Chapitre 2. Les vestiges
2 The archaeological remains
p. 23‑75
Résumés
Les façades de deux îlots, séparés l’un de l’autre par un axe est‑ouest majeur, ont été intégralement fouillées. Au nord de la rue, un grand édifice homogène, issu semble‑t‑il d’un projet architectural unique, s’étend sur toute la longueur de l’îlot. Il présente une succession de petites pièces quadrangulaires et de salles plus importantes, peut‑être lieux d’activités commerciales et artisanales non identifiées. L’édifice a connu plusieurs modifications mais il a évolué jusqu’à son abandon en conservant la même emprise et son aspect monumental d’origine. Au sud de cette rue, s’étendent plusieurs édifices contigus ou séparés par des espaces non construits. Comme de l’autre côté de la voie, des pièces quadrangulaires s’ouvrent sur des portiques bordant la rue. En retrait des constructions en façade sur la rue, de nouveaux bâtiments correspondent à d’autres propriétés. Dans l’îlot sud, les vestiges sont regroupés sur des parcelles dont les limites sont aisément identifiables. Les évolutions architecturales des différents bâtiments mis au jour sont présentées en fonction d’horizons établis à partir de la chronologie relative du quartier.
Total excavation was carried out on the buildings fronting two city blocks, separated by a major east‑west road. To the north of this Street a large homogeneous edifice extending the entire length of the block appears to have been built as a single architectural Project. It consists of a series of small quadrangular rooms, as well as some larger ones, perhaps designed for trade and crafts activity. The edifice, modified on several occasions, retained its original shape and monumental aspect until it was finally abandoned. To the south of the Street stand several buildings; some of these are contiguous, others separated by open areas. As on the north side of the Street, there are quadrangular rooms which open on to porticoes lining the road. New buildings, set back from those fronting the Street, are part of other properties. In the Southern block, remains are grouped together on plots whose boundaries are easily identifiable. Architectural changes to the various buildings excavated are presented with reference to chronological « horizons » established for the quarter.
Texte intégral
2.1 Présentation générale
1Il est généralement admis que la ville antique de Corseul est une création ex nihilo datée de la période augustéenne (Langouët 1986 ; Fichet de Clairfontaine, Kerébel 1989 ; Kerébel 1996). Sur le site de Monterfil II, quelques éléments peuvent malgré tout indiquer des fréquentations du plateau bien antérieures à la fondation de la ville. Celles‑ci n’ont cependant nullement influencé le choix du site et l’organisation du quartier.
2Au centre du site de Monterfil II, une urne funéraire était déposée dans une petite fosse creusée dans le limon naturel. Elle était recouverte par des niveaux d’occupation gallo‑romains datés au plus tôt de l’époque tibérienne. Cette sépulture n’est connectée à aucune autre structure. Les quelques ossements calcinés recueillis dans ce récipient sont probablement d’un enfant (Fichet de Clairfontaine, Kerébel 1989 : 142). Cette sépulture est antérieure aux premières installations romaines. La forme de l’urne, très atypique, ne se rapproche d’aucune typologie régionale précise (fig. 11). Le vase ne rappelle ainsi en rien les récipients de la fin de l’âge du Fer ou de la période augustéenne. Au mieux, il pourrait être à rapprocher de formes de la fin de l’âge du Bronze. Il atteste alors peut‑être une occupation protohistorique implantée sur le plateau choisi bien plus tard pour l’installation du chef‑lieu de la cité romaine des Coriosolites.

FIG. 11 ‒ Urne funéraire découverte sur le site de Monterfil II.
H. Kerébel
3De même, la découverte sur le site de Monterfil II d’un petit dépôt de monnaies républicaines pourrait indiquer une autre fréquentation antérieure à la fondation de l’agglomération. Un petit coffret en bois à armature métallique, trouvé à demi enterré dans un niveau argileux ocre correspondant à la couche d’altération du sol naturel, contenait en effet trois deniers républicains de L. Caesius (112‑111 av. J.‑C.) (RRC 198/1, no 21), de L. Cassius Longinus (63 av. J.‑C.) (RRC 413/1, no 22) et de Brutus et Cassius (43‑42 av. J.‑C.) (RRC 500/7, no 23) (Fichet de Clairfontaine, Kerébel 1989 : 143) (cf. infra, l’étude des monnaies, § 5.3). Le dépôt de ce coffret peut très bien être contemporain de la date de la monnaie la plus récente. Il peut aussi lui être largement postérieur. Il est recouvert par les premiers niveaux archéologiques, cependant rien ne permet de l’associer aux toutes premières occupations urbaines. Les raisons et la datation de son enfouissement restent inconnues. L’hypothèse d’un dépôt de fondation pour un édifice peut être envisagée. Nous ne pouvons indiquer avec certitude à quelle construction il aurait pu correspondre. On pense tout de suite au grand ensemble architectural qui, au début de la seconde moitié du ier s. de n.è., occupe toute la façade de l’îlot central de Monterfil. Mais, on ne peut exclure qu’il soit contemporain d’un édifice antérieur plus modeste et dont ne subsisterait aucun vestige.
4Dès les premières occupations romaines, le quartier de Monterfil II se singularise par la présence d’un axe majeur de l’agglomération qui reste en usage jusqu’à l’abandon du site (rue est‑ouest no 1). Trois états de voirie ont été reconnus : les deux premiers ne sont que très partiellement conservés (états I et II) ; le troisième, plus complet, appartient à la trame viaire orthogonale. Les premières structures liées à l’occupation urbaine sont regroupées dans l’horizon I. Très variées (fosses, fossés, niveaux de circulation, rejets), elles se répartissent au sud et au nord de la rue no 1 (fig. 12). L’horizon II voit l’extension de la trame viaire. La rue no 1 est réaménagée (état III) et trois nouvelles rues sont créées dans le quartier. Ensemble, elles délimitent des îlots dans lesquels se développent désormais les occupations.

FIG. 12 ‒ Plan d’ensemble des structures de l’horizon I. a1 et a2 fossé de la rue ; a3 fossé 801 ; a4 fossé 802 ; b espaces de circulation latéraux ; c fossé 160 ; d fossé 157 ; e fossé 417 ; f fosse 16 ; g fosse 16 ; h fosse 18 ; i fosse 60 ; j fosses 642‑646 ; k fosse 630 ; I aire damée ; m fosse 86 ; n fossé 124 ; o fossé 143 ; p fosse 453.
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2.2 Un axe central, la rue est‑ouest no 1
5La réserve archéologique de Monterfil est traversée par quatre rues. La rue est‑ouest de la parcelle AB 79 (rue no 1) apparaît dès le premier horizon. Pour cette période, deux états sont discernés. Le premier, peut‑être contemporain des toutes premières installations, se limite à un aménagement sommaire. Le second se caractérise par une structure déjà plus élaborée. Lors de l’horizon II, la rue no 1 connaît son troisième état et, à part quelques recharges, elle n’évoluera guère par la suite.
2.2.1 La rue no 1 lors de l’horizon I
2.2.1.1 L’état I
6À l’est de la parcelle, un cailloutis composé de galets de rivière recouvre directement le sol naturel argileux (fig. 13). Ce niveau correspond à un premier état de la rue est‑ouest no 1, conservé uniquement sur une faible superficie. Cette première chaussée n’a été repérée que dans un seul des sondages effectués. Le cailloutis présente de légères ondulations comblées de limons sableux verdâtres contenant quelques fragments très usés de céramiques importées (des tessons de sigillées exclusivement italiques et des fragments d’amphores Pascual I à pâte orangée), un fragment de fibule F19al (cf. infra, l’étude du mobilier métallique, § 5.4.2, no 54) et des ossements d’animaux (US 6351). Il ne présente pas de traces d’usure importante.

FIG. 13 ‒ Localisation du cailloutis du premier état de la rue no 1.
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7Cette première rue pouvait traverser le site de Monterfil II d’est en ouest comme dans les deux états suivants. Sa disparition plus en amont peut s’expliquer par les importants terrassements réalisés lors de l’installation des chaussées ultérieures.
8La stratigraphie ne permet pas d’associer ce premier état de la rue à des fossés latéraux. On notera cependant qu’aucun cailloutis similaire n’a été retrouvé au‑delà des deux fossés de l’état suivant de la rue. Ceux‑ci peuvent donc très bien apparaître dès ce premier état de la rue, leurs emplacements étant ensuite repris lors du second état. Pour la même raison, il est aussi difficile de mettre cette première chaussée en relation avec d’autres structures proches telles des fosses d’extraction de matériaux, des fossés ou des lambeaux de sols en schiste.
2.2.1.2 L’état II
9Les vestiges de l’état I de la rue sont recouverts par une nouvelle chaussée2 constituée d’un hérisson de blocs de schiste disposé au‑dessus du niveau d’utilisation sablonneux qui recouvre le cailloutis de l’état précédent. Par endroits, lorsque l’aménagement antérieur n’existe plus, cette nouvelle structure est directement installée sur le substrat naturel argileux. Cette fondation est ensuite recouverte par une couche d’arène granitique bien damée constituant le stratum de la rue. Dans la partie basse du site, seule une bande de 2 m de large est conservée (fig. 14) ; elle correspond à la frange nord de ce deuxième état de la rue no 1. Cette partie de la structure a été protégée par des remblais installés quelques décennies plus tard lors de la construction du portique du grand bâtiment de la façade de l’îlot central. Le reste a été soit détruit, soit repris dans les fondations de l’état suivant. Plus en amont, vers l’ouest, ce deuxième état de la rue n’existe plus. La chaussée a probablement été détruite lors des travaux de terrassements consécutifs au réaménagement de l’axe avant le milieu du ier s. (Ficher de Clairfontaine, Kerébel 1989 : 144).

FIG. 14 ‒ Plan de localisation de la partie conservée du deuxième état de la rue no 1.
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10Le revêtement d’arène est bordé sur ses deux côtés de fossés d’évacuation des eaux pluviales de profils semblables : fond plat, largeur et profondeur peu importantes (fig. 12, a1 au nord et a2 au sud). Au nord, les fondations et le revêtement d’arène ne s’arrêtent pas juste en bordure du fossé a1. Ils se prolongent légèrement au‑delà de celui‑ci qui ne semble donc apparaître qu’après l’installation de la structure de la rue. Le fossé sud n’est, quant à lui, plus en relation avec la rue car, à cet endroit, la structure de celle‑ci a disparu. L’emplacement du fossé a2 est cependant toujours visible malgré la reprise de son axe et de son emplacement par le fossé sud de l’état suivant de la rue. Les fossés sud des états II et III de la rue se distinguent malgré tout parfaitement : le plus ancien est comblé d’un limon sableux verdâtre comme le fossé nord contemporain, le plus récent contient une terre marron. Les comblements du fossé de l’état II de la rue semblent indiquer une stagnation d’eau favorisant le dépôt des particules sableuses. Le mobilier recueilli dans les deux fossés de cet état de la rue est similaire.
11Entre les deux fossés a1 et a2, la rue a une largeur avoisinant 10 m. Elle ne croise pas d’autres axes de direction nord‑sud comme semble l’indiquer le prolongement de ses deux fossés latéraux d’un bout à l’autre du site. Les deux rues nord‑sud A et B n’apparaissent que lors de l’horizon II. Pourtant, il semble que leurs emplacements soient déjà réservés dès l’horizon I. À l’est, on remarque en effet, à proximité du fossé sud de la rue, le départ d’un petit fossé orienté vers le sud (fossé 801) (fig. 12, a3). Il a été perçu uniquement sur une trentaine de centimètres de longueur. Il disparaît ensuite sous les fondations de quartzite d’un mur qui, à partir de l’horizon II délimite à l’est l’îlot sud. Ce fossé a un profil et un comblement tout à fait similaires à ceux des fossés qui bordent la rue no 1 (fig. 12, a1 et a2). À l’ouest, un autre petit fossé nord‑sud (fossé 802) (fig. 12, a4), peu profond, s’appuie également sur le fossé sud de la rue no 1 ; il a été suivi sur quelques mètres. Les emplacements des deux fossés no 801 et no 802 sont repris ultérieurement par les fossés des rues nord‑sud A, à l’ouest, et B, à l’est. Cet élément nous amène à croire que la création des deux rues nord‑sud de Monterfil était programmée très tôt mais qu’elles n’ont été réalisées que lors de l’horizon II.
2.2.1.3 L’emprise totale de la voirie est‑ouest
12La rue no 1 est incluse dans une emprise comprenant également, de chaque côté de l’axe viaire, des espaces de circulation larges de 2 à 3 m pouvant être assimilés à des « trottoirs » (fig. 12, b). Cette emprise a une largeur totale d’environ 16 m et est bordée par des fossés orientés est‑ouest (fig. 12, c au nord, d, e et f au sud). Le fossé nord (no 160, fig. 12, c) ressemble en tout point à ceux situés immédiatement le long de la rue qui permettent l’évacuation des eaux pluviales recueillies sur sa surface de roulement : 0,40 à 0,60 m de profondeur et un profil légèrement en V avec un fond plat de 0,20 m de large environ (fig. 15). L’état de conservation du fossé 160 plaide pour une durée d’utilisation relativement courte. Creusées dans l’argile ocre constituant le substrat naturel, ses parois ne présentent pas d’irrégularités importantes provoquées par l’effondrement progressif dû au ruissellement des eaux pluviales. Même si, par endroits, de telles traces sont visibles, elles restent le plus souvent limitées. Le comblement du fossé contient très peu de limons fins ou de blocs d’argile provenant des effondrements. On ne peut cependant exclure un curage de ce fossé avant son comblement définitif. Le fossé nord n’a pas été repéré tout au long de la rue ; il n’existe que dans la partie basse du site où le substrat est argileux. Il ne se prolonge pas vers l’ouest dans le sol naturel schisteux. Vers l’est, il continue au‑delà de l’emprise de la fouille vers le bas du plateau.

FIG. 15 ‒ Vue du profil du fossé nord no 160.
13Le fossé au sud de l’emprise de la rue est‑ouest est complètement différent. Tout d’abord, il ne s’agit pas ici d’une seule structure mais de trois fossés alignés sur un même axe. Seul le premier, le plus à l’ouest dans la partie haute du site et creusé dans le substrat schisteux (fossé 157), est entièrement reconnu (fig. 12, d). D’une longueur avoisinant une quinzaine de mètres, il présente une légère courbure et un profil variable : arrondi à son départ à l’ouest, il devient plutôt en V au centre pour se terminer très carré à son extrémité est. Sa largeur au sommet est, sur toute sa longueur, supérieure à 1 m et il est profond en moyenne d’1 m. La pente de cette structure suit naturellement le terrain d’ouest en est.
14Les deux autres fossés (fossés 417 et 624) sont implantés plus à l’est dans l’alignement du premier (fig. 12, e et f). Ils sont creusés dans l’argile ocre naturelle. Comme pour le fossé précédent, les dimensions sont, ici aussi, de loin supérieures à celles du fossé nord. Large de plus de 2 m par endroits et profond d’au moins 1 m, le profil du fossé 417 est carré (fig. 16). Il a une longueur d’une trentaine de mètres minimum. Ses extrémités est et ouest n’ont pu être repérées du fait de la présence de structures postérieures importantes empêchant toute poursuite de son étude. Ne se prolongeant cependant pas vers l’ouest jusqu’au premier fossé, il laisse, au centre de la parcelle, un grand espace apparemment ouvert sur la rue no 1. Cet espace, qui correspond au centre de l’îlot sud, reste non bâti lors de l’horizon II. Il faut en fait attendre l’horizon III pour qu’une construction (la halle à poteaux porteurs ou bâtiment 9) sépare enfin la rue du centre de l’insula.

FIG. 16 ‒ Vue du fossé 417.
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15À l’est, un peu en aval, le troisième fossé (fossé 624) reprend encore le même axe sur une quinzaine de mètres vers la limite orientale du chantier (fig. 12, f). Il présente les mêmes caractéristiques que le fossé précédent : fond plat et parois abruptes. Un petit passage de quelques mètres est préservé entre le deuxième et le troisième fossé. Cet emplacement sera ultérieurement occupé par le portique de la façade orientale de l’îlot sud.
16Le comblement du fossé 157 est exclusivement constitué de niveaux de limons fins (fig. 17 et 18). Pour les deux derniers, la stratigraphie comprend aussi des blocs et des niveaux d’argile naturelle témoignant d’une érosion progressive des parois. Ces éléments caractérisent généralement des structures restées ouvertes et, surtout, remplies d’eau. En effet, l’absence d’exutoire à chacun de ces fossés interdit l’évacuation des eaux pluviales qui se retrouvent alors piégées dans ces excavations, favorisant ainsi le dépôt progressif de limons.

