1Pierre Chaine, Les mémoires d’un rat 1914-1918 [1917], Paris, Payot, 1930, p. 161.
2Corvisier, Pedroncini (dir.), 1992, p. 288.
3La tendance au cours de la guerre est à l’augmentation des unités et à la diminution des effectifs, ce qui entraîne l’augmentation du nombre d’officiers et de sous-officiers, proportionnellement aux nombres d’hommes. Sur cette question voir Frédéric Guelton, « Les armées », in Audoin-Rouzeau, Becker J.-J. (dir.), 2004, p. 221-234.
5SHD, 9 N 9, Direction de l’infanterie 1878-1913.
6Voici comment nous avons procédé : nous retenons pour les régiments d’active les chiffres donnés par le ministère de la Guerre (tableaux des effectifs de guerre, octobre 1913, SHD, 9 N 9), corrigés par les effectifs calculés à partir de la 3e DI entre 1914 et 1918 (ministère de la Guerre, service historique, Les armées françaises dans la Grande Guerre, Paris, Imprimerie nationale, t. X, vol. 2, 1924, p. 22-28), soit 180 sous-officiers et 250 caporaux par régiment. Sachant que l’ensemble des divisions de l’armée française se divise à peu près en 400 régiments, nous obtenons alors le nombre constant de postes « figés » de sous-officiers et de caporaux pour la seule infanterie de 72 000 postes de sous-officiers et de 100 000 postes de caporaux. Il faut ensuite ajouter environ 10 000 sous-officiers et 20 000 brigadiers répartis dans les régiments d’artillerie. Nous obtenons alors 82 000 sous-officiers et 120 000 caporaux ou brigadiers. Encore ce chiffre ignore-t-il les divisions de cavalerie, les bataillons de chasseurs à pied, les régiments du génie et le train des équipages, sans parler des sous-officiers attachés au GQG. L’armée française compte donc, au minimum, 90 000 postes de sous-officiers et 140 000 de caporaux ou brigadiers, en moyenne, au cours de la Grande Guerre. La plus grosse difficulté demeure : comment estimer le taux de renouvellement des postes ? Les hommes se plaignent du changement permanent d’officiers et de sous-officiers dû d’abord aux pertes considérables (blessures et morts) puis aux promotions nombreuses à partir de 1915 pour combler les pertes des officiers. Compte tenu des blessés (50 % environ des mobilisés sur l’ensemble de la guerre), des morts (au moins 15 %) et de l’accès fréquent au grade d’officier subalterne, par combien doit-on multiplier les chiffres obtenus ? Trois, quatre, cinq ? Nous choisissons de le multiplier par trois, afin de présenter une estimation basse, soit 270 000 sous officiers et 420 000 caporaux environ.
7Par exemple, J.-M. Lahy, « La psychologie du chef », La Grande Revue, septembre 1916, p. 389-412 ; octobre 1916, p. 606-627 ; Léon Wauthy, Psychologie du soldat en campagne [1917], Paris, Charles-Lavauzelle, 1920 ; Louis Huot, Paul Voivenel, Le courage, Paris, Félix Alcan, 1917 ; ou encore Louis Thomas (capitaine Z.), L’armée de la Guerre, Paris, Payot, 1916 ; Id., L’officier et le soldat français, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1917.
8Notamment par un colloque tenu à Verdun en 1986 : Canini (dir.), 1989. Voir aussi Audoin-Rouzeau, Becker A., 2000. Pour un point de vue différent : Cazals, Rousseau, 2001. Voir aussi Prochasson, Rasmussen (dir.), 2004. Enfin, Beaupré, 2006.
10SHD, 16 N 292, Instructions sur les commissions de contrôle postal, GQG, état-major, 2e Bureau.
11Sur ce chiffre et plus largement sur les apports quantitatifs et qualitatifs du contrôle postal, voir Bruno Cabanes, « Ce que dit le contrôle postal », in Prochasson, Rasmussen (dir.), 2004, p. 55-75.
12Voir par exemple Daniel Marcelli, Il est permis d’obéir, Paris, Albin Michel, 2009.
13Cochet A., 1986, p. 167-168.
14Voir, par exemple, Rapport général du 15 au 21 novembre 1915, Rapport du secteur postal no XVIII du 19 au 25 décembre 1915 (SHD 16 N 294), Rapport du 9 au 16 février, Commission du contrôle de la correspondance de la 1re armée, rubrique « Jugement sur les chefs », ou Rapport du 19 au 24 mars 1916, Commission de contrôle postal de la RFV (SHD, 16 N 295), et encore Compte rendu hebdomadaire, 5 mars 1916, secteur postal 45 (SHD, 16 N 296).
