Glossaire
p. 523-534
Texte intégral
1Sont référencées ici certaines expressions qui ne sont plus employées aujourd’hui ou qui ont un sens spécifique à l’époque de la Séparation. Sauf quelques exceptions, les termes figurant au glossaire du tome I ne sont pas repris. On s’y reportera.
2Accommoder. Ce verbe est utilisé pour désigner une séparation qui puisse être acceptable soit par l’Église catholique (positivement pour Briand, négativement pour Allard), soit par le « pays » (cf. ce terme). À l’UAM, on cherche des « accommodements équitables » et, après le vote de la loi, le Vatican parlera « d’accommodements trompeurs ».
3Améliorer. Au moment du vote de la loi par les députés (3 juillet), il est beaucoup question de l’« améliorer », mais en des sens divergents suivant la tendance politique du locuteur. Au centre, voire même dans les colonnes de La Croix, le projet de loi a été « amélioré » par la Chambre et de nouvelles « améliorations » (libérales) par le Sénat sont très souhaitables. À gauche, le Sénat doit accepter la loi telle quelle, afin que la Séparation soit réalisée avant les élections législatives de mai 1906, mais il faudra ultérieurement « améliorer » la loi, c’est-à-dire revenir sur les « concessions » (cf. ce terme) jugées excessives.
4Apostasie officielle de la France. Expression employée par certains évêques et par le député A. de Mun pour désigner la rupture que constitue la séparation. C’est sous-entendre que, jusqu’en 1905, malgré l’anticléricalisme d’État, la France reste un pays / une nation catholique du fait du Concordat (qui déclare le catholicisme « religion de la grande majorité des Français » même s’il n’en fait pas la religion de l’État).
5Beylik. Il s’agit de provinces de la régence d’Alger, administrées par des beys (vassaux d’Alger) nommés par le dey d’Alger. Ce système durera du xvie siècle à 1837 (date de la prise de Constantine). Leur répartition géographique se présentait comme suit :
- le beylik de l’Ouest ou d’Oran,
- le beylik du Centre ou du Titteri, ayant la ville de Médéa pour capitale, dont est exclu le territoire du Dar Es-Soltan composé d’Alger et de la Mitidja,
- le beylik de l’Est ou de Constantine.
6Cette organisation administrative est modifiée par Abd El Kader qui crée huit khalifaliks. Elle est reprise partiellement par les Français de 1839 à 1848.
7Catholiques atténués, superficiels, incertains. Expressions de Jaurès pour désigner des catholiques qui devraient siéger dans les associations cultuelles, au cas où la proposition de F. Buisson et M. Réville obligeant ces dernières à comporter un dixième des baptisés serait retenue. Implicitement, cela signifie que, dans certaines régions, plus de neuf dixièmes des personnes baptisées catholiques ne le seraient pas vraiment.
8Catholiques surexcités. Expression de Briand qui distingue les catholiques « toujours prêts à la bataille », de la « grande masse » des catholiques, qui veulent avoir la liberté de pratiquer tranquillement leur religion. Isoler ces « catholiques surexcités » constitue, pour le rapporteur, un enjeu primordial de la loi.
9Chimère. Briand et Jaurès accusent les opposants à l’ajout dans l’article 4 (qui respecte « l’organisation générale » des Églises pour la transmission des biens et la dévolution des édifices) de poursuivre une « chimère » en espérant que la fin du Concordat permettra l’émergence d’un « catholicisme républicain ». Ceux-ci rétorquent que c’est croire pouvoir satisfaire l’Église catholique et l’amener à accepter la séparation quel que soit le contenu de la loi qui constitue une « chimère ».
10Concessions. Il est très souvent question des « concessions » liées à la fabrication de la loi de 1905. Ces concessions sont « nécessaires » selon Briand (et la loi elle-même doit manifester un « esprit de concession ») ; elles sont « considérables », « excessives », « vraiment trop larges », « fâcheuses » pour beaucoup de radicaux et certains socialistes. À droite, le marquis de Rosanbo reconnaît qu’ont eu lieu des « concessions réciproques », mais selon lui cela rend la loi plus « hypocrite » !