FIG. 17 ‒ Vue du fossé 157.
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FIG. 18 ‒ Coupe stratigraphique du fossé 157. a limon fin gris‑vert meuble ; b schiste en plaquettes ; c argile ; d gravillons fins ; e terre granuleuse.
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17Le positionnement de ces trois structures sur un même axe parallèle à la chaussée semble montrer qu’elles ont été implantées en fonction d’une limite précise déjà visible dans le paysage urbain avant leur creusement. La matérialisation au sol d’une telle limite n’a pas été reconnue lors des fouilles. On peut supposer que, dans un premier temps, des bornes ou un fossé, plus petit et peut‑être de même profil que celui situé au nord de l’emprise de la voirie, fixaient cette limite. Les trois fossés reconnus lors des fouilles peuvent très bien avoir détruit ce premier état lors de leur creusement. Leur fonction première serait donc de matérialiser une limite dans le paysage urbain comme le fossé au nord de l’emprise de la voirie. La taille inhabituelle de ces fossés leur confère cependant une plus grande importance, surtout dans le domaine de l’assainissement de ce secteur de l’agglomération. En effet, la pente naturelle du site de Monterfil II favorise l’évacuation des eaux pluviales vers le côté sud de la rue est‑ouest. Il s’est peut‑être avéré nécessaire de creuser, de ce côté de la rue, des excavations plus profondes susceptibles de piéger une quantité plus importante d’eaux pluviales. Il faudrait alors y voir des puisards qui se sont progressivement comblés de limons sablonneux du fait de la stagnation des eaux collectées.
18On retiendra plus particulièrement leur rôle de fossés de parcellaire qui délimitaient peut‑être des espaces à vocations différentes : au nord, une emprise comprenant la chaussée et, de part et d’autre, les espaces de circulation ou « trottoirs » ; au sud, une ou plusieurs parcelles. Une telle hypothèse amène à envisager que les fossés nord et sud délimitaient une emprise appartenant au domaine public et réservée à l’installation de la voirie et de ses trottoirs attenants. Au‑delà, tant au nord qu’au sud, l’espace fait vraisemblablement partie du domaine privé. Dans ce cas, les interruptions entre les fossés au sud témoignent probablement de percées laissées libres afin de permettre une circulation entre ces différents espaces.
2.2.2 La trame viaire orthogonale
19Lors de l’horizon II, la rue no 1 fait l’objet d’une réfection totale qui constitue désormais le troisième état de l’axe viaire. À ce moment, de nouvelles rues lui sont adjointes : une rue parallèle, plus au nord (rue no 2), et deux rues nord‑sud avec lesquelles elle constitue des carrefours (rue A à l’ouest et rue B à l’est). À part quelques recharges, aucune modification n’affecte la trame viaire du quartier de Monterfil après l’horizon II.
2.2.2.1 Le troisième état de la rue no 1
20La rue no 1 semble toujours garder une grande importance dans l’organisation urbaine durant l’horizon II. Celle‑ci se traduit entre autres par sa largeur inhabituelle. Quoique plus réduite que celle de l’état II, la nouvelle chaussée se caractérise tout de même par une largeur de plus de 7 m à laquelle s’ajoutent deux fossés d’environ un mètre de large chacun. La largeur moyenne des rues contemporaines, varie, ailleurs sur le plateau, entre 3,50 m et 5 m (rues nord‑sud de la Salle des fêtes et du Cabinet médical, rue est‑ouest du Chemin du Ray...). Le revêtement de ce troisième état de la rue no 1 est constitué de blocs de modules variés en schiste, gneiss et quartzite. Les ornières sont à chaque fois comblées de petits galets de rivière ronds et blancs (fig. 19).

FIG. 19 ‒ Vue de la surface de roulement de la rue est‑ouest no 1.
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21La surface de roulement de la rue no 1 n’est pas régulière. À l’ouest, au‑dessus du substrat schisteux probablement écrêté pour son installation, elle présente un très léger bombement sur toute sa largeur. À l’est, dans la partie basse du site, elle présente à un endroit une réduction d’environ la moitié de sa largeur utile du fait d’un affaissement important de sa frange, le long de l’îlot sud. Les fondations de la rue reposent, dans ce secteur, sur un substrat argileux avec de nombreuses irrégularités peu profondes, peut‑être consécutives à des prélèvements d’argile en surface. Ces cavités se sont naturellement comblées de limons sableux. Le substrat argileux et ce limon sableux ne présentent pas, sous toute la largeur de la rue, les marques d’un tassement dû au poids de la structure de la chaussée. Au contraire, le limon conserve partout une régularité qui exclut l’hypothèse d’un affaissement naturel de la structure de la voirie. Le profil particulier de la rue ne peut donc s’expliquer que par un aménagement intentionnel.
22La rue ne dispose d’un tel profil que devant les constructions de la partie orientale de la façade de l’îlot sud et, plus particulièrement, vers le centre de cette façade où le portique est au même niveau que le point sommital de la rue. Ce profil ne peut s’expliquer que par l’aménagement d’une aire de stationnement pour charrettes, en bordure de la façade nord de l’îlot sud. Les véhicules, ainsi stationnés le long de la rue, se trouvaient alors légèrement en contrebas du portique adjacent. Le transbordement des marchandises vers les bâtiments proches était, de ce fait, facilité. La restriction de cette disposition juste devant la partie du portique la plus à l’ouest de la terrasse orientale se justifie car, rapidement, le niveau plan du sol de la galerie surplombe la rue dont le pendage est d’ouest en est.
23Un peu en aval, au niveau du carrefour oriental, l’emprise de la chaussée est réduite par un bassin rectangulaire implanté contre le mur de soutènement du portique de façade de l’îlot central (fig. 20). Ce bassin servait probablement d’abreuvoir aux animaux qui empruntaient cet axe ou qui étaient en attente sur l’aire de stationnement proche.

FIG. 20 ‒ Vue de la réduction de la chaussée no 1 au niveau du carrefour oriental.
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2.2.2.2 La rue no 2
24Les informations sur la rue no 2 sont beaucoup plus lacunaires. Son état global est méconnu car la reconnaissance de cette rue n’a été abordée que lors de sondages non destructeurs, d’où une absence de données sur sa datation et sur son évolution. La chaussée, large d’environ 4,40 m, est aussi bordée de deux fossés. L’emprise totale de la voirie est d’environ 5,60 m. Comme pour la rue no 1, la structure se compose d’une assise de blocs recouverte d’un lit de plaquettes de schiste ou d’arène granitique. La chaussée est aussi légèrement bombée.
2.2.2.3 Les rues A et B
25Les deux rues nord‑sud sont tout aussi peu connues. À l’ouest, la structure de la rue A n’est que très partiellement conservée. Une nouvelle fois, elle se compose d’un unique lit de blocs de gneiss recouvert par une fine couche d’arène granitique ou de schiste en plaquettes. Son prolongement vers le sud avait été abordé sur le site du Cabinet médical en 1984. Il y était caractérisé par une chaussée de 3,50 m et bordé de deux fossés larges en moyenne d’1,10 m (Ficher de Clairfontaine et al. 1984 : 59).
26La rue B, à l’est de la parcelle AB79, est aussi très mal conservée. Un lambeau de chaussée témoigne encore d’une structure constituée d’un radier de blocs variés surmonté d’un lit de petits galets de rivière (fig. 21). Elle n’est pas conservée sur toute sa largeur qui pourrait cependant avoisiner 3,50 m. Elle est probablement, comme la précédente, bordée de deux fossés. Le fossé ouest, le seul encore visible, fait un peu moins d’1 m de large. Plus au nord, cette rue B se poursuit sous la chaussée actuelle de la route de Languenan, au nord du carrefour du Chemin du Ray.

FIG. 21 ‒ Vue des vestiges de la rue B.
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2.2.2.4 L’évacuation des eaux pluviales
27Le troisième état de la rue est‑ouest no 1 présente deux fossés latéraux qui, dans un premier temps, séparaient la rue de quelques constructions modestes implantées au nord (cf. supra, § 2.2.2) et d’un espace qui reste non bâti jusqu’à l’horizon III au sud. Le fossé nord a une largeur assez importante (0,80 à 1 m). À l’ouest du site, il se prolonge au‑delà de l’angle sud‑ouest de l’îlot central. Il traverse alors le carrefour occidental en coupant la structure de la rue nord‑sud A. À cet endroit, il était probablement recouvert de dalles. Ce fossé recevait donc les eaux en provenance du ou des îlots situés en amont de Monterfil II. Ceci pourrait alors expliquer sa grande largeur. À l’est du site, une perturbation récente ne permet pas d’entrevoir le prolongement du fossé nord à travers le carrefour oriental et la structure de la rue B, mais, son prolongement est cependant tout à fait plausible. Dans un premier temps donc, avant la création d’un bassin contre le portique de l’îlot central, le fossé se prolongeait sans doute à travers les structures des rues A et B, de part et d’autre du quartier de Monterfil II (fig. 22).

FIG. 22 ‒ Plan schématique de la circulation des eaux pluviales dans les fossés de voirie.
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28Le bombement de la chaussée est‑ouest privilégie l’écoulement des eaux pluviales vers le fossé sud. Celui‑ci devait donc jouer un rôle plus important dans l’assainissement de ce secteur de la ville. De ce fait, la largeur du fossé nord est disproportionnée pour le seul quartier de Monterfil II. Elle s’explique mieux s’il s’avérait nécessaire de canaliser également les eaux en provenance des quartiers en amont.
29La construction d’un bassin contre le portique de façade du grand bâtiment de la façade méridionale de l’îlot central entraîne une modification importante de ce fossé. En effet, il est, à ce moment, interrompu par le bassin, structure maçonnée rectangulaire de 4,40 m sur 1,90 m implantée dans l’angle sud‑est de l’îlot. Ce bassin forme un barrage qui pose désormais le problème de l’évacuation des eaux captées en amont par le fossé nord. L’état d’arasement important de cet aménagement ne permet pas d’entrevoir un dispositif quelconque permettant le versement de l’eau dans la structure. Rien n’indique non plus qu’un tel dispositif existait. Si tel était le cas, l’évacuation des eaux recueillies dans le bassin pouvait ensuite s’effectuer, de l’autre côté de la structure, grâce à un trop plein permettant ainsi de régulariser le niveau d’eau qui y était contenu, l’eau étant ensuite récupérée en aval par le fossé nord qui devait toujours se poursuivre à travers la structure de la rue nord‑sud B.
30Cette solution permettrait aussi l’évacuation de l’eau collectée par le fossé ouest de la rue B, qui débouche également sur ce carrefour. L’absence d’aménagements à travers la chaussée est‑ouest prouve en tout cas que les eaux de ce fossé n’étaient pas dirigées vers le fossé sud de la rue no 1. L’hypothèse d’une poursuite du fossé nord à travers la structure de la rue B semble en fait la solution la plus vraisemblable.
31La perturbation, en limite de site, n’a nullement touché le fossé sud de la rue de l’autre côté de ce carrefour oriental. À l’inverse du fossé nord, le fossé sud ne se prolonge pas tout droit au‑delà de l’angle nord‑est de l’îlot sud mais s’oblique vers le sud pour longer le portique bordant la façade orientale de cette insula afin d’évacuer les eaux collectées vers le point le plus bas de l’îlot. À l’ouest du site, le fossé sud de la rue s’oriente également vers le sud pour longer cette fois‑ci la façade occidentale de l’îlot. Cette disposition semble tout à fait similaire à celle pressentie pour l’îlot central, c’est‑à‑dire une évacuation de toutes les eaux usées captées autour de l’îlot vers le point le plus bas de celui‑ci où un nouveau fossé peut diriger l’eau vers le bas du versant en longeant alors le côté nord de la rue est‑ouest, plus au sud de Monterfil II.
32Il apparaît clairement que la mise en place de la trame viaire, lors de l’horizon II, aboutit à une réforme du système d’évacuation des eaux collectées. Auparavant, les fossés al au nord et a2 au sud se prolongeaient tout droit le long du seul axe est‑ouest de Monterfil II. Il n’y avait pas alors de rues nord‑sud également bordées de fossés. La création des nouveaux axes réorganise ce système, les eaux récupérées étant désormais orientées vers le point le plus bas des îlots avant d’être dirigées vers les insulae en aval.
33Comment se présentaient ces fossés ? Les fouilles n’ont jamais révélé d’éléments susceptibles d’appartenir à des égouts en pierre. Il nous semble que ces aménagements étaient constitués de coffrages en bois recouverts de dalles jointives, en bois ou en pierre, peut‑être creusées en demi‑lune et percées d’ouvertures assurant l’évacuation des eaux. Dans le fossé nord, quelques trous de pieux, distants d’environ un mètre l’un de l’autre et repérés uniquement sur une dizaine de mètres de longueur, peuvent éventuellement appartenir à un tel agencement (fig. 23). Aucune trace de coffrage n’a pu être décelée dans le fossé sud. Ce système est néanmoins envisageable. En effet il permettrait d’éviter des infiltrations d’eau dans les fondations des constructions attenantes. D’autre part, il participerait quelque peu au soutènement de ces fondations immédiatement implantées en bordure du fossé.

FIG. 23 ‒ Les trous de poteaux contre la structure de la rue no 1, dans le fossé nord.
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2.3 Au nord de la rue no 1, l’îlot central
2.3.1 Les structures de l’horizon I
34La plupart des vestiges de l’horizon I au nord de la rue est‑ouest sont regroupés à l’ouest du site dans un noyau d’occupation (noyau nord‑ouest ou A). Le reste de l’espace est moins densément occupé, l’essentiel des structures repérées correspondant à des fosses d’extraction de matériaux.
35À l’ouest du site, quelques lambeaux de niveaux de schiste, parfois associés à des trous de poteaux ou de piquets, signalent la présence de constructions implantées en bordure du trottoir (fig. 24). Un atelier de bronzier semble signalé par « les vestiges très atténués d’un four » et de « nombreux fragments de scories » (Fichet de Clairfontaine 1989 : 3). Non loin, deux fosses d’extraction de schiste ont servi en dernier ressort de dépotoirs (fosse 16 et 18) (fig. 12, g et h et fig. 24). La présence, dans ces fosses dépotoirs, de nombreux ossements de bovidés, sur lesquels des marques de découpe sont visibles, laisse présager une activité de boucherie (Fichet de Clairfontaine 1989 : 3). Un peu au nord, un fossé de parcellaire formant un angle peut délimiter un enclos (fossé 60) (fig. 12, i et fig. 24). Il pouvait être secondé par un petit talus.

FIG. 24 ‒ Plan du noyau d’occupation A, au nord‑ouest du site de Monterfil II.
H. Kerébel
36L’occupation apparaît moins dense au centre et à l’est du futur îlot central. Les vestiges mis au jour sont essentiellement des fosses d’extraction d’argile sans doute utilisée pour la construction des parois des bâtiments à pans de bois. Des lambeaux de sols de schiste témoignent de l’installation, au cours de cet horizon, de quelques édifices en bordure du deuxième état de la rue est‑ouest. Les informations concernant ces bâtiments sont peu nombreuses. Il s’agit probablement de constructions relativement modestes, comparables à l’édifice claudien du site de la Salle des fêtes (Fichet de Clairfontaine 1985a). Elles sont alignées légèrement en retrait du fossé nord de la rue est‑ouest. Les sols sont établis au‑dessus de limons et de rejets de cendres qui comblent et recouvrent le fossé 160, limite nord de l’emprise du domaine public (fig. 25). Ils couvrent aussi une partie du trottoir nord de cette rue est‑ouest. Le fossé 160 est comblé par un niveau de limons argileux gris. Au‑dessus, un niveau marron clair (US 186) est lui‑même surmonté d’une couche noire cendreuse (US 158). Le tout est enfin scellé par le sol de schiste d’une de ces constructions implantées en bordure de l’état II de la rue est‑ouest.

FIG. 25 ‒ Coupe stratigraphique des niveaux scellant le fossé 160.
H. Kerébel
37Quelques fosses d’extraction, creusées plus en retrait de la rue, sont aussi regroupées dans ce premier horizon. À l’extrémité est du site, quelques‑unes ont été scellées par la structure empierrée de la rue nord‑sud orientale du site (rue B) qui n’est créée que lors de l’horizon II (fosse 642, 644, 645 et 646) (fig. 12, j). La récupération ultérieure des matériaux de la rue a permis l’étude de ces quatre fosses. Contiguës, elles présentent chacune une stratigraphie témoignant d’un comblement naturel progressif. Non loin, une autre fosse d’extraction d’argile (fosse no 630) paraît contemporaine (fig. 12, k). On ne peut affirmer que ces structures matérialisent un véritable noyau d’occupation (noyau B ?).
38Dans ce secteur, plus éloigné de la rue no 1, la stratigraphie ne présente plus la succession de niveaux de sol ou d’occupation qui caractérisent les édifices faisant l’objet de réfections régulières. Il ne semble donc pas y avoir d’occupation importante dans ce secteur, mais on ne peut exclure une disparition, pour diverses raisons, de ces unités stratigraphiques. Cette absence de niveaux peut simplement s’expliquer par l’existence d’espaces non occupés. Ceci justifierait la présence de fosses d’extraction d’argile restées ouvertes, puis comblées progressivement après leur abandon. Ce schéma serait contraire à celui rencontré dans la partie ouest du site où les fosses d’extraction, plus proches des zones d’occupation, ont été rebouchées rapidement avec des rejets domestiques.
39Les analyses micromorphologiques, réalisées sur des prélèvements provenant de cet espace vierge à l’est du noyau d’habitat A, concluent à un aspect très poussiéreux des limons qui peut plaider pour une mise à nu de la surface du sol suivie par une mise en culture. La présence de graminées et de phytolithes témoignerait d’un type de végétation à dominante plutôt herbacée. La persistance d’activités pastorales ou agricoles limitées, à proximité des premiers noyaux, pourrait alors expliquer l’occupation très clairsemée qui semble caractériser ce premier horizon.
2.3.2 L’évolution architecturale de l’îlot
40De l’îlot central, n’est connue avec précision et détails que la façade méridionale. Le reste de l’insula n’a été abordé que sous la forme de sondages non destructeurs (fig. 26). Nous n’avons donc à notre disposition que des informations sur l’occupation spatiale de l’îlot et non sur les évolutions architecturales des édifices ouverts sur les rues no 2 au nord, A et B à l’ouest et à l’est.

FIG. 26 ‒ Vue des sondages de la parcelle AB 432 sur l’îlot central de Monterfil II.
M. Gautier
41L’îlot est délimité par les quatre rues, au plus tôt dans la seconde moitié du règne de Tibère. Les chantiers de construction dans l’îlot ne semblent pas immédiatement consécutifs à la création de la voirie orthogonale. La façade méridionale n’est cependant pas inoccupée. Les constructions modestes établies en bordure de la chaussée du deuxième état à la fin de l’horizon I peuvent très bien avoir persisté quelques décennies avant d’être détruites et remplacées par un grand édifice (bâtiment 16) occupant toute la façade méridionale de l’îlot.
42Ce premier grand projet architectural nécessite un terrassement assez important. En effet, le dénivelé du terrain oblige l’apport de remblais pour la création de trois terrasses planes, de superficie différente, sur lesquelles s’installe la nouvelle construction. Ces trois niveaux seront conservés tout au long de la vie de l’édifice. Les évolutions architecturales du ier au iiie s. ne modifieront nullement cette organisation tripartite de l’édifice, ni son emprise totale. En effet, les limites externes de la construction sont dans l’ensemble respectées ; seul l’agencement interne est touché par les remaniements successifs.
43L’ensemble architectural semble se prolonger le long de la façade ouest de l’îlot central. Il est possible qu’il se poursuive jusqu’à une entrée charretière assurant un accès à la cour centrale depuis la rue nord‑sud A, mais les informations sur cette seconde aile de l’édifice sont très lacunaires. En façade, quelques pièces donnent sur la rue A. Nous ne pouvons préciser si elles en sont séparées par un portique. Des pièces en retrait, seule une salle sur hypocauste a pu être mise en évidence dans la parcelle AB 432. Cette aile se termine au nord par une cour disposant d’un puits apparemment en position centrale.
2.3.2.1 Le bâtiment 16 de l’horizon II
44Le bâtiment 16 a été fouillé sur une superficie légèrement supérieure à 1 250 m2. Ce grand bâtiment est le résultat d’un programme de construction unique comme le souligne son architecture très homogène (fig. 27). Les murs, tous constitués de blocs de gneiss et de schiste, ont une largeur d’environ 0,45 m. Ils soutenaient des parois à pan de bois. La construction occupe toute la façade de l’îlot. Elle s’étend sur une longueur de près de 83 m (280 pieds de 0,296 m).

