5. Les amphores
p. 155‑157
Résumés
Emballages perdus, les amphores étaient utilisées secondairement comme dolia, ou après concassage pour la stabilisation des sols. La grande majorité des amphores retrouvées à Bourbon appartiennent au type Dressel 20. Les lèvres arrondies précèdent les lèvres rentrantes au cours des deux premiers siècles de notre ère. Deux estampilles identifiables (SCALENSIA et BROCODU) sont visibles sur des anses cylindriques appartenant à des Dressel 20 importées de Bétique pour l’approvisionnement en huile des thermes.
Les amphores vinaires gauloises sont également présentes. Deux fragments de cols fabriqués à Gueugnon au Ier s. (forme Gueugnon 2) portent les marques des potiers SVNVCVS et ADBVCIVS.
Amphorae were throwaway containers, and when empty were used as dolia or, broken, to level the floors. Most of the amphorae found in Bourbon belong to the type Dressel 20, with round then retracted edge during the 1st and 2nd century. Cylindrical handles, belonging to Dressel 20 imported from Spain to carry oil, show two signatures : SCALENSIA and BROCODU.
Vine amphorae from Gaul are also present on the site. Two 1st century fragments made in Gueugnon (shape Gueugnon 2) show the following signatures : SVNVCVS and ADBVCIVS.
Texte intégral
5.1. Introduction
1Il ne faut voir initialement en ces types de récipients volumineux que des emballages perdus mais fréquemment remployés. Coupées après épuisement de leur contenu, elles étaient alors utilisées secondairement comme dolia. Après concassage, leurs fragments participaient à la stabilisation des sols. Les nombreux fragments d’amphores récoltés à Bourbon proviennent surtout d’Espagne, mais nous avons rencontré aussi quelques fragments d’origine différente.
5.2. Les amphores gauloises
2Abondantes en Gaule méridionale (Narbonnaise en particulier), ces amphores produites dans la seconde moitié du ier s. étaient certainement réservées au transport du vin. Des découvertes et études récentes viennent de prouver l’existence de productions parallèles et contemporaines en Gaule centrale (Laubenheimer, Notet 1986) et de les associer à l’origine du vignoble bourguignon. A Bourbon, il ne s’agit pas, en masse surtout, du type d’amphores le mieux représenté, mais les quelques tessons récoltés présentent un intérêt archéologique régional indéniable. En effet, nous avons pu identifier les estampilles déjà publiées (Laubenheimer, Notet 1986 : 438) de deux potiers gueugnonnais que nous connaissons bien : sunucus (fig. 68, 1) et abducius (fig. 68, 2). Elles sont portées par des fragments de cols appartenant à la forme 2 de Gueugnon (groupe 1 pour le premier et groupe 2 pour le second). Un autre col de forme Gueugnon 21 a été retrouvé (fig. 69, 2), mais présente quelques divergences paramétriques : diamètre minimum supérieur, pâte un peu plus brune et micacée, absence de timbre. En conséquence, son intégration dans la série des amphores gauloises gueugnonnaises demande beaucoup de prudence. Dans la même catégorie, signalons enfin la présence de minuscules fragments de rebords de Gauloise 4 en pâte blanche, identiques à celles que l’on fabriquait à Gueugnon au ier s.

Fig. 68 – Marques sur amphores. ‑1,2. Amphores de Gueugnon. ‑ 3, 4, 5. Amphores de Bétique.

Fig. 69 – Les amphores gauloises. – 3. Restitution d’une amphore de Gueugnon.
5.3. Les amphores ibériques
3La grande majorité des tessons d’amphores retrouvés proviennent de récipients sphériques appartenant au type Dressel 20. Une panse sphérique entière a d’ailleurs été exhumée, ainsi que deux cols, des anses et de nombreux autres fragments. Ces formes bien connues ne nécessitent pas d’illustrations particulières. Une certaine évolution dans la typologie de ces amphores Dressel 20 a été mise en évidence à partir de séries découvertes en Suisse près de Bâle, à Augst (Martin‑Kilcher 1983). Par analogie, nous nous permettrons de l’appliquer également à Bourbon : les fragments de rebords à lèvre arrondie peuvent être considérés comme antérieurs à eux qui présentent une lèvre rentrante, plus aplatie et carénée. Cette chronologie nous conduit, en gros, de la première moitié du ier s. ap. J.‑C. jusqu’à la deuxième moitié du iie s., bien que l’utilisation de ce type se soit prolongée durant tout le iiie s.
4Trois estampilles nous sont parvenues, portées par trois fragments d’anses cylindriques qui appartiennent, au moins pour deux d’entre elles, à des amphores de type Dressel 20.
5La première (fig. 68, 3) peut se lire scalen et représente la figlina scalensia, connue aussi par les timbres scalens ou scalenu (Callender : no 1576). Les lettres a et l sont très souvent ligaturées, ce qui n’est pas le cas pour notre timbre. Callender date ces productions de 80 à 120 ap. J.‑C.2.
6La seconde (fig. 68, 5) doit pouvoir être lue brocodu, malgré l’absence des deux premières lettres. Plusieurs marques comparables récoltées en stratigraphie à Augst sont bien datées du milieu du ier s., sans qu’elles ne débordent jamais sur le second (Martin‑Kilcher 1983 : 344, fig. 5).
7La troisième (fig. 68, 4), très incomplète, n’est pas déterminée avec certitude. S’agit t‑il de m.f avit (Callender : no 1089) ou bien mpm (Callender : no 1159) ?
8Signalons pour terminer l’existence de rares fragments d’amphores vinaires républicaines tardives (Dressel 1), reconnaissables grâce à leur épaulement bien marqué ainsi qu’à l’aspect de la pâte. Enfin, quelques minuscules fragments de rebords sont rattachés à des amphores du type d’Augst ou Dressel 7/8.
5.4. Conclusion
9Toutes proportions gardées, le site du Breuil recelait presque davantage d’amphores gueugnonnaises que de sigillée produite par cet atelier voisin. Or au ier s., Gueugnon diffusait des amphores gauloises mais pas encore de sigillée. Il s’agit là d’une observation chronologique supplémentaire qui permet encore de situer l’essentiel de l’activité des coroplathes dans le courant du ier s.
10Quant aux amphores Dressel 20 –dont la chronologie est un peu plus étalée–, elles sont les témoins du commerce actif qui existait entre Bourbon‑Lancy et les producteurs d’huile de Bétique. Ces importations sont évidemment à mettre en relation avec le thermalisme, la préparation de certains bains ou onguents nécessitant la consommation d’une grande quantité d’huile.
Notes de bas de page
Auteur
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