1Le Goff, 1981, notamment p. 470 et suiv.
2Jérôme Baschet, « Le nom, (l’âme) et le lieu. Autour de La naissance du Purgatoire de Jacques Le Goff », supra, p. 19-35.
3Jean Gerson, « Pour le jour des morts », dans Œuvres complètes, t. 7, L’Œuvre française [2] Sermons et discours (340-398), introduction, texte et notes par Mgr Palémon Glorieux, Paris, 1968, p. 552-553.
4Jacques Chiffoleau, « La religion flamboyante (vers 1320-vers 1520) », dans Jacques Le Goff et René Rémond (eds.), Histoire de la France religieuse, Paris, Seuil, 1988, t. II, p. 13-18, spécialement p. 167-171. Le texte qui suit n’est qu’une esquisse, reprenant l’exposé fait lors du colloque d’Avignon, à laquelle ont été ajoutés en notes un certain nombre d’éléments bibliographiques utiles.
5Voir à ce sujet les mises en garde de François-André Isambert dans « Le “désenchantement” du monde : non-sens et renouveau du sens », Archives de sciences sociales des religions, vol. 61, no 1, 1986, p. 83-103 ; id., « L’éthique des grandes religions et l’Esprit de Max Weber », Archives de sciences sociales des religions, vol. 127, no 1, 2004, p. 9-32 ; ainsi que Catherine Colliot-Thélène, « Rationalisation et désenchantement du monde : problèmes d’interprétation de la sociologie des religions de Max Weber », Archives de sciences sociales des religions, vol. 89, no 1, 1995, p. 61-81.
6Trois grands jalons : Le Goff, 1981, Vovelle, 1996, et Cuchet, 2005, auxquels il faudrait ajouter, pour l’Antiquité tardive, les propositions de Peter Brown dans « Vers la naissance du purgatoire. Amnistie et pénitence dans le christianisme occidental de l’Antiquité tardive au haut Moyen Âge », Annales HSS, no 6, nov.-déc. 1997, p. 1247-1261.
7Mais la « localisation » des âmes en peine, l’invention du purgatoire comme « lieu » dans la seconde moitié du xiie siècle, parfaitement repérée par Jacques Le Goff, quoi qu’en pensent ses détracteurs – et analysée en détail ici même par Jérôme Baschet, « Le nom, (l’âme) et le lieu » –, qui est en effet essentielle pour expliquer le succès de ce nouvel espace de l’au-delà, contribue peut-être déjà à éloigner l’enfer et le paradis de la vie des « hommes moyens », de ceux qui ne sont ni tout à fait bons ni tout à fait mauvais.
8Si l’on suit Weber, pour qui les sacrements et les œuvres, dans le catholicisme, appartiennent encore dans une certaine mesure à l’univers de la magie, ce qui est évidemment discuté. Sur ce point voir encore François-André Isambert, « Le “désenchantement” du monde », art. cité, p. 86 et suiv. Il peut en effet sembler très paradoxal d’aller chercher un signe de « démagification » dans la multiplication des échanges avec l’au-delà alors qu’au même moment la magie elle-même est au centre des intérêts des pouvoirs religieux et séculiers. Sur ce point voir en dernier lieu Alain Boureau, Satan hérétique. Naissance de la démonologie dans l’Occident médiéval (1280-1330), Paris, Odile Jacob, 2004 ; Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance. Astrologie, divi nation et magie dans l’Occident médiéval (xiie-xve siècle), Paris, Publications de la Sorbonne (coll. « Histoire ancienne et médiévale », 83), 2006. Sur ces rapports entre sacrements et magie, voir Irène Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris, Seuil (coll. « Des Travaux »), 2004, notamment p. 115 et suiv. ; Béatrice Delaurenti, La puissance des mots « Virtus verborum ». Débats doctrinaux sur le pouvoir des incantations au Moyen Âge, Paris, Cerf, 2007.
9Chiffoleau, 1980 ; id., « Sur l’usage obsessionnel de la messe pour les morts à la fin du Moyen Âge », dans Faire croire. Modalités de la diffusion et de la réception des messages religieux du xiie au xve siècle (table ronde de Rome, juin 1979), Collection de l’École française de Rome, no 51, 1981, p. 235-246. ; id., « La religion flamboyante », op. cit. Cette analyse a été critiquée, notamment par mes collègues allemands, voir surtout Joachim Wollasch, « Die Hoffnungen der Menschen in der Zeit der Pest », Historisches Jahrbuch, vol. 110, 1990, p. 23-51 ; Franz Neiske, « Frömmigkeit als Leistung, Überlegungen zu grossen Zahlen im mittelalterlichen Totengedenken », Zeitschrift für Literaturwissenschaft und Linguistik, vol. 21, 1991, p. 21-30 ; Arnold Angenendt, Thomas Braucks, Rolf Busch, Thomas Lentes, Hubertus Lutterbach, « Gezählte Frömmigkeit », Frühmittelalterliche Studien, vol. 29, 1995, p. 1-71. Voir aussi Vincent, 1991.
10Sur le temps purgatoire, voir spécialement Jacques Le Goff, « Le temps du purgatoire (iiie-xiiie siècle) », dans Le temps chrétien de la fin de l’Antiquité au Moyen Âge, iiie-xiiie siècle, Paris, Éd. du CNRS, 1984, p. 517-530, repris dans L’imaginaire médiéval. Essais, Paris, Gallimard, 1985, p. 84-98.
11Évoqués par Jacques Le Goff dans son chapitre sur « la mise en ordre scolastique » (Le Goff, 1981, p. 319-386), ces changements institutionnels sont aussi pointés par R. Lerner dans son compte rendu : « In other words, granted the interest and significance of asking when Purgatory was “first envisaged” as a place, it seems to me at least as important to ask when purga torial punishment began to make a difference as a state that might be mitigated by the prayers of monks or avoided by the fiat of popes… », The American Historical Reviews, vol. 87, no 5, décembre 1982, p. 1374-1375. De Jérôme Baschet, outre son article dans ce volume, on lira évidemment, Le sein du père. Abraham et la paternité dans l’Occident médiéval, Paris, Gallimard, 2000.
12Voir plus loin les ouvrages cités note 62. Sur l’anthropologie du temps médiéval, voir aussi Jean-Claude Schmitt, Le corps, les rites, les rêves, le temps. Essais d’anthropologie médiévale, Paris, Gallimard, 2001 ; id., « Le temps : “impensé” de l’histoire ou double objet de l’historien ? », Cahiers de civilisation médiévale, vol. 48, janv-mars 2005, p. 31-52 ; id., « L’invention de l’anniversaire », Annales HSS, no 4, juillet-août 2007, p. 793-835, et ses travaux en cours sur le rythme et les rythmes.
13Et comment alors ne pas mettre en relation ces transformations des pratiques dévotionnelles et des croyances avec la mise en question du pouvoir des clercs et du rôle central de l’institution ecclésiale, au temps des papes d’Avignon et pendant le Grand Schisme ? L’histoire du purgatoire est, sur ce terrain-là aussi, étroitement liée à celle de l’institution ecclésiale.
14Outre Jacques Le Goff, voir à ce sujet le livre de Schmitt, 1994.
15Sur ces voyages entre ici-bas et au-delà, je me borne ici à citer les travaux de Claude Carozzi, « La géographie de l’au-delà et sa signification pendant le haut Moyen Âge », dans Popoli et paesi nella cultura altomedievale (XXIX Settimana di Studio del centro italiano di studi sull’alto medioevo, 23-29 avril 1981), Spolète, 1983, p. 423-485 ; Carozzi, 1994. Et, dans une perspective plus nettement anthropologique, ceux de Schmitt, 1994.
16Sur ce point voir supra Jérôme Baschet, « Le nom, (l’âme) et le lieu ». Quoi qu’en aient dit les critiques de La naissance du Purgatoire, ce moment correspond bien, comme le remarque aussi Jérôme Baschet, à celui où Jacques Le Goff repère un emploi de plus en plus fréquent du substantif purgatorium.