FIG. 27 ‒ Plan d’ensemble du bâtiment de la façade de l’îlot central lors de l’horizon II (bâtiment 16).
H. Kerébel
45Ce bâtiment se singularise par un important portique de façade (portique A). Aux deux extrémités de l’édifice, cette galerie effectue un retour vers le nord, en se rétrécissant, pour longer les deux rues nord‑sud (portiques C à l’ouest et D à l’est). À l’arrière de l’édifice, une nouvelle galerie s’ouvre sur la cour intérieure de l’îlot (portique B). À l’ouest, elle bifurque à la perpendiculaire vers le nord pour longer l’arrière de la seconde aile de l’édifice (portique E). À l’est, cette galerie B se poursuit tout droit jusqu’à une entrée ouverte sur le portique D donnant sur la rue nord‑sud B. Là, elle se termine par un couloir inséré entre une petite pièce rectangulaire au nord (fig. 27, j) et une grande salle quadrangulaire constituant l’extrémité est de l’édifice au sud (fig. 27, h).
46L’édifice s’organise sur trois terrasses. La première, terrasse occidentale (fig. 28), comprend, à l’ouest, une salle d’une superficie d’environ 72 m2 longée par les galeries portiques sud et ouest (pièce a). À l’origine, elle est divisée en deux espaces distincts par une cloison médiane installée de part et d’autre d’une colonne centrale de 0,68 m de diamètre, constituée de briques en quart‑de‑rond et reposant sur une fondation importante de blocs de schiste. Sur le sol de terre battue, un bloc rectangulaire en granité, placé à près de 2 m de la colonne, peut délimiter l’emplacement d’un passage entre les deux parties de la pièce. Un foyer, simple galette d’argile rubéfiée et circulaire, est installé sur le sol de terre battue de cette salle quadrangulaire.

FIG. 28 ‒ La terrasse occidentale de la façade de l’îlot central : plan détaillé du bâtiment 16 (horizon II).
H. Kerébel
47Au‑delà, vers l’est, cette terrasse occidentale est occupée par une série de quatre salles presque quadrangulaires ouvertes sur le portique A en façade (d’ouest en est, pièces b1, b2, b3 et b4). Elles sont doublées par quatre autres pièces légèrement plus petites, accessibles, quant à elles, par le portique B donnant sur la cour intérieure de l’îlot (pièces b5, b6, b7 et b8). La superficie de chaque pièce diffère quelque peu mais elle est partout supérieure à 20 m2 pour celles orientées au sud et un peu inférieure pour celles situées au nord. Un passage devait probablement exister entre ces différentes salles ouvertes sur les portiques A au sud et B au nord. Comme pour la pièce a, à l’ouest, les sols ont été fortement perturbés par les terrassements liés aux transformations de cette terrasse au début du IIe s.
48Dans la pièce b2, un alignement de quelques blocs de schiste peut correspondre aux fondations d’une petite cloison séparant alors la salle en deux espaces distincts (Fichet de Clairfontaine 1989a : 9). Dans la salle b3, subsistent encore, sur les lambeaux d’un sol d’argile, les restes d’un petit four en forme de fer à cheval comprenant une chambre ovale longue de 0,83 m pour 1 m de large maximum. Ce four est dépourvu d’alandier et ses parois sont montées à l’aide de tuiles liées à l’argile. La sole consiste en une tuile brisée posée à plat au‑dessus d’une cavité remplie d’argile. Lors de sa découverte, elle était recouverte d’une couche mêlant cendres, terres cuites, tuiles et argile ocre (Ficher de Clairfontaine 1989a : 10). Un foyer formé d’une plaque d’argile rubéfiée a été mis au jour dans l’angle sud‑est de la pièce immédiatement au nord (pièce b7) dotée, elle aussi, d’un sol d’argile. Son mur nord est percé par un four longitudinal et rectangulaire s’étendant sur une longueur de 1,93 m. L’alandier, d’une longueur de 0,64 m se trouve dans le sol d’argile du portique B, au nord, alors que la chambre de chauffe, longue de près d’1,30 m est installée dans la pièce. La structure est large de 0,45 m et profonde de 0,15 m (Fichet de Clairfontaine 1989a). Les autres pièces de cet ensemble n’ont pas fourni d’éléments susceptibles d’évoquer une activité particulière.
49La deuxième terrasse, au centre de la construction, comprend deux grandes salles (pièces c à l’ouest et d à l’est), séparées l’une de l’autre par deux autres pièces (e au sud et f au nord) (fig. 29). La pièce e couvre une superficie de plus de 27 m2. Elle semble pourvue, à l’origine, d’un sol bétonné en terrazzo. Un unique fragment est conservé au‑dessus de l’ancien fossé 160 comblé à la fin de l’horizon I. Son affaissement a piégé quelques niveaux postérieurs dont ce sol bétonné. Un plancher, dont ne subsistent que quelques traces de lambourdes, semble ensuite remplacer cet aménagement. Les poutres de soutènement de ce plancher, larges de 8 à 10 cm, sont disposées à des intervalles réguliers d’environ 0,70 m. À l’arrière de cette salle, la pièce f, plus petite, ne couvre que 13,50 m2 (2,80 x 4,80 m). Il faut peut‑être y voir une cage d’escalier assurant un accès à l’étage de l’édifice.

FIG. 29 ‒ La terrasse centrale de la façade de l’îlot central : plan détaillé du bâtiment 16 (horizon II).
H. Kerébel
50Les deux autres pièces occupent toute la profondeur de la construction. Elles sont ainsi desservies par les deux portiques A et B. La fonction de ces pièces centrales reste indéterminée. La pièce d est, comme la première pièce de l’angle sud‑ouest (pièce a), pourvue d’un sol d’argile régulièrement restauré. Sa superficie est de 61 m2. De nombreuses traces de rubéfaction, principalement au centre, témoignent ici aussi de l’usage de foyers à même le sol. La salle c’est de dimensions plus restreintes (52 m2). Elle ne dispose plus de son sol constitué, semble‑t‑il, d’un petit cailloutis (Fichet de Clairfontaine 1989a : 11).
51Enfin, sur la troisième terrasse, on retrouve deux rangées de pièces (fig. 30) : trois sont ouvertes sur le portique A (pièces b9, b10 et b11), trois autres sont bordées par le portique B (pièces b12, b13 et b 14). Ici encore, les sols, partout en argile, ont fortement souffert des travaux postérieurs. La première salle (b9) est équipée d’un important four ou foyer rectangulaire, d’un mètre de large pour 1,80 m de long, adossé contre le mur de séparation avec la pièce contiguë au nord. Les parois de ce foyer sont constituées de tuiles posées à plat. Quatre niveaux étaient encore conservés dans la partie est de la structure. Au sommet de la stratigraphie, ce foyer a été fortement endommagé par les récupérations ou les labours postérieurs à l’abandon du site. La salle voisine au nord (pièce b 12) est équipée d’un foyer central constitué d’un niveau de tuiles posées à plat. Les autres pièces sont moins bien conservées. On notera juste, dans la pièce b 14, la plus à l’est, des traces de rubéfaction témoignant de l’installation d’un foyer, en son centre, à même le sol.

FIG. 30 ‒ La terrasse orientale de la façade de l’îlot central : plan détaillé du bâtiment 16 (horizon II).
H. Kerébel
52Le bâtiment se prolonge vers l’est par une salle longitudinale s’étendant sur toute la profondeur de l’édifice pour une largeur d’environ 2 m (pièce g). Comme pour les pièces attenantes, seul y subsiste un remblai d’argile destiné à asseoir le sol. Ensuite, un espace quadrangulaire (h) termine la construction avant le portique du pignon oriental qui donne sur la rue nord‑sud B (portique D). Son sol, totalement disparu, reposait sur un remblai de terre brune recouvrant les structures antérieures. Un mur de schiste (M 137), servant de mur de fond au portique B (M 125), comporte un passage d’un peu plus de 2 m de large assurant un accès sur l’arrière de l’édifice. Là, le niveau de destruction d’une petite salle rectangulaire (pièce j) a livré un fragment d’inscription au caractère religieux fortement prononcé (fig. 31) (Kerébel, Le Roux 1994). Si cette dédicace provient bien de cette petite salle, nous pourrions être en présence d’un petit sanctuaire, ou laraire, peut‑être commun à l’ensemble des occupants du bâtiment 16 et installé à proximité d’une entrée ouverte sur le portique de la façade est de l’îlot (fig. 30).

FIG. 31 ‒ Relevé de l’inscription provenant du bâtiment cultuel de l’îlot central.
H. Kerébel
53La définition des espaces de l’extrémité orientale de l’édifice n’est guère aisée du fait de la destruction totale des murs de ce premier édifice pour la mise en place de ceux des états suivants. On peut envisager l’extrémité du bâtiment 16 au niveau de la pièce longitudinale g. Cette pièce correspondrait alors à un portique ouvert peut‑être sur une cour ou sur un jardin occupant l’angle sud‑est de l’îlot (espace h). Cette hypothèse expliquerait alors la présence d’un remblai constitué de terre végétale. L’étude architecturale aboutit à une seconde hypothèse tout aussi intéressante. En effet, une symétrie architecturale voudrait que cet espace h, dans l’angle sud‑est de l’îlot, soit occupé dès cette première phase de l’édifice par une salle quadrangulaire, faisant pendant à la pièce a, implantée à l’autre extrémité, dans l’angle sud‑ouest de l’îlot central. De cette manière, l’édifice occupe toute la façade de l’îlot et est encadré, à ses deux extrémités, par deux tours d’angles à étages, surplombant la partie centrale de la construction. Cette proposition ne peut pas être complètement vérifiée sur le terrain à cause des terrassements qui ont sans doute été nécessaires pour l’édification, lors de l’horizon III, d’une nouvelle tour d’angle, travaux importants qui ont pu entraîner la destruction des murs et des fondations du premier état de la pièce h. Dans nos commentaires, nous optons de préférence pour cette deuxième solution.
2.3.2.2 Les évolutions architecturales du bâtiment 16
54L’évolution architecturale de l’édifice lors des horizons III et IV s’effectue, à chaque fois, en fonction des trois terrasses aménagées dès l’horizon II. Lors de l’horizon III, les modifications n’affectent que les extrémités de l’édifice (fig. 32). Elles sont probablement à mettre en relation avec la construction d’édifices, en vis‑à‑vis, dans les angles de la façade de l’insula au sud de la rue no 1. La terrasse centrale ne subit quelques modifications que durant l’horizon IV.

FIG. 32 ‒ Plan d’ensemble du bâtiment 16 après les évolutions de l’horizon III.
H. Kerébel
Les premières modifications lors de l’horizon III
55Sur la terrasse occidentale, la pièce a de l’extrémité ouest du corps principal est reconstruite. Elle est légèrement plus grande (fig. 33). Son mur ouest empiète quelque peu sur le portique occidental et la salle couvre désormais une superficie de 76 m2, au lieu de 72 m2 précédemment. Les maçonneries sont reprises jusqu’aux fondations constituées désormais de blocs de quartzite et de schiste. Les murs bahuts, larges d’environ 0,60 m (2 pieds), sont également montés avec des blocs de quartzite liés au mortier de chaux. L’angle sud‑ouest de la pièce est renforcé par des pierres d’angle en granité (fig. 34). Les parties hautes des parois étaient en bois et en argile comme semblent l’indiquer quelques vestiges retrouvés dans un niveau de destruction fortement perturbé par les récupérations postérieures et par les labours récents. Plusieurs d’entre eux, épais de 80 à 90 mm, présentent, d’un côté, l’empreinte de poutres et de lattes entrecroisées, larges de 10 à 20 mm. L’autre côté présentait des stries d’accrochage pour assurer une meilleure adhérence des enduits.

FIG. 33 ‒ Plan détaillé de la terrasse occidentale après les modifications de l’horizon III.
H. Kerébel

FIG. 34 ‒ Vue de l’angle sud‑ouest de la pièce a du bâtiment 16.
F. Fichet de Clairfontaine
56À l’intérieur de la nouvelle pièce a, deux fosses quadrangulaires, de 1 m de côté environ et comblées de blocs de quartzite, matérialisent l’emplacement de deux piliers implantés dans le sens nord‑sud de la pièce. Légèrement décalés vers l’ouest, ces deux poteaux définissent deux nefs de taille différente. Une différence de traitement des sols de part et d’autre de ces piliers semble signaler la présence d’une cloison s’appuyant sur ces poteaux (Fichet de Clairfontaine 1989a).
57À l’est de la salle a, l’ensemble des huit pièces est détruit pour faire place à une unique salle qui, tout en recouvrant également le portique B à l’arrière de la construction, respecte encore l’emprise globale du premier édifice (pièce k). De plan rectangulaire et d’axe est‑ouest, la nouvelle construction couvre une superficie de 232 m2. Les murs bahuts, encore hauts par endroits de 0,60 m, reposent, comme pour la pièce a, à l’ouest, sur des fondations constituées essentiellement de blocs de quartzite. Au‑dessus, les parois étaient aussi à pan de bois. Dans l’angle nord‑ouest de cette grande salle, le parement du mur est constitué de fragments de tuiles enduits d’un mortier de tuileau.
58L’espace interne de cette grande salle est organisé en trois nefs, d’environ 3,25 m de large chacune, séparées par deux alignements de trois piliers dressés sur des blocs de granité qui reposent sur des fondations de blocs de quartzite comblant des fosses quadrangulaires de 1,45 m de côté et profondes d’un peu plus d’1 m. Le seul bloc conservé mesure 0,64 m x 0,80 m pour 0,40 m de hauteur.
59Cette grande salle ne s’étend pas jusqu’à l’extrémité est de la terrasse. Un espace longitudinal, large de 3 m, est conservé jusqu’au mur de soutènement de la terrasse occidentale (pièce 1). Il peut s’agir d’un passage destiné à relier, à travers la construction, les portiques A et B. Seul le portique A, en façade, est intégralement conservé. Le portique B ne s’étend plus qu’à l’arrière des pièces de la terrasse centrale (pièces c, d, e et f) et des deux rangées de pièces de la terrasse orientale. Il ne débouche plus, à l’est, dans le portique D. Le portique E, à l’arrière de l’aile ouest, existe peut‑être toujours.
60Sur la terrasse orientale, seule l’extrémité est de l’édifice semble connaître quelques modifications lors de cet horizon III (fig. 35). Rien n’indique, à ce moment, une transformation de l’ensemble des six pièces occupant le reste de la terrasse. En effet, il n’y a pas ici de reprises de maçonnerie ; l’ensemble peut très bien demeurer dans cet état. À l’extrémité est de l’édifice, la création d’une nouvelle entité modifie largement l’organisation (fig. 36). La nouvelle construction, constituée de deux pièces (m et n), recouvre l’espace longitudinal g de 2 m de large et l’espace h occupant antérieurement l’angle sud‑est de l’îlot. Il détruit également l’ancienne salle j et la partie orientale du portique B. Les fondations, larges de 1,20 m pour au moins 1 m de profondeur sont encore constituées de blocs de quartzite, jetés en vrac dans une tranchée. Elles sont ensuite faites d’un mur maçonné toujours compris dans les parties en sous‑œuvre de l’édifice (fig. 37). Aucune assise n’est conservée en élévation. On peut supposer que les murs s’élevaient au‑dessus d’un ressaut de fondation et qu’ils soutenaient des parois à pan de bois, comme pour les autres édifices contemporains. Au pied du mur nord de la salle n, un bac à chaux ou à stuc, constitué de tuiles posées à plat et de champ, témoigne nettement de la disparition du sol de cette pièce, cet aménagement devant être logiquement recouvert (fig. 38). Rien ne permet d’entrevoir la nature même de ce dernier : plancher, béton, argile...

FIG. 35 ‒ Plan détaillé de la terrasse orientale après les modifications de l’horizon III.
F. Fichet de Clairfontaine

FIG. 36 ‒ Vue de la tour d’angle de l’extrémité de la terrasse orientale.

FIG. 37 ‒ Vue rapprochée des fondations du bâtiment d’angle de la terrasse orientale.

FIG. 38 ‒ Vue du bac à chaux ou à stuc installé près du mur nord (M 172).
F. Fichet de Clairfontaine
61La construction de l’horizon III comporte deux espaces bien différenciés. Au sud, la salle m est divisée en deux nefs par deux piliers et, au nord, la pièce n, aux dimensions identiques à la précédente, est pourvue d’un puits. Dans la première salle, les deux piliers occupent parfaitement l’axe médian est‑ouest de l’espace. Ils sont distants l’un de l’autre et des quatre murs de la pièce d’environ 3,80 m. La deuxième pièce (n) ne dispose pas d’un tel aménagement. Des emplacements de pierres de soutènement de pilier sont tout de même perceptibles dans le mur de fond de cette salle. Ils sont alignés avec ceux de la pièce m et avec ceux englobés dans le mur de séparation entre les deux salles. Dans l’angle nord‑ouest de cette pièce n, une pierre usée matérialise peut‑être le départ d’un escalier appliqué contre la paroi ouest de l’édifice (fig. 35).
Les modifications de l’horizon IV
62L’organisation de la terrasse médiane, nullement affectée lors de l’horizon III, est modifiée lors de l’horizon IV (fig. 39). À ce moment, des transformations touchent aussi, mais dans une moindre mesure, la terrasse occidentale. Les murs du passage ou escalier I de l’horizon III sont entièrement refaits. Ce réaménagement est probablement consécutif aux modifications de la terrasse centrale. On note aussi, dans l’angle nord‑ouest de la salle k, une réfection partielle du mur de fond. L’ancien parement est démonté puis remplacé par une maçonnerie constituée de fragments de tegulae recouverts par un mortier de tuileau.

