Introduction partie 3
p. 179
Texte intégral
Le Sacre1, dans des vraies conditions avec un vrai chef, quand on a 16 ans, c’est la claque. C’est là que je me suis dit : « J’aime trop ça et je veux que ça soit ça tout le temps. » (Jade, violoniste d’un orchestre permanent parisien.)
La vie entre musiciens n’est pas non plus très conviviale. Les chefs n’arrivent pas à connaître chacun personnellement et il en est de même pour les musiciens entre eux. La variété potentielle des personnalités, et donc la possibilité continue des incompatibilités d’humeur et de caractère qui rendent la vie difficile, est accrue par le mode de recrutement fondé sur la seule performance musicale (audition derrière paravent). […] On ne les a pas choisis pour leur compatibilité et leurs affinités, mais ils sont contraints de se supporter les uns les autres pendant de longues années. Se répètent ainsi des anecdotes concernant des musiciens qui ont occupé des chaises côte à côte pendant vingt ans sans jamais s’adresser la parole.
(Chiapello 1998 : 192.)
1Deux visions du monde de l’orchestre coexistent ici, chacune apportant sa part de vérité. La première, tirée d’un entretien avec une violoniste de l’Orchestre de Paris, est le cri du cœur de la jeunesse, le retour encore exalté d’une instrumentiste professionnelle sur l’étape qui a marqué son choix de mener une carrière de musicienne d’orchestre : apprendre l’orchestre, et découvrir que l’on souhaite en faire sa vie. La seconde est le fruit d’une observation distanciée et presque brutale d’Ève Chiapello dans son ouvrage Artistes versus managers (1998).
2Une plongée dans ce qui constitue le vivre-ensemble des orchestres permettra de confronter les observations que nous avons pu effectuer précédemment à ces deux visions opposées. Ce vivre-ensemble inclut à la fois le temps passé sur l’espace de la scène, lors des répétitions ou des concerts, le temps « avant » et « après », mais aussi l’espace « autour ». On touche là à ce que le public ne voit pas : la face « organique » du spectacle, soit la superposition d’une multitude de petites séquences, de rituels qui participent à la construction d’un état collectif.
Notes de bas de page
1 Le Sacre du printemps, d’Igor Stravinsky.
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