17Sur ce point, voir Brian Patrick McGuire, « Purgatory, The communion of saints, and medieval Change », Viator, no 20, 1989, p. 61-84. On trouvera un nouvel exemple de ces échanges innombrables dans la déposition, en 1288, de la béguine Rixende, étudiée par Michelle Fournié, « Rixende et le milieu béguin narbonnais à la fin du xiiie siècle », dans Daniel Le Blévec et Michelle Fournié (eds.), L’archevêché de Narbonne au Moyen Âge, Toulouse, Éditions Méridiennes, 2008, p. 33-62, ici p. 37-38 ; éditée par Julien Théry, « “Inquisitio contre Rixende, fanatique du xiiie siècle” : la copie d’un document perdu des archives de l’archevêché de Narbonne par le minime François Laporte (BM Toulouse, ms. 625, fol. 73-83, vers 1710) », dans ibid., p. 63-90, ici p. 67-68.
18Polo de Beaulieu, 1994, p. 54, et, avant elle, Chiffoleau, 1980, p. 403 et suiv.
20Giacomo Todeschini, « Quantum valet ? Alle origini di un’economia dellà povertà », Bulletino dell’Istituto Italiano per il Medioevo e Archivio Muratoriano, no 98, Rome, 1992, p. 173-234 ; id., Il prezzo della salvezza. Lessici medievali del pensiero economico, Rome, La Nuova Italia Scientifica, 1994 ; id., I mercanti e il tempo. La società cristiana e il circolo viruoso della richezza fra Medieovo ed Età moderna, Bologne, Il Mulino, 2002 ; id., Richezza francescana. Dalla povertà volontaria alla società di mercato, Bologne, Il Mulino, 2004.
21La bibliographie sur ce point est très abondante, du côté français voir Cyrille Vogel, « Une mutation culturelle inexpliquée : le passage de l’eucharistie communautaire à la messe privée », Revue des sciences religieuses, 1980, p. 231-250 ; id., « Deux conséquences de l’eschatologie grégorienne : la multiplication des messes privées et les moines prêtres », dans Jacques Fontaine, Robert Gillet et Stan Pellistrandi (eds.), Grégoire le Grand, colloque international du CNRS, Paris, Éd. du CNRS, 1986, p. 267-276 ; ainsi que la synthèse proposée par Dominique Iogna-Prat, « Les morts dans la comptabilité céleste des clunisiens en l’an mil », dans Dominique Iogna-Prat et Jean-Charles Picard (eds.), Religion et culture autour de l’an mil. Royaume capétien et Lotharingie, Paris, Picard, 1990, p. 55-69. Et du côté allemand, voir Otto Nussbaum, Kloster, Priestmönch und Privatmesse. Ihr Verhältnis im Westen von den Ânfangen bis zum hohen Mittelalter, Bonn, Peter Haustein Verlag (coll. « Theophania. Beitrage zur Religions-und Kirchengeschichte des Altertums », 14), 1961 ; A. Angenendt, « Missa specialis. Zugleich ein Beitrag zur Entstehung der Privatmessen », Frühmittelaterliche Studien, vol. 17, 1983, p. 153-221 ; Karl Schmid et Joachim Wollasch, Memoria. Der geschichtliche Zeugniswert des liturgischen Gedekens im Mittelalter, Munich, Münstersche Mittelalter-Schriften 4, 1984 ; ainsi que les travaux de Joachim Wollasch et Franz Nieske signalés supra note 9.
22Laurent Villemin, dans Pouvoir d’ordre et pouvoir de juridiction. Histoire théologique de leur distinction, Paris, Cerf, 2003, propose une histoire doctrinale et théologienne de cette distinction. Mais il manque une synthèse sur son histoire proprement juridique et judiciaire.
23Le Goff, 1981, p. 334 ; Jérôme Bachet, « Le nom, (l’âme) et le lieu », supra.
24Alexandre de Halès, Glossa in quatuor libros sentenciarum Petri Lombardi, lib. IV, dist. XVIII et XX, éd. Quaracchi, 1957, p. 349-375 ; Thomas d’Aquin, Super Sent., lib. 4 d. 45 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 3 : « Praeterea, indulgentiae Ecclesiae prosunt illis qui sunt de foro Ecclesiae. Sed illi qui sunt in Purgatorio, sunt de foro Ecclesiae ; alias eis suffragia Ecclesiae non prodessent. Ergo videtur quod indulgentiae defunctis prosint. » Sur ce point voir Le Goff, 1981, p. 334 et p. 357 et suiv.
25Sur cette question capitale, on ne peut que rappeler les analyses de Pietro Costa, Iurisdictio. Semantica del potere politico nelle pubblicistica medievale (1100-1433), Milan, Giufré, 1969 [rééd. 2002], notamment p. 262-305, et le livre de Paolo Prodi, Una storia della giustizia. Dal pluralismo dei fori al moderno dualismo tra coscienza e diritto, Bologne, Il Mulino, 2000.
26Qui se marque notamment, comme le rappelle plus haut Jérôme Baschet (« Le nom, (l’âme) et le lieu », supra), par l’emploi nouveau de judicium (dans le Commentaire de l’Épître aux Romains d’Abélard ou dans le Commentaire de l’Épître aux Thessaloniciens de Robert de Melun) pour évoquer le passage individuel du chrétien devant Dieu, juste après sa mort, pour décider de l’enfer, du paradis ou du purgatoire, en attendant la Parousie.
27À moins que cette transformation en locus, qui implique, comme Jérôme Baschet le rappelle, une réflexion importante sur la nature et le sort des âmes séparées et qui doit sans doute beaucoup, de façon générale, aux formes nouvelles de spatialisation des activités économiques et des pouvoirs, ne passe d’abord, elle aussi, par cette transformation du purgatoire en un for, c’est-à-dire en un espace proprement juridictionnel ? Sur le « trésor des mérites » dont on trouve une trace claire seulement chez Hostiensis au milieu du xiiie siècle (même si celui-ci en attribue la paternité à Hugues de Saint-Cher), voir Philippe Cordez, « Les usages du trésor des grâces. L’économie idéelle et matérielle des indulgences au Moyen Âge », dans Lucas Burkart, Philippe Cordez, Pierre-Alain Mariaux et Yann Potin (eds.), Le trésor au Moyen Âge. Questions et perspectives de recherche, Neuchâtel, Institut d’histoire de l’art et muséologie, 2005, p. 55-88 (avec une très utile bibliographie p. 84-88), et les recherches récentes anglaises : Promissory Notes on The Treasury of Merits : Indulgences in Late Medieval Europe, ed. by Rober N. Swanson, Leiden, Brill, 2006 ; Robert W. Shaffern, The Penitents’Treasury : Indulgences in Latin Christendom, 1175-1375, Scranton-Londres, University of Scranton Press, 2007. Il faut sans doute attendre la bulle Unigenitus de Clément VI (27 janvier 1343, reprise dans les Extrav. Comm. 5, 9, 2, Corpus juris canonici, Friedberg, t. II, 1303-1305) pour voir exposée par la papauté cette théorie du « trésor de l’Église militante » (sur ce point voir Robert W. Shaffern, « The Medieval Theology of Indulgences », dans Promissory Notes on The Treasury of Merits, op. cit., p. 11-36, spécialement p. 26-27).
28Voir en dernier lieu l’étude de Mathieu Arnoux, « Relation salariale et temps du travail dans l’industrie médiévale », à paraître dans Le Moyen Âge, no 1, 2008, prépublication p. 1-25, qui montre excellemment la complexité et la variété de l’objet « temps de travail » à la fin du Moyen Âge, mêlant ou associant rétributions à la tâche, rémunérations à proportion du fruit récolté, rétributions par anticipation du profit escompté, salaires au temps, etc. S’il est difficile de penser, comme le montre très bien Mathieu Arnoux, que « l’évolution de la société et de l’économie ait conduit dans le monde du travail des xive et xve siècles à l’élaboration d’un temps linéaire unique et commensurable » et d’attribuer alors au temps une « existence objective séparée » notamment bien sûr des rapports de force entre employeurs et employés (p. 25), l’évaluation monétaire du travail, les pratiques d’anticipation, de prévision en fonction d’une échéance donnée marquent en revanche très profondément toutes les temporalités vécues à partir du xiiie siècle.
