1Pluie de roses III, no 313 (Tarn, 1912), intitulé : « Sœur Thérèse assiste un mourant d’une manière visible ».
2Thérèse de l’Enfant-Jésus, morte en 1897, fut béatifiée en 1923 et canonisée en 1925, par Pie XI.
3La publication en annales, intitulées Pluie de roses, fut commencée en 1907 et équivaut à 40 % environ de la masse des récits conservés aujourd’hui au Centre de documentation thérésienne de Lisieux, sans compter une multitude de témoignages annexes n’ayant pas donné lieu à une mise en récit. La source qui sert de support à cette étude est donc issue d’une sélection dont j’ai montré les modalités dans ma thèse : Antoinette Guise, Thérèse de Lisieux et ses miracles. Recompositions du surnaturel (1898-1928), thèse de sciences religieuses dirigée par Claude Langlois et soutenue à l’École pratique des hautes études en décembre 2006, 2 vol.
4Chapitres 2 et 3 de Pluie de roses III, « Pour les malades et les mourants » et « Grâces extraordinaires, secours spirituels et sensibles accordés aux mourants », et chap. VII de Pluie de roses IV : « Protections en faveur des mourants ».
51913-1923 si l’on considère les années d’édition, 1912-1922 si l’on considère le temps des grâces obtenues.
6Ruth Harris, Lourdes, la grande histoire des apparitions, des pèlerinages et des guérisons, Paris, Jean-Claude Lattès, 2001. Pour la place des phénomènes de conversion dans l’apologétique catholique : Antoinette Guise, Thérèse de Lisieux et ses miracles, op. cit., p. 541-556 ; Frédéric Gugelot, La conversion des intellectuels au catholicisme en France : 1885-1935, Paris, Éd. du CNRS, 1998 ; Henriette Psichari, Les convertis de la Belle Époque, Paris, Éditions rationalistes, 1971 ; François Rodé, Le miracle dans la controverse moderniste, Paris, Beauchesne, 1965.
7Voir les préfaces des tomes IV, V et VI de Pluie de roses.
8Guillaume Cuchet, Du ciel à l’au-delà. Le purgatoire dans la culture et la société française (1850-1935), thèse de doctorat sous la direction de Philippe Boutry, Université Paris 12, 2002, publiée partiellement sous le titre Le crépuscule du purgatoire, Paris, Armand Colin, 2005.
9Parole rapportée par deux sœurs de Thérèse (CJ 9/7/2, DE/G 12/7) et popularisée par elles, au moins dès 1904, sous la forme interpolée « Je reviendrai sur la terre pour faire aimer l’amour » (Appel aux petites âmes, Bar-le-Duc, imprimerie Saint-Paul, 1904). Dans un autre opuscule de propagande, Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Sa vie. Depuis sa mort, publié à partir de 1913, le chapitre traitant de la vie posthume est inauguré par le même propos : « Il n’est pas possible d’insérer ici nombre de grâces et guérisons obtenues par l’intercession de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Et cependant, sa gracieuse promesse : “Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses”, se réalise toujours plus généreuse. – Vous nous regarderez d’en-haut ? lui disait-on un jour : “Non, répondit-elle, je descendrai.” » Pour la conception très personnelle qu’avait Thérèse du « ciel » et de ce que l’on pouvait y faire, voir Claude Langlois, Les dernières paroles de Thérèse de Lisieux, Paris, Salvator, 2000, p. 131-159.
11Pluie de roses IV, chap. « Protection en faveur des mourants », no 229. « Ces grâces, écrit encore la narratrice, ont adouci la séparation au point qu’elle m’a presque paru une fête ! »
12Pluie de roses VI, chap. « Conversions et grâces spirituelles », no 52.
13Cette expression est typique de la manière d’évoquer les morts trop tôt arrachés aux affections familiales. Thérèse elle-même l’emploie pour évoquer ses parents (lettre à l’abbé Bellière, LT261, 26 juillet 1897). Cet hommage filial d’une future grande sainte n’a pas été sans conséquence puisque Louis et Zélie Martin ont été béatifiés en 2008.
14Voir la contribution de Claude Langlois dans ce volume.
15Ces modalités ont été très précisément décrites par Guillaume Cuchet dans Du ciel à l’au-delà, op. cit., p. 74-79.
