Chapitre 2. L’urbanisation progressive
2 Graduai urbanisation
2 La urbanización progresiva
2 La progressiva urbanizzazione
p. 43‑81
Résumés
Une transformation d’importance a lieu à la fin du xiie s. : une large voie, encadrée de fossés de drainage et bordée par un ruisseau artificiel, est tracée sur l’emprise des salines abandonnées. C’est le prélude à la création d’un faubourg de la Marseille médiévale. Plusieurs bâtiments prennent place le long de cet axe de circulation principal, qui relie la cité à son terroir méridional. Au S‑O, l’hôpital du Saint‑Sépulcre est organisé autour d’un grand bâtiment d’accueil du début du xiiie s. auquel sont adjoints, quelques décennies plus tard, d’autres bâtiments occupant la totalité d’un îlot de forme triangulaire. À l’est de la voie, un vaste terrain est morcelé progressivement avec en particulier la création d’une tannerie vers le milieu du xiiie s.
A significant change took place at the end of the 12th century: a large road, equipped with drainage ditches and bordered by an artificial brook was cut through the abandoned salt‑works. This was the prelude to the creation of one of medieval Marseille’s suburbs. Several buildings were constructed along this major thoroughfare which linked the city to its Southern territory. To the south‑west, the Saint‑Sépulcre Hospital began to develop, at the beginning of the 13th century, around a large central building to which others were added several decades later, thus occupying the whole of a small triangular plot. To the east of the road, a vast area was gradually parcelled off and a tannery was established towards the middle of the 13th century.
En las postrimerias del siglo XII tuvo lugar una importante transformación : sobre las salinas abandonadas se construyó una ancha via, rodeada de zanjas de drenaje y bordeada por un canal artificial, que fue el preludio de la creación de un barrio de la Marsella medieval. Muy pronto, se ubicaron diverses edificios a lo largo de este eje principal de circulación que unía la ciudad con su territorio meridional. Al sudoeste se situaba el hospital del Saint‑Sépulcre (Santo Sepulcro), articulado en torno a un gran edificio de hospedaje –construido a principios del siglo XIII– al que se añadieron, algunos decenios más tarde, nuevas edificaciones que ocuparon la totalidad de una manzana de forma triangular. Al este de la vía, se extendía un vasto terreno que se fue parcelando progresivamente y donde se creó una tenería hacia mediados del siglo XIII.
Una trasformazione significativa ha luogo alla fine del xii secolo: una larga strada, limitata da fossati di drenaggio e costeggiata da un piccolo corso d’acqua artificiale, viene tracciata sull’impianto delle saline abbandonate. E’ la premessa alla creazione di un sobborgo della Marsiglia medievale. Molto rapidamente, lungo quest’asse viario, che lega la città al suo territorio meridionale, vengono realizzate numerose costruzioni. A SO, l’ospedale del Saint‑Sépulcre è organizzato attorno ad un grande ospizio edificato all’inizio del xiii secolo, al quale vengono affiancati, alcuni decenni più tardi, dei nuovi edifici che occupano la quasi totalità di un isolato di forma triangolare. A est della strada, un vasto terreno è progressivamente diviso in lotti ed occupato, in particolare con la creazione di una conceria verso la metà del xiii secolo.
Texte intégral
1Un bouleversement topographique important succède aux périodes d’utilisation et d’abandon des salines. À la fin du xiie s., un nouvel axe est créé à l’occasion d’une extension de l’enceinte médiévale. Il relie la zone méridionale du terroir marseillais à une nouvelle porte de la fortification urbaine, en longeant l’emplacement du Plan Fourmiguier qui borde le rivage oriental du Vieux‑Port. Un fossé de direction N‑S, contemporain de la voie, reçoit alors les eaux usées provenant des industries polluantes ; elles sont canalisées pour éviter leur rejet dans la partie N‑E du Vieux‑Port. C’est le ruisseau de la Cuiraterie que mentionnent les textes d’archives du xiiie s. (Guérard 1857 : n° 917). Des constructions structurent progressivement cette zone pour aboutir à la création d’un véritable faubourg (état 4B).
2Le phasage proposé a été mis en place d’après l’étude stratigraphique et architecturale des vestiges. Les datations pour cette phase tiennent compte bien évidemment du mobilier découvert, mais celui‑ci n’est pas en quantité suffisante ni précisément daté pour obtenir un découpage par quart de siècle. Ces datations ont donc été resserrées grâce aux renseignements fournis par l’étude d’archives.
2.1 Création d’une voie et de fossés de drainage
3fig. 39
4Le premier état médiéval (état 4B1) dure de la fin du xiie s. aux environs de 1210. Pendant ces décennies, la zone fait l’objet d’une occupation humaine relativement faible et conserve une physionomie plutôt rurale. Sur l’emprise des salines, une large voie est créée suivant un tracé rectiligne. Afin de la mettre hors d’eau, elle est surelevée et bordée des deux côtés par un réseau de drainage des eaux. Au nord, l’ancien fossé de direction E‑O de l’état 4A subsiste. Ces aménagements jettent les bases de la physionomie future du quartier médiéval, avec une orientation et des axes forts qui divergent de la trame antique. La mise en place de la voie est l’acte d’urbanisme fondamental qui induit la mise en place d’un drainage approprié. Toutefois, ayant observé plus facilement au cours de la fouille les creusements des fossés que la voie elle‑même, l’analyse archéologique commencera par ce réseau avant d’étudier les voies.

FIG. 39 ‒ Plan général de la phase 4B1.
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.1.1 Le ruisseau et les fossés
5L’ensemble des nouveaux fossés se répartit de part et d’autre de la voie avec un réseau plus dense à l’ouest de cet axe de circulation. Le creusement d’un vaste fossé (S 269) constitue la bordure occidentale de la voie en zone nord ; il s’infléchit vers le S‑O dans la moitié sud du chantier. La présence de ce creusement a été difficile à mettre en évidence car il se distingue mal de la tranchée d’installation du mur de contrescarpe du xive s. (fig. 40). Le pendage général du fossé se fait du nord vers le sud, c’est‑à‑dire de la ville vers l’angle S‑E du Vieux‑Port. On peut l’identifier avec le ruisseau qui contourne le Plan Fourmiguier, connu au xiiie s. par les textes (cf. infra § 8.3.2) et appelé ruisseau de la Cuiraterie.

FIG. 40 ‒ Coupe stratigraphique à l’aplomb du mur M 224. On remarque à gauche le creusement du ruisseau S 269 (cf. fig. 60, 85, 92, 133).
DAO J. Isnard/Afan
6Dans la partie sud du chantier, le fossé S 272 prolonge en plan la partie septentrionale du ruisseau, avec lequel il ne communique pas. Ce fossé présente un profil en U aplati, légèrement évasé au sommet (fig. 41). Il adopte un tracé quelque peu sinueux lorsqu’on l’observe sur une grande distance et son pendage s’oriente globalement vers le nord. Sa largeur varie de 1,50 à 2,00 m et sa profondeur est d’environ 60 cm. Il s’agit de dimensions moyennes puisque, faute de temps, il n’a pas pu être fouillé entièrement. Des traces de curage, non datées, attestent un entretien du fossé.

FIG. 41 ‒ Coupe stratigraphique réalisée dans le comblement du fossé S 272 (cf. fig. 60, 82).
DAO J. Isnard/Afan
7Le fossé qui borde la voie à l’est (S 275, creusement 3‑582) n’a été observé que dans la partie nord de la fouille car son prolongement vers le sud sort de l’emprise du chantier. Il a fait l’objet d’une fouille ponctuelle dans l’emprise de la forge B9 du xive s. (fig. 42) où sa largeur maximale est de 2,40 m et sa profondeur de 70 cm. Il présente un profil en U très évasé, à fond plat, en pente vers le nord (fig. 43). La nature des remblais à l’aplomb de la rue, un mélange de mottes d’argile et de sable, atteste qu’ils proviennent du creusement de ce fossé. Ils ont été étalés à même le niveau d’abandon des salines et leur limite orientale coïncide avec celle du fossé, prolongeant son flanc. Le fossé S 275 s’interrompt soudainement avant d’atteindre la limite nord du chantier, à l’emplacement du fossé 2‑1119.

FIG. 42 ‒ Coupe stratigraphique réalisée de part et d’autre de M 103, montrant le creusement du fossé S 275 (à droite), et les niveaux immédiatement antérieurs à la création de la voie (cf. fig. 52, 124).
DAO J. Isnard/Afan

FIG. 43 ‒ Le fossé S 275 et son comblement partiellement fouillé.
Cliché F. Cognard/Afan
8Au sud, un fossé d’orientation différente a été mis au jour (S 270, creusement 4‑649). Il n’a été observé que très partiellement lors d’un sondage (fig. 44), mais il communique certainement avec le fossé S 272 ; leurs comblements se rejoignent sous le mur nord du bâtiment construit dans la phase 4B2 et sont scellés par la même couche. Le pendage de S 270 se fait d’ouest en est, en direction du fossé S 272.

FIG. 44 ‒ Le fossé S 270, recoupé par le mur M 100. À gauche, en coupe, on aperçoit le fossé de l’Antiquité tardive S 271 et son comblement.
Cliché F. Cognard/Afan
9Il faut noter que ces fossés ne communiquent pas entre eux de part et d’autre de la voie, et qu’ils ne sont sans doute pas en relation avec le ruisseau S 269. Si ces fossés avaient bien pour objet de mettre hors d’eau la voie, on ne sait pas de quelle manière s’effectuait l’évacuation des eaux lors d’orages.
10La date de creusement des fossés n’a pu être déterminée avec certitude. Les contextes de comblement des fossés S 272 et S 270, situés immédiatement avant la construction du premier bâtiment en zone sud, sont datés de la fin du xiie s. ou du début du xiiie s.
2.1.2 Aménagement de la voirie
11La bande de terrain située entre les fossés et formant la voie est large d’environ 6,50 m, avec un pendage du nord vers le sud. En surface, les remblais extraits des creusements des fossés ont été étalés de manière à rehausser le niveau de circulation. Dans la partie nord du chantier, la création de la voie a nécessité la démolition des murs de la phase 4A. Ceux‑ci sont reconstruits en tenant compte du nouvel axe déterminé par la voie. Celle‑ci met en relation la nouvelle porte de l’enceinte avec le chemin qui dessert à la fois la rive sud et la zone mise en culture autour de l’Huveaune.
12Bien que le fossé de drainage parallèle au ruisseau en atteste l’existence, la voie primitive n’a pas été observée au nord. Cette voie devait avoir un aménagement de surface dont nous ne possédons que le soubassement. Dans l’emprise des salines, le sol induré forme une surface assez robuste pour servir d’assise. Cependant la nature des dépôts qui le scellent atteste de la présence d’eau. Un remblaiement de quelques dizaines de centimètres a été nécessaire afin d’exhausser la voie. Le fossé 2‑787 qui borde les salines au nord est comblé sur la largeur de la voie par un remblai argileux à la base et constitué essentiellement de pierres et de galets de toute nature en surface (2‑912) (fig. 45). Au nord, un drain (2‑1011) est installé lors de la création de la voie (fig. 39). Il consiste en une tranchée de 1,40 m de large pour 50 cm de profondeur, au profil en cuvette, comblée par du sable et graviers. En provenance du nord où il est coupé par la paroi moulée, ce drain, situé d’abord dans l’axe de la voie, s’infléchit vers l’est au niveau du fossé qui borde les salines. Celui‑ci n’étant pas comblé car situé hors de l’emprise de la voie, il lui sert d’exutoire. Ce fossé pérennise une limite ancienne ; il disparaîtra lors de la construction de la ruelle dans la phase 4B3.

FIG. 45 ‒ Empierrement sur le franchissement du fossé 2‑787 (au fond), à la jonction de la voie principale et de la ruelle.
Cliché F. Cognard/Afan
13Au sud, la plus ancienne trace de la voie apparaît sous la forme d’un empierrement chaulé installé sur un remblai argileux, qui lui‑même surmonte un contexte contenant des posidonies (plante d’origine sous‑marine, rejetée sur les plages et transportée par le vent) lié au fonctionnement du fossé occidental. On peut sans peine imaginer la voie primitive sous l’aspect d’une route que bordent, de part et d’autre, deux fossés ainsi qu’on l’observe encore couramment de nos jours.
2.1.3 Comblement des fossés
14Le comblement des fossés est complexe. Il se compose, en surface, d’une terre argileuse marron, fortement mêlée de déchets organiques, principalement de posidonies, de coquillages et de quelques paléosemences (pépins de raisin...). La fouille de ces comblements a également livré les restes abondants de faune terrestre provenant essentiellement d’animaux de grande taille (notamment des équidés) mais aussi de crottin (de cheval ?). Outre quelques tessons, résiduels antiques et vernissés, il faut mentionner aussi la présence de quelques fragments de barres d’enfournement, identiques à celles découvertes à Marseille dans les fouilles des ateliers de potiers de Sainte‑Barbe (cf. infra § 5.2.1.6). Sous cette argile organique se trouvent des comblements d’argile de couleur grise à verdâtre. Les coupes effectuées dans les fossés longeant la voie semblent indiquer que ceux‑ci ont été, au moins à une ou deux reprises, curés, avant d’être à nouveau comblés, sans doute par l’abondance des déchets abandonnés.
2.1.4 Une construction au nord
15On peut attribuer à cette phase la construction d’un premier état du mur M 201 dont une petite portion est conservée au nord, contre la paroi moulée. Ce mur, d’axe N‑S, se distingue des autres murs médiévaux par la profondeur de son niveau d’installation et de sa tranchée de fondation. Celle‑ci est bien ajustée à la base et évasée au sommet ; elle contenait de la céramique attribuable à la fin du xiie s. ou au début du xiiie s. La fondation (2‑1047a), épaisse de 80 cm et haute de 40 cm, est constituée de deux assises de gros blocs sur lesquelles s’appuie un blocage de calibre moyen. Elle est surmontée d’un mur plus étroit (60 cm) dont il ne reste qu’une assise de moellons et qui correspond probablement à l’emprise de l’élévation. Ce mur venait sans doute se lier à l’ancien mur du haut Moyen Âge, dont seule la partie orientale aurait subsisté.
16Il faut cependant relativiser l’interprétation stratigraphique qui est proposée car elle repose sur l’étude des coupes et la prise en compte d’informations aperçues ponctuellement.
2.2 Premières traces de bâti
17fig. 46
18Certains fossés de drainage n’ont sans doute pas servi plus d’une vingtaine d’années. Sur le comblement du fossé occidental est construit, au sud, un grand bâtiment (C1) qui caractérise l’état 4B2. L’espace situé à l’est de la voie est alors certainement fermé d’une clôture légère.