29Alexander Murray, Reason and Society in the Middle Ages, Oxford, Clarendon Press, 1978 ; Alfred W. Crosby, The Measure of Reality : Quantification and Western Society, 1250-1600, Cambridge, Cambridge University Press, trad. fr., La mesure de la réalité. La quantification dans la société occidentale (1250-1600), Paris, Allia, 2003. Une série de colloques récents éclaire l’histoire pratique de la mesure, Bernard Ribémont (ed.), Le temps, sa mesure et sa perception au Moyen Âge (Orléans, 12-13 avril 1991), Caen, Paradigme, 1992 ; La juste mesure. Quantifier, évaluer, mesurer entre Orient et Occident, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2005 ; Natacha Coquery, François Menant et Florence Weber (eds.), Écrire, compter, mesurer. Vers une histoire des rationalités pratiques, Paris, Éd. Rue d’Ulm, 2006 ; Agostino Paravicini Bagliani et D. Jacquart (eds.), La mesure, colloque de Paris (26 juin-28 juin 2008), actes à paraître dans la collection « Micrologus ».
30Surtout si l’on pense comme Walter Burley, en 1334, dans son Expositio sur l’Éthique, que « toute chose vendable est mesurable », voir Joel Kaye, « The impact of money on the developpment of fourteenth-century scientific thought », Journal of Medieval History, no 14 (sept.), 1988, p. 251-270, ici p. 260. Analyse reprise dans id., Economy and Nature in the Fourteenth Century : Money Market Exchange and the Emergence of Scientific Thought, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, notamment p. 170-199.
31Voir les exemples donnés dans Chiffoleau, 1980, p 336, et dans Josef-Andreas Jungmann, Missarum sollemnia. Explication génétique de la messe romaine, trad. fr., Paris, Aubier, 1951-1954, 3 t., t. II, p. 296-297, qui cite aussi Karl Josef Merk, Abriss einer liturgiegeschichtlichen Darstellung des Mess-Stipendium, Stuttgart, 1928. Sur ce problème, je me permets aussi de renvoyer à ma « Conclusion » dans Jacques Chiffoleau et Nicole Bériou (eds.), Économie et religion. L’expérience des Mendiants (xiiie-xve siècle), Lyon, Presses universitaires de Lyon (« Collection d’histoire et d’archéologie médiévales », 21), 2009, p. 707-754, ici p. 742-744.
32Chiffoleau, 1980, p. 225-226.
33Cuchet, 2005, p. 153 et suiv.
35On trouvera quelques éléments dans Jacques Chiffoleau, « Les transformations de l’économie paroissiale en Provence (vers 1260-vers 1480) », dans Agostino Paravicini Bagliani et V. Pasche (eds.), La parrochia nel Medioevo : economia, scambi, solidarietà, actes du colloque de Lausanne (octobre 1991), Rome, Herder (coll. « Italia Sacra », 53), 1995, p. 61-117 ; id., « Conclusion » pour Économie et religion. L’expérience des ordres Mendiants (xiiie-xve siècle), op. cit., où sont rappelées les tentatives, assez contestables, d’une « économie de la religion », essentiellement américaine, pour prendre en compte les échanges avec l’au-delà. Voir notamment Robert B. Jr Ekelund, Robert F. Hebert, Robert D. Tollison, Gary M. Anderson et Audrey B. Davidson, Sacred Trust : The Medieval Church as an Economic Firm, New York-Oxford, Oxford University Press, 1996, notamment sur le purgatoire p. 152-166. Le « troisième lieu » de l’au-delà a été aussi rapidement évoqué par B. Hull Brooks dans « Religion, Afterlife, and Property Rights in the High Middle Ages », Studies in Economic Analysis, no 12 (1), 1989, p. 3-21, ici p. 14 ; par Robert B. Jr Ekelund, Robert F. Hebert et Robert D. Tollison, « The economics of sin and redemption : Purgatory as a market-pull innovation ? », Journal of Economic Behavior & Organization, vol. 19, no 1, 1992, p. 1-15 ; par D. Schmidtchen et A. Mayer, « Established Clergy, Friars and the Pope : Some Institutional Economics of the Medieval Church », Journal of Institutional and Theoretical Economics (14th International Seminar on the New Institutional Economics Religion and Economics), vol. 153, no 1, mars 1997, p. 122-165. À propos de l’économie des indulgences, voir la conférence faite par R. N. Swanson à Prague en 2002, « Spirituality and the Market : Indulgences Business in Late Medieval England », disponible sur www.flu.cas.cz/cms/old/swanson.htm. Sur l’économie des couvents mendiants, voir par exemple les recherches en cours de Clément Lenoble sur les franciscains d’Avignon, notamment « Dons, rentes, pension et propriété chez les Frères mineurs : un contrat de conversion avignonnais (1368) », dans Laurent Feller (ed.), Calculs et rationalités dans la seigneurie médiévale. Les conversions de redevances entre le xie et le xve siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 2009.
36Sur l’histoire des nombres et du calcul, on ne peut que renvoyer aux travaux de Guy Beaujouan, Par raison des nombres. L’art du calcul et les savoirs scientifiques médiévaux, Aldershot-Brookfield, Variorum Reprints (« Collected Studies », 344), 1991 ; id., « Nombres », dans Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt (eds.), Dictionnaire raisonné de l’Occident médiéval, Paris, Fayard, 1999, p. 834-844, qui insiste sur le développement relativement autonome des arithmétiques pratiques dans les derniers siècles du Moyen Âge. Sur ce dernier aspect, voir Lucia Travaini, Monete, mercanti e matematica : le monete medievali nei trattati di aritmetica e nei libri di mercatura, Rome, Jouvence, 2003.
37Même si l’on ne voit pas encore clairement comment ces habitudes, bien attestées aux viiie-ixe siècles, sont restées vivantes, comme des modèles, après la révolution pénitentielle du xiie siècle. Il reste qu’Alberico de Settefrati, par exemple, au début du xiie siècle, imagine déjà, dans l’au-delà, des peines mesurées en années (voir éd. M. Inguanez et A. Mirra, Miscellanea Cassinese, Monte Cassino, 1932, p. 33-103 ; Carozzi, 1994, p. 557-558 et p. 589-596). Sur la pénitence tarifée et les commutations du haut Moyen Âge, au milieu d’une bibliographie très abondante, voir les travaux classiques de Cyrille Vogel, La discipline pénitentielle en Gaule. Des origines à la fin du viie siècle, Paris, Letouzey et Ané, 1952 ; id., « Composition légale et commutations dans le système de la pénitence tarifée », Revue de droit canonique, vol. 8, 1958, p. 289-318, et vol. 9, 1959, p. 1-38 et p. 341-359.
38Voir rappelée par Franz Neiske, « Frömmigkeit als Leistung », op. cit. ; par A. Angenendt, « Gezählte Frommigkeit im Frümittelalter », dans Gezählte Frömmigkeit, op. cit., p. 8 et suiv.
39Peu de travaux récents sur Jean Mauburnus, l’auteur du Rosetum exercitiorum spiritualium et sacrarum meditationum, voir cependant H. Watrigant, « La méditation méthodique et l’école des Frères de la vie commune » et « La méditation méthodique et Jean Mauburnus », Revue d’ascétique et de mystique, 3e et 4e années, 1922 et 1923, p. 134-155 et p 13-29. Outre une bibliographie surabondante sur l’histoire du rosaire, du chapelet et des prières multipliées, voir l’analyse de Thomas Lentes, « III. Gezählte Frömmigkeit im Späten Mittelalter », dans Gezählte Frömmigkeit, op. cit., p. 40-69, notamment p. 41-51, dont je ne partage cependant pas tout à fait les conclusions faisant de ces pratiques des « méthodes pour façonner l’homme intérieur », p. 62 et suiv.
