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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 3.1 L’évolution de l’occupation du sol au iie s. ap. J.‑C.3.2 Stabilité de l’habitat rural aux iiie et ive s. ap. J.‑C3.3 Conclusion

    Archéologie d’un paysage

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 3. Les mutations du Bas‑Empire (milieu iie‑milieu ve s. ap. J.‑C.)

    3 Changes during the Late Empire (mid‑2nd – mid‑5lh c. AD)

    3 Las mutationes del Bajo Imperio (mediados del siglo ll‑mediados del siglo V d. C.)

    p. 201‑208

    Résumés

    À partir du milieu du iie s., l’habitat dispersé tend rapidement à s’éclaircir. Entre le milieu du iiie s. et le milieu du ve, un tiers seulement des implantations du Haut‑Empire restent occupées. Seuls les villae et les plus gros établissements se maintiennent. L’hypothèse d’un mouvement de concentration foncière –peut‑être favorisé par un déclin démographique– est avancée.

    From the middle of the 2nd c. the scattered settlement was rapidly thinning. Between the middle of the 3rd c. and the middle of the 5th c., only one‑third of the Early Empire sites remained occupied. Only the villae and the largest establishments persisted. The hypothesis of a concentration of real‑estate holdings –perhaps facilitated by a decline in population– is formulated.

    A partir de mediados del siglo II, el hábitat disperso tiende rápidamente a disminuir. Entre mediados del siglo III y mediados del siglo V, solamente un tercio de las instalaciones del Alto Imperio siguen ocupadas. Sólo los villae y los establecimientos más grandes se mantienen. La hipótesis de un movimiento de concentración territorial – tal vez favorecido por un ocaso demográfico– es propuesta.

    Texte intégral 3.1 L’évolution de l’occupation du sol au iie s. ap. J.‑C.3.1.1 Chronologie et rythme3.1.2 La réorganisation de l’habitat3.1.2.1 L’éclaircissement de l’habitat dispersé3.1.2.2 L’évolution des exploitations domaniales3.1.3 Crise ou mutation ?3.2 Stabilité de l’habitat rural aux iiie et ive s. ap. J.‑C3.2.1 Le secteur des plateaux calcaires d’Istres3.2.2 Le secteur des plateaux molassiques de Saint‑Mitre et de Fos3.2.3 Le secteur des collines bégudiennes de Martigues et de Port‑de‑Bouc3.3 Conclusion

    Texte intégral

    1L’image d’une campagne densément peuplée couverte d’établissements agricoles nombreux et diversifiés ne correspond déjà plus tout à fait au paysage du iie s. Dès la première moitié de ce siècle, en effet, l’habitat dispersé qui s’était mis en place à l’époque augustéenne et n’avait cessé de se densifier au cours du ier s. commence à s’éclaircir. Cette évolution s’accélère dans le courant de la seconde moitié du iie s. et dans la première moitié du suivant. Le paysage des iiie et ive s. tranche ainsi considérablement avec celui du Haut‑Empire, donnant l’impression, par contraste, d’une campagne moins bâtie et réorganisée autour de quelques noyaux d’occupation. C’est là une tendance générale en Gaule Narbonnaise et plus largement dans l’Empire romain. On y a vu longtemps la conséquence d’une crise liée aux invasions. Cette lecture « historicisante » est passée aujourd’hui au second plan au profit d’une perspective plus « continuiste ». D’autres hypothèses sont avancées : regroupement de l’habitat, concentration foncière, reprise du marais ou encore vagues d’épidémies. À l’échelle du secteur étudié, l’intensité des prospections et le traitement des données mis en œuvre permettent d’appréhender cette évolution dans toute sa complexité et de mettre à l’épreuve les différents schémas explicatifs proposés.

    3.1 L’évolution de l’occupation du sol au iie s. ap. J.‑C.

    3.1.1 Chronologie et rythme

    2Une première constatation s’impose de manière indiscutable : le nombre des implantations rurales régresse dès la fin du Haut‑Empire, et ce dans une proportion très importante (fig. 14 et 66).