16Pluie de roses IV, no 65 : « Un loup changé en agneau ». On relève également deux références à la souffrance qui purifie avant la mort : un converti, gratifié d’extases et de visions, « supporta très chrétiennement des souffrances épouvantables comme une épreuve purifiante nécessaire à son âme » (Pluie de roses V, no 31). Un autre franc-maçon « s’éteignit pieusement entre les bras du Dieu plein de miséricorde qui l’avait retiré, par l’intercession de sœur Thérèse, j’en ai l’intime persuasion, de l’abîme éternel où il allait tomber ». Auparavant, « le Seigneur voulut sans doute achever de purifier son âme en prolongeant ses souffrances jusqu’au 14 novembre, mais nous gardons tous un souvenir ému de son admirable patience » (Pluie de roses V, no 21).
17Parole rapportée à l’occasion d’un pèlerinage de l’archevêque de Westminster en 1919 à Lisieux. Citée une première fois par le Journal des pèlerins de la bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus, no 6, juill. 1923, p. 1.
18Déjà relevée par Philippe Ariès au temps des « belles morts » chrétiennes : voir Philippe Ariès, L’homme devant la mort. La mort ensauvagée, Paris, Seuil, 1977, éd. de 1985, p. 182.
19Guillaume Cuchet a relevé, pour les années 1920, ce même balancement entre deux voies d’évitement du purgatoire au moment de la mort, par la souffrance acceptée et offerte ou par un acte parfait d’amour de Dieu, à l’image de Thérèse dont les derniers mots furent : « Mon Dieu, je vous aime. » (Guillaume Cuchet, Du ciel à l’au-delà, op. cit., p. 583.)
20Pluie de roses IV (1914), no 229 : « […] et l’âme de mon père, délivrée de ses liens mortels, partait pour le paradis ; j’en eus l’impression très vive. » ; les autres visent des enfants : id., no 232 : « Ce soir, je serai en paradis ! La petite sœur Thérèse me l’a affirmé. Elle vient de me dire : “C’est moi qui ai tout conduit.” Je la vois qui m’appelle et me tend les bras. » ; no 236 : « Nous sommes restés persuadés que, tandis qu’elle [Thérèse] honorait ainsi sa dépouille virginale [au moment de la mise en bière, on découvre que la défunte est couchée sur un lit de pétales de roses], elle emmenait son âme au paradis. » ; no 245 : « Le souvenir de leurs consolantes visions [notamment, des rayons en auréole autour de la tête de l’enfant au moment de sa mort] aide les deux pauvres femmes à se consoler de la mort de leur unique enfant, et même à bénir Dieu de l’avoir appelée aux joies du paradis. »
21Pluie de roses VI, no 11.
22Pluie de roses IV, no 250, « Touchante mort entourée de faits extraordinaires ». Récit de la mort d’une jeune fille de 15 ans, fait par un prêtre. Après une extase d’une demi-heure, au cours de laquelle « sa figure s’illumina soudain, puis, joignant les mains avec ardeur, elle leva les yeux au ciel avec un air de béatitude […] elle rendit à Dieu son âme virginale ». Les grâces familiales obtenues après coup prouvent au narrateur que la « petite âme » est devenue auprès de Thérèse un intercesseur. Pluie de roses V, no 338, « Deux nouveaux Pranzini » : cas de deux criminels américains, convertis en prison, morts sur la chaise électrique « comme des martyrs », aux dires de leur aumônier qui les avait exhortés à travailler avec sœur Thérèse à la régénération des prisonniers. « Ils tinrent leurs promesses, car de nombreux retours se préparent dans la prison. »
23Pluie de roses V, no 53 : « Gage touchant de salut pour un pauvre pécheur ». Sur les instances de la sœur garde-malade, un « pécheur obstiné » accepte de voir un prêtre, lequel se fait attendre alors que le temps presse. La sœur garde-malade, très angoissée à l’idée d’une mort sans sacrement, « vit » une colombe et le visage transfiguré du moribond. Elle se trouve alors rassurée : en l’absence des sacrements de l’Église, « la petite sainte allait au-devant de sa conquête ».
24Pluie de roses III, no 323. Les cinq enfants de ce veuf sont atteints par la rougeole. Les deux aînés sont sauvés, mais il prie pour que sa petite de 2 ans meure sans souffrance et qu’il en reçoive l’assurance au moment de sa mort. Elle cesse bientôt de souffrir et il éprouve alors, écrit-il, la « sensation très forte de la présence d’un être céleste qui descendait et emportait au ciel l’âme de [s]a fille ».
2538 récits sur 167 (22,75 %) concentrent 63 occurrences de tels verbes, les plus fréquents étant aller/venir et chercher.
26Pluie de roses IV, no 238.
27À une exception près : Pluie de roses V, no 28 : « Sœur Thérèse rend la paix à une mourante et met en fuite le démon ». Récit dû à la petite-fille de la défunte, laquelle, pieuse et sainte femme, se crut durant sa dernière maladie (l’expression est d’importance) « livrée au démon et abandonnée du ciel ». Dans ces conditions, son agonie fut terrible. La grâce octroyée par Thérèse est une grâce de « suave quiétude ».
