Annexe 1 Les clous
p. 121-128
Texte intégral
1L’étude des modes d’assemblage dans les charpentes terrestres et navales est aujourd’hui relativement développée mais, à de rares exceptions près, les éléments métalliques qui y participent ne sont pas l’objet de beaucoup d’attention de la part des historiens et archéologues1. Pourtant, ce mobilier se révèle riche d’informations et mérite que l’on s’y attache. L’analyse qui suit porte sur un ensemble de 93 clous prélevés sur les vestiges de l’épave, de 8 clous analysés mais non prélevés et de 24 clous trouvés dans diverses couches stratigraphiques à l’intérieur de la zone de fouille mais désolidarisés des éléments de la coque2, soit au total 124 clous. Rappelons que les clous participent essentiellement à la fixation des abouts des virures sur l’étrave et l’étambot, et dans une faible part à l’assemblage des bordages aux membrures.
2Afin de mener à bien cette analyse, les clous ont fait l’objet d’un inventaire et d’un traitement spécifique.
1 Inventaire et traitement
3Les clous ont été inventoriés à l’aide du système Archéo-DATA mis au point pour la gestion des informations archéologiques par Daniel Arroyo-Bishop. Ceux qui étaient encore en place dans les pièces de charpente de l’épave ont été démontés après avoir été précisément localisés et inventoriés. L’ensemble de ces clous découverts en relation directe avec l’épave ne présentait aucune concrétion, ni corrosion. Lors des premières campagnes de fouille, les objets ont été déposés au musée archéologique de Saintes pour y subir une déchloruration dans des bains de sulfite. Il s’est avéré, après analyse, qu’ils ne contenaient aucun chlorure. Le traitement de déchloruration, fragilisant les clous, a donc été abandonné. Les clous découverts par la suite ont été traités de la façon suivante : séchage lent de quinze jours, puis décapage par brossage –brosse métallique, brosse dure et souple synthétique– et ponçage au papier de verre afin d’éliminer toute trace de sédiment et d’oxydation naissante ; ils ont ensuite été séchés à l’étuve pendant quatre heures avant d’être recouverts d’un film protecteur de paraloïd B72 à 5 %, puis stockés en milieu à humidité contrôlée sous gel de silice bleu.
4L’état de corrosion, systématiquement enregistré, permet certaines constatations : les clous encore enfoncés dans le bois de l’épave ne présentaient lors de la mise hors eau aucune altération, ni de leur tige ni de leur tête ; or, si l’absence de corrosion sur la tige s’explique par la protection que lui offre le bois, la non altération de la tête, en contact avec le milieu ambiant, suppose un enfouissement assez rapide du bâtiment.
2 Typologie
5Quatre-vingt-treize clous ont été démontés. Huit autres, non prélevés mais ayant donné lieu à des observations précises (1.227, 1.228, 1.231, 1.233, 1.234, 1.236-1.238), ont été intégrés à la typologie. Le système descriptif utilisé a privilégié des éléments variables tels que la morphologie de la tête, la forme de la section de la tige et sa longueur (fig. 116). Il a fait apparaître une répartition en trois catégories : à tête triangulaire, à tête en bouton, à tête plate. La catégorie à tête en bouton est elle-même subdivisée en deux sous-catégories : A et B ; tandis que la catégorie à tête plate est subdivisée en trois sous-catégories : à tête plate ronde ou ovale, à tête plate carrée et â tête plate rectangulaire (tabl. xi).

FIG. 116 – Échantillon des différents types de clous représentés dans l’épave.

TABL. XI – Répartition typologique des clous. Les clous dont la longueur incomplète a pu être restituée sont indiqués entre parenthèses. Les clous dont la tête et la jambe sont désaxées sont suivis d’un astérisque. Les clous 1.227, 1.228, 1.231, 1.233, 1.234, 1.236, 1.237 et 1.238 ont été analysés in situ ; tous les autres ont été étudiés à terre après avoir été prélevés.
2.1 Les clous à tête triangulaire
Description
6Huit individus appartiennent à cette catégorie. Le profil de leur tête forme un « as de pique » épais s’inscrivant dans le prolongement de la jambe (fig. 117). Ces clous sont faits d’un seul tenant et montrent une grande régularité de fabrication. Ils sont particulièrement solides et supportent des tensions importantes. La jambe, épaisse sous la tête, possède une section globalement rectangulaire de 10 x 7 mm en moyenne. La tête a été réalisée par martelage une fois la jambe amincie, en maintenant l’extrémité la plus épaisse à l’aide d’une pince. Les marques de fabrication sont facilement observables : sur la tête du clou 1.34, l’écrasement du métal est bien visible ainsi que les replis formés sur les bords de la tête. Il semble que la tête de ces clous a été réalisée lorsque ceux-ci étaient maintenus à plat, position qui expliquerait qu’une face soit plus lisse que l’autre.