    3Si l’on considère le nombre minimum de sites –dont l’occupation est définie par la présence de formes de céramiques caractéristiques– on constate un brusque déclin dès les années 120‑140 : le nombre des établissements passe alors de 31 à 18, pour diminuer ensuite très régulièrement jusqu’à atteindre son point le plus bas (5 sites) dans les années 260‑300. Si l’on envisage le nombre maximum de sites occupés –qui prend en compte toutes les catégories de céramiques et les lacunes apparentes inférieures à un demi‑siècle– l’éclaircissement de l’habitat est plus progressif mais suit une chronologie identique : le nombre de sites, qui était supérieur à 50 tout au long du ier s., tombe à 42 dans les années 120‑140, puis, par tranches de vingt ans, à 41, 34, 32, 25, 23, 20 et 19, pour atteindre son point le plus bas (18) entre 280 et 320. Une légère reprise paraît s’esquisser dès le milieu du ive s., mais celle‑ci ne prendra véritablement effet qu’au milieu du siècle suivant.

    4Considérons maintenant non plus le nombre de sites occupés mais celui des fragments de céramiques récoltés en prospection.

    5Si l’on retient les fourchettes de diffusion des différentes productions les plus larges, le nombre moyen de tessons par tranche de vingt ans, supérieur à 30 entre 80 et 160 de n.è., passe à moins de 20 dans les années 160‑220 pour chuter à moins de 10 dans les années 220‑260 et atteindre son point le plus bas (moins de 5) à partir des années 260‑280. Il faut nuancer toutefois ce tableau : l’étude du mobilier recueilli dans la fouille de l’établissement agricole des Soires (SM‑13) a montré un gonflement assez net de la part de la vaisselle commune dans le courant du iiie s. (Trément 1996c). Celui‑ci n’est toutefois pas suffisant pour compenser le déclin des importations de vaisselle fine et attester une véritable continuité de l’occupation des sites (fig. 106) : 24 % des implantations occupées au Haut‑Empire sont abandonnées dans le courant du iie s. ; 52 % font l’objet d’une désertion apparente aux iiie et ive s., suivie d’une réoccupation tardive aux ve et vie s. ; enfin 24 % seulement connaissent une occupation continue de l’époque augustéenne jusqu’au début du viie s. Il s’agit en général des établissements les plus importants.

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    FIG. 106 – Matrice ordonnée des séquences d’occupation des sites gallo‑romains. Cinq classes de sites se dégagent en fonction de leur durée d’occupation : les sites dont l’occupation est limitée au Haut‑Empire, les sites du Haut‑Empire dont l’occupation se poursuit jusqu’au IVe s., les sites à occupation longue et continue de l’époque augustéenne au VIe s., les sites du Haut‑Empire réoccupés à la fin de l’Antiquité, enfin les créations de l’Antiquité tardive.

    6L’exemple des Soires est significatif : cette modeste exploitation abandonnée dans la première moitié du iiie s. fait l’objet d’une réoccupation marginale, probablement de la part de « squatters », dans le courant du ve s. ; mais aucun indice n’est susceptible de démontrer une continuité de l’occupation sur ce site dans la seconde moitié du iiie s. et au siècle suivant (Trément 1995 ; 1997).

    3.1.2 La réorganisation de l’habitat

    7À ce stade de l’analyse, il est nécessaire de considérer le détail de l’évolution mise en évidence en tenant compte de la distribution spatiale des sites et de leur typologie.

    3.1.2.1 L’éclaircissement de l’habitat dispersé

    8Les premiers indices d’un éclaircissement de l’habitat se manifestent précocement. Dès la première moitié du iie s., des signes avant‑coureurs se perçoivent dans certains secteurs, où les implantations les plus modestes sont abandonnées. C’est le cas, tout particulièrement, dans la zone des collines bégudiennes méridionales, où de nombreux établissements disparaissent : ainsi, ceux de Valentoulin (PB‑6/7), de la Mérindole (PB‑11), de Saint‑Macaire (MA‑2) et de Campeu (MA‑6), auxquels il faut ajouter le petit site de Cantoperdrix (MA‑4), probablement déserté dès le ier s. La zone des plateaux centraux est également affectée, dans une moindre mesure. Sur le plateau du Mazet, deux établissements connaissent un sort identique (FO‑12/15). Dans le secteur de Tour d’Aix, l’habitat semble se rétracter au profit du corps de bâtiments principal (IS‑44). Un phénomène similaire est perceptible dans le vallon de Magrignane, bien que les principaux sites restent occupés (SM‑42/45/46/48). À Mauvegeane, l’établissement augustéen (SM‑37) est rapidement concurrencé par un site implanté au débouché du vallon sur celui de Massane (SM‑35). Sur les coteaux de Saint‑Mitre, enfin, l’habitat dispersé perdure jusqu’au début du iiie s. (SM‑13/14/22).

