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  • Chapitre IV. Le tunnel de Kervoaguel
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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE DU TUNNELLES CONTRAINTES DU CONTEXTE GÉOLOGIQUE ET HYDROGÉOLOGIQUELE TRACÉ DU TUNNEL : SA JUSTIFICATION ET SON IMPORTANCE PAR RAPPORT AU PARCOURS TOTAL DE L’AQUEDUCCHOIX STRATÉGIQUES DE PERCEMENTLE MODE OPÉRATOIRE DU FONÇAGELES PUITSL’ÉCLAIRAGELA VENTILATION ET L’AÉRAGE DE LA GALERIEINSCRIPTIONS ET TRACÉS DANS LE TUNNELLE PERSONNEL ET LES CONDITIONS DE TRAVAILPOSTES DE TRAVAIL ET ÉVALUATION DE LA DURÉE DU CHANTIER DU TUNNELMISE EN SERVICE ET FONCTIONNEMENT DU TUNNELLE DEVENIR DU TUNNEL APRÈS L’ABANDON DE L’AQUEDUC Notes de bas de page

    L’aqueduc de Vorgium, Carhaix (Finistère)

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    Table des matières

    Chapitre IV. Le tunnel de Kervoaguel

    p. 181-224

    Texte intégral DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE DU TUNNEL1. GALERIE 0A : GALERIE MAÇONNÉE DE SORTIE ; PROFILS EN TRAVERS 0 ET 12. GALERIE 0B : GALERIE NON MAÇONNÉE DE SORTIE ; PROFILS EN TRAVERS 1 À 53. JONCTION ENTRE LA GALERIE 0B ET LA GALERIE 1A ; PROFIL EN TRAVERS 64. GALERIE 1A : À L’AVAL DU PUITS 1 ; PROFILS EN TRAVERS 6 ET 75. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 1 ENTRE LES GALERIES 1A ET 1B ; PROFILS EN TRAVERS 7 ET 86. GALERIE 1B : À L’AMONT DU PUITS 1 ; PROFILS EN TRAVERS 8 À 117. JONCTION ENTRE LA GALERIE 1B ET LA GALERIE 2A ; PROFIL EN TRAVERS 128. GALERIE 2A : À L’AVAL DU PUITS 2 ; PROFILS EN TRAVERS 13 À 159. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 2 ENTRE LES GALERIES 2A ET 2B ; PROFILS EN TRAVERS 15 ET 1610. GALERIE 2B : À L’AMONT DU PUITS 2 ; PROFILS EN TRAVERS 16 À 2411. JONCTION ENTRE LA GALERIE 2B ET LA GALERIE 3A ; PROFILS EN TRAVERS 25 ET 2612. GALERIE 3A : À L’AVAL DU PUITS 3 ; PROFILS EN TRAVERS 26 À 3113. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 3 ENTRE LES GALERIES 3A ET 3B ; PROFILS EN TRAVERS 31 ET 3214. GALERIE 3B : À L’AMONT DU PUITS 3 ; PROFILS EN TRAVERS 32 À 3515. JONCTION ENTRE LA GALERIE 3B ET LA GALERIE 4A ; PROFIL EN TRAVERS 3516. GALERIE 4A : À L’AVAL DU PUITS 4 ; PROFILS EN TRAVERS 36 À 3917. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 4 ENTRE LES GALERIES 4A ET 4B ; PROFILS EN TRAVERS 39 ET 4018. GALERIE 4B : À L’AMONT DU PUITS 4 ; PROFILS EN TRAVERS 40 À 4419. JONCTION ENTRE LA GALERIE 4B ET LA GALERIE 5A ; PROFIL EN TRAVERS 4420. GALERIE 5A : À L’AVAL DU PUITS 5 ; PROFILS EN TRAVERS 44 À 4721. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 5 ENTRE LES GALERIES 5A ET 5B ; PROFILS EN TRAVERS 47 ET 4822. GALERIE 5B : À L’AMONT DU PUITS 5 ; PROFILS EN TRAVERS 48 À 5423. JONCTION ENTRE LA GALERIE 5B ET LA GALERIE 6A ; PROFIL EN TRAVERS 5524. GALERIE 6A : À L’AVAL DU PUITS 6 ; PROFILS EN TRAVERS 55 À 5725. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 6 ENTRE LES GALERIES 6A ET 6B ; PROFILS EN TRAVERS 57 ET 5826. GALERIE 6B : À L’AMONT DU PUITS 6 ; PROFILS EN TRAVERS 58 À 6427. JONCTION ENTRE LA GALERIE 6B ET LA GALERIE 7A ; PROFIL EN TRAVERS 6528. GALERIE 7A : À L’AVAL DU PUITS 7 ; PROFILS EN TRAVERS 65 À 6729. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 7 ENTRE LES GALERIES 7A ET 7B ; PROFILS EN TRAVERS 67 ET 6830. GALERIE 7B : À L’AMONT DU PUITS 7 ; PROFILS EN TRAVERS 68 À 8031. SECTION MAÇONNÉE D’OBTURATION D’UN PROBABLE PUITS 8 ; PROFILS EN TRAVERS 80, 81 ET 8232. GALERIE 8B : À L’AMONT DE LA SECTION MAÇONNÉE 8 ; PROFILS EN TRAVERS 82 À 8633. JONCTION ENTRE LA GALERIE 8B ET LA GALERIE 9A ; PROFILS EN TRAVERS 87 À 8934. GALERIE 9A, À L’AVAL DU PUITS 9 ; PROFILS EN TRAVERS 88, 89 ET 10935. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 9 ENTRE LES GALERIES 9A ET 9B ; PROFILS EN TRAVERS 109 ET 9136. GALERIE 9B : À L’AMONT DU PUITS 9 ; PROFILS EN TRAVERS 109, 92 ET 9337. JONCTION ENTRE LA GALERIE 9B ET LA GALERIE 10A ; PROFILS EN TRAVERS 94B ET 9838. GALERIE 10A : À L’AVAL DU PUITS 10 ; PROFILS EN TRAVERS 94 À 9739. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 10 ; PROFIL EN TRAVERS 9640. SONDAGE DE LA TÊTE DU PUITS 4LES CONTRAINTES DU CONTEXTE GÉOLOGIQUE ET HYDROGÉOLOGIQUECONTRAINTES GÉOLOGIQUES ET STABILITÉ DES GALERIESContraintes géologiquesStabilité des galeriesCONTRAINTES HYDROGÉOLOGIQUES ET EXHAUREContraintes hydrogéologiquesExhaureLE TRACÉ DU TUNNEL : SA JUSTIFICATION ET SON IMPORTANCE PAR RAPPORT AU PARCOURS TOTAL DE L’AQUEDUCCHOIX STRATÉGIQUES DE PERCEMENTPERCEMENT PAR LES EXTRÉMITÉSPERCEMENT PAR PUITS INTERMÉDIAIRESLES ERREURS DE CREUSEMENT : DES DIFFICULTÉS À OPÉRER LA JONCTION DES GALERIESLE MODE OPÉRATOIRE DU FONÇAGELES PUITSL’ÉCLAIRAGELES NICHES À LAMPELes niches de petit moduleLes niches de grand moduleLA VENTILATION ET L’AÉRAGE DE LA GALERIEINSCRIPTIONS ET TRACÉS DANS LE TUNNELLE PERSONNEL ET LES CONDITIONS DE TRAVAILLE PERSONNELLES CONDITIONS DE TRAVAILLES OUTILSL’ÉQUIPEMENT DU PERSONNELPOSTES DE TRAVAIL ET ÉVALUATION DE LA DURÉE DU CHANTIER DU TUNNELPOSTES DE TRAVAILÉVALUATION DE LA DURÉE DU CHANTIERMISE EN SERVICE ET FONCTIONNEMENT DU TUNNELOBTURATION DES PUITS ET SOUTÈNEMENT DES EXTRÉMITÉSLES TRACES DU FONCTIONNEMENT HYDRAULIQUE DU TUNNELLE DEVENIR DU TUNNEL APRÈS L’ABANDON DE L’AQUEDUC Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Les tunnels d’adduction d’eau connus dans les régions occidentales de l’Empire sont, pour la plupart, creusés dans des massifs calcaires aux reliefs façonnés par l’écoulement des eaux. Foré dans un contexte de roches primaires, le tunnel de Kervoaguel est un ouvrage technique romain tout à fait remarquable. L’étude de cet ouvrage, encore en assez bon état de conservation, a été menée en collaboration avec des géologues, hydrogéologues et spécialistes des travaux en espace souterrain.

    2Les nombreuses observations effectuées, tant du point de vue de la géologie que sur le plan de l’exhaure, la méthode de fonçage des galeries comme les modes de ventilation et d’éclairage, ont livré une quantité de données permettant de mieux comprendre la réalisation technique de ce tunnel d’adduction d’eau et son fonctionnement hydraulique.