FIG. 117 – Clous à tête triangulaire « en as de pique ».
7Deux ensembles, caractérisés par la longueur des jambes, semblent coexister : les clous du premier ensemble (1.34, 1.50, 1.214, 1.192 et 1.191) ont une longueur de 155 à 168 mm ; ceux du second (1.3, 1.1 et 1.234) mesurent 203 mm.
Répartition
8Les 8 clous à tête triangulaire retrouvés sur l’épave ont été utilisés, lors de la construction du bateau, en parfaite adéquation avec leur morphologie et leur longueur puisque 5 d’entre eux ont été enfoncés dans les abouts des virures demi-circulaires, fixant ces dernières aux pièces d’extrémité EXB1/2et EXA1 (1.1, 1.3, 1.34, 1.50, 1.214 et 1.234) tandis que les 2 clous 1.191 et 1.192, de facture et de dimensions parfaitement identiques (160 mm), maintenaient en place la pièce SER1 sur les membrures MBG25 et MBG27 (cf. § 3.3.9). Ce mode de clouage (clous à tête triangulaire sur les bordages de section demi-circulaire) est très cohérent compte tenu de l’épaisseur importante des virures et de leur fonction de renfort longitudinal du bordé (cf. § 3.3.8.1).
2.2 Les clous à tête en bouton
Description
9Sept clous, à tête et jambe d’un seul tenant, représentent cette catégorie (fig. 118). Il semble que l’on puisse les séparer en deux sous-catégories : A, à tête et jambe épaisses, et forte section ; B, composée de clous plus fins. Cette distinction paraît devoir être faite compte tenu des modalités différentes de fabrication.

FIG. 118 – Clous à tête en bouton.
10La sous-catégorie A est constituée de clous dont la section des jambes sous la tête –au plus large– est de 10 à 12 mm (clous 1.93,1.95, 1.139 et 1.217). Contrairement aux clous de la sous-catégorie B, cette section se resserre et s’arrondit avant de s’élargir pour aboutir à une tête globuleuse en forme de grossière pyramide tronquée. Il semble que la tête a été écrasée, le haut de la jambe maintenue par une pince ou une tenaille. Cette tête a ensuite été façonnée par un mouvement de rotation de la jambe, et non à plat comme les clous triangulaires et ceux de la sous-catégorie B.
11La sous-catégorie B (clous 1.9, 1.49 et 1.220) est, en fait, très proche de celle formée par les clous à tête triangulaire. La section de la jambe, sous la tête, est carrée (de 8 à 10 mm). Elle semble s’évaser dans sa partie supérieure pour former le départ des côtés d’un « as de pique ». Mais la tête, martelée ensuite sur toute sa périphérie, forme un gros bouton en pyramide plus ou moins tronquée. Il semble qu’ici le mode de fabrication soit semblable à celui des clous triangulaires, mais qu’une mise en forme plus poussée des têtes a abouti à cette tête en bouton.
Répartition
12L’utilisation de ces clous est homogène et révèle de la part des charpentiers une parfaite connaissance des possibilités des matériaux. Les 7 clous à tête en bouton ont été utilisés, sans exception, pour assembler des virures demi-circulaires aux pièces d’extrémité EXB1/2 et EXA1. Il est à noter que la distinction entre sous-catégorie A et sous-catégorie B ne semble pas être pertinente quant à l’utilisation fonctionnelle des clous. Les charpentiers ont fixé les deux types de clous sans que l’on puisse distinguer une préférence pour l’un ou l’autre.
2.3 Les clous à tête plate
13Cette catégorie de clous, qui comprend 79 individus, est susceptible d’être décomposée, en fonction de la forme de la tête, en trois sous-catégories.
Les clous à tête plate ronde ou ovale
Description
14Cette première sous-catégorie, comprenant 27 individus, rassemble des clous à tête plate grossièrement ronde ou ovale (fig. 119) dont la jambe diminue régulièrement jusqu’à la pointe. Quinze clous complets ont une jambe épaisse dont la section grossièrement carrée de 10 mm de côté en moyenne sous la tête s’amenuise régulièrement jusqu’à 6 mm à mi‑hauteur. Le point d’attache de la jambe est systématiquement décentré : il se situe en moyenne à 5 mm du bord de la tête d’un côté et 15 mm de l’autre. Ce déplacement semble lié aux coups reçus par les clous lors de leur enfoncement. En effet, la tête plate ne possède pas une épaisseur régulière. De 2 à 3 mm du côté où la jambe est la plus près du bord, elle se réduit parfois à 1 ou 2 mm de l’autre. Les bords, quant à eux, présentent de nombreuses déchirures, en particulier du côté le plus mince. Des replis des bords réalisés à chaud forment le bord le plus épais. Ceci est particulièrement visible sur le clou 1.114.

