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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1.1 De la découverte de Fanum Martis à la protection des vestiges1.2 La topographie du site de Corseul1.3 La ville antique et son environnement1.4 Les fouilles programmées de Monterfil II1.5 Mode de présentation des données Notes de bas de page Auteur

    Corseul (Côtes-d’Armor), un quartier de la ville antique

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 1. Introduction

    1 Introduction

    Hervé Kerébel

    p. 13‑22

    Résumés

    Le bourg actuel de Corseul (Côtes‑d’Armor) s’étend en partie à l’emplacement des vestiges de Fanum Martis, le chef‑lieu de la cité des Coriosolites. De nombreux quartiers de la ville antique, aujourd’hui recouverts par des champs, sont aisément accessibles aux recherches archéologiques. Le site de Monterfil II est inclus dans la réserve archéologique acquise en 1986 par la commune de Corseul. Les recherches y ont débuté cette même année dans le cadre de fouilles programmées. Dans la topographie de la ville antique, le quartier de Monterfil semble se situer non loin du centre monumental de l’agglomération, établi légèrement en amont.

    Part of the present‑day town of Corseul stands on the remains of Fanum Martis, capital of the civitas controlled by the Coriosolati tribe. Many areas of the Gallo‑Roman town are now covered by fields and thus readily accessible to archaeologists. The site known as Monterfil II is included in the archaeological protection area acquired in 1986 by the town of Corseul. In the same year, work was begun on the site as part of a programme of research excavations. Topographically, the Monterfil II quarter appears to be situated close to the town’s public buildings, which are located on slightly higher ground.

    Texte intégral 1.1 De la découverte de Fanum Martis à la protection des vestiges1.2 La topographie du site de Corseul1.2.1 Le relief1.2.2 La géologie1.3 La ville antique et son environnement1.4 Les fouilles programmées de Monterfil II1.4.1 Problématique de la recherche1.4.2 Déroulement des fouilles programmées1.4.3 Méthode de fouille1.5 Mode de présentation des données1.5.1 Chronologie du site et présentation des vestiges1.5.2 Étude architecturale des constructions1.5.3 Le mobilier archéologique1.5.4 L’apport des fouilles de Monterfil II Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le bourg de Corseul est situé à l’est du département des Côtes‑d’Armor, à proximité de Dinan. Il recouvre partiellement les vestiges de la ville antique de Fanum Martis, ancien chef‑lieu de la cité des Coriosolites (fig. 1), mentionné sur la Table de Peutinger (Desjardins 1869 : 190). Le bâti moderne s’est essentiellement concentré le long d’une route départementale (RD 794), qui relie Lamballe à Dinan, et de deux rues se dirigeant vers le nord (fig. 2). À l’exception de ces développements, le bourg actuel s’étend sur la partie sud‑ouest de l’ancienne ville antique, laissant ainsi à la disposition des chercheurs de vastes étendues vierges de construction moderne.

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    FIG. 1 ‒ La Cité des Coriosolites au nord‑ouest de la Lyonnaise. Localisation de Corseul et des chefs‑lieux des Cités voisines.

    H. Kerébel

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    FIG. 2 ‒ Plan du bourg actuel de Corseul. Indication des directions des principales rues.

    H. Kerébel

    1.1 De la découverte de Fanum Martis à la protection des vestiges

    2Depuis plusieurs siècles, les ruines antiques toujours visibles et de nombreuses découvertes fortuites ont attiré chercheurs ou collectionneurs. La plupart de ces recherches ont le plus souvent abouti à la constitution de collections d’objets difficilement accessibles aujourd’hui. Parfois, un souci « scientifique » a poussé ces érudits à consigner leur découverte dans une note mentionnant quelquefois un emplacement dans le bourg1. Le patrimoine archéologique coriosolite a été officiellement reconnu lorsqu’en 1840, Prosper Mérimée a fait classer la cella du temple du Haut‑Bécherel au titre des Monuments historiques. Ce sanctuaire, distant du bourg d’un peu moins de 2 km, a fait ensuite l’objet, en 1868, d’une fouille archéologique aboutissant à la présentation d’un plan (Fornier 1870) confirmé récemment dans ses grandes lignes (Kerébel 1990, 1993, Provost 1995). Dans le bourg, les premières fouilles autorisées ont été conduites de 1966 à 1971, sous l’impulsion de Guy Guennou et de Bertrand Chiché. Au Champ Mulon2, une domus du ier s., à laquelle un ensemble thermal a succédé, fut dégagée. Ces premiers travaux permettaient alors d’estimer la superficie de l’agglomération à une soixantaine d’hectares environ, malgré le caractère encore très lacunaire de la documentation recueillie (Chiché 1972).