    9Les principaux établissements se maintiennent cependant fermement. C’est le cas, tout particulièrement, des villae de Péricard (SM‑34) et de Sivier (IS‑4), mais aussi des implantations les plus importantes, à Saint‑Verran (IS‑33), au Ranquet (SM‑1), au Mas de l’Hopital (PB‑5), à Lavalduc (FO‑6, IS‑30) et au Mazet (FO‑14) par exemple. Globalement, aucune zone particulière n’est complètement délaissée, ce qui pourrait aller dans le sens d’un mouvement de concentration foncière.

    3.1.2.2 L’évolution des exploitations domaniales

    10Cette hypothèse peut être avancée à propos des villae du secteur méridional. Les trois établissements qui s’étaient développés au ier s. au nord‑est de la villa de la Pointe Baumasse (PB‑12), dans les quartiers de Valentoulin (PB‑6/7) et de la Mérindole (PB‑11), n’auront guère fonctionné au‑delà de la fin du ier s. ou du début du iie, laissant un « vide archéologique » durable sur la bordure méridionale de l’étang d’Engrenier. On constate un phénomène similaire au nord de la villa de Péricard (SM‑34), avec l’abandon du site des Ferrages (SM‑30) dès le ier s. L’établissement du Mas de l’Hôpital (PB‑5) reste cependant occupé, à 750 m au sud‑ouest de la villa, au beau milieu de la dépression de Plan Fossan. Même évolution au sein du domaine supposé de la villa de Tholon (MA‑5), où les petits établissements dépendants organisés en couronne sur ses marges disparaissent (MA‑1/3/4). L’éclaircissement de l’habitat dispersé affecte tout particulièrement les zones basses, aux terres lourdes et humides, du secteur bégudien. La même constatation a été faite en Beaucairois, où les auteurs des prospections avaient d’abord envisagé deux explications : une reprise du marais ou une modification du faire‑valoir (Bessac et al. 1987 : 104‑106). La première hypothèse est infirmée, dans le secteur qui nous intéresse, par les résultats des études paléoenvironnementales, qui attestent le maintien d’un très bas niveau des plans d’eau durant l’Antiquité et le Moyen Âge. Elle est également incompatible avec la persistance d’un certain nombre d’implantations dans les zones basses, au Mas de l’Hôpital (PB‑5) par exemple. Enfin, elle n’explique pas pourquoi le recul de l’habitat affecte également les zones de plateaux. Il faut donc lui préférer celle d’une restructuration des exploitations domaniales.

    11À l’appui de cette hypothèse, on peut avancer un argument décisif : le fait que les villae continuent à fonctionner au iiie s. L’examen de leur « profil chronologique » est révélateur. La villa de Péricard (SM‑34), par exemple, semble avoir connu un développement très progressif depuis le début de l’époque augustéenne jusqu’aux années 80 (fig. 67). Son occupation n’atteint son apogée que dans les années 140‑220, soit un siècle plus tard que la moyenne des autres établissements agricoles. Elle demeure importante tout au long du iiie s. : le nombre moyen de tessons recueillis à sa surface est alors encore supérieur à ce qu’il était au ier s. Il décline en revanche au ive s. et devient quasiment nul au milieu du ve, alors même que les modestes implantations apparemment désertées depuis le iie s. connaissent une « réoccupation » systématique. On a là un « profil » original, qui n’a d’équivalent qu’à Sivier (IS‑4), une autre exploitation domaniale (fig. 71). Sur cette dernière, le nombre moyen de tessons reste élevé jusqu’au milieu du iiie s. Mais à la différence de ce qui est observé à Péricard, l’occupation tardive y est très importante.