FIG. 119 – Clous à tête ronde ou ovale.
15La jambe et la tête sont composées d’une seule pièce : la tige, une fois formée et amincie d’un côté, est écrasée de l’autre ; les déchirures sur les bords sont alors repliées et le sommet du clou martelé afin de présenter une tête arrondie. On observe une marque rectiligne sous la tête du clou 1.131, qui indique que cette tête a été aplatie par martelage sur un guide possédant une surface plane et un bord rectiligne –une pince, une tenaille ou une petite barre métallique maintenant la jambe ont peut-être provoqué cette marque. Toutes les têtes présentent de nombreuses traces de martelage sur le dessus, et aucune découpe à l’aide de pince n’est visible sur les bords.
16Une série de clous a été fabriquée comme les précédents, mais la finition des têtes est de mauvaise qualité et surtout leurs dimensions sont plus réduites (1.91, 1.109, 1.115, 1.142, 1.106, 1.223, 1.219, 1.215 et 1.221). Les têtes, épaisses, sont réalisées par aplatissement de la jambe, martelage et repliage grossier ; aucune découpe à la pince n’est visible. La longueur de la jambe varie entre 60 et 90 mm et le diamètre des têtes est compris entre 25 et 30 mm. Ces clous présentent parfois un angle résultant d’un repli marqué – ou d’une coupure à la pince, bien qu’il n’y en ait pas de preuve.
Répartition
17Il semble, après analyse, que les clous à tête plate ronde ou ovale ont été utilisés par les charpentiers de deux façons différentes. D’une part, ils servent à fixer, comme les clous à tête triangulaire et à tête en bouton, les virures demi-circulaires sur les pièces d’extrémité. D’autre part, ils sont employés systématiquement sur les virures rectangulaires lorsque l’assemblage de la virure immédiatement supérieure et inférieure était pratiqué au moyen de gournables. Dans ce cas, seul le clou à tête ovale maintient la virure rectangulaire à la membrure, sans que la fixation soit complétée par une gournable.
Les clous à tête plate carrée
Description
18Quarante-trois individus appartiennent à cette deuxième sous-catégorie qui est la plus importante (fig. 120). Tous les clous présentent, au minimum, quatre découpes à la pince pour former la tête, après aplatissement de la jambe. Deux ensembles se dégagent d’après la longueur des clous : le premier est composé de petits clous représentés par 3 individus (1.137, 1.194, 1.216, longueur 40 mm, tête 8mm) ; le second est constitué des autres clous, dont la jambe est longue, de 90 à 110 mm –notons que 18 clous ont une jambe incomplète–, et une tête de diamètre variable, de 30 mm pour les plus larges (1.6 et 1.106) à 15 mm pour les plus petites. Le clou 1.96, dont la jambe est ratée, présente une pointe aplatie et non effilée.

