1Nous en avons parlé au début du chapitre précédent.
2Quant aux relations qu’entretiennent les grandes constructions de la philosophie de l’histoire avec les récits de l’histoire universelle, voir Escudier et Martin, 2015.
4Meiners, 1781 ; et avant tout : Meiners, 1785 ; Meiners, 1789 (une histoire de la philosophie) ; Meiners, 1793-1794.
5Comme le souligne Perkins, 2004 (p. 118), il ne s’agit pas de savoir si une conscience européenne existe de fait, mais si les intellectuels européens se sont imaginé appartenir à une tradition européenne et comment ils l’ont conçue.
6Perkins, 2004, p. 142-145.
7Voir Rossi, 2007, p. 171, et, plus généralement, Colliot-Thélène, 2011.
10Huntington, 1997 (version traduite en français), p. 53 ; Huntington, 2002 (version originale), p. 54 : « […] the West […] has never generated a major religion, […] the great religions of the world are all products of non-Western civilizations and, in most cases, antedate Western civilization. » (Je souligne.)
11Huntington, 1997, p. 70 ; dans Huntington, 2002, p. 68 : « As the first civilization to modernize, the West leads in the acquisition of the culture of modernity. »
12Huntington, 1997, p. 334 ; dans Huntington, 2002, p. 302 : « The West obviously differs from all other civilizations that have ever existed in that it has had an overwhelming impact on all other civilizations that have existed since 1500. »
13Huntington, 1997, p. 103 (traduction légèrement modifiée) ; Huntington, 2002, p. 97 : « They cannot calculate and act rationally in pursuit of their self-interest until they define their self. » (Je souligne.) Dans le champ proprement philosophique, Werner Stegmaier (« Vorwort », dans id. (ed.), 2000, p. vi) affirme que l’Europe n’a jamais été simplement l’Europe (einfach Europa) ; de manière réflexive, l’Europe se serait conçue comme Europe, et telle serait l’explication de sa domination mondiale (que l’auteur considère comme une évidence en l’an 2000).
14Huntington, 1997, p. 71 ; Huntington, 2002, p. 69 : « […] the classical legacy […] including Greek philosophy and rationalism, Roman law, Latin, and Christianity. » (Je souligne.)
15Blakey, 1851 : « To cultivate the powers of persuasion – to defend the interests of the commonwealth, or the opinions of a party, or the reputation or life of an individual – was an interesting and important duty, which no true citizen could altogether neglect. »
16Comme le rappelle Vesperini (2017, p. 16), « on lit couramment que la philosophie antique est née d’une critique de la religion, voire d’une opposition à la religion. Il n’en était rien. Les écoles philosophiques athéniennes proposaient en réalité des voies, des façons, parmi toutes celles que proposait le polythéisme grec […] d’honorer les dieux et de s’en approcher. »
17Prantl, 1855-1870, vol. 1, p. 4 : « rhetorischer Doctrinarismus der Griechen ».
18Aristote, 1993, p. 103 (1254b12) : « Que donc par nature les uns soient libres et les autres esclaves, c’est manifeste, et pour ceux-ci la condition d’esclave est avantageuse et juste. »
19Meiners, 1785, « Vorrede », s. p.
20Voir Longo, 1988b ; Schneidereit, 2015. Au sujet de la conception de l’histoire de la philosophie de Meiners, et de sa philosophie : Longo, 1988a.
21Meiners, 1793-1794, vol. 3, p. 493.
22Ibid., p. 485, p. 547-550.
23Meiners, 1785, « Vorrede », s. p. : « Warum endlich die Europäischen Nationen selbst im Zustande der Wildheit und Barbarei sich so sehr von den Wilden und Barbaren der übrigen Erdtheile durch ihre höhern Tugenden, durch ihre grössere Empfänglichkeit gegen Aufklärung […] auszeichneten. »
25Sur ce paradoxe de l’universalisme des Lumières : Lilti, 2014 et 2016. Sur l’Écosse et l’Angleterre : Sebastiani, 2013.