15SHD, 16 N 296, Compte-rendu 10-25 avril, armée de Lorraine.
16SHD, 16 N 1381, Sous-lieutenant Jacques Duval du service des renseignements de l’armée, Rapport sur l’utilisation des contrôles de correspondance, décembre 1916.
17SHD, 6 N 146, 30 juin 1917, « Rapport du contrôle postal sur les causes d’agitation dans les troupes du 15 au 30 juin 1917 ».
19Sur cette question, voir Smith, 1994. Également Loez, 2010.
21SHD, 6 N 146, 30 juin 1917, « Rapport du contrôle postal sur les causes d’agitation dans les troupes du 15 au 30 juin 1917 ».
22Voir à ce sujet Lionel Lemarchand, Lettres censurées des tranchées. 1917, Paris, L’Harmattan, 2001.
23SHD, 16 N 2405, 16 décembre 1917, « Rapports concernant 922 unités, fournis par les chefs de corps et les sondages du contrôle postal ».
25SHD, 16 N 297, Postes et correspondances, « Rapport sur la correspondance des troupes du 10 au 25 septembre 1916 ».
27Alain Gérard évoque la « pudeur des humbles » dans sa présentation des « poilus vendéens », Recherches vendéennes, 7, 2000, p. 7.
28Voir, par exemple, Victor André-François : « Les raisins sont bien beaux », correspondance de guerre d’un rural, préface de Robert Mandrou, Paris, Fayard, 1977.
29Scott, 2008. Les « textes cachés » sont les paroles subversives ou discours critiquant l’autorité, émis par les dominés en l’absence des dominants. Des « textes cachés » accompagnent, selon l’auteur, toute posture sociale de soumission.
30Henry-Jacques, Nous… de la guerre, Paris, Eugène Fasquelle, 1918, 239 p.
31Jean-Norton Cru, Témoins [1929], Nancy, PUN, 1993, p. 373. Sauf indications contraires, les informations portant sur la biographie militaire des écrivains mentionnés dans Témoins sont extraites des notices rédigées par Jean-Norton Cru.
32Pierre Paraf, Sous la terre de France, Paris, Payot, 1917.
33Jean-Norton Cru, Témoins, op. cit., p. 530.
34Eugène Lemercier, Lettres d’un soldat (août 14-avril 15) [1916], Paris, Berger-Levrault, 1924.
35Henri Laporte, Journal d’un poilu, Paris, Mille et Une Nuits, 1998.
36Moïse Paquereau, « “Nos droits de citoyens et de catholiques”. Lettres de Moïse Paquereau », Recherches vendéennes, 2000, p. 367-394.
38Sur ce point, voir la préface de S. Audoin-Rouzeau au roman de Léon Werth, Clavel chez les majors [1919], Paris, Viviane Hamy, 2006, p. 7-15.
39Léon Werth, Clavel soldat [1919], Paris, Viviane Hamy, 1993, p. 184. Dans Clavel chez les majors, le même déplore que « la volonté d’obéissance fût unanime ou presque ».
40Alain, « De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées » [1916], repris dans Mars ou la guerre jugée, Paris, Gallimard (Folio), 1995, p. 335-519.
42Pierre Drieu La Rochelle, La comédie de Charleroi [1934], Gallimard (Folio), 1982, p. 41.
43Voir par exemple Jean Giono, Le grand troupeau [1931], Paris, Gallimard (Folio), 2000.
44Pierre-Alexis Muenier, L’angoisse de Verdun. Notes d’un conducteur d’auto-sanitaire [1919], Nancy, PUN (coll. « Témoins et témoignages »), 1991.
45André Bridoux, Souvenirs du temps des morts, Paris, Albin Michel, 1930, p. 151.
46Une abondante production historique existe sur la façon dont Cru a créé des catégories de témoignages à la lumière de sa propre expérience. Voir notamment J.-J. Becker, « Récits de la guerre de 1914 », L’histoire, 172, décembre 1993, p. 72-74 ; L. V. Smith, « Jean-Norton Cru, lecteur des livres de guerre », Annales du Midi, 232, octobre-décembre 2000, p. 517-528 ; Christophe Prochasson, « Les mots pour le dire », Retours d’expériences, Paris, Tallandier, 2008, p. 163-208. Voir également Rousseau, 2003.
47Louis Thomas (capitaine Z…), L’armée de la Guerre, Paris, Payot, 1916, p. 25.
