1Le Goff, 1981, p. 489, 213 et 13.
2Cité par Jacques Le Goff dans « Les limbes », Nouvelle revue de psychanalyse, no 34, automne 1986, p. 164 ; Le Goff, 1981, p. 14.
3Jacques Le Goff, « Les limbes », art. cité.
5S’agissant de l’au-delà médiéval, il est indispensable de bien différencier les énoncés relatifs à l’au-delà temporaire des âmes séparées (des corps) et ceux qui concernent l’au-delà éternel, accueillant l’humanité dans l’unité retrouvée de l’âme et du corps ressuscité, après le Jugement dernier. On ne traite ici que de l’au-delà des âmes.
6Le Moyen Âge traite généralement l’étendue, non comme un espace homogène et indépendant des corps qu’il contient, mais comme un réseau de lieux plus ou moins valorisés en fonction de ce qu’ils contiennent ; voir Alain Guerreau, « Quelques caractères spécifiques de l’espace féodal européen », dans Neithard Bulst, Robert Descimon et Alain Guerreau (eds.), L’État ou le roi. Les fondations de la modernité monarchique en France (xive-xviiie siècles), Paris, Maison des sciences de l’homme, 1996, p. 85-101, et « Il significato dei luoghi nell’Occidente medievale : struttura e dinamica di uno “spazio” specifico », dans Enrico Castelnuovo et Giuseppe Sergi (eds.), Arti e Storia nel Medioevo. I. Tempi, Spazi, Istituzioni, Turin, Einaudi, 2002, p. 201-239, ainsi que Jérôme Baschet, La civilisation féodale. De l’an mil à la colonisation de l’Amérique, Paris, Champs-Flammarion, 2006, p. 475-527.
7Les visions de l’au-delà en décrivent les paysages contrastés (voir Carozzi, 1984). Mais cette « géographie » maintient de nombreuses ambiguïtés quant à la fonction et à l’articulation des lieux décrits. Surtout, le genre visionnaire suppose par nature une figurabilité, qui prend appui sur la théorie augustinienne attribuant des apparences corporelles (similitudines corporum) aux réalités spirituelles, mais que le discours théologique n’est guère enclin à assumer de manière littérale.
8Voir Éric Rebillard, In hora mortis. Évolution de la pastorale chrétienne de la mort aux ive et ve siècles, Rome, 1994 (Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome [BEFAR], no 283) et Peter Brown, « Vers la naissance du purgatoire. Amnistie et pénitence dans le christianisme occidental de l’Antiquité tardive au haut Moyen Âge », Annales HSS, vol. 52, no 6, 1997, p. 1247-1261.
9Enchiridion, éd. J. Rivière, 109, Paris, Desclée de Brouwer, 1949, p. 302. Pour tout ce qui concerne la dilation et le sort des âmes séparées, je me permets de renvoyer à Jérôme Baschet, Les justices de l’au-delà. Les représentations de l’enfer en France et en Italie (xiie-xve siècle), Rome, 1993 (BEFAR, no 279), p. 33-48.
10Dialogues, IV, 25-30, éd. A. de Vogüé et P. Autin, Paris, Cerf, 1980, p. 84-102.
11Prognosticon, éd. J. N. Hillgarth, Turnhout, Brepols, 1979 (CCCM, 115), p. 44-73.
12Elucidarium, III, 2-5, éd. Y. Lefèvre, L’Elucidarium et les lucidaires, Paris, 1954, p. 443-444.
13De sacramentis, II, XVI, III-IV, PL, 176, c. 584-587.
14Pour ce qui suit, je me permets de renvoyer à Jérôme Baschet, « Jugement de l’âme, Jugement dernier : contradiction, complémentarité, chevauchement ? », Revue Mabillon, n.s., no 6, 1995, p. 159-203.
15Commentaria in epistolam Pauli ad Romanos, éd. E. M. Buytaert, Turnhout, Brepols, 1979, p. 78-79 (CCCM, 11), et Questiones theologice de epistolis Pauli, Louvain, 1938, p. 269.
16Opuscules théologiques, éd. J. Ribaillier, Paris, 1967, p. 142-154.
17De Genesi ad litteram, XII, 32-33, éd. P. Agaësse et A. Solignac, Paris, 1970, p. 436-444.
18Par exemple, chez saint Augustin, dans les Confessions (VI, III) ou le De Diversis questionibus (qu. 20, De loco dei), éd. G. Bardy, Paris, 1952, p. 68-70 (texte repris par Pierre Lombard, Sent., I, 37, 9, voir infra).
19Le problème concerne tous les esprits créés, et notamment les anges. Sur les anges et le lieu, voir Josep I. Saranyana, « La discusión de Tomas de Aquino acerca de la presencia de los espíritus puros en el lugar y en el tiempo », dans Jan A. Aersten et Andreas Speer, Raum und Raumvorstellungen im Mittelalter, Berlin-New York, 1998, p. 365-374, et Olivier Boulnois, « Du lieu cosmique à l’espace continu ? La représentation de l’espace selon Duns Scot et les condamnations de 1277 », ibid., p. 314-331.