41Voir Sylvain Piron, « Temps, mesure et monnaie », dans La rationalisation du temps au xiiie siècle. Musique et mentalités, actes du colloque de Royaumont (1991), Grâne, Créaphis, 1998, p. 47-63.
42Sur la notion de risque dans les derniers siècles du Moyen Âge, voir Giovanni Ceccarelli, « Le jeu comme contrat et le risicum chez Olivi », dans Alain Boureau et Sylvain Piron (eds.), Pierre de Jean Olivi (1248-1298). Pensée scolastique, dissidence spirituelle et société, actes du colloque de Narbonne (mars 1998), Paris, Vrin (coll. « Études de philosophie médiévale », 79), 1999, p. 239-250 ; id., « Risky Business : Theological and Canonical Thought on Insurance fron the Thirteenth to the Seventeenth Century », Journal of Medieval and Early Modern Studies, vol. 31, no 3, 2001, p. 607-658 ; id., Il gioco e il peccato. Economia e rischio nel Tardo medioevo, Bologne, Il Mulino, 2003. Voir aussi Sylvain Piron, « L’apparition du resicum en Méditerranée occidentale, xiie-xiiie siècles », dans Emmanuelle Collas-Heddeland, Marianne Coudry, Odile Kammerer, Alain Lemaître et Brice Martin (eds.), Pour une histoire culturelle du risque. Genèse, évolution, actualité du concept dans les sociétés occidentales, Strasbourg, Éditions Histoire et Anthropologie, 2004, p. 59-76 ; id., « Le traitement de l’incertitude commerciale dans la scolastique médiévale », Journal électronique d’histoire des probabilités et de la statistique, vol. 3, no 1, juin 2007 (disponible sur www.jehps.net/juin2007.html).
43Sur ce point, voir Jacques Chiffoleau, « Les couvents, l’échange, la religion », conclusions à L’economia dei Conventi degli Ordini mendicanti, actes du XXXIe Convegno internazionale di studi francescani (Assise, octobre 2003), Spolète, Centro italiano di Studi francescani, 2004, p. 403-448, spécialement ici p. 433-445 ; surtout la thèse en cours de Clément Lenoble sur l’économie et les comptes du couvent franciscain d’Avignon aux xive et xve siècles, et son article « La mémoire et la quête. Les archives des cordeliers d’Avignon, miroir de l’économie documentaire franciscaine à la fin du Moyen Âge », dans Économie et religion. L’expérience des Mendiants (xiiie-xve siècle), op. cit., p. 167-207.
44Sans d’ailleurs évacuer a priori l’hypothèse inverse : que l’enchantement lui-même puisse au contraire passer par le recours au nombre, à la quantification, au calcul. Sur la rationalité comptable et pratique dans l’œuvre de Max Weber, on lira avec profit Giacomo Todeschini, « La compta bilité à partie double et la “rationalité” occidentale : Max Weber et Jack Goody », dans Écrire, compter mesurer, op. cit., p. 67-76, qui est aussi une mise en garde contre les lectures hâtives – comme celle de Goody – et les simplifications. Voir aussi Joel Kaye, Economy and Nature in the Fourteenth Century, op. cit. Si l’on peut repérer le développement de schèmes cognitifs nouveaux, il est évidemment difficile d’en déduire un processus de rationalisation univoque et linéaire. Sur cette orientation essentielle de l’œuvre de Weber, voir le livre de Wolfgang Schluchter, Die Entwicklung des okzidentalen Rationalismus, Tübingen, Verlag J.C.B. Mohr (Paul Siebeck), 1979, dont j’ai utilisé la traduction anglaise The Rise of Western Rationalism : Max Weber’s Developmental History, Berkeley-Los Angeles, Universtity of California Press, 1981 ; et les articles de Paul Ladrière, « La fonction rationalisatrice de l’éthique religieuse dans la théorie weberienne de la modernité », Archives de sciences sociales des religions, vol. 61, no 1, 1986, p. 105-125 ; de Catherine Colliot-Thélène, « Rationalisation et désenchantement du monde : problèmes d’interprétation de la sociologie des religions de Max Weber », Archives de sciences sociales des religions, vol. 89, no 1, 1995, p. 61-81 ; de Gérard Raulet, « Rationalisation et pluralité des rationalités », Archives de sciences sociales des religions, vol. 127, juillet-sept. 2004, p. 79-91.
45Le Goff, 1981, p. 142 ; id., « Le temps du purgatoire », art. cité, p. 87.
46Joachim Wollasch, « Les moines et la mémoire des morts » et Dominique Iogna-Prat, « Les morts dans la comptabilité céleste des clunisiens de l’an mil », dans Dominique Iogna-Prat et Jean-Charles Picard (eds.), Religion et culture autour de l’an Mil. Royaume capétien et Lotharingie, Paris, Picard, 1990, p. 47-54 et p. 55-70. Chiffoleau, 1980, p. 326 et suiv. ; id., « Sur l’usage obsessionnel de la messe », art. cité, p. 238-241.
47Voir supra, Jérôme Baschet, « Le nom, (l’âme) et le lieu », rappelant que c’est sans doute dans le Commentaire de l’Épître aux Romains d’Abélard et dans le Commentaire de l’Épître aux Thessaloniciens de Robert de Melun, entre 1135 et 1155, que l’on trouve les premières attestations de iudicium pour désigner le premier jugement de l’âme, à la mort de chaque chrétien (Abélard, Commentariam in epistolam Pauli ad Romanos, éd. E. M. Buytaert, Turnhout, Brepols, 1979, p. 78-79 [CCCM, 11] ; Robert de Melun, Questiones theologice de epistolis Pauli, Louvain, R.-M. Martin, 1938, p. 269).
48Jacques Chiffoleau, « Sur l’usage obsessionnel de la messe », art. cité, p. 242. Voir Testaments enregistrés au Parlement de Paris sous le règne de Charles VI, par Alexandre Tuetey, Paris, Imprimerie nationale, 1880, XLI, p. 339.
49Sur Joachim de Fiore, voir en dernier lieu Gian Luca Potestà, Il tempo dell’Apocalisse. Vita di Gioacchino da Fiore, Rome-Bari, Laterza, 2004. Sur l’eschatologie de la fin du Moyen Âge, la bibliographie est immense. Contentons-nous de renvoyer à Robert E. Lerner, « Refreshment of the Saints : The Time after Antichrist as a Statium for Earthly Progress in Medieval Thought », Traditio, vol. 32, 1976, p. 97-144, et ses travaux rassemblés récemment dans Scrutare il futuro. L’eredità di Gioacchino da Fiore alla fine del Medioevo, Rome, Viella (coll. « Opere di Gioacchino da Fiore : testi e strumenti », 21), 2008.
50Alain Boureau, La religion de l’État. La construction de la République étatique dans le discours théologique de l’Occident médiéval (1250-1350), Paris, Les Belles Lettres, 2006, p. 71, qui rappelle aussi (ibid., p. 69) que les béguins du Languedoc faisaient en général peu de cas du purgatoire parce qu’ils préféraient l’« intensité présente d’une vie communautaire locale à un ordre futur et universel qui passait l’Église ». Sur le purgatoire d’Olivi, voir aussi Sylvain Piron, « Temps, mesure et monnaie », art. cité, p. 60-61.
51Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance. Astrologie, divination et magie dans l’Occident médiéval (xiie-xve siècle), op. cit. ; id., « L’astrologie, la recherche de la maîtrise du temps et les spéculations sur la fin du monde au Moyen Âge et dans la première moitié du xvie siècle », dans Le temps, sa mesure et sa perception au Moyen Âge, op. cit., p. 19-35 ; id., « La papauté d’Avignon et l’astrologie », dans Fin du monde et signes des temps. Visionnaires et prophètes en France méridionale (fin xiiie-début du xve siècle), Toulouse, Privat (Cahiers de Fanjeaux, no 27), 1992, p. 257-293.