    3La publication de travaux sur les carrières (Bedon, 1984) comme sur les mines antiques en Espagne (Domergue, 1990) a été déterminante pour l’étude des tunnels construits à l’époque romaine. Ceux de l’aqueduc de Nîmes furent les premiers, en ce qui concerne la France, à être étudiés de façon détaillée par J.-C. Bessac (1991). En Allemagne, l’étude de K. Grewe sur les tunnels se réfère largement au monde méditerranéen ; avec son regard de topographe, il détaille le mode de fonçage des galeries et analyse la planification et le tracé des tunnels (Grewe, 1998). Dans la même période, les tunnels d’un certain nombre d’aqueducs d’Italie du Nord ont fait l’objet de recherches approfondies, tels ceux de Bologne (Giorgetti, 1985), Asolo (Riera, 1991), Padoue et Este (Zanovello, 1997). En 2003, le colloque de la Frontinus gesellschaft, qui s’est tenu au Luxembourg, prolongeait le propos, à la recherche des origines iraniennes des qanats, et faisait le point sur les galeries romaines de captage d’eau du Luxembourg et des régions voisines (Grewe, 2005). Notons enfin la publication récente de l’étude systématique de l’aqueduc de Bologne, où près de 1 500 sections ont été relevées (soit une section tous les 75 m) sur le tunnel long de vingt kilomètres (Demaria, Forti, 2010).

    4À Carhaix, le plan et le profil en long du tunnel ont été restitués à partir du levé de 98 sections sur les 300 m accessibles du tunnel, soit une section tous les 3 m, et complétés par le levé de surface (fig. 276).

    5Dans ce quatrième chapitre, à la suite de la description archéologique des galeries du boyau et de la tête du puits 4 sondée après report en surface du tracé du tunnel, nous aborderons les questions relatives aux choix stratégiques et techniques de percement, à la réalisation de l’ouvrage, à sa mise en service et son fonctionnement.

    DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE DU TUNNEL

    6Le boyau est accessible sur 300 m de longueur depuis la sortie, à l’extrémité aval, à Kervoaguel (inv. n° 26). Pour faciliter la description, le boyau a été sectorisé en tronçons. Chaque secteur représente une unité de creusement ou de construction : galerie maçonnée, galerie nue, jonction de galeries et maçonnerie d’obturation des puits. Une numérotation désigne chacune des galeries : la galerie maçonnée de sortie – pour partie en tranchée profonde – est nommée galerie 0A ; celle qui la prolonge, non maçonnée est nommée 0B. La galerie creusée à l’aval du puits 1 est numérotée 1A et celle creusée à l’amont 1B et ainsi de suite, 2A puis 2B, etc. Les puits sont numérotés dans l’ordre, depuis la sortie vers l’intérieur du boyau.

    Fig. 276 – Tunnel de Kervoaguel : profil en long et plan à 0,70 m au-dessus du fil d’eau actuel (dessin A. Provost, S. Jean).

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    7Pour la métrique spatiale, un point de référence a été fixé à la sortie du tunnel : c’est le point extrême où la couverture de la galerie 0A est en place.

    1. GALERIE 0A : GALERIE MAÇONNÉE DE SORTIE ; PROFILS EN TRAVERS 0 ET 1

    8Située entre 0 et 20 m du point de référence de la sortie du tunnel.

    9Parfaitement rectiligne, cette galerie est revêtue d’une maçonnerie dont la longueur s’établit à 20 m en paroi droite et 21 m en paroi gauche (fig. 277-279). Le piédroit de droite, large de 0,50 m et haut de 1,10 m, comporte, en parement interne, quinze assises de moellons de grauwacke grossièrement équarris. Le parement du piédroit gauche, large de 0,40 m et haut de 1,20 m, se compose de seize assises. Les joints de mortier ne sont conservés qu’en partie amont de la galerie ; ailleurs, ils sont profondément affouillés. La couverture est édifiée en dalles de schiste disposées en encorbellement. Dans la section aval (profil en travers 0), l’encorbellement se compose de trois dalles recouvertes par trois autres grandes dalles de 0,05 m d’épaisseur moyenne. À l’extrados, une chape de mortier de 0,03 m à 0,05 m d’épaisseur isole la couverture. Un remblai de terre et de pierres, d’environ 2 m d’épaisseur, recouvre la structure. Dans la section amont (profil en travers 1), l’encorbellement, composé de deux dalles sur le piédroit de droite et d’une dalle unique sur le piédroit de gauche, supporte deux grandes dalles de couverture. Un blocage de pierres de 0,60 m d’épaisseur comble l’espace compris entre l’extrados et le plafond du boyau. Il n’y a pas de radier et le plancher, constitué par le substrat, apparaît plan, mais il est masqué par des sédiments.

    10La largeur interne du conduit s’établit à 0,50 m pour une hauteur de 1,30 m à 1,40 m. La hauteur d’eau actuelle dans le conduit est de 0,10 m à l’étiage.

    11Le parement interne du piédroit de droite est interrompu par cinq saignées verticales, de même hauteur que le piédroit, de 0,20 m de largeur et de 0,12 m à 0,30 m de profondeur. Le fond de ces aménagements n’est pas parementé et un blocage est visible, sauf dans la saignée la plus proche de la section aval, où la roche à nu apparaît. On observe, en partie haute de trois de ces aménagements, à l’arrière de la couverture, ce qui semble être un orifice non aménagé ou un interstice comblé de sédiments. Par rapport à la section amont (profil en travers 1), ces aménagements sont respectivement positionnés à 8,25 m, 7,15 m, 5,80 m, 4,70 m et 2,70 m. Les interdistances entre ces aménagements sont respectivement de 1,10 m, 1,35 m, 1,10 m et 2 m. L’hypothèse de négatifs de boisage est peu probante tant au plan structurel qu’au plan fonctionnel. Les saignées sont toutes situées du côté amont de la colline et dans la partie proprement souterraine de la galerie. Il pourrait s’agir d’aménagements destinés à drainer les eaux d’infiltration au pied du coteau. De nos jours, en période hivernale, l’eau sourd fréquemment au travers de ces saignées.

    Fig. 277 – Tunnel de Kervoaguel, de la section de sortie au puits 1 : relevé des artéfacts et des fissures des parois. Au centre : plan du boyau à 0,70 m au-dessus du fil d’eau actuel ; en haut : paroi droite ; en bas : paroi gauche et profils en travers repérés par les nombres cerclés. Les niches à lampe sont figurées par des demi-cercles noirs ; les fissures sont représentées par des traits pleins ou pointillés avec indication des directions de la schistosité et du pendage (dessin A. Provost, S. Jean).

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    12La galerie maçonnée de sortie devait atteindre, à l’origine, une longueur de 50 à 55 m d’après l’analyse des données de la section fouillée en aval (inv. n° 26). Elle est aménagée pour partie en tranchée couverte, comme le montre la section aval dont la couverture est remblayée, et pour partie en boyau souterrain sur plus de 8 m de longueur d’après la position de la saignée la plus éloignée de la section amont. Le revêtement du boyau s’arrête manifestement au point où la roche est jugée suffisamment saine pour s’en dispenser.

    2. GALERIE 0B : GALERIE NON MAÇONNÉE DE SORTIE ; PROFILS EN TRAVERS 1 À 5

    13Entre 20 m et 40 m du point de référence de la sortie du tunnel.

    14Galerie à paroi brute, longue de 20 m, haute et rectiligne, à section subrectangulaire et voûte en berceau plat légèrement surbaissée vers le milieu et se relevant progressivement vers son extrémité amont (fig. 277 et 280). Sa hauteur, de 2,15 m au niveau de la section chemisée 0A, varie ensuite de 2,24 m à 1,90 m. Son alignement est identique à celui de la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,80 m sous voûte, 0,90 m à l’épaule et au niveau de la sédimentation de fonctionnement, 1 m à 0,80 m au plancher. En partie amont, une reprise du creusement de la base de la galerie sur 0,50 m de hauteur se manifeste par un profil redressé et vertical, tout particulièrement au droit des profils en travers 2, 3 et 4.

    Fig. 278 – Tunnel de Kervoaguel : dessin de la maçonnerie de soutènement au niveau du profil en travers 0 (dessin A. Provost, É. Philippe).

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    Fig. 279 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie de soutènement de la galerie 0A (cliché H. Paitier).

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    Fig. 280 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la galerie 0B (cliché H. Paitier).

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    15Cette galerie est creusée dans les schistes puis dans les grauwackes sur les trois derniers mètres. Au droit des profils en travers 2, 3 et 6, la direction de la schistosité est respectivement de 75° E., 95° E. et 84° E., et le pendage de 75° S., 58° S. et 67° S. Les diaclases sont fréquentes : cinq diaclases principales ont un plan de décollement dont la direction est extrêmement variable (de 0° E. à 173° E.) et un pendage compris entre 64° S. et 89° S. Les parois sont recouvertes d’un dépôt d’apparence sableuse, noir, friable. Les nombreux plans de fractures ont entraîné la chute de blocs et de plaques postérieurement à la mise en service du boyau.

    16Les traces d’outils sont remarquables dans la partie amont ; elles sont courbes en paroi, dirigées vers l’amont du boyau, et croisées au plafond. Leur ampleur est modeste : de 0,05 m à 0,12 m de longueur.

    17Cinq niches de grand module sont apparentes en paroi gauche, vers le milieu de la galerie. Elles sont aménagées entre 0,60 m et 0,80 m sous plafond et leur interdistance varie de 1,05 m à 1,75 m. Dans la partie aval, l’érosion des parois a pu en faire disparaître un certain nombre.

    18La hauteur d’eau actuelle varie entre 0,20 m et 0,30 m. La stagnation indique un plancher globalement plan, mais il est masqué par des sédiments.