    12Ces histogrammes sont très différents de ceux qui ont été élaborés sur les établissements plus modestes. Il est important de souligner que cela n’est pas dû à un biais induit par une inégale représentativité du matériel de surface. Si l’on prend l’exemple des sites de Niveau (SM‑46) et des Clapières (SM‑45), qui sont parfaitement représentatifs des formes d’habitat dispersé et « polynucléaire », on constate qu’en dépit de l’importance de l’échantillon de mobilier récolté, les témoins postérieurs au milieu du IIe s. sont rarissimes en comparaison de ceux des décennies précédentes (fig. 73 et 75). Les exemples pourraient être multipliés.

    3.1.3 Crise ou mutation ?

    13L’évolution reconnue dans le secteur de Saint‑Blaise s’inscrit dans un schéma plus général observé en Narbonnaise, en Italie et en Espagne (Fiches 1996 ; Trément 1996a ; 1996b ; à paraître c). Ainsi, en Beaucairois, 34 % seulement des établissements du Haut‑Empire restent occupés au iiie s. ; il s’agit des plus importants (Bessac et al. 1987 : 103). En Lunellois et en Vaisonnais, plus de la moitié des implantations sont abandonnées avant la fin du iie s. ou le début du iiie (Favory et al. 1994 : 217 ; Meffre 1994 : 123). Un processus plus radical encore est observé en Vaunage et dans le Var (Parodi et al. 1987 : 8 ; Brun et al. 1985). En revanche, l’habitat dispersé paraît mieux résister dans la vallée du Calavon (Bellet 1990 : 47). Les différents auteurs émettent toujours l’hypothèse d’un « recalibrage de l’habitat et de l’exploitation du sol avec peut‑être des regroupements de population et/ou des concentrations foncières » (Amblard et al. 1985 ; Parodi et al. 1987 : 8 ; Favory et al. 1994 : 217). En Lunellois, la stabilité de l’occupation du sol aux iiie et ive s. est même interprétée comme le signe du succès de la réorganisation de l’économie rurale au iie s. (Favory et al. 1994 : 218). Cette explication très générale, qui vaut également pour la région de Saint‑Blaise, dissimule en fait une question incontournable : celle de l’évolution démographique propre à cette période. Des travaux italiens ont insisté récemment sur le rôle des épidémies dans les fluctuations de l’occupation du sol, dans la vallée de l’Albegna par exemple (Cambi, Fentress 1989). La concordance entre le « profil chronologique » de la grande majorité des établissements du secteur de Saint‑Blaise et la « peste antonine » qui sévit entre 165 et 189 et qui aurait décimé 20 % de la population de l’Empire selon R.J. et M.L. Littman (1973) constitue‑t‑elle un abus supplémentaire du raisonnement « historicisant » ? Le dépeuplement apparent des campagnes constaté aussi bien en Italie qu’en Espagne est‑il vraiment sans rapport avec les épidémies qui sévissent en Europe à partir de la seconde moitié du iie s.? (Lo Cascio 1994 : 123‑125).

    14Sans retomber dans les schémas « catastrophistes », il ne me paraît pas déraisonnable de penser que la concentration de l’habitat observée à la charnière des iie et iiie s. a été favorisée par un peuplement moins dense des campagnes. Plusieurs observations méritent attention dans la région de Saint‑Blaise. Tout d’abord, le recul de l’habitat rural est général : il affecte non seulement la zone méridionale où se sont développées les villae mais aussi le secteur central des plateaux molassiques et des étangs, où celles‑ci sont absentes. On pourrait en conclure à une concentration foncière réalisée dans ce dernier secteur au profit des exploitations les plus importantes, dont les caractéristiques architecturales sont parfois proches de celles des villae (usage systématique du mortier, peintures murales, installations thermales). Or cette hypothèse est fragilisée par l’observation du « profil chronologique » de ces établissements, qui témoigne d’un ralentissement très net de leur activité vers le milieu du iie s. Seule exception : le site de Tour d’Aix (IS‑44), qui s’apparente davantage à un hameau qu’à une villa. Mais au sein même de ces formes d’habitat complexes que j’ai qualifiées de « polynucléaires », on constate une rétraction des implantations dans laquelle on peut difficilement voir autre chose que le signe d’un appauvrissement. Le mobilier y est d’ailleurs peu abondant et faiblement diversifié. Dans le vallon de Magrignane, le hameau occupé depuis l’époque augustéenne connaîtra une réelle expansion vers le milieu du ve s. : celle‑ci se manifestera par un accroissement très sensible du nombre des implantations et de la superficie occupée. Or c’est précisément à un phénomène inverse que l’on assiste aux iie et iiie s.