    3Après l’interruption, en 1971, des fouilles programmées sur le site du Champ Mulon, une nouvelle dynamique de recherches sur la ville, limitée d’abord à des prospections aériennes au milieu des années 70, puis marquée par l’organisation de fouilles de terrain à partir de 1984, a favorisé un accroissement assez considérable des connaissances sur l’agglomération antique de Corseul. Dès 1976, profitant de conditions climatiques idéales, Loïc Langouët et Louis Andlauer ont décelé par prospections aériennes l’essentiel de la trame urbaine de l’agglomération. Ces données ont alors conduit à proposer un premier plan de la cité antique (Langouët 1976). Les nombreuses prospections qui se succèdent apportent régulièrement leur lot de nouvelles informations. Elles autorisent, en 1986, une estimation de la superficie de la ville à 110 ha environ (Langouët 1986). Les différentes fouilles préventives et de sauvetage organisées par François Fichet de Clairfontaine, conservateur du patrimoine, après 1984, ont sensiblement renouvelé les données sur la chronologie de l’agglomération antique. La fouille programmée du site de Monterfil II, débutée en 1986, participe aussi pleinement à ce renouveau des études sur Corseul et, par son importance, y tient une place toute particulière.

    4Cette meilleure connaissance de l’étendue des vestiges antiques a favorisé une appréhension plus aisée de la ville qui, à l’inverse de ses consœurs armoricaines, est peu perturbée par l’urbanisme postérieur. Ceci n’a cependant pas empêché de graves dégradations lors de travaux urbains entraînant, entre autres, la destruction, en 1976, de l’insula entièrement préservée du Pont Brûlé (fig. 3) ou, à l’extérieur de la ville antique, le remaniement de l’ancienne fontaine de Saint‑Uriac. En 1983, des mesures sont enfin prises afin de protéger les vestiges enfouis. Le patrimoine archéologique est désormais pris en compte dans le plan d’occupation des sols (POS) grâce à l’instauration de zones protégées interdisant toute nouvelle construction dans une grande partie du bourg de Corseul. Lors du remembrement communal achevé en 1989, des échanges de parcelles et des acquisitions permettent d’intégrer dans le domaine public des sites importants. Tout ceci aboutit à la création, en dehors du bourg, de deux réserves archéologiques : le sanctuaire du Haut‑Bécherel et la villa de La Gauvenais. Dans le bourg, le terrain du Champ Mulon appartient à la commune de Corseul depuis 1960. La réserve archéologique de Monterfil, comprenant plusieurs îlots antiques, est quant à elle constituée en 1986. Elle se trouve non loin du centre du bourg actuel et s’étend sur deux parcelles (AB 79 et AB 432) couvrant une superficie totale d’un peu plus de 1,2 ha (fig. 4). Les fouilles programmées de Monterfil II y débutent cette même année sous la direction de François Fichet de Clairfontaine.

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    FIG. 3 ‒ Vue aérienne de l’insula du Pont Brûlé en 1976, avant la construction d’une maison particulière.

    L. Languoët (CeRAA)

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    FIG. 4 ‒ Localisation des réserves archéologiques dans le bourg de Corseul.