11Contribuable pratiquant. Cette expression du député J. Fitte désigne le paysan qui va payer un nouvel « impôt » pour avoir droit aux « secours de la religion », alors qu’il est déjà surchargé par diverses contributions. Il en résulte, pour Briand et la majorité de la gauche républicaine, la nécessité de redistribuer aux communes rurales les sommes libérées par la fin progressive du budget des cultes. Les retraites ouvrières attendront !
12Demi-croyants. Si les catholiques par « habitude » (cf. ce terme) sont considérés comme des agnostiques qui veulent s’ignorer, les « demi-croyants » porteraient un intérêt pour le « spirituel », croiraient en l’existence de « réalités invisibles », d’un Dieu plus ou moins précis ou vague, tout en acceptant une culture « moderne » imprégnée des résultats de « la science » et en ayant une vie quotidienne guidée par la « raison ». En général, ces « demi-croyants » votent « républicain » (à condition d’inclure les progressistes dans la mouvance républicaine). Ils ont une pratique religieuse soit régulière soit plus ou moins occasionnelle, et constituent, avec les « catholiques d’habitude » considérés comme plus nombreux, un enjeu entre les deux France. Pour les partisans de Briand, la séparation réalisée doit leur rendre la Séparation acceptable (cf. « visiter Dieu »).
13Demi-laïcite. Briand qualifie ainsi le système Concordat - cultes reconnus qui est celui de la France jusqu’en 1905, ainsi que d’autres régimes équivalents (notamment en Europe).
14Désarmé. Pour le vice-président de la Commission, J. Bepmale (et d’autres républicains de gauche), la loi de séparation va rendre l’État plus « désarmé » face aux « empiètements de Rome » et aux menaces que l’Église catholique fait peser sur la République qu’il ne l’était pendant le Concordat. Certains centristes le pensent également et en font un argument contre l’instauration de la Séparation.
15Dévirilisation. Cf. Virilité.
16Dévolution/transmission. Bien que les utilisations de ces deux termes par les acteurs ne soient pas toujours pertinentes, il faut distinguer la « dévolution » des édifices (églises, chapelles, temples, synagogues), qui sont et restent propriété publique, mais dont l’usage est dévolu, de façon indéfinie, aux associations cultuelles, et la « transmission » des biens des établissements publics du culte qui deviennent la propriété des associations cultuelles se conformant aux conditions émises à l’article 4 de la loi. Cette « transmission » ne pourra pas avoir lieu pour le catholicisme, étant donné que Pie X interdira aux catholiques de former des associations cultuelles. En revanche, la « dévolution » des églises et chapelles aura lieu malgré ce refus catholique d’appliquer la loi.
17Divorce. Expression utilisée par G. Clemenceau, puis par É. Combes (discours d’Auxerre, 4 septembre 1904) et très souvent reprise par les différents acteurs, des socialistes à La Croix. Cette métaphore signifie que, sous le Concordat, l’État (républicain depuis 1870) et « l’Église » étaient… mariés et donc elle met sur le même plan, en les personnifiant, l’État et l’Église catholique (alors que Portalis affirme, en 1802, que « l’Église est dans l’État »). De plus, elle ne tient pas compte du pluralisme juridique du régime des « cultes reconnus ». En fait, cette métaphore correspond à l’univers culturel dominant d’alors. Dans la perspective genrée de l’époque, il existe une inégalité culturelle entre l’État-homme, rationnel, laïque, et l’Église-femme, où prédomine le sentiment. Politiquement, l’État concordataire est le tuteur de « l’Église », comme de par le Code civil, le mari est le tuteur de sa femme. Quant aux minorités religieuses, ce sont peut-être des maîtresses occasionnelles, considérées comme acquises à l’État et qui sont évoquées de façon incidente. D’autres métaphores tournent également autour du couple et/ou de l’union sexuelle : ainsi, Briand affirme (article 4) que « la libre-pensée ne doit pas entrer dans le lit de l’Église », etc.
18Droit de visiter Dieu. Cf. Visiter Dieu.