FIG. 39 ‒ Plan d’ensemble du bâtiment 16 après les évolutions de l’horizon IV.
F. Fichet de Clairfontaine
63L’horizon IV voit donc surtout une réorganisation de la terrasse centrale (fig. 40). Le portique nord, les pièces c, d, e et f de la construction de l’horizon II sont détruits au profit de deux nouveaux ensembles désormais séparés par un couloir reliant le portique de façade à la cour en retrait de l’édifice. La nouvelle pièce o reprend à peu près la salle b de l’horizon II. Elle est juste plus réduite du fait de la création d’un nouveau mur appliqué contre le mur de soutènement de la terrasse en amont. Il s’agit probablement d’un mur de renfort destiné à retenir l’extrémité de la terrasse occidentale. La nouvelle pièce change apparemment de fonction en accueillant un atelier de métallurgie du bronze et sans doute de l’argent (Fichet de Clairfontaine 1989a : 18). Deux fours sont aménagés sur un sol de schiste. Du premier ne subsiste qu’une sole circulaire de 0,50 m de diamètre rendue pulvérulente par l’action de la chaleur. Le second, de plan rectangulaire, est monté contre le nouveau mur ouest de la pièce (fig. 41). Il en reste deux parois, faiblement élevées, constituées de tuiles et une partie de la sole formée d’une couche d’argile au‑dessus de laquelle reposent des fragments de tuiles. En retrait, une nouvelle pièce occupant l’emplacement de l’ancien portique nord abrite également, dans son angle sud‑ouest, un four rectangulaire également constitué de fragments de tegulae (pièce p). Une fosse, creusée au pied du mur ouest, a fourni un remplissage très cendreux comprenant de nombreuses scories de bronze et un fragment de creuset. Le four rectangulaire de la pièce principale a quant à lui fourni « un déchet de production appartenant à un premier stade de l’opération de coupellation » (Fichet de Clairfontaine 1989a : 19). Le travail de l’argent en association avec celui du bronze n’est guère étonnant : les artisans travaillant les minerais de cuivre et de plomb récupéraient en effet l’argent.

FIG. 40 ‒ Plan détaillé de la terrasse centrale après les évolutions de l’horizon IV.
F. Fichet de Clairfontaine

FIG. 41 ‒ Vue des vestiges du four rectangulaire de la pièce o du bâtiment 16.
F. Fichet de Clairfontaine
64L’emprise de la pièce e du bâtiment de l’horizon II est désormais partagée entre deux espaces distincts. À l’ouest, un couloir, large de 1,60 m, assure une liaison entre le portique de façade et l’arrière‑cour (couloir q). À l’est, un deuxième ensemble architectural recouvre également l’emprise de la pièce d et du portique B de la construction de l’horizon II. Ce nouvel espace de 125 m2 comprend désormais trois pièces bien distinctes : une première au sud (pièce r), ouverte sur le portique de façade et deux pièces plus petites au nord (s et t). Aucun des sols n’est conservé. La pièce r de 72 m2 présente en son centre une pierre de soubassement sur laquelle devaient reposer d’autres blocs recevant le pilier de soutènement de l’étage. Immédiatement posé sur cet unique élément conservé, le poteau aurait inévitablement été englobé dans les remblais du sol de la pièce car le niveau supérieur du bloc est sensiblement en dessous de celui des fondations des murs de cette pièce (73,29 m ngf pour le bloc et 73,60 m ngf pour le point haut des fondations conservées).
65Le mur séparant les pièces s et t, respectivement de 32,55 m2 et 14,30 m2, est recouvert par des tuiles disposées à plat (fig. 42). Elles peuvent indiquer le niveau de pose de la poutre sablière basse de l’ossature en bois de la paroi et éventuellement celui du sol des pièces (73,80 m ngf). Si les trois pièces disposent d’un même sol plan, son niveau serait au minimum de 73,80 m ngf. Dans cette optique, il faut supposer l’existence d’un ou deux dés de granité au‑dessus du bloc conservé dans la pièce r à l’avant de la construction, pour atteindre ce niveau minimal de 73,80 m. La pièce t dispose en plus, dans son angle sud‑ouest, d’une fondation de pierres pouvant être destinée à recevoir un bassin (fig. 43). Une incertitude persiste à propos de l’évolution de la terrasse orientale. En effet, rien ne permet d’entrevoir de modifications architecturales importantes au niveau des six pièces quadrangulaires apparues dès l’horizon II (pièces b9 à b 14). On peut envisager que le mur de fond du portique A (mur M 112) existe toujours. Une reprise de maçonnerie, à l’arrière de la pièce b 12, semble témoigner de la pérennité du mur de fond de l’ancien portique B (mur M 121). Entre ces deux murs, on ne peut affirmer ou infirmer que les six pièces existent encore lors de l’horizon IV. On ne peut pas non plus assurer le contraire. Elles peuvent persister comme avoir été remplacées par une grande salle rectangulaire (fig. 44). Enfin, une dernière salle (pièce v) est implantée à l’emplacement du portique B. Les fondations des parois viennent se plaquer contre le mur est du bâtiment à trois pièces de la terrasse centrale (M 161). Cette pièce pouvait abriter un escalier permettant l’accès à l’étage du bâtiment de la terrasse orientale.

FIG. 42 ‒ Vue du mur de séparation entre les pièces s et t du bâtiment 16.
H. Kerébel

FIG. 43 ‒ Vue de l’aménagement de l’angle sud‑ouest de la pièce t du bâtiment 16.
H. Kerébel

FIG. 44 ‒ Plan détaillé de la terrasse orientale après les modifications de l’horizon IV.
H. Kerébel
2.4 Au sud de la rue no 1, l’îlot sud
2.4.1 Les structures de l’horizon I
66Au sud de la limite de l’emprise totale de la rue no 1, matérialisée par les trois fossés alignés (157, 417 et 624), quelques fosses, lambeaux de sols et niveaux de rejets de cendres peuvent correspondre à des premiers noyaux d’occupation à l’ouest (noyau sud‑ouest ou C) et à l’est (noyau D). Entre les deux, l’absence de niveau laisse présager une mise en culture de l’espace.
67Le noyau C, au sud‑ouest de la rue no 1, comprend une grande diversité de structures, le plus souvent très perturbées par les occupations postérieures (fig. 45). À proximité du fossé ouest (fossé 157), un aménagement du sol naturel schisteux semble constituer une aire de circulation ou de travail. D’une superficie minimale d’une cinquantaine de mètres carrés, ce sol se caractérise par un petit cailloutis disposé à même le terrain naturel et fortement damé. Aucun élément architectural n’apparaît lié à cette structure qui pourrait éventuellement correspondre à une cour. Non loin, quelques lambeaux de sols témoignent de la présence de constructions modestes. À ces endroits, la stratigraphie présente le plus souvent une succession de niveaux d’argile ou de schiste fins indiquant une réfection fréquente des sols. Les matériaux de ces niveaux de circulation peuvent provenir de quelques fosses d’extraction voisines qui, restées ouvertes comme le fossé 157 adjacent, se sont progressivement comblées de limons verdâtres (fosses 130 et 351) (fig. 45).

FIG. 45 ‒ Plan du noyau d’occupation C, au sud‑ouest de Monterfil II.
H. Kerébel
68À côté, d’autres fosses, comblées rapidement, présentent des stratigraphies caractérisées par des niveaux cendreux pouvant être importants comme dans la fosse 86 (US 238) (fig. 46). Ces fosses ont pu être comblées par le contenu de dépotoirs proches.

FIG. 46 ‒ Vue de la coupe stratigraphique de la fosse 86.
H. Kerébel
69À l’est de la fosse 86, un cailloutis, damé et peu épais, est directement posé sur le substrat naturel. Ce sol est associé à quatre trous de poteaux pouvant délimiter une petite construction rapidement abandonnée si l’on se fie à l’absence de réfection de son sol (fig. 45). Celui‑ci a ensuite été recouvert par un niveau cendreux provenant probablement de l’épandage d’un dépotoir proche (US 356).
70En général, les sols des premières constructions du noyau ouest sont régulièrement rehaussés peut‑être afin d’assurer une meilleure isolation des surfaces de circulation. Ces restaurations se limitent le plus souvent à un seul ajout d’argile ou de schiste constituant alors une stratigraphie relativement fine comme dans la fosse 86 où l’affaissement du niveau 238 a favorisé la conservation d’une stratigraphie importante montrant clairement les réfections régulières et rapides des sols des premiers édifices implantés au‑dessus de la structure condamnée (fig. 47). La couche 238 a ainsi été scellée par deux remblais schisteux (US 237 et US 237b). Seul le premier contient un peu de mobilier dont un seul tesson de sigillée italique. Le reste est tout à fait similaire à celui du niveau sous‑jacent. Au‑dessus, un sol ne livre aucun objet (US 235). Puis, un nouveau niveau de schiste (US 234) contient, toujours associé à un même type de matériel céramique dont une assiette Haltern 2 et une tasse Haltern 8, un as de Tibère César frappé après l’an 12 de n.è. (RIC I 245, no 167). Suivent quatre autres niveaux de sol ou d’occupation : trois sans aucun mobilier et le dernier avec trois tessons de sigillée italique. Le remblai qui scelle ensuite cet ensemble (US 226) livre pour la première fois des productions sigillées du Centre de la Gaule associées à des formes italiques et une monnaie d’Auguste à l’autel de Lyon frappée entre 10 et 7 av. J.‑C. (RIC I 230, no 116). Le sol suivant (US 225) livre quant à lui une tasse Drag. 24/25 des ateliers de Montans et une monnaie de Tibère César (RIC I 245, no 174) frappée après l’an 12 de n.è. Les niveaux situés au‑dessus correspondent aux horizons plus récents. Comme on peut le voir à travers la faible évolution du peu de matériel céramique et monétaire retrouvé dans ces niveaux, les réfections des sols des constructions de l’horizon I se suivent assez rapidement.

FIG. 47 ‒ Coupe stratigraphique de la fosse 86.
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71Une restructuration plus importante est perceptible au‑dessus de la grande aire de circulation ou de travail damée qui est abandonnée et recouverte par remblai de terre cendreuse et organique (US 118/473) provenant peut‑être de dépôts domestiques liés au foyer et au four 90 distants seulement de quelques mètres (fig. 45). Cette couche épandue est ensuite scellée par un épais niveau de schiste en plaquettes constituant le sol d’une nouvelle construction de plan rectangulaire (bâtiment 10) (fig. 48). Large de 8,60 m sur au moins 12,60 m de long, ce sol de schiste vient s’appuyer sur des fondations maçonnées de blocs de schiste et de gneiss liés à l’argile et sur lesquelles reposent les parois à pans de bois de cette construction de plus de 100 m2 (fig. 49). Ce bâtiment semble constituer le premier édifice de Monterfil II comportant dans son architecture d’importantes fondations en pierre. L’hypothèse selon laquelle la provenance du schiste du sol de cette construction serait la grande fosse d’extraction toute proche (fosse 86) est très tentante. Rien ne permet cependant de l’indiquer. On retiendra juste que ce sol est installé sur un remblai (US 118/473) tout à fait similaire à celui qui vient combler, probablement très rapidement, la fosse 86 voisine (US 238).

FIG. 48 ‒ Coupe stratigraphique du remblai 118/473 et du sol du bâtiment 10.
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FIG. 49 ‒ Plan du bâtiment 10 du noyau d’occupation C.
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72La construction est orientée nord‑sud. Son mur nord (M 63) est implanté immédiatement en bordure du fossé 157 peut‑être déjà comblé à ce moment. Malgré cela, le nouvel édifice semble respecter cette limite ancienne. Des aménagements, à intervalles réguliers dans le mur nord, pouvaient recevoir des solives sur lesquelles reposait peut‑être un plancher recouvrant l’ancien fossé.
73Le mur est (M 64), plus large que les autres et parementé, soutient la terrasse sur laquelle a été implantée la construction. L’espace immédiatement à l’est, donc en contrebas du sol de cet édifice, pouvait être réservé à des activités domestiques et artisanales. Une telle hypothèse expliquerait volontiers la présence, à cet endroit, de fosses d’extraction de matériaux, de nombreux niveaux de sols de schiste peu épais, de dépotoirs, ainsi que de vestiges de foyers et de fours. Cet espace de service est réduit, dans un deuxième temps, lors de l’accolement, contre la paroi est de l’édifice, d’une nouvelle pièce (pièce c). Comme le reste de l’édifice, elle est installée sur une petite terrasse retenue par deux murets parementés (M 67 et M 68). Elle s’ouvre, au nord, sur un espace toujours resté non bâti, s’étendant semble‑t‑il jusqu’à la rue est‑ouest.
74Au sud du bâtiment 10, un foyer (US 89) constitué d’une galette d’argile recouvrant un lit de fragments d’amphores Pascual I et Dressel 7/11 remplace un petit four en « fer à cheval » (US 90) probablement équipé, à l’origine, d’une voûte en cloche (fig. 50). Devant l’entrée de ce four, quelques trous de piquets correspondent peut‑être à un système de fermeture. Tout autour, la terre très cendreuse témoigne d’un éparpillement des matières extraites de la structure. Ces aménagements peuvent éventuellement s’intégrer dans un espace de service réservé aux activités domestiques. Enfin, non loin de là, implantés en limite de fouille, deux fossés perpendiculaires délimitent l’angle nord‑est d’un enclos dont la vocation reste énigmatique (fig. 45, fossés 124 et 143).

FIG. 50 ‒ Vue du petit four en fer à cheval du noyau d’occupation C (US 90).
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75Au sud de la rue est‑ouest, le secteur oriental ne diffère pas beaucoup de celui situé en vis‑à‑vis de l’autre côté de l’axe viaire. Il n’y a pas ici de stratigraphie importante révélant des successions de niveaux d’occupation. Seule une nouvelle fosse d’extraction d’argile a été identifiée (fig. 51). Elle peut malgré tout laisser présager un noyau d’occupation dans ce secteur puisqu’elle a été comblée par de nombreux rejets domestiques (noyau D). Les éléments validant cette hypothèse sont cependant moins nombreux que pour l’ensemble occidental puisque cette fosse ne peut être mise en relation avec aucune autre structure (fossé, sol ou épandage de cendres). L’emprise de la fouille dans ce secteur est très réduite. Au mieux, on peut imaginer que ce second noyau se développe plus au sud, sous la rue actuelle. Dans cette optique, l’occupation semble s’être implantée beaucoup plus en retrait de la rue que ne l’a été le noyau occidental. En effet, alors que ce dernier côtoie le fossé sud de l’emprise de la voirie, celui à l’est en est séparé par un espace apparemment non occupé d’une quinzaine de mètres de large.

FIG. 51 ‒ Coupe stratigraphique de la fosse 453/523 du noyau d’occupation sud‑est ou D.
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2.4.2 L’évolution de l’îlot sud
76Dans l’îlot sud, l’extension des fouilles sur une plus grande superficie et les caractéristiques des vestiges abordés nous autorisent à appréhender l’organisation parcellaire d’une portion d’insula de l’agglomération. En effet, et pour la première fois à Corseul, la partie conservée de l’îlot sud de la réserve de Monterfil comprend suffisamment de vestiges pour permettre d’entrevoir la logique de leur implantation et ensuite de leur évolution. Les constructions connaissent, tout au long de l’histoire du site, différentes évolutions architecturales. Pourtant, il apparaît que les modifications qui affectent les édifices de cet îlot n’entraînent que très rarement de grands bouleversements dans leur implantation. Des limites fortes semblent persister dans le paysage de l’îlot. Ceci pourrait témoigner de l’existence d’un parcellaire définissant trois grandes parcelles bien distinctes : une parcelle nord en façade, une parcelle à l’est de l’îlot et, enfin, une troisième à l’ouest (cf. infra, le parcellaire de l’îlot sud, § 4.2.2). Ces trois parcelles sont séparées par des limites fortes correspondant à des ambitii : ambitus est‑ouest A, entre la parcelle de façade et les parcelles orientale et occidentale, elles‑mêmes séparées par l’ambitus B.
2.4.2.1 La façade de l’îlot sud
77La première construction maçonnée qui succède, dès le règne de Tibère, au noyau d’occupation ouest s’installe apparemment en fonction de l’emprise de la trame viaire orthogonale (bâtiment 10). La rue est‑ouest no 1 existe depuis déjà quelques décennies. Aucun élément ne certifie que la rue nord‑sud occidentale soit déjà en place. L’installation du bâtiment 10 peut lui être antérieure. L’emprise de la rue était cependant probablement déjà définie. De même, la création de ce bâtiment est sans doute antérieure à la division de l’espace intérieur de l’îlot. Cette hypothèse expliquerait alors le non‑respect par ce bâtiment de l’ambitus est‑ouest A. L’implantation de cet édifice répond peut‑être à une logique d’organisation de l’espace différente de celle perceptible dans l’îlot sud à partir de l’horizon II.
Le projet architectural de l’horizon III
78En dehors du bâtiment 10 construit dans l’angle nord‑ouest, la façade reste non bâtie durant quelques décennies, tout au long de l’horizon II. Il faut attendre le début du iie s. et l’horizon III pour voir la réalisation d’un projet architectural regroupant trois édifices : dans les angles de l’îlot, deux constructions rectangulaires bordées chacune de portiques ouverts sur la rue principale est‑ouest et sur les rues nord‑sud (bâtiment 1 à l’ouest et bâtiment 8 à l’est) et au centre une grande halle à poteaux porteurs (bâtiment 9) (fig. 52).

FIG. 52 ‒ Plan de la parcelle de façade de l’îlot sud lors de l’horizon III.
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79À l’ouest, la nouvelle construction (bâtiment 1) occupe en partie l’emprise de l’édifice antérieur apparu à la fin de l’horizon I (bâtiment 10). Le bâtiment 1 se compose de deux salles quadrangulaires de superficie à peu près égale (entre 20 et 25 m2), bordées au nord et à l’ouest par deux portiques. Ces galeries, respectivement larges de 3 et 2,75 m, s’ouvrent sur les rues est‑ouest no 1 et nord‑sud A (fig. 53). Cette construction est très mal conservée. Les sols ont entièrement disparu et seules subsistent les fondations de quartzite ainsi que quatre soubassements supportant les colonnes du portique ouest. Ces fondations sont creusées dans le niveau de destruction du bâtiment 10 et dans un remblai de terre végétale venu le recouvrir.