    H. Kerébel

    1.2 La topographie du site de Corseul

    1.2.1 Le relief

    5La ville antique occupe le sommet et le versant sud‑est d’une colline culminant à un peu plus de 90 m ngf (fig. 5). Le versant sud‑est présente un dénivelé progressif. Dans le secteur de Monterfil, cette pente atteint 6,50 m du nord‑ouest au sud‑est de la parcelle AB 79. Sur ce versant, le plateau descend régulièrement et lentement vers un talweg fermé à l’est par les collines de Halouze et du Haut‑Bécherel où est implanté le grand sanctuaire coriosolite. Les versants sud et ouest, plus abrupts, constituent des accidents plus remarquables dans le paysage. Au nord du bourg, un ruisseau crée une légère dépression qui semble avoir constitué une limite à l’extension de la ville antique. Vers le nord‑est, le plateau s’élève progressivement pour atteindre son point culminant près du hameau de Lesmen en Languenan (130 m ngf), à quelques kilomètres du bourg de Corseul. Sur ce sommet, quelques vestiges antiques pourraient appartenir à une villa ou à un petit sanctuaire3.

    6Malgré quelques vallonnements parfois marqués, la région de Corseul ne présente donc pas un relief très accidenté. Il n’en a résulté que de rares difficultés tant pour l’installation de la ville antique que pour celle des nombreux axes de communication qui devaient y aboutir (fig. 5).

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    FIG. 5 ‒ Plan topographique des environs du bourg de Corseul. Localisation de la ville antique et du sanctuaire du Haut‑Bécherel.

    H. Kerébel

    1.2.2 La géologie

    7Le sous‑sol est constitué de deux couches de gneiss et de schiste où les filons de quartzite sont fréquents. Ces matériaux se retrouvent couramment dans les maçonneries antiques. Dans le bourg, le substrat rocheux est le plus souvent recouvert par une couche d’argile ocre d’épaisseur variable. Elle se retrouve sur le site de Monterfil II, sauf dans la partie haute où le schiste briovérien en plaquettes affleure directement sous les premiers niveaux archéologiques. Il est probable que la disparition, à cet endroit, de la couche argileuse est due aux travaux antiques, comme cela a été remarqué à propos de l’implantation de la rue principale est‑ouest de Monterfil II (rue no 1) (Ficher de Clairfontaine 1989).

    8Le sous‑sol coriosolite se caractérise également par la présence d’une nappe phréatique située à faible profondeur et facile d’accès comme l’attestent les nombreux puits repérés sur l’ensemble de la ville4. Sur le site de Monterfil II, la profondeur des puits varie de 5 à 6 m jusqu’à plus de 10 m. Nous ne connaissons pas d’autres systèmes d’alimentation en eau pour l’occupation antique.

    1.3 La ville antique et son environnement

    9Les travaux de prospection aérienne de Loïc Langouët ont clairement démontré que la ville antique est structurée par des rues qui se coupent à angle droit et définissent des îlots de tailles variées comprenant des édifices aux fonctions diverses. L’axe de la trame viaire présente un angle de 16° E par rapport au nord géographique (Langouët 1987 : 105). Le centre monumental semble devoir être à rechercher à proximité du centre du bourg actuel. Les secteurs situés au nord paraissent quant à eux principalement occupés par des habitations.

    10Les limites exactes de la ville restent méconnues, aucune nécropole du Haut‑Empire n’ayant été repérée. Les clichés aériens montrent un urbanisme dense structuré par un réseau viaire orthogonal qui ne semble couvrir que la partie centrale du site, soit environ une cinquantaine d’hectares. Autour, la ville se prolonge, surtout vers l’ouest, par un espace périurbain caractérisé par de grands ensembles aux fonctions indéfinies et ne respectant pas toujours l’orientation de l’agglomération (Langouët 1986, 1987). À l’est, le sanctuaire du Haut‑Bécherel est bien dissocié de la ville antique.

    11Les cours d’eau avoisinant la cité sont modestes et ne permettent pas de navigation jusqu’au chef‑lieu (fig. 6). Les rivières navigables les plus proches sont, à l’est, la Rance à environ 10 km et, à l’ouest, l’Arguenon à environ 7 km. Sur la rive ouest de la Rance, à Taden, de nombreux vestiges sont identifiés comme un vicus portuaire et routier implanté à proximité du passage à gué de la voie Avranches‑Corseul (Langouët 1987 : 166). Cette agglomération secondaire était facilement accessible depuis Corseul distant seulement de quelques kilomètres. Ce port, fréquenté du ier jusqu’au ive s. (Langouët 1987 : 170) servait principalement à l’approvisionnement du chef‑lieu de la cité.