19Établissements publics du culte. Organisés par les articles organiques du culte catholique et ceux des cultes protestants, puis par différents décrets, les établissements publics du culte sont dotés de la personnalité morale. Pour le catholicisme, il s’agit essentiellement des fabriques, organismes qui veillaient à l’administration au temporel de la paroisse et à la distribution des aumônes. Le conseil de fabrique est composé de laïcs renouvelés par moitié tous les trois ans selon un système de cooptation, du curé (ou du desservant) et du maire, ensuite des menses (patrimoines particuliers d’un diocèse, d’un chapitre ou d’une cure), et enfin des séminaires. Pour le protestantisme, il s’agit d’abord des conseils presbytéraux (composés du ou des pasteurs et de 4 à 7 laïcs élus par les électeurs inscrits sur le registre paroissial), des consistoires regroupant plusieurs paroisses (101 pour les réformés et 6 pour les luthériens), ensuite de deux facultés de théologie (Paris et Montauban), et enfin, pour les luthériens, de deux synodes particuliers (Paris et Montbéliard). Pour le culte israélite, il s’agit de neuf consistoires (composés du rabbin et de 4 laïcs) et du Consistoire central (composé du grand rabbin et d’un laïc par consistoire). La loi de 1905 stipule que leurs biens seront transférés par leurs « représentants légaux » aux associations cultuelles qui seront formées « en se conformant aux règles d’organisation générale du culte dont elles se proposent d’assurer l’exercice » (article 4). Il en est de même pour les « édifices servant à l’exercice public du culte » et qui sont propriété de l’État, des départements et des communes (articles 12 et 13). Cf. Réville & Armbruster 1906.
20Guerre civile. Qualification de la situation politico-religieuse de la France. Selon certains, la Séparation va la renforcer. Ainsi, pour des radicaux (C. Pelletan, …) et des socialistes-révolutionnaires (M. Allard…) la future loi donnera des « armes » à « l’Église » pour « accentuer » son combat contre la République. Leurs adversaires concordataires pensent que la Séparation va radicaliser une « guerre civile » particulièrement inopportune en des temps de fortes tensions internationales (guerre russo-japonaise, crise du Maroc…). Selon Le Temps (3 mai 1905), la séparation que souhaitent les radicaux impliquerait une « guerre civile interminable » alors que le « pays » pourra « s’accommoder » de la séparation que promeuvent les socialistes du PSF.
21Habitude.s (« respectables »… et/ou dont il faut tenir compte). Ce terme, très souvent utilisé par les séparatistes, des socialistes du PSF au centre (et aussi par la droite qui en tire d’autres conséquences), constitue une entrée à plusieurs tiroirs. D’abord, il permet de diminuer (sinon de résoudre) la contradiction entre une Église catholique religieusement faible mais politiquement puissante. C’est le discours assez condescendant d’une classe politique qui doit tenir compte du poids des « paysans » électeurs, tout en s’estimant supérieure à eux (La Fontaine pourrait gloser sur le rat des villes rationnel et le rat des champs attaché à ses habitudes !). Ensuite, il témoigne d’un changement de ton dans la mesure où, contrairement au projet révolutionnaire de « l’homme nouveau », ou même au projet républicain de « progrès », l’insistance est mise sur le nécessaire « respect » de l’enracinement dans le passé : la loi de séparation réussira ainsi la Séparation. Enfin, il permet de légitimer l’acceptation d’une attitude conciliante : on est anticlérical (pas de concession « aux curés ») mais on respecte les « habitudes » des « paysans ». À noter que si ceux-ci pratiquent « par habitude », pour les femmes c’est leur sentimentalité naturelle qui leur fait subir l’influence du clergé. Leur lien avec le « cléricalisme » est plus fort, c’est pourquoi il serait dangereux pour la République qu’elles obtiennent le droit de vote !