FIG. 120 – Clous à tête plate carrée : a clou du groupe a ; b clous du groupe b.
Répartition
19Les clous à tête plate carrée et jambe longue sont utilisés :
– pour fixer les virures rectangulaires ou demi-circulaires aux membrures (16 clous) ;
– pour fixer les virures rectangulaires ou demi-circulaires aux pièces d’extrémité (4 clous) ;
– pour fixer les planches du pont amont uniquement (6 clous).
20Les clous à tête carrée et jambe courte (17 clous) semblent avoir servi d’appoint sur l’ensemble des fixations.
Les clous à tête plate rectangulaire
Description
21Cette troisième sous-catégorie de 9 clous (fig. 121) est particulièrement homogène. Ils ont une longueur à peu près semblable d’environ 90 mm, excepté le clou 1.92 (125 mm). Tous présentent une jambe fine et une tête rectangulaire mince (les clous 1.32, 1.80 et 1.85 possèdent les têtes les plus minces), découpée à la pince (le plus caractéristique étant le clou 1.32). Il semble bien que la tête a été formée par aplatissement de la jambe.

FIG. 121 – Clous à tête plate rectangulaire.
22Les clous à tête plate rectangulaire apparaissent comme une variante de la sous-catégorie à tête plate carrée.
Répartition
23Tous les clous à tête plate rectangulaire ont été fixés aux planches du pont aval, sauf le clou 1.92 (VRG4 sur EXA1).
2.4 Les clous atypiques
24On peut ainsi qualifier ce groupe de 6 clous à tête ratée ou présentant des défauts de réalisation (fig. 122). Atypiques par la forme de leur tête, ils possèdent des replis et des déchirures caractéristiques du groupe des clous à tête plate ronde ou ovale. Mais leurs dimensions, la forme des têtes et quelques découpes à la pince les en différencient cependant. Leur longueur varie de 90 à 100 mm.

FIG. 122 – Clous atypiques.
25En conclusion, il apparaît que l’observation attentive de l’emplacement des clous sur les éléments de charpente croisée avec l’analyse typologique peut permettre de reconnaître leur utilisation. Trois catégories de clous ont des usages très spécifiques : les clous à tête triangulaire, les clous à tête en bouton et les clous à tête plate rectangulaire. Les clous à tête triangulaire ont été utilisés dans les abouts des virures demi-circulaires, fixant ces dernières aux pièces d’extrémité. Ils ont également servi à assembler et maintenir la pièce SER1 aux membrures MBG25 et MBG27. Les clous à tête en bouton ont été employés pour fixer les virures demi-circulaires aux pièces d’extrémité. Les clous à tête plate rectangulaire ont été utilisés pour fixer les planches du pont aval. Les autres clous semblent avoir des usages plus diversifiés. Lorsqu’ils ont une longueur de jambe importante, les clous à tête plate carrée sont destinés soit à fixer les virures aux membrures –sans distinction entre les virures rectangulaires et les virures demi-circulaires– et aux pièces d’extrémité, soit à maintenir toutes les planches du pont amont. Les clous à tête plate ronde ou ovale sont employés pour assembler les virures demi-circulaires aux pièces d’extrémité et les virures rectangulaires –sans assemblage avec des gournables– aux membrures.
3 Observations sur le clouage
26Une autre analyse, celle du clouage par espaces de construction (bordé rive gauche, ponts amont et aval, pièces d’extrémité) a été tentée afin de saisir l’organisation, voire la chronologie, des séquences de construction. Sont ainsi abordés le clouage du bordé rive gauche, l’assemblage des planches des ponts, la fixation des écarts, le clouage des réparations et de la garniture des bordages.
3.1 Le bordé rive gauche
27Quatre clous (1.2, 1.3, 1.6 et 1.49) ont été tordus lors de leur enfoncement dans l’étrave EXB1/2 (fig. 123). Sur la face gauche de cette pièce, où le clouage est le mieux conservé, les bordages de section rectangulaire ne sont assemblés que par un clou de longueur réduite (80 mm). En revanche, les bordages de section demi-circulaire sont fixés sur l’étrave par plusieurs clous –2 clous pour le bordage VRG2 et 3 clous pour le bordage VRG4– de longueur importante. Ce second mode de clouage, qui se caractérise par le nombre et la longueur des clous –le plus grand mesure 190 mm– paraît très judicieux compte tenu de l’épaisseur importante des bordages de section demi-circulaire.

