Préface
p. 11-12
Dédicace
À la mémoire de Marins BESSOU
Texte intégral
1Cette livraison de la série « Archéologie préventive ᛫ des Documents d’archéologie française nous fournit une riche documentation sur un petit habitat de plaine de la fin de l’âge du Fer en Gaule chevelue. Malgré l’exiguïté de l’espace fouillé, l’organisation spatiale de cette agglomération ouverte permet aux auteurs une approche des pratiques sociales. La nature et la diversité des aménagements et des pratiques domestiques laissent entrevoir des modes de vie en apparence très proches de ceux d’autres sites de Gaule centrale ou méridionale. Le mobilier céramique et l’instrumentum, étudiés avec un grand souci d’exhaustivité, font apparaître la place relative des échanges méditerranéens, les modes de production et de consommation et leur évolution. Dans ces différents domaines mais également dans le monnayage et l’économie vivrière, l’impact de la Conquête n’apparaît jamais brutalement, il ressort même selon M.-O. Lavendhomme et V. Guichard « que celle-ci semble pour une bonne part n’avoir fait qu’entériner des changements qui étaient déjà engagés plusieurs décennies auparavant ᛫.
2Outre son intérêt intrinsèque cet ouvrage sur le village gaulois de Rodumna constitue un double événement sur lequel on peut s’attarder. En premier lieu, dans une période d’interrogation sur le devenir de l’archéologie préventive en France, cette synthèse, qui résulte essentiellement de l’exploitation de données de fouilles préventives, présente tous les attraits d’une opération bien menée, du terrain à la publication. En second lieu, cet ouvrage reflète la volonté de confronter les découvertes de Roanne à celle des deux grandes aires géographiques traditionnellement opposées : la zone méditerranéenne et l’Europe continentale.
3La publication de ce site forézien tient donc compte des acquis de la recherche en Gaule chevelue, voire en Europe dite tempérée, mais également dans le sud de la France. Si la publication du site voisin de Feurs fournit en effet de nombreuses comparaisons régionales, la prise en considération, tant au niveau du mobilier céramique et métallique que de l’architecture ou du monnayage, des recherches menées ailleurs dans le monde gaulois donne à la publication de Roanne une dimension particulière. C’est certainement là une conséquence de la situation géographique du site mais également le reflet d’une approche scientifique empreinte d’esprit d’ouverture.
4Depuis près d’un demi-siècle, la plupart des monographies de sites protohistoriques publiées en France font semblant d’ignorer, voire ignorent tout simplement, les acquis des recherches menées dans les régions plus méditerranéennes, ou plus septentrionales. Le résultat a été la mise en place d’une géographie historique artificielle, plus encline à dresser les limites de « territoires ᛫ d’équipes de recherche et de centres universitaires que des espaces politiques, économiques ou culturels antiques. Cette situation a engendré un vocabulaire parfois différent, des modèles d’analyse incompatibles et des systèmes chronologiques inajustables qui, petit à petit, empêchaient toute comparaison interrégionale et troublaient une vision synthétique du monde gaulois, qu’ébauche la publication de Roanne. Souhaitons que cet esprit d’ouverture fasse école tant au nord qu’au sud du territoire ségusiave.
5Les réflexions actuelles sur l’archéologie préventive font rarement référence aux opérations bien menées ; c’est un tort. En effet, cette démarche mettrait en évidence qu’il n’y a pas plusieurs manières de faire de l’archéologie de terrain, qu’il n’y a pas de pratiques propres aux operations programmées et d’autres qui seraient dévolues à l’archéologie préventive, que la définition des problématiques, les stratégies de fouille, les protocoles d’enregistrement, de prélèvement et d’archivage peuvent revêtir des formes différentes mais doivent tous reposer sur des questions et des règles identiques, liées à des exigences et des démarches communes, celles de l’historien. Dans le cas de Roanne, les auteurs qualifient leur approche de « conventionnelle ᛫ ; elle n’en est pas moins efficace : fouille en aire ouverte, étude de la documentation ancienne, catalogues exhaustifs, données quantitatives, descriptions rigoureuses supportent une analyse et des comparaisons qui amènent logiquement vers des conclusions d’ordre culturel, économique et historique.
6Aujourd’hui il ne s’agit pas de défendre une « école ᛫ face à une autre ou d’imposer tel ou tel « système ᛫ mais bel et bien de réaffirmer les buts et les règles de base de l’archéologie. Dans un contexte économique défavorable et face à une politique délibérée d’intervention systématique, la volonté de pratiquer une archéologie scientifique et consciente de sa mission patrimoniale doit être réaffirmée. Les fouilles préventives peuvent être en proie à des contraintes spécifiques ou conjoncturelles mais celles-ci ne doivent pas empêcher leur intégration à l’ensemble de la recherche archéologique et la restitution de leurs résultats à la collectivité, simples exigences d’une archéologie pour l’Homme.
7Si les interventions de terrain bien négociées et menées par un personnel Afan performant sont plus nombreuses qu’on ne le pense, l’évolution récente de la structure appelle cependant à des prises de position. À la base de la pratique archéologique contemporaine, des accords interinstitutionnels doivent prendre en compte la formation initiale et continue des archéologues de terrain, l’établissement de collaborations scientifiques, la mise en forme et la diffusion des résultats. Pour la formation initiale, le rôle des MST d’archéologie encore en activité ne peut être que réaffirmé. Unies aux filières universitaires classiques – du Deug à la maîtrise – elles peuvent, moyennant des aménagements limités, mettre en place une formation continue généraliste dont pourraient bénéficier les archéologues de l’Afan. En matière de collaboration scientifique, les actuelles disparités régionales montrent qu’il n’y a pas d’automatisme et que si des accords-cadres ont l’intérêt d’affirmer clairement une politique, seules des habitudes de travail reposant sur de longues pratiques communes peuvent aboutir à des projets concrets.
8La mise en forme de la documentation est sans doute actuellement la pierre d’achoppement la plus fréquente. La rédaction des DFS les plus « lourds ᛫ et le passage du DFS à la publication demandent un savoir-faire que les institutions traditionnelles – Culture, Université, CNRS – se doivent de partager avec les archéologues de l’Afan. Enfin, la diffusion des résultats – quel que soit le type de média dominant – ne gagnera rien à la multiplication des organes de diffusion ; la crise qui frappe l’édition archéologique traditionnelle ne peut que l’obliger à une concentration des moyens et à la prise en compte, à part entière, du potentiel humain et matériel de l’archéologie préventive. De plus – et c’est ce qui rendra inévitables de tels accords – la recherche fondamentale ne pourra pas se passer plus longtemps de la documentation livrée par les fouilles préventives. Enfin, il faudrait réfléchir, mais ce n’est pas le lieu ici, à une meilleure restitution des résultats scientifiques à la collectivité.
Auteur
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Dominique Garcia
Maître de conférences (Protohistoire), université de Provence (Aix-Marseille I)
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