    19Le dépôt de fonctionnement en paroi, de couleur ocre, est conservé sur les deux parois à partir du profil en travers 4.

    20Hauteur maximale de la section mouillée : 0,60 m.

    21Hauteur minimale : 0,45 m.

    3. JONCTION ENTRE LA GALERIE 0B ET LA GALERIE 1A ; PROFIL EN TRAVERS 6

    22À 40 m du point de référence de la sortie.

    23La jonction est matérialisée par un resserrement en chatière, de forme ogivale, dont le plafond est plus bas de 0,40 m par rapport à la galerie aval 0B et de 0,10 m par rapport à la galerie amont 1A. Un décalage latéral est perceptible au niveau du plancher : un redan de 0,30 m y est observable en paroi droite, côté aval. Un ressaut apparaît au niveau du plancher plus bas de 0,15 m du côté amont (fig. 277 et 281).

    24Au resserrement, la largeur du boyau est réduite à 0,75 m pour une hauteur de 1,50 m.

    4. GALERIE 1A : À L’AVAL DU PUITS 1 ; PROFILS EN TRAVERS 6 ET 7

    25Entre 40 m et 43,50 m du point de référence de la sortie.

    26Galerie à paroi brute, creusée à partir du puits 1, de seulement 3,50 m de longueur, à profil subrectangulaire, à plafond en berceau irrégulier, se rapprochant de la forme ogivale d’aval en amont (fig. 277).

    27Sa hauteur évolue entre 1,60 m et 1,80 m. Son alignement est légèrement décalé de 2° E. par rapport à l’axe de la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,90 m à l’épaule, 0,80 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,80 m au plancher.

    Fig. 281 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la jonction des galeries 0B et 1A, côté aval (cliché H. Paitier).

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    28Galerie creusée dans les grauwackes, puis les schistes près du puits 1.

    29Les traces d’outils, peu nettes, sont dirigées vers l’aval du boyau.

    30Les niches sont absentes.

    31La lame d’eau, stagnante, atteint 0,30 m d’épaisseur. Le plancher, plan, apparaît surbaissé de 0,15 m par rapport à la galerie 0B. Le dépôt de fonctionnement est conservé sur les deux parois.

    32Hauteur maximale de la section mouillée : 0,65 m.

    33Hauteur minimale : 0,50 m.

    5. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 1 ENTRE LES GALERIES 1A ET 1B ; PROFILS EN TRAVERS 7 ET 8

    34Entre 43,50 m et 45,15 m du point de référence de la sortie.

    35La longueur de la maçonnerie est de 1,65 m. Son alignement est identique à celui de la section maçonnée de sortie. Les joints de mortier débordants des assises masquent en grande partie les parements. Le piédroit de droite, haut de 1,40 m, est engagé aux deux tiers dans l’emprise du puits en section aval et au tiers en section amont. Le piédroit de gauche, de même hauteur, est à demi engagé dans l’emprise du puits. La couverture est un encorbellement à trois dalles recouvert par une seule épaisseur de dalles jointives de 0,30 m de largeur. Le plancher apparaît plan. La hauteur du passage résiduel s’établit à 1,60 m pour une largeur de 0,60 m (fig. 282-283).

    Fig. 282 – Tunnel de Kervoaguel, du puits 1 au puits 2 : relevé des artéfacts et des fissures des parois. Au centre : plan du boyau à 0,70 m au-dessus du fil d’eau actuel ; en haut : paroi droite ; en bas : paroi gauche et profils en travers repérés par les nombres cerclés. Les niches à lampe sont figurées par des demi-cercles noirs ; les fissures sont représentées par des traits pleins ou pointillés avec indication des directions de la schistosité et du pendage (dessin A. Provost, S. Jean).

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    36La section de la base du puits est estimée à 1,65 m x 1,40 m et sa profondeur approche 9,40 m.

    6. GALERIE 1B : À L’AMONT DU PUITS 1 ; PROFILS EN TRAVERS 8 À 11

    37Entre 45,15 m et 58,95 m du point de référence de la sortie.

    38Galerie à paroi brute, longue de 13,80 m, surbaissée, de section subrectangulaire à voûte en berceau plat, légèrement désaxée vers l’est par rapport au plan vertical (fig. 282 et 284).

    39D’aval en amont, sa hauteur évolue progressivement de 1,55 m à 1,85 m. À partir du puits, l’alignement est identique à celui de la galerie maçonnée de sortie. Au niveau du profil en travers 9, elle présente un léger coude vers l’ouest. Ses largeurs moyennes sont de 0,80 m à l’épaule et 0,70 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et au plancher. En bas de la paroi gauche, une reprise du creusement apparaît sur une hauteur de 0,30 m.

    40Galerie creusée dans les schistes. Au profil en travers 12, la direction de la schistosité est de 82° E. et le pendage de 71° S. La direction du plan de décollement des diaclases relevées au profil 9 varie de 24° E. à 173° E. ; le pendage est compris entre 57° S. et 77° S.

    41Le dépôt noirâtre recouvre la totalité de la paroi.

    42Les traces d’outils, courbes et assez grossières du fait de la rugosité des parois, sont d’une amplitude inférieure à 0,20 m, espacées de 0,03 m à 0,05 m et dirigées vers l’amont du boyau.

    43Les niches sont présentes uniquement en paroi gauche, au nombre de cinq, dont trois à proximité de la jonction des galeries 1B et 2A. Deux niches sont de petit module à 0,60 m sous plafond. Les trois autres sont de grand module à 0,30 m, 0,40 m et 0,70 m sous plafond, les deux dernières étant espacées de 1 m.

    44La hauteur d’eau actuelle varie de 0,25 m à 0,30 m.

    45Le dépôt de fonctionnement est conservé sur les deux parois.

    46Hauteur maximale de la section mouillée : 0,70 m.

    47Hauteur minimale : 0,55 m.

    Fig. 283 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie d’obturation du puits 1, côté aval (cliché H. Paitier).

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    Fig. 284 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la jonction des galeries 1B et 2A, côté aval (cliché H. Paitier).

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    7. JONCTION ENTRE LA GALERIE 1B ET LA GALERIE 2A ; PROFIL EN TRAVERS 12

    48À 58,95 m du point de référence de la sortie.

    49Rétrécissement en chatière subrectangulaire, resserré latéralement de 0,20 m, dont le plafond est surbaissé de 0,80 m par rapport à celui des galeries attenantes. Le décalage latéral des deux galeries est minime : 0,15 m en paroi gauche et 0,10 m en paroi droite (fig. 282 et 284).

    50La largeur du boyau au resserrement est de 0,55 m pour une hauteur de 1,40 m.

    8. GALERIE 2A : À L’AVAL DU PUITS 2 ; PROFILS EN TRAVERS 13 À 15

    51Entre 58,95 m et 71,65 m du point de référence de la sortie.

    52Galerie à paroi brute, rectiligne, longue de 12,70 m, large et basse, à profil régulier et voûte en berceau, quelque peu rétrécie vers la jonction avec la galerie 1B (fig. 282 et 285). Sa hauteur varie très peu, entre 1,55 m et 1,60 m. L’amorce de la galerie, depuis le puits 2, est en léger décalage de 2° E. par rapport à la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,95 m à l’épaule, au niveau de la sédimentation de fonctionnement et au plancher.

    53Galerie creusée dans les schistes. Au profil en travers 14, la direction de la schistosité est de 96° E. et le pendage de 65° S. Entre les profils 14 et 15, le plan de décollement des deux diaclases est de 131° E. et 159° E. et le pendage de 44° S. et 85° S.

    Fig. 285 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la galerie 2A (cliché H. Paitier).

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    54La paroi est entièrement recouverte par le dépôt noir.

    55Les traces d’outils, peu lisibles mais dirigées vers l’aval du boyau, sont difficilement mesurables en raison de la rugosité des parois.

    56Les niches sont au nombre de dix-huit, régulièrement réparties sur les deux parois mais absentes dans la section de quatre mètres proche du puits 2. En paroi de droite, cinq niches de petit module sont situées entre 0,30 m et 0,40 m sous plafond, interdistantes de 1,30 m, 1,60 m et 1,90 m. Quatre niches de grand module sont disposées sur un niveau légèrement inférieur, entre 0,50 m et 0,60 m sous voûte. En paroi de gauche, sept niches de petit module sont réparties entre 0,30 m et 0,70 m sous voûte ; les interdistances varient entre 0,40 m et 1,90 m. Deux niches de grand module sont à 0,45 m sous voûte, espacées de 1,50 m.

    57La hauteur de la lame d’eau stagnante actuelle est de 0,20 m ; le plancher apparaît plan.

    58Hauteur maximale de la section mouillée : 0,60 m.

    59Hauteur minimale : 0,45 m.

    9. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 2 ENTRE LES GALERIES 2A ET 2B ; PROFILS EN TRAVERS 15 ET 16

    60Entre 71,65 m et 77,35 m du point de référence de la sortie.