FIG. 123 – Trois clous fixant les abouts des virures du bordé rive gauche sur l’étrave EXB1/2.
3.2 Les planches des ponts
Pont avant
28Rappelons que sur les 8 planches (PLP1 à PLP8) qui forment le pont avant du bateau, 5 étaient conservées en place (cf. fig. 64), en relation avec les barrotins TRV1 et TRV2 et le bau traversant TRV3 qui servent de surface d’assemblage par clouage et chevillage.
29Le démontage a permis de recueillir 8 clous (1.86, 1.32, 1.79, 1.85, 1.80, 1.2, 1.83 et 1.84) qui constituent un ensemble homogène. Ils ont une tête plate rectangulaire (excepté le clou 1.86 à tête carrée), leur jambe est droite. La longueur de la jambe, lorsque celle-ci est complète, est de 80 mm. Ce sont donc de longs clous qui s’enfoncent profondément dans le bois.
30Si l’on tient compte de l’ensemble de la séquence de construction –1 : encastrement du bau traversant dans la virure VRG3, 2 : assemblage des barrotins aux membrures, 3 : fixation des planches de pont aux barrotins TRV1, TRV2 et au bau TRV3– on observe que la deuxième séquence fait appel au même type de clous3 que la troisième séquence (fig. 124) (clous 1.32, 1.33, 1.13).

FIG. 124 – Clous présents sur la pièce transversale TRV1.
Pont arriére
31Le démontage des 2 planches retrouvées du pont amont (PLP9 et PLP10, la seule encore dans sa position initiale [cf. fig. 69]) a permis d’observer 6 clous. Ils témoignent à nouveau d’une parfaite homogénéité puisqu’ils appartiennent tous à la catégorie des clous à tête plate, jambe droite ou jambe tordue. Leur longueur, lorsqu’elle est complète, varie de 40 à 75 mm.
32La séquence de clouage des planches du pont au bau traversant TRV7 et au barrotin TRV11 est identique, dans le matériel utilisé, à la séquence d’assemblage du barrotin aux membrures. Le clou 1.125 qui lie le barrotin TRV11 à l’allonge MBD10 est en effet un clou forgé à tête plate carrée.
33Ainsi, une première organisation des séquences d’assemblage par clouage paraît pouvoir être identifiée, tout au moins pour les ponts aval et amont. Les barrotins soutenant le pont aval semblent avoir été assemblés, dans un premier temps, aux membrures soit par une entaille, soit par des clous à tête plate carrée. Les planches de ce même pont paraissent avoir été ensuite clouées sur les barrotins et le bau traversant au moyen de clous de type identique. Le pont amont, en dépit de la faible conservation de ses vestiges, semble témoigner du même souci d’homogénéité, tout en utilisant une autre variante de clous à tête plate, puisque ce sont des clous à tête plate rectangulaire qui ont été retrouvés. Notons que sur tous les clous du pont amont, donc du pont associé à l’arrière du bâtiment, des traces de peinture ont été observées.
3.3 Écarts et réparations
L’écart de la virure VRG3
34L’écart en sifflet de la virure VRG3 (cf. fig. 77) est maintenu par 3 clous (1.115, 1.116 et 1.117) et 3 gournables. Les clous 1.117 et 1.116sont complets, le clou 1.115 est incomplet. Les clous 1.115 et 1.116 sont des clous à tête plate ronde ou ovale tandis que le clou 1.117 est un clou à tête plate carrée. Le clou 1.115 possède une jambe tordue de petite longueur (83 mm). Le clou 1.116 est un clou forgé dont la tête a 5 côtés. Sa jambe, dont la section supérieure carrée mesure 9 mm de côté, est décentrée. Le clou 1.117 est un clou forgé à tête plate carrée de 18 mm de côté. La jambe est centrée et sa section supérieure carrée mesure 9 mm de côté. Le seul élément qui rapproche ces 3 clous est la longueur de leur jambe puisqu’il s’agit de clous longs de plus de 80 mm (1.115 : 83 mm : 1.117 : 85 mm et 1.116 : 110 mm). Il semblerait que la longueur du clou, et non la forme de sa tête, a été dans ce cas précis le critère de sélection des trois types de fixation.
35Les virures VRG6 à VRG0 sont assemblées à la membrure MBG31 au moyen de gournables et de clous. Chaque virure comporte une gournable. La virure VRG3 est fixée à MBG31 par un clou (1.124) et l’écart observé sur VRD5 est fixé par deux clous en plus sur la membrure (cf. fig. 79).
La réparation de la virure VRG11
36La virure VRG11 est réparée grâce à une pièce rapportée de forme triangulaire, clouée sur EXA1 par le clou 1.106. Ce dernier est un clou forgé à tête plate carrée qui présente une double torsion. Sa jambe est décentrée et sa section supérieure carrée mesure 9 mm de côté. Sa longueur est de 100 mm.
La réparation de la virure VRG5
37La garniture encastrée dans la virure VRG5, entre les membrures MBG30 et MBG34 (cf. fig. 80), est maintenue par 4 clous (1.100, 1.99, 1.130 et 1.129). Les clous 1.100 et 1.130 sont identiques. Ce sont 2 clous forgés à tête plate carrée dont la jambe est centrée. Ils sont tous deux complets. Le clou 1.100 mesure 95 mm de long et le clou 1.130 a une longueur de 85 mm. Les clous 1.99 et 1.129 sont eux aussi des clous à tête plate carrée. Leur jambe, de section quasi identique (8x9 mm et 9 x 9 mm), est centrée. Ils sont tous les deux incomplets. La distance entre chacune de ces « paires » de clous est identique, soit 46 cm entre 1.100 et 1.130 et 47 cm entre 1.99 et 1.129. Il semblerait donc exister une organisation très rigoureuse du clouage tant au niveau de l’emplacement des clous qu’à celui du choix du type de clous.
3.4 Le clouage particulier de la virure VRG3
38L’assemblage de la virure VRG 3 a été pressentie très vite comme présentant des caractères particuliers (cf. § 3.3.8.3) en raison de l’abondance des clous (15 clous fixant VRG3 aux membrures) (tabl. xii).