FIG. 53 ‒ Plan détaillé du bâtiment 1
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80L’organisation de la construction dans l’angle nord‑est de l’îlot (bâtiment 8) se rapproche beaucoup de celle du bâtiment 1 (fig. 54). Ici aussi, un portique borde l’édifice au nord et à l’est. Il ne ceinture cependant qu’une seule pièce rectangulaire de près de 50 m2. Les fondations sont constituées de blocs de quartzite. Elles contiennent également des dés de granité, socles des piliers de l’ossature des parois (fig. 55). Au‑dessus du fossé 417, plusieurs gros blocs de granité sont superposés afin de mieux solidifier ces fondations à un endroit relativement instable du fait des limons sablonneux qui comblent la structure antérieure (fig. 56). Seuls les murs des portiques conservent encore une assise de parement en petit appareil cubique, en granité, entre les soubassements des colonnes. L’angle nord‑est de la pièce intérieure abrite un puits installé contre le mur de séparation avec le portique. Comme pour le bâtiment 1, les sols n’existent plus.

FIG. 54 ‒ Plan détaillé du bâtiment 8.
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FIG. 55 ‒ Vue générale du bâtiment 8.
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FIG. 56 ‒ Vue de détail de l’angle nord‑ouest du bâtiment 8, au‑dessus du fossé 417.
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81Le centre de la façade est occupé par une halle à poteaux porteurs (bâtiment 9) (fig. 57). Les piliers reposent sur des blocs de granité qui, répartis sur trois alignements définissent deux nefs d’environ 4,50 m de large. Seules les parois nord et sud ont, entre ces pierres, des fondations également constituées de blocs de quartzite. À l’inverse des deux édifices précédents, cette halle centrale n’a pas de portique ouvert sur la rue principale est‑ouest.

FIG. 57 ‒ Plan détaillé du bâtiment 9.
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82Les trois constructions s’intègrent parfaitement dans la parcelle de façade équivalant à une emprise de 30 pieds de large réservée en bordure de la rue no 1. À chaque fois, les murs de fond des constructions se confondent avec la limite sud de la parcelle et l’ambitus A. Ces trois bâtiments n’occupent cependant pas la totalité de la façade. Deux espaces non bâtis sont conservés de part et d’autre du bâtiment central, à l’est et à l’ouest des deux édifices d’angle. Le premier, à l’est, semble appartenir à la grande terrasse plane orientale, seulement occupée à ce moment par le bâtiment 8. Le second, à l’ouest, est au même niveau que le bâtiment 9, avec lequel il constitue la terrasse médiane. Enfin, le bâtiment 1, dans l’angle nord‑ouest, occupe la totalité de la terrasse ouest, plus petite que les deux autres.
83L’élaboration de ces trois édifices répond à un projet architectural qui restructure toute la façade de l’îlot sud. Le bâtiment 10, antérieur, est détruit et la terrasse qu’il occupait est supprimée. Une nouvelle terrasse ouest est créée, plus grande que la précédente. La façade se partage désormais d’ouest en est, entre une terrasse occidentale de 50 pieds, une terrasse centrale de 112 pieds et une terrasse orientale de 120 pieds (fig. 58). La première, à l’ouest, est entièrement occupée par le bâtiment 1. La seconde comprend la halle centrale (bâtiment 9) de 42 pieds de longueur, précédée, à l’ouest, d’un espace non bâti de 70 pieds. Enfin, la troisième est occupée par la construction d’angle de 49 pieds (bâtiment 8) et à l’ouest, par un espace non construit de 71 pieds. Le bâtiment 9, sur la terrasse du milieu, occupe parfaitement le centre de la façade, les emprises de chaque côté mesurant 120 pieds. La petite différence de répartition de l’espace de part et d’autre de la halle centrale, 50 et 70 pieds à l’ouest contre 49 et 71 pieds à l’est, peut éventuellement s’expliquer par une erreur d’implantation des bâtiments, imputable aux ouvriers chargés de la construction. Le projet de l’architecte devait prévoir des mesures identiques de part et d’autre de la halle centrale de la façade.

FIG. 58 ‒Plan schématique des mesures de la parcelle de façade de l’îlot sud.
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Évolution de la façade lors de l’horizon IV
84Le bâtiment 1 sur la terrasse ouest ne semble pas faire l’objet de modification jusqu’à son abandon. Celles‑ci sont, en revanche, importantes sur la terrasse centrale. En effet, la halle de l’horizon III (bâtiment 9) est détruite et remplacée par une nouvelle construction désormais mieux orientée, grâce à un portique de façade, vers la rue est‑ouest no 1 (bâtiment 4). Sur la terrasse est, l’espace non construit est dorénavant occupé par deux nouvelles entités architecturales (bâtiment 7) qui, tout en étant plus petites, ont des caractéristiques proches de celles du bâtiment 8 occupant l’angle nord‑est de l’îlot (fig. 59).

FIG. 59 ‒Plan de la façade de l’îlot sud après les évolutions de l’horizon IV.
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85Au centre, le bâtiment 9 est donc remplacé par une nouvelle construction, plus importante (bâtiment 4) (fig. 60). Celle‑ci dispose cette fois‑ci d’un portique de façade ouvert sur la rue no 1. Cette nouvelle halle couvre une superficie totale, galerie de façade comprise, de 250 m2. En retrait du portique de façade, une grande pièce rectangulaire, d’une superficie utile de moins de 150 m2, a des murs larges de près d’1 m qui sont renforcés dans les angles de la pièce par des gros dés de granité, bases des poteaux corniers de l’ossature en bois des parois. Le sol de cette grande halle a entièrement disparu. Dans la grande salle, trois massifs de fondation supportaient des éléments ne fonctionnant pas avec l’architecture de l’édifice. Il peut s’agir de fondations de socles de statues, d’autel ou d’autre élément d’ornementation. L’emprise du bâtiment 4 est plus importante que celle de la halle antérieure. Ce nouveau bâtiment bouleverse considérablement l’organisation spatiale de l’îlot car il ne respecte pas la limite sud de la parcelle et l’ambitus est‑ouest A. La nouvelle halle centrale s’étend maintenant plus vers le sud au détriment des deux autres parcelles de l’îlot. Au sud‑est, elle rogne une partie de l’aile ouest de la domus à portique de la parcelle orientale. Là, un réduit rectangulaire correspond probablement à un escalier extérieur assurant l’accès à ou aux étages de l’édifice.

FIG. 60 ‒ Plan détaillé du bâtiment 4.
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86À l’extrémité est de la galerie portique de façade du bâtiment 4, une longue pierre de granité posée à plat correspond à la marche la plus basse d’un escalier qui permettait d’accéder, depuis le portique du bâtiment 4, à celui qui, sur la terrasse orientale, se poursuit jusqu’à l’angle nord‑est de l’îlot. En retrait de ce dernier portique et entre le nouveau bâtiment 4 et le bâtiment 8 qui occupait déjà l’angle nord‑est de l’îlot, une nouvelle entité architecturale est édifiée à la place de l’espace non bâti (bâtiment 7). Ce bâtiment se divise en trois espaces distincts (fig. 61). Au centre, une première salle est très mal conservée (pièce a). De part et d’autre, des pièces s’apparentent à celles du bâtiment 8 (b à l’ouest et c à l’est). Elles sont rectangulaires et disposent chacune, comme le bâtiment 8, d’un puits accolé contre le mur de séparation avec le portique de façade. Le mur de fond commun aux trois pièces de ce bâtiment 7 conserve encore les emplacements de plusieurs bases de piliers (M 51). Ceux de la pièce centrale sont très rapprochés. Cette disposition particulière témoigne probablement d’une élévation architecturale plus importante à cet endroit de l’édifice.

FIG. 61 ‒ Plan détaillé du bâtiment 7.
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2.4.2.2 La parcelle orientale
87Implantée au sud de l’ambitus A et à l’est de celui orienté nord‑sud (ambitus B), la parcelle orientale est en grande partie perturbée par l’urbanisme moderne. Seuls 250 m2 de superficie sont conservés dans la réserve de Monterfil. Cet espace est essentiellement occupé par les vestiges de l’angle nord‑ouest d’une construction, probablement une habitation, caractérisée par trois phases architecturales correspondant aux horizons II, III et IV du site de Monterfil II.
L’état I : la maison de l’horizon II (bâtiment 13)
88La première maison de la parcelle orientale est très mal connue (fig. 62). Les murs sont très fortement arasés et, de presque toutes les parois, seules subsistent les fondations constituées de blocs de gneiss ou de schiste disposés en vrac dans des tranchées (fig. 63). La plupart des sols ont disparu du fait de terrassements postérieurs importants. Une aile nord, orientée est‑ouest, se singularise par la présence de nombreux blocs de granité, socles des poteaux verticaux de l’ossature en bois des parois. Les parois reposaient également sur des murets de soutènement constitués de blocs de schiste ou de gneiss. Dans cette aile, cinq salles de différentes tailles s’ouvrent, au sud, sur un portique dont le sol bétonné est en partie conservé (fig. 64). On ne connaît pas exactement la longueur est‑ouest de cette aile. Dans une salle, un fragment de sol bétonné en terrazzo repose en grande partie sur l’argile naturelle du substrat. À l’ouest, une seconde aile s’étend vers le sud. Seules les fondations des murs sont conservées (fig. 65). Une seule salle, peut‑être une pièce de travail, est ouverte vers l’arrière de l’édifice. Cette aile ouest pouvait être bordée par un portique le long de sa façade orientale. Les galeries des deux ailes étaient alors probablement jointes et s’ouvraient sur un espace non bâti à l’intérieur de la propriété, probablement un jardin. Il faut peut‑être voir dans ces vestiges les restes d’une domus dont le plan en L ou en U s’organiserait alors, en retrait du péristyle, autour de ce jardin central.

FIG. 62 ‒ L’îlot sud lors de l’horizon II, localisation du bâtiment 13.
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FIG. 63 ‒ Plan détaillé du bâtiment 13.
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FIG. 64 ‒ Vue du portique de l’aile nord du bâtiment 13.
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FIG. 65 ‒ Vue des vestiges des fondations des murs de l’aile ouest du bâtiment 13.
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L’état II : la maison de l’horizon II (bâtiment 6)
89Malgré la faible superficie conservée, l’organisation de l’habitation apparaît plus clairement lors de la seconde phase architecturale de cette domus (fig. 66). L’emprise de la construction de l’horizon II semble parfaitement conservée. Le nouvel édifice ne déborde pas au‑delà des limites de la parcelle orientale. Deux ailes, l’une au nord et l’autre à l’ouest, sont toujours bordées par un portique probablement encore ouvert sur un jardin (fig. 67). Les limites de l’aile nord sont désormais bien reconnues. On ne peut affirmer si elles correspondent parfaitement à celles de l’aile nord du bâtiment 13 antérieur. La nouvelle aile nord couvre une superficie de 90 m2 (fig. 68). L’aile ouest, d’une superficie minimale de 75 m2, est plus développée que celle de l’état précédent. Son agrandissement s’effectue au nord au détriment de l’extrémité ouest de l’aile nord de l’édifice précédent. Le portique apparaît également mieux agencé. Il se poursuit sans interruption le long des deux corps de bâtiments. Partout, les fondations des nouveaux murs sont constituées de blocs de quartzite. Certains utilisent les murs de la domus antérieure en guise de fondation. La paroi ouest de l’aile ouest s’appuie ainsi sur le mur pignon de la construction antérieure (bâtiment 13) qui lui sert de fondation, renforcée tout de même par des blocs de quartzite appliqués contre l’ancienne maçonnerie.

FIG. 66 ‒ L’îlot sud lors de l’horizon III, localisation du bâtiment 6.
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FIG. 67 ‒ Plan détaillé du bâtiment 6.
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FIG. 68 ‒ Vue de l’aile nord du bâtiment 6.
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90Comme dans le bâtiment 13, l’aile nord se caractérise encore par plusieurs pierres alignées qui matérialisent les soubassements des parois à pans de bois légères. À peu près au centre, deux cloisons délimitent un couloir large d’1,50 m qui sépare une pièce de 40 m2 à l’est d’une autre plus réduite (21 m2) à l’ouest. Enfin, à l’extrémité ouest, un dernier réduit, large d’1,2 m, peut s’apparenter à une cage d’escalier accessible par une entrée ouverte dans l’angle du portique. L’ensemble de l’aile se caractérise par un sol bétonné dont ne subsistent que quelques lambeaux établis sur une solide fondation de blocs de quartzite.
91L’aile ouest se compose d’au moins trois pièces disposant chacune d’un sol bétonné (fig. 69). La première au nord (pièce a) a une superficie utile de près de 22 m2. La deuxième au centre (pièce b) est un peu plus grande (plus de 30 m2) mais elle est scindée en deux par une petite cloison légère reposant directement sur le sol comme semble l’indiquer l’empreinte encore visible dans le béton (fig. 70). Cette paroi matérialise probablement l’emplacement d’un escalier nord‑sud large d’environ 1,20 m. Enfin, la troisième (pièce c), plus au sud, n’est que très partiellement conservée (fig. 71).

FIG. 69 ‒ Vue de l’aile ouest du bâtiment 6.
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FIG. 70 ‒ Vue de l’empreinte de la cloison de la salle b du bâtiment 6.
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FIG. 71 ‒ Vue de la salle c du bâtiment 6 dégagée en 1990 lors de sondages en bordure du site de Monterfil II.
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92Les murs des trois pièces de cette aile ouest sont intégralement conservés. Ils se terminent tous par un lit de mortier plan destiné à recevoir les poutres sablières basses des parois à pan de bois. Seuls les murets de soutènement de la pièce centrale b se singularisent par la présence, sur leur parement interne, d’un enduit de tuileau. Les murs ouest et est de cette aile présentent une horizontalité presque parfaite. Du nord au sud et sur une longueur de plus de 11 m, le dénivelé n’est que de 1 à 2 cm (de 71,38 m à 71,39 m ngf pour le mur ouest et de 71,27 m à 71,29 m ngf pour le mur est). Ces deux murs porteurs, de part et d’autre de l’aile ouest ne sont pas, par contre, au même niveau. Il existe en effet une différence d’environ 0,10 m entre les deux murs.
93Le portique, large de 2 à 2,30 m est aussi doté d’un sol bétonné alliant cette fois‑ci des fragments de terre cuite à du mortier de chaux. Un seul bloc de granité témoigne encore de la présence d’une colonnade (fig. 72).

FIG. 72 ‒ Vue de l’angle du portique du bâtiment 6.
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L’état III : les modifications de l’horizon IV
94La construction de l’horizon III ne reste pas figée. Quelques transformations, obligées par les évolutions architecturales de la terrasse centrale de la façade, sont perceptibles lors de l’horizon IV (fig. 73). L’aile nord semble peu affectée par ces modifications architecturales. Son plan n’évolue pas (fig. 74). Seul un bloc de granité qui supportait auparavant un poteau vertical de l’ossature en bois des parois, a été recouvert par une maçonnerie en petit appareil. Ce réaménagement semble lié à une transformation de la cage d’escalier.

FIG. 73 ‒ L’îlot sud lors de l’horizon IV, localisation du bâtiment 6.
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95Les modifications affectent essentiellement l’aile ouest. Les murs nord et ouest sont consolidés par une nouvelle maçonnerie constituée d’un béton de tuileau destinée à renforcer, et peut‑être aussi à protéger de l’humidité, la base des anciennes parois. L’escalier de la pièce centrale b est détruit pour être remplacé par un nouvel escalier, orienté est‑ouest et large également d’1,20 m (fig. 74). Il est, cette fois‑ci, appliqué contre le mur sud de la pièce. À la même époque, un petit réduit est aussi aménagé contre la paroi ouest de cette pièce. Cette transformation apparaît contemporaine de la destruction de plusieurs parois d’argile dont les matériaux recouvrent désormais les sols bétonnés des deux pièces d’origine (a et b). Un plancher reposant sur plusieurs lambourdes est alors installé dans la pièce centrale b, au‑dessus de ce remblai d’argile (fig. 75). La pièce 6a connaît quant à elle une réduction de près de moitié de sa superficie et un nouveau sol bétonné recouvre les remblais d’argile.

FIG. 74 ‒ Plan du bâtiment 6 après les modifications de l’horizon IV.
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FIG. 75 ‒ Vue des restes du plancher carbonisé de la pièce b du bâtiment 6 installé sur un remblai d’argile.
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96Ces travaux sont consécutifs à la création, au centre de la façade de l’îlot, du grand bâtiment 4 dont l’escalier extérieur s’étend sur l’aile ouest du bâtiment 6. La mise en place de ce dernier réduit alors la pièce a (fig. 76). Elle entraîne aussi la réorganisation des espaces et la construction de nouvelles parois. Les transformations du bâtiment 6 apparaissent donc imposées par l’extension d’une construction d’une autre parcelle qui ne respecte plus les deux ambitii définis précédemment. L’aile nord n’est nullement touchée par la construction du bâtiment 7 implanté de l’autre côté de l’ambitus A., en façade de l’îlot. La domus à portique continue à être occupée malgré ces quelques transformations.