22Habous. Les habous, également nommés Waqf au Moyen-Orient, sont une institution du droit musulman d’après laquelle le propriétaire d’un bien le rend inaliénable pour en affecter la jouissance à une œuvre pieuse ou d’utilité générale. Ils peuvent être définis comme l’acte juridique par lequel une personne se sépare d’un ou plusieurs de ses biens, généralement immeubles, et les situe hors de la sphère commerciale, en les affectant, à perpétuité, à une œuvre pieuse, charitable ou sociale. Leur caractère inaliénable les soustrait de facto à toute transaction commerciale. Les biens habous forment donc, suivant la loi musulmane, une série de patrimoines indépendants, administrés par des gestionnaires désignés. Le bien habous n’a pas d’équivalent en droit français. Toutefois, on peut constater que les habous ont été souvent détournés de leur portée juridique initiale. À l’origine, la constitution de habous entraînait une dépossession immédiate du fondateur, qui dotait directement une œuvre d’utilité sociale ou pieuse. Mais par la suite, le habous devint un procédé communément utilisé pour mettre sa fortune à l’abri des dilapidations ou de confiscations. Cela offrait alors le moyen de soustraire un bien au régime successoral et le soumettait à l’ordre de dévolution établi par le fondateur. C’est la raison pour laquelle on pouvait distinguer deux formes de habous : les habous publics, établis en faveur d’œuvres charitables telles que les hôpitaux et les asiles, ou d’œuvres pieuses (mosquée, Zaouïa, tombeau d’un saint, marabout, villes saintes) ; les habous de famille, qui permettaient quant à eux que les bénéficiaires intermédiaires puissent jouir de leur bien « haboussé » en en obtenant l’usufruit et non la nue-propriété.
23Incrédules pratiquants. Formule de G. Clemenceau pour indiquer le maintien d’une pratique, d’une appartenance religieuse chez des personnes qui n’auraient pratiquement plus de croyances religieuses. À noter que, depuis la fin du xxe siècle, beaucoup de sociologues de la religion ont repris une formule presque inverse, due à la Britannique G. Davie : « croire sans appartenir », pour qualifier le rapport au religieux d’un nombre important de nos contemporains.
24Laïcisation. Ce terme peut être employé aussi bien pour indiquer des progrès vers la « complète laïcité » effectués par des pays où il n’existe pas encore de « séparation véritable » (chez A. Briand, par exemple) que pour signifier que le vote de la loi de séparation constitue une étape vers une laïcisation plus poussée (chez les radicaux-socialistes).
25Laïcisme parfait, total. Expressions utilisées par certains libres-penseurs militants (tel É. Chauvelon) pour qualifier des séparations comme la proposition de loi Pressensé (1903) ou le projet Combes (1904) versus le projet de la Commission. L’ajout apporté par Pressensé à l’article 4 va les prendre à revers et les décontenancer.
26Laïcité absolue. Laïcité idéale espérée pour le futur, mais impossible à réaliser immédiatement selon les quotidiens anticléricaux L’Action et La Lanterne. Cela justifie d’accepter, de façon temporaire, une loi de séparation insatisfaisante. A. Briand et J. Jaurès emploient, eux, l’expression « complète laïcité » pour qualifier la Séparation.
27Laïcité agissante versus Laïcité contemplative. Opposition faite dans les Annales de la jeunesse laïque pour qualifier la (véritable) laïcité que l’on promeut et réfuter la (fausse) laïcité que l’on combat, telle celle d’E. Lavisse, considérée comme trop irénique envers les religions.
28Laïcité intégrale. Expression qui fait florès sous le combisme. Elle veut designer une rupture avec la laïcité accommodante de Jules Ferry (mot d’ordre, notamment dans La Dépêche, de « laïciser la [= l’école] laïque »), en combattant les congrégations, en supprimant la loi Falloux, en instaurant le monopole de l’enseignement laïque et, après cela, en réalisant la Séparation (politique dite des « étapes »). Dans cette optique, la séparation réalisée serait très stricte. Cependant, F. Buisson utilise également cette expression, bien qu’adversaire du monopole, pour indiquer qu’une fois la Séparation réalisée, ce sera la « fin de l’anticléricalisme ».