    61La longueur de la maçonnerie est de 5,70 m. Son alignement est identique à celui de la section maçonnée de sortie (fig. 282 et 286). Le piédroit de droite, haut de 1,30 m, est à demi engagé dans l’emprise du puits dans sa section aval et plaqué contre la paroi brute ; dans sa section amont, sa hauteur mesure 1,10 m. En réalité, le piédroit est constitué de deux maçonneries successives : une maçonnerie initiale, côté aval, longue de 1,40 m et une adjonction de 4,20 m de longueur, saillant de 0,02 m à 0,06 m par rapport à la maçonnerie initiale. Le piédroit de gauche est à demi engagé dans l’emprise du puits, haut de 1,40 m en section aval et plaqué contre la paroi brute ; dans sa section amont, sa hauteur est de 1,20 m. La maçonnerie de ce piédroit présente une homogénéité apparente. En aval, la couverture est un encorbellement à trois dalles sur le piédroit de droite et deux sur le piédroit de gauche, recouvert par des dalles plates accumulées sur 0,30 m de hauteur. En amont, la maçonnerie en voûte ogivale de 0,70 m de hauteur est coiffée par des dalles obturant l’espace sommital large de 0,20 m, elles-mêmes recouvertes par un blocage de 0,40 m de hauteur. Le plancher apparaît plan. La hauteur du passage résiduel est de 1,60 m à l’aval et 1,90 m à l’amont pour une largeur constante de 0,60 m.

    Fig. 286 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie d’obturation du puits 2, côté amont (cliché H. Paitier).

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    62La longueur exceptionnelle de cette maçonnerie trouve sa justification. À l’aval, sur 1,40 m de longueur, on identifie la maçonnerie d’obturation du puits proprement dite avec l’engagement des maçonneries dans l’emprise du puits. Le rajout amont est un revêtement de la paroi du boyau motivé par la nature de la roche à cet endroit : un schiste fortement fissuré et diaclasé. La paroi présente d’ailleurs des négatifs de blocs et de plaques détachés du plafond lors du minage.

    63La section de la base du puits est estimée à 1,50 m x 1,40 m et sa profondeur est voisine de 12 m.

    10. GALERIE 2B : À L’AMONT DU PUITS 2 ; PROFILS EN TRAVERS 16 À 24

    64Entre 77,35 m et 105,50 m du point de référence de la sortie.

    65Galerie à paroi brute, longue de 28,15 m. Si l’on y ajoute les 4,30 m de galerie revêtue près du puits 2, on obtient une longueur totale forée sur 32,45 m (fig. 287-288). Globalement subrectangulaire, elle ne présente pas un profil parfaitement uniforme. À des tronçons à voûte en berceau, voire en berceau plat dans la moitié aval, succède une galerie outrepassée à l’épaulement vers l’amont. À 2,30 m en amont, la hauteur se réduit à 1,90 m avant d’atteindre 2,10 m à proximité de la jonction avec la galerie 3A. Son alignement est identique à celui de la section maçonnée de sortie ; une légère sinuosité marque son tracé dans la partie amont. Ses largeurs moyennes sont de 0,80 m à 1 m à l’épaule, 0,70 m à 1 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,60 m à 1 m au plancher.

    66La reprise du creusement du fond du boyau, manifeste sur 0,50 m à 0,60 m de hauteur, notamment au niveau des profils 19 et 22, se caractérise par la normalisation de la base de la paroi en verticalité et en dimension.

    67Cette galerie est creusée dans les grauwackes à intercalations de schiste du troisième au quinzième mètre, puis dans les schistes à faciès gréseux au niveau de la jonction avec la galerie 3A. Mesurée aux profils en travers 17, 21 et 22, la direction de la schistosité est de 75° E., 67° E. et 68° E. ; le pendage est respectivement de 80° S., 87° S. et 77° S. Deux fissures ouvertes, aux profils 21 et 23, ont un plan de décollement de direction 84° E. et 118° E. pour un pendage de 84° S. et 60° S. Les diaclases sont nombreuses à proximité de la maçonnerie de soutènement accostée au puits 2, entre les profils 21 et 22 puis 24 et 25. Direction et pendage sont répartis selon un large éventail.

    68La paroi, très régulière, est recouverte par le dépôt noir plus ou moins délavé ou recouvert par endroits d’un sédiment terreux correspondant à des venues d’eau fissurales postérieurement au dépôt. Au plafond, des surfaces circulaires sont dépourvues du dépôt noir, laissant voir la roche naturelle de couleur grise. Ces surfaces semblent correspondre à des poches d’air emprisonnées par une montée en charge du boyau postérieurement à l’abandon de l’aqueduc (voir infra).

    69Les traces d’outils, très pures, sont courbes en paroi, dirigées vers l’amont du boyau, et croisées au plafond. Leur amplitude se situe entre 0,05 m et 0,12 m. Elles sont manifestement l’œuvre d’un outil à pointe acérée.

    70Les niches, réparties sur les deux parois, sont plus nombreuses en paroi de droite. Les niches de petit module sont au nombre de dix-neuf, réparties sur deux niveaux : douze entre 0,15 m et 0,40 m sous voûte et sept entre 0,60 m et 0,90 m sous voûte. Les interdistances les plus fréquentes sont de 0,60 m, 0,75 m et 1,20 m. Au nombre de dix, les niches de grand module sont également réparties sur deux niveaux : cinq à proximité du puits 2, entre 0,20 m et 0,50 m sous voûte, et deux vers l’amont à 0,90 m également sous voûte. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de quinze et présentent la même disposition, sur deux niveaux, qu’en paroi de droite. Les niches de grand module sont au nombre de cinq, dont quatre au niveau inférieur.

    71De 0,25 m, en aval, la hauteur d’eau actuelle atteint 0,40 m avant de se réduire à 0,25 m en amont. La vitesse de l’eau est pratiquement nulle. Le plancher du boyau est surbaissé vers le milieu de la galerie, à l’instar du plafond. La hauteur du dépôt de fonctionnement conservé sur les deux parois varie en fonction du profil du plancher, entre 0,75 m et 0,90 m.

    72Hauteur maximale de la section mouillée : 0,82 m (moyenne).

    73Hauteur minimale : 0,65 m.

    Fig. 287 – Tunnel de Kervoaguel, du puits 2 au puits 3 : relevé des artéfacts et des fissures des parois. Au centre : plan du boyau à 0,70 m au-dessus du fil d’eau actuel ; en haut : paroi droite ; en bas : paroi gauche et profils en travers repérés par les nombres cerclés. Les niches à lampe sont figurées par des demi-cercles noirs ; les fissures sont représentées par des traits pleins ou pointillés avec indication des directions de la schistosité et du pendage (dessin A. Provost, S. Jean).

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    Fig. 288 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la galerie 2B (cliché H. Paitier).

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    Fig. 289 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la jonction des galeries 2B et 3A, côté aval (cliché H. Paitier).

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    11. JONCTION ENTRE LA GALERIE 2B ET LA GALERIE 3A ; PROFILS EN TRAVERS 25 ET 26

    74À 105,50 m du point de référence de la sortie.

    75Dans une roche schisto-gréseuse, jonction matérialisée par un rétrécissement en chatière, surbaissé de 0,40 m par rapport aux galeries amont et aval (fig. 287 et 289). Le décalage latéral est très minime : 0,15 m en paroi droite et 0,10 m en paroi gauche.

    76La largeur du boyau au resserrement est réduite à 0,70 m pour une hauteur de 1,70 m.

    12. GALERIE 3A : À L’AVAL DU PUITS 3 ; PROFILS EN TRAVERS 26 À 31

    77Entre 105,50 m et 115,40 m du point de référence de la sortie.

    78Galerie à paroi brute, longue de 9,90 m, subrectangulaire, à plafond en berceau plat et voûte outrepassée au niveau du profil 29. Sa hauteur évolue entre 1,85 m et 2,05 m (fig. 287 et 290-291). Elle est légèrement sinueuse ; son amorce à partir du puits 3 est décalée de 5° E. par rapport à la section maçonnée de sortie. Ses largeurs sont de 0,80 m à l’épaule, 0,70 m à 0,80 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,65 m à 0,75 m au plancher. La reprise du creusement de la galerie en partie inférieure, sur 0,60 m, est très nette près du profil 28.

    79Galerie creusée dans les schistes à intercalations de grauwackes. La schistosité est de 82° E. de direction et de 87° S. de pendage. Les principales diaclases sont localisées au niveau des profils 29 et 30. La direction du plan de décollement varie entre 18° E. et 162° E., et le pendage est compris entre 59° S. et 92° S. Les parois, presque lisses, sont recouvertes par le dépôt noir.

    Fig. 290 – Tunnel de Kervoaguel : galerie 3A, vue de l’inscription n° 1 (cliché H. Paitier).

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    80Les traces d’outils sont orientées vers l’aval.

    81Les niches sont réparties sur les deux parois. En paroi de droite, les trois premiers mètres à partir du puits 3 en sont dépourvus. On en compte ensuite trois de petit module entre 0,40 m et 0,60 m sous plafond et quatre de grand module réparties sur deux niveaux : deux à 0,30 m sous plafond et deux à 0,60 m. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de huit, réparties sur deux niveaux, entre 0,20 m et 0,40 m sous plafond d’une part et entre 0,70 m et 0,90 m d’autre part. Une seule niche de grand module est présente, au milieu de la galerie, à 0,90 m sous plafond.

    Fig. 291 – Tunnel de Kervoaguel : galerie 3A, vue de l’inscription n° 2 (cliché H. Paitier).