52« De diuturnitate pene. Item, timenda est illa pena propter diuturnitatem. De illa enim pena, de qua homo se posset expedire in spatio unius diei, erit forte in purgatorio per spatium unius anni, uel sustinebit combustionem unius anni in purgatorio pro eo quod modo posset homo redimere in spatio unius diei », Étienne de Bourbon, Tractatus de diversis materiis predicabilibus, Jacques Berlioz (ed.), Prologus, Prima pars, de dono timoris, J. Berlioz et J.-L. Eichenlaub (eds.), Turnhout, Brepols, 2002, p. 161-162.
53Voyez par exemple Thomas d’Aquin, Quodlibet II, q. 7 pr. 2 : « Utrum duorum qui eadem poena sunt digni, unus diutius moretur in Purgatorio quam alius », ibid., q. 7, art. 2 arg. 1 : « … dilatio autem gloriae est maior poena quam acerbitas poenae sensus… » La dilation, la durée du purgatoire, comme souvent, est décrite comme une peine plus importante que sa dureté propre, son acerbitas. Voyez aussi son Com. Super Sent., lib. 4 d. 21 q. 1 a. 3 qc. 3 : « […] et quia ea quae sunt majoris adhaerentiae, tardius purgantur, ideo quidam in Purgatorio diutius quam alii torquentur, secundum quod affectus eorum ad venialia fuit magis immersus […] Ad primum ergo dicendum, quod acerbitas poenae proprie respondet quantitati culpae ; sed diuturnitas respondet radicationi culpae in subjecto ; unde potest contingere quod aliquis diutius moretur qui minus affligitur, et e converso. » On revient plus loin sur les liens qui sont tissés ici entre l’acerbitas des peines et la quantitas de la faute, ou bien sur leur diuturnitas et leur adhérence, leur enracinement dans le sujet qui relève évidemment de la qualitas de la faute. Voir aussi le Supplément à la Somme de Thomas d’Aquin, question 71, composé sans doute vers 1330-1350, à partir de son Commentaire aux Sentences.
54Je me contente ici, comme dans les notes suivantes, de renvoyer aux traductions récentes : Gervais de Tilbury, Le livre des Merveilles. Divertissement pour un empereur (troisième partie), trad. et commenté par Annie Duchesne, préf. de Jacques Le Goff, Paris, Les Belles Lettres, 1992, p. 121-123. Ce récit concernant un revenant de Beaucaire, a été étudié par Henri Bresc, « Culture folklorique et théologie. Le revenant de Beaucaire (1211) », Razo. Cahiers du Centre d’études médiévales de Nice, vol. 8, 1988, p. 65-74 ; par Schmitt, 1994, p. 107-113. On comparera les récits de Gervais avec ceux de Pierre le Vénérable, soixante ou soixante-dix ans plus tôt, où ces aspects temporels sont presque absents (voir par exemple l’histoire de Bernard le Gros, qui avait déjà purgé sur terre une partie de ses péchés et dont le fantôme vient demander de l’aide aux moines de Cluny quelques années après sa mort), Pierre le Vénérable, Livre des merveilles de Dieu (De Miraculis), intr., trad. et notes de J.-P. Torell et D. Bouthillier, Fribourg-Paris, Cerf-Éditions universitaires de Fribourg (coll. « Vestigia », 9), 1992, p. 114-117.
55Après Étienne de Bourbon, voyez Humbert de Romans, Le don de crainte ou l’Abondance des exemples, trad. du latin et présenté par Ch. Boyer, postface de J. Berlioz, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2003, p. 94 : « Cette durée cause beaucoup de dommages […] Il apparaît donc que le châtiment du purgatoire diffère sur trois points du châtiment de pénitence dans le siècle. Premièrement parce que l’un est plus léger, l’autre plus dur. Deuxièmement parce que l’un est parfois plus bref, l’autre plus long. Troisièmement parce que l’un est non seulement purgatif mais mérite une récompense plus grande. L’autre, quant à lui [le châtiment du purgatoire] éloigne la récompense que mérite le premier. C’est pourquoi tout cela est particulièrement redoutable. »
56Au début du xiiie siècle, on fait surtout valoir que les durées de prières ici-bas permettent d’échapper à des temps de purgation bien plus longs dans l’au-delà : Césaire de Heisterbach, Dialogus Miraculorum, éd. J. Strange, Cologne, Bonn et Bruxelles, Heberlé-Lempertz & Co, 1851, t. I, p. 58-61 (à 2 000 ans de purgatoire équivalent deux années de prières), p. 198-202 (60 jours de suffrages ici-bas équivalent à 60 années de purgatoire), t. II, p. 335-336, 337-338, 344, etc. Mais à partir du milieu du siècle, on insiste d’abord sur la durée des peines purgatoires, qui s’allonge incommensurablement : Henri Platelle, Thomas de Cantimpré, les exemples du « Livres des Abeilles ». Une vision médiévale, Turnhout, Brepols, p. 222-223 (3 jours au purgatoire bien plus longs qu’un an de maladie ici-bas) ; Étienne de Bourbon, Tractatus de diversis materiis predicabilibus, op. cit., p. 140-192 ; pour Humbert de Romans, voir la note suivante. On pourra compléter cette enquête dans les exempla en utilisant le très utile Thesaurus Exemplorum Medii Aevi (http://gahom.ehess.fr/thema/) où plus d’une centaine de références renvoient au purgatoire.
57Humbert de Romans, Le don de crainte ou l’abondance des exemples, op. cit., p. 87-100, ici p. 92-93. Comme nous l’apprend le Thesaurus Exemplorum Medii Aevi on retrouve cet exemplum, sous une forme ou sous une autre, chez Thomas de Cantimpré (Henri Platelle, op. cit., p. 222-223), Étienne de Bourbon (éd. Berlioz, 2002, p. 150-151), dans le Speculum laicorum, la Tabula exemplorum, chez Arnold de Liège, la Scala Coeli de Jean Gobi, Filippo da Ferrara, Domenico Cavalca, etc.
58Jean-Claude Schmitt, « Temps, folklore et politique au xiie siècle. À propos de deux récits de Walter Map. De Nugis Curialium I, 9 et IV, 13 », dans Le temps chrétien de la fin de l’Antiquité au Moyen Âge (iiie-xiiie siècle), op. cit., p. 489-515, repris dans Le corps, les rites, les rêves, op. cit., p. 360-396. Voir aussi Giuseppe Gatto, « Le voyage au paradis. La christianisation des traditions folkloriques au Moyen Âge », Annales ESC, vol. 34, no 5, 1979, p. 929-942, spécialement p. 934-935.
59Et peut-être de plus en plus à la fin du xiiie et au xive siècle : voir à ce sujet les analyses que Jacques Le Goff donne des exempla récoltés par Arnold de Liège dans son Alphabetum narrationum au début du xive siècle (Le Goff, 1981, p. 422-423) qui insiste sur la durée, l’intensité des peines purgatoires et sur la crainte qu’elles inspirent.
60Je pense par exemple aux travaux d’Anneliese Maier rassemblés, en traduction, dans Anneliese Maier, Scienza e filosofia nel Medioevo. Saggi sui secoli XIII e XIV, Mila, Jaca Book, 1984 (1re éd. all. 1966).
61Jacques Le Goff, « Au Moyen Âge : temps de l’Église et temps du marchand », Annales ESC, 1960, p. 417-433 ; et id., « Le temps du travail dans la “crise” du xive siècle : du temps médiéval au temps moderne », Le Moyen Âge, t. LXIX, 1963, p. 597-613, rassemblés dans Pour un autre Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1977, p. 46-79.