FIG. 46 ‒ Plan général de la phase 4B2.
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.2.1 L’hôpital du Saint‑Sépulcre
19fig. 47
20Au sud, le bâtiment Cl est construit après le comblement des fossés de drainage S 272 et S 270. Du fait de sa situation en bordure de la fouille, l’emplacement de celui‑ci a longtemps été recouvert par les déblais issus du chantier. En fin d’opération, l’espace a été partiellement dégagé et quelques observations rapides ont été effectuées. Seul le mur nord a pu être étudié de façon satisfaisante.
21Le grand bâtiment ainsi mis au jour est limité au nord par M 100, au sud par M 206 et à l’ouest par M 220 (fig. 47) ; sa limite orientale est située au‑delà de la paroi moulée. Ses dimensions probables sont de 21 m de long et 7 m de large, soit une surface d’environ 150 m2. Les trois murs conservés sont liés entre eux par des chaînages d’angle de facture soignée en grandes pierres de taille. M 100 est constitué d’une fondation de gros blocs de calcaire blanc ou de grès non équarris et d’une élévation de trois assises de moellons de calcaire jaune, équarris, liés au mortier ; elles sont surmontées d’une assise supérieure de dalles de calcaire blanc également liées au mortier (fig. 48). Les deux faces de parement sont enduites. Le comblement de la tranchée de fondation de M 100 est daté du début du xiiie s. M 206 présente une fondation en gros blocs de pierres froides liés au mortier et une élévation formée de quatre assises de moellons équarris en calcaire. L’assise basse forme un ressaut côté nord ; celui‑ci est recouvert d’un enduit qui formait un solin à la base de l’assise la plus haute. À l’intérieur du bâtiment, on observe quatre piliers (S 247, S 246, S 248 et S 249) distants d’environ 3,60 m et qui se font face deux à deux. Ils sont constitués de blocs taillés, liés au mortier, soutenus par des pieux de bois largement enfoncés dans les sédiments argileux sous‑jacents. Ils ne sont présents que dans la moitié occidentale de l’édifice. L’autre moitié, ouvrant certainement sur la voie, n’a pas livré de vestige de pilier.

FIG. 47 ‒ Plan du grand bâtiment C1 (phase 4B2).
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille

FIG. 48 ‒ Élévation du mur M 100 et coupe stratigraphique inférieure (cf. fig. 47, 60, 85, 92, 133).
DAO J. Isnard/Afan
22La stratigraphie n’a pu être observée qu’en coupe. La première utilisation de ce bâtiment se compose d’une série de remblais argileux mêlés de lentilles de charbons de bois ou de contextes plus hétérogènes. Ces couches s’appuient sur la fondation et sur la première assise d’élévation légèrement débordante des autres. Au‑dessus est installé un sol de chaux. Le parement sud de M 100 présente à ce niveau un solin de mortier qui correspond au premier enduit dont ne subsistent que quelques plaques éparses. Le niveau de chaux disparaît par endroits le long de M 100.
23En limite sud de l’emprise de la fouille, a été repérée la fondation d’un mur, de direction N‑S (M 207), s’appuyant contre le parement sud de M 206. Ce mur est donc de construction postérieure, mais il est sans doute quasiment contemporain de la construction du grand bâtiment, comme le laisse penser la similitude de facture des fondations. Il est possible qu’un groupe de bâtiments soit construit à cet endroit, le long de la voie. Leur destination reste inconnue. Au nord de cet îlot, aucun niveau d’occupation n’a pu être mis en évidence dans l’espace triangulaire délimité par le ruisseau, la voie et le bâtiment Cl.
24Le grand bâtiment se distingue de l’architecture domestique que l’on trouve ensuite sur le site. L’étude d’archives (cf. infra § 8.3.3.1 et 10.2.4) a permis d’identifier ce bâtiment à l’hôpital du Saint‑Sépulcre.
2.2.2 L’espace à l’est de la voie
25Au nord, aucun niveau ne peut être associé au mur M 201 (cf. supra § 2.1.4).
26À l’emplacement du futur îlot central (à l’est de la voie), le fossé S 275 est alors comblé. L’occupation est matérialisée par deux couches synchrones très reconnaissables. Il s’agit, dans la partie est, d’une couche organique brune, hétérogène, contenant des cailloux, des fragments de tuiles et de nombreux charbons. Elle est associée, à l’ouest, à une couche argileuse riche en petits galets gris. À l’ouest, cette dernière est contenue par le talus que forme la rue. Au nord, ces couches vont jusqu’au droit de la fosse 2‑787 (état 4A) et en tapissent légèrement le fond. Ces couches sont séparées par un creusement légèrement sinueux (3‑582), parallèle à la voie, à profil en cuvette, de faible profondeur. Sa largeur varie de 2,50 m à son extrémité nord à 3,50 m au sud, à proximité du collecteur pluvial qui coupe le chantier en deux. Son emprise ne dépasse pas la limite nord de l’enclos, la fouille ayant montré son absence à cet endroit. Il peut s’agir d’un petit fossé de drainage creusé à l’intérieur de la propriété, en limite de la voie.
27Une grande partie des niveaux ayant été détruite lors de l’installation du fossé de la fortification de l’état 4C, seule une faible surface préservée nous restitue des niveaux à l’emplacement du Plan Fourmiguier (partie occidentale de la fouille). Cette occupation, caractérisée par une couche brune, se situe entre –0,20 m et 0 m ngf ; elle repose sur deux couches de sable recouvrant les niveaux de sol anciens et reconnues sur la totalité de cet espace. Cette couche n’a livré que de la céramique roulée de l’Antiquité tardive, sans doute résiduelle. En revanche, un terminus plus fiable, de la fin du xiie s. ou du début du xiiie s., est apporté par la présence, en surface de ce contexte, de plusieurs fragments d’une même marmite. Des éléments similaires ont été trouvés dans la couche de sable sous‑jacente, mêlés à des tessons de même datation.
28Enfin, c’est peut‑être à cette phase qu’il faut rattacher une fosse circulaire (3‑126), dégagée lors de la phase de reconnaissance archéologique et située sous la rue caladée. Placée contre le ruisseau S 269, elle semble avoir été creusée depuis les premiers niveaux de la voie, mais son bord d’origine a disparu.
2.3 Une occupation encore clairsemée
29fig. 49
30Durant l’état 4B3, le ruisseau coule toujours en limite du Plan Fourmiguier. Il fait l’objet de curages successifs afin d’assurer l’évacuation des déchets et celle des eaux usées. À certains endroits, nous avons retrouvé des pieux en bordure du ruisseau (fig. 49) ; il peut s’agir des vestiges d’un aménagement de berges. L’absence de fouille de ces niveaux sur une surface plus importante n’a pas permis de s’en assurer. Les différents espaces se structurent progressivement tandis que les voies font l’objet de travaux de réfection ou de création puisqu’un nouvel axe de circulation est installé à l’emplacement de l’ancien fossé 2‑787. Au nord de cette ruelle, on note la construction de deux maisons, alors qu’au sud, on bâtit un mur délimitant le vaste terrain situé à l’est de la voie, ouvrant sur la ruelle. Dans la partie sud du site, trois bâtiments de l’hôpital du Saint‑Sépulcre sont construits, ainsi qu’un mur séparant la voie principale de l’espace non bâti situé à l’ouest. C’est dans cette zone qu’ont été retrouvées une dizaine de tombes qui doivent certainement être contemporaines du groupe de bâtiments et appartenir à un même ensemble. La datation retenue pour cette phase est le second quart du xiiie s.

FIG. 49 ‒ Plan général de la phase 4B3.
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.3.1 Les voies
31La voie principale fait l’objet de travaux d’aménagement de surface. Une nouvelle rue est aménagée ; elle reçoit une adduction d’eau qui remplace l’ancien drain des phases précédentes.
2.3.1.1 La voie principale
32Comme pour la période précédente, les vestiges d’un niveau de circulation sont rares en zone nord. Seule une portion, constituée d’un épandage de petits graviers (3‑600) lié à M 145 (cf. infra § 2.3.2.2), est conservée, formant une bande de 1,60 m de large. Il est également visible en zone sud, où la voie est alors recouverte d’un empierrement très dense constitué de petits galets pris dans un contexte argileux compact (1‑537). La présence de la paroi moulée du parking n’a permis d’en observer qu’une faible surface, de forme allongée et orientée N‑S. Cette couche de galets est recouverte par des contextes qui contiennent du matériel du milieu du xiiie s.
2.3.1.2 La ruelle
33L’occupation débute par l’installation d’un sol de chaux qui devait s’étendre sur la quasi‑totalité de l’espace, mais préservé uniquement contre le muret de faible hauteur (structure 2‑915) fait de pierres appareillées sur deux rangs. Cette structure est un muret de faible hauteur, fait de pierres appareillées sur deux rangs. Parallèle au mur de façade bordant la ruelle au nord et distant de ce dernier de 20 cm, il a pu soutenir une banquette le long de l’îlot, en bordure d’un état primitif de la voie. Le sol de chaux doit être également associé à une canalisation enterrée installée dans l’axe de la rue, en pendage vers l’ouest (S 190, fig. 50). Celle‑ci est constituée de deux murets de bordure soutenant une couverture de dalles et formant un conduit de 40 cm de largeur pour 30 cm de hauteur. Cet égout est totalement démonté dans la partie ouest de l’espace. Cet état correspond à l’utilisation des murs M 137 au sud et M 196 au nord et est donc contemporain des premiers sols des bâtiments avoisinants, datés de la première moitié du xiiie s. Le niveau est ensuite rechargé de fines strates horizontales (2‑744), alternance d’argile et de chaux, puis remblayé par l’apport de la couche 2‑743, pierres et chaux concrétionnée, pour obtenir un nivellement à une altitude de 0,30 m NGF en moyenne (fig. 51).

FIG. 50 ‒ Égout S 190 sous la ruelle.
Cliché F. Cognard/Afan

FIG. 51 ‒ Coupe stratigraphique perpendiculaire à l’axe de la ruelle S 6. Les multiples creusements sont dus à l’installation et à la récupération de canalisations (cf. fig. 52, 72).
DAO J. Isnard/Afan
2.3.2 La construction des premiers espaces dans l’îlot nord
34fig. 52
35Lors de la phase 4B1, l’installation de la voie avait nécessité le percement des murs préexistants au nord. Durant cette phase un nouveau bâti est construit, tenant compte cette fois‑ci de l’orientation de la voie principale. Ainsi, le mur M 201, tout en conservant approximativement son ancien emplacement, est réaligné en fonction des nouveaux axes ; il est en grande partie arasé et même récupéré avant d’être rebâti. La limite sud de l’îlot conserve son orientation au cours de cette refonte mais elle est décalée vers le sud, gagnant sur l’ancien comblement du fossé situé sous la ruelle. Sur ces bases est d’abord édifiée la maison A1 auquel s’adjoint ensuite la maison A2.

FIG. 52 ‒ Plan de l’îlot nord et de l’enclos dans son 2e état (phase 4B3)
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.3.2.1 Description des maçonneries
36Par leurs caractéristiques communes, les murs M 201 (contextes 2‑1048 et 2‑1046) (fig. 53), M 210, M 196 et M 200 attestent de l’antériorité de la maison Al par rapport aux autres espaces de l’îlot nord. Leurs fondations atteignent la cote –0,60 m ngf au sud et remontent vers le nord ; ainsi, la base de la fondation du refend M 210 est plus haute de 50 cm. Leur largeur est de 50 cm, le liant est toujours constitué de terre et l’appareil, de module variable, est essentiellement fait de pierres froides anguleuses, combinées à quelques blocs de molasse ou de poudingue. Une hauteur d’arasement différente permet, sous toute réserve, d’envisager une ouverture dans M 196, à son extrémité occidentale. Sous la fondation des murs de façade, a été préalablement installé un drain (2‑1228), large de 50 cm et profond de 40 cm, comblé de galets. Légèrement décalé par rapport aux murs, il permet d’isoler ceux‑ci de l’humidité.

FIG. 53 ‒ Élévation orientale de M 201 et de M 7.
DAO J. Isnard/Afan
37Les murs M 199 et M 202 diffèrent des murs de la maison Al par la faible profondeur de leurs fondations. Venant s’appuyer contre cet espace, ils délimitent la maison A2. Leur appareillage est brut, souvent anguleux, de module et de nature variés, sans liant. L’assise de base du mur M 199, seule conservée, est constituée de gros blocs. À l’exemple du mur M 202 (fig. 54), elle est surmontée d’au moins cinq assises de pierres de petit calibre liées à la terre dont les deux dernières forment la base de l’élévation. Une différence d’appareil (mais pas de mortier) et quelques lauzes disposées à plat sur le sol de la maison A2 contre le mur matérialisent peut‑être l’existence d’une ouverture dans le mur M 202, large de 1,75 m, à sa jonction avec le mur M 199. Mais il est également possible que l’ouverture se situe dans ce dernier, lequel est arasé trop bas pour en avoir conservé la trace.

FIG. 54 ‒ Élévation de M 202 et de M 197, mur oriental de la maison A2.
DAO J. Isnard/Afan
2.3.2.2 Occupation
38La première occupation de la maison Al est marquée par le sol 2‑215a, matérialisé par une surface plane constituée d’un fin dépôt de cendre et d’argile mélangées, à 0,10 m ngf (fig. 55). Au centre de la moitié est de l’espace, six trous de 25 cm de diamètre dessinent un cercle de 2 m de diamètre. Leurs remplissages différents rendent hypothétique une utilisation conjointe. Deux recharges successives recouvrent le sol. La première (2‑194) de sable jaune ocre, déposée en périphérie, donne au sol l’aspect d’une vaste cuvette. La suivante (2‑214), graveleuse et compacte, nivelle cette cuvette. Appuyées contre la partie médiane du mur M 196, une pierre quadrangulaire au nord et une lauze sur chant à l’est soutiennent un remblai argileux jaunâtre sur lequel est déposée une couche de cendre. Il s’agit probablement d’un foyer. Un remblai de 10 cm rehausse ensuite la surface. Le sol d’occupation suivant, 2‑176, est constitué d’une pellicule d’argile verte plane, à une altitude de 0,30 m ngf. Il est associé à un foyer relativement élaboré, S 208, situé dans l’angle S‑O. C’est une fosse rectangulaire de 1 m (le long de M 200) par 50 cm, dont les flancs, hauts de 10 cm, sont renforcés par des lauzes de chant, et le fond, plat, est dallé. Le remplissage, fait d’une alternance de couches de chaux et de cendre, et la rubéfaction des pierres de la structure et des murs voisins attestent de sa fonction.