    15Rien n’indique que la population des campagnes ait migré vers les villes voisines. Bien sûr, la lacune de la documentation archéologique dans l’Île de Martigues et à Fos n’est pas la preuve d’un ralentissement de l’activité des agglomérations. Certes, la découverte dans l’anse Saint‑Gervais d’un trésor monétaire dont l’enfouissement remonterait au plus tôt à l’extrême fin du iiie s. n’est pas un argument suffisant pour attester le passage de bandes armées dans la région (Beaucaire 1964). Et quand bien même ! Le fait que l’Itinéraire maritime ne désigne Fos que comme une simple escale entre Marseille et le Rhône au iiie s. et qu’Ammien Marcellin (XV, 11, 18) ne signale plus que l’embouchure Ad Gradus au milieu du ive s. n’empêche pas le maintien d’une agglomération au Bas‑Empire. La fréquence des cimetières paléochrétiens dans ce secteur (FO‑37/40/41/ 43) est même le signe d’une très forte continuité de l’occupation à la fin de l’Antiquité et durant le haut Moyen Âge. Et si, aux iiie et ive s., « la diminution du trafic sur le plan quantitatif apparaît évidente » à B. Liou et M. Sciallano (1989 : 159), il faut bien reconnaître que le comptage des amphores est largement tributaire des épaves et des fouilles d’épaves. Malgré tout, la convergence de ces indices est telle qu’il faut se rendre à l’évidence. L’examen de l’abondant mobilier recueilli dans le grand dépotoir de l’anse Saint‑Gervais confirme d’ailleurs la sous‑représentation des céramiques et des amphores postérieures au iiie s.

    16Par conséquent, il semble qu’il faille nuancer considérablement les différentes interprétations avancées jusqu’à ce jour. Au sein des exploitations domaniales, la concentration de l’habitat est évidente. Elle fait suite à une stratégie de conquête des terres basses initiée dès l’époque augustéenne. Sur les bas plateaux, une telle explication ne tient pas : même si les établissements les plus importants ont pu profiter un moment d’une éventuelle concentration foncière, la « crise » de l’habitat dispersé est telle qu’elle peut difficilement s’expliquer autrement que par un dépeuplement de la campagne.

    3.2 Stabilité de l’habitat rural aux iiie et ive s. ap. J.‑C

    17L’aboutissement de l’évolution amorcée au iies. n’est perçu qu’aux deux siècles suivants (fig. 107). La différence considérable entre la carte archéologique du ier s. et celle du iiie donne une idée de l’ampleur du bouleversement qui a eu lieu entre‑temps, le nombre des implantations étant alors quasiment divisé par trois. En revanche, les iiie et ive s. apparaissent comme une période de relative stabilité de l’occupation du sol.

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    FIG. 107 – Le secteur des Étangs aux IIIe et IVe s. de n.è.

    3.2.1 Le secteur des plateaux calcaires d’Istres

    18L’exploitation domaniale de Sivier (IS‑4) fonctionne de manière continue de l’époque augustéenne à la fin de l’Antiquité. Le « profil chronologique » du mobilier recueilli à sa surface reflète une activité exceptionnellement régulière et durable, qui tranche avec les observations effectuées sur la majorité des établissements agricoles (fig. 71). Il témoigne cependant d’un net ralentissement, à partir du troisième quart du IIIe s., le nombre moyen de bords de céramique fine par tranche de vingt ans étant alors divisé par cinq.

    19Pour cette période, le mobilier se compose essentiellement de céramique sigillée claire B/luisante (Lamboglia 8, 14/26, Desbat 68/71), de céramique sigillée claire C et D et de céramique « commune oxydante micacée », dont les urnes de type A1 sont caractéristiques du iiie s. et du début du ive s. L’atelier de fabrication d’amphores situé en contrebas (IS‑5) a fourni quant à lui de la sigillée claire B, de la céramique « commune oxydante micacée » (urnes A1) et de la céramique « commune à engobe micacé » (urnes A3, marmites B2B).