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    FIG. 6 ‒ Les environs de Corseul, entre la Rance et l’Arguenon.

    H. Kerébel

    12Un site portuaire peut aussi être envisagé sur les rives de l’Arguenon, à l’emplacement actuel du bourg de Plancoët, au gué franchi par la grande voie qui relie Corseul à Carhaix (Vorgium), chef‑lieu de la cité des Osismes. Aucun vestige n’y est cependant attesté.

    13Autour de Corseul, plusieurs axes routiers, quittant la ville dans toutes les directions, se dessinent encore dans le parcellaire moderne. Le plus important, au sud‑ouest, reliait Fanum Marris au chef‑lieu de la cité des Vénères, Darioritum (Vannes). Vers l’ouest, une voie menait vers la capitale des Osismes, Carhaix (Vorgium), après le franchissement de l’Arguenon au gué de Plancoët. D’autres axes, vers l’est, passaient à proximité du sanctuaire du Haut‑Bécherel pour ensuite se prolonger vers Rennes (Condate) chez les Riedones, puis vers les autres civitates de la province et vers l’Aquitaine au sud de la Loire. Vers le nord‑est, les voies s’orientaient, après avoir franchi la Rance au vicus portuaire de Taden, vers le site d’Alet, à l’embouchure de la Rance, et vers les cités du nord‑ouest de la province.

    1.4 Les fouilles programmées de Monterfil II

    1.4.1 Problématique de la recherche

    14Le site de Monterfil II est apparemment situé à proximité du cœur de l’agglomération antique. Il était à même de livrer non seulement les vestiges d’un ou de plusieurs îlots complets mais aussi des structures s’apparentant apparemment à un secteur commercial de Fanum Martis (fig. 7). Il est, d’autre part, proche des sites du Clos Julio et du Courtil Saint‑Antoine où les plus anciens niveaux d’occupation ont été mis au jour avant 1986.

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    FIG. 7 ‒ Vue aérienne du site de Monterfil II avant le commencement des fouilles programmées.

    L Andlauert (CeRAA)

    15Les différentes opérations réalisées avant 1986 ont, à chaque fois, porté sur des superficies restreintes. La réserve de Monterfil offrait l’opportunité d’aborder un secteur de la ville antique sur une étendue plus importante susceptible de renouveler les connaissances sur l’urbanisme et la chronologie du développement de l’agglomération. La présence de rues reconnues en prospections aériennes amenait naturellement à réfléchir sur l’apparition et l’évolution de la trame viaire dans ce secteur de la ville, tout en confrontant les données de fouilles aux interprétations des clichés aériens. Ces recherches débouchaient logiquement sur une reprise de ces données pour l’ensemble de l’agglomération.

    16Depuis le commencement des fouilles programmées de Monterfil II, les études ont porté sur les édifices situés aux abords immédiats d’une des principales rues de la ville antique (rue no 1). L’essentiel des réflexions porte sur ces constructions et sur l’évolution interne des deux îlots établis de part et d’autre de la rue. Depuis douze ans, la problématique a évolué en fonction de l’intérêt des découvertes. Ainsi, pour certaines constructions, les travaux se sont poursuivis jusqu’à une analyse architecturale fine aboutissant à des propositions de restitution.

    1.4.2 Déroulement des fouilles programmées

    17Les fouilles programmées de Monterfil II ont débuté en 1986 sous la direction de François Fichet de Clairfontaine dans l’angle nord‑ouest de la parcelle AB 79, au nord de la rue est‑ouest no 1 déjà reconnue grâce aux prospections aériennes (fig. 8). Après une année d’interruption en 1990 consécutive au départ de ce chercheur, nous avons continué ces travaux dans le cadre de plusieurs programmes de recherches. D’abord, l’étude de la façade de l’îlot central, interrompue en 1989, s’est poursuivie. Un passage d’une dizaine de mètres de large, comprenant l’angle sud‑est de l’îlot central, a été réservé dans l’extrémité orientale de la parcelle afin de permettre l’évacuation des déblais des fouilles postérieures. Ensuite, à partir de 1992, les travaux se sont concentrés sur la rue est‑ouest no 1 et sur l’îlot implanté immédiatement au sud. En 1996, l’étude du passage conservé en 1991 a achevé la fouille de cette parcelle. Enfin, en 1997, des sondages non destructeurs dans la parcelle AB 432 ont permis de définir l’étendue de l’îlot central et d’entrevoir son organisation. Entre 1986 et 1997, ces programmes représentent au total une vingtaine de mois d’interventions sur le terrain effectuées avec des équipes principalement composées de bénévoles. Au terme d’une dizaine d’années de travaux, ce sont environ 5 000 m2 de vestiges comprenant partiellement deux insulae de la ville antique qui ont été abordés (dépl. i).