FIG. 76 ‒ Vue des fondations du mur du bâtiment 4 qui réduit de près de moitié la pièce a du bâtiment 6.
Les enduits peints du bâtiment 6
97a.l.
98Nous ne nous attarderons pas à décrire les quatre groupes d’enduits peints répertoriés, dont les distinctions sont d’ailleurs assez subtiles ; majoritairement sur mortier de tuileau, ils n’offrent guère que quelques bandes colorées, rouge, marron, noir, vert sur fond blanc. Une réfection, par superposition d’une nouvelle couche sur une surface piquetée, apparaît nettement.
99Quelques réflexions peuvent être proposées :
‒ bien que la provenance de ces peintures soit inconnue, le matériau fréquemment utilisé (tuileau), réputé moins sensible à l’humidité, laisse penser qu’elles recouvraient un mur extérieur ou une pièce soumise à une hygrométrie élevée ;
‒ des traces d’argile, parfois mêlée de petits cailloux, et la présence de chevrons pourraient indiquer des élévations en terre ;
‒ enfin, il semble qu’un enduit de tuileau ait parfois recouvert un mortier mixte, pour des raisons sans doute de meilleure isolation.
100Un autre ensemble est issu d’un sondage (US 389) réalisé dans un espace correspondant peut‑être à un jardin entouré d’un portique.
101Ces enduits peints, assez friables, présentent un mortier composé de deux couches : la première est épaisse de 1 à 1,5 cm, la seconde d’environ 1,5 cm. Leur composition est proche et comporte des petits cailloux (graviers, paillettes de mica, etc.) atteignant parfois 0,4 à 0,6 cm de long. Des empreintes de chevrons, bien marquées, verticales ou circulaires, sont visibles au dos des enduits et conservent de l’argile au sein de leurs dépressions.
102On a pu repérer quelques éléments de plinthe rose séparée d’une zone noire par une bande blanche. D’autres enduits noirs, aux motifs roses, bleus, verts ou ocre‑jaune peuvent leur être associés. Leur forme peut évoquer, sous toute réserve, des feuillages. On remarque également un fragment au motif rosé sur fond bleu, ainsi que des motifs (hampe de candélabre ? ailes ?) de teintes blanche, bleu clair ou jaune sur un fond rouge rosé. Le reste est constitué de fonds unis et de quelques bandes polychromes. Notons en outre des graffiti sur fond blanc, malheureusement sans signification.
103Rien de bien déterminant n’apparaît, mais on peut envisager, à partir de ces vestiges, un décor présentant en partie basse des touffes de végétaux sur fond noir, classique sur les peintures de péristyle, et qui pourrait donc bien appartenir aux murs mêmes du portique tout proche.
2.4.2.3 La parcelle occidentale
104Cette seconde parcelle de l’îlot sud, à l’ouest de l’ambitus B, est conservée sur une plus grande superficie (environ 800 m2), favorisant ainsi une meilleure appréhension de son évolution spatiale. À l’inverse de la parcelle orientale où aucune modification du parcellaire d’origine n’est perceptible, nous disposons ici de suffisamment de superficie pour constater plusieurs évolutions spatiales remarquables. D’abord, très longtemps, la partie orientale de cette parcelle, au centre de l’îlot reste vierge de construction, le bâti se développant de préférence à l’ouest, en façade de la rue A (bâtiment à mosaïque ou bâtiment 12). Occupée au départ par une seule construction, la parcelle est ensuite scindée en deux ensembles architecturaux bien différenciés, séparés par un nouvel ambitus : le bâtiment à la cave (bâtiment 2) et le bâtiment à galeries (bâtiment 3).
L’édifice de l’horizon II, le bâtiment à mosaïque
105Comme pour la première domus de la propriété orientale (bâtiment 13), le plan du bâtiment 12 ou bâtiment à mosaïque nous est parvenu incomplet (fig. 77). L’extrémité sud de la construction est détruite par l’urbanisme moderne et la partie ouest, le long de la rue nord‑sud A, n’est pas incluse dans les limites de la réserve archéologique (fig. 78). Les murs conservés dans l’emprise du site sont également fortement arasés ou ont été complètement récupérés.

FIG. 77 ‒ L’îlot sud lors de l’horizon II, localisation du bâtiment 12.
H. Kerébel

FIG. 78 ‒ Plan détaillé du bâtiment 12.
H. Kerébel
106Au nord‑ouest, on constate immédiatement que cette nouvelle construction ne détruit pas le bâtiment déjà installé dans l’angle de l’îlot (bâtiment 10) (fig. 78). Au contraire, le nouvel édifice semble s’implanter en respectant l’emprise du bâtiment antérieur. Rien n’indique si ces deux constructions constituent un même ensemble ou deux propriétés différentes. Comme le bâtiment 13 de la parcelle orientale, le bâtiment 12, dit « à mosaïque », respecte au nord l’ambitus est‑ouest A. On peut imaginer que cette limite était, au moment de la construction de ces deux bâtiments, matérialisée au sol par des bornes. Ces marques ont ensuite disparu lors des phases urbanistiques suivantes, l’ambitus étant matérialisé dès l’horizon III par l’espace entre le bâtiment 1 dans l’angle de l’îlot et le bâtiment à la cave (bâtiment 2).
107La partie conservée de ce premier bâtiment de la parcelle ouest couvre une superficie supérieure à 500 m2. Le bâtiment à mosaïque est constitué, au minimum de 9 pièces, parfois de grande taille. L’ensemble paraît s’organiser autour d’une grande pièce centrale de près de 100 m2 (pièce c) desservant trois ailes voire quatre si le bâtiment 10 au nord participe à cet ensemble architectural. Dans cette pièce centrale c, la création ultérieure du mur M 74 abouti à un réaménagement de l’espace, réduisant sa superficie d’environ un quart.
108L’aile orientale, la mieux connue, comprend quatre pièces variant de 18 à 50 m2 (pièces d, e, f et h). Les pièces centrales sont bordées à l’est par une grande galerie de façade de 2,60 m de large pour au moins 12 m de long (g). Cette galerie s’ouvre sur l’espace non bâti en retrait de la construction, au centre de l’îlot (fig. 79). Elle conserve encore son sol de béton et de nombreux fragments d’enduits peints découverts dans son niveau de destruction témoignent de l’existence de décors muraux raffinés (cf. infra, l’étude des enduits peints). Cette large ouverture de l’édifice vers le centre de l’îlot tend à démontrer que l’espace non bâti appartient bien à cette propriété. Cet espace, probablement un jardin, s’étend vers l’est jusqu’à l’ambitus B. Vers le nord, il peut aller jusqu’à l’ambitus est‑ouest A. Aucune séparation avec la parcelle de façade n’a cependant été décelée. Une telle limite peut éventuellement avoir disparu du fait de l’urbanisme des périodes suivantes.

FIG. 79 ‒ Vue des vestiges de la galerie g du bâtiment 12.
H. Kerébel
109De l’aile sud, seule une pièce est conservée (pièce a). Elle dispose aussi d’un sol de béton auquel est associé un dallage constitué de tegulae retournées, de briquettes (0,10 x 0,20 m) et de carreaux de terre cuite (0,40 x 0,40 m) (fig. 80). Une petite colonne composée d’éléments de terre cuite en quart‑de‑rond repose sur le sol bétonné à la limite avec le sol de terre cuite. Elle peut matérialiser un petit portique ouvert sur un nouvel espace extérieur dont le sol était dallé de terre cuite.

FIG. 80 ‒ Vue du sol de béton et de terre cuite de la pièce a du bâtiment 12.
H. Kerébel
110Cet édifice est, dans l’ensemble, mal conservé. Les terrassements consécutifs à l’installation des constructions postérieures ont fortement perturbé les vestiges. Les parois reposaient sur des murs bahuts de 0,60 m de large, constitués de blocs de gneiss et de schiste liés au mortier de chaux. Au‑dessus, les élévations étaient en bois et en argile comme en témoignent les épaisses couches de ce matériau retrouvées dans les niveaux de destruction de l’édifice et surtout les nombreuses traces conservées sur la face postérieure des fragments d’enduits. À l’exception des deux sols bétonnés conservés, nous ne disposons d’aucun niveau de circulation. Les nombreux blocs de béton retrouvés dans les tranchées des murs épierrés et dans les remblais de destruction indiquent que plusieurs autres pièces disposaient également de sols du même type. Seule la grande pièce centrale a livré des tesselles bicolores appartenant à une mosaïque, probablement à décor géométrique, démontée lors de la destruction de l’édifice.
111La fonction d’un tel édifice reste indéterminée. Le bâtiment semble s’organiser autour d’une vaste pièce centrale apparemment richement décorée si la mosaïque en provient bien. Il pourrait s’agir d’une pièce d’apparat. Son plan est pour le moins atypique, mais on notera une recherche de symétrie de part et d’autre d’un axe ouest‑est traversant, en son milieu, cette pièce centrale et la pièce d’entrée de l’aile orientale. La présence, à l’arrière du bâtiment, d’une grande galerie ouverte sur un espace non bâti nous incite à voir dans cette construction une maison d’habitation si l’espace au centre de l’îlot est un jardin.
112La destruction du bâtiment à mosaïque abouti à un nivellement important de ce secteur de l’insula. Les parties basses de l’ancien édifice, telle la galerie portique de la façade est, sont comblées alors que les sols des pièces plus élevées sont systématiquement démontés ce qui explique le nombre important de fragments retrouvés dans les tranchées de murs épierrés. La nouvelle esplanade est ensuite scindée en deux propriétés distinctes sur lesquelles vont être édifiés le bâtiment à la cave (bâtiment 2) et le bâtiment à galeries (bâtiment 3).
Les enduits peints du bâtiment à mosaïque
113c. a.
114Les niveaux de destruction ont fourni une quantité importante de fragments d’enduits peints qui recouvraient les parois d’argile. Ils étaient pour la plupart contenus dans un remblai argileux recouvrant le sol bétonné de la galerie de façade orientale (US 282 et 341 et dans une moindre mesure US 117 et 70) ; quelques‑uns étaient répandus dans les comblements des murs voisins (US 146 et 162). Ils constituent un groupe remarquablement homogène.
115Le mortier est constitué des trois couches qui caractérisent un support soigné : une couche de préparation, de 1 à 2,5 cm, qui compense les irrégularités du mur ; une de transition, de 1,5 à 2,5 cm, chargée comme la précédente d’un sable riche en mica ; enfin, l’enduit superficiel, blanc, compact et fin (0,1 à 0,3 cm). Le revers a gardé l’empreinte des traces d’accrochage en chevrons.
116La description du décor se fera de bas en haut.
117La plinthe est grise à mouchetis rouge ocre et jaune – cette bande étroite courant au ras du sol reçoit habituellement une couleur très sommaire. De la zone basse proprement dite, nous ne connaissons pratiquement rien : il n’en reste que de modestes fragments d’un champ vert séparé d’un champ rouge par un trait noir. Sans doute faut‑il supposer une banale alternance de panneaux larges et étroits en couleurs contrastées.
118Cette zone était limitée par une bande suggérant une corniche, puis par une double bande verte, le tout constituant la transition entre les zones inférieure et médiane de la paroi.
119La zone médiane, partie essentielle de la décoration murale, était constituée de grands panneaux rouge ocre et d’étroits panneaux noirs séparés par un simple trait blanc, ce qui constitue un découpage des plus fréquents. Mais son originalité consiste en la présence de compartiments rectangulaires, empiétant sur les panneaux rouges (fig. A, a et b et fig. 81). À fond bleu, encadrés d’un triple trait blanc, ils s’appuient par un de leurs petits côtés sur la limite du panneau et reposent d’autre part sur deux minces supports : un approximativement au centre, l’autre à l’extrémité.

FIG. 81 ‒ Restitution de panneaux d’enduits peints du bâtiment 12, dit à mosaïque. Abréviations des couleurs : bc = blanc ; bl = bleu ; V = vert ; Vt = violet ; Gr = gris ; N = noir ; RO = rouge ocre ; OJ = ocre jaune ; MR = marron rouge.
C. Allag et A. Lefevre
120Ces supports, esquissés d’un trait central et de deux traits latéraux plus légers, évoquent peut‑être des colonnettes dont le chapiteau (ionique) serait rendu par la double volute qui supporte le rectangle bleu (fig. A, c). Une certaine incohérence réduit d’ailleurs à deux traits et à une seule volute le support terminal de chaque compartiment.
121On peut y voir aussi un candélabre, car c’est bien un piédestal en trépied et non une base de colonne qui repose sur la double bande verte. Une légère touche de peinture grise, suggérant l’ombre portée, accentue l’évocation d’un objet réel posé sur un plan horizontal (fig. A, d et e). Ainsi, cette bande retrouve son sens originel : la représentation du ressaut d’un soubassement saillant en partie basse de paroi.

FIG. A ‒ Plaques d’enduits peints du bâtiment 12, dit à mosaïque.
Allag et A. Lefevre
122On ignore la hauteur à laquelle se plaçaient ces compartiments ; mais les plaques conservées, couvertes de nombreux graffitis (malheureusement anépigraphes et non figuratifs) impliquent une hauteur accessible. Nous les avons restitués hypothétiquement à 1,50 m environ du sol.
123La zone médiane est couronnée d’une bande continue gris clair, nouvelle corniche découpant horizontalement la paroi, enrichie par des fleurons schématiques gris foncé dont nous ignorons la fréquence. Ils existent au moins à l’aplomb des limites de panneaux.
124Toute la zone supérieure est à fond noir. Un certain nombre de fragments qui présentent des motifs complexes appartiennent à son ornementation (fig. B, a‑d). Leur restitution aboutit à une sorte d’entablement (fig. 82). En effet, l’alternance de plaques longues et courtes trouve visiblement son origine dans les métopes et triglyphes de l’architecture classique. Les plaques longues ont reçu un motif en losange sur fond rouge avec, semble‑t‑il, une alternance entre des losanges horizontaux bleu‑vert soulignés d’un trait blanc sur fond rouge bordeaux, et des losanges verticaux rouge bordeaux avec motif central, sur fond rouge vermillon. Les plaques courtes sont couvertes d’un motif à écailles, tracées en rouge bordeaux sur fond ocre jaune, et ponctuées à chaque croisement d’une petite languette horizontale d’un jaune verdâtre. L’aspect végétal de ces écailles évoque le motif en « stipes de palmier » utilisé dès la peinture hellénistique en guirlande horizontale (à Délos en particulier : cf. Alabe 1987), habituel en séparation verticale (Pompéi : cf. Bastet, De Vos 1979 : pl. XL et XVII ; Glanum : cf. Barbet 1974, fig. 191) où la forme décroissante du tronc est pleinement exploitée, mais plus rare, comme ici, en étroits compartiments.

FIG. B ‒ Plaques d’enduits peints du bâtiment 12, dit à mosaïque : détails.
Allag et A. Lefevre

FIG. 82 ‒ Restitution de panneaux d’enduits peints du bâtiment 12, dit à mosaïque.
Allag et A. Lefevre
125Cet entablement n’est pas continu ; il s’interrompt en son centre sur une largeur que nous ignorons. Il est lui‑même surmonté d’un fronton triangulaire rouge vermillon de dimensions inconnues. Peut‑être se terminait‑il par un couronnement curviligne flanqué de tambourins ; c’est l’hypothèse que nous formulons pour placer l’extrémité de ce motif rattaché à un rampant oblique, mais ce n’est pas une certitude.
126Tout en haut de la partie peinte, une bande verte entre deux traits noirs précède la corniche sommitale, en stuc, dont quelques fragments nous sont parvenus. Deux fragments, tous deux à fond noir, n’ont pas été placés sur la restitution : l’un comporte un plumage d’oiseau, l’autre des feuillages proches de la bande verte terminale. Ils attestent que le fond noir de la partie haute recevait des motifs végétaux et animaux dont nous ne connaissons pas l’organisation.
127Ce décor (fig. 83 et fig. C) présente une incontestable originalité. L’alternance des panneaux rouges et des inter‑panneaux noirs est certes habituelle. Mais, si la présence des supports stylisés terminés par une double volute n’est pas étonnante (Barbet 1982 : 76, pl. 27), celle des compartiments bleus est en revanche assez inattendue. Ils évoquent vaguement ces édicules latéraux réduits à d’étroits rectangles reposant sur des supports très étirés dont la peinture pompéienne est remplie, mais qui sont habituellement réservés soit aux parties hautes, soit aux inter‑panneaux.

FIG. 83 ‒ Proposition de restitution d’une paroi du bâtiment12, dit à mosaïque.
Allag et A. Lefevre

FIG. C ‒ Proposition de restitution du décor de la peinture murale du bâtiment 12, dit à mosaïque.
C. Vibert-Guigue
128Quant à l’entablement, on ne lui connaît pas non plus d’équivalent en Gaule et il faut chercher des parallèles sur les parois conservées de Campanie. Ces successions de plaques rectangulaires chargées de losanges ou d’autres motifs, on les retrouve dans la maison des Bronzes à Pompéi (VII, 4, 59) ou sur un décor d’Herculanum (Musée national de Naples, Inv. 9878) (Bastet, De Vos 1979, pl. XVII, 32 et pl. XII) ; l’entablement interrompu sous un fronton curviligne, c’est un peu celui de la maison du Labyrinthe (VI, 11, 10) (Bastet, De Vos 1979, pl. XX, 38). Bien sûr, ces exemples sont infiniment plus riches et plus complexes que le nôtre ; mais, faute de jalons intermédiaires en Gaule, c’est bien là qu’il faut chercher la lointaine origine du courant dont un échantillon se retrouve à Corseul.
129Incontestablement, ce décor est dans la lignée d’un « IIIe style », dont la phase d’épanouissement se situe vers les années 25‑35 de n.è., et dont les caractères subsistent quelques années plus tard. Sa réalisation doit donc être contemporaine de la construction du bâtiment. C’est un vestige de l’aspect intérieur de ce premier édifice vite détruit. C’est aussi l’une des peintures les plus précoces de Bretagne.
130Une quinzaine de fragments, récupérés dans l’US 68, n’appartiennent pas au groupe précédent (fig. 84 et fig. D). Leur mortier très épais, leur fond rouge sont très soignés. Malgré l’altération de la couche peinte, une hampe de candélabre sur ombelle à festons, blanche rehaussée de rose, se discerne aisément. Les doubles volutes symétriques appuyées sur l’ombelle sont intérieurement teintées de vert.