FIG. 55 ‒ Détail du premier sol d’occupation de la maison A1 et de ses recharges.
Cliché F. Cognard/Afan
39L’unique sol de cette phase apparaît dans la maison A2 après un remblaiement général d’une vingtaine de centimètres d’épaisseur : 2‑891 est un sol sablo‑limoneux compact et plan, à 0,07 m ngf. Il est associé à un foyer (S 204) installé contre M 202. Ce foyer, vu uniquement en coupc, est d’une largeur supérieure à 90 cm. Il est composé d’un radier de déchets de taille surmonté d’un dallage de plaquettes calcaires et d’une forte couche d’argile rubéfiée. Sa dernière utilisation est matérialisée par une épaisse couche de cendre (2‑864). L’ensemble est percé par une tranchée (2‑896) d’axe N/S et au profil en cuvette, large de plus de 1,50 m et profonde de 25 cm. Elle est comblée de matière organique et est surmontée par une poche de cendre. Cette tranchée trouve probablement son origine dans la phase de reconstruction qui suit immédiatement son comblement.
40À l’est de la maison A2, bien qu’il n’existe pas de mur limitant l’espace au sud, l’occupation est attestée par le sol 2‑1183 qui scelle la tranchée de fondation du mur M 202. Un bourrelet de cendre recharge le sol le long du parement est.
41Au nord de la maison Al, l’occupation est marquée par un sol sableux riche en charbons de bois (2‑983), en pente vers l’ouest et accusant, à l’est, une dépression le long du mur M 201 (fig. 56). Cette surface est ensuite remblayée et nivelée, à 0,15 m ngf, pour obtenir le sol 2‑853 constitué de sable fin compacté.

FIG. 56 ‒ Coupe stratigraphique traversant les espaces A1, A3 et la ruelle (cf. fig. 52, 72, 107).
DAO J. Isnard/Afan
2.3.3 L’enclos
42Après le comblement de l’ancien fossé oriental S 275, l’espace est séparé de la voie par la construction du mur M 103, prolongé dans un second temps au sud par un autre mur, M 145 (fig. 52).
2.3.3.1 Premier état
43Après le comblement des fossés, la bordure orientale de la voie est renforcée par le mur M 103. Ce mur, d’une longueur totale de 36 m et d’une largeur de 60 cm, est parfaitement rectiligne et homogène d’un bout à l’autre. Son appareillage est soigné, fait de moellons assez petits, bruts de taille, de nature diverse et liés par de la terre limoneuse. Dans la moitié nord, il sert de fondation aux murs postérieurs alors qu’au sud ceux‑ci obliquent vers l’est, préservant une élévation de 60 cm et les liens avec la stratigraphie. La tranchée de fondation est peu profonde (10 cm) car le sol des salines, peu enfoui, lui sert de semelle. Elle met en évidence un piédroit au sud, à partir duquel aucun retour n’a été observé sur la surface fouillée. Au nord, le mur contemporain M 137, parfaitement similaire à M 103, forme un retour en limite de la rue secondaire (fig. 57). Ces deux murs limitent ainsi un vaste enclos qui ne semble pas fermé au sud et sur lequel sera bâti l’îlot central de la phase 4C. La seule ouverture observée dans l’emprise de la fouille se trouve dans l’angle N‑O. Elle est large de 1,50 m et n’est pas aménagée.

FIG. 57 ‒ Élévation du mur M 137, surmonté de M 8. Il limite au nord l’îlot central. Sous M 137 apparaît en coupe le fossé S 275 (cf. fig. 52, 77, 89, 113).
DAO J. Isnard/Afan
44Postérieurement à la construction du mur M 103, un remblai de sable et de mottes d’argile assainit les premiers sols d’occupation à l’intérieur de l’enclos. Un exemple apparaît dans l’emprise de la forge B9, où cette couche forme un bourrelet contre le mur M 103, créant ainsi à l’est une dépression que comblent les remblais suivants. L’épandage le plus important est composé d’un sédiment sableux gris très reconnaissable (3‑480), rencontré dans tous les espaces et qui n’atteint pas toujours le mur à cause du bourrelet. Au sud, où M 103 n’existe pas, le remblai s’appuie sur la bordure de la voie primitive. La surface de ce remblai fait office de sol d’occupation matérialisé localement, dans l’espace B9, contre M 103, par une fine couche de même texture. L’aspect de ce sol est cependant mal connu, d’une part parce qu’il a été peu fouillé, d’autre part parce qu’il se confond souvent avec le niveau suivant, également sableux, auquel nous associerons plus volontiers les structures observées.
2.3.3.2 Second état
45Le mur M 103 est prolongé ultérieurement au sud par le mur M 145 dont les seules assises conservées, en pierres froides très anguleuses, sont liées par la même argile qui constitue les remblais adjacents. Ceux‑ci, constitués de mottes d’argile et de sable, se retrouvent dans tous les espaces de l’îlot central, la réfection affectant probablement l’ensemble de l’enclos. La direction de M 145 est légèrement oblique par rapport à celle de M 103 ; l’analyse architecturale confirme qu’il s’agit bien de deux états successifs et non contemporains. Plus au sud, de l’autre côté du collecteur pluvial qui séparait le chantier en deux zones distinctes, un mur (M 273) prolonge M 145. La liaison entre ces deux murs est perdue, mais il est vraisemblable qu’il s’agit d’un seul et même mur dont ne subsiste que la fondation puisqu’il a été arasé à la fin du xiiie s.
46Au sein de l’enclos s’implantent çà et là de rares structures dans les remblais sableux. Le futur espace B9 est traversé par une tranchée, 3‑578, parallèle au mur M 103. De section carrée, elle est profonde de 40 cm et large de 70 cm. Elle disparaît vers le nord, recoupée par une large fosse. Le comblement de la tranchée est constitué d’une terre brune assez homogène, surmontée d’une couche argileuse tachée de rouille un peu moins épaisse. Son abandon, alors qu’elle n’est pas encore complètement rebouchée et forme une forte dépression, est scellé par du sable pur jaune répandu par tâches sur la surface. Appuyé contre M 103, cet épandage accuse une forte pente vers l’intérieur et se répand partiellement dans la tranchée. Il se poursuit de l’autre côté (3‑496), où il remplit une fine tranchée E‑O, profonde de 10 cm et large de 20 cm (3‑621). Cette dernière est perpendiculaire au mur M 145, qu’elle rejoint à son contact avec le mur M 103, et limite au sud l’épandage de sable. Il est plausible qu’il s’agisse d’une empreinte de cloison (fig. 58). Aucun autre refend de ce type n’a été observé sur la fouille.

FIG. 58 ‒ Amas de torchis lié au mur M 145.
Cliché F. Cognard/Afan
47Au centre de l’enclos se trouve une fosse très profonde (3‑867) dont le fond n’a pas été atteint à la cote –1 m ngf. Elle forme un carré de 2 m de côté (fig. 59). Ses flancs sont verticaux, sauf à proximité du sommet où les bords est et ouest s’évasent fortement. Le comblement en majorité argileux est composé en surface d’un cailloutis aéré enrobé d’un dépôt de couleur rouille, témoin d’une circulation d’eau. La fonction de cette fosse reste énigmatique, mais nous proposons d’y voir la récupération d’un puits.

FIG. 59 ‒ Coupe stratigraphique dans l’espace B6 montrant la fosse 3‑867 (cf. fig. 52, 77, 89, 117).
DAO J. Isnard/Afan
48La fin de l’occupation dans l’espace B9 est marquée par un nivellement avec l’apport d’un remblai de sable pur gris 3‑477 qui colmate tous les creux. Enfin, une vaste fosse peu profonde (3‑520) est creusée à proximité du mur M 103. Son comblement est constitué de terre végétale à la base (3‑518, équivalence 3‑457, 3‑695, peut‑être 3‑709 et 2‑716), plus hétérogène et riche en cailloux au sommet. Elle contient du matériel du xiiie s. L’hypothèse d’une fosse agraire est envisageable.
2.3.4 Le bâti dans l’îlot sud
49fig. 60
50Deux murs sont construits le long de la voie principale, M 65 à l’ouest et M 273 à l’est, ce dernier constituant le prolongement de M 145. M 65 forme la façade des constructions de cette phase et se prolonge au nord en un grand mur de clôture. Trois pièces (C3, C4 et C5) viennent s’accoler au grand bâtiment de la phase précédente. Le bâtiment C3 est limité au nord par M 266, à l’ouest par M 97, au sud par M 100 et il est recoupé à l’est par la paroi moulée. Une tranchée a été observée légèrement en retrait au nord de M 28, mur plus tardif. Elle correspond à l’épierrement du mur qui fermait le bâtiment C3 au nord (M 266). Un bassin (C4) est construit. Les trois murs qui le constituent (à l’est, M 97 ; au nord, M 99 et à l’ouest M 161) sont liés entre eux ; l’ensemble s’appuie contre le parement nord de M 100. L’espace C5 (sans doute un petit atelier) est limité à l’ouest par M 153, au nord par M 175 et à l’est par M 65. La limite sud est formée par la tranchée d’épierrement de M 266.

FIG. 60 ‒ Plan de l’îlot sud (phase 4B3).
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.3.4.1 Description des maçonneries
51M 65 est, dans son ensemble, de construction très irrégulière (fig. 61). Il présente, en fondation et en élévation, un appareil assisé, constitué de moellons équarris en calcaire jaune ou blanc. Par endroits, les pierres sont de chant ou inclinées. Cette irrégularité contraste avec la facture des murs de refend qui lui seront associés dans les phases suivantes ; celle‑ci, même si elle n’est pas excellente, est beaucoup plus régulière. L’irrégularité observée dans l’appareillage de M 65 tel qu’il nous est parvenu laisse penser que le mur a été remanié de nombreuses fois, notamment pour y implanter des seuils ; certains sont contemporains de la construction du mur, tandis que d’autres sont aménagés ultérieurement, quand l’îlot sud est loti et que M 65, simple mur de clôture, devient un mur de façade. De l’autre côté de la voie, il ne subsiste qu’une assise de fondation de M 273.

FIG. 61 ‒ Élévation de la partie méridionale du mur M 65 (cf. fig. 60, 85, 92, 133).
DAO J. Isnard/Afan
52Seul mur subsistant du bâtiment C3, M 97 se compose dans sa partie basse de moellons de tailles diverses liés au mortier, équarris ou non, bloqués par des petites pierres et des galets. L’ensemble de la construction est peu soigné. Au‑dessus, trois assises de moellons équarris ou non sont disposées de façon beaucoup plus régulière ; le mortier est le même que celui de la partie inférieure. La partie basse est liée à M 99 (espace C4) tandis que la partie supérieure ne l’est pas. Cette élévation plus soignée correspond à la limite ouest du bâtiment C3 dont la partie nord est récupérée ultérieurement, tandis que la base du mur fonctionne exclusivement avec le bassin C4, fondé très profondément.
53Le mur nord du bassin C4, M 99, présente un appareillage irrégulier de petits moellons non équarris et de quelques moellons plus gros et équarris. Le mortier qui lie ces pierres est identique à celui de M 97. M 161 est de même facture que M 99 et M 97. Ces trois murs présentent un parement interne tandis que leur face extérieure est nettement moins soignée (fig. 62). Ils étaient peut‑être enduits.

FIG. 62 ‒ Le bassin C4, accolé contre le mur M 100.
Cliché F. Cognard/Afan
54Dans l’atelier C5, le mur M 153, d’orientation N‑O/S‑E, est constitué de moellons de calcaire jaune liés à l’argile. L’appareil est irrégulier mais assisé, avec un parement oriental en épi et un parement occidental à moellons horizontaux. Le mur M 175, d’orientation approximative E‑O, est constitué de moellons équarris ou bruts en calcaire jaune tendre liés à la terre (fig. 63). La fondation (une assise) est faite de gros blocs de pierres froides ou de calcaire avec un blocage central en petits moellons bruts. Deux assises d’élévation sont encore visibles. M 153 et M 175 sont tous deux installés sans tranchée de fondation sur un niveau contenant de nombreuses posidonies (4‑460), qui succède à la couche très damée des salines (4‑462/4‑337). Une banquette argileuse (4‑475 et 4‑393) déposée contre leur parement extérieur sert très vraisemblablement à consolider leur fondation et à la préserver de l’humidité. Le mur M 153 forme, à l’ouest, un angle droit à son extrémité N‑O avec le mur M 175. La liaison des deux murs a disparu car elle a été récupérée. Le mur M 175 est lié à la fondation du mur M 65. Celui‑ci présente deux assises de fondation constituées de blocs non équarris et de trois assises d’élévation composées de moellons équarris liés à la terre. Entre deux coups de sabre bien nets, un bouchage régulier de moellons équarris signale une ouverture sans que l’on puisse l’attribuer avec certitude à cet état. Néanmoins, au sud, un seuil est conservé sur la troisième assise. Il est donc très vraisemblable que la première ouverture soit en relation avec le fonctionnement de ce bâti. Le négatif a une largeur de 1,50 m, signe probable d’une ouverture assez grande.

FIG. 63 ‒ Petit bâtiment recoupé par le mur M 25.
Cliché F. Cognard/Afan
2.3.4.2 Occupation
55Le bâtiment C3 est au contact du grand bâtiment. Durant cette période, l’espace présente des poches d’argile, des lambeaux de couches qui contiennent du calcaire et de la chaux et un sol lacunaire (4‑451) constitué d’un sédiment argileux et de passées calcaires. Ces niveaux sont datés du milieu du xiiie s. Aucun aménagement n’a été repéré.
56Dans le bassin C4, une canalisation débouche à la base du mur M 161. À ce niveau, la fondation de M 100 est protégée par une banquette d’argile jaune qui forme également le comblement de sa tranchée d’installation. Il est vraisemblable qu’on ait voulu protéger M 100 d’un écoulement d’eau. Le fond de la structure est composé d’une calade de galets (fig. 64). Des structures annexes ont pu disparaître et rien ne permet de dire d’où venait l’eau. On suppose que son approvisionnement se faisait par l’écoulement des eaux de pluie captées depuis les chéneaux des bâtiments voisins.