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    82Deux inscriptions antiques ont été localisées en paroi de droite, distantes de 3,50 m ; il s’agit de deux nombres profondé ment gravés à la pointe sur des plans de diaclase :

    • l’inscription n° 1 est à 111,10 m du point de référence de la sortie et à 4,30 m du puits 3. Elle est gravée sur une surface plane de 0,42 m x 0,20 m. La base de l’inscription se situe à 0,60 m du plancher et la partie supérieure à 0,80 m sous voûte. Les caractères, de bonne facture, ont une hauteur de 0,13 m à 0,16 m. On lit très clairement l’inscription XXVII ;

    • l’inscription n° 2 est à 114,60 m du point de référence de la sortie et à 0,80 m du puits 3, gravée sur une surface plane de 0,60 m x 0,30 m. La base de l’inscription se situe à 0,40 m du plancher et la partie supérieure à 0,90 m sous voûte. Les caractères, plus frustes que dans l’inscription n° 1, ont une hauteur de 0,19 m à 0,28 m.

    83Nous lisons, avec quelque hésitation, l’inscription XXVII ; des traces de pics transversales, certaines antérieures et d’autres postérieures à la gravure des deux derniers caractères, rendent la lecture malaisée.

    84La lame d’eau stagnante actuelle varie de 0,25 m à 0,35 m. Le plancher est globalement plan, légèrement surbaissé au niveau des profils 28 et 29.

    85La hauteur du dépôt de fonctionnement ocre, conservé sur les deux parois, varie en fonction du profil du plancher, entre 0,80 m au niveau du profil 29 et 0,65 m à 0,70 m en amont et en aval.

    86Hauteur maximale de la section mouillée : 0,75 m (moyenne).

    87Hauteur minimale : 0,60 m.

    13. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 3 ENTRE LES GALERIES 3A ET 3B ; PROFILS EN TRAVERS 31 ET 32

    88Entre 115,40 m et 117,10 m du point de référence de la sortie.

    89D’une longueur de 1,70 m, la section maçonnée est alignée sur celle de la section de sortie (fig. 287 et 292). Le piédroit de droite, haut de 1,50 m en partie aval, est totalement engagé dans l’emprise du puits ; en partie amont, il est engagé au tiers et sa hauteur atteint 1,60 m. Le piédroit de gauche, haut de 1,50 m, est à demi engagé dans l’emprise du puits en partie aval et engagé au tiers en partie amont, où sa hauteur atteint 1,60 m. Les joints de mortier, soigneusement talochés, masquent en partie les parements assisés. La couverture est en encorbellement à deux dalles supportant une unique série de sept dalles plates jointives en recouvrement terminal. Le plancher apparaît plan. La hauteur du passage résiduel est de 1,70 m pour 0,60 m de largeur.

    90La section de la base du puits est estimée à 1,70 m x 1,40 m et sa profondeur atteint 15,90 m.

    14. GALERIE 3B : À L’AMONT DU PUITS 3 ; PROFILS EN TRAVERS 32 À 35

    91Entre 117,10 m et 130 m du point de référence de la sortie.

    92Galerie à paroi brute, longue de 12,90 m, à profil subrectangulaire et voûte en berceau très plat, plus large à l’épaule, dont la hauteur évolue régulièrement, d’aval en amont, de 1,85 m à 2,05 m (fig. 293). À son amorce, la galerie présente un décalage de 4° E. par rapport à la section maçonnée de sortie ; une légère inflexion vers l’ouest la réaligne globalement. Ses largeurs moyennes sont de 1 m à l’épaule, de 0,65 m à 1 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,65 m à 0,75 m au plancher. Bien que peu perceptible, une reprise du creusement à la base de la galerie, sur 0,60 m de hauteur, est avérée.

    Fig. 292 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie d’obturation du puits 3, côté aval (cliché H. Paitier).

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    Fig. 293 – Tunnel de Kervoaguel, du puits 3 au puits 5 : relevé des artéfacts et des fissures des parois. Au centre : plan du boyau à 0,70 m au-dessus du fil d’eau actuel ; en haut : paroi droite ; en bas : paroi gauche et profils en travers repérés par les nombres cerclés. Les niches à lampe sont figurées par des demi-cercles noirs ; les fissures sont représentées par des traits pleins ou pointillés avec indication des directions de la schistosité et du pendage (dessin A. Provost, S. Jean).

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    93Galerie creusée dans les schistes gréseux à intercalations de grauwackes. Entre les profils en travers 32 et 24, la direction de la schistosité varie de 71° E. à 84° E. et le pendage est constant à 77° S. Trois diaclases et deux fissures ouvertes existent entre les profils 34 et 35. La direction du plan de décollement varie entre 85° E. et 174° E. et le pendage est compris entre 30° S. et 50° S. Les parois lisses sont recouvertes par le dépôt noir.

    94Les traces d’outils sont dirigées vers l’amont.

    95Les niches sont moins nombreuses en paroi de gauche et sont absentes, en paroi de droite, dans les deux premiers mètres contigus au puits 3. En paroi de droite, on compte seize niches de petit module réparties sur deux niveaux, entre 0,20 m et 0,40 m sous plafond et entre 0,60 m et 0,90 m. Les interdistances les plus fréquentes sont de 0,40 m, 0,60 m et 0,90 m. Les niches de grand module sont au nombre de deux, à 0,50 m et 0,80 m sous plafond, l’une vers le milieu de la galerie et l’autre à proximité de la jonction. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de six, réparties sur un unique niveau entre 0,30 m et 0,40 m sous plafond. Les niches de grand module sont au nombre de cinq, dont trois en haut de paroi, à proximité du puits 3.

    96La hauteur d’eau actuelle varie de 0,30 m à l’aval à 0,25 m à l’amont. Le plancher est en légère pente vers l’aval.

    97Hauteur maximale de la section mouillée : 0,80 m.

    98Hauteur minimale : 0,65 m.

    15. JONCTION ENTRE LA GALERIE 3B ET LA GALERIE 4A ; PROFIL EN TRAVERS 35

    99À 130 m du point de référence de la sortie.

    100La jonction est à peine marquée. Le plafond est surbaissé de 0,20 m par rapport à la galerie 3B et le décalage latéral entre les deux galeries n’est que de 0,15 m (fig. 293).

    101La jonction des traces d’outils dirigées vers l’amont depuis la galerie 3B et vers l’aval depuis la galerie 4A est très apparente. Sur le ressaut de 0,20 m subsistant au plafond, du côté de la galerie 3B, on observe des traces de percussion au pic, de 0,02 m à 0,03 m de profondeur.

    102Au resserrement, la largeur du boyau est réduite à 0,60 m pour une hauteur de 1,90 m.

    16. GALERIE 4A : À L’AVAL DU PUITS 4 ; PROFILS EN TRAVERS 36 À 39

    103Entre 130 m et 137,30 m du point de référence de la sortie.

    104Galerie à paroi brute, longue de 7,30 m, à profil subrectangulaire et voûte en berceau plat outrepassée à l’épaule (fig. 293-294). Elle apparaît relativement sinueuse avec, depuis le puits 4, une inflexion de 5° O. par rapport à la section maçonnée de sortie puis un retour vers l’est. La reprise du fonçage de la partie basse de la galerie sur 0,60 m est avérée au vu du profil vertical de la base des parois. Ses largeurs moyennes mesurent de 0,70 m à 0,80 m à l’épaule, 0,60 m à 0,75 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,50 m à 0,70 m au plancher.

    105Galerie creusée dans les schistes gréseux à intercalations de grauwackes. Au profil 37, la direction de la schistosité est de 102° E. et le pendage de 73° S. Au même endroit, une fissure d’où l’eau jaillit en période hivernale est de direction 165° E. pour un pendage de 65° S. Lisses en amont, les parois présentent un aspect plus rugueux à l’aval ; elles sont recouvertes par le dépôt noir.

    Fig. 294 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la galerie 4A (cliché H. Paitier).

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    106En paroi, les traces d’outils sont orientées vers l’aval ; elles sont particulièrement nettes au plafond, où elles sont croisées.

    107Réparties sur les deux parois, les niches sont absentes en paroi de gauche sur les deux mètres contigus au puits 4. En paroi de droite, les niches de petit module sont au nombre de quatre dont deux, distantes de 0,70 m, sont proches de la jonction à 0,30 m et 0,40 m sous voûte ; les deux autres, proches du puits 4 et distantes de 0,80 m, se situent à 0,40 m et 0,60 m sous voûte. L’unique niche de grand module est placée au milieu de la galerie, à 0,70 m sous voûte. En paroi de gauche, les quatre niches de petit module sont groupées à proximité de la jonction, dont trois, espacées de 0,70 m, sont à 0,30 m sous voûte et la quatrième à 0,60 m. La seule niche de grand module est en vis-à-vis de celle de même taille en paroi de droite, à 0,30 m sous voûte.

    108La hauteur d’eau actuelle mesure 0,25 m à proximité de la jonction et n’est plus que de 0,15 m à proximité du puits 4. Le plancher se relève donc progressivement vers le puits 4.

    109La hauteur du dépôt de fonctionnement, conservé sur les deux parois, varie en fonction du profil du plancher, entre 0,70 m et 0,60 m à proximité du puits 4.