48Léon Daudet, « Un maître livre, “L’armée de la Guerre” », L’action française, 22-23 août1916.
49Louis Huot, Paul Voivenel, Le courage, op. cit., p. 320.
50Albert Brousseau, Essai sur la peur aux armées 1914-1918, Paris, Alcan, 1920, p. 37.
51Pierre Chaine, Les mémoires d’un rat, op. cit., p. 162.
52Marc Boasson, Au soir d’un monde, Paris, Plon, 1926, 6e éd., p. 276.
53Pierre Champion, Françoise au calvaire, Paris, Grasset, 1924, p. 84-85.
54Robert Dubarle, Lettres de guerre de Robert Dubarle, Paris, Perrin, 1918, p. 107, 18 janvier 1915.
55André Ducasse, La guerre racontée par les combattants, t. 2, L’âme du front, Paris, Flammarion, 1932, p. 85.
56Colonel Campagne, Le chemin des croix 1914-1918, Paris, Tallandier, 1930.
58Commandant Jules-Émile Henches, À l’école de la guerre, lettres d’un artilleur, août 14-octobre 1916, Paris, Hachette, 1918, p. 192-193.
59Sur le combattant allemand, voir Duménil, 2000, ou Id., « En marge du combat ? Le crime de lâcheté devant la justice militaire allemande 1914-1918 », 14-18 Aujourd’hui, Today, Heute, Noésis, 2001, p. 89-109.
60Paul Rimbault (capitaine), Propos d’un marmité 1915-1917, Paris, L. Fournier, 1920, p. 145.
61Le mouchoir, 21 novembre 1915 : « Le devoir fait par amour, c’est ce qui nous distinguera, que dis-je ? C’est cela qui nous a toujours distingués et nous distingue encore de l’ennemi brutal qui obéit à ses chefs par la cravate et la botte. » Cité par Audoin-Rouzeau, 1986, p. 60.
62Louis Huot, Paul Voivenel, Le courage, op. cit., p. 275.
63André Bridoux, Souvenirs du temps des morts, op. cit., p. 153.
64Louis Barras, Souvenirs d’un médecin sur la Grande Guerre. Essai psycho-physiologique, Maloine éditeur, 1925, p. 169.
65Roland Dorgelès, Le cabaret de la belle femme [1922], Paris, Albin Michel, 1947, p. 119-120 : « Chacun pensait qu’une fois aux tranchées, il redeviendrait ce meneur d’hommes qu’on admirait depuis quatre ans. Mais non, ce pauvre garçon était une arme, rien de plus. Fait pour obéir, pas pour commander […] Cadinot qui perdait la tête, envoya coup sur coup trois coureurs pour chercher les ordres : ils ne revinrent pas. Lui seul eut été capable de porter un pli sous ce bombardement qui bouleversait les pistes. C’était cela qu’il lui fallait : des missions impossibles, mais pas se sentir seul à la tête d’une troupe qu’on ne sait où mener. »
66Georges Dumas, Troubles mentaux et troubles nerveux de guerre, Paris, Alcan, 1919.
68Georges Gaudy, L’agonie du Mont-Renaud (mars-avril 1918), Paris, Plon, 1921, p. 42.
69Alain, « Du devoir d’obéissance », op. cit., p. 393.
70Anatole Castex, Verdun années infernales, lettres d’un soldat au front (août 1914-septembre 1916), éd. Henri Castex, Paris, Imago, 1996, p. 125.
71Antoine Redier, Méditations dans la tranchée …, op. cit., Paris, Payot, 1916, p. 68.
72Jean Galtier-Boissière, Un hiver à Souchez [1917], Paris, Du Lérot éditeur, 1998, p. 37.
73Léon Wauthy, Psychologie du soldat en campagne, Paris, Charles-Lavauzelle, 1920.
74Crocq, 1999, notamment p. 73 : « Quoi qu’il en soit, la tension initiale est si impérieuse que certains sujets, trop stressés pour avoir pu délibérer et choisir leur propre modèle de réponse, vont saisir le premier modèle qui passe à la portée de leur regard pour l’imiter. »
75Smith, 1994, en particulier l’introduction et le chapitre « The Grandeur and Miseries of Proportionality ».
76Leonard V. Smith, « Refus, mutineries et répressions », inAudoin-Rouzeau, Becker J.-J., 2004, p. 393-405.
77Terme également repris dans le cas de l’armée britannique, en particulier par Helen B. Mac Cartney, Citizen Soldiers. The Liverpool Territorials in the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.