TABL. XII – Mode de fixation de la virure VRG3 aux membrures, à l’étrave (EXB1/2), à l’étambot (EXA1) et à la pièce EXA3 (+ = oui ; – = non).
4 Conclusion
39L’étude des clous a apporté des informations précieuses, d’une part sur les pratiques de construction, d’autre part sur les conditions de recouvrement de l’épave. Premièrement, l’examen attentif de la position de chaque clou, de la forme de sa tête et de la longueur de sa jambe, a permis de faire apparaître une organisation logique du clouage. En toute probabilité, le charpentier devait connaître par avance la quantité et le type de clous à commander pour la réalisation de ce type de bâtiment. Deuxièmement, l’observation du faible degré d’altération des têtes de clous et la constatation de l’absence de corrosion sur les jambes sont des indices non négligeables pour apprécier la rapidité du processus d’enfouissement de l’épave. L’excellent état des têtes et des jambes de ces pièces métalliques témoigne à sa manière de l’accumulation en continu autour, dans et au-dessus de la coque.
Notes de bas de page
1 Rappelons que les publications sont peu nombreuses. Parmi les études les plus récentes, citons Arnold 1992a : 62-78 ; Goodburn 1992 ; Marsden, 1994 : 51-57 ; Gilmour 1994 : 183-187.
2 Les clous en relation avec l’épave sont ceux qui ont été retrouvés dans leur situation d’origine. Les clous hors épave, mais qui ont vraisemblablement appartenu à cette dernière, ne sont pas pris en compte dans cet ensemble. Les clous en connexion portent toujours un numéro d’inventaire défini comme suit : « 1. » suivi d’un nombre par ordre d’enregistrement. Les clous hors épave portent le numéro d’unité stratigraphique dans lequel ils ont été trouvés : 1008.1 par exemple pour le premier clou enregistré dans l’US1008.
3 Le clou 1.33, bien qu’incomplet, possède une tête plate rectangulaire et une jambe droite.
Auteurs
-
Catherine Carrierre-Desbois
Assistante d’études à l’Association pour les fouilles archéologiques nationales
-
Virginie Serna
Conservateur au musée national de la Marine
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