    110Hauteur maximale de la section mouillée : 0,65 m (moyenne).

    111Hauteur minimale : 0,50 m.

    17. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 4 ENTRE LES GALERIES 4A ET 4B ; PROFILS EN TRAVERS 39 ET 40

    112Entre 137,30 m et 139 m du point de référence de la sortie.

    113L’alignement de la maçonnerie, longue de 1,70 m, est décalé de 5° O. par rapport à la section maçonnée de sortie (fig. 293 et 295). Le piédroit de droite, haut de 1,45 m, est engagé en totalité dans l’emprise du puits, tant en amont qu’en aval. Haut de 1,55 m, le piédroit de gauche est à demi engagé dans l’emprise du puits. La couverture est un encorbellement à trois dalles recouvert par une unique série de cinq grandes dalles jointives, de 0,30 m de largeur, obturant l’espace subsistant de 0,15 m. Le plancher est plan. La hauteur résiduelle du boyau est de 1,60 m pour une largeur de 0,60 m.

    114La section de la base du puits est estimée à 1,70 m x 1,40 m et sa profondeur s’établit à 17,20 m.

    115La tête du puits a fait l’objet d’un sondage (voir infra, p. 204-205).

    18. GALERIE 4B : À L’AMONT DU PUITS 4 ; PROFILS EN TRAVERS 40 À 44

    116Entre 139 m et 151,20 m du point de référence de la sortie.

    117Galerie à paroi brute, longue de 12,20 m, à profil subrectangulaire et voûte en berceau plat outrepassée à l’épaule (fig. 293). Sur les premiers mètres (soit 2,20 m), la galerie s’élève de 1,90 m à 2,15 m ; en ce point, un brusque ressaut ramène la hauteur à 1,90 m. Le plafond s’élève ensuite progressivement jusqu’à 2,10 m. La galerie, dont l’amorce est à 1° près alignée sur la section maçonnée de sortie, affecte une légère inflexion vers l’est avant une reprise vers l’ouest. Ses largeurs moyennes sont de 0,70 m à 0,90 m à l’épaule, 0,60 m à 0,80 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,50 m au plancher. En partie basse, la reprise du fonçage est nette sur 0,50 m à 0,70 m de profondeur.

    Fig. 295 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie d’obturation du puits 4, côté aval (cliché H. Paitier).

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    118Galerie creusée dans les schistes gréseux à intercalations de grauwackes. Aux profils 42, 43 et 44, trois fissures ouvertes, de 0,01 m, 0,06 m et 0,03 m, sont actives en hiver. La direction du plan de décollement est respectivement de 109° E., 90° E. et 127° E. ; le pendage est de 59° S., 64° S. et 71° S.

    119Les traces d’outils sont orientées vers l’amont du boyau. Au niveau du ressaut au plafond, à 2,20 m du puits 4, on observe des points de percussion.

    120Les niches, au nombre de vingt-six, sont deux fois plus nombreuses en paroi droite qu’en paroi gauche. En paroi droite, les niches de petit module sont au nombre de quinze ; elles sont absentes sur les deux premiers mètres à partir du puits 4 et nettement réparties sur deux niveaux, entre 0,20 m et 0,40 m sous voûte et entre 0,60 m et 0,80 m. Vers le milieu de la galerie, elles sont distantes de 0,60 m. Les niches de grand module sont au nombre de deux ; elles sont voisines du ressaut, espacées de 0,50 m et à 0,40 m sous voûte. En paroi gauche, les niches de petit module sont au nombre de huit, régulièrement réparties sur deux niveaux et interdistantes de 0,90 m, 1,20 m et 1,50 m. Une seule niche de grand module est observable, aux deux tiers amont de la galerie, à 0,90 m sous voûte.

    121La hauteur d’eau actuelle varie de 0,15 m à 0,20 m, mais le plancher est globalement plan.

    122Hauteur maximale de la section mouillée : 0,65 m.

    123Hauteur minimale : 0,60 m.

    124N.B. : le ressaut du plafond à 2,20 m du puits 4 témoigne d’un pilotage de galerie mal engagé (trop haut) et rectifié au bout de 2,20 m de fonçage.

    Fig. 296 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la jonction des galeries 4B et 5A, côté aval (cliché H. Paitier).

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    19. JONCTION ENTRE LA GALERIE 4B ET LA GALERIE 5A ; PROFIL EN TRAVERS 44

    125À 151,20 m du point de référence de la sortie.

    126La jonction est matérialisée par un resserrement en chatière, caractérisé par un ressaut au plafond, de 0,50 m à l’aval et de 0,10 m à l’amont, et par un net décalage latéral des galeries (fig. 293 et 296). Le décalage vers l’ouest de la galerie 5A a généré un redan très marqué de 0,50 m à l’aval et un redan de 0,30 m à l’amont.

    127Côté aval de la jonction, de nombreux impacts de percussion au pic sont visibles sur le plan vertical du ressaut au plafond.

    128Au resserrement, la largeur du boyau est réduite à 0,50 m pour une hauteur de 1,55 m.

    20. GALERIE 5A : À L’AVAL DU PUITS 5 ; PROFILS EN TRAVERS 44 À 47

    129Entre 151,20 m et 165,50 m du point de référence de la sortie.

    130Galerie à paroi brute, longue de 14,30 m, à profil subrectangulaire et voûte en berceau plat plus ou moins outrepassé à l’épaule (fig. 293).

    131À partir du puits 5, le plafond de la galerie s’abaisse progressivement de 2,15 m à 1,65 m. Sa base est nettement resserrée et redressée sur 0,30 m à 0,50 m de hauteur. La galerie présente une nette courbure vers l’ouest. Par rapport à la section maçonnée de sortie, l’amorce de la galerie, depuis le puits 5, est décalée de 10° O. Ses largeurs moyennes sont de 0,80 m à 1 m à l’épaule, 0,75 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et de 0,55 m à 0,75 m au plancher.

    132Galerie creusée dans les schistes gréseux à intercalations de grauwackes.

    133Les traces d’outils, très nettes, sont orientées vers l’aval en paroi et croisées au plafond.

    134Une seule niche de petit module existe en paroi de droite, à proximité de la jonction. En paroi gauche, les niches de petit module sont au nombre de cinq, dont quatre au niveau supérieur à 0,40 m ou 0,50 m sous voûte et une au niveau inférieur, à 0,70 m sous voûte ; les interdistances sont de 0,60 m, 0,90 m et 1,50 m. Les niches de grand module sont au nombre de trois dont deux, à proximité du puits 5, à 0,60 m sous voûte et la troisième à 0,90 m sous voûte.

    135Le plancher remonte légèrement d’aval en amont. La hauteur d’eau actuelle varie entre 0,15 m en aval et 0,10 m en amont. La vitesse du flux se traduit par l’absence de sédiments sur le fond.

    136La hauteur du dépôt de fonctionnement ocre, conservé sur les deux parois, varie de 0,55 m à 0,50 m à proximité du puits 5.

    137Hauteur maximale de la section mouillée : 0,55 m.

    138Hauteur minimale : 0,40 m.

    21. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 5 ENTRE LES GALERIES 5A ET 5B ; PROFILS EN TRAVERS 47 ET 48

    139Entre 165,50 m et 166,90 m du point de référence de la sortie.

    140La longueur de la maçonnerie est de 1,40 m. Son alignement par rapport à la section maçonnée de sortie est décalé de 20° O. (fig. 293 et 297). Le piédroit de droite, haut de 1,80 m, est engagé aux deux tiers dans l’emprise du puits en section aval et totalement engagé en section amont. Le piédroit de gauche adopte la même configuration. La couverture est un encorbellement à trois dalles sommé de grandes dalles de recouvrement de 0,05 m d’épaisseur et de 0,35 m à 0,45 m de largeur. Au niveau de l’emprise du puits, le fond du canal est recreusé sur 0,10 m de profondeur et 0,50 m de largeur. Cet état de fait, qui apparaît comme une simple rectification du niveau de fond de la conduite, permet d’observer la fondation des piédroits posée sur le fond du puits et non engagée dans une tranchée. La hauteur du passage résiduel est de 2,10 m pour une largeur de 0,55 m.

    141Du côté amont, on observe à la base de la galerie, à 0,30 m au-dessus du plancher, deux cavités circulaires de 0,18 m de diamètre pour 0,15 m de profondeur, placées en vis-à-vis et creusées dans la paroi rocheuse contiguë à la maçonnerie. Il pourrait s’agir des points d’ancrage d’une poutrelle.

    142La section de la base du puits est estimée à 1,40 m x 1,40 m et sa profondeur atteint 18,70 m.

    22. GALERIE 5B : À L’AMONT DU PUITS 5 ; PROFILS EN TRAVERS 48 À 54

    143Entre 166,90 m et 182,30 m du point de référence de la sortie.

    144Galerie à paroi brute, longue de 15,40 m, à profil piriforme légèrement déjeté par rapport à l’axe longitudinal, à voûte en berceau plat outrepassée à l’épaule et resserrée à la base (fig. 298). Le resserrement est très nettement marqué à 0,70 m du plancher. L’amorce de la galerie est décalée de 3° E. par rapport à la section maçonnée de sortie ; elle présente ensuite un tracé légèrement sinueux, à amples courbes. Sa hauteur varie entre 2,10 m et 2,30 m. Ses largeurs sont de 0,70 m à 0,80 m à l’épaule, 0,45 m à 0,60 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,40 m à 0,45 m au plancher.

