1 Créé en 1964 à l’initiative d’André Chastel et André Malraux, l’Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France, rebaptisé Inventaire général du patrimoine culturel, est un service du ministère de la Culture dédié à la localisation, à la description et à l’étude scientifique de tous les éléments-édifices ou objets mobiliers-susceptibles d’intérêt du point de vue patrimonial. N’assurant qu’une protection immatérielle, par les mots et les images, il ne doit pas être confondu avec l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, qui constitue le stade antérieur au classement au titre des Monuments historiques, stade suprême de la protection. Cet article est issu d’un rapport d’enquête menée, grâce à Michel Melot, à la demande du service de l’Inventaire du ministère de la Culture et de la Communication : Nathalie Heinich, «L’Inventaire et ses critères », Paris, ministère de la Culture-Lahic, 2006. Voir aussi Id., 2009.
2 Roland Recht, Penser le patrimoine. Mise en scène et mise en ordre de l’art, Paris, Hazan, 1998.
3 « De 1980 à 2000, on a recensé 2241 associations dont l’objet déclaré est le patrimoine ou le cadre de vie : le “petit patrimoine”. Dans leur grande majorité, ces associations sont jeunes, elles ont été créées après 1980. En se donnant parfois des définitions très extensives du patrimoine, qui ne s’ajustent pas forcément avec les catégories officielles de l’administration occupée par le “grand patrimoine”, elles tendent à déstabiliser la machine administrative à classer. Car, pour elles, la valeur des objets qu’elles élisent réside, pour partie, dans le fait qu’elles soient elles-mêmes à l’origine de leur reconnaissance. » (François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Le Seuil, 2003, p. 200). Sur les associations, voir aussi Hervé Glevarec, Guy Saez, Le Patrimoine saisi par les associations, Paris, La Documentation française, 2002.
4 « Le patrimoine industriel [...] pâtit d’un certain ostracisme de la part des représentants de la grande catégorie patrimoniale, le patrimoine architectural, dont il constituerait en quelque sorte l’envers : absence de valeur esthétique, faible valeur cognitive, ou du moins référant à un domaine de la connaissance qui, on l’a dit, n’est pas reconnu comme constitutif de la (haute) culture. » (Jean-Louis Tornatore, « Beau comme un haut fourneau. Sur le traitement en monument des restes industriels », L’Homme, 170, 2004, p. 79-116, ici p. 84.) Voir aussi Michel Melot, « Comment la beauté vient aux usines », L’archéologie industrielle en France, 46, 2005.
5 « Aux objets d’art volontaires, ceux créés sans autre finalité par des artistes, l’Inventaire associe les objets d’art involontaires qu’on peut diviser en deux catégories : les objets déjà conçus pour leur seule valeur symbolique dans des sociétés où la notion d’art n’existait pas (il s’agit surtout d’objets à caractère rituel ou religieux), et des objets utilitaires devenus inutiles qui conservent ou acquièrent une force émotionnelle ou symbolique en même temps qu’ils perdent leur fonction (il s’agit par exemple des outils agricoles, de l’artisanat ou du patrimoine industriel). » (Michel Melot, «L’Inventaire général et l’évolution de la notion de patrimoine culturel », in Réinventer le patrimoine, Paris, L’Harmattan, 2005). Sur l’apparition du regard ethnologique ou archéologique comme symptôme de la mort d’une culture, voir Michel de Certeau, Dominique Julia, Jacques Revel, « La beauté du mort : le concept de culture populaire », Politique aujourd’hui, 12, 1970, p. 1-23.
6 J’emploierai ce terme, familier aux Anglo-Saxons, de préférence à celui d’« objet », qui dans le vocabulaire de l’Inventaire renvoie à une catégorie particulière, celle des « objet mobiliers » par opposition aux bâtiments ; et à celui d’« œuvre », utilisé par les enquêteurs de l’Inventaire, mais qui présuppose l’existence d’un auteur, voire de propriétés artistiques ou esthétiques, lesquelles sont précisément ce qui est en jeu dans certains cas étudiés ici.
7 Michel Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? », Bulletin de la société française de philosophie, 63 (3), 1969.
8 Nathalie Heinich, « Les objets-personnes : fétiches, reliques et œuvres d’art », Sociologie de l’art, 6, 1993.
9 Dominique Schnapper, La compréhension sociologique. Démarche de l’analyse typologique, Paris, PUF, 1999.
10 La notion de « cas noyau », associée à celles de « cas limite inclus » et de « cas limite exclu », a été utilisée à propos de l’élaboration de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles de l’Insee (Alain Desrosières, Laurent Thévenot, Les catégories socioprofessionnelles, Paris, La Découverte (coll. « Repères », 1988).
11 Sur ces « registres de valeurs », construits par induction à partir de l’observation de différents conflits d’évaluation, voir notamment Nathalie Heinich, Le triple jeu de l’art contemporain. Sociologie des arts plastiques, Paris, Minuit, 1998 ; Id., L’art contemporain exposé aux rejets. Études de cas, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1998 ; Id., « Des objets d’art aux registres de valeurs : la sociologie aux limites de l’anthropologie », in Michèle Coquet, Brigitte Derlon, Monique Jeudy-Ballini (eds.), Les cultures à l’œuvre. Rencontres en art, Paris, A. Biro éditeur-Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2005.
12 Aloïs Riegl, Le culte moderne des monuments : son essence et sa genèse, Paris, Seuil, 1984 [1903].
13 Sur cette notion de « prise », voir Christian Bessy, Francis Chateauraynaud, Experts et faussaires. Pour une sociologie de la perception, Paris, Métailié, 1995.
14 Voir Nathalie Heinich, « Is there a scientific beauty ? From factual description to aesthetic judgements », Bezalel. Proceedings of History and Theory, 3, 2006.
15 Ce cas a été développé in Nathalie Heinich, « Ex-voto et curés d’Ars : l’inventaire de la dévotion en série », In Situ. Revue des patrimoines, 12, 2009.
16 Voir Nathalie Heinich, « La construction d’un regard collectif : le cas de l’Inventaire du patrimoine », Gradhiva, 11, 2010.
17 Voir Nathalie Heinich, « Les objets-personnes : fétiches, reliques et œuvres d’art », Sociologie de l’art, 6, 1993.