Préface
p. 9-10
Texte intégral
1En 1987, Jacques Lasfargues alors directeur des Antiquités historiques de la région Rhône-Alpes écrivait en tête d’un catalogue d’exposition du musée Joseph-Déchelette, justement consacré au Pays roannais gallo-romain, que les « recherches de Joseph Déchelette à la fin du siècle dernier ont donné à la ville une notoriété à la dimension de cet archéologue exceptionnel ».
2De fait, Roanne peut être fière à plus d’un titre de son archéologie. D’abord parce qu’elle est depuis plus d’un siècle un foyer de recherche dynamique, mais également parce que l’archéologie lui a révélé une nouvelle dimension historique : deuxième ville gallo-romaine du territoire ségusiave, Rodumna n’est plus désormais un nom seulement connu, par les itinéraires ou les textes anciens, de quelques érudits férus d’histoire antique.
3L’agglomération antique a peu à peu pris corps. Ses origines à l’époque gauloise, ses caractéristiques et son organisation, son évolution durant les premiers siècles de notre ère, sa culture matérielle, sa place au sein du territoire ségusiave et plus largement dans le centre de la Gaule ont lentement émergé à la faveur des recherches de terrain menées inlassablement durant les trente dernières années.
4La très importante activité de terrain développée dans le cadre bénévole par le Groupe de recherches archéologiques et historiques du Roannais (GRAHR) depuis les années 50 jusqu’aux années 80 a permis l’accumulation d’une très riche documentation, à une époque où la ville « bougeait » beaucoup, se rénovait et se développait mais où l’archéologie professionnelle et les institutions qui en ont aujourd’hui la charge n’étaient pas en mesure d’en assurer la sauvegarde et l’exploitation scientifique comme cela est désormais possible. Elle a également permis la formation de plusieurs générations d’archéologues amateurs ou professionnels. Elle a ensuite été relayée par la politique d’archéologie préventive menée durant les quinze dernières années par l’État en étroite collaboration avec les collectivités.
5Étant issu de ce mouvement, il m’aurait été bien difficile de ne pas évoquer cet aspect qui me touche très personnellement et me vaut sans doute d’avoir aujourd’hui le privilège d’écrire cette préface. Je salue également l’occasion qui m’est ainsi offerte d’en adresser l’hommage à celles et ceux qui ont conduit une telle démarche, tout particulièrement Jean Poncet, président durant de nombreuses années du Groupe archéologique, animateur et promoteur inlassable de l’archéologie roannaise, notamment auprès des scolaires, des élus et du grand public. Ayant eu la chance de participer à cette archéologie roannaise successivement en tant qu’acteur bénévole puis en tant que professionnel chargé de la « gestion » du site, je mesure d’autant mieux aujourd’hui le chemin parcouru.
6Le présent volume est, à mon sens, la parfaite illustration de ces deux traits de l’archéologie roannaise : foyer de recherche et centre de ressources d’une grande richesse. La seule lecture de son sommaire suffit à s’en convaincre. La publication se veut très justement une esquisse d’histoire de la ville pour ses périodes les plus anciennes. Mais elle constitue également un ouvrage de référence dans le domaine de la méthodologie des études de mobiliers qui occupent une si grande place pour cette période, et pour la connaissance de ces mobiliers.
7Suffisamment rares sont les équipes de recherche qui se sont lancées dans une telle démarche et ont su la conduire à son terme, pour que le fait mérite d’être souligné ici. Bien peu de villes antiques, capitales de civitates ou agglomérations « secondaires », ont fait durant les vingt dernières années l’objet de tels programmes de publication, alors même que l’archéologie préventive dans ces villes a connu une croissance exponentielle.
8De fait il n’est pas anodin de remarquer que le présent volume est issu de l’exploitation d’une documentation exclusivement recueillie dans le cadre de l’archéologie préventive de ces quinze dernières années, ou de l’archéologie de « sauvetage » menée la plupart du temps dans des conditions très précaires des années 50 à la fin des années 70. Ceux qui douteraient que d’une archéologie menée hors de toute « programmation » scientifique, mais dans un souci constant de progression des connaissances, peut émerger une recherche de haut niveau, trouveront dans la lecture de cet ouvrage sujet à méditation... À ce titre, je tiens à souligner le rôle essentiel joué auprès des services de l’État par l’Association pour les fouilles archéologiques nationales, qui depuis plus de 10 ans a assuré la gestion des moyens mis en œuvre pour la réalisation de ces opérations de terrain et a notamment permis le recrutement des chercheurs qui ont dirigé ce volume.
9Mais l’originalité et le mérite de ce volume ne résident pas dans ces seuls faits : nous sommes en présence d’une recherche méthodologique importante dans le domaine des modalités d’étude des mobiliers archéologiques. Alors que se pose quotidiennement la question du parti à tirer, notamment en archéologie préventive, de la très nombreuse et volumineuse documentation archéologique issue du terrain, le présent volume montre que des choix raisonnés et draconiens (« seulement » 80 000 tessons étudiés sur un potentiel de plus de 400 000 l) et une analyse très poussée des mobiliers sélectionnés peuvent conduire à la fois à des perspectives historiques (culturelles, économiques, techniques, sociales...) tout à fait fondées et à la constitution de bases de références méthodologiques et documentaires particulièrement utiles à la communauté scientifique.
10Œuvre exemplaire, œuvre de longue haleine, œuvre d’une équipe : c’est le dernier point que je souhaite souligner ici. Étant l’un des initiateurs de ce programme de recherches, j’ai grand plaisir à écrire ici que sans l’engagement sans faille, à la fois des institutions, des politiques et des hommes (et des femmes !), jamais cette publication et d’autres à paraître n’auraient pu être menées à bien. La mesure est ainsi donnée des investissements nécessaires à l’aboutissement d’une véritable politique d’archéologie préventive. Nous sommes ici en présence de l’aboutissement d’un travail qui a nécessité la mobilisation quasi permanente d’une équipe depuis près de 10 ans (la fouille de sauvetage de l’institution Saint-Paul effectuée en 1987 en a été le point de départ) et la collaboration étroite d’un nombre important de chercheurs de tous horizons. Le mérite en revient notamment à Marie-Odile Lavendhomme et Martine Genin, qui ont su fédérer les énergies et les encadrer : qu’elles en soient ici chaleureusement remerciées. Il est vrai que la tâche de l’équipe fut sans aucun doute grandement facilitée par l’environnement documentaire et scientifique dont elle a pu disposer sur place, le fait de réunir en un même lieu une bibliothèque scientifique de haut niveau – la bibliothèque Joseph-Déchelette –, le dépôt de fouilles archéologiques à vocation départementale et le musée lui-même constitue une opportunité et un atout considérable en faveur de la recherche.
11Puisse donc cet ouvrage, dont l’intérêt scientifique dépasse très nettement le seul cadre local ou régional, connaître au sein de la communauté scientifique à laquelle il s’adresse, le succès qu’il mérite. Puisse-t-il également pérenniser la place privilégiée que jouent le site et la ville de Roanne dans la recherche archéologique nationale et enfin contribuer à inspirer, ici ou ailleurs, d’autres recherches du même type.
12Rennes, le 26 septembre 1997
Auteur
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Michel Vaginay
Conservateur régional de l’Archéologie de Bretagne
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