    Fig. 297 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la couverture en encorbellement de la maçonnerie d’obturation du puits 5 (cliché J. Provost).

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    145Galerie creusée dans les schistes gréseux à intercalations de grauwackes. Au profil 48, une fissure a une direction du plan de décollement de 64° E. et un pendage de 77° S. Au profil 51, on observe trois diaclases de 84° E. à 159° E. de direction du plan de décollement et de 45° S. à 68° S. de pendage ; au profil 53, on observe une fissure ouverte, de 0,01 m, de 153° E. de direction du plan de décollement et 84° S. de pendage ; au profil 54 : trois diaclases à direction du plan de décollement de 9° E. à 82° E. et 59° S. à 80° S. de pendage. Les parois sont recouvertes, sur 1,90 m de hauteur, par le dépôt noir qui recouvre également le plafond à partir du profil 51.

    146Les traces d’outils sont très bien conservées et orientées vers l’amont du boyau.

    147Les niches sont quatre fois plus nombreuses en paroi droite et sont réparties sur l’ensemble du tronçon, tandis qu’en paroi gauche elles sont groupées vers le milieu de la galerie. En paroi de droite, les niches de petit module sont au nombre de vingt-neuf, réparties sur trois niveaux : douze à 0,30 m ou 0,40 m sous voûte, onze à 0,60 m sous voûte et six à 0,90 m. Celles de grand module sont au nombre de six, entre 0,30 m et 0,60 m sous voûte. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de sept, distantes de 0,40 m à 0,60 m et réparties entre 0,30 m et 0,60 m sous voûte. Celles de grand module sont au nombre de deux, l’une proche du puits 5, à 0,70 m sous voûte, et l’autre, proche de la jonction, à 0,30 m sous voûte.

    Fig. 298 – Tunnel de Kervoaguel, du puits 5 au puits 7 : relevé des artéfacts et des fissures des parois. Au centre : plan du boyau à 0,70 m au-dessus du fil d’eau actuel ; en haut : paroi droite ; en bas : paroi gauche et profils en travers repérés par les nombres cerclés. Les niches à lampe sont figurées par des demi-cercles noirs ; les fissures sont représentées par des traits pleins ou pointillés avec indication des directions de la schistosité et du pendage (dessin A. Provost, S. Jean).

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    148La hauteur d’eau actuelle varie de 0,10 m à 0,05 m avec une vitesse perceptible ; le plancher en léger pendage vers l’aval est, par conséquent, dépourvu de sédiments.

    149La hauteur de la sédimentation de fonctionnement par rapport au plancher varie de 0,50 m à 0,55 m.

    150Hauteur maximale de la section mouillée : 0,55 m.

    151Hauteur minimale : 0,40 m.

    23. JONCTION ENTRE LA GALERIE 5B ET LA GALERIE 6A ; PROFIL EN TRAVERS 55

    152À 182,30 m du point de référence de la sortie.

    153La jonction, peu apparente sinon par la convergence des directions des traces d’outils des deux galeries, est attestée par un léger ressaut de 0,10 m au plafond et un décalage latéral de 0,15 m entre les deux galeries, perceptible uniquement en partie haute (fig. 298).

    154La largeur de la galerie au resserrement est de 0,60 m pour une hauteur de 2 m.

    24. GALERIE 6A : À L’AVAL DU PUITS 6 ; PROFILS EN TRAVERS 55 À 57

    155Entre 182,30 m et 187,20 m du point de référence de la sortie.

    156Courte galerie à paroi brute, de 4,90 m de longueur, à profil piriforme, déjetée vers l’ouest par rapport à l’axe longitudinal, outrepassée à l’épaule et resserrée à la base, dont la hauteur est comprise entre 2 m et 2,10 m (fig. 298). Ses caractéristiques sont pratiquement identiques à celles de la galerie 5B : la base est profilée en « U » sur une hauteur de 0,50 m à 0,60 m, révélant une reprise du fonçage en partie basse. L’amorce de la galerie depuis le puits 6 est décalée de 10° E. par rapport à la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,70 m à 0,90 m à l’épaule, 0,50 m à 0,60 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,45 m à 0,50 m au plancher.

    157Galerie creusée dans les schistes à faciès gréseux, à intercalations de grauwackes.

    158Les traces d’outils sont nettes, orientées vers l’aval du boyau.

    159Plus nombreuses en paroi de gauche qu’en paroi de droite, les niches sont réparties de manière relativement régulière. En paroi de droite, les niches de petit module sont au nombre de quatre, réparties sur un unique niveau entre 0,30 m et 0,40 m sous voûte. La seule niche de grand module se situe vers le milieu de la galerie, à 0,40 m sous voûte. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de six, dont une au niveau supérieur, à 0,40 m sous voûte, et cinq au niveau inférieur entre 0,60 m et 0,70 m. Les niches de grand module sont au nombre de deux, l’une à proximité de la jonction, à 0,40 m sous voûte, et l’autre à proximité du puits, à 0,60 m sous voûte.

    160La hauteur d’eau actuelle évolue entre 0,05 m à 0,10 m.

    161La hauteur de la sédimentation de fonctionnement par rapport au plancher varie de 0,45 m à 0,55 m.

    162Hauteur maximale de la section mouillée : 0,50 m.

    163Hauteur minimale : 0,35 m.

    25. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 6 ENTRE LES GALERIES 6A ET 6B ; PROFILS EN TRAVERS 57 ET 58

    164Entre 187,20 m et 188,80 m du point de référence de la sortie.

    165La longueur de la maçonnerie est de 1,60 m et son alignement est identique à celui de la section maçonnée de sortie (fig. 298). Le piédroit de droite, haut de 1,60 m, est totalement engagé dans l’emprise du puits en section aval. En section amont, le piédroit, large de 0,40 m, est en saillie : la paroi du puits est alignée avec la paroi des galeries afférentes. Le piédroit de gauche est dans la même configuration. La couverture est un encorbellement de trois dalles, sommé de grandes dalles de recouvrement. Au niveau de l’emprise du puits, le fond du canal est recreusé sur 0,20 m à 0,30 m de profondeur et sur une largeur de 0,50 m, correspondant à une rectification du niveau du plancher. La hauteur du passage résiduel est de 1,80 m pour une largeur de 0,55 m à l’aval et 0,60 m à l’amont.

    166La section de la base du puits est estimée à 1,60 m x 1,40 m et sa profondeur est proche de 19 m.

    26. GALERIE 6B : À L’AMONT DU PUITS 6 ; PROFILS EN TRAVERS 58 À 64

    167Entre 188,80 m et 204,50 m du point de référence de la sortie.

    168Galerie à paroi brute, d’une longueur de 15,70 m, à profil subrectangulaire en aval devenant piriforme à partir du profil 60, évoluant ensuite en « taille de guêpe », à plafond plat ou en berceau plat outrepassé à l’épaule, et resserrée à la base sur une hauteur comprise entre 0,60 m et 0,80 m (fig. 298-299).

    169La hauteur du boyau s’élève progressivement, depuis le puits 6, de 2,10 m à 2,70 m. Le tracé de cette galerie apparaît légèrement sinueux, mais demeure globalement fidèle à l’axe du boyau ; son amorce est alignée sur la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,80 m à 1 m à l’épaule, 0,45 m à 0,60 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,40 m à 0,50 m au plancher. Sur une largeur variant entre 0,40 m et 0,50 m, le plancher est recreusé sur 0,10 m de profondeur moyenne, ménageant des redans de 0,05 m à 0,10 m de largeur à la base de chaque paroi, dans la première partie de la galerie. Près de la jonction, le redan ne subsiste qu’en paroi de droite.

    Fig. 299 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la galerie 6B (cliché H. Paitier).

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    170Galerie creusée dans les schistes gréseux à intercalations de grauwackes. À partir du profil 62, sur une longueur de 3 m, elle recoupe une zone de filons de quartz oxydé dont un subhorizontal ; une gibbosité de quartz subsiste en haut de la paroi de gauche. Le dépôt noir recouvre les parois jusqu’à une hauteur de 2,10 m. Au plafond, la roche apparaît totalement à nu.

    171Les traces d’outils sont orientées vers l’amont du boyau et croisées au plafond où, absence de dépôt oblige, elles sont d’une grande fraîcheur.

    172Les quarante-huit niches sont relativement bien réparties sur les deux parois, à l’exception du tiers amont de la paroi de gauche, à proximité de la jonction. En paroi de droite, les niches de petit module sont au nombre de vingt-quatre ; elles se répartissent sur deux niveaux : quatorze entre 0,40 m et 0,60 m sous voûte et dix entre 0,90 m et 1,10 m sous voûte. L’interdistance de 0,40 m est largement prédominante. Les niches de grand module sont au nombre de quatre : une à proximité du puits 6, une au milieu de la galerie et les deux autres à proximité de la jonction. Elles se situent plutôt au niveau inférieur. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de dix-sept ; elles se répartissent sur trois niveaux : un niveau supérieur entre 0,40 m et 0,60 m sous voûte, un niveau médian autour de 0,70 m et un niveau inférieur entre 0,90 m et 1,10 m sous voûte. Les niches de grand module sont au nombre de trois dans la partie aval de la galerie : une à 0,60 m sous voûte et les deux autres, espacées de 0,60 m, à 0,90 m sous voûte.