20De hebdomadibus, PL 64, c. 1311, cité par Olivier Boulnois, art. cité, p. 315.
21« Haec etiam spiritualis esse affirmatur, quia nihil in se corporeum retinet. Omne namque corpus longitudine, latitudine, atque profonditate comprehenditur : quae omnia desunt animae », Raban Maur, De anima, I, PL 110, c. 1111.
22« Cui enim non facile occurrat, quod per locum non moveatur, quae per loci spatia non distenditur ? », De Genesi ad litteram, op. cit., VIII, 22, p. 74. On mentionnera brièvement le Periphyseon de Jean Scot Erigène. S’il admet que le lieu est une circonscription qui convient à toutes les créatures, la nature de ces lieux est adaptée à chaque type d’étant. Une substance spirituelle ne saurait donc être circonscrite par un lieu corporel. De plus, la théorie du redditus propre à Jean Scot le conduit à une complète délocalisation de l’au-delà, même après le Jugement dernier : les élus déifiés s’élèveront « au-delà de tout lieu et de tout temps » (Periphyseon, livre I, PL 122, c. 482 et trad. F. Bertin, Paris, Puf, 1995, p. 115-127).
23Proslogion, XIII, éd. M. Corbin, Paris, Cerf, 1986, p. 262-264. S’agissant de Dieu, Anselme affirme « non es tamen in loco aut tempore… Nihil enim te continet, sed tu contines omnia » (ch. XIX, p. 272).
24C’est à propos d’Honorius que Jacques Le Goff évoque le problème de la non-localisation de l’âme, et il ajoute que « si une pensée comme celle d’Honorius avait triomphé, le purgatoire, essentiellement lié à sa localisation, ne serait pas né » (p. 185-186).
25« Non est locus corporalis, quia spiritus non habitant in locis [corporalibus] sed est spiritualis beatorum mansio », Elucidarium, op. cit., III, 2, p. 443. Ce n’est donc pas sans artifice que Claude Carozzi oppose une conception matérielle de l’au-delà dans l’Elucidarium et une conception spirituelle développée dans les œuvres postérieures d’Honorius (Carozzi, 1994, p. 544-549). En fait, Honorius s’en tient avec rigueur à une conception augustinienne des réalités spirituelles (relevant des similitudines corporis, quoique entièrement incorporelles – insistons sur ce point, souvent mal compris) et maintient l’incompatibilité entre âme et lieu, que ses contemporains cherchent plutôt à atténuer.
26Éd. R. Thomas, Stuttgart, 1970, p. 152-154.
27« Incorporea [erant] omnia, in similitudine tamen corporali » ; « … incorpoream flamme corporee similem, in quos non corpus sed in similitudine corporis spiritus torquebatur », Dialogus de anima, éd. A. Hoste et C. Talbot, Turnhout, Brepols, 1971 (CCCM, 1), p. 745-750.
28« Sane de spiritu creato hoc commodius dictu et ad intelligentiam hoc accommodatius esse fatemur, ut non solum in loco esse, sed localem esse pronuntiemus sine dubitatione. In loco quidem quoniam hic alicubi praesens cernitur ; localem vero quoniam cum sit alicubi non ubique invenitur. Omne enim quod definitum est, secundum aliquid locale est » (I, III, XVIII, c. 224).
29Voir maintenant Dominique Iogna-Prat, La Maison Dieu. Une histoire monumentale de l’Église au Moyen Âge, Paris, Seuil, 2006, p. 466-467 et p. 477, qui invite à mettre cette transformation en relation avec la réflexion de Hugues (puis de Pierre Lombard) sur les sacrements, et en particulier sur l’eucharistie.
30« Spiritus vero creatus non habet dimensionem ; et quia tamen terminum habet, quia ita est hic quod non alibi, localis est, licet non faciat distantiam in loco », Summa sententiarum, I, 5, PL 176, c. 50. C’est l’œuvre d’un disciple anonyme de Hugues de Saint-Victor, selon Marcia Colish (Peter Lombard, Leyde-New York-Cologne, 1994).
31De Sacramentis, II, XVI, II-IV, PL 176, c. 581-587.
32« Duobus namque his modis dicitur in Scriptura aliquid locale sive circumscriptibile, et e converso, scilicet vel quia dimensionem capiens longitudinis, altitudinis et latitudinis, distantiam facit in loco, ut corpus ; vel quia loco definitur ac determinatur, quoniam cum sit alicubi, non ubique invenitur : quod non solum corpori, sed etiam omni creato spiritui congruit… Omne igitur corpus omni modo locale est ; spiritus vero creatus quodam modo localis est, et quodam modo non est localis. Localis quidem dicitur, quia definitione loci terminatur, quoniam cum alicubi praesens sit totus, alibi non invenitur ; non autem ita localis est, ut dimensionem capiens, distantiam in loco faciat. Divina ergo sola essentia omnino inlocalis et incircumscriptibilis est… », Liber Sententiarum, I, 37, 6, Grottaferrata, éd. Coll. S. Bonaventurae ad Claras Aquas, 1971, I, p. 270-271.