27Brucker, 1766-1767, vol. 1, p. 41. Le titre de la première partie était « Historia philosophiae antediluvianae, postdiluvianae et quidem barbaricae inter gentes Orientis, Meridiei, Occidentis, Septentrionis ».
28Brucker, 1766-1767, vol. 5, tome 2, p. 804-923. Sur la philosophie chinoise dans l’historiographie moderne, voir Wimmer, 2017.
29Pour ne donner que quelques exemples d’histoires de la philosophie à succès qui procédaient de la même manière : Gentzken, 1724 ; Boureau-Deslandes, 1737 ; Huhndorff, 1745 ; Formey, 1760 ; Steinacher, 1774 ; Handerla, 1782.
30Sur la race chez Meiners, voir Gierl, 2010 ; Carhart, 2009 ; Carhart, 2007 ; Park, 2013, p. 69-96.
31Meiners, 1789, p. 27-28.
33Ibid., p. 16-17 : « Am wahrscheinlichsten ist es, daß die Hindus Schüler der Griechen waren. »
34Voir Schneiders, 1974 (au sujet de Meiners, p. 170-177) ; Kuhn, 2014.
35Voir par exemple Eberhard, 1789.
36Meiners, 1793-1974, vol. 3, p. 519.
37Ibid., p. 474. La même année, il fait réimprimer la dernière partie de cette œuvre sous le titre parlant de Über wahre, unzeitige und falsche Aufklärung und deren Wirkungen (Sur les vraies, les intempestives et les fausses Lumières). Voir Meiners, 1794.
38Meiners, 1793-1794, vol. 3, p. 230-374.
39Ibid., p. 448 : « die größten Beförderer der wahren Aufklärung ».
41Voir par exemple les articles encyclopédiques Aa.Vv., 1819 et Aa.Vv., 1843. En 1852, le professeur de lycée Johann Nepomuk Uschold consacre un chapitre de son manuel d’histoire de la philosophie à la philosophie populaire allemande et à son combat contre les Lumières françaises (Uschold, 1852, p. 205-207). Sur le plan politique, voir par exemple Moser, 1792.
43Rixner, 1850, p. 17-21, p. 42-44.
44Eberhard, 1788 ; Buhle, 1796-1804, vol. 1 ; Reinhold, 1828.
45Tiedemann, 1791-1797, vol. 1, p. ix.
47Tennemann, 1829a, vol. 1, p. xxxviii, note de bas de page : « Die Begrenzung des Umfangs der Geschichte der Philosophie ist erst in neuern Zeiten zur Sprache gekommen. […] Nur Tiedemann ist für die Ausschließung der morgenländischen Völker. »
48Socher, 1801, p. 2 : « Es giebt keine Geschichte einer barbarischen, oder gar antediluvianischen Philosophie. »
49Reinhold, 1828, p. xxviii-xxix.
50Ibid., p. xxvii : « […] und die streitige Frage ist hierdurch schon verneinend entschieden, ob es eine sogenannte barbarische oder morgenländische Philosophie neben der abendländischen und classischen gegeben habe. »
51Tennemann, 1798-1819, vol. 1, p. xxxvii : « Alle ihre Weisheit trägt noch den Charakter einer göttlichen Offenbarung, welche die Phantasie auf mannichfaltige Weise gestaltete. »
52Sur le grand récit indo-germanique de Schlegel : Trabant, 2015.
53Tennemann, 1798-1819, vol. 1, p. xxxvi.
54Ibid., p. xxxvi-xxxvii.
55Prantl, 1855-1870, vol. 1, p. viii : « Als Gegenstand der geschichtlichen Forschung hat Alles, was alle Nationen gethan oder geschrieben haben, schlechthin den gleichen Werth und ist mit der gleichen emsigen Hingabe und umfassenden Sorgfalt der Methode zu behandeln. »
56Voir supra, chapitre 2, p. 61.
57Ueberweg, 1865, p. 16 : « die geistige Kraft zu echter Wissenschaftlichkeit ». Voir aussi, p. 15 : « Die Bergündung der Logik als Wissenschaft ist ein Werk des griechischen Geistes, welcher, gleich fern von der Rohheit des Nordens und von der Verweichlichung der Orientalen, Kraft und Empfänglichkeit harmonisch in sich vereinigt. »
58Prantl, 1855-1870, vol. 2, p. 297-300.