29Liberté dans l’enseignement (versus Liberté de l’enseignement). Formule utilisée par des partisans du monopole de l’État en matière d’enseignement qui se veulent « libéraux-libertaires » (Pierre et Paul – pseudonyme d’A. Huc – dans La Dépêche de Toulouse, Annales de la jeunesse laïque…). En général, ils défendent le monopole pour le premier et le second degré, mais pas pour l’enseignement supérieur et, quand ils prennent des exemples, c’est à ce niveau que s’exerce la « liberté dans l’enseignement ».
30Libre-penseur avéré, notoire. Ces qualificatifs désignent une minorité active de libres-penseurs militants (et qui font souvent campagne pour une séparation stricte) qui, dans certaines régions et/ou dans certaines familles, bravent la pression sociale pour refuser toute pratique religieuse (rites de passage et, surtout, enterrement religieux). Certains verraient bien l’église du village, du bourg ou du quartier, transformée en Maison du peuple, en bibliothèque populaire… Après tout, elle est « la propriété de la commune ».
31Libre-penseur relatif. Celui-ci peut être également, plus ou moins, un « catholique d’habitude » et donc constituer un enjeu entre les deux France. Mais, tendanciellement, si le catholique d’habitude va de temps à autre à « l’église », le libre-penseur relatif n’y va pas, sauf pour les rites de passage (il veut pouvoir être enterré religieusement, « ne pas mourir comme un chien »). Il n’est pas « croyant », mais laisse sa femme et ses filles « aller à l’église ». En conséquence, il importe au « libre-penseur relatif » qu’il y ait toujours une église où la messe puisse se tenir.
32Loi de liberté. Qualification par Briand – et beaucoup d’autres, dont É. Combes au Sénat ! – de la loi de 1905. Cette expression commune n’empêche en rien le dissensus : Buisson, Clemenceau… estiment que la séparation va être une « loi de liberté » pour la hiérarchie catholique, mais représentera un recul (voire sera une « loi d’oppression » selon L’Action du 29 juin) pour les citoyens « encore soumis à son influence spirituelle » et pour les « prêtres républicains ». Des radicaux, comme J. Bepmale, C. Pelletan…, et des personnalités de centre gauche comme J. Caillaux ou G. Leygues estiment qu’une « liberté trop large » est donnée à l’Église catholique, au détriment des droits de l’État. Reste qu’il y a accord sur le principe et que même La Raison (9 avril) définit la Séparation comme « l’Église [catholique] remise en liberté ».
33Majorité républicaine. Des organes de presse de gauche (du Radical à L’Action) et certains députés radicaux et socialistes qualifient ainsi les 160 à 200 (environ) députés anticléricaux qui votent contre l’ajout dans l’article 4 et contre plusieurs autres mesures proposées par la Commission ou acceptées par elle. On retrouve le problème récurrent : qui est « républicain » ? Cette « majorité républicaine » est dans plusieurs scrutins clés… minoritaire à la Chambre.
34Noël humaine (la). Noël étant considéré comme la fête chrétienne familiale par excellence, pour des libres-penseurs, il fallait l’humaniser en la détachant de son caractère religieux et en la reliant à un thème civique différent d’une année à l’autre, tout en lui gardant son caractère festif. Dans cette optique, la libre-pensée ne doit pas seulement s’adresser à « la conscience » et à « l’intelligence » ; elle doit aussi prendre en charge « l’amusement et les fêtes ». D’autres fêtes chrétiennes sont également sécularisées.
35Paroisse.s démocratique.s. Expression qui désigne des paroisses de certains cantons suisses qui élisent leur curé. Plus largement, ce pourrait être des associations cultuelles représentatives de la collectivité des catholiques (incluant les « catholiques atténués », les « demi-croyants », les « catholiques d’habitude », voire les « incrédules pratiquants », cf. ces items).
36Parti de Dieu. Expression employée par des catholiques militants, des prêtres et des évêques pour indiquer que leur opposition active à la Séparation n’est pas un combat politique, une « lutte de parti », mais une cause qui peut rassembler des individus de divers bords, monarchistes, bonapartistes, républicains. La structuration de ce « parti de Dieu » en organisation suscite des réserves de la part des catholiques ralliés de l’Action libérale populaire, qui estiment être des « républicains », même si la gauche républicaine ne les considère pas comme tels. Des démocrates-chrétiens (cf. par exemple L’Ouest-Éclair) y sont vivement opposés.