78Foucault, 1984, p. 309 : « “Comment”, non pas au sens de “Comment se manifeste-t-il ?”, mais “Comment s’exerce-t-il ?”, “Comment ça se passe lorsque des individus exercent, comme on dit, leur pouvoir sur d’autres ?” »
79Code de justice militaire, in A. Champoudry, Manuel de l’officier de police judiciaire militaire, le« Code de justice militaire pour l’armée de terre du 9 juin 1857 », Paris, Sirey, 1914.
80SHD, 11 J 386, CG, 8 avril 1916, Lesoing Gustave, 3e RG, Procès-verbal d’information du sergent Allard.
81Ibid., Rapport du capitaine Ramage, commandant la Cie 21 du génie, sur les faits reprochés au sapeur Lesoing de ladite Cie, et sur la manière de servir de ce sapeur, 29 mars 1916.
82Ibid., « Le sapeur Lesoing a l’habitude de faire son travail d’une manière insolente. Il lui arrive de rechigner avant d’exécuter un ordre. »
83Voir par exemple Georges Kimpflin, Le premier souffle, Paris, Perrin, 1920, p. 15 : « Tu l’éteignais cependant ; mais dès qu’un soin quelconque m’appelait au dehors, tu le rallumais bien vite : soldat français, tu étais docile mais tenace. » Robert Hertz écrit, dans une lettre adressée à sa femme le 30 octobre 1914 : « Dans la vie des armées en campagne, la bataille en règle est l’exception, tandis qu’il faut vivre tous les jours – même sous la menace de la mort, l’homme pense moins à sa sécurité qu’aux menues jouissances qui font pour lui le prix de la vie – d’où l’imprudence des feux allumés la nuit sur la ligne, des patrouilles faites dans des villages désertés en quête de victuailles. » (Un ethnologue dans les tranchées, août 1914-avril 1915, Lettres de Robert Hertz à sa femme Alice, Paris, CNRS Éditions, 2002, p. 88.)
84En décembre 1914, le soldat Fabrice Dongot (Valdo Barbey) écrit : « En attendant, défense est faite de se montrer. Naturellement rebelles à toute consigne, nous tâchons de jeter un coup d’œil rapide en rampant le long des murs de la maison. » (Valdo Barbey, Soixante jours de guerre en 1914 [1917], Paris, Giovanangeli Bernard éditeur, 2004, p. 114.)
85Paul Dubrulle, Mon régiment dans la fournaise de Verdun, dans la bataille de la Somme, Paris, Plon, 1917, p. 69-70.
86Albert Brousseau, Essai sur la peur aux armées, op. cit., p. 34.
87Paul Simon, Instruction des officiers, op. cit. Voir chapitre 1.
88Louis Barras, Souvenirs d’un médecin sur la plus grande guerre…, op. cit., p. 166 : « Et pourtant […] tous marchent. Ils grognent, ils jurent, ils insultent, ils menacent mais ils marchent, comme ceux du dessin de Raffet. »
89André Maillet, Sous le fouet du destin [1919], Paris, Perrin et Cie, 1920, p. 224.
90Jules Jeanbernat, Lettres de guerre, Paris, Plon, 1920, lettre du 1er juillet 1915, p. 178 : « Le soldat français est bon, brave, il grogne parfois, il marche toujours. »
91Guy Hallé, Là-bas avec ceux qui souffrent. Carnet d’un poilu rouennais à Verdun [1917], Ysec éditions, 2002, p. 58 : « Ce ne sont plus des hommes qui sont là ; ce sont des bêtes à figure d’hommes qui savent seulement grogner quand la soupe est mauvaise, ou quand la mort a passé trop près d’eux. »
92Max Buteau, Tenir, Paris, Plon, 1918.
93L. Huot, P. Voivenel, La psychologie du soldat, Paris, La Renaissance du livre, 1918, p. 114.
94En cela nous sommes en désaccord avec la thèse d’André Loez, 2010. Car, dans le but d’étayer sa réévaluation des mutineries, l’auteur amalgame, pour l’année 1917, les refus collectifs avec des actes individuels de désobéissance. Si les premiers marquent incontestablement une rupture dans le pacte hiérarchique et le rapport des soldats à la guerre, les seconds peuvent aisément être rangés du côté des comportements de compensation qui accompagnent l’obéissance. L’ivresse, le pillage, l’outrage, les cris sont aussi les conditions de l’obéissance et ne peuvent pas toujours, de ce point de vue, être considérés comme de la désobéissance. Crier « À bas la guerre ! » s’accommode fort bien d’une soumission parfois entière à son officier. Mieux : cela la facilite parfois.