4. Conclusion
Les lampes dans la production céramique montanaise
4. Conclusions
p. 55‑56
Résumés
Production secondaire tant par la qualité que par la quantité, les lampes à huile semblent avoir intéressé les potiers montanais principalement pour leur valeur commerciale, au détriment de toute préoccupation artistique.
Oil lamps were a secondary product both in terms of their quality and the quantity produced. The Montanais potters seem to have been primarily interested in the commercial rather than the artistic value of the lamps.
Texte intégral
1Les caractéristiques principales de la production de lampes ont été regroupées en deux ensembles qui permettent de qualifier doublement cette activité et d’évaluer l’importance que les potiers lui accordèrent, en particulier vis‑à‑vis de celle, dominante, de la céramique sigillée, considérée comme une vaisselle de luxe.
2Différents aspects de la production de lampes permettent de la qualifier de secondaire :
en quantité, cette production est inférieure à celle de la céramique sigillée ;
alors que l’atelier disposait de moyens techniques élaborés, permettant une production originale, les potiers ont travaillé en surmoulant des lampes déjà existantes, sans rien créer de personnel ;
la qualité des pièces est médiocre, le côté artistique a été négligé, relégué au second plan ;
aucun indice ne permet d’affirmer que ce sont les mêmes potiers qui ont fabriqué les vases en céramique sigillée et les lampes, ces dernières n’étant pas signées aux noms de potiers locaux connus ; cependant, la médiocrité des pièces, certaines négligences dans la fabrication et la présence de marques « inconnues » sur quelques lampes (ou tout au moins non encore répertoriées à Montans ou sur d’autres sites ; cf. chapitre 2, § 2.2.2.2. et 2.2.4.) laissent supposer que leur production fut confiée à des artisans différents et moins qualifiés (apprentis, esclaves) ;
enfin, notons que les lampes sont fréquemment associées dans les lieux de découverte à d’autres productions annexes : céramiques à parois fines, vases à engobe blanc...
3Mais, si l’on admet l’hypothèse que les lampes étudiées constituent un échantillon représentatif de la production, on peut ajouter les remarques suivantes.
4La production de lampes n’est pas négligeable. 908 pièces ont été découvertes à ce jour ; or, l’ensemble du site reste à fouiller. En outre, certains types de lampes ont été produits en nombre : lampes à volutes (Den. Types IV, VA, VD) et lampes à bec rond (Den. Type VIIA) (cf. fig. 6).
5Les répertoires typologiques et iconographiques sont variés (12 types de lampes différents et 110 variétés de décors), bien représentés (respectivement 429 et 282 lampes), non désuets. Les différents types et décors des lampes ont, en effet, été produits sans retard significatif sur les modes en cours (cf. chapitre 3). Les potiers étaient donc à l’écoute de leur clientèle et de ses désirs. Ils se maintenaient au goût du jour, afin de copier et de proposer les produits en vogue à l’époque. Ils se sont attachés à reproduire des lampes signées de céramistes de renom, dont les produits étaient diffusés dans toutes les provinces romaines, par intérêt commercial et par suite de l’attrait de ces signatures sur le public.
6Enfin, l’étude chronologique, estimant l’évolution et la concentration de la production de lampes sur plus d’un siée le et demi (fig. 26 et 27), permet d’apprécier son importance et complète ainsi les remarques précédentes.

Fig. 27 – Evolution chronologique de la production.
7La production des lampes est précoce et continue au cours du Ier s. de n.è. et une partie du iie s. : 15‑175 ap. J.‑C. Comme celle de la céramique sigillée, elle débute tôt, soit sous Tibère. Elle se concentre essentiellement entre 40 et 100/110 ap. J.‑C. (fig. 27). Pendant cette période, entre 40 et 70/75 ap. J.‑C., la production s’est accrue par rapport à l’époque tibérienne (elle est de 29 % durant les règnes de Claude, de Néron et les premières années de celui de Vespasien). Elle semble bien établie et participer à cette époque à la phase de plénitude de la manufacture tarnaise. Au cours de ces années, les potiers ont diversifié la production et fabriqué des lampes aux formes variées.
8Entre 80 et 100/110, la production est plus importante : 67 % alors que l’on observe déjà, dès le début du règne des Flaviens, l’amorce du déclin du centre de production montanais. Ce phénomène est intéressant et l’on peut se demander si la production de lampes n’aurait pas servi à pallier cette déficience et joué le rôle, à la fin du ier s. ap. J.‑C., d’une production d’appoint pour les artisans. Dans tous les cas, elle ne semble pas avoir souffert de rivalités à cette époque.
9Entre 125 et 175, la production décroît. La fabrication des lampes semble s’achever vers 150‑175 ap. J.‑C., phase durant laquelle on s’achemine vers l’arrêt de la production de pièces sigillées (170‑180 ap. J.‑C.) et qui est contemporaine des derniers potiers montanais (Martin 1977a : 70).
10En somme, la production de lampes à Montans n’a jamais eu une renommée identique à celle de la céramique sigillée, vraisemblablement en raison de la qualité des pièces produites. Néanmoins, il est certain que les potiers se sont constamment préoccupés de cette industrie : tout au long de la vie des ateliers cette production, bien que secondaire, n’a jamais été délaissée et fut toujours variée.
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