    165 ANCI, 4 EE 4 (3), Colonie de la Côte d’Ivoire, Cabinet du gouverneur, lettre-programme du lieutenant-gouverneur en date du 26/11/1908 et réponses des administrateurs des cercles, Cercle du Baoulé-Sud, poste de Ouossou, 24 mars 1909.

    166 « Partout où la possession et le port d’un fusil sont désormais interdits à l’indigène, les armes vont être retirées jusqu’à la dernière », écrivait le lieutenant-gouverneur dans ses instructions pour l’application du décret (Angoulvant 1916 : 204).

    167 Sur la « méthode Gallieni » voir Royer 2019 (chap. 13).

    168 Les bruits, colportés par les interprètes et les indigènes proches des autorités, n’ont jamais manqué dans les différentes phases de la conquête, mais leur fiabilité était souvent mise en doute par ceux qui auraient dû en tirer profit.

    169 Le terme « boy » était employé pour désigner les (anciens) captifs.

    170 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport sur la situation politique du poste d’Ouossou pendant le mois de janvier 1910, Bru.

    171 Idem.

    172 Compte tenu de la rivalité existante entre les deux chefs ouarébo, il est significatif que les démarches non abouties de Kouadio Okou soient accompagnées de la dénonciation d’un possible complot de la part de Yéké Dibi.

    173 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, mois de février 1910, Rapport politique, Bru.

    174 « Au moment de la colonisation, il existait à l’extrême-ouest du littoral ivoirien, dans la région de Tabou, une divinité dénommée Beugré (ou Gbekre) qui cumulait de multiples fonctions (de fécondité, de protection, notamment dans les conflits guerriers ou dans la lutte anti-sorcière) et dont le culte, plus ou moins réaménagé localement, était pratiqué par de nombreux groupes de la Basse-Côte et du pays baoulé » (Dozon 1985 : 21-22 ; 58). « Dieu des eaux » des peuples Kru, le définit Memel-Fotê (2007 : 970).

    175 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Le chef de poste d’Ouossou, Bru, à M. l’administrateur commandant le cercle, à Toumodi, Ouossou, 20 février 1910.

    176 ANCI, 1 EE 151 (5/2), L’administrateur du cercle du Baoulé Sud, à M. le gouverneur de la Côte d’Ivoire à Bingerville, Ouossou, 26 février 1910.

    177 ANOM, Côte d’Ivoire, I, 4 c, Établissements français de la Côte d’Or, Situation politique du 15 avril au 10 mai 1891, Grand Bassam, 14 mai 1891. Voir aussi Viti 2012 : 251-253.

    178 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, mois de février 1910, Rapport politique, Bru.

    179 ANCI, 1 NN 13 (3), Colonne des N’gbans, Correspondance relative aux opérations militaires, 1910, Lettre 40 du chef de poste de Ouossou, Bru, 24 mars [1910].

    180 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Confirmation de télégramme à gouverneur à Bingerville, Ouossou, 24 février 1910.

    181 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Confirmation de télégramme à gouverneur à Bingerville, Toumodi, 25 février 1910.

    182 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Télégramme officiel à commandant Noguès à Toumodi, Angoulvant, Bingerville, 25 février 1910.

    183 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Télégramme officiel à gouverneur général à Dakar, Angoulvant, Dimbokro, 1er mars 1910.

    184 ANCI, 1 EE 151 (5/2), Télégramme officiel à chef poste Toumodi, Angoulvant, Bingerville, 7 mars 1910.

    185 Une alliance à plaisanterie (tukpɛ) liait les Souamélé et les N’gban (Bamba 1993 : 343).

    186 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, mois de mars 1910, Rapport sur la situation politique, Bru

    187 Une somme de 400 francs, renouvelable, était plus tard destinée à ces services (ANCI, 1 NN 13 (3), Colonne des N’gbans, Correspondance relative aux opérations militaires, 1910, le lieutenant-colonel Lagarrue commandant militaire de la Côte d’Ivoire, à M. le chef de bataillon commandant la colonne n° 1, pays Ngbans, Dimbokro, 3 mai [1910]).

    188 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 15 août 1910.

    189 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, année 1910, mois d’avril, Rapport sur la situation politique, Bru.

    190 Idem.

    191 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, année 1910, mois de mai, Rapport sur la situation politique, Bru.

    192 Idem.

    193 Idem. Sur les Moronou voir aussi ANCI, 1 NN 13 (3), Notes politiques sur la sous-tribu Moronou (région de Ouossou), Bru, s.d. [mai 1910]. On y apprenait l’influence du « jeune chef Blenga, fils d’Akafou Boulare qui ne deviendra jamais […] un sujet soumis ». Sur les Assabou, ANCI, 1 NN 13 (3), Notes sur les N’gbans Assabou, L’administrateur du cercle du Baoulé-Sud, Toumodi, 11 mai 1910.