FIG. 64 ‒ Détail du fond du bassin C4.
Cliché F. Cognard/Afan
57La stratigraphie associée à cette première phase d’existence de l’atelier C5 est intéressante. Une première couche de chaux (4‑389) est recouverte par deux remblais, l’un argileux duquel ont été exhumés des branches et des fragments de bois taillés (4‑474), l’autre sableux, (4‑444), contenant des fragments de branches taillées et un laitier de haut fourneau (inv. 31.92‑603)1. Au‑dessus, apparaît un contexte argileux noir (4‑432) contenant de nombreux copeaux de bois et déchets de taille. Il est daté de la première moitié du xiiie s. Ces contextes sont des témoins d’une activité artisanale dont il est difficile de déterminer la nature exacte. On peut penser pour 4‑432 à une activité de construction. Un sol de chaux (4‑387) recouvre ces niveaux. Il contient du matériel résiduel (d’époque romaine) qui peut indiquer que le sédiment utilisé pour la confection de ce sol provient d’un emplacement aisément accessible aux alentours, alors non lotis. Ce sol correspond à la première utilisation de l’espace.
2.3.5 Les tombes
58n. scherrer, i. villemeur
59Huit tombes groupées ont été découvertes sur la berge occidentale du ruisseau, au N‑O du grand bâtiment et de ses annexes. Ces tombes ayant été mises au jour en fin de fouille, l’étude anthropologique de terrain a dû être effectuée très rapidement, et par conséquent les observations ne sont pas exhaustives. Des ossements humains avaient été exhumés du sondage sud de la reconnaissance préalable au chantier ; il n’est cependant pas possible de dire si d’autres tombes existaient plus au sud ou si ces os étaient inclus dans des remblais contemporains ou postérieurs à la construction des murs des phases suivantes.
60Toutes les tombes sont axées d’est en ouest. Les fosses sont ovoïdes et relativement étroites. Elles sont tronquées par l’installation de structures postérieures, aussi est‑il difficile de donner des mesures précises pour les longueurs ; elles devaient faire environ 2 m de long. Les largeurs varient de 40 cm pour les sépultures simples à 80 cm pour T 3 qui est une tombe double. Les creusements de T 1 et T 2 ont une profondeur de 50 cm mais le niveau exact de leur creusement a disparu (fig. 65, 66). Les altitudes des tombes sont variables et oscillent entre –0,10 m ngf (T 6) et –0,65 m ngf (T 4). Cinq individus (un homme, une femme, un adolescent et deux adultes de sexe indéterminé) sont inhumés sur le côté, pratique classique dans la tradition islamique ; les têtes sont à l’ouest, du côté du ruisseau et tournées vers le sud. T 3 contient deux individus inhumés en même temps (fig. 67). T 5 est une sépulture triple ; sans étude approfondie, on peut simplement indiquer que l’individu 1‑741 de cette tombe a été enterré après l’individu 1‑739 dont le squelette a été perturbé par cette deuxième inhumation. Les autres tombes sont toutes des inhumations simples en pleine terre et les décompositions ont eu lieu en milieu colmaté. Les comblements des fosses sont constitués de sédiment sableux mêlé de nodules d’argile pour T 1 et T 2, de limons qui contiennent des éléments métalliques (dont des clous) et des fragments d’ossements pour les tombes T 3, T 5 et T 8. Cette dernière a livré quelques tessons datés du début du xiiie s. La sépulture T 7 est comblée par un sédiment argileux et on observe un amas de pierres brutes au niveau de la tête et du thorax. T 4 et T 8 semblent stratigraphiquement plus anciennes que les autres, mais T 4 n’a pas été fouillée et T 8 ne contenait plus qu’une main. Il est vraisemblable qu’elles soient quasiment contemporaines des autres (tabl. i).

FIG. 65 ‒ Tombes 1 et 2.
Cliché F. Cognard/Afan

FIG. 66 ‒ Coupe stratigraphique dans l’espace C15 montrant la disposition de deux tombes (T1, T2), dont une recoupée par un mur postérieur (cf. fig. 60, 85, 92, 133).
DAO J. Isnard/Afan

FIG. 67 ‒ Tombe double (T3).
Cliché F. Cognard/Afan

TABL. I ‒ Tableau récapitulatif des inhumations.
61L’étude anthropologique complète reste à faire ; nous pouvons néanmoins rapprocher ce type d’inhumations (tête à l’ouest, face vers le sud, squelettes reposant sur le côté dans une fosse étroite) de celles que l’on trouve en Sicile dans le monde musulman. Les découvertes récentes dans la province de Palerme nous fournissent trois sites de comparaison datés du xe au xive s. : Monte Maranfusa (Spatafora 1991 : 6‑7), Rocca d’Entella (Nenci 1991 : 35‑36) et à Palerme même, le quartier du Castello San Pietro (Di Stefano 1991 : 280‑282 ; Di Salvo 1991). Leur implantation est contemporaine des premiers bâtiments, datés des environs de 1230‑1250. Elles sont coupées par les murs constituant les deux parcelles en lanière les plus anciennes (phase 4B4).
2.4 La structuration du bâti
62fig. 68
63Cette phase (état 4B4), datée du troisième quart du xiiie s., correspond à la construction des premières parcelles en lanière, à la refonte de l’îlot nord et à la subdivision de l’enclos.

FIG. 68 ‒ Plan général de la phase 4B4.
DAO J. Isnard/Afan
2.4.1 Les voies
64Les voies, comme pendant la phase 4B3, font l’objet de nouveaux travaux. Durant cette nouvelle période, la voie principale est recouverte du premier pavement attesté archéologiquement.
2.4.1.1 La rue principale
65Les niveaux de cette époque ayant été arasés au nord, seul un lambeau de pavement a été trouvé en zone sud. S 188 est un dallage étroit (il atteint à peine 2,50 m dans sa plus grande largeur) dégagé sur 13,40 m de long, situé à 0,20 m ngf et constitué de pierres de couleur blanchâtre, polies par l’usure (fig. 69, 70). La bordure ouest de S 188 présente une limite nette à l’inverse de la partie orientale où son bord n’est pas rectiligne ; il n’existe cependant aucune trace d’arrachement des dalles. L’hypothèse la plus vraisemblable est d’interpréter S 188 comme un trottoir longeant une voie à ce moment‑là forcément réduite, puisque comprise entre le dallage et le mur M 65. Cette voie, plus ou moins damée et très caillouteuse, mesure en moyenne 2,40 m de large. À l’est de S 188, on retrouve jusqu’à M 273 le même empierrement que vers M 65. Un contexte gravillonneux (1‑530) formé également d’argile de couleur grise et de pierres, surmontant un niveau sablonneux qui doit correspondre à une couche d’assainissement, constitue un des niveaux de chaussée. Le dallage S 188 est fortement détruit, dans un premier temps par des récupérations sans doute anciennes, puis par le creusement d’un puits moderne S 85 et par l’installation des murs de l’îlot moderne. Cet aménagement n’a pu être daté que de manière approximative par la céramique contenue dans les niveaux de circulation, datés des alentours du milieu du xiiie s.

FIG. 69 ‒ Plan du dallage S 188 de la voie (phase 4B4)
DAO J. Isnard/Afan

FIG. 70 ‒ Vue générale du dallage S 188 constituant la voie. À droite, le mur M 65.
Cliché F. Cognard/Afan
2.4.1.2 La ruelle
66fig. 71, 72
67Le sol de la ruelle est constitué d’une couche d’argile compactée (2‑742) qui abolit la banquette maintenue par 2‑915. La première canalisation est démantelée pour faire place à un autre aménagement de ce type, S 189 (fig. 51, 71), dégagé sur une assez grande longueur. Elle vient du nord, court sous la voie principale, le long de la façade de l’îlot nord, puis bifurque vers l’est où elle a été reconnue jusqu’en limite de la fouille. Elle est constituée de deux bordures faites de moellons taillés ; le fond et la couverture sont dallés de lauzes calcaires. Le conduit intérieur a une dimension de 16 x 16 cm. Elle est recouverte par un sol en terre battue formant un bourrelet contre le mur de façade de l’îlot nord. Ces réaménagements peuvent être datés de la seconde moitié du xiiie s., compte tenu de leur apparente contemporanéité avec les reconstructions affectant les bâtiments environnants.

FIG. 71 ‒ Caniveau S 189 sous la rue principale.
Cliché F. Cognard/Afan
2.4.2 L’îlot nord
68fig. 72
69Durant la seconde moitié du xiiie s., l’îlot nord est entièrement démoli et reconstruit, en partie sur l’arase des anciens murs. Le premier état des niveaux d’occupation appartient soit à la phase 4B4, soit à la phase 4B5. Le second état est à placer durant la phase 4C1. L’alignement des murs, leurs liens, leurs mortiers, le module des pierres et les altitudes permettent d’affirmer que cette reconstruction s’est faite durant la même période. Cette reconstruction se fait parallèlement à un rehaussement des sols d’occupation dont l’altitude atteint 0,30 m ngf.
70Suite à cette refonte de l’îlot nord, la maison A2 conserve ses limites (à de légers décalages près) de même que la maison Al. Seul son mur de limite nord, M 210, est détruit et récupéré pour être remplacé par le mur M 4 à 1,50 m plus au nord. Une nouvelle maison (A3) est créée par prolongement du mur de façade M 200 par M 211.

FIG. 72 ‒ Plan de l’îlot nord et de la ruelle (phase 4B4).
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.4.2.1 Description des maçonneries
71Les murs présentent des caractéristiques communes. Lorsqu’elles ne réutilisent pas les anciens murs, leurs fondations sont constituées de pierres brutes liées par de la terre. Les élévations sont en blocs quadrangulaires taillés avec plus ou moins de soin et liés par du mortier jaune (fig. 73‑75).

FIG. 73 ‒ Élévation du mur M 200, prolongé au nord par M 211.
DAO J. Isnard/Afan

FIG. 74 ‒ Élévation du parement sud de M 4, limitant au nord la maison A1.
DAO J. Isnard/Afan

FIG. 75 ‒ Maison A2 : point de jonction des murs M 5, M 7, M 196, M 199 et M 201.
Cliché F. Cognard/Afan
2.4.2.2 Occupation
72Dans l’angle S‑O de la maison Al, une ouverture (S 265) est signalée par deux piédroits formant un ébrasement, large de 90 cm à l’extérieur et de 1,40 m à l’intérieur (fig. 76). Sa base est à la même hauteur que les sols correspondants et n’est pas aménagée, ce qui suppose que la dalle de seuil a été récupérée. Reposant directement sur les sols de la période précédente, deux fines couches argileuses jaunâtres, 2‑198 et 2‑201, constituent les seuls sols de cette phase. Aucune structure ne leur est associée.

FIG. 76 ‒ Seuil S 265 ouvrant la maison A1 sur la rue. Le foyer S 208 (au premier plan) appartient à la phase 4B3.
Cliché F. Cognard/Afan
73La maison A3 est partiellement hors de l’emprise du chantier, ce qui expliquerait l’absence d’ouverture sur la rue. Cependant, une large fosse contemporaine de la démolition et à cheval sur le mur M 4 pourrait correspondre à la récupération d’un seuil permettant la circulation entre les espaces Al et A3. Le premier sol 2‑848 forme une interface au sommet des remblais antérieurs (fig. 36). Il est percé par une fosse rectangulaire aux côtés légèrement convexes (2‑849), longue de 1,34 m pour 47 cm de large et profonde de 20 cm. Le fond est enduit de mortier dans lequel sont implantées quelques pierres. Sa nature ainsi que sa position (parallèle au mur de façade) la rapproche de deux fosses (S 126 et S 127) de la maison B7. Une fine couche de chaux répartie sur tout l’espace forme le sol suivant (2‑842). Il est associé à un foyer dans l’angle S‑O de l’espace qui n’a été observé qu’en coupe, et se compose d’une sole compacte d’argile mêlée à du gravier inscrite dans une fosse aux bords verticaux de 10 cm de profondeur pour 1 m de longueur. Ce sol est rechargé par un fin remblai sur la périphérie de l’espace qui lui donne une allure de vaste cuvette et est recouvert par un épandage de chaux (2‑840). Un enduit sur les parements intérieurs des murs est contemporain de cette occupation.
74Aucune ouverture n’a été décelée dans la maison A2, en particulier dans le mur de façade pourtant bien conservé. Le premier niveau postérieur à la démolition, la couche 2‑ 821, se prolonge dans la maison A4, en passant juste sur l’arase du mur M 202 ; les murs ayant été bâtis durant la même campagne, il est vraisemblable qu’il s’agisse d’un nivellement préalable à la construction. L’occupation débute avec le sol 2‑819, riche en matière organique, à 0,30 m NGF. Il est percé par une tranchée d’axe N/S de 40 cm de large pour 30 cm de profondeur. Ses flancs chaulés et surtout son remplissage meuble de graviers évoquent un drain dont la finalité nous échappe en raison de l’absence de fouille.
75Le sol 2‑971 de l’espace à l’est de la maison A2 s’appuie sur le remblai 2‑1068, déposé entre l’arasement de M 202 et la base de M 197. Il est marqué par une fine couche régulière d’argile compacte et de charbons de bois, déposée sur l’arasement préalable à la reconstruction de l’îlot, en pendage important de l’ouest vers l’est. Contre le mur M 197, un bourrelet de cendre déposé sur le sol atteste de son lien avec le mur. Il est coiffé par un épais remblai 2‑969 de terre brune hétérogène riche en déchets de taille et d’une épaisseur maximale de 20 cm au nord, où il est intact.
2.4.3 L’îlot central
76fig. 77
77Vers le milieu du xiiie s. débute la subdivision de l’enclos, d’abord par la construction de M 125 puis par l’aménagement de l’espace au nord de M 125. M 59 limite une zone elle‑même scindée par les murs M 74 et M 113 en trois espaces, B1, B2 et B3, correspondant vraisemblablement à un ensemble industriel ou artisanal de type tannerie. Au sud, le mur M 114 s’ajoute dans un second temps à M 125 créant ainsi la maison B7. L’emplacement des maisons B4, B5 et B6 n’est pas encore individualisé et forme une vaste aire ouverte, tout comme au sud les espaces B8 et B9.