    20L’exploitation paraît décliner au ive s., avant un redémarrage important aux deux siècles suivants. L’occupation des plateaux environnants évolue peu durant cette période. Au iiie s., la butte de Saint‑Michel (IS‑14) présente quelques rares indices de fréquentation. Un petit site s’implante au siècle suivant à Barabant (IS‑11), sur le rebord occidental du plateau de Sulauze.

    3.2.2 Le secteur des plateaux molassiques de Saint‑Mitre et de Fos

    21Globalement, l’ensemble du secteur central des plateaux molassiques reste occupé, même si le réseau d’implantations régulièrement espacées qui s’était développé durant le Haut‑Empire s’éclaircit très nettement.

    22Au Mazet, seul subsiste au iiie s. l’établissement principal (FO‑14) occupé depuis le premier âge du Fer. Celui‑ci a livré de la sigillée claire B (Lamboglia 8), de la sigillée claire C et de la céramique « commune oxydante micacée ». Toutes les autres implantations sont abandonnées. Il s’agit là de l’aboutissement d’une évolution largement amorcée durant le siècle précédent, avec l’abandon des sites FO‑ 12/15. Au IIIe s., le site de Beaume Loubière (FO‑16) est déserté. Les zones d’épandages agricoles observées au Haut‑Empire sur l’ensemble du plateau n’ont plus d’équivalent. Au ive s., l’abandon apparent du site du Mazet (FO‑14) marque l’achèvement d’une évolution qui aboutit à la désertion complète du plateau. Le nombre des implantations est donc passé de quatre au ier s. à deux au iie, puis une au iiie, pour devenir nul au ive s. Sur la rive nord‑ouest de l’étang de Lavalduc, on constate un regroupement des activités autour de l’établissement principal FO‑6, après l’abandon du site voisin FO‑9.

    23Une évolution similaire est observée sur le plateau de Saint‑Blaise, où les sites de Castillon (SM‑15) et des Enconques (SM‑19) sont abandonnés au iiie s. Seul l’établissement de Citis (SM‑11), localisé au pied du plateau du Desté, dans une zone relativement humide aujourd’hui, continue à fonctionner aux iiie et ive s. Il a fourni de la sigillée claire B/luisante (Lamboglia 1/3), de la sigillée claire C et D, de la céramique « commune oxydante micacée » (Al), ainsi qu’une lèvre d’amphore tripolitaine de type Keay IX/X/XI. On constate par ailleurs durant cette période une fréquentation de l’anse située en contrebas de l’ancien oppidum de Saint‑Blaise (FO‑17). Plusieurs lèvres d’amphores africaines de type Keay III et XXV y ont été recueillies. Dans le courant du ive s., un établissement qui avait déjà livré de l’amphore marseillaise et italique réapparaît au sud du plateau de Castillon (PB‑4). Les indices observés à sa surface, constitués exclusivement de débris d’amphores africaines (Keay XXII), laissent présumer un petit entrepôt.

    24Les coteaux de Saint‑Mitre connaissent une évolution parallèle. On a vu comment l’abandon des établissements les plus proches de la villa de Péricard (SM‑34) dans le courant du iie s. permet d’envisager une restructuration de l’exploitation domaniale. Plus au nord, dans le vallon formé par le plateau de Saint‑Mitre et la butte allongée des Tours Gros, seul l’établissement des Soires (SM‑13) est encore occupé au début du iiie s., après l’abandon des sites des Emplaniers (SM‑14) et des Vèles (SM‑22). Mais il est rapidement déserté avant le milieu de ce siècle. Là aussi, on assiste à un abandon complet de l’occupation dans ce secteur, le nombre des implantations passant de cinq au ier s. à trois au iie, une au iiie, pour devenir nul au ive s. L’évolution est plus rapide encore dans le vallon de Mauvegeane, où l’établissement (SM‑35) qui avait relayé une première implantation augusténne (SM‑37) est à son tour abandonné.

    25Sur la bordure nord de l’étang de Magrignane, qui est encore densément occupée durant le iie s., on assiste à un resserrement très sensible de l’habitat autour de l’établissement principal des Clapières (SM‑45), qui est occupé de manière continue de l’époque augustéenne jusqu’à la fin de l’Antiquité. Le nombre des implantations passe ainsi de cinq au Ier s. à quatre au IIe, pour se limiter au seul site en question durant les deux siècles suivants. L’établissement des Clapières a livré de la sigillée claire B/luisante (Lamboglia 1/3, 8, 14/26), de la sigillée claire C (Hayes 50A) et des formes de céramique « commune oxydante micacée » caractéristiques des iiie et ive s. La présence d’artefacts datés de cette période dans le fond du vallon indique que celui‑ci était cultivé.

