Un problème d’incompréhension entre connaissance scientifique et savoir ordinaire. Le traitement de l’incertitude
A question of misunderstanding between scientific knowledge and everyday expertise. Handling uncertainty
p. 25-48
Résumés
Lorsque les scientifiques disent qu’ils ne peuvent rien conclure, le public considère qu’ils ne savent rien. Or il s’agit là d’une décision où l’incertitude sur la fiabilité d’une connaissance (un non-savoir concernant un savoir) reste compatible avec la validité de ce premier savoir. On retrouve des situations semblables dans nos processus ordinaires de catégorisation perceptive quand nous ne pouvons pas éliminer les sources de vague. Les effets collectifs de l’agrégation de petits effets à l’échelle individuelle s’appréhendent aussi dans une combinaison d’incertitude et de possible savoir. Au lieu de nous focaliser sur la décision qui tranche l’incertitude, il est souhaitable de lier admission de l’incertitude et plus grande confiance dans des savoirs qui reconnaissent leurs limitations.
When scientists say that they have not reach definite knowledge, the general public concludes that they don’t know anything. But in this case, scientists have come to a decision by taking into account the uncertainty concerning the reliability of their knowledge (they do not know whether they know) in a way that can remain compatible with the validity of their first order knowledge. Similar situations can be found in our ordinary processes of perceptive categorization, when we cannot eliminate vagueness. In a similar way, collective effects of the aggregation of small effects (on the individual scale) are understood in a combination of uncertainty and (possible) knowledge. Instead of focusing on a decision that eliminates uncertainty, it is better to admit our uncertainty and to have more confidence in forms of knowledge that recognize their own limitations.
Extrait
Introduction : un exemple
1Partons d’un exemple récent, qui nous a fourni un schéma caricatural d’apparente incommunicabilité entre scientifiques et public, le traitement de la grippe A. Phase 1 : Les scientifiques1 lancent une alerte, en fonction de scénarios possibles d’épidémie – une mutation de virus, et on se rappelle que de précédentes mutations ont amené un accroissement important de mortalité. Ils disposent de modèles de diffusion, mais ne peuvent pas évaluer d’emblée la gravité réelle liée à cette mutation. Phase 2 : Ils choisissent le scénario « noir » : épidémie se diffusant rapidement mondialement, avec effets graves. Au début, quelques données sont compatibles avec ce scénario, puis la gravité apparaît discutable2. Mais la diffusion du virus correspond aux prévisions, et l’accumulation des malades pourrait avoir un effet aggravant (au moins économiquement). Phase 3 : On continue donc à prendre les mesures du scénario noir (masques, vaccination à grande échelle, etc
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