    194 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, année 1910, mois de juin, Rapport sur la situation politique, Bru.

    195 Idem.

    196 Idem.

    197 Idem.

    198 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, année 1910, mois de juillet, Rapport sur la situation politique, Bru.

    199 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport sur la situation politique, août 1910, Bru.

    200 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport politique, septembre 1910, Bru.

    201 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport de tournée, Ouossou, 21 octobre 1910, Bru. Une autre tournée, du 5 au 14 novembre, détruisait au moins vingt-cinq campements et ramenait au poste plus de cent personnes (ANCI, 1 EE 151 (3/5), Rapport du lieutenant Carbou, 4e brigade de garde indigène, Ouossou 16 novembre 1910).

    202 ANCI, 1 EE 151 (3/5), Cercle du Baoulé-Sud, Poste d’Ouossou, Rapport sur la situation politique, décembre 1910, Bru.

    203 Idem.

    204 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 5 août 1910. Dans son ouvrage, Angoulvant indique erronément 30 mai – 31 juillet comme dates des opérations de la colonne, tout en faisant référence à des actions commencées le 30 avril (Angoulvant 1916 : 289-295).

    205 ANCI, 1 NN 13 (3), Bru à commandant de cercle, Ouossou, 30 mars 1910.

    206 ANCI, 1 NN 13 (4), Troupes du groupe de l’AOF, Ordre n° 2, lieutenant-colonel commandant militaire Lagarrue, Dimbokro, 28 avril 1910.

    207 ANCI, 1 NN 13 (3), Colonne des N’gbans, Correspondance relative aux opérations militaires, 1910, Extrait de la lettre 49 du 15 avril 1910 du chef de poste de Ouossou.

    208 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 5 août 1910.

    209 Idem.

    210 Idem.

    211 ANCI, 1 NN 13 (3), Colonne des N’gbans, Correspondance relative aux opérations militaires, 1910, Renseignements fournis par le chef de poste de Ouossou, 7 mai 1910.

    212 ANCI, 1 NN 13 (4), Troupes du groupe de l’AOF, Ordre n° 929, Lieutenant-colonel commandant militaire, Dimbokro, 24 mai 1910.

    213 ANCI, 1 NN 13 (4), Lieutenant-colonel, commandant militaire, Lagarrue, Dimbokro, 18 mai 1910.

    214 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 5 août 1910.

    215 Idem.

    216 Idem.

    217 Idem.

    218 Idem.

    219 Idem.

    220 Idem.

    221 ANCI, 1 NN 13 (4), Ordre général n° 70, le général Caudrelier, commandant supérieur des troupes du groupe de l’AOF, Dakar, 28 septembre 1910.

    222 ANCI, 1 NN 13 (1), Colonne contre les N’gban, Rapport d’ensemble, le chef de bataillon commandant la colonne, Morel, Ouossou, 5 août 1910.

    223 ANCI, 2 EE 5 (2), Dossiers relatifs à l’internement et à la déportation, Liste nominative des chefs indigènes, notables, meneurs, qui ont provoqué la révolte, et dont l’attitude irréductiblement hostile rend leur présence dangereuse dans le pays, et dont la déportation est proposée, le chef de poste Th. Bru, Ouossou, 10 juillet 1910

    224 ANCI, 2 EE 5 (7), Détenus politiques en Côte d’Ivoire et hors colonie, Cercle du Baoulé-Sud, le chef de poste Carrière à M. l’administrateur commandant le cercle à Toumodi, Ouossou, 8 octobre 1911.

    225 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Oussou, Rapport sur la situation politique, janvier 1911, Bru.

    226 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Oussou, Rapport sur la situation politique, février 1911, Bru.

    227 Ces figures nouvelles d’intermédiaires allaient prendre de plus en plus d’importance, finissant par concentrer les griefs des populations à cause de leurs abus.

    228 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Oussou, Rapport sur la situation politique, mars 1911, Bru.

    229 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport sur la situation politique, avril 1911, Bru.

    230 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique, mai 1911, Carrère.

    231 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique, juin 1911, Carrère

    232 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique, juillet 1911, Carrère.

    233 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, août 1911, Carrère.

    234 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, septembre 1911, Carrère.

    235 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, octobre 1911, Carrère.

    236 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, novembre 1911, Carrère. Idem, Poste d’Oussou, Rapport politique et de tournée, décembre 1911, Carrère.

    237 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, janvier 1912, Carrère ; Idem, Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, février 1912, Carrère ; Idem, Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, mars 1912, Carrère.