FIG. 77 ‒ Plan de l’îlot central avant la construction de la maison B7 (phase 4B4).
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.4.3.1 Description des maçonneries
78Les différents murs des espaces B1, B2 et B3 présentent des techniques de construction variées. Pour M 8, le contexte 2‑732 diffère de tous les autres murs par son liant argileux. Il est plus large que le mur M 137 sur lequel il repose. De par ses constituants (blocs non taillés anguleux) et son appareillage simplement assisé, il a tous les caractères d’une fondation. La tranchée d’installation observée dans la ruelle au nord le confirme, mais les niveaux d’occupation à l’intérieur montrent que la partie supérieure de ce contexte est en élévation. Le mur soigneusement appareillé qui le surmonte (2‑733) est décalé de 10 cm vers le nord et correspond donc à une réfection postérieure. Nous ne connaissons de l’élévation de M 8 durant cette phase qu’une assise de blocs. Doit‑on y voir un solin d’assainissement à la base d’un mur en terre2 ? Les deux assises inférieures de M 59, en blocs liés à la terre (2‑590), constituent une fondation assez similaire à celle de M 8. Le contexte 2‑291 qu’il supporte, en appareil de moellons bruts irréguliers, est partiellement en élévation. Il est le seul exemple conservé d’élévation de cette phase. M 74 est constitué de une à quatre assises de moellons de forme quadrangulaire, taillés, liés au mortier jaune. M 113 est formé d’un rang de soubassement en moellons bruts de forme et de dimensions variables, liés à la terre et légèrement débordants par rapport aux assises supérieures. Il est surmonté de deux assises de pierres, moellons et dalles de taille variable, généralement grossièrement équarris, qui incluent également quelques pierres de taille maçonnées au mortier. Le contexte 2‑1098 de M 159 colmate d’évidence une ouverture qui est postérieure à l’enclos et dont le seuil aurait été récupéré. Elle permet l’accès à l’espace B2 depuis la rue principale. L’ouverture primitive de l’enclos, dans l’angle N‑O, est conservée durant cette phase et ouvre l’espace B1 sur la ruelle. L’espace B3 ne possède pas, dans l’emprise du chantier, d’ouverture sur la rue.
79Au sud, le mur M 125 est en appareil régulier de moellons taillés et liés à la terre (fig. 78).

FIG. 78 ‒ Élévation du parement sud de M 125, en moellons quadrangulaires de calcaire blanc.
DAO J. Isnard/Afan
2.4.3.2 Niveaux d’utilisation
80Seuls les espaces de petites dimensions, probablement couverts, possèdent des sols. Les autres, pas encore subdivisés et donc trop larges pour avoir reçu une toiture, ne présentent pas de traces d’occupation.
81Dans l’espace B3 est construit un vaste puits‑citerne (S 77) qui semble occuper le centre de l’espace. Une cuve en bois enterrée dans l’angle N‑O en complète l’aménagement. Le puits (fig. 79, 80) est associé au nord à une canalisation (S 180) qui semble y amener de l’eau. Il est construit dans une tranchée de fondation de plan carré, de 5 m de large, qui entaille profondément les couches ainsi que le substrat argileux. Le cuvelage du puits est contemporaine de l’état décrit ici ; aucune réfection n’a été décelée. Le volume intérieur est de forme tronconique, passant d’un diamètre à l’ouverture de 80 cm à un diamètre de 2,10 m, un mètre plus bas. Ce parement est fait de moellons de pierre de taille en appareil régulier (environ 25 x 10 cm), chaque moellon étant taillé de façon à obtenir à la fois un plan circulaire et une section tronconique. Les moellons de parement sont très soigneusement ajustés et montés sans liant. Le parement extérieur est fait de moellons et de cailloux en appareil irré gulier, le blocage interne est constitué de cailloux. Il semble que la base du parement interne soit aménagée en banquette faite de grands blocs de pierre de taille et que le fond (à 7 m de profondeur) soit dallé, mais il a été impossible de l’observer pour des raisons de sécurité. La canalisation S 180 est constituée de deux bordures en simple parement de moellons de calcaire blanc façonnés, recouverts de dalles de même matériau. La cuve circulaire S 176 (fig. 81) est installée dans une vaste excavation 2‑663 (2,20 m maximum) dont le fond est tapissé de sédiment meuble et homogène 2‑730 ; sur cette couche de préparation est bâtie la cuve. Le fond est fait de planches d’une largeur moyenne d’environ 10 cm, à une altitude moyenne de –0,14 m ngf. La paroi est elle aussi faite de planches, d’environ 15 x 38 cm de hauteur maximum conservée, la moyenne étant de 30 cm. La cuve a un profil légèrement évasé : le diamètre est de 1,34 m à la base pour 1,42 m au sommet. Si les planches sont soigneusement ajustées, aucun mode d’assemblage (cercles, tenons, clous) n’a été mis en évidence. Il a été constaté que la base de la bordure descend plus bas que les planches formant le fond et le sommet est par endroits très concrétionné. La fondation est comblée par l’apport de 2‑662, argile mêlée de sable contenant dans la partie supérieure des pierres, des tuiles et du mortier ; la présence de céramique permet de dater cet aménagement du xiiie s. Le fond de la cuve est jonché de clous plus ou moins fragmentaires. Celle‑ci est ensuite comblée de gravats (2‑697) puis de deux couches mêlant argile, sable et pierres (2‑696, 2‑695).

FIG. 79 ‒ Espace B3 : parement intérieur du puits S 77.
Cliché F. Cognard/Afan

FIG. 80 ‒ Coupe stratigraphique de l’espace B3. Au centre, le puits‑citerne S 77 (cf. fig. 52, 77, 89, 113).
DAO J. Isnard/Afan

FIG. 81 ‒ Espace B3 : cuve en bois S 176 vidée de son comblement supérieur.
Cliché F. Cognard/Afan
82Le sommet du remblai initial de l’espace B1 (2‑672) est percé de deux fosses dont l’une (2‑699) est située dans l’angle N‑E de la pièce. Faut‑il y voir, comme dans les rez‑de‑chaussée de maisons médiévales avignonnaises, l’emplacement d’un escalier desservant un éventuel étage3 ? Aucun autre indice ne permet de l’affirmer. L’autre fosse (2‑702) est située au milieu de l’espace ; elle semble de forme ovale, mais seule la moitié nord a été reconnue. La fosse 2‑699 (0,90 x 1,20 m) est de forme rectangulaire à coins arrondis. La fosse 2‑702 a un diamètre maximum de 1,60 m, pour une profondeur de 75 cm ; elle est comblée de pierres mêlées de sédiment argileux.
83L’occupation de l’espace B2 affecte le sommet de la couche 2‑ 452 qui fait partie des remblais initiaux. Le mur M 113 est installé dans une dépression de cette couche qui est ensuite remblayée par une couche d’argile pure (2‑451).
84L’espace entre les murs M 59 et M 114 est comblé par une couche de couleur rosée 3‑729 (équivalente à 3‑720) mais ne présente pas de sol d’occupation.
85Au nord de M 125, l’utilisation est caractérisée par un niveau de sol de texture sableuse (2‑492). Celui‑ci est coupé par un creusement linéaire (2‑526), peu profond, d’orientation oblique par rapport au bâti et de fonction indéterminée. Ce sol se prolonge vers le sud par une couche de brasier 2‑497 (= 3‑711).
86Au sud de M 125, l’occupation est marquée par le remblai argileux hétérogène 3‑472, daté du milieu du xiiie s. Ultérieurement, un épais remblai, 3‑553 (équivalent à 3‑445 et 3‑447), daté de la première moitié du xiiie s., recouvre la surface. Aucun sol n’a pu être repéré.
2.4.3.3 Interprétation : une tannerie ?
87Les trois pièces (B1, B2 et B3), ainsi que la cour contiguë au sud, constituent un même ensemble alimenté en eau par le puits. La cuve en bois, au parement interne concrétionné, est contemporaine du puits. Bien que ce type d’artisanat requiert la présence de plusieurs cuves installées en batterie, ces aménagements sont sans doute liés au tannage. L’espace étant partiellement hors emprise du chantier, un certain nombre de structures nous échappent. Au sud de l’espace subsiste un espace non bâti, sans doute une cour, remblayée systématiquement par des remblais sableux comme lors de la phase précédente. Cette activité perdure en phase 4B5 avec le percement d’une ouverture entre les espaces B1 et B3.
88Les tanneries sont connues à Marseille dès le xiiie s., notamment par les statuts (Casal 1993 : 8‑9). Il faut signaler en particulier la découverte récente d’une tannerie sur la fouille de l’Alcazar à Marseille4. La fouille de la rue Mage à Toulouse a révélé les vestiges bien reconnus d’une tannerie du xve ou xvie s., mais aussi des témoins plus anciens, dont « ... le fond d’une cuve aux parois de bois recouvertes d’une couche de concrétions », qui peuvent être interprétés de la même façon (Arramond et al. 1996 : 171‑175). À Béthune, des cuves en bois, associées au tannage par la présence de tan, se situent non loin « d’une ancienne rivière canalisée » (Barbé 1992 : 542), de même à Troyes, des ateliers d’artisanat du cuir « sont installés sur une nouvelle dérivation établie sur le tracé de l’ancien cours d’eau » (Deborde 1995 : 358). N’oublions pas que le ruisseau s’appelle « ruisseau de la Cuiraterie » (cf. infra § 8.3.2). D’autres activités pourraient être liées à la présence du puits, de la canalisation et de la cuve de bois, dont l’industrie textile et les teintureries, bien que ces travaux nécessitent également plusieurs cuves. Nous avons peut‑être ici une industrie légère, une activité artisanale5.
2.4.4 L’îlot sud
89fig. 82
90Lors de la phase 4B4, sont installés les premiers plans en lanière de la zone sud ainsi qu’un mur de limite ouest le long du ruisseau. Ce dernier, partiellement comblé par les déchets, a fait l’objet d’un curage mais pas sur toute sa largeur ce qui en diminue légèrement l’emprise. Le mur de limite a été mal perçu ; il a dû être souvent remanié par la suite. Dans cette phase, il est représenté par M 221 et une tranchée de récupération de mur située plus au nord (1‑297) qui sera abolie lors de l’implantation des espaces C10, Cl 1 et C12. Il est vraisemblable que ce mur s’appuie au nord sur une partie du comblement du ruisseau. L’étude du bâti de cet îlot doit être subdivisée en deux unités distinctes : au nord les premiers plans en lanière puis la cour et les espaces bâtis liés au grand bâtiment.

FIG. 82 ‒ Plan de l’îlot sud : les premiers plans en lanière (phase 4B4).
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.4.4.1 Les premiers plans en lanière
91Le bâtiment C6 est compris entre les murs M 65 à l’est, M 61 au nord, M 30 à l’ouest et M 53 au sud. Cet espace forme une parcelle en lanière, de 3,50 m de large sur 11 m de long, correspondant à une superficie de 38,50 m2. Les niveaux du xiiie s., présents à l’ouest, ont dû être arasés dans leur partie orientale lors de l’occupation du xive s. Le bâtiment C7 est enclos par les murs M 65 à l’est, M 53 au nord, M 27 au sud et M 225 à l’ouest. Cette parcelle est sur plan en lanière et d’une surface de 36 m2 environ. M 65, le long de cet espace, a été fortement arasé. Sans doute a‑t‑on récupéré des pierres de seuil, l’hypothèse d’une ouverture sur la voie étant très probable. L’espace C8, d’une surface de 9 m2, est délimité au sud par M 227, à l’est par M 30, à l’ouest par M 221 et au nord par un prolongement de M 61 (1‑689). Cet espace borde la maison C6 à l’ouest. Un deuxième petit bâtiment, d’une surface d’environ 10,5 m2, C9, est construit au sud de C8.
Description des maçonneries
92Dans la maison C6, la transformation d’une importante partie de l’élévation de M 30, lors de l’implantation du seuil S 239, est sans doute à rattacher à l’arasement à cet endroit des niveaux antérieurs au xive s. La première phase de construction de ce mur est liée à la fois à M 53 et M 61. L’élévation a été remaniée sur toute sa longueur lors de l’implantation du seuil car elle n’est pas liée aux deux autres murs. Les coups de sabre entre les murs sont bien nets. Par ailleurs, l’ouverture est bien différente des autres seuils, tant dans sa construction que par son emplacement dans la pièce. Ce seuil est constitué de deux pierres, dont une taillée, disposées en carreau sur le parement est. Le parement ouest, à la hauteur du seuil, est constitué de moellons plus ou moins bien alignés. Sur le parement est apparaissent des traces d’enduit. M 61 est construit sur deux assises de fondation constituées de gros moellons en calcaire équarris, liés à la terre. Entre la fondation et l’élévation –conservée sur quatre assises de moellons en calcaire, de forme quadrangulaire et liés au mortier– sont disposées deux assises de réglage faites avec des dalles calcaires et des moellons équarris liés à la terre. Des traces d’enduit subsistent sur les deux parements. Le comblement de la tranchée d’installation de M 61 a été daté du milieu du xiiie s. M 65 s’ouvre sur la rue par un seuil, S 242 (fig. 83), constitué de deux dalles calcaires dont une très abîmée ; ces dalles sont taillées de façon à former un léger emmarchement vers l’intérieur de l’espace. M 61 est postérieur à M 65. Un moellon de M 61 pénètre entre deux assises de M 65, mais il ne fait aucun doute que, lors de l’installation de M 61, les ouvriers ont enfoncé ce moellon pour plus de cohésion. Un pilier, S 253, est lié au parement sud de M 61 ; son pendant contre le parement de M 53 a disparu. Le pilier S 253 est en partie aboli ; il n’en reste que deux gros moellons équarris qui reposent sur deux pieux en bois. M 53 se compose de deux assises de fondation ; la première est constituée de gros blocs de calcaire blanc, la seconde de moellons équarris ou non, le tout lié à la terre. Deux assises d’élévation construites avec des moellons de calcaire jaune équarris liés au mortier sont conservées. M 53 est enduit sur ses deux parements. Il a glissé vers le sud, tout particulièrement dans sa partie est, située au‑dessus de l’ancien fossé comblé (S 272) constituant un terrain argileux instable. Le lien entre M 53 et M 65 est détruit par une importante récupération de l’angle formé par ces deux murs. On peut supposer que le chaînage était constitué de pierres plus soignées, qui ont été prélevées par la suite.