62Alexander Murray, Reason and Society, op. cit., p. 162-187. Sur la mesure du temps, voir surtout les ouvrages de David S. Landes, L’heure qu’il est. Les horloges, la mesure du temps et la formation du monde moderne, Paris, Gallimard, 1987 (1re éd. américaine, Harvard, 1983) ; de Gerhard Dohrn-van Rossum, L’histoire de l’heure. L’horlogerie et l’organisation moderne du temps, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1997 [1re éd. all. Munich-Vienne, 1992], qui, compliquant le modèle de Jacques Le Goff, insiste sur la pluralité des temporalités et des mesures du temps à la fin du Moyen Âge. Toutes choses qui sont mises en valeur aussi dans les deux articles très neufs de Jean-Patrice Boudet, « L’apparition des horloges mécaniques en Occident », Revue historique, t. CCXCIX, no 1, 1997, p. 145-154, et (en coll. avec Olivier Guyotjeannin), « Temps romain, temps chrétien, temps de l’État », dans Jean-Philippe Genet (ed.), Rome et l’État moderne européen, Rome, École française de Rome, 2007, p. 65-96. Sur la mesure des qualités, voir plus loin notes 75 et 78.
63Alfred W. Crosby, The Measure of Reality, op. cit., p. 59, et sur le temps p. 84-103.
64Voir ses remarques très justes dans Mathieu Arnoux, « Relation salariale et temps du travail », art. cité (voir supra note 26) qui insiste sur l’absence de cohérence du concept de temps avant la révolution scientifique.
65Jean-Patrice Boudet, « L’apparition des horloges mécaniques en Occident », art. cité, passim ; Sylvain Piron, « Temps, mesure et monnaie », art. cité, p. 49.
67Le Goff, 1986 ; Sylvain Piron, « Temps, mesure et monnaie », art. cité.
68Ibid., p. 58-59 ; id., « L’apparition du resicum », art. cité, p. 72-76.
69Joel Kaye, Economy and Nature in the Fourteenth Century, op. cit.
70« Quod aevum et tempus nichil sunt in re set solum in apprehensione », dans La condamnation parisienne de 1277, texte latin, traduction, introduction et commentaire par David Piché, Paris, Vrin (coll. « Sic et Non »), 1999, p. 140.
71Voir surtout Richard C. Dale, Medieval Discussions of the Eternity of the World, Leiden, Brill, 1990 ; Antoine Côté, « Les grandes étapes de la découverte de l’infinité divine au xiiie siècle », dans J. Follon et J. McEvoy (eds.), Actualité de la pensée médiévale, Louvain-la-Neuve, Éd. de l’Institut supérieur de philosophie, Paris, Peeters, 1994, p. 216-246 ; id., L’infinité divine dans la théologie médiévale (1220-1255), Paris, Vrin, 2002 ; C. Michon (ed.), Thomas d’Aquin et la controverse sur l’éternité du monde, Paris, GF-Flammarion, 2004.
72Sur l’articulation des discussions sur l’infini avec les débats sur la nature du continu et des indivisibles, voir l’excellente présentation et le dossier de textes traduits par Joel Biard et Jean Celeyrette, De la théologie aux mathématiques. L’infini au xive siècle, Paris, Belles Lettres (coll. « Sagesses médiévales »), 2005.
73Au milieu d’une bibliographie très abondante, parmi des travaux récents, voir J.-F. Genest, Prédétermination et liberté créée à Oxford au xive siècle. Buckingham contre Bradwardine, Paris, Vrin (coll. « Études de philosophie médiévale », LXX), 1992 ; le recueil de textes présentés par Olivier Boulnois, La puissance et son ombre. De Pierre Lombard à Luther, Paris, Aubier (coll. « Bibliothèque philosophique »), 1994 ; Guillaume d’Ockham, Traité sur la prédestination et la prescience divine des futurs contingents, textes intr., trad. et annotés par C. Michon, Paris, Vrin (coll. « Translatio. Philosophie médiévale »), 2007.
74Alain Boureau, « La construction ontologique de la mesure du temps chez Robert Kilwardby (ca 1210-1279) », dans Marchel Pérez (ed.), La rationalisation du temps au xiiie siècle. Musique et mentalités (actes du colloque de Royaumont, 1996), Paris, Créaphis, 1998, p. 31-45. Voir aussi Robert Kilwardby, On Time and Imagination : De tempore. De spiritu Fantastico, P. O. Lewry (ed.), Oxford, Oxford Universty Press-British Academy (coll. « Auctores Britannici Medii Aevi », IX [1]), 1987 ; id., On Time and Imagination. Part 2, intr. et trad. par A. Broadie, Oxford, Oxford Universty Press-British Academy (coll. « Auctores Britannici Medii Aevi », IX [1]), 1993.
75Sur les Mertoniens, au milieu d’une bibliographie très abondante, J. E. Murdoch, « “Mathesis in philosophiam scholasticam introducta”. The Rise and developpment of Mathematics in Fourteenth Century Philosophy an Théology », dans Arts libéraux et philosophie au Moyen Âge, Paris-Montréal, Institut d’études médiévales-Vrin, 1969, p. 214-254 ; E. Sylla, « The Oxford Calculators », dans Norman Kretzmann, Antony Kenny, Jan Pinborg (eds.), The Cambridge History of Later Medieval Philosophy, Cambridge, Cambridge University Press, 1982, p. 540-563 ; l’excellent chapitre critique de Luca Bianchi, « L’impossible exactitude. Science et calculationes au xive siècle », dans Luca Bianchi et Eugenio Randi, Vérités dissonantes. Aristote à la fin du Moyen Âge, Paris-Fribourg, Cerf-Éditions universitaires de Fribourg (coll. « Pensée antique et médiévale »), 1993, p. 153-194. Sur les Parisiens, voir en dernier lieu O. Langholm, « Buridan on Value and Economic Measurment », History of Political Economy, no 38, 2006, p. 269-289.
76Au milieu aussi d’une bibliographie considérable et avant la publication de sa thèse sur la cour pontificale d’Avignon, voir les travaux d’Étienne Anheim, « Diffusion et usages de la musique polyphonique mesurée (ars nova) dans le monde méridional (France du Midi, nord de l’Espagne et de l’Italie), 1340-1430 », dans Église et culture en France méridionale (xiie-xve siècle), Toulouse, Privat (Cahiers de Fanjeaux, no 35), 2000, p. 287-323 ; id., « Une controverse médiévale sur la musique : la bulle Docta sanctorum (1324/1325) de Jean XXII et le débat de l’ars nova dans les années 1320 », Revue Mabillon, vol. 72, 2000, p. 221-246. Sur les liens entre mathématique et musique, voir en dernier lieu Max Lejbowicz, « Présentation de Jean de Murs, “observateur et calculateur sagace et laborieux” », dans Christophe Grellard (ed.), Méthodes et statut des sciences à la fin du Moyen Âge, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2004 p. 159-180.
77C’est ce que j’ai essayé de faire dans La comptabilité de l’au-delà, op. cit., et dans La religion flamboyante, op. cit., en mettant en rapport le déracinement des testateurs et des testatrices que j’étudiais et la « perte des ancêtres » qui en résultait avec les transformations de leurs pratiques rituelles et dévotionnelles face à la mort.
78On pense, par exemple, à l’élaboration de la loi de Bradwardine sur la vitesse ou celle du théorème de la vitesse moyenne, telles qu’elles sont retracées par Marshall Clagett dans sa synthèse fondamentale, The Sciences of Mechanics in the Middle Ages, Madison, University of Wisconsin Press, 1959, p. 199-253 et p. 331-418. On ne peut plus partager les analyses finalistes de J. Clagett et ses positions sur la mécanique médiévale comme préfiguration de la mécanique galiléenne. Sur ce point on lira les mises en garde de Jean Celeyrette, La mécanique. Une science médiévale ? (conférence faite à Lille en novembre 2001, disponible sur http://stl.recherche.univ-lille3.fr/sitespersonnels/celeyrette/celeyrettevelocitas.html) où l’on trouvera aussi une bonne approche de la velocitas tardo-médiévale. Voir aussi Joël Biard et Sabine Rommevaux, Mathématiques et théorie du mouvement. xive-xvie siècles, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion (coll. « Histoire des sciences »), 2008.