33De Genesi ad litteram, VIII, 21, 40, éd. citée, p. 70.
34Liber sententiarum, IV, 45, 1, éd. citée, II, p. 523.
35C’est avec la synthèse thomiste que cette question trouvera une solution satisfaisante. Pour Thomas d’Aquin, la relation entre l’âme et le lieu ne relève pas d’une (impossible) participation qualitative, mais d’un rapport de congruentia (tel qu’à l’état le plus digne de l’âme corresponde l’état le plus digne des réalités corporelles). Ainsi, l’âme damnée ne saurait être tourmentée par la chaleur matérielle du feu infernal, mais elle souffre de l’appréhender comme une réalité hostile qui la tient captive (« anima affligitur ab igne corporeo in quantum apprehendit eum ut sibi nocivum per modum alligationis et detentionis », Questiones de anima [qu. 21 : utrum anima separata possit pati penam ab igne corporeo ; 1266-1267], éd. B.C. Bazan, Paris-Rome, 1996, p. 176-182).
36Pour les textes des années 1170-1180, voir Le Goff, 1981, p. 215-221. Particulièrement clair est le texte de Pierre le Chantre : « Distingui solent loca et bonorum et malorum post hanc vitam. Bonorum, vel patria statim, si nil secum deferunt cremabile, vel prius purgatorium, post patria, sicut illis qui venialia secum deferunt. Malorum non distinguntur diversa receptacula, sed dicuntur statim transire ad gehennam », Summa de sacramentis et animae consiliis, éd. J. A. Dugauquier, Louvain-Lille, 1957, p. 104.
37Bède le Vénérable, Historia ecclesiastica, V, XII, éd. B. Colgrave, Oxford, 1969, p. 488-499 ; Le Goff, 1981, p. 155-158 ; Carozzi, 1994, p. 226-253.
38De sacramentis, II, XIV, IV, cité par Le Goff, 1981, p. 195-196.
39« Ergo ubi sunt poenitentes post mortem ? in purgatoriis. Ubi sunt ea ? nondum scio », PL 186, c. 826-827, cité par Le Goff, 1981, p. 203-204 ; voir aussi Dominique Iogna-Prat, Ordonner et exclure. Cluny et la société chrétienne face à l’hérésie, au judaïsme et à l’islam (1000-1150), Paris, Flammarion, 1998, p. 249.
40Il invite pour cela à distinguer trois aspects de la question du lieu : le lieu particulier comme réceptacle (point désormais acquis) ; la localisation des lieux (encore indéterminée) et la situation réciproque dans un système de polarité (aspect précisé par Pullus) ; Jean-Claude Bonne, « Histoire de l’au-delà et au-delà de l’histoire », Critique, vol. 427, décembre 1982, p. 1019-1020.
42PL 171, c. 739-741, cité par Le Goff, 1981, p. 209-211. De plus, le sermon établit un rapport étroit avec la commémoration du 2 novembre, qui permet à ceux qui sont lavés dans le purgatoire d’obtenir « soit une absolution complète, soit une mitigation de leur peine ».
43Dominique Iogna-Prat, La Maison Dieu, op. cit.
44Voir Le Goff, 1981, p. 325-330.
46Ibid., p. 344-354 (Albert) et p. 357-372 (Thomas, qui reconnaît que « l’Écriture ne dit rien de précis sur la localisation du purgatoire »).
47Summa Theologiae, Supp. Qu. 69, art. 7, éd. léonine, Rome, 1906, t. XII, p. 146-147 : au moment de la mort, les âmes peuvent être en état de recevoir leur rétribution finale, soit en bien (dans le paradis), soit en mal (dans l’enfer, s’il s’agit du péché actuel ; dans le limbe des enfants, s’il s’agit du péché originel) ; si elles ne peuvent recevoir leur rétribution finale, ce peut être à cause d’un défaut personnel (elles vont dans le purgatoire) ou à cause d’un défaut naturel (elles attendent le Christ dans le limbe des Pères).
48C’est ce qu’explique la Summa Theologiae, op. cit., Supp. 69, 7, p. 146 : « receptacula animarum distinguuntur secundum diversos status earum ».
49Alain Guerreau, études citées en note 6 ; Michel Lauwers, Naissance du cimetière. Lieux sacrés et terre des morts dans l’Occident médiéval, Paris, Aubier, 2005 ; Dominique Iogna-Prat, La Maison Dieu, op. cit.
50Le lien entre les pratiques funéraires et le souci d’une localisation des âmes apparaît nettement à Cluny ; voir Dominique Iogna-Prat, « Des morts très spéciaux aux morts ordinaires : la pastorale funéraire clunisienne (xie-xiie siècles) », Médiévales, vol. 31, 1996, p. 79-91. Par exemple, un acte de 1100 (p. 84, note 25) établit un rapport clair entre le lieu de sépulture du corps (loco Cluniacensi) et le lieu de rémission (locus venie) que l’on espère pour l’âme.
52Le Goff, 1981, p. 333-335 (à propos d’Alexandre de Halès – et avec, certes, un partage entre le for de l’Église et le for divin).