37Pays (le). Ce mot est très souvent utilisé par des députés de tous bords pour affirmer que l’opinion qu’ils expriment correspond aux vœux de la majorité des Français et/ou que si des mesures qu’ils combattent sont prises, elles rencontreront une opposition largement majoritaire. Ce « pays » tant invoqué, en fait, se manifeste peu, ce qui est susceptible de plusieurs interprétations (à gauche : il ne redoute pas la future loi de séparation qu’il attend avec « calme » ; à droite : il ne croit pas que la Séparation va se produire).
38Pays républicain (le). Cette expression est utilisée par Briand (et ses amis socialistes) pour indiquer qu’une majorité de l’électorat de gauche serait favorable au projet de la Commission pour une séparation libérale, et par les radicaux pour signifier à l’inverse que le refus de « concessions excessives » (cf. l’item « Concessions ») serait largement partagé.
39Politique habile. Expression utilisée pour justifier un soutien à A. Briand et à son projet de loi qui n’engage pas véritablement le fond.
40Privilège.s (régime de). Accusation portée dès avant l’ajout dans l’article 4 par des socialistes-révolutionnaires, mais aussi par des radicaux, pour indiquer que la transmission des biens ou la dévolution des édifices du culte par les établissements publics du culte (cf. cet item) aux associations cultuelles ne va pas de soi. Ainsi G. Clemenceau (cf. L’Aurore du 28 mars) souhaiterait la possibilité d’un usage conjoint de l’édifice par différents cultes (simultaneum). Cette accusation redouble d’intensité après l’ajout. D’autres « privilèges » sont également mis en cause (autorisation du port de la soutane, des processions, voire même l’interdiction de porter la contradiction dans un office religieux…).
41Réunions cultuelles. Expression utilisée par les républicains séparatistes pour qualifier les cérémonies du culte qui, pour eux, devraient normalement être régies selon le droit commun, c’est-à-dire comme les « autres » réunions publiques (loi de 1881) mais qui, preuve que la République se montre très « libérale », bénéficient de garanties spécifiques, telle l’impossibilité de contredire l’orateur (= le ministre du culte). À l’époque cet aspect non contradictoire des offices religieux est perçu comme une dérogation importante aux règles démocratiques, républicaines du débat public.
42Sang-froid. Expression utilisée par A. Briand dès son intervention à la Chambre le 27 mai 1904, et ensuite (notamment dans son rapport), pour indiquer la manière dont la Séparation doit s’effectuer. On retrouve ce terme chez F. Buisson, P. Deschanel et J. Jaurès, notamment. Parfois, il est précisé : « avec calme et sang-froid ».
43Satyre ensoutané ou pornographe de sacristie. Expressions libres-penseuses fustigeant l’attitude de prêtres qui, d’une « voix onctueuse » et avec un « regard brillant » derrière le grillage, demanderaient aux femmes, lors de la confession, si elles n’ont pas caressé « leur poitrine avec complaisance » et/ou procédé « à des attouchements sur les parties honteuses » de leur corps. Ces questions « immondes » constitueraient « un viol abominable de [la] plus délicate intimité » des femmes, les livrant, « pour ainsi dire, toutes nues aux perquisitions d’un scélérat » (La Raison, 21 mai). Fait souvent oublié : la pratique très majoritairement féminine de la confession constitua un motif puissant d’anticléricalisme, et la désignation de l’appareil génital des deux sexes par l’expression « parties honteuses » fut commune aux deux France jusqu’au milieu du xxe siècle.
44Sentiment religieux. Cette expression revêt divers sens. Elle peut rendre compte d’une spiritualité individuelle, qui prend ses distances à l’égard des « dogmes » du catholicisme, voire des différentes religions. Mais, elle peut signifier également une façon tranquille et personnelle de pratiquer sa religion, sans y mêler de politique. Briand l’emploie dans ce dernier sens et l’invoque pour légitimer la nécessité de garantir le « libre exercice des cultes ». Le rapporteur parle également de « convictions réelles » et de « foi réelle », incluant de « l’esprit critique » chez certains catholiques (versus les « catholiques surexcités », cf. cet item).