FIG. 83 ‒ Bâtiment C6 : seuil S 242 dans le mur M 65
Cliché F. Cognard/Afan
93Sur son élévation, M 225 (maison C7) présente un enduit qui forme un solin sur l’assise inférieure du seuil S 240, offrant un passage vers l’ouest. De cette ouverture, il ne subsiste qu’une pierre taillée disposée en boutisse et quelques traces d’aménagement, dalles plates, tuiles et mortier. M 225 est lié à M 27 dans son élévation ; cela n’est pas le cas en fondation, mais il est fort probable que ces deux murs aient été érigés en même temps, contre le mur de limite sud de la maison C6, M 53. Ceci donne des indications sur l’ordre dans lequel les murs ont été bâtis. Le comblement de la tranchée d’installation de M 225 est daté du milieu du xiiie s., datant ainsi M 27 auquel il est lié. Le mur M 27 est de ceux dont l’élévation est conservée sur la plus grande hauteur (fig. 84). Dans sa partie centrale, il comporte une dizaine d’assises, fondation comprise. L’état de conservation du mur a permis de lire un certain nombre de transformations dont il a fait l’objet, notamment à l’endroit de l’ouverture reliant la maison C7 à la cour. M 27 est un mur de direction E‑O bâti différemment à l’est et à l’ouest de la porte. À l’ouest, il est composé de quatre assises basses constituées de moellons équarris liés à la terre, surmontées de huit assises de moellons équarris liés au mortier. Dans les deux cas l’appareil est régulier. Une ouverture est percée dans le mur puis rapidement obstruée. En effet, le bouchage de cette première porte est daté du milieu du xiiie s. À ce moment‑là, la porte S 36 est installée. Un coup de sabre est nettement visible dans l’élévation à l’ouest, et un blocage de petites pierres assure le lien entre la porte et l’élévation. La porte S 36 est constituée à l’ouest de trois blocs taillés, alternant de bas en haut un carreau et une boutisse. Un blocage de petites pierres assurait la cohésion des blocs avec le parement. Le double montant chanfreiné indiquait probablement la présence d’un battant de porte rigide tournant sur un axe. Étant donnée la largeur de l’ouverture, il est probable qu’il faille envisager une porte à deux battants. Le montant oriental a été récupéré et son emplacement n’est plus marqué que par une base formée d’une dalle taillée. Entre ces deux montants a été installé un petit aménagement constitué de petites plaques de calcaire jaune posées à plat avec soin. La taille des pierres de l’élévation ouest et de la porte est effectuée au taillant droit ou brette. Le mur est enduit sur ses deux parements : un enduit est partiellement conservé sur le parement nord, alors que l’on observe deux couches d’enduit sur le parement sud qui ont pu être associées à deux états différents. À la base, le deuxième enduit forme un solin dont le niveau correspond au petit dallage qui aménage la porte. À l’est de cette porte, la fondation de M 27 est constituée d’une à deux assises de moellons et de blocs en pierre froide bruts liés à la terre. Elle est surmontée d’une élévation constituée de quatre assises régulières de moellons équarris en calcaire jaune et de pierres froides liées à la terre et au mortier. Les trois dernières assises semblent avoir bougé et glissé vers le sud aux abords de M 65. Ce problème de stabilité, qui s’est posé pour plusieurs murs et toujours vers M 65, est imputable à la nature du sous‑sol ; on se souvient, en effet, qu’à cet endroit passe un des fossés médiévaux, S 272, qui suit un tracé parallèle à M 65 et est antérieur à la construction du faubourg. Ces observations laissent penser que la construction de M 27 s’est faite en plusieurs étapes, mais très rapprochées dans le temps.

FIG. 84 ‒ Parement sud du mur M 27.
Cliché F. Cognard/Afan
94Dans l’espace C8, M 227 est dans le prolongement de M 53. Un coup de sabre est visible entre M 227 et M 53 et le mortier du premier a débordé sur le second. M 227 est constitué de trois assises de moellons en calcaire de tailles différentes, équarris ou non, liés à la terre ou au mortier selon les endroits. Sa facture est visiblement peu soignée. L’extrémité ouest de M 227 est constituée d’un bloc de grande taille, grossièrement taillé et incurvé sur sa face nord, qui reçoit les premières pierres de M 221. Le solin formé par le mortier de ce bâti est sous M 221. Donc même sans véritable chaînage d’angle et dotés d’un appareillage différent, ces deux murs ont été construits en même temps. M 221 est constitué de trois assises de pierres de diverses tailles (moellons équarris ou non, dalles et une pierre travaillée en remploi). Ce mur est lié à la terre et sa facture est peu soignée.
95L’espace C9 est limité au nord par M 227, à l’est par M 225, au sud par M 224 et à l’ouest par M 226. Il prolonge la maison C7 à l’ouest. M 224 est constitué de deux assises irrégulières de gros blocs et de petites pierres froides non équarris, liés au mortier. Au‑dessus subsiste une assise de moellons en calcaire équarris également liés au mortier. L’appareillage est grossier. M 226 est composé de deux assises de fondation constituées de blocs et de moellons parfois équarris et liés au mortier ; les deux parements sont différents. À l’ouest, trois assises d’élévation faites de moellons équarris ou non et liés au mortier (1‑818) sont séparées d’une assise de grandes dalles rectangulaires par un contexte de sable jaune orangé contenant du charbon de bois (1‑830). Une des dalles est un seuil en remploi. Cette assise a dû faire office d’assise de réglage. Au‑dessus est conservée une assise composée de moellons en calcaire équarris et liés au mortier (1‑817). Sur le parement est, l’assise de dalles n’est pas visible. Subsistent quatre assises de moellons, identiques à ceux des trois assises basses du parement occidental. Les mortiers 1‑818 et 1‑817 sont différents. Il y a donc eu un souci d’aménagement sur le parement ouest, mais son but reste obscur. M 224 est dans le même axe que M 27, mais lui est postérieur. De même, il repose sur M 226, M 225 et M 223. M 226 est contre M 53 et sous M 224. L’élément de seuil repéré dans l’assise de réglage de M 226 est partiellement recouvert par un moellon de la dernière assise. Deux suggestions sont possibles : soit 1‑830, l’assise de réglage et la dernière assise font partie d’une refonte du mur et dans ce cas le seuil est en remploi ; soit la dernière assise conservée constitue un remaniement du mur et le seuil est en place. Il est remarquable que la dernière assise ne soit pas conservée vers M 227 : un seuil a pu être installé à cet endroit‑là, puis récupéré.
Occupation
96Dans la partie orientale du bâtiment C6, un certain nombre de niveaux ont été dégagés à la pelle mécanique, en raison des contraintes imposées par la pose des tirants de la paroi moulée, et ils n’ont donc pas pu être datés. Dans le reste de l’espace, une couche argileuse, datée du milieu du xiiie s., contenant des tuiles, laisse apparaître des trous de pieux dont la fonction n’a pu être déterminée.
97Au milieu du xiiie s, le bâtiment C7 ne présente pas de sol aménagé. Néanmoins on observe un remblai recouvert d’une zone de brûlé. Ce niveau fruste est surmonté d’un remblai argileux avec des passées de charbons de bois. Ces contextes constituent peut‑être des sols de terre battue. On peut alors s’interroger sur la destination de cet espace à cette époque. En différents endroits, la base des murs de refend est tapissée d’argile, sans doute liée à un souci de renforcement de la base et/ou d’étanchéité.
98Dans l’espace C8, sur un remblai fortement anthropisé et non daté, est installé un sol, fruste mais néanmoins aménagé (1‑744), constitué de déchets de taille d’environ 7 cm et d’une dalle ; il a pu être daté du milieu du xiiie s.
99Dans l’espace C9, un remblai (1‑730) est situé immédiatement au‑dessus du contexte perforé par les tombes, puis par les tranchées d’installation des murs (les tombes sont recoupées par M 225). Il est surmonté d’un second remblai daté du milieu du xiiie s. Ce remblai repose sur le ressaut de fondation de M 227. Les contextes de cet espace, déjà considérablement abîmés par la rampe, ont été ôtés très rapidement afin de pouvoir observer les tombes dans le peu de temps qui restait imparti à la fouille.
2.4.4.2 La cour et les annexes du grand bâtiment
100fig. 85
101L’espace compris entre M 27 et M 100 constitue une grande cour qui borde le grand bâtiment, le bâtiment C3, l’atelier C5 et l’ensemble C7‑C9. Cette cour est limitée par les murs M 27 et M 224 au nord, M 65, M 153, M 97 et M 161 à l’est, M 100 au sud. Le ruisseau en constitue la limite occidentale. On comprend alors le soin apporté à la construction de la porte de M 27, puisqu’elle était en façade de cette cour. Les bâtiments au sud de la cour ne subissant aucune transformation, les aspects architecturaux ne changent pas durant cette phase.

FIG. 85 ‒ Plan de l’îlot sud : la cour et les annexes du grand bâtiment (phase 4B4).
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
102Dans la cour, au‑dessus du niveau des salines et des comblements des fossés qui le coupent, une couche de sable (1‑693), datée du milieu du xiiie s., est le niveau à partir duquel est creusée la tranchée d’installation de M 27. Ce contexte a été repéré ponctuellement à l’ouest du chantier lors de sondages. Cette couche est un épandage massif destiné à assainir le terrain. Par ailleurs, sa surface a servi de circulation entre M 27 et M 100. En effet, un fin niveau damé a été repéré à la surface du sable, constituant sans doute une très mince recharge qui scelle les comblements des tranchées de fondation des murs M 27 et M 100. La rusticité et la planéité de ce niveau correspondent bien à un espace extérieur, sans aménagement particulier. Sur le niveau de circulation de la cour, est installé postérieurement un important remblai composé d’un sédiment gris avec des passées de couleur rouille. Il est coupé par une grande fosse rectangulaire (4‑464) installée contre le bâtiment C5 et dont la fonction n’a pas été déterminée ; peut‑être s’agit‑il du négatif d’installation d’une cuve.
103Dans l’atelier C5, une seconde phase stratigraphique se compose de couches argileuses (4‑386 et 4‑328) contenant du matériel résiduel des vie et viie s. Mais sur 4‑328 et dans l’angle N‑E de la pièce, subsiste un lambeau de couche noire (4‑308), très charbonneuse, qui contient du matériel du xiiie s. et des scories. Ce niveau semble bien être une couche de combustion qui aurait fonctionné avec 4‑328 ; ce contexte présente des calages et des trous de pieux qui ont pu supporter une ou plusieurs structures légères, mais dont la fonction reste énigmatique. Peut‑être s’agit‑il d’une activité artisanale très ponctuelle liée aux métaux. Le bâtiment est abandonné à ce moment‑là. Des contextes d’abandon, loupe de chaux (4‑307) et remblai argileux (4‑306), qui ne contiennent que du matériel résiduel de l’Antiquité tardive, succèdent aux niveaux d’occupation. Ces contextes ainsi que ceux de la phase postérieure ont été recoupés par la tranchée de remaniement de M 65. Ce petit bâtiment (C5), d’une surface d’environ 20 m2, a pu constituer un appentis attenant au bâtiment C3 et servir d’atelier.
104Au‑dessus des remblais d’argile du bâtiment C3, est installé un foyer rectangulaire, S 142, formé d’une bordure de petites pierres et d’une plaque d’argile sur laquelle ont été retrouvées en nombre des graines carbonisées. Un contexte de vidange de foyer lui est associé. Ce dernier est rapidement recouvert d’un niveau de limon et de charbons de bois sur lequel est posée une deuxième plaque d’argile rubéfiée et bordée de pierres grossièrement organisées au bord de M 97. Ces contextes sont datés du milieu du xiiie s., mais il faut remarquer que le foyer S 142 a dû continuer de fonctionner jusqu’à la fin du xiiie s, voire le début du xive s., date donnée pour le second aménagement du foyer qui doit correspondre à sa dernière utilisation.
105Le bassin C4 fonctionne toujours à cette époque avec les bâtiments qui l’entourent. Aucun contexte de cette période n’est attesté car le bassin devait faire l’objet d’un nettoyage régulier.
2.5 La densification du faubourg
106fig. 86
107Cette phase (état 4B5) correspond aux derniers aménagements du bâti avant la construction de l’enceinte du Plan Fourmiguier. On note en particulier l’achèvement du lotissement de l’îlot nord et celui de l’îlot central. Au sud, l’implantation de M 25 détruit le petit bâtiment et réduit la surface de la cour. Bien que difficile à dater, il semble que cette phase se situe vers 1280.

FIG. 86 ‒ Plan général de la phase 4B5.
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2.5.1 La rue principale
108Le dallage de la chaussée disparaît petit à petit sous l’apport de recharges successives toujours datées du xiiie s. Parmi ces remblais, s’échelonnent les différents contextes suivants : un niveau hétérogène très damé abondant en pierres calcaires, galets et fragments de tuiles (1‑517), un empierrement (1‑515), une surface également très damée de terre et de pierres (1‑500) et, enfin, un niveau de pierres formant pratiquement une calade (1‑503) recouvrant le tout. Le matériel céramique retrouvé dans ces contextes est daté du milieu du xiiie s., mais ceux‑ci succèdent à des couches de la seconde moitié du xiiie s. Ils correspondent nettement à des niveaux de circulation, plutôt qu’à de simples recharges de rehaussement, tels que le sont, par exemple, le contexte constitué d’un épais remblai hétérogène (1‑516), ou la couche d’argile et de pierres mêlées (1‑514). Au‑dessus du sable 1‑505 et des pierres de 1‑503, une surface très damée, 1‑411, est constituée de petits cailloux, composée en fait d’une multitude de recharges peu étendues, difficilement différenciables. Il n’a pas été observé de traces d’ornières à la surface de chacun de ces contextes. En revanche, des traces d’aménagement apparaissent en bordure de M 65, tels que des trous de poteaux avec calage (1‑512 et 1‑513) ou encore un trou de poteau maçonné (4‑343). Leur fonction n’est pas déterminée. Il s’agit peut‑être de soutènement d’encorbellements à l’étage ou d’escaliers extérieurs arasés ultérieurement.
2.5.2 L’îlot nord
109La maison A4, dernier espace de l’îlot nord, à l’est, est construite avant le réalignement de la ruelle consécutif à la construction du rempart du Plan Fourmiguier. Plusieurs structures s’insèrent au sein d’une vaste dépression creusée dans le remblai de la phase précédente (2‑969), limitée au nord par un creusement E‑O (2‑1050). Au sud, le mur M 198 est installé sur une bande d’argile 2‑795. Mais on remarque surtout un vaste empierrement qui s’étend de manière discontinue de ce dernier mur à la bordure septentrionale de la dépression. Son aspect lacunaire nous a amenés à envisager tout d’abord l’existence de murs de refend, mais leur proximité au sein d’une même phase ainsi que la suite de l’empierrement au sud infirment cette interprétation. Très dégradé, cet empierrement a probablement été partiellement récupéré, de même que ce qu’il devait supporter. Sa finalité nous est donc inconnue. La dépression empierrée est ensuite nivelée par un épais dépôt de cendres 2‑1030, au sommet duquel est établi un sol 2‑624, à environ 0,50 m ngf. Deux aires d’argile rubéfiée ont été retrouvées sur ce sol : 2‑846 contre M 198, partiellement hors de la fouille, et 2‑845 contre M 197 dans la partie médiane. Un ultime remblai de cendre (2‑844) couvre la totalité de l’espace.
2.5.3 L’îlot central
110fig. 87‑89
111Les espaces B1 et B3 connaissent une nouvelle occupation bien attestée par plusieurs aménagements. La tannerie semble avoir été transformée en un établissement plus petit, sans cour, et gardant vraisemblablement un usage artisanal. Nous n’avons pas conservé de niveaux de cette phase identifiable dans la maison B2, qui est sans doute à cette époque dissociée des espaces B1 et B3. Dans l’îlot central, plusieurs espaces sont bâtis : d’abord la maison B7 puis, ultérieurement, l’ensemble formé par les maisons B4, B5 et B6. Les séquences stratigraphiques étant peu importantes, elles n’ont pas été distinguées de la description des maçonneries.
2.5.3.1 L’ancien ensemble artisanal (espaces B1, B2 et B3)
112Dans cette phase, les espaces B1 et B3 communiquent par une ouverture, large de 2,70 m, pratiquée dans le mur M 74. La cuve en bois est comblée de gravats incluant une céramique postérieure au milieu du xiiie s. (2‑662, 2‑697, 2‑696 et 2‑695). Le sol 2‑660, commun aux deux espaces, est argileux, de couleur gris violacé et très riche en pépins de raisin. La céramique permet de le dater du milieu du xiiie s. L’espace B1 connaît ensuite un réaménagement partiel, dont témoigne le sol 2‑654, fine couche homogène de sable et d’argile renfermant des charbons. Son utilisation est marquée par S 116, aménagement pavé de terre cuite le long du mur de façade M 8 (fig. 87) ; le sol est également creusé de nombreux trous qui devaient recevoir des aménagements disparus. Le dallage S 116 est préservé sur une longueur de 5,20 m, à partir de l’angle des murs M 8 et M 216, et sur une largeur de 44 cm. Il est composé de mallons de terre cuite rectangulaires, d’un module de 24 x 14 x 2 cm. Ces carreaux sont disposés en quinconce sur un lit de mortier, suivant une direction N‑S. Plusieurs rainures, larges de 6 cm et profondes en moyenne de 4 cm, divisent le pavement conservé en quatre panneaux longs de 1,17 à 1,30 m. Ces rainures rejoignent des saignées verticales évasées à la base, dont le parement sud du mur M 8 garde la trace jusqu’à l’arase du mur, soit une hauteur minimale de 36 cm. Rainures et saignées sont vraisemblablement les vestiges de cloisons perpendiculaires à M 8, déterminant une compartimentation de cet aménagement qui devait être fermé au sud par une cloison parallèle au mur. Il existe en effet un négatif d’environ 10 cm de large et 4 cm de profondeur bordant la structure tout le long du côté sud. Par endroits, les mallons sont remplacés par des pierres plates. S 170 (fig. 88) est une petite fosse arrondie qui contient une pièce de bois travaillé, de forme quadrangulaire, aux arêtes émoussées (19 x 25 x 8 cm), percée d’un trou de plan carré de 6 x 4 cm en son centre. Elle repose sur un fragment de planche. S 171 est une fosse circulaire proche du mur M 8 (25 cm de diamètre, 12 cm de profondeur). S 172 est un trou circulaire de 30 cm de diamètre et profond de 15 cm. S 178 et S 179 sont de petits trous. S 171, S 178 et S 179 sont alignés selon le mur de façade sur la rue principale.