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    FIG. 8 ‒ Déroulement des programmes de fouilles sur la réserve de Monterfil (en pointillés, les rues antiques).

    H. Kerébel

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    DÉPL. I ‒ Plan d’ensemble des structures de Monterfil II.

    H. Kerébel

    18La partie préservée du premier îlot, au sud de la rue est‑ouest no 1, a été entièrement dégagée (îlot sud). Pour l’autre îlot, au centre de la réserve, seule la façade méridionale a été étudiée (îlot central). Les sondages non destructeurs de la parcelle AB 432 ont tout de même permis de compléter notre vision de l’extension de cet îlot en amont des fouilles réalisées depuis 1986. Enfin, une troisième insula (îlot nord) n’est que partiellement conservée dans les limites de la réserve (fig. 9). Elle n’a jamais fait l’objet d’étude particulière mis à part lors de la rectification du talus de la parcelle AB 50 le long de la RD 44 (Kerébel 1994‑95).

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    FIG. 9 ‒ Délimitation des îlots antiques de la réserve de Monterfil.

    H. Kerébel

    1.4.3 Méthode de fouille

    19Les activités agricoles se sont poursuivies sur les deux parcelles de la réserve de Monterfil jusqu’en 1986. Elles se sont interrompues peu avant le début des fouilles programmées. Les labours ont régulièrement écrêté les couches supérieures de la stratigraphie ce qui explique la disparition de nombreux sols d’édifices et la quasi‑absence de niveaux tardifs sur l’ensemble du site. Les premières unités stratigraphiques rencontrées étaient recouvertes par une couche d’humus dont l’épaisseur variait entre 0,10 et 0,50 m. Cette terre végétale a été retirée sur la totalité de l’emprise du chantier à l’aide d’un tracto‑pelle muni d’un godet lisse (fig. 10).

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    FIG. 10 ‒ Vue du décapage au tracto‑pelle.

    H. Kerébel

    20L’étude du site s’est déroulée par étapes. Chaque année, une superficie d’environ 1 000 m2 a été dégagée. À l’issue du décapage mécanique préliminaire, chaque nouvel espace a été divisé en plusieurs secteurs de fouille en fonction des maçonneries affleurantes. La fouille s’est ensuite déroulée dans ces secteurs en suivant naturellement la stratigraphie.

    21Pratique sur le terrain, ce découpage en secteur s’est ensuite avéré peu commode lors de l’étude des données. Il ne correspondait que très partiellement à la réalité spatiale et à l’évolution des îlots : plusieurs secteurs pouvaient appartenir à un même ensemble architectural ; une même unité stratigraphique pouvait aussi se retrouver dans des secteurs différents. Une division plus simple du site, prenant réellement en compte les grandes entités spatiales du quartier, a donc été préférée dans cet ouvrage afin de faciliter la présentation des données archéologiques.

    1.5 Mode de présentation des données

    22Ce volume commence par la description des vestiges immobiliers du quartier, suivie par une discussion sur la chronologie du site, qui a été définie en utilisant certaines catégories mobilières relativement importantes comme la céramique, le mobilier métallique et le numéraire. Ensuite, une analyse horizon par horizon s’attache à présenter l’évolution globale du quartier et ses particularités, depuis son origine jusqu’à son abandon. Une approche de l’architecture des constructions de Monterfil II, à l’aide d’essais de restitution architecturale de certains édifices, suit cette première partie descriptive du site. Enfin, en conclusion, nous proposons de replacer le quartier de Monterfil II dans la topographie de la ville antique en utilisant l’ensemble des données connues sur l’agglomération.

