L’or et l’argent

Cécile Bresc

p. 282-283


Texte intégral

1L’or, l’argent et bien d’autres minerais étaient largement utilisés dans le Dār al-Islām* transformés en pièces, bijoux, fils précieux pour les ṭirāz* ou luxueuses vaisselles. Leur possession revêtit donc une importance vitale pour le califat et sa stabilité économique.

Fragment de ṭirāz. Égypte fatimide, règne d’al-Ḥāfiẓ (1130‑1149).

© Cleveland Museum of Art, n° 1919.25.

2Plusieurs auteurs musulmans médiévaux ont mentionné l’exploitation de mines en Islam. Pour l’or, al-Ḥamdānī, auteur du xe siècle, évoque des filons qu’il associe au Soleil et au climat chaud, suivant la corrélation établie depuis l’Antiquité entre planètes et métaux. Il débute par les mines du sud de l’Égypte, à Wādī al-ʿAllāqī en bordure du désert nubien, prolongées de l’autre côté de la mer Rouge à La Mecque et Najran. Al-Yaʿqūbī, un siècle avant, souligne déjà l’importance de cet or pour le pouvoir égyptien, qui en organisa l’exportation à partir de ʿAydhāb. 

3D’autres zones d’extraction sont indiquées à l’est de l’Iran, dans les monts de Ghūr et en Transoxiane. D’après Ibn Ḥawqal, géographe du xe siècle, « les mines d’or et d’argent y sont d’une richesse qu’aucune mine des autres pays de l’islam n’égale », alors que celles de l’intérieur, Ṭūs et Gorgan, sont maigres et peu rentables.

4Pour ces auteurs, la première source d’or reste l’Afrique sub-saharienne. Sous forme de lingots ou de poudre, l’or voyageait du Ghana vers les grands centres urbains du Maghreb, de Sijilmasa à Kairouan, en passant par Tahert, et finissait sa route à Cordoue ou au Caire. L’arrivée régulière de cet or permit l’ouverture de nombreux ateliers et une incroyable production monétaire, le dinar devenant la première monnaie en Méditerranée.

5Les mines d’argent étaient plus nombreuses. Nos auteurs les localisent dans les climats froids et neigeux, en haute-montagne, associées à la Lune. Presque tous concordent sur le fait que les principales sont situées à l’Est : au Panjshīr, au Khorasan et en Transoxiane, réputée aussi pour ses rubis. Seul al-Ḥamdānī considère que celles de son Yémen natal sont les plus riches.

6Si les premiers souverains musulmans ont recyclé l’or des pharaons, l’argent du Shah et les trésors des églises, leurs successeurs ont bénéficié de métal frais grâce aux impôts, au commerce et à l’indispensable exploitation des mines.

Dinar abbasside frappé en Égypte (786).

© Baldwin’s.

Mines et gisements de métal précieux d’après al-Yaʿqūbī, Ibn Ḥawqal et al-Ḥamdānī (xe siècle).

« Dans les environs de Sijilmasa se trouvent des dépôts d’or et d’argent à la surface du sol, comme les plantes, que les vents, dit-on, peuvent emporter. »
al-Yaʿqūbī, Le livre des pays, p. 227.


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