    238 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, avril 1912, Carrère. Idem, Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, mai 1912, Carrère.

    239 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, juin 1912, Carrère.

    240 ANCI, 1 EE 151 (3/6), Poste d’Ouossou, Rapport politique et de tournée, août 1912, Carrère.

    241 Sur les silences embarrassés entourant la figure d’Akafou dit Blalè, je renvoie à Viti 2021c.

    242 Ouossou, 30 août 2000 ; Ouossou, 24 janvier 2015 ; Dida-Yaokro, 31 juillet 2019.

    243 Kpouébo, 23 janvier 2015 ; Moronou, 15 janvier 2016.

    244 Dida-Blé, 1er août 2019. Voir aussi Ouossou, 30 août 2000 ; Ouossou, 24 janvier 2015 ; Pacobo, 26 juillet 2017.

    245 Dont ceux faisant référence à l’« affaire Ali Seck », quelque peu transfigurée (Ouossou, 24 janvier 2015 ; Ayrémou 1, 26 juillet 2017).

    246 Ouossou, 30 août 2000 ; Ouossou, 24 janvier 2015 ; Ayrémou 1, 26 juillet 2017.

    247 « On ne combattait pas ensemble ; chacun combattait de son côté » (Moronou, 15 janvier 2016 ; voir aussi Ouossou, 30 août 2000).

    248 Moronou, 1er septembre 2000 ; voir aussi Moronou, 21 mai 1988.

    249 Kpouébo, 23 janvier 2015.

    250 Dida-Blé, 1er août 2019.

    251 La malédiction, prononcée dans un serment, est ici censée agir sur l’avenir des villages ; tandis que Kpouébo est le plus peuplé de la région, les autres seraient restés en arrière.

    252 Kpouébo, 23 mai 1988.

    253 Moronou, 1er septembre 2000.

    254 Ouossou, 30 août 2000.

    255 Trois mois est la durée des opérations de la colonne des N’gban en 1910.

    256 En signe de reddition.

    257 Il est fait référence ici au recrutement militaire qui suivra seulement quelques années après.

    258 Dida-Blé, 1er août 2019.

    259 Dida-Blé, 1er août 2019 ; voir aussi Moronou, 1er septembre 2000 (« Les Blancs ont tranché les têtes des guerriers n’gban qui ont été tués pendant la guerre ») ; Akakro, 9 août 2019.

    260 Assakra, 2 août 2019 ; voir aussi Akakro, 9 août 2019.

    261 Après l’occupation militaire de la voie centrale venant de Tiassalé, les N’gban se fournissaient en fusils et poudre sur la rive gauche du N’zi, chez les Abbey, les Anyi et les Sondo.

    262 Kpouébo, 23 janvier 2015.

    263 Kpouébo, 23 janvier 2015.

    264 Akakro, 9 août 2019.

    265 Moronou, 1er septembre 2000 ; voir aussi Alikassikro, 7 septembre 1988 (voir le chap. 6).

    266 Le terme utilisé, ngbɛ, renvoie à la chasse collective, avec le feu et le filet. Le dernier assaut de la colline est donc comparé à une chasse à l’homme.

    267 Kpouébo, 23 janvier 2015. Au cours du même entretien, certains déclarent qu’il s’agissait plutôt d’une femme, envoyée demander la paix aux Français en brandissant un pagne. Pour comprendre ces versions discordantes il faut tenir compte du regroupement des villages intervenu après la guerre. Les deux versions seraient tout à fait compatibles si elles se référaient à des localités distinctes, réunifiées ensuite. Dans un cas comme dans l’autre, la pratique d’envoyer un non-combattant – femme ou jeune homme – demander la cessation des hostilités est celle couramment attestée (voir le chap. 4).

    268 Moronou, 21 mai 1988 ; Kpouébo, 23 mai 1988 ; Kpouébo, 23 janvier 2015 ; Ouossou, 30 août 2000 ; Moronou, 1er septembre 2000.

    269 Abohi Koffi, Appiah Akafou, Django N’zi, Kotia Assé, actifs dans des cycles de révoltes différents (Moronou, 1er septembre 2000).

    270 Kpouébo, 23 janvier 2015 ; voir aussi Kpouébo, 23 mai 1988. À ces noms on peut ajouter Agoli, Assé Kouamé (Ouossou, 30 août 2000), Pokou Yao, dit Zougou Ya (Pacobo, 26 juillet 2017), Kamlan Kouamé (Dida-Kouadiokro, 31 juillet 2019), N’guessan Loucou (Dida-Yaokro, 31 juillet 2019).

    271 Kpouébo, 23 janvier 2015. Offité Ya était le père et prédécesseur de Ya Kouakou.

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