    1.5.1 Chronologie du site et présentation des vestiges

    23La présentation des vestiges immobiliers est établie en fonction des horizons identifiés à partir de la chronologie relative du site. Plusieurs articles publiés depuis 1985 ont déjà fait état d’une succession de phases caractérisant l’évolution de la ville antique (Fichet de Clairfontaine et al. 1985 ; Ficher de Clairfontaine, Kerébel 1989). Monterfil II ne bouleverse pas fondamentalement ce découpage chronologique car nous y retrouvons cinq larges horizons s’étendant depuis la genèse de la ville jusqu’à son abandon.

    24L’horizon I concerne logiquement les premières occupations gallo‑romaines du site. Les vestiges qui nous sont parvenus sont cependant le plus souvent très perturbés et il est généralement difficile de les relier entre eux. À défaut de relations stratigraphiques claires, le mobilier archéologique a souvent constitué le seul moyen de regroupement des structures dans ce premier horizon qui couvre une très longue période. Certaines unités stratigraphiques appartiennent aux toutes premières installations datées de la fin du ier s. avant notre ère. D’autres, plus récentes, témoignent d’un développement des occupations au cours du règne de Tibère. Tous ces vestiges ont pour point commun de s’organiser de part et d’autre d’un unique axe viaire qui, d’est en ouest traverse l’ensemble du site de Monterfil II (rue no 1).

    25L’horizon II se différencie nettement du précédent. Il correspond au réel développement urbain qui voit, en plus de l’extension de la trame viaire concrétisée sur le site de Monterfil II par la création de rues nord‑sud (rues A et B, à l’ouest et à l’est), l’élaboration des premiers projets architecturaux maçonnés dans les îlots. Cet horizon peut débuter au plus tôt vers la fin du règne de Tibère. Il semble se prolonger au moins jusqu’à la fin du règne de Néron et probablement sous les Flaviens.

    26L’horizon III se caractérise par un nouvel essor architectural, peut‑être lié à un développement économique à la fin du ier s. ou au début du siècle suivant. De nouvelles constructions sont édifiées ; d’autres, antérieures, subissent quelques modifications. La trame viaire semble s’étendre à cette époque sur la totalité de l’espace urbain.

    27L’horizon IV, daté du début du iiie s., constitue l’ultime phase d’évolution architecturale des deux îlots. Là encore, certaines constructions persistent alors que d’autres apparaissent, sont modifiées ou remplacées.

    28L’horizon V, enfin, est plus difficilement perceptible. Il comprend tous les niveaux d’incendie et de destruction d’édifices datés de la fin du iiie s. ou du ive s. Il s’agit le plus souvent de simples niveaux de récupération de matériaux. Il est en effet délicat d’identifier de réelles occupations et lorsque celles‑ci sont perçues, il est difficile de les dater.

    29Lors de l’horizon I, la rue principale est‑ouest n’est pas encore secondée par les rues nord‑sud A et B. Rien n’indique si les emprises de ces deux rues nord‑sud sont déjà réservées. Pour cet horizon, à défaut de données suffisamment claires sur un quelconque parcellaire de part et d’autre de la rue est‑ouest, nous nous contentons de traiter les espaces au nord et au sud de cette première rue comme deux grandes entités différentes même si, de chaque côté de la rue, des noyaux d’occupation semblent bien différenciés. L’existence d’un parcellaire, facilement repérable dans le paysage urbain est plus facilement attestée sur le site de Monterfil II pour les horizons II, III et IV.

    30La présentation de ces vestiges immobiliers s’effectue ensuite en fonction des entités spatiales et/ou architecturales définies par ce parcellaire dans les deux îlots. Après regroupement des nombreux secteurs créés lors de la fouille, cinq grands espaces bien distincts se singularisent sur l’ensemble du site :
    ‒ la voirie, recouvrant la rue principale est‑ouest (rue no 1) et les deux axes nord‑sud latéraux (rue A à l’ouest et B à l’est) ;
    ‒ la façade méridionale de l’îlot central ;
    ‒ la façade septentrionale de l’îlot sud ;
    ‒ l’extrémité orientale de l’îlot sud ;
    ‒ la partie occidentale et le centre de l’îlot sud.