FIG. 84 ‒ Restitution de la plaque d’enduits peints de l’US 68.
Allag et A. Lefevre

FIG. D ‒ Plaque d’enduit peint de l’US 68.
Allag et A. Lefevre
131Ce motif de candélabre à ombelles est extrêmement répandu à partir du milieu du ier s. ap. J.‑C. On se fera une bonne idée de l’aspect que pouvait avoir le décor d’origine en se référant par exemple au candélabre de Vienne, du site des Nymphéas (Barbet 1987 : 22).
132Les éléments stratigraphiques et stylistiques sont cohérents et permettent d’attribuer également ce décor à la première phase d’occupation du site.
133Parmi les fragments erratiques, atypiques, mêlés au remblai, nous ne retiendrons que la présence d’un enduit blanc, lisse, arrondi, correspondant probablement au placage de colonnettes. Indices d’un certain raffinement du décor, ils ne peuvent toutefois donner lieu à aucune restitution.
Le bâtiment 2 à cave de l’horizon III
134Ce nouvel édifice apparaît après la division de la parcelle occidentale en deux nouvelles entités spatiales (fig. 85). Il est implanté dans la partie nord de la parcelle occidentale d’origine, au sud de l’ambitus est‑ouest. À l’inverse du bâtiment à mosaïque, la construction s’ouvre désormais vers l’ouest sur une cour, grâce à un portique de façade (fig. 86). Le bâtiment à la cave ne semble constituer que le corps de logis d’un édifice plus grand disposant également d’une aile ouverte directement sur la rue A, à l’ouest de l’îlot. De l’ensemble des murs, il n’existe plus que les fondations constituées de blocs de quartzite jetés en vrac dans des tranchées sauf dans la cave où les parements en petit appareil cubique sont encore en partie visibles. Seule la cour intérieure à l’ouest du corps de logis conserve encore partiellement son niveau de circulation, un sol de plaquettes de schiste. De plan rectangulaire, elle a une superficie de plus de 65 m2.

FIG. 85 ‒ L’îlot sud lors de l’horizon III, localisation du bâtiment 2.
H. Kerébel

FIG. 86 ‒ Plan détaillé du bâtiment 2.
H. Kerébel
135Deux états différents sont perceptibles. Le premier, apparu lors de l’horizon III, ne comprend que le bâtiment principal. Le second, daté de l’horizon IV, voit une réorganisation de l’édifice et l’adjonction de plusieurs salles.
136Le bâtiment principal du premier état de la construction est constitué de quatre pièces précédées d’un portique occupant toute la largeur de la façade et ouvert sur la cour (fig. 87). Au centre de ce corps de logis, une petite pièce rectangulaire (pièce a), faisant peut‑être office de vestibule, s’ouvre au nord, sur une salle quadrangulaire (pièce b) séparée du pignon nord de l’édifice par un vide sanitaire de 0,60 m de large, sans doute, une cage d’escalier accédant à l’étage. Au sud de ce vestibule, une pièce en contrebas, probablement une cave, conserve encore des parois d’environ 1 m d’élévation. Les murs sont montés à l’aide de petits moellons cubiques liés au mortier de chaux (pièce c). Les joints sont méticuleusement repris au fer.

FIG. 87 ‒ Vue d’ensemble du bâtiment 2. À gauche, la cour avec son puits et au centre, le corps de logis principal.
H. Kerébel
137Le jardin au centre de l’îlot est conservé. Il est désormais fermé au nord par un mur de clôture matérialisé uniquement par un alignement de gros blocs de granité et de gneiss (M 66). Ce mur s’appuie à l’est contre le mur ouest de la domus de la parcelle orientale (bâtiment 6) et à l’ouest contre une structure rectangulaire : un bassin dont les murs sont constitués de blocs de gneiss et de schiste. Le fond et les parois maçonnées seraient tapissés de kaolin (fig. 88). La date d’édification de ce bassin est délicate à cerner car la structure ne recoupe aucun niveau antérieur. On peut envisager qu’elle est contemporaine du bâtiment 2 car de même orientation. Cette structure n’est nullement accolée à ce bâtiment. Un espace est en effet préservé entre le bâtiment et le bassin. 11 peut s’agir d’une entrée rendant le jardin accessible depuis l’espace non bâti de la façade (fig. 86).

FIG. 88 ‒ Vue du grand bassin rectangulaire du jardin du bâtiment 2.
H. Kerébel
138Une deuxième structure composée d’un niveau de mortier de tuileau recouvrant une fondation de blocs de quartzite surmontée par deux dés de granité peut être assimilée à un nouveau bassin si l’on se fie au mortier de tuileau qui en constitue le fond (fig. 89). Il est implanté au centre d’un espace quadrangulaire délimité au nord par la halle de façade (bâtiment 9), à l’est par la domus à portique de la parcelle orientale (bâtiment 6), au sud par le grand bâtiment à galeries (bâtiment 3) et à l’ouest par le bâtiment à la cave (bâtiment 2). L’utilisation, dans les fondations, de blocs de quartzite pourrait indiquer une apparition de cette structure contemporaine de celle des constructions environnantes.

FIG. 89 ‒ Vue du deuxième bassin du jardin du bâtiment 2.
H. Kerébel
139Le mur de clôture nord du jardin n’est pas implanté sur l’ambitus est‑ouest A. Un espace longitudinal de 11 m sur 3 est en fait conservé entre le jardin et l’ambitus A. L’extrémité de ce couloir se caractérise par un sol bétonné qui s’appuie contre le mur sud du bâtiment 9, apparu lors de l’horizon III. La liaison stratigraphique avec le mur de clôture est moins nette car détruite par le mur de fond du bâtiment 4, postérieur. Le sol pouvait très bien s’appuyer contre la fondation de gros blocs. La petite construction, matérialisée par ce sol bétonné, s’implante au fond d’un réduit fermé au nord par la halle de façade (bâtiment no 9), à l’est par la domus à portique (bâtiment no 6) et au sud par le mur de clôture du jardin. L’accès s’effectue depuis l’espace non bâti à l’ouest de la halle centrale, à proximité de l’entrée du jardin du bâtiment 2. On aimerait voir là un petit édifice cultuel ou un laraire lié à la halle au centre de la façade.
140Comme la domus de la parcelle orientale, le bâtiment 2 fait l’objet d’importants remaniements lors de l’horizon IV (fig. 90).

FIG. 90 ‒ L’îlot sud lors de l’horizon IV, localisation du bâtiment 2.
H. Kerébel
141Cet horizon voit en effet l’adjonction à la construction de deux salles chauffées (fig. 91). Une grande salle sur hypocauste, de 21 m2, est créée à l’arrière du corps du logis, à l’emplacement de l’ancienne entrée du jardin (un triclinium ?) (fig. 92). La paroi est de la nouvelle pièce s’appuie sur le mur ouest du grand bassin rectangulaire qui peut encore fonctionner quelque temps avant la création du bâtiment 5 qui condamne définitivement le jardin. Le praefurnium de cet hypocauste est aménagé dans le mur sud. Il est accessible depuis une petite cour quadrangulaire ceinturée par diverses constructions : la grande salle sur hypocauste au nord, le bâtiment 5 à l’est, le bâtiment 3 à galeries au sud et le bâtiment 2 à la cave à l’ouest. Le mur de la cave est désormais percé d’une porte qui s’ouvre sur cette petite cour quadrangulaire de 20 m2 environ (fig. 93). La cave de cet horizon IV dispose d’un plancher formé d’une vingtaine de planches installées sur des lambourdes (fig. 94). À l’extérieur, du schiste en plaquettes constitue le sol de la cour de service installé au même niveau que le seuil de la nouvelle porte. Au nord, l’hypocauste surplombe d’1 m environ ce sol de schiste extérieur.

FIG. 91 ‒ Plan détaillé du deuxième état du bâtiment 2.
H. Kerébel

FIG. 92 ‒ Vue de la grande salle sur hypocauste du bâtiment à la cave.
H. Kerébel

FIG. 93 ‒ Vue de la modification de la paroi est de la cave après le percement de la porte.
H. Kerébel

FIG. 94 ‒ Vue des restes carbonisés du plancher de la cave.
H. Kerébel
142Le second hypocauste, plus petit, est installé contre les pièces de la façade ouest. Le sol de mortier et quelques pilettes subsistent toujours (fig. 95). Les parois sont recouvertes d’un enduit de tuileau. Le praefumium, à l’ouest, est formé par une cavité largement ouverte sur cet hypocauste. Il est entouré d’un petit muret de tuiles. À ce moment, l’installation d’un mur M 26 dans le prolongement de la paroi nord de cette petite salle chaude de l’aile ouest abouti à une réduction de la cour intérieure (fig. 91). La cour, d’une superficie inférieure à celle de l’état antérieur (environ 50 m2), est désormais dotée d’un puits implanté au centre du nouvel espace. Le nouveau mur au nord de cette cour crée un corridor qui la sépare dorénavant de la porte d’entrée permettant l’accès à l’espace public en bordure de la rue principale est‑ouest. À partir de ce corridor, la circulation s’effectue soit vers la cour, soit vers l’espace de service comprenant le praefurnium du petit hypocauste soit, vers le grand portique de façade du corps de logis.

FIG. 95 ‒ Vue des vestiges du petit hypocauste du bâtiment 2.
H. Kerébel
143En plus des nouvelles salles, le bâtiment 2 se voit adjoindre un nouvel édifice aux dimensions proches (bâtiment 5). Cette nouvelle construction s’installe à l’emplacement du jardin. Elle se caractérise par une galerie portique précédant deux pièces aux sols bétonnés (fig. 96). Les murs du bâtiment reposent sur des fondations de blocs de gneiss en vrac surmontées par des maçonneries constituées de différentes sortes de pierre. Ces murs constituent un coffrage destiné à retenir les remblais apportés pour surélever, de plus d’un mètre, les sols bétonnés des pièces et du portique (fig. 97). Ce dernier s’ouvre au nord sur une cour disposant d’un puits (fig. 98) et accessible depuis la cour publique de façade. Dans l’angle nord‑est de cette cour, un nouveau sol bétonné, appuyé contre le mur du bâtiment 4 matérialise un nouvel édicule de taille très réduite (3 à 4 m2). On aimerait y voir un nouveau petit laraire succédant à celui de l’horizon III. Cette hypothèse de lieu de culte serait alors accréditée par la découverte, à proximité, de plusieurs centaines de petits vases à offrande brisés. L’emprise du bâtiment 5 et de sa cour correspond parfaitement à celle du jardin antérieur. En effet, le mur de fond du bâtiment 4 contemporain est positionné contre le mur de clôture de l’ancien jardin, condamnant ainsi l’ancien petit bâtiment cultuel. Le nouvel édifice de façade s’étend désormais jusqu’à l’ancien jardin central de la propriété occidentale. Vers l’est, il s’étend sur une partie de la parcelle orientale au détriment de l’extrémité de l’aile ouest de la domus de la parcelle orientale.

FIG. 96 ‒ Plan détaillé du bâtiment 5.
H. Kerébel

FIG. 97 ‒ Vue du bâtiment 5 après enlèvement des sols bétonnés et de leurs remblais d’installation.
H. Kerébel

FIG. 98 ‒ Vue du bâtiment 5 avec au premier plan le sol de la cour avec son puits.
H. Kerébel
144L’installation du bâtiment 5 n’apparaît pas fortuite. En premier lieu, son emprise totale (bâtiment et cour en façade réunis) correspond parfaitement à celle de l’ancien jardin. Ensuite, la position même de l’édifice semble raisonnée. En effet, la galerie de façade se positionne parfaitement dans l’axe de la pièce d’entrée ou vestibule du bâtiment 2, de l’autre côté de la nouvelle salle chaude. Cette dernière pourrait constituer une pièce commune aux deux constructions. Il faudrait alors interpréter le bâtiment 5 comme étant une simple extension architecturale du bâtiment à la cave, réalisée au détriment du jardin de la propriété. Deux portes, en vis‑à‑vis dans les parois ouest et est de la grande salle chaude, devaient alors être nécessaires pour joindre les deux constructions de part et d’autre de la pièce commune.
145Un autre élément est à souligner. Ces deux entités architecturales apparaissent à peu près similaires. Elles disposent chacune d’une cour équipée d’un puits. Les deux façades sont flanquées d’un portique aux dimensions quasi identiques. De plus, les superficies couvertes pour les deux constructions sont à peu près similaires : environ 170 m2 (13 m x 13 m). Cette superficie est également proche de celle de l’emprise non fouillée à l’ouest de la cour du bâtiment à la cave jusqu’à la rue nord‑sud occidentale A. On pourrait envisager que cette propriété se partage en trois entités de superficies proches : une première, à l’ouest, serait directement ouverte sur la rue nord‑sud ; une seconde, au centre, et une troisième, à l’est, sont accessibles par deux entrées donnant sur la cour publique ouverte sur la rue est‑ouest.
Les enduits peints du remblai du bâtiment 5
146a.l.
147Les enduits peints ont été recueillis dans deux unités stratigraphiques (US 243 et 246) localisées contre le mur ouest du bâtiment et situées au‑dessus de fosses ou de puits antérieurs. Ces deux niveaux appartiennent au remblai d’installation du sol bétonné du bâtiment 5.
148Le seul ensemble représentatif, trouvé dans l’US 243, est un lot homogène dont tous les fragments ont subi l’action du feu. Le support argileux est encore adhérent, par endroits, au revers des enduits. Le mortier est constitué d’une seule couche épaisse de 2 cm, assez fin et plutôt friable. Sa couleur légèrement rosée est peut‑être due aux effets de l’incendie. On distingue nettement des empreintes de chevrons horizontaux, très larges.
149Quelques fragments nous indiquent l’existence d’un champ violet traversé d’un double filet ocre‑jaune, et du même champ violet séparé d’un champ rouge par une large bande blanche. Mais l’élément caractéristique (fig. E) nous est donné par un large champ rouge séparé d’une zone violette par une ligne de points, scandée par des petits nœuds de ruban ; de l’un d’entre eux au moins retombe un motif en chaînette. On note le tracé préparatoire fortement incisé qui marquait, dans l’enduit frais, la limite de ces deux zones. Une telle ligne décorative séparant deux champs de couleurs différentes semble dérivée du IIIe style pompéien, mais elle est habituellement purement végétale. Mentionnons toutefois un panneau de Bordeaux (place Saint‑Christoly, salle XXXI), qui présente une séparation schématique composée de perles allongées transversales, entre des champs vert et noir, et qui a été daté de la première moitié du ier s. ap. J.‑C. (Barbet 1987 : 19).

FIG. E ‒ Plaque d’enduit peint du remblai d’installation des sols du bâtiment 5.
C. Allag et A. Lefevre
150La présence de ces fragments, apparemment plus anciens que le bâtiment, s’explique si l’on considère qu’ils peuvent être issus des couches de démolition d’une construction antérieure. Ils pourraient alors appartenir à la même phase d’aménagement que le bâtiment « à mosaïque », sans que l’on puisse évidemment préciser leur provenance.
151Quant aux enduits trouvés dans l’US 246 –quelques fragments rouges, au mortier chargé en tuileau–, ils sont atypiques et n’ont aucun rapport avec le groupe précédemment décrit.
Le bâtiment 3 à galeries de l’horizon III
152Comme le bâtiment à la cave, le bâtiment à galeries n’apparaît qu’après la division de la parcelle occidentale (fig. 99). Il occupe alors la partie sud de la parcelle d’origine. La nouvelle construction, non intégralement conservée, se caractérise par de grandes galeries ceinturant un espace interne (fig. 100). La presque totalité de la galerie nord, orientée est‑ouest, est conservée (fig. 101), alors que seule l’extrémité nord de la galerie ouest, orientée nord‑sud, nous est parvenue. La galerie orientale, de même orientation est totalement détruite. Elle n’a été aperçue que lors d’un percement récent du trottoir bordant la RD 794.

FIG. 99 ‒ L’îlot sud lors de l’horizon III, localisation du bâtiment 3.
H. Kerébel

FIG. 100 ‒ Plan détaillé du bâtiment à galeries.
H. Kerébel

FIG. 101 ‒ Vue de la galerie nord du bâtiment 3.
H. Kerébel
153Le sol de l’aile ouest, en surplomb par rapport à celui de l’aile nord, n’est pas conservé. Un escalier assurait la liaison avec le sol d’argile de la galerie nord qui semble quant à lui au même niveau que celui de l’aile orientale. Le sol de la galerie nord n’est pas plan. Il présente un dénivelé d’ouest en est de 1,40 m. Les fondations des murs sont constituées de blocs de quartzite jetés en vrac dans une tranchée et recouverts par une maçonnerie de 0,40 m de hauteur environ qui se terminait par un ressaut que l’argile du sol recouvrait (fig. 102). Au‑dessus, commencent les murs en élévation encore recouverts de quelques fragments d’enduit blanc. Dans les niveaux de destruction, de nombreux fragments d’enduits décorés témoignent d’une décoration intérieure composée de motifs géométriques imitant le marbre. Des éléments qui font songer à des caissons grossiers, composés d’hexagones à fleurons dans des cercles alternant avec des octogones, proviennent de l’ornementation des plafonds (Barbet 1997 : 18).

FIG. 102 ‒ Vue rapprochée des fondations des murs de la galerie nord du bâtiment 3.
H. Kerébel
Les enduits peints du bâtiment 3
154c.a., a.l.
155Les enduits peints ont été trouvés dans le niveau de destruction (US 73 et US 66 et 90) et ont donc toute chance d’appartenir à l’édifice, pour certains d’entre eux au moins. Quatre groupes ont en effet été identifiés.
Premier groupe
156Les fragments de ce groupe sont de loin les plus nombreux. Leur mortier de support est réduit à une seule couche de préparation, beige, épaisse de 2 à 3 cm, et à l’habituel enduit d’épiderme, blanc et fin. Le revers présente les bourrelets parallèles sinusoïdaux correspondant aux rainures creusées dans la couche sous‑jacente pour mieux faire adhérer le mortier. C’est la technique la plus couramment utilisée sur les murs en terre. On note deux types d’empreintes qui diffèrent par leur épaisseur et leur écartement : l’un correspond précisément aux traces des quatre doigts d’une main ; l’autre, plus large, ne peut être dû qu’à l’utilisation d’un outil.
157Peu de choses nous sont parvenues de ce décor ; en effet, l’assemblage des fragments aboutit à de petites plaques qui restent sans lien entre elles. Aussi percevons‑nous quelques éléments de la composition sans parvenir à une restitution globale. Il s’avère toutefois que nous sommes en présence de faux marbres, à l’exclusion de tout autre ornement, et que ces fragments proviennent d’une imitation d’opus sectile (plaques de marbre de couleurs et de formes différentes agencées géométriquement).
158Les fragments conservés témoignent d’une grande diversité dans les types de marbre représentés (larges marbrures fondues, fines veines contrastées ou simple mouchetis), leur couleur et leur juxtaposition. L’identification des modèles est plus ou moins facile : le marbre à larges taches jaunes est habituellement compris comme du Chemtou, les mouchetis comme du porphyre, les veines bleuâtres sur fond blanc comme de l’albâtre. Mais la part de fantaisie, qui semble inévitable, est difficile à évaluer.
159Il semble que l’on ait affaire à une série de panneaux carrés ou rectangulaires (fig. F, a), chacun d’eux étant mis en valeur par un encadrement de marbre différent : marbre jaune encadré de rouge moucheté, marbre blanc veiné de vert clair encadré de vert‑kaki moucheté, marbre vert clair encadré de rouge moucheté, marbre violet clair encadré de marbre jaune. Chaque champ coloré est cerné d’un triple filet, blanc entre deux traits noirs, qui rend de manière illusionniste le léger ressaut visible sur les placages réels. Certains de ces compartiments semblent simplement juxtaposés. L’une des restitutions partielles atteste pourtant qu’au moins l’un des panneaux comportait un motif interne : sur un fond en imitation de porphyre rouge se détache un cercle en porphyre vert, également cerné du triple filet noir et blanc (fig. F, b). L’évaluation de son diamètre donne approximativement 30 cm, soit le module habituel d’un pied romain.

