Introduction
p. 11-13
Texte intégral
Cadre géographique et géomorphologique
1Le site de Bettencourt-Saint-Ouen est situé dans le bassin de la Somme, à l’ouest de la grande zone lœssique européenne (fig. 1). Le gisement est localisé sur la partie médiane d’un versant limoneux, exposé au N-E, d’une vallée sèche asymétrique, au lieu-dit Le Fond des Éronvalles. Cette vallée sèche d’axe N-O/S-E, parallèle à la direction structurale majeure de la Somme, se raccorde à la rive gauche de la vallée de la Nièvre au niveau du village de Bettencourt-Saint-Ouen à environ 2 km en aval du site (fig. 2).

FIG. 1
Localisation du site de Bettencourt et de quelques autres séquences du Pléistocène supérieur en Europe du Nord-Ouest
(d’ap. Antoine et al. 1999).

FIG. 2
Localisation du gisement de Bettencourt-Saint-Ouen sur le tracé de l’autoroute A16.
2La vallée sèche de Bettencourt correspond à une morphologie typique du bassin de la Somme (fig. A, p. 17), caractérisée par l’opposition entre un versant crayeux abrupt exposé à l’O-N-O et un versant limoneux en pente douce exposé à l’est (Antoine 1990).
3Cette topographie est propice à l’enregistrement d’une séquence limoneuse bien développée, favorable à la conservation de niveaux préhistoriques enfouis en profondeur. En raison de cette configuration géomorphologique, des sondages ont été réalisés en juillet 1994 (P. Antoine/CNRS) dans le cadre de l’opération archéologique préalable à la construction de l’autoroute A16 Amiens-Boulogne. Ils ont permis la découverte d’artefacts non patinés au sein d’un complexe de sols humifères attribuables au Début Glaciaire weichsélien (Antoine 1994).
4À la suite de ces sondages, une phase d’évaluation du gisement a eu lieu durant le mois de décembre 1994 et a été suivie d’une fouille d’une durée de 5 mois, du 20 février au 15 juillet 1995 (fig. 3).

FIG. 3
Vue de la fouille du secteur 3. La poche de sous-tirage karstique se trouve au premier plan, sous les planches.
5D’un point de vue géographique, les régions lœssiques du nord de la France recèlent de très nombreux gisements du Paléolithique moyen. Le Début Glaciaire weichsélien est caractérisé par le grand nombre de sites du Paléolithique moyen bien conservés dans un complexe de sols humifères dont le stratotype est la coupe de Saint-Sauflieu (Antoine 1989).
6Fouillés en contexte de sauvetage ou lors d’opérations programmées, les gisements du Weichsélien ancien géographiquement proches de celui de Bettencourt-Saint-Ouen sont nombreux (fig. 4) : Riencourt-lès-Bapaume (Tuffreau 1993), Seclin (Tuffreau et al. 1994), Villiers-Adam (Locht et al. 1997), Sains-en-Amienois (Fagnart, Fournier 1982), Roisel (Gautier 1989), Auteuil (Swinnen et al. 1996), Hermies (Vallin, Masson 1998), Gouy-Saint-André (Depaepe et al. à paraître) et Blangy-Tronville (Depaepe et al. 1999).

FIG. 4
Localisation des gisements du Début-Glaciaire weichsélien dans le nord de la France : 1 Bettencourt-Saint-Ouen ; 2 Riencourt‑lès‑Bapaume ; 3 Hermies ; 4 Marcoing ; 5 Roisel ; 6 Seclin ; 7 Saint‑Sauflieu (stratotype) ; 8 Sains‑en‑Amienois ; 9 Saint‑Just‑en‑Chaussée ; 10 Gouy‑Saint-André ; 11 Auteuil ; 12 Villiers‑Adam ; 13 Blangy‑Tronville.
L’intervention archéologique
7Le gisement est divisé en trois secteurs par des vallons fossiles d’érosion qui ont entaillé le complexe de sols humifères et séparé le gisement en trois secteurs (fig. 5). Dans un premier temps, les quatre sondages qui avaient permis la découverte du site ont été à nouveau creusés, pour conduire le décapage à partir de profils stratigraphiques déjà repérés. Par la suite, deux profils principaux (L1 et L2) de référence ont constamment servi durant la fouille à l’attribution stratigraphique de chacun des vestiges mis au jour.

FIG. 5
Localisation des sondages qui ont permis la découverte du gisement (SP3a, b, c, d) et des deux profils stratigraphiques de référence (L1 et L2).
8En raison du grand nombre d’artefacts lithiques, une intervention manuelle a été préconisée sur la plus grande superficie possible. Trois niveaux principaux avaient été identifiés : N3b, N2b et N1 (Antoine et al. 1995).
9La superficie totale de l’intervention est de 866 m2. Chacun des trois secteurs a été en partie fouillé à la main de façon tout à fait classique (tabl. I). Quand l’investigation manuelle laissait entrevoir des zones vides, celles-ci étaient explorées à la pelle mécanique (fig. 6). La souplesse et l’adaptation des méthodes de fouille ont permis d’explorer l’intégralité de la superficie du gisement concernée par les travaux de décaissement.
Secteur | Fouille manuelle | Sols humifères conservés |
Secteur 1 | 35 | 254 |
TABL. I
Superficie des zones fouillées par secteur (en m2).

FIG. 6
Localisation des zones fouillées manuellement et des endroits explorés à la pelle mécanique.
10342 m2 ont fait l’objet d’une intervention manuelle, sur des épaisseurs variables. Ainsi, les carrés situés au centre du secteur 3, et qui incluaient les trois niveaux principaux, ont été fouillés sur une épaisseur de plus de 1,20 m.
11Le secteur 1 est le moins riche en artefacts. Un ensemble de 35 m2 d’un seul tenant a été fouillé à la main (fig. 6). Le reste de ce secteur n’a révélé que très peu d’artefacts lithiques, dont la plupart appartiennent à la série N2b.
12Dans le secteur 2, deux grandes concentrations d’artefacts du niveau N2b ont fait l’objet d’une fouille classique. Le reste de ce secteur a été testé à la main de manière ponctuelle, comme c’est le cas dans les carrés K36/37 ou X-Y/33 (fig. 6). Ces tests manuels ont laissé entrevoir que les niveaux archéologiques étaient peu présents dans ces zones. Elles ont dès lors été explorées à la pelle mécanique et peu d’artefacts lithiques y ont effectivement été trouvés.
13Au vu de la densité de matériel au sein de chacun des niveaux, bien conservés dans le secteur 3, et de l’exceptionnelle dilatation de la stratigraphie à cet endroit, la fouille de cette zone a constitué l’objectif principal de l’intervention de terrain. Près de 80 % de la superficie de ce secteur ont été fouillés à la main. Seuls les bords de cet « îlot » de sol humifère ont été décapés à la pelle mécanique, car ils n’avaient presque pas livré de matériel lors de la fouille manuelle (fig. 6).
Auteurs
-
Jean-Luc Locht
Inrap, ESA 8018 du CNRS, Préhistoire et Environnements quaternaires de l’Europe du Nord-Ouest, Unité Stratigraphie et Paléoenvironnements quaternaires, UFR de Géographie, Lille I.
-
Pierre Antoine
CNRS, ESA 8018 Préhistoire et Environnements quaternaires de l’Europe du Nord-Ouest, Unité Stratigraphie et Paléoenvironnements quaternaires, UFR de Géographie, Lille I.
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