    31L’îlot central ne comporte qu’un seul secteur car les limites de la fouille ne permettent pas de disposer de suffisamment de recul pour confirmer ou non la présence de limites internes à l’îlot central, à l’arrière du bâtiment de la façade méridionale. Ce secteur correspond à un seul édifice dont les évolutions sont présentées depuis son apparition lors de l’horizon II jusqu’à sa destruction lors de l’horizon V. On mentionnera tout de même un édifice partiellement abordé qui, dans la façade orientale de l’îlot, est bien séparé du grand bâtiment de la façade méridionale par un ambitus.

    32L’existence d’une division interne de l’îlot sud, marquée dans le paysage par des ambitii, a pu être perçue car la fouille s’est étendue au‑delà des édifices de la façade. Trois parcelles ont ainsi été identifiées : une occupe toute la façade ; les deux autres sont en retrait, à l’est et à l’ouest de l’îlot. Ces entités spatiales sont étudiées l’une après l’autre. Les différentes évolutions de leur bâti sont expliquées en suivant les horizons définis précédemment. Pour chacune de ces parcelles, les niveaux de destruction de l’horizon V sont évoqués, lorsqu’ils existent, dans le chapitre consacré à l’évolution générale du quartier.

    1.5.2 Étude architecturale des constructions

    33Une analyse architecturale de certains édifices est également proposée. Malgré un état d’arasement important, certaines constructions ont livré suffisamment d’éléments d’architecture pour permettre une réflexion sur leurs élévations. Cette analyse concerne plus particulièrement les édifices de l’horizon IV qui s’avèrent les mieux conservés même si pour la majorité d’entre eux seules leurs fondations subsistent. Ces études architecturales abordent de préférence les constructions situées immédiatement de part et d’autre de la rue est‑ouest du site car ces édifices sont complets. Dans l’insula sud, en retrait de la rue, sont également complets les bâtiments dits « à la cave » (bâtiment 2b) et « à stylobates » (bâtiment 5) qui appartiennent eux aussi à cet horizon IV. Les autres constructions ne sont que partiellement conservées et peuvent difficilement faire l’objet de restitutions. Il en est de même pour les bâtiments des horizons antérieurs qui, ayant largement souffert des nombreux et importants terrassements nécessaires à l’installation des constructions suivantes, nous sont parvenus dans des états très lacunaires. Dans l’îlot central, nous disposons de la totalité du plan de l’édifice de façade dès l’horizon II (bâtiment 16). Cette construction peut, de ce fait, faire l’objet d’une étude architecturale dès son premier état. Qui plus est, ce travail enrichit la compréhension des évolutions des horizons III et IV.

    1.5.3 Le mobilier archéologique

    34Au terme de dix années de fouilles, le site de Monterfil II a livré une quantité importante de mobilier varié qu’il est difficile de présenter exhaustivement dans cette publication.

    35Une réflexion sur la datation de la fondation de la ville de Corseul est proposée. Elle s’appuie sur l’étude des estampilles italiques recensées principalement sur le site et est complétée par celles découvertes sur l’ensemble de l’agglomération. Pour la chronologie du site de Monterfil II, plusieurs unités stratigraphiques ont été sélectionnées en fonction de la pertinence du mobilier céramique qu’elles contenaient. Une présentation de ces seuls éléments a donc été privilégiée dans cette monographie. Les propositions de datation avancées s’appuient, dans la mesure du possible, sur les catégories de mobilier les plus pertinentes : sigillée, parois fines et amphores. Le mobilier céramique, largement majoritaire dans les ensembles, constitue la base de l’essentiel de notre réflexion qui tient cependant aussi compte des apports particuliers du monnayage et du mobilier métallique. À défaut, nous signalons la présence de tels éléments dans des niveaux proches et contemporains non présentés ici.

    36Le mobilier métallique et le numéraire font également l’objet, du fait de leur intérêt, de deux études particulières présentant l’ensemble des éléments exhumés sur le site.