FIG. F ‒ Plaques d’enduits peints du bâtiment 3.
C. Allag et A. Lefevre
160Une série de fragments révèle la présence d’un motif plus original : le long d’une bande blanche à traits gris suggérant une corniche, que nous devons donc placer horizontalement, sont juxtaposés de petits compartiments obliques (fig. F, c). La restitution à laquelle nous sommes parvenus donne une ligne de cubes vus en perspective (fig. 103). Le fond est rouge moucheté. Chaque cube a une face marbrée en vert clair, l’autre à veines bleu‑vert sur fond blanc. De l’autre côté de la corniche, en revanche, le dessin à lignes obliques parallèles n’a pu être complété avec certitude : peut‑être s’agit‑il d’un simple enroulement schématisé par des bandes de couleur obliques.

FIG. 103 ‒ Schéma de restitution d’une ligne de cubes en perspectives (bâtiment 3). Abréviations des couleurs : bc = blanc ; bl = bleu ; V = vert ; Vt = violet ; Gr = gris ; N = noir ; RO = rouge ocre ; OJ = ocre jaune ; MR = marron rouge.
C. Allag et A. Lefevre
161Rappelons en quelques mots l’historique de ces décorations pariétales. « Les premières choses que les Anciens aient représentées sur les enduits sont les différentes bigarrures du marbre » écrivait Vitruve (De Architectura : VII, 5) et l’on sait le succès de ces trompe‑l’œil depuis l’Antiquité jusqu’à une époque récente. Particulièrement utilisée en Italie dans les différentes phases du deuxième style pompéien, l’imitation de marbre s’est généralisée dans les provinces et l’exemple de Glanum en atteste la présence en Narbonnaise dès le milieu du ier s. av. J.‑C.
162Après une relative éclipse, l’imitation de marbre est à nouveau en faveur à partir du milieu du ier s. de n.è., mais elle est surtout utilisée, alors, en partie basse de paroi. Les vestiges gallo‑romains confirment l’extrême fréquence, pour les plinthes, d’imitations de marbre parfois recherchées, mais souvent très simplistes. Cependant le iie s. semble connaître un nouveau développement de ces peintures : nous pensons par exemple à Genainville (Val‑d’Oise) (Monier 1996), à Lisieux (Calvados) ou à Chartres (Eure‑et‑Loir) (Allag, Joly 1995). Sur les parois, la zone inférieure prend une ampleur considérable, atteignant une hauteur de 1,50 m : elle est constituée de panneaux de faux marbres juxtaposés, ornés ou non de dessins géométriques internes et parfois surmontés d’une prédelle étroite (30 cm environ), elle‑même occupée par un opus sectile. Il est probable que c’est une telle composition qui existait à Corseul.
163Le motif particulier des cubes en perspective est à noter : on le connaissait à Rome à une époque précoce (maison des Griffons), à Pompéi un peu plus tard (rég. VI, ins. 16, no 26), mais il est original en Gaule.
164Si cette peinture s’insère bien dans la série connue des parois couvertes d’opus sectile, elle devrait être datée du milieu ou de la fin du iie s. de notre ère. Elle correspondrait alors à une réfection de la décoration intérieure de l’édifice dont la construction (fin ier ou début iie s.) est nettement antérieure, ce qui n’a rien de surprenant.
Deuxième groupe
165Les éléments constituant cet ensemble proviennent pour la plupart de l’US 90. Le mortier est particulièrement friable. On y distingue deux couches d’environ 0,8 cm d’épaisseur, composées de chaux, de sable et de petits graviers où apparaissent des paillettes de mica. La couche superficielle est blanche et fine. Les marques visibles au revers sont peu explicitées : on peut y voir les traces ligneuses de planches de bois, mais sans certitude absolue.
166Le décor que l’on peut restituer est un découpage géométrique de la surface, en carrés de 30 cm de côté (toujours le module de base), encadrés de bandes violettes ou grises. Chaque caisson est rempli de trois cercles concentriques : le gris est utilisé pour les cercles intérieur et extérieur, le violet pour le cercle intermédiaire qui est en outre marqué de points. Des lignes de points gris, alignés sur les diagonales du carré, remplissent le cercle intérieur. Les angles des carrés sont occupés par des formes grises schématiques : fleurons ou rubans (fig. 104 et fig. F, d).

FIG. 104 ‒ Bâtiment 3 : composition en caissons, probablement un plafond. Proposition de restitution.
C. Allag et A. Lefevre
167Un autre type de remplissage, caractérisé par des angles aigus (45o) de bandes grises est également présent. L’intégration de ces motifs dans le module carré défini n’est pas très satisfaisante. Il devait exister des compartiments plus grands (rectangulaires) ou plus petits (triangulaires) que nous sommes incapables d’inscrire dans la composition. Plus problématique encore est le positionnement de cercles à grand diamètre, violets ou gris. Tous ces fragments non placés indiquent que la composition était plus complexe qu’elle n’apparaît, et que le quadrillage régulier n’en occupait qu’une partie. En revanche, une bande marron rouge d’environ 7 cm de large, le long d’un rebord rectiligne, constituait assurément l’encadrement général du décor (fig. F, d).
168Comme la majorité des schémas géométriques, cet ensemble a bénéficié d’une rigoureuse mise en place. Effectuée à la pointe sèche dans l’enduit frais, elle apparaît nettement en éclairage rasant : incisions marquant les angles, tracés des diagonales des carrés, pointe du compas au centre des cercles.
169La gamme des couleurs n’est pas très variée : gris, différentes nuances de vert, marron‑rouge et un curieux violet. Ce dernier, observé à la loupe binoculaire, ne présente pas de trace de pigment bleu, habituel lorsque le violet résulte du mélange rouge/bleu. Nous serions ainsi peut‑être en présence d’une hématite violette (Guineau 1995 : 233).
170Le dessin répétitif de cercles inscrits dans des carrés est évidemment inspiré des caissons ornés de fleurons, typiques des plafonds. Si la présence de lattes de bois au revers du mortier pouvait être vérifiée, elle confirmerait que ces enduits sont bien ceux de la couverture d’une pièce.
171Ce motif très courant ne peut malheureusement rien apporter à la chronologie des phases de décoration du bâtiment. Une datation du iie s. est plausible et s’accorde avec la stratigraphie du bâtiment.
Troisième groupe
172Cet ensemble, peu important mais très cohérent, provient de l’US 73.
173Le mortier est généralement conservé sur une épaisseur de 2 cm. Outre la couche de surface fine et blanche, on distingue deux couches : une première, incomplète, d’environ 1 cm, est plutôt blanche, assez compacte, avec des graviers atteignant 7 mm. La seconde, de composition plus fine, est légèrement teintée de rose.
174Le fond est blanc et sa surface particulièrement bien lissée. Les fragments conservés nous indiquent l’existence de cercles pointés et de polygones peints en rouge, ainsi que des motifs verts (fleurons schématiques ?).
175On restitue un système dit « à réseau » : des hexagones chargés d’un cercle marqué de points (diam. 16 cm) alternent avec des quadrilatères, carrés ou rectangles ; ils délimitent des espaces octogonaux, probablement chargés d’un gros fleuron vert.
176On note de grandes irrégularités dans les tracés : les angles des polygones, tour à tour de 114, 120, 135 degrés, sont peu conformes à un dessin géométrique strict. La distance entre le cercle et le contour de la figure dans laquelle il s’inscrit varie de 0,5 à 2 cm. Aussi la restitution que nous proposons reste‑t‑elle approximative (fig. 105).

FIG. 105 ‒ Proposition de restitution du plafond du bâtiment 3 à galeries.
C. Allag et A. Lefevre
177Seule certitude : nous avons affaire à nouveau à un système décoratif typique des plafonds, qui entre dans une série dont quelques échantillons ont déjà été répertoriés en Gaule. Nous pensons en particulier aux peintures des fouilles de la rue de l’Abbé‑de‑l’Épée à Paris (Ve arr.) (Eristov 1978), présentant des caissons octogonaux verts ménageant des carrés sur pointe ; des fleurons occupent les carrés et les cercles inscrits dans les octogones (fig. 106). Citons encore un plafond à Chartres (rue des Grandes‑Filles‑Dieu) (Allag, Joly 1995) couvert d’une trame d’octogones et de carrés, ou des fragments conservés au musée de Dijon (Allag 1998), provenant de Vertault, sur lesquels il est facile de retrouver le même schéma. Là encore, une datation du iie s. est vraisemblable.

FIG. 106 ‒ Exemple de décors de plafond, a à Chartres (rue des Grandes‑Filles‑Dieu) ; b à Paris (rue de l’Abbé‑de‑l’Épée, Paris Ve).
C. Allag et A. Lefevre
Quatrième et cinquième groupes
178Nous ne ferons que mentionner ces deux autres groupes, faiblement représentés. L’un, caractérisé au revers par des empreintes circulaires très marquées, a subi un incendie qui rend presque illisibles les motifs brun‑rouge sur fond marron. L’autre, avec des empreintes semblables sur un mortier plus épais, présente des couleurs plus délicates –rose, bleu, vert– de feuillages sur un fond noir. Mais les deux portaient le motif de cercles pointés que nous avons repéré sur le plafond précédent.
179En l’absence d’indices de datation particuliers sur ces deux derniers ensembles, on notera que l’aspect de leur mortier et de leur surface peinte, autant qu’une similitude de motif (cercles pointés) les apparentent aux groupes 1, 2 et 3 pour lesquels une datation du iie s. est vraisemblable3.
La cour intérieure
180Si l’édifice obéit à un plan symétrique, la cour intérieure a une superficie d’environ 500 m2. Elle était peut‑être ceinturée par quatre galeries. Seuls subsistent quelques m2 de l’angle nord‑ouest de cet espace. Il ne semble pas que ces galeries s’ouvrent sur cette cour par un portique. Au contraire, la présence, dans l’angle préservé de la cour, du parement couché du mur oriental de la galerie occidentale prouve l’absence de colonnade, du moins dans cette partie de la galerie ouest (fig. 107). D’une hauteur d’environ 2 m, ce parement se compose de petits moellons cubiques soigneusement alignés et jointoyés au fer. Une petite fenêtre de 0,50 m de large s’y distingue encore. Plusieurs autres ouvertures similaires, peut‑être aménagées de part et d’autre d’une entrée centrale, pouvaient procurer un éclairage feutré à cette galerie.

FIG. 107 ‒ Vue du parement couché du mur de la galerie nord du bâtiment 3.
H. Kerébel
181Le mur sud de la galerie nord, qui est également constitué de moellons cubiques, ne devait pas non plus être doté d’une colonnade. Le meilleur état de conservation de ce mur aurait dû nous permettre de retrouver les traces de celle‑ci, si elle avait existé. Seule, au centre de ce mur sud de la galerie nord, une interruption nette des assises en petit appareil pourrait correspondre à un passage : une entrée d’un mètre de large. Le seuil de cette porte serait cependant surélevé de 0,20 m par rapport au sol de la galerie à moins que le niveau d’argile ne corresponde pas exactement au niveau de circulation de l’édifice. Il faudrait alors envisager un plancher rehaussé par rapport à l’argile ou un autre type de sol aujourd’hui totalement disparu. De part et d’autre de ce passage, le mur pouvait être uniquement percé de petites fenêtres comme celle du mur de la galerie ouest.
182L’absence de colonnades nous interdit d’identifier ici une cour ou un jardin entouré de portiques. Les trois galeries ne semblent que très peu ouvertes. Ce type de structure se rapprocherait plutôt de la définition, donnée à la fin du xixe s., d’une crypte : « galerie longue et étroite, de niveau avec le sol, fermée des deux côtés par des murs et recevant le jour d’une série de fenêtres pratiquées dans un des murs latéraux qui l’entouraient ou dans tous les deux » (Rich 1883). Un tel édifice pouvait être précédé par une galerie portique donnant sur la cour intérieure. Faute de recul suffisant, aucune trace d’un tel aménagement n’a ici été reconnue. Différents types d’édifices (bâtiment public ou privé) peuvent avoir nécessité l’usage de ce type de galeries peu ouvertes sur l’extérieur. La fonction de cette construction reste indéterminée.
183Les données sur l’aménagement de la cour centrale sont également très lacunaires. Une canalisation, en provenance du puits de la cour, installée à une vingtaine de mètres en amont, en bordure de la rue est‑ouest no 1, aboutit dans ce secteur après être passée sous le portique de façade du bâtiment à la cave et sous l’aile nord du bâtiment à galeries (fig. 108). Seule est conservée la tranchée de cette canalisation qui, probablement en plomb, a été récupérée après l’abandon des édifices. Cette alimentation, qui se prolonge au‑delà des limites de la fouille, peut desservir une structure mise en eau (bassin, fontaine, piscine...) au centre de la cour du bâtiment à galeries. On ne peut cependant exclure qu’elle se poursuive bien au‑delà de cette cour et qu’elle rejoigne une autre structure en aval de Monterfil II.

FIG. 108 ‒ Plan du trajet de la canalisation aboutissant dans la cour du bâtiment 3.
H. Kerébel
2.4.2.4 La servitude de l’eau, la canalisation souterraine
184La division de la parcelle occidentale d’origine, lors de l’horizon III, créée une difficulté liée à la présence d’une canalisation qui, en provenance du puits de la cour publique en bordure de la rue no 1, dessert apparemment une structure dans la cour du bâtiment à galeries. Cette conduite passe sous le portique du corps de logis du bâtiment à la cave et sous l’aile nord du bâtiment à galeries. Il semble qu’elle ait été installée après l’édification de ces constructions car aucun aménagement particulier, destiné à la protéger des maçonneries subjacentes, n’est perceptible dans les murs traversés. Il faut peut‑être imaginer une reprise en sous‑œuvre pour le passage de la conduite. Cette conduite souterraine est unique à Corseul. Dans le cas de la parcelle occidentale de l’îlot sud de Monterfil II, elle amène à réfléchir sur les questions de propriété et sur les éventuelles contraintes que cette canalisation pouvait occasionner. L’alimentation en eau d’un édifice peut tout à fait dépendre d’un point d’eau extérieur à la propriété (Saliou 1994 : 125). Dans le cas de Monterfil II, le point de départ de la canalisation ne pose aucune difficulté : il s’agit du puits de la cour ouverte sur la rue. Là, une fosse importante (1 m de large pour 3 m de long) est immédiatement accolée au parement du puits sur lequel est apposée une margelle, simple dalle circulaire en granité percée d’un orifice central. Cette fosse peut correspondre à l’emplacement d’une pompe. Ensuite, la canalisation, peut‑être en plomb, est disposée au fond d’une tranchée, large d’environ 10 cm à sa base, qui s’oriente vers le sud en passant sous les deux édifices (fig. 109).

FIG. 109 ‒ Vue de la fosse et de la tranchée de récupération de la canalisation. Au bas de la stratigraphie, l’emplacement de la conduite.
H. Kerébel
185Largement ouverte sur l’axe viaire, la cour appartient sans aucun doute au domaine public tout comme le puits qui est accessible depuis la rue. La législation antique sur l’eau n’interdit pas les prélèvements depuis un point d’eau public, ni même privé, au profit d’une personne privée. Les travaux de Catherine Saliou sont, dans ce domaine, intéressants. Elle signale, en plus de cette possibilité, une servitude d’aqueduc (servitus aquae ductus) qui permet « à son bénéficiaire de faire passer sur le terrain de son voisin une conduite d’eau dont le point de départ est une source ou un cours d’eau, soit public soit privé [...], où l’eau doit former un courant vif et pérenne » (Saliou 1994 : 125). Cette législation doit pouvoir s’appliquer à un puits où l’eau est au moins pérenne.
186Cette canalisation souterraine n’apparaît que lors de l’horizon III au moment où la parcelle occidentale d’origine est scindée en deux espaces distincts séparés par un ambitus (C). Passant sous les constructions, elle engendre des servitudes particulières que la servitus aquae ductus règle parfaitement. Il n’est donc pas impossible que nous soyons désormais en présence de deux propriétés bien différenciées. On ne peut cependant exclure l’idée que ces deux espaces appartiennent toujours à un même et unique propriétaire.
Notes de bas de page
1 La céramique, peu importante, de ce niveau ne fait pas l’objet d’une présentation particulière car aucune forme ne peut être reconnue parmi la sigillée.
2 Cet état de la rue est‑ouest de Monterfil II a été dénommé « rue primitive » dans des publications récentes (Kerébel 1996 ; Kerébel, Fichet de Clairfontaine 1997).
3 Des étudiants en stage au CEPMR ont participé à ces travaux : Denis Giglioli, Mandarine Fabre et Mériem Sebaï. Cette dernière, en particulier, a largement contribué au remontage et à la compréhension du décor du bâtiment 12, dit à mosaïque.
Auteurs
-
Hervé Kerébel
Service municipal d’archéologie de Corseul jusqu’en 1998
-
Claudine Allag
Centre d’étude des peintures murales romaines de Soissons,
CNRS, ENS UMR 85‑46 -
Annie Lefèvre
Centre d’étude des peintures murales romaines de Soissons, Association Pro Pictura Antiqua (APPA)
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