59Prantl, 1855-1870, vol. 1, p. v.
60Hegel, 1954 (version traduite en français), vol. 1, p. 52 ; Hegel, 1986a (version originale), p. 51.
61Hegel, 1978 (version traduite en français), p. 1018-1024 ; Hegel, 1986b (version originale), p. 514-517.
63Fiorentino, 1887, p. 6 : « Indotti da questo criterio saltiamo a piè pari tutto quanto il mondo orientale, dove con scarsi dati filosofici si trovan frammischiati miti poetici, e riti religiosi. Il simile si dica della prima età della Grecia. »
64Erdmann, 1866-1869, vol. 1, p. 11 : « Da erst der Grieche das gnôthi seautón vernimmt, so heisst philosophiren, oder das Wesen des Menschengeistes begreifen wollen, occidentalisch, mindestens griechisch, denken, und die Geschichte der Philosophie beginnt mit der Philosophie der Griechen. »
65Ritter, 1836-1853, vol. 1, p. 35-36 : « Wenn wir, die christlich gebildeten Völker Europa’s, uns als den Mittelpunkt des geistigen Bestrebens in der ganzen Geschichte denken, so thun wir damit etwas, was uns theil die Nothwendigkeit gebietet, theils eine sehr augenfällige Betrachtung unserer Lage rechtfertigt. »
66Ibid., p. 36 : « Daß wir aber nicht wie der Türke oder Chinese in selbstgefälligem Stolze urtheilen, wenn wir in unserem Leben die Fäden der Geschichte sich kreuzen sehen, davon kann uns überzeugen […]. »
67Ibid., p. 36 : « […] denn daß wir so zweifelnd überlegen können, und nicht, wie die übrigen Völker oder Völkergemeinschaften, in unserem Kreise selbstgenügsam die Betrachtung anhalten, eben dies zeugt am stärksten von der geistigen Freiheit, welche wir errungen haben. »
68Harris, 1876, p. 225 : « In its Philosophy each nation attempts to solve the problems of the world as they appear to it from the stand-point of its national life. »
69Harris, 1876, p. 232 : « […] it must not receive a too literal interpretation ».
70Ibid., p. 237 : « Philosophy proper begins with Thales (640-550 B.C.) of Miletus, who proclaimed water to be the original source of all things. »
72Cousin, 1847 (dans ce volume Cousin livre une version amendée de ses cours d’histoire de la philosophie des années 1828-1829 à la Sorbonne).
79Voir Vermeren, 1995, p. 134-138.
80Cousin, 1847, p. 31 : « La Méditerranée et la Grèce sont l’empire de la liberté et du mouvement, comme le haut-plateau du monde indo-chinois est l’empire de l’immobilité et du despotisme. »
82Jouffroy, 1834a, p. 70. Le philosophe socialiste Pierre Leroux, l’un des principaux adversaires de l’éclectisme cousinien, publie une critique de cette théorie : Leroux, 1839. Au sujet de la louange de la Grèce, voir p. 318.
83Jouffroy, 1834b, p. 74.
86Michelet, 2016b, p. 396 : « Dans de telles contrées [l’Allemagne et l’Italie], il y aura juxtaposition des races diverses, jamais fusion intime. Le croisement des races, le mélange des civilisations opposées, est pourtant l’auxiliaire le plus puissant de la liberté. » De manière symptomatique, Michelet consacre un chapitre de son cours de philosophie à l’École normale (1828-1829) à « l’immense tentative de Lavoisier » (2016a, p. 336-337).
87Ibid., p. 396. Au sujet de la notion de race chez Michelet, voir Rétat, 2005.