    37D’autres catégories, telles que la verrerie et la tabletterie, ne sont pas traitées dans ce volume car elles n’apportent que très peu d’informations sur la chronologie du site. Elles feront l’objet d’articles isolés ultérieurs. La présence de tels objets dans les ensembles retenus pour l’établissement de la chronologie du site est cependant mentionnée.

    1.5.4 L’apport des fouilles de Monterfil II

    38Les fouilles de Monterfil II constituent de loin le plus important programme de recherches sur l’agglomération de Corseul. Les apports de cette fouille sont notables. Les évolutions rencontrées sur le site étaient déjà perceptibles sur les autres fouilles mais, pour celles‑ci, la documentation était le plus souvent lacunaire. Grâce aux nombreuses données qu’il a livrées, le site de Monterfil II permet désormais de mieux préciser la datation de l’apparition de la ville mais aussi la chronologie de son développement et de son abandon. La confrontation des données de Monterfil II avec celles des différents sites fouillés antérieurement apparaît essentielle afin d’établir un schéma d’évolution applicable à l’ensemble de l’agglomération.

    39Ces apports sont aussi primordiaux pour la compréhension du développement urbanistique de la capitale des Coriosolites. Les structures de Monterfil II permettent en effet de reprendre le plan de l’agglomération antique, au regard des données fournies par la trame viaire dans l’ensemble de la réserve archéologique. La confrontation de ces nouvelles données avec celles issues d’opérations préventives, le plus souvent peu étendues, d’études de documents photographiques ou cartographiques, tel l’ancien cadastre communal, permet aujourd’hui de proposer une vision du cadre urbain de la capitale de la cité des Coriosolites quelque peu différente de celle envisagée par Loïc Langouët voici plus de dix ans (Langouët 1986 ; 1987).

    Notes de bas de page

    1 Voir le travail de Guy Guennou publié en 1981 aux éditions du Centre régional d’archéologie d’Alet (Guennou 1981). Cette publication reprend l’étude que ce chercheur avait présentée en 1965 pour l’obtention d’un diplôme d’études supérieures à l’Université de Rennes I. En 1987, cette synthèse a été revue et complétée par Loïc Langouët qui exposait alors, dans un bilan synthétique, les nouvelles connaissances sur la cité des Coriosolites (Langouët 1987).

    2 La désignation de la parcelle provient du nom de l’ancien propriétaire du terrain, M. César Mulon, qui en a fait don à la commune de Corseul.

    3 Des fragments de colonnes et un élément de corniche, découverts fortuitement lors de travaux de jardin, laisseraient présager l’existence d’un édifice, peut‑être à vocation cultuelle, implanté sur ce sommet qui constitue un point de vue remarquable.

    4 La parcelle AB 79 de la réserve de Monterfil contient à elle seule treize puits antiques. La deuxième parcelle (AB 432) semble également en contenir plusieurs. Beaucoup de mentions anciennes signalent aussi de nombreuses découvertes de puits ou de margelles dans l’ensemble du bourg. On retiendra en particulier le puits fouillé par le Frère Ricordel en 1947 dans la cour de l’école privée, situé en face de la parcelle AB 432, dont nous disposons encore d’une partie du mobilier.

    Auteur

    • Hervé Kerébel

      Service municipal d’archéologie de Corseul jusqu’en 1998

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    Kerébel, H. (2001). Chapitre 1. Introduction. In Corseul (Côtes-d’Armor), un quartier de la ville antique. Paris: Éditions de la Maison des sciences de l’homme. https://doi.org/10.4000/books.editionsmsh.47775
    Kerébel, Hervé. « Chapitre 1. Introduction ». In Corseul (Côtes-d’Armor), un quartier de la ville antique. Paris: Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2001. doi:10.4000/books.editionsmsh.47775.
    Kerébel, Hervé. « Chapitre 1. Introduction ». Corseul (Côtes-d’Armor), un quartier de la ville antique, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2001, https://doi.org/10.4000/books.editionsmsh.47775.

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    Kerébel, Hervé. Corseul (Côtes-d’Armor), un quartier de la ville antique. Paris: Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2001. doi:10.4000/books.editionsmsh.47690.
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