45Séparation. Nombre d’expressions et d’adjectifs sont utilisés pour qualifier la séparation que l’on espère ou que l’on redoute : « absolue » (extrême gauche), « équitable » versus « tyrannique » (le catholique H. Des Houx), « légitime arme de guerre » (M. Allard), « libérale » (de Sembat à l’ALP : le qualificatif de loin le plus employé, avec des significations différentes), « loyale » (Briand, Jaurès…), « loyale et complète » (rapport Briand), « morale » (opérée dès 1864 avec le Syllabus par l’Église catholique, selon Briand), « radicale du divin et de l’humain » (A. de Mun, pour la combattre), « sérieuse » (celle de Briand ne l’est pas, selon M. Allard), « tracassière » demandée par les radicaux-socialistes (Le Temps, 3 mai)… L’Action et La Raison emploient l’expression séparation « libérâtre » pour qualifier la loi qui émerge des débats parlementaires ou, parfois, de façon moins polémique, parlent de séparation « socialo-libérale ».
46Socialo-papalins. Expression inventée par Clemenceau pour qualifier Briand, Jaurès, Pressensé… dénonçant leur alliance de fait avec le centre et la droite lors de la bataille de l’article 4 : ce sont des « bourgeois de Calais » (immortalisés par Rodin) qui, « corde au cou », livrent au pape les biens des établissements publics du culte. Le Tigre estime possible cette « coalition socialo-papaline » car, de chaque côté, on promet le « paradis » (soit sur terre, soit dans le ciel). D’autres, comme L’Action, utilisent l’expression de « majorité cléricalo-socialiste ». Jaurès réplique que si Clemenceau dévoile sa propre formule pour l’article 4, on verra alors qu’il est, lui-même, un « radicalo-papalin ».
47Spoliation. Ce mot est très souvent utilisé par des catholiques,qui estiment qu’avec la séparation, leur Église sera « spoliée ». Mais pour d’autres, dès le dépôt du projet de loi (M. Allard…), ou avec l’ajout apporté à l’article 4 (F. Buisson, G. Clemenceau…), c’est l’État laïque qui va être « spolié » par la loi de séparation.
48Transaction. Le processus de la loi de séparation donne lieu à de multiples « transactions » : certaines difficiles (comme celle entre Combes et la Commission à la fin de 1904), d’autres plus habituelles, entre membres majoritaires et minoritaires de la Commission, parlementaires séparatistes et concordataires, etc. La loi de 1905 elle-même est souvent qualifiée de « loi de transaction » (issue de « transactions multiples » selon Briand), voire d’« œuvre contractuelle » (R. Viviani).
49Vendredi gras. Banquet libre-penseur du Vendredi saint. Le banquet de 1905 a lieu le 21 avril, alors que se discute l’ajout dans l’article 4, et il commémore « tous les Crucifiés de la Pensée Libre, tous ceux qui, à travers les siècles, sont morts pour la rénovation intellectuelle, morale et sociale de l’humanité » (La Raison).
50Virilité. Valeur républicaine invoquée contre plusieurs menaces de « dévirilisation » : aussi bien, dans une partie de la gauche, l’enseignement privé catholique que, du centre gauche à la droite, le pacifisme de beaucoup d’instituteurs.
51Visiter Dieu, rendre visite à Dieu. Ces expressions sont employées pour caractériser la pratique de personnes qui ne se considèrent pas forcément comme des adeptes des « dogmes » catholiques ou qui estiment ne pas faire allégeance à la hiérarchie, mais qui vont à la messe par « sentiment religieux » (cf. cet item), de manière occasionnelle ou plus régulière. Les catholiques de ce type représentent un enjeu : si la possibilité de « dissidences », de « schismes », de « catholicisme républicain » est laissée ouverte, s’y engouffreront-ils ?
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