79Anca Bratu, « Le purgatoire entre le temps terrestre et le temps eschatologique : formes de représentation du temps », dans Le temps, sa mesure et sa perception au Moyen Âge, op. cit., p. 47-60.
80Thomas d’Aquin, Com. Super Sent., lib. 4 d. 21 q. 1 a. 3 qc. 3 : « … et quia ea quae sunt majoris adhaerentiae, tardius purgantur, ideo quidam in Purgatorio diutius quam alii torquentur, secundum quod affectus eorum ad venialia fuit magis immersus […] Ad primum ergo dicendum, quod acerbitas poenae proprie respondet quantitati culpae ; sed diuturnitas respondet radicationi culpae in subjecto. » Voir supra note 53.
81Sur la latitude des formes chez les Mertoniens voir E. Sylla, « Medieval Concepts of the Latitude of Forms : The Oxford Calculators », Archives d’histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge, vol. 40, 1973, p. 223-283. Sur ce problème essentiel, au milieu d’une bibliographie surabondante, voir aussi J.-L. Solere, « Plus ou moins : le vocabulaire de la latitude des formes », dans Jacqueline Hamesse et Carlos Steel (eds.), L’élaboration du vocabulaire philosophique au Moyen Âge, Turnhout, Brepols (coll. « Rencontres de philosophie médiévale », 8), 2000, p. 437-488 ; id., « D’un commentaire à l’autre : l’interaction entre philosophie et théologie au Moyen Âge dans le problème de l’intensification des formes », dans Marie-Odile Goulet-Cazé (ed.), Le commentaire entre tradition et innovation, Paris, Vrin, 2000. Sur le problème de la quantification des qualités, voir encore Joel Kaye, Economy and Nature, op. cit., p. 175-178.
82Comme l’a très bien vu Le Goff, 1981, p. 449-479, spécialement p. 455.
83Si l’on se fie aux testaments, mais aussi aux comptes de certaines institutions religieuses. Voir Jacques Chiffoleau, « Sur l’usage obsessionnel de la messe », art. cité, notamment p. 241-245, et les travaux en cours de Clément Lenoble sur les franciscains d’Avignon. Pour les ordres mendiants en général, voir les différents chapitres de Économie et religion. L’expérience des Mendiants (xiiie-xve siècle), op. cit., où les comptes des couvents révèlent partout l’importance des célébrations pour les morts (voir supra note 31).
84Catherine Vincent se pose à juste titre la question (Vincent, 1991). Il est évident que les formes de la piété flamboyante varient beaucoup d’une région à l’autre, mais le développement quantitatif des demandes de suffrages pour les morts est général aux xive et xve siècles et il faut se demander si les variations observées ne résultent pas d’abord de la nature des sources utilisées : si l’on ne possédait pas les comptes des franciscains d’Avignon, par exemple, qui confirment ce que les testaments nous apprennent, on s’interrogerait sans doute sur la réalité des milliers de célébrations demandées dans les legs. Ailleurs, il est probable que la documentation plus abondante sur les messes ou les obits perpétuels, en l’absence de testaments ou de traces de demandes de messes en nombre, donne aussi une image biaisée des pratiques les plus courantes.
85Voir plus haut note 48.
86Et c’est pourquoi d’ailleurs la multiplication des chapellenies et des anniversaires constituent aussi une « augmentation du culte divin » qui participe de ce qu’on appelle désormais la « religion civique ». On trouvera une bonne analyse de cette notion d’« augmentation du service divin », appuyée sur des exemples concrets, dans les travaux de C. Burgess, par exemple « “For the increase of Divine Service” : Chantries in the Parish in late medieval Bristol », Journal of Ecclesiastical History, vol. 36, 1985, p. 46-65. Dans ce cadre, toutefois, ce sont moins les suffrages accumulés dans les années qui suivent la mort, visant à réduire le temps purgatoire, que les célébrations perpétuelles, orientées vers la Fin des temps, qui jouent un rôle essentiel en étant le support de fondations pérennes.
87Thomas d’Aquin, Com. Super Sent., lib. 4 d. 21 q. 1 a. 3 qc. 3 (voir plus haut note 80).
88M. Morard, que je remercie vivement, nous a éclairés lors d’un séminaire à l’EHESS sur la théologie des suffrages au xiiie siècle. On espère qu’il publiera rapidement le résultat de ses recherches dans ce domaine. Il a parfaitement raison de souligner que les suffrages pour les défunts, en particulier les messes, n’opèrent pas seulement ex opere operato – ce que je n’avais pas assez pris en compte dans mes travaux antérieurs – et que l’augmentation des mérites profite, du fait de la communion des saints, à toute l’Église. Mais si la messe doit être répétée « dans la mesure où l’effet produit est toujours limité en proportion de l’intention de ceux pour qui elle est célébrée » (comme il l’indique dans un texte inédit qu’il a bien voulu me transmettre à la suite de ce séminaire), sa répétition et son accumulation, comme l’augmentation des mérites qui en dérivent, sont toujours pensées dans le cadre d’une diuturnitas, d’une temporalité spécifique du purgatoire, qui laisse place, me semble-t-il, à la quantification de ces qualités et qui doit donc être aussi replacée dans une économie générale des échanges entre clercs et laïcs.
89Luca Bianchi, Vérités dissonantes, op. cit., p. 166.
90Caesarius Arelatensis, Sermo 108, dans G. Morin (ed.), Sermones, Corpus Christianorum, Patristic Latin Series no 103, Turnhout, Brepols, 1953 (capt. 3, ligne 14 : « pro modo et numero et mensura peccati etiam penitentiae quantitas metienda est »), cité aussi par Cyrille Vogel dans Les « Libri paenitentiales », dans Typologie des sources du Moyen Âge occidental, Turnhout, Brepols, 1978, fasc. 27, p. 37.
91Alexandre de Halès, Glossa in IV Libros sententiarum Petri Lombardi, Bibliotheca Franciscana scholastica Medii Aevi, t. XV, Quaracchi, 1957, p. 352-353 : « Cum enim proportionalis esset poena temporalis culpae temporali poena autem purgatorii improportionaliter habeat acerbitatem respectu poenae hic temporalis, punit supra condignum, non citra. Respondemus quod… licet autem poena purgatorii non sit proportionalis delectationi peccati, est tamen comparabilis ; et licet non sit proportionalis secundum proportionem poenae hec temporali quoad acerbitatem, est tamen proportionalis secundum proportionalitatem : “Est autem proportionalitas similitudo proportionum [Euclide, Elementa, V, def. 4]”. Quae enim est proportio poenae temporalis hic debitae aliciu peccato ad poenam temporalem debitam hic maiori peccato, ea est proportio debitae minori peccato ad poenam purgatorii debitam maiori peccato ; non tamen est proportio poenae purgatorii ad poenam hic temporalem. Ratio autem propter quam convenit poenam purgatorii esse acerbiorem improportionaliter poena purganti hic, licet utraque sit voluntaria, est quia poena purgans hic est poena animae per compassionem ad corpus, poena vero purgatorii est poena ipsius animae immediate. » Je reprends ici la traduction de Le Goff, 1981, p. 308-309.