    3.2.3 Le secteur des collines bégudiennes de Martigues et de Port‑de‑Bouc

    26Dans la zone collinaire méridionale, les implantations liées aux deux villae de Tholon (MA‑5) et de la Pointe Baumasse (PB‑12) sont définitivement abandonnées, ainsi que les établissements supposés « indépendants » de Saint‑Macaire (MA‑2) et de Campeu (MA‑6). Cela signifie‑t‑il pour autant que les espaces conquis dès l’époque augustéenne sur les terres marneuses dans le cadre de l’économie domaniale soient définitivement désertés ? L’occupation des deux villae n’est en fait assurée que par des indices ou des présomptions assez fragiles : un grand plat de céramique sigillée claire D à Tholon, la proximité de trois zones de cimetières au nord de la Pointe Baumasse, dans le secteur de la Mérindole (PB‑9/10/13). Le cas de la villa de Péricard (SM‑34) est mieux documenté. L’occupation de ce site est attestée par une importante quantité de céramique sigillée claire B (Desbat 1, 2/3, 8/12, 15, 16, 19, 26, 53, 66, 67/73, 86), de sigillée luisante (Lamboglia 1/3, 4/36, 14/26, 24/25), de sigillée claire C (Hayes 48A, 49, 50A) et D (Hayes 58, 59, 87B et 91). La vaisselle commune du iiie s. y est abondante et variée : céramique « oxydante à engobe micacé » (A4), céramique « oxydante micacée » (A1, A2/3). On signalera aussi la découverte d’une monnaie en bronze de Dioclétien. Il semble que l’activité de cet établissement diminue sensiblement au ive s. et que celui‑ci perde alors son statut socio‑économique de villa. La vaisselle sigillée tardive estampée y est rarissime et la céramique commune grise totalement absente. L’ensemble du secteur collinaire méridional est alors déserté jusqu’à l’époque moderne, comme il l’avait toujours été jusqu’au règne d’Auguste.

    3.3 Conclusion

    27La réaction des archéologues contre les schémas d’interprétation « historicisants » a justement fait passer au second plan l’idée d’une crise de l’Empire liée aux invasions. Il n’en fallait pas moins expliquer le recul réel de l’habitat dispersé mis en évidence par les prospections dès le iie s. Les progrès réalisés ces dernières années dans l’étude des céramiques communes du Bas‑Empire et du haut Moyen Âge ont favorisé un schéma « continuiste ». Les recherches conduites dans le secteur des Étangs de Saint‑Blaise ont même fait apparaître une véritable « reprise » de l’occupation du sol au ve s. et un maintien très tardif de l’habitat dispersé jusqu’au début du viie s. Des travaux plus récents encore ont permis de mieux appréhender la culture matérielle de la période intermédiaire qui, par contraste, apparaissait comme un « vide archéologique » (Trément 1996c). Or, dans la région de Saint‑Blaise, ce « vide » n’a pas été véritablement comblé malgré une prise en compte globale de toutes les catégories de mobilier. De fortes continuités sont mises en évidence sur les établissements principaux mais, d’un point de vue quantitatif, rien ne permet d’affirmer que ceux‑ci ont conservé l’importance qu’ils avaient durant le Haut‑Empire. Seules les villae demeurent prospères au iiie s., voire au‑delà. La disparition des sites « satellites » implantés à la périphérie de leurs domaines suggère qu’il y a bien eu un phénomène de concentration foncière. Comme en Languedoc oriental, on peut penser que ces petites implantations étaient liées à une stratégie de conquête des terres basses et humides. Mais ailleurs, sur les plateaux molassiques, là où ces villae sont absentes, rien n’indique un enrichissement ni même un agrandissement des établissements auxquels aurait pu bénéficier une éventuelle concentration foncière. L’image fournie par la prospection est plutôt celle d’un ralentissement durable des activités et d’un desserrement de la trame de l’habitat, vraisemblablement liés à un dépeuplement de la campagne.

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