28Pluie de roses III, no 3 : « Conversion à l’article de la mort ». La religieuse garde-malade commence ainsi : « Mme C., en danger de mort depuis plusieurs mois, se refusait obstinément et en termes injurieux à la visite du prêtre. » Au point qu’elle avait organisé des obsèques civiles. Elle finit par réclamer le prêtre à l’issue d’une neuvaine. Conclusion : « Et, comme pour affirmer sa spéciale protection, sœur Thérèse a continué sa victoire jusque dans les obsèques qui ont été religieuses et furent célébrées le 30 septembre, jour anniversaire de [la] mort [de Thérèse]. » Pluie de roses III, no 10 : « Conversion in extremis d’un impie résolu à mourir dans l’impénitence finale », par une religieuse infirmière : « Le moribond était résolu à mourir “sans sacrements, sans crucifix et sans la consolante assistance d’un ministre de Dieu”. À l’instant où la sœur cache une relique sous son oreiller, “Ô prodige !” le mourant demande un prêtre. La grâce prodigieuse était obtenue, l’admirable sœur Thérèse avait triomphé. » Pluie de roses III, no 16 : « Conversion d’un voltairien octogénaire », par un ami prêtre, lequel s’exclame, à l’issue de son récit : « La victoire de Thérèse est si belle ! Elle s’était emparée de lui de manière ineffable. »
29On trouve dans la correspondance entre sœur Marie de l’Eucharistie (Guérin), cousine de Thérèse, et son père une équivalence explicite entre « bonheur » et séjour au ciel : « Malgré la ferme assurance de son bonheur, cela ne nous empêche pas de prier pour elle [Thérèse], puis elle nous avait demandé de lui faire souvent des cadeaux pour les âmes du purgatoire […]. J’ai tant de confiance en cette chère petite sœur, elle m’a déjà obtenu tant de grâces, je suis sûre qu’elle est au ciel. » À sa cousine Céline Pottier, 27 oct. 1897, c’est-à-dire moins d’un mois après la mort de Thérèse.
30Pluie de roses IV, no 244 : « Une mourante visiblement aidée et consolée ».
31Pluie de roses VI, no 527 : « Elle reconnut bientôt la petite Thérèse ».
32Autre exemple : Pluie de roses III, no 326 : « Apparition de Notre-Dame de Lourdes et de sœur Thérèse », par un prêtre qui conclut que sa paroissienne, jeune femme de 25 ans, « mourut pieusement, et très résignée à la sainte volonté de Dieu, faisant le sacrifice de sa vie avec une générosité qui édifia ceux qui l’assistèrent ».
33Pluie de roses V, no 45 : « Conversion à l’heure de la mort du frère d’une carmélite ». Cette « âme égarée », amenée à toute extrémité au terme d’une vie de désordres, refuse le prêtre et manifeste la haine de la religion jusqu’à ce que, saisi par la peur de mourir, il consente à appeler un prêtre. « Le pauvre pécheur supporta désormais avec patience les souffrances terribles, les offrant de lui-même au bon Dieu. […] Ceux qui l’assistaient avaient l’impression de la présence d’un être surnaturel près de ce lit d’agonie. »
34Guillaume Cuchet, Du ciel à l’au-delà, op. cit., première partie.
35Sœur Thérèse de l’Eucharistie (Marie Guérin) à Céline Pottier, 12 février 1899.
36Sœur Thérèse de l’Eucharistie à son père, Isidore Guérin, le 8 juillet 1897, c’est-à-dire quelques mois avant la mort de Thérèse.
37Derniers entretiens, carnet jaune, note du 14 juillet 1897, no 4.
38Id., note du 5 juin 1897, no 4. Ce sont les derniers mots du Journal d’un curé de campagne (1936).
39Pluie de roses V, no 321.
40Pluie de roses V, no 233.
41Pluie de roses III, no 247, « La prière d’une mère suavement exaucée ». The little flower of Jesus : manière dont Thérèse de Lisieux est généralement désignée dans les pays de langue anglaise, aujourd’hui encore, héritage du titre de la première traduction anglaise de l’Histoire d’une âme.
42Pluie de roses IV, no 231.
43Pluie de roses V, no 308.
44Ariès, 1977, t. II, p. 167-172.
45Pluie de roses IV, no 315.
46Philippe Ariès relève que, concernant la mort, l’opinion commune est rarement écrite (Ariès, 1977, t. II, p. 162).