89Michelet, 2016a, p. 130 : « Résumons : instinct et raison ; spontanéité et réflexion ; poésie et philosophie ; Orient et Occident : voilà les grandes divisions philosophiques et historiques. L’Orient est donc la partie poétique et inspiratrice du genre humain ; l’Occident la partie philosophique et critique […]. »
90Michelet, 1864, p. iii : « L’Inde primitive des Védas, l’Iran de l’Avesta, qu’on peut nommer l’aurore du monde […] sont bien plus près de nous que la stérilité, l’ascétisme du moyen âge. »
91Ibid., p. 483 : « Il faut faire volte-face, et vivement, franchement, tourner le dos au moyen âge, à ce passé morbide, qui, même quand il n’agit pas, influe terriblement par la contagion de la mort. Il ne faut ni combattre, ni critiquer, mais oublier. Oublions et marchons ! Marchons aux sciences de la vie, au musée, aux écoles, au collège de France. Marchons aux sciences de l’histoire et de l’humanité, aux langues d’Orient. »
92Ibid., p. viii : « Le jour où nos Bibles parentes ont éclaté dans la lumière, on a mieux remarqué combien la Bible juive appartient à une autre race. Elle est grande à coup sûr et sera toujours telle, – mais ténébreuse et pleine de scabreuse équivoque, – belle et peu sûre, comme la nuit. »
94Michelet, 1864, p. 485.
95Ozanam, 1855, p. 258-261.
96Huntington, 1997, p. 53 ; Huntington, 2002, p. 54.
97Huntington, 1997, p. 231 ; Huntington, 2002, p. 209-210.
98Huntington, 1997, p. 337 ; Huntington, 2002, p. 305 : « In Europe, Western civilization could also be undermined by the weakening of its central component, Christianity. »
103À partir de Renan, 2009.
104Renan, 1862, p. 10-11, p. 14.
105Renan, 1855, p. 431 : « La race sémitique, en particulier, ayant marqué sa trace dans l’histoire par des créations religieuses […]. » Voir Salaymeh, 2015, p. 160 et 163.
106Renan, 1862, p. 16 : « la complexité, si profondément inconnue aux peuples sémitiques […]. »
108Ibid., p. 27. Voir Rabault-Feuerhahn, 2015, p. 289.
110Ibid., p. 23. Sur Jésus chez Renan, voir Hartog, 2017, p. 77-81.
112Renan, 1876, p. 58, p. 74, p. 82.
114Voir son résumé de la situation dans Kügelgen, 2017.
115J’écris Islam avec une majuscule pour désigner une forme de société (une « civilisation »), et non l’islam comme religion.
116Comme l’a souligné Mary Anne Perkins, les civilisations islamiques et l’URSS étaient en première ligne (Perkins, 2004, p. 155) : « […] the “civilization” versus “barbarism” narrative has been maintained in relation to two dominant “Others” […]. One of this is Russia […]. A more clearly excluded “Other” against which Christendom narrative has traditionally sought to define European civilization is, of course, Islam. » Voir également Manova, 2017 et 2019 (à paraître).
118Chakrabarty, 2009 (version traduite en français), p. 68 : « C’est parfaitement exact, mais de même que le phénomène de l’orientalisme n’a pas disparu parce que certains en ont désormais une appréhension critique, de même une certaine version de l’“Europe”, réifiée et célébrée dans le monde phénoménal des rapports de pouvoir quotidiens en tant que scène de la naissance de la modernité, continue de dominer le discours de l’histoire. L’analyse est impuissante à l’éradiquer. » Chakrabarty, 2000 (version originale), p. 28 : « True, but just as the phenomenon of Orientalism does not disappear simply because some of us have now attained a critical awareness of it, similarly a certain version of “Europe”, reified and celebrated in the phenomenal world of everyday relationships of power as the scene of the birth of the modern, continues to dominate the discourse of history. Analysis does not make it go away. »
119Chakrabarty, 2009, p. 70 : « Leur thèse est apparemment la suivante : seule l’“Europe” est théoriquement […] connaissable ; toutes les autres histoires appartiennent à la recherche empirique, simple chair étoffant ce squelette théorique qu’est dans sa substance l’“Europe”. » Chakrabarty, 2000 (version originale), p. 29 : « Only “Europe”, the argument would appear to be, is theoretically […] knowable ; all other histories are matters of empirical research that fleshes out a theoretical skeleton that is substantially “Europe”. » (Je souligne.) Au sujet de la situation dans l’université allemande, voir Lackner et Werner, 1999.