FIG. 87 ‒ Espace B1 : aménagement carrelé (S 116) le long du mur M 8.
Cliché F. Cognard/Afan

FIG. 88 ‒ Espace B1 : pièce de bois à mortaise (S 170)
Cliché F. Cognard/Afan

FIG. 89 ‒ Plan de détail de l’îlot central (phase 4B5)
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.5.3.2 Les nouveaux espaces
113La limite nord de la maison B7 est formée par le mur M 114 (fig. 90), dont il reste deux à trois assises basses liées à la terre ; l’assise inférieure est faite de blocs équarris, alors que les deux autres sont en moellons bruts. Elles sont ponctuellement surmontées de moellons de taille maçonnés au mortier jaune vers le milieu du mur et blanc à ses extrémités. Il s’agit là nettement d’une élévation, débutant exactement au niveau du sol 3‑405, daté du milieu du xiiie s. par la céramique qu’il a livrée. Aucune ouverture ne semble exister dans les autres murs. Cet espace devait donc nécessairement s’ouvrir sur la rue, mais en l’absence de mur de façade nous ne pouvons l’affirmer. L’occupation est marquée par le sol stratifié 3‑405 qui contient beaucoup de charbons et du mortier. Ce niveau scelle le comblement de tranchée de construction de M 114 (3‑461).

FIG. 90 ‒ Élévation de M 114, séparant les maisons B6 et B7
DAO J. Isnard/Afan
114Les maisons B4, B5 et B6 sont créées par la construction de deux autres murs de direction E‑O entre M 114 et M 59. Le mur M 67 (fig. 91) comporte deux piliers, S 140 et S 141, profondément fondés sur de larges dalles reposant sur un radier de petites pierres et de moellons noyés dans du mortier jaune. Entre ces piliers ne subsiste qu’une assise non fondée de moellons liés à la terre. À l’est de ces piliers, l’élévation est composée de deux rangs de moellons équarris liés à la terre tandis que la fondation, haute de 30 cm, a un appareillage irrégulier de pierres brutes de nature diverse. Les deux piliers encadraient probablement une ouverture (large de 4,70 m) obturée postérieurement. Le mur M 67 présente de nombreuses similitudes avec le mur M 59 (même comblement de tranchée de fondation, même appareillage, largeur similaire). L’élévation de M 131 est constituée de deux rangs de moellons carrés ou rectangulaires, bien taillés et liés à la terre, reposant sur deux assises de blocs et moellons également liés à la terre. Deux négatifs quadrangulaires sont visibles dans l’assise supérieure de fondation et affectent la largeur du mur sur une longueur de 80 cm environ ; leur fond est tapissé de mortier sableux. Ces aménagements pourraient correspondre aux négatifs de piédroits récupérés.

FIG. 91 ‒ Parement méridional de M 67 et relevé des couches inférieures de la maison B5. On notera en particulier la présence de deux piliers dans la construction du mur (cf. fig. 52, 77, 89, 117).
DAO J. Isnard/Afan
115L’occupation de l’espace au sud de M 125 est marquée par la couche 3‑465, percée de plusieurs creusements dont deux petites fosses circulaires (3‑467 et 3‑471), une fosse de forme ovale (3‑469) comblée par de l’argile grise, et une autre (3‑468), contenant des charbons et de la céramique datée du xiiie s. Une cuvette allongée d’axe N‑S partiellement fouillée (3‑665), est comblée par un sédiment argileux (3‑655) qui contient des déchets de taille de calcaire, des charbons et de la céramique de la fin du xiiie s. On observe également un creusement linéaire d’une trentaine de centimètres de large (3‑463), situé le long de M 125 et comblé par une couche hétérogène contenant des fragments de tuiles, du mortier, des éclats de taille de calcaire blanc et de la céramique de la première moitié du xiiie s. (3‑462). Sur la couche 3‑465 se trouve également une poche de mortier, 3‑654, d’environ 60 x 75 cm.
116L’espace est ensuite remblayé par l’apport d’une couche d’argile (3‑453), contenant des éclats de taille de calcaire blanc et de la céramique datée du xiiie s. Ce niveau est percé par la fosse 3‑454, de forme allongée, reconnue sur 1,60 m de longueur et de 50 à 90 cm de large, pour une profondeur de 7 à 18 cm. La couche 3‑453 supporte aussi une lentille de sédiment charbonneux, de forme quasi circulaire de 40 x 70 cm.
2.5.4 L’îlot sud
117fig. 92
118Plusieurs bâtiments sont construits à cette époque au nord de l’îlot : la pointe triangulaire est scindée en trois espaces ouvrant sur la rue et sur le ruisseau. Au sud, la construction du mur M 25 crée un nouvel espace sur plan en lanière.

FIG. 92 ‒ Plan de l’îlot sud (phase 4B5).
DAO M. Bouiron/Ville de Marseille
2.5.4.1 Mise en place de la pointe nord
119Situé au nord de la zone sud, l’espace C10 a été presque entièrement détruit par la buse d’égout installée avant les reconnaissances archéologiques. Celle‑ci a également perturbé l’espace C11, mais dans une moindre mesure. La surface de cet espace peut être estimée à 24,5 m2. Les deux espaces sont étudiés ensemble car ils ont été créés en même temps. Ils constituent sans doute une seule unité de bâti. Ces deux espaces de faible surface semblent former un bâtiment constitué de deux pièces trapézoïdales, plan induit par la configuration de l’îlot, contraint à l’est par la rue et à l’ouest par le ruisseau. À défaut de pouvoir ériger à cet endroit une construction selon un découpage en lanière, l’espace a été loti en s’adaptant aux contraintes. M 228, qui ferme l’espace C12, a le même axe que M 60, axe différent des murs de limite ouest des espaces antérieurs, situés plus au sud. L’espace C12 est compris entre les espaces Cl 1 et C6, limité au nord par M 63, au sud par M 61, à l’ouest par M 228 et à l’est par M 65 (surface : 30 m2 environ). Tout comme l’espace C11, il a été endommagé par la rampe de circulation installée au début de chantier, mais également par la construction sur pieux du mur moderne M 64 et par les tranchées de récupération de M 63 et M 65.
Description des maçonneries
120M 65 borde les espaces C11 et C12 et devait limiter l’espace C10, à l’est. Dans la partie médiane de l’espace C11, l’élévation est absente sur une longueur de 1,60 m. Il pourrait s’agir d’une ouverture sur la rue, dont les éléments de construction auraient été récupérés.
121En raison des contraintes de la fouille de sauvetage, seul le parement ouest de M 65 a pu être observé de façon satisfaisante. M 65 est constitué de deux assises de fondation de blocs calcaires liés à la terre et, dans sa partie la mieux conservée en élévation, de trois assises de moellons en calcaire équarris. Le tout est lié à l’argile. Dans l’espace C12, M 65 présente deux coups de sabre dont l’un est perturbé par l’implantation des pieux du mur moderne M 64 ; il a dû exister là une ouverture. Au nord de celle‑ci, M 65 présente deux assises de fondation similaires à celles observées dans deux assises de fondation similaires à celles observées dans l’espace C11, surmontées de trois assises d’élévation en moellons de calcaire quadrangulaires équarris et liés à l’argile.
122Le mur M 60 forme la limite ouest des espaces C10 et Cl 1. Il est constitué elle d’une fondation de trois assises, débordante de l’élévation conservée sur cinq assises (fig. 93). La fondation se compose de gros blocs de calcaire blanc non équarris et l’élévation de moellons en calcaire, équarris ou non, liés avec un mortier gris‑blanc mêlé de petits galets. Le mur a été enduit sur son parement intérieur. La tranchée de fondation de M 60 à l’ouest apparaît dans un contexte daté du milieu du xiiie s. Des pieux de bois sont implantés à la base de M 60, sans doute pour renforcer la fondation proche du comblement du ruisseau, donc de terrains peu stables. Dans le mur M 60 ont été installés deux seuils, S 236 (espace C10) et S 237 (espace C11) (fig. 94).

FIG. 93 ‒ Relevé de l’élévation du mur occidental des espaces C10, C11 et C12.
DAO J. Isnard/Afan

FIG. 94 ‒ Seuil des espaces C11 et C12 ouvrant sur le ruisseau
Cliché F. Cognard/Afan
123M 60 est vraisemblablement lié, dans l’espace C10, au mur M 76, même si le lien n’est sensible qu’en élévation. M 76, mur de direction E‑O, présente une fondation constituée de gros blocs irréguliers, surmontés de petites pierres disposées irrégulièrement et, par endroits, ennoyées dans du mortier afin de régler les assises. Un reste d’enduit était visible sur le parement sud. Ce mur est très arasé et entièrement récupéré vers l’est, de sorte que son lien avec M 65 a disparu. M 63 forme la limite sud de l’espace C11, il est lié à M 60. En fondation, M 63 est constitué de blocs de grande taille mais irréguliers. Les cinq assises d’élévation de M 63 conservées à l’ouest se composent de moellons en calcaire de différentes tailles, équarris ou non, et liés au mortier. Dans sa partie médiane, la fondation est bordée de quatre pieux contre le parement nord et de trois contre le parement sud. Ces pieux peuvent correspondre au soubassement de piliers comme on en retrouve dans d’autres espaces. Ceci est d’autant plus plausible qu’à proximité, dans la tranchée de récupération de M 63, a été retrouvée une grande dalle calcaire (50 x 50 x 12 cm) ; cette dalle a cependant pu également appartenir à l’aménagement d’une ouverture entre les espaces C11 et C12. M 63 étant entièrement récupéré dans sa partie est, la relation avec M 65 est perdue. M 76 et M 63 sont moins bien appareillés que M 60. Il s’agit de murs de refend, ce qui peut expliquer leur facture moins soignée. De plus ils étaient enduits (des traces en ont été retrouvées), ce qui rendait les parements invisibles. Aucun seuil n’a pu être observé entre ces deux espaces. Cependant, le fait que les murs soient liés tend à confirmer l’appartenance à un seul et même bâtiment.
124L’espace C12 est créé par la seule construction du mur M 228, constitué de deux assises de fondation et d’une élévation conservée sur quatre assises. La fondation présente des blocs et moellons équarris de tailles diverses, en calcaire. L’élévation, percée par une porte dont le seuil (S 238) est conservé, se compose de moellons en calcaire équarris assisés. Ce mur est postérieur à M 60 et à M 30 (coups de sabre au nord et au sud). Contre son parement ouest, des pieux de bois renforcent la fondation comme pour le mur M 60. Ceci confirme que les espaces C10, Cl 1 et C12 sont contemporains ; M 228 est simplement le dernier mur construit. M 61, mur de direction E‑O, sépare l’espace C12 de la maison C6. Des traces d’enduit subsistent sur ses deux parements.
125Le seuil S 236 (espace C10) est constitué de deux pierres calcaires, taillées sur ses côtés ouest, nord et sud, formant ainsi une petite marche descendante vers l’intérieur. La pierre la plus au nord porte des traces de rubéfaction. Le seuil S 237 (espace C11, fig. 95) est composé d’un ensemble de pierres de taille en calcaire, disposées sur deux assises. Posées sur une assise de réglage, deux grandes pierres taillées, horizontales et séparées par quelques petites pierres de blocage, forment la base de cette structure. Elles sont surmontées par deux pierres de taille disposées verticalement. Une des pierres de cette porte est cassée, une autre a été récupérée, sans doute lors de l’obturation de l’ouverture. Par ailleurs un morceau de fer, retrouvé entre les pierres horizontales et 1‑158 mais trop abîmé pour être conservé, permet d’envisager un système de gonds ou un montant métallique. Les deux ouvertures se situent à l’angle S‑O des pièces. Le seuil S 238 (espace C12) est composé de deux grandes pierres de taille, surmontées de chaque côté par un bloc vertical, qui forment sans doute la partie inférieure des montants de la porte. L’une des pierres de la base porte une trace curviligne due au frottement du mécanisme de la porte (un morceau de fer était encore visible).