92Voyez les explications de Thomas d’Aquin dans le De veritate, q. 2 a. 3 ad 4. : « Ad quartum dicendum, quod aliquid dicitur proportionatum alteri dupliciter. Uno modo quia inter ea attenditur proportio ; sicut dicimus quatuor proportionari duobus, quia se habet in dupla proportione ad duo. Alio modo per modum proportionalitatis ; ut si dicamus sex et octo esse proportionata, quia sicut sex est duplum ad tria, ita octo ad quatuor : est enim proportionalitas similitudo proportionum. Et quia in omni proportione attenditur habitudo ad invicem eorum quae proportionata dicuntur secundum aliquem determinatum excessum unius super alterum, ideo impossibile est infinitum aliquod proportionari finito per modum proportionis. Sed in his quae proportionata dicuntur per modum proportionalitatis, non attenditur habitudo eorum ad invicem, sed similis habitudo aliquorum duorum ad alia duo ; et sic nihil prohibet esse proportionatum infinitum finito : quia sicut quoddam finitum est aequale cuidam finito, ita infinitum est aequale alteri infinito. »
93En attendant la publication du livre de Sabine Rommevaux sur la théorie des rapports (ou des proportions) aux xiiie et xve siècles, voir Joël Biard et Jean Celeyrette, De la théologie aux mathématiques, op. cit., ainsi que l’introduction et l’édition de Blaise de Parme, Questiones circa Tractatum proportionum magistri Thome Braduardini, par Joël Biard et Sabine Rommevaux, Paris, Vrin (coll. « Textes philosophiques du Moyen Âge », XXII), 2005.
94Voire, comme Thomas Bradwardine et Nicole Oresme, en construisant de façon générale – et bien sûr hors de toute référence au purgatoire – une théorie complexe « des rapports de rapports ».
95Jean-François Genest, Prédétermination et liberté créée à Oxford au xive siècle, Buckingham contre Bradwardine, op. cit. Sur cette question du pélagianisme tardo-médiéval, au milieu d’une bibliographie pléthorique, on lira Graham White, « Pelagianisms », Viator, vol. 20, 1989, p. 233-254, qui critique des travaux classiques de Gordon Leff, Bradwardine and the Pelagians, Cambridge, Cambridge University Press, 1957 ; de H. A. Oberman, Archibishop Thomas Bradwardine, a Fourteenth Century Augustinian : A study of His Theology in Its Historical Context, Utrecht, Kemick & Zoo, 1958, et id., The Harvest of Medieval Theology : Gabriel Biel and Late Medieval Nominalism, Cambridge Mass., 1963.
96Comme je le laisse entendre un peu vite dans La religion flamboyante, op. cit., p. 138.
97D’une certaine façon, le geste obsessionnel trahit toujours l’échec sans cesse recommencé du processus de refoulement qu’il était censé mettre en œuvre. Voir Chiffoleau, 1981, notamment p. 249-255 ; id., La religion flamboyante, op. cit., notamment p. 140-149.
98J’espère reprendre ailleurs cette histoire du scrupule religieux, abordé dans « Sur l’usage obsessionnel de la messe », op. cit., notamment par l’étude des textes de Gerson qui visent à le combattre (voir par exemple son opuscule « contre conscience trop scrupuleuse » dans Jean Gerson, Œuvres complètes, P. Glorieux (ed.), t. VII, Paris, Desclée & Cie, 1966, no 306 p. 140-142, et le « De remediis contra pusillanimitatem », ibid., t. X, Paris, Desclée & Cie, 1973, no 537, p. 374-386 pour sa version latine, et le no 537a p. 386-398, pour sa version française). Sur le scrupule et Gerson voir aussi S. Grosse, Heilsgewissheit und Scrupulositas im späten Mittelalter, Studien zu Johannes Gerson und Gattungen der Frömmigkeitstheologie seiner Zeit, Tübingen, 1994.
99Sur l’éclatement des pratiques eucharistiques à la fin du Moyen Âge, qui met en question la nature même du sacrement, je me permets de renvoyer à La religion flamboyante, op. cit., p. 130-149.
100Peter Von Moos, « Le secret de la prédestination », Florence, SISMEL, Edizioni del Galluzzo, (coll. « Micrologus, Natura Scienza e Società Medievali », XIV [Il Segreto/The Secret]), 2006, p. 9-40.
101Philippe Buc, Dangereux rituel. De l’histoire médiévale aux sciences sociales, Paris, Puf (coll. « Le nœud gordien »), 2003 (trad. de The Dangers of Rituals, Princeton, Princeton University Press, 2001), p. 297-299.
102Un doute qui est évidemment tempéré par l’espérance, comme le rappelle Alain Boureau, pour les empêcher de tomber tout à fait dans le désespoir. Voir son livre récent, La religion de l’État, op. cit., notamment p. 75-77, où il commente en détail la question 11 des Petri Iohannis Olivi quaestiones de novissimis ex summa super IV sententiarum, P. Mannaresi (ed.), Grottaferrata, Edizioni del Collegio San Bonaventura, 2004, p. 177-178.
103En revanche, aucun doute sur son salut mais pas de purgatoire non plus pour le monstre Gilles de Rais qui imagine monter directement en paradis après son exécution. Le récit de sa mort, que j’ai tendance à croire apocryphe et postérieur au procès, est d’abord un exemplum sur la force du repentir, mais il nous rappelle, in fine, qu’il est encore possible d’échapper, au milieu du xve siècle, aux incertitudes pénibles qui accompagnent forcément un séjour dans le troisième lieu de l’au-delà… On trouvera ce récit, sur lequel je compte bientôt revenir, aux Arch. nat. 1 AP 585 f ° 413-418, et il a été édité par P. Marchegay dans Revues de provinces de l’Ouest, t. V, 1857, p. 177-179.
104Lucien Febvre, Le problème de l’incroyance au xvie siècle. La religion de Rabelais, Paris, Albin Michel (coll. « L’évolution de l’humanité »), 1942. À côté des travaux des historiens de la logique, de la philosophie ou du système des preuves judiciaires, l’histoire du doute religieux au Moyen Âge reste à écrire. Voir cependant Peter Dinzelbacher, « Étude sur l’incroyance à l’époque de la foi », Revue des sciences religieuses, vol. 73, no 1, 1999, p. 42-79 ; A. Murray, Doubting Thomas in Medieval Exegesis and Art, préf. de Pani L. Ermini et L. K. Little, introd par D. d’Avray, Rome, Unione internazionale degli Istituti di Archeologia, storia et storia dell’Arte in Roma, 2006. Pour l’époque moderne, voir les travaux de Jean-Pierre Cavaillé, notamment « Libertinage, irréligion, incroyance, athéisme dans l’Europe de la première modernité (xvie-xviie siècles) », dans Les dossiers du Grihl, no 2, 2007, mis en ligne le 12 avril 2007 (http://dossiersgrihl.revues.org/document279.html).
105C’est en tout cas l’hypothèse que j’avais développée dans La comptabilité de l’au-delà en décrivant les testateurs et les citadins du xive et du xve siècle comme des déracinés ou des orphelins sans, bien sûr, donner à ces deux mots une valeur strictement démographique ou sociale.
106Disputatio pro Declaratione Virtutis Indulgentiarum (95 thèses) : « 16. Videntur infernus, purgaturium, celum differre, sicut desperatio, prope desperatio, securitas differunt », D. Martin Luthers Werke, Kritische Gesammtausgabe, Weimar, Hermann Boehlau, 1883, t. I, p. 233-238. Et c’est encore l’effroi qui est évoqué dans le Sermon sur la contemplation de la Passion, 9 (Ein Sermon von der Betrachtung des heiligen Leidens Christi), Wittenberg, 1519 : « Celui qui constate qu’il est dur et sec au point de ne pas éprouver cet effroi au regard des souffrances du Christ, et de ne pas prendre conscience [de ses péchés], qu’il prenne peur, car le résultat est le même : il faudra bien te conformer à l’image et aux souffrances du Christ, que ce soit dans la vie, ou en enfer ; au plus tard lors de la mort, et au purgatoire, il faudra tomber dans cet effroi, frémir, trembler, et ressentir tout ce que le Christ souffre en croix », dans Marc Lienhard et Matthieu Arnold (eds.), Œuvres, Paris, Gallimard (coll. « Bibliothèque de la Pléiade »), 1999, t. 1, p. 224.