1 Ce texte a été rédigé avant les résultats des élections municipales de juin 2020 ; il fait donc référence à une scène politique bordelaise qui ne correspond plus à la situation actuelle.
2 Parmi ces personnalités : l’adjoint au maire et principal responsable municipal en charge du dossier Marik Fetouh ; le maire Nicolas Florian ; la préfète de la Gironde et de la Nouvelle-Aquitaine Fabienne Buccio ; les deux députés Catherine Fabre et Benoît Simian ; la vice-présidente du conseil départemental Emmanuelle Ajon ; le consul d’Haïti Guillaume Hippolyte, ainsi que Lorraine Manuel Steed, une descendante de Modeste Testas, et l’artiste haïtien Caymitte Woodly dit Filipo, créateur de la statue.
3 La commission était formée par l’adjoint au maire Marik Fetouh (chargé de l’égalité, de la citoyenneté et de la lutte contre les discriminations), l’anthropologue Carole Lemee, l’historienne Myriam Cottias, le politiste René Otayek, l’ancien directeur du musée d’Aquitaine François Hubert et le sociologue Yoann Lopez.
4 À la différence des éditions du 10 mai que j’avais pu observer à Nantes au cours des années précédentes où, sur les lieux de la cérémonie, à l’exception des officiers préfectoraux, aucun représentant des forces de l’ordre en uniforme et armé n’était visible. Le dispositif bordelais détonnait donc par sa mise en scène aussi martiale.
5 Dans le rapport rédigé par le sociologue Yoann Lopez, un des membres de la commission, l’exclusion de Karfa Diallo est motivée par un « possible conflit d’intérêts » entre sa position de membre de ce comité d’experts et celle de fondateur de Mémoires & Partages, qui avait présenté une demande de financement pour son projet « L’école des mémoires » consistant à faire dialoguer des membres militants de l’association et des descendants d’anciens armateurs bordelais. Toutefois, la présence de l’adjoint au maire Marik Fetouh dans le même comité semble montrer qu’à son tour ce dernier n’était pas non plus à l’abri d’un éventuel conflit d’intérêts entre son commanditaire institutionnel et sa mission, idéalement indépendante, d’enquêtes et de propositions.
6 Pour une présentation synthétique (de la part d’une militante associative) de cette fondation restée à l’état de préfiguration, voir Adeline Masson (2006).
7 L’action militante de Karfa Diallo dans l’espace public bordelais a déjà été analysée par un certain nombre de chercheurs, parmi lesquels Chivallon (2002, 2005a, 2005b) ; Hourcade (2014) ; Hubert (2018).
8 Sur l’histoire de l’implication de familles d’armateurs bordelais dans la traite esclavagiste transatlantique, voir Saugera (2002) ; sur l’implication plus générale de la ville, voir aussi Marzagalli (2007).
9 Parmi ces intellectuels, Raphaël Lucas, d’origine haïtienne, maître de conférences en études ibéro-américaines à l’université Bordeaux 3, à la tête du Collectif Toussaint Louverture, s’est opposé au cours des années 2000 à l’action de Diallo. Pour une analyse approfondie des divers acteurs et des enjeux politiques et électoraux de la situation mémorielle bordelaise, voir Hourcade (2014).
10 Ce thème avait été suggéré à Diallo par la thèse de Julie Duprat, « Présences noires à Bordeaux : passage et intégration des gens de couleur à la fin du xviiie siècle », soutenue, en 2017, à l’École nationale des chartes. La même année, Julie Duprat avait été invitée à tenir une conférence à Bordeaux par Mémoires & Partages.
11 Voir à ce propos la séquence du film documentaire L’Impasse Toussaint-Louverture (Ciarcia & Monferran 2019) au cours de laquelle Karfa Diallo s’entretient d’une manière assez paisible, quoique légèrement caustique, avec Tania Saint-Léger, d’origine antillaise, représentante de l’association L’A Cosmopolitaine qui, invitée par les organisateurs, avait tenu un bref discours lors de la cérémonie du 10 mai 2018.
12 Le leitmotiv de la « juste mémoire », repris de l’œuvre de Paul Ricœur (2000), était déjà mentionné dans le rapport rendu au maire par le Comité de réflexions et de propositions sur la traite des Noirs à Bordeaux, créé en 2004 et présidé par l’écrivain Denis Tillinac. Voir Hourcade (2014).
13 Pour une réflexion incluant d’autres cas d’anciens sites négriers, voir aussi Michon & Saulnier (2018).
14 Sur cette logique de l’inversion du stigma négrier, voir Ciarcia (2016, 2020) ; Hourcade (2014).
15 Voir https://blogs.mediapart.fr/karfa-sira-diallo/blog/130819/pourquoi-une-affranchie-ne-peut-representer-la-memoire-de-l-esclavage [lien valide en janvier 2023].
16 Inversement, son origine africaine et non afro-américaine est utilisée par certains de ses détracteurs afin de minorer sa légitimité de porte-parole de la cause mémorielle de l’esclavage.
17 À la suite des remontrances de Diallo et d’autres militants, la plaque fut rehaussée et posée sur un mur longeant le quai des Chartrons.
18 Il s’agit en réalité d’un seul cartel qui, définissant comme « domestiques » les esclaves ayant suivi leurs maîtres à Bordeaux au xviiie siècle, a engendré une tribune polémique d’écrivains publiée dans Le Monde : https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/05/21/le-musee-d-aquitaine-affiche-un-cartel-aux-relents-revisionnistes-sur-la-traite-negriere_5464839_3232.html [lien valide en janvier 2023].
19 Étant donné l’espace à ma disposition, je ne peux détailler ici l’activité, par moments foisonnante, de Diallo ainsi que ses échos dans la presse ; je me limiterai donc à mentionner des éléments que je considère particulièrement pertinents pour mon propos.
20 Lors des préparatifs pour la journée du 10 mai 2019, le maire sortant Alain Juppé s’était opposé à l’exposition sur les grilles du Jardin public des images du photographe Nicola Lo Calzo traitant de la mémoire de l’esclavage. Selon l’un de mes interlocuteurs bordelais, elles auraient pu « troubler » le quartier huppé environnant.
21 Sur la figure de Raphaël Lucas, voir la note 8 du présent chapitre.