FIG. 95 ‒ Seuil S 237 ouvrant sur l’espace longeant le fossé
Cliché F. Cognard/Afan
126L’espace C13 est situé entre le ruisseau S 269 à l’ouest, M 60, mur de façade des espaces C10 et C11, et M 66. Cet espace, conservé sur approximativement 7 m2, n’a pas pu être étudié correctement faute de temps. L’espace C14 est dans le prolongement de l’espace C12. D’une surface d’environ 8 m2, il est limité au nord par M 66, à l’ouest par le ruisseau et au sud par le puits moderne S 70 qui a perturbé les contextes médiévaux. M 66 est dans le prolongement de M 63, mais son orientation est divergente et il lui est postérieur. À l’est, l’espace est bordé par M 228. Ce prolongement de M 61 (1‑689) est conservé sur cinq assises, dont deux de fondation, constituées de moellons de petite taille, équarris ou non, liés au mortier. M 66 est composé d’une assise de fondation et de trois assises d’élévation. Ces deux murs sont de même facture. Dans un premier temps on a pensé que M 66 avait été arasé, puis il a paru plus vraisemblable que, dès l’origine, M 66 ait été conçu comme un muret. On a observé de nombreuses perturbations dans les prolongements des deux murs de refend, vers M 19, mais elles sont peut‑être dues à l’arasement de ce dernier.
Occupation
127Les espaces C10 et C11 présentent des similitudes de construction qui autorisent une étude conjointe de ces deux espaces. Le peu de stratigraphie intacte dans l’espace C10 ne nous renseigne guère. La stratigraphie de l’espace C11 est un peu mieux conservée. Dans un premier temps, sur des remblais d’argile et de limon datés du milieu du xiiie s. apparaît un lambeau d’une couche constituée de limon et de chaux, contenant du mortier, du calcaire blanc, des scories et du fer. On ne peut pas parler d’un sol ; il peut s’agir des restes d’une surface de travail ou d’un assainissement du terrain. Il est donc difficile de définir la destination de cet espace. Il peut s’agir d’une parcelle à ciel ouvert. Ce contexte est scellé par un niveau argileux daté du xiiie s. sans plus de précisions.
128L’espace C12 a révélé également deux séquences d’occupation. La présence, jusqu’à des niveaux très profonds, des pieux modernes de M 64 a été perturbatrice pour l’identification des couches, la décomposition de ces pieux provoquant d’importantes variations de couleurs dans les sols ainsi que de possibles intrusions d’éléments modernes lors de leur implantation. Des remblais argileux ont été déposés directement sur le niveau des salines et sur le comblement du fossé S 272. Sur ces remblais est apparu un premier contexte d’occupation (1‑401) constitué d’un sédiment noir très détritique avec des tessons à plat en surface. Au sédiment se mêlent de l’argile, de la chaux, du mortier, des pierres, des tuiles et des charbons de bois. Dans ce contexte, daté du milieu du xiiie s., apparaissent deux trous de pieux vers M 65, à l’endroit de l’ouverture ; ils ont pu supporter une structure légère. Un remblai de démolition (contenant du matériel résiduel antique) recouvre cette couche, puis au‑dessus et à l’est de l’espace apparaît un second niveau d’occupation. Le sédiment est argileux et on observe en surface quelques passées de charbons de bois, des tessons à plat et un aménagement de pierres contre M 61 et à l’est de son pilier S 254. Cet empierrement est constitué de pierres calcaires non équarries, bien alignées contre le mur, moins bien organisées au‑delà. Ce contexte est perforé d’une fosse (1‑450) dont le comblement contient un nombre important de déchets de raille. Cette fosse n’a été fouillée que partiellement. Dans la partie ouest de l’espace, il existe, au‑dessus des remblais et à la même altitude que les contextes décrits ci‑dessus, un sol caladé. On remarque que c’est à ce niveau aussi que l’enduit du parement oriental de M 228 forme un solin. Le mur a dû être enduit à ce moment. Toute la stratigraphie est datée du milieu du xiiie s. et est recouverte d’une calade appartenant certainement à la phase suivante. L’empierrement 1‑369 accolé à M 61 forme peut‑être le dernier vestige d’un escalier. Au pilier est de M 61 répondent des pieux de bois contre M 63 qui devaient soutenir un deuxième pilier. Cet ensemble devait être la base d’un arc doubleau rythmant un rez‑de‑chaussée. Le niveau 1‑366 peut être considéré comme un sol de terre battue.
129Dans l’espace C14, un niveau de brasier, installé sur un contexte limoneux dans lequel est construit M 66, se rattache à l’implantation de ce mur et du prolongement de M 61. Un important remblai argileux (1‑762) postérieur, qui vient s’appuyer contre la dernière assise de M 66, est surmonté d’un cailloutis. Ce dernier se dépose sur M 66 et se poursuit vers le nord (1‑761). Ces niveaux sont datés du milieu du xiiie s. Sur le cailloutis, qui forme préparation, vient un contexte sableux à la surface duquel des pierres calcaires d’une épaisseur de 5 cm ont été soigneusement posées à plat. La structure n’a été conservée que sur une bande de quelques centimètres car elle est détruite à l’ouest. Ceci devait être un niveau de circulation aménagé. Ces contextes, qui viennent contre M 61‑689 et passent sur M 66, se poursuivent vers le nord mais sont arrachés au niveau du seuil S 237. M 61‑689 forme la limite sud de la structure, par contre M 66 n’est peut‑être qu’un muret de renfort. Sur le premier niveau de circulation, un fin niveau de mortier durci (1‑688) a été déposé (fig. 94). Au‑dessus, le contexte 1‑763, dont il subsiste un lambeau, est constitué d’argile marron et présente en surface des traces d’aménagement, certainement de planches de bois. Des clous ont été retrouvés sur 1‑688 et 1‑763, ce qui nous semble confirmer l’idée d’un plancher. Les contextes de béton et d’argile avec les empreintes de planches viennent contre M 61‑689. En revanche, ils passent sur l’arase de M 66, se poursuivent au nord, mais sont arrachés au niveau du seuil S 237, comme les couches antérieures. Les empreintes de planches se trouvent presque au niveau supérieur des pierres basses du seuil S 238. Si on restitue l’épaisseur d’un plancher, celui‑ci serait exactement au même niveau que le seuil. On peut imaginer une sorte de passerelle en bois. Mais dans quel but ? Ce deuxième aménagement constitue un réaménagement de la surface de circulation vue précédemment. Ces niveaux se sont succédé durant la seconde moitié du xiiie s. et ont certainement eu la même fonction qui reste énigmatique. S’il s’agissait d’un passage vers le sud, on aurait dû en retrouver des traces dans les espaces C8 et C9.
2.5.4.2 Le reste de l’îlot
130Hormis une couche de brasier mêlé de chaux située dans la cour et dont la surface forme une cuvette au centre de celle‑ci, les transformations de cette phase concernent la création d’un espace à plan en lanière et de niveaux d’occupation dans les espaces déjà bâtis. Un nouveau bâtiment en lanière est accolé à la maison C7 après démolition de l’atelier C5. Le remaniement de M 65 au niveau du petit bâtiment s’est effectué après l’abandon de cette pièce. Les murs M 153 et M 175 sont arasés. Le comblement de la tranchée de récupération de l’angle qu’ils formaient est daté du milieu du xiiie s. Elle est recoupée par le creusement de la tranchée d’installation du mur M 25, effectué à la fin du xiiie s. Cette tranchée recoupe un drain dont l’existence s’explique sans doute par la volonté d’assainir le terrain avant l’installation du mur. Les murs M 25, M 223, M 27 et M 65 délimitent ce nouveau bâtiment.
Description des maçonneries
131Le mur M 25 (fig. 96) a été construit avec une fondation de moellons bruts et en blocs de pierre froide liés à l’argile, mais aussi, par endroits, avec un mortier grossier de couleur jaune. Il est fondé beaucoup plus bas à l’est, à proximité de la rue où il s’enfonce profondément et compte jusqu’à neuf assises de fondation tandis qu’il n’en existe que trois à l’ouest. Ce changement dans la fondation peut s’expliquer par la présence du fossé S 272, au comblement relativement meuble. L’élévation de M 25 est constituée de moellons équarris en calcaire jaune, avec également quelques moellons de pierre froide liés au mortier fin gris. La quatrième assise d’élévation présente un ensemble de quatre dalles d’épaisseurs légèrement différentes. La cohésion avec l’élévation est assurée par un petit blocage de part et d’autre. Ces dalles ont formé la base d’un seuil (S 243) auquel on peut restituer une largeur de 2,50 m. Il s’agit certainement d’une porte importante dont l’élévation est perdue. Il faut remarquer que cette ouverture se situe dans l’axe de la porte S 36. La porte de M 27 est bouchée par de petites dalles de pierres non équarries liées au mortier et à la terre, et disposées « en arête de poisson » pour la majorité d’entre elles. Deux assises sont conservées. Ce bouchage, daté de la fin du xiiie s., est contemporain de la construction de M 25. M 27 fonctionnait auparavant avec la cour ; dès l’implantation du nouveau bâti mitoyen, l’ouverture entre les deux espaces est supprimée, une autre porte est créée. S 243 donne donc sur la cour, réduite de la largeur de la nouvelle parcelle. Le mur M 25 était sans doute lié à angle droit avec le mur M 223, mais cette jonction n’a pas été conservée. Il a pu y avoir récupération d’un chaînage d’angle bien appareillé. La taille similaire des pierres de ces murs et leur facture très semblable permettent de supposer qu’ils sont contemporains. D’autre part, cette fondation vient prendre appui sur le ressaut de fondation de M 27, à l’angle que forment les deux murs. Le mur M 223 est constitué d’une fondation de trois assises de blocs bruts en pierre froide, comparable comme il a été indiqué à celle de M 25 dans sa partie ouest. Il est très arasé. Un seuil (S 276) est implanté dans M 65 ; il ouvre ce nouvel espace sur la voie.

FIG. 96 ‒ Parement sud du mur M 25
Cliché F. Cognard/Afan
132L’espace C8 est légèrement remodelé. Un nouveau mur, M 71‑775, est installé sur M 221, dont il ne reprend pas tout à fait l’axe. Il ne rejoint pas M 227, laissant ainsi une ouverture. Il est constitué de petits moellons en calcaire et pierres froides, équarris ou non, liés à la terre et au mortier fin blanc. L’ouverture est aménagée d’un fin niveau de terre, surmonté d’une couche de mortier jaune sur lequel repose une assise de pierres dont des dalles assez grossières. Ce mortier jaune est peut‑être à rapprocher du mortier de M 228. M 71‑775 n’a pas pu être observé de façon satisfaisante. Il a été percé au sud d’une ouverture, bouchée dans le même temps où M 72 est venu doubler M 71 contre son parement ouest. Ce mur a une orientation légèrement différente de celle de M 221, ce qui ne change guère la configuration de l’espace.
133L’espace C16 est limité au nord par M 224, à l’est par M 223, au sud par M 222 et à l’ouest par M 71. Sa surface est d’environ 20 m2.
Occupation
134Dans le bâtiment C15 est installé un niveau chaulé (4‑448). Il forme le premier sol du bâtiment créé par la construction de M 25 et M 223. Deux fosses apparaissent dans la partie ouest du bâtiment. La première, de forme oblongue et chaulée, se trouve à l’aplomb de l’ancienne porte installée dans M 27. La seconde est en arc de cercle auquel s’ajoute une portion rectangulaire évoquant la forme d’un sombrero. Elle peut correspondre à un aménagement récupéré par la suite. On trouve encore à proximité de ces fosses trois trous de poteaux alignés. Deux pieux sont conservés aussi à l’est du bâtiment près de M 65. La plupart de ces creusements pourraient être liés à l’aménagement de structures légères, sans doute en bois, comme par exemple des cloisons intérieures.
135Le niveau de la phase 4B4 de la maison C6 est surmonté d’une couche de chaux (1‑606, milieu du xiiie s.). Il peut s’agir d’un sol ou d’une surface de travail. Ce contexte est remblayé au début du xive s.
136M 71‑775 est sur la surface caladée 1‑744 de l’espace C8. Il fonctionne avec d’autres structures qui ont endommagé la surface de brasier antérieure. Tout d’abord, apparaît un niveau de chaux et de brasier sur lequel est installé un foyer qui comporte sur sa surface un tian catalan écrasé sur place. Tous ces contextes sont datés du milieu du xiiie s., tout comme l’ouverture aménagée entre M 227 et M 71‑775. Le contexte de chaux est coupé par une structure en arc constituée de galets et située dans l’angle formé par M 71‑775 et M 227 ; on peut se demander si les galets ne sont pas venus combler une petite rigole. Ce fait n’est pas daté.
137Dans les espaces C9 et C16, la stratigraphie n’a pas pu être observée de façon satisfaisante car ces espaces ont été dégagés en fin de fouille et décaissés à la pelle mécanique. Ces petits espaces accolés aux bâtiments précédents leur sont postérieurs ; ils ont pu former de petites annexes dont la fonction n’est pas déterminée.
Notes de fin
1 Ce laitier a été analysé par L. Bellot‑Gurlet sur AGLAE.
2 La fouille de la place Villeneuve‑Bargemon a permis de mettre au jour des murs en terre en élévation. Ils reposent sur de gros blocs de grès au niveau du sol qui servent à la fois à fonder le mur et à l’isoler de l’humidité. Mais il ne s’agit là que de refends et non de murs maîtres. Cf. par exemple les murs M 2140 et 2137 (Rinalducci, Vecchione 1997 : fig. 6).
3 Renseignement oral de Dominique Carru (service départemental d’Archéologie du Vaucluse) sur la fouille de la rue Carreterie à Avignon.
4 L’étude, en cours, est réalisée par Émilie Léal (Afan), sous la direction de Françoise Paone (Afan) et de Marc Bouiron.
5 « Les variantes sont grandes depuis le travail artisanal dans les villages bien attesté par de nombreux outils jusqu’aux fabriques réelles mentionnées en général à partir du xiiie s. [...] » (Aujourd’hui le Moyen Âge 1981 : 45‑46).
Auteurs
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Michel Maurin
Afan
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Martine Moerman
Chargée d’études, Afan
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Frédéric Moroldo
Assistant d’études, Afan
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Nadine Scherrer
Assistante d’études, Afan
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Bernard Sillano
Assistant d’études, Afan
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Isabelle Villemeur
Ingénieur, Afan
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Géraldine Bérard
Chargée d’études, Afan
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Marc Bouiron
Conservateur du Patrimoine, archéologue municipal, Atelier du Patrimoine, Ville de Marseille
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