    173La hauteur d’eau actuelle est réduite à 0,05 m, avec une vitesse de débit notable et une absence de sédiments.

    174La hauteur de la sédimentation de fonctionnement par rapport au plancher s’établit à 0,50 m.

    175Hauteur maximale de la section mouillée : 0,50 m.

    176Hauteur minimale : 0,35 m.

    177N.B. : cette galerie est la plus haute observée. Près de la jonction, elle atteint 2,70 m. Elle témoigne d’une erreur de pilotage en niveau. En corollaire, la reprise de fonçage de la base de la galerie, très marquée par son profil, est d’autant plus importante. Si l’on y ajoute l’ultime surcreusement au niveau du plancher, cette reprise atteint près de 1 m de profondeur.

    27. JONCTION ENTRE LA GALERIE 6B ET LA GALERIE 7A ; PROFIL EN TRAVERS 65

    178À 204,50 m du point de référence de la sortie.

    179La jonction est marquée, côté aval, par un très important ressaut au plafond, de 0,80 m, résultant de la hauteur aberrante de la galerie 6B. Le décalage latéral est par contre très faible : on observe un redan de 0,20 m au niveau de la galerie amont légèrement décalée vers l’ouest. Le ressaut de 0,80 m est marqué par de nombreux impacts de percussion (fig. 298 et 300).

    180Au resserrement, la largeur du boyau atteint 0,80 m pour une hauteur de 1,90 m.

    28. GALERIE 7A : À L’AVAL DU PUITS 7 ; PROFILS EN TRAVERS 65 À 67

    181Entre 204,50 m et 211 m du point de référence de la sortie.

    182Courte galerie à paroi brute, longue de 6,50 m, à profil subrectangulaire et voûte en berceau plat très peu élargie au niveau de l’épaule et légèrement resserrée à la base (fig. 298). Son profil apparaît très différent de celui de la galerie 6B. Sa hauteur varie peu, de 1,80 m près du puits 7 à 1,75 m au niveau de la jonction ; elle atteint cependant 1,95 m au niveau du profil 66. Son amorce, à partir du puits 7, est décalée de 5° E. par rapport à la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,90 m à l’épaule, 0,80 m à 0,85 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,60 m à 0,70 m au plancher.

    183Galerie creusée dans les schistes gréseux à intercalations de grauwackes. Au profil 65, la schistosité est de 77° E. de direction et de 64° S. de pendage, la brèche de faille à la jonction des galeries 7A/6B est de 86° E. de direction et 41° S. de pendage.

    184Les traces d’outils sont orientées vers l’aval.

    185Les niches sont d’une bien moindre densité par comparaison avec la galerie 6B. Elles sont plus nombreuses en paroi de gauche. En paroi de droite, les niches de petit module sont au nombre de deux, dont une à proximité du puits 7, à 0,40 m et 0,60 m sous voûte. Celles de grand module sont aussi au nombre de deux, en milieu de galerie, à 0,60 m sous voûte. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de trois, entre 0,70 m et 0,90 m sous voûte. Celles de grand module sont au nombre de quatre, entre 0,50 m et 0,70 m sous voûte, dont deux à proximité de la jonction et une à 1 m du puits 7.

    186La hauteur d’eau actuelle reste de 0,05 m et le plancher est plan.

    187Hauteur maximale de la section mouillée : 0,40 m.

    188Hauteur minimale : 0,25 m.

    29. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 7 ENTRE LES GALERIES 7A ET 7B ; PROFILS EN TRAVERS 67 ET 68

    189Entre 211 m et 212,60 m du point de référence de la sortie.

    190Maçonnerie de 1,60 m de longueur, avec un alignement décalé de 5° par rapport à la section maçonnée de sortie (fig. 298 et 301). Le piédroit de droite, haut de 1,60 m, est engagé aux deux tiers dans l’emprise du puits en section aval et en totalité en section amont. De même hauteur, le piédroit de gauche est en nette saillie de 0,35 m vers l’intérieur de la galerie, en aval comme en amont. La couverture est un encorbellement de trois dalles sommé de grandes dalles de recouvrement. Le plancher du boyau est, entre les piédroits, recreusé sur environ 0,20 m de profondeur du côté droit. Il en résulte que le piédroit de droite repose sur un ressaut de 0,20 m. Il semble donc que l’on ait voulu redresser le plancher du boyau en dévers. La hauteur du passage résiduel s’établit à 1,80 m avec une largeur de 0,50 m. La section de la base du puits est estimée à 1,60 m x 1,40 m pour une profondeur de 20,50 m environ.

    Fig. 300 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la jonction des galeries 6B et 7A, côté aval (cliché H. Paitier).

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    Fig. 301 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie d’obturation du puits 7, côté aval (cliché H. Paitier).

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    30. GALERIE 7B : À L’AMONT DU PUITS 7 ; PROFILS EN TRAVERS 68 À 80

    191Entre 212,60 m et 239,40 m du point de référence de la sortie.

    192Galerie à paroi brute, longue de 26,80 m, à profil piriforme, à plafond plat, outrepassée à l’épaule et resserrée à la base où, sur 0,60 m de hauteur, elle affecte un profil en « U » (fig. 302-304). Depuis le puits 7, et sur les sept premiers mètres, le plafond s’élève de 1,85 m à 2,25 m jusqu’à un ressaut de 0,35 m au niveau du profil 71. De ce point, la galerie s’abaisse légèrement jusqu’à 1,80 m au niveau du profil 73 avant de s’élever progressivement à nouveau jusqu’à 2,20 m. Elle est relativement sinueuse, notamment entre les profils 73 et 79. Son amorce, sur les quatre premiers mètres, est alignée sur la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,70 m à 1 m à l’épaule, 0,55 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,50 m à 0,55 m au plancher.

    193Cette galerie est creusée dans les schistes à faciès gréseux puis dans le grauwacke franc à partir du profil en travers 73. Stalactite fossile et concrétions sont visibles à 1 m du puits 7. Fissure suintante, au profil 71, de direction 64° E. et pendage de 82° S. Diaclase, au profil 72, de direction 86° E. et pendage de 79° S. Entre les profils 76 et 77, aiguilles d’aragonite au plafond et diaclase de direction 65° E. et 80° S. de pendage. Stalactites au profil 78.

    194Les traces d’outils sont orientées vers l’amont du boyau sur la totalité de la galerie, en amont comme en aval du ressaut observé au niveau du profil 71.

    195Les niches sont au nombre de soixante. Elles sont près de trois fois plus nombreuses (et régulièrement réparties) en paroi de droite qu’en paroi de gauche, où elles ne sont denses qu’au niveau du ressaut du profil 71. En paroi de droite, les niches de petit module sont au nombre de trente-six dont trente-et-une réparties au niveau supérieur, entre 0,40 m et 0,60 m sous voûte. Les interdistances dominantes sont de 0,30 m et 0,60 m. Les cinq autres se situent à un second niveau, entre 0,70 m et 0,90 m sous voûte. Celles de grand module sont au nombre de sept, réparties dans la partie aval de la paroi entre 0,30 m et 0,60 m sous voûte. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de quatorze, dont la moitié au niveau supérieur et la moitié au second niveau. Celles de grand module sont au nombre de trois, dont deux au niveau supérieur, à 0,40 m sous voûte, et la troisième à mi paroi.

    196En paroi de droite, à 8,60 m du puits 7, une niche de grand module située au niveau supérieur, de 0,13 m de largeur, 0,11 m de hauteur et 0,10 m de profondeur, est soulignée par un tracé concentrique en cloche, haut de 0,25 m et large de 0,25 m. Ce tracé est exécuté à la pointe. Tangent au sommet de ce tracé en cloche, on observe, à 0,30 m sous le plafond et sur 0,90 m de longueur, un tracé rectiligne et horizontal exécuté à la pointe mais moins marqué. En paroi de gauche, le pendant de ce trait se développe au même niveau et sur la même distance, avec la même intensité. Ces tracés horizontaux s’apparentent à des fils azimutaux, probablement des repères de contrôle du nivellement.

    197À 236,80 m du point d’origine, soit à 23,30 m du puits 7, on observe une découpe quasi circulaire au plafond de la galerie, de 0,90 m x 0,70 m, dont l’axe est très légèrement déporté vers l’est par rapport à l’axe du boyau. Cette ouverture au plafond est bouchée par une dalle opercule de plus grande dimension que l’ouverture elle-même (voir fig. 304). Cette dalle est fracturée et des plaques s’en sont détachées dans le sens de l’épaisseur et sont tombées sur le plancher du boyau. Il est évident que l’opercule a été mis en place par le haut, ce qui suppose que cette ouverture est celle d’un puits creusé depuis la surface jusqu’à perforer le plafond de la galerie, mais pas plus bas. Ce puits devait être d’un diamètre supérieur à celui de l’ouverture au plafond dont la taille correspond au passage d’un homme. D’après l’orientation des traces d’outils au plafond, ce puits n’a joué aucun rôle dans le percement. Il aurait donc été foré postérieurement au fonçage du boyau et l’on soutiendra qu’il s’agit d’un regard de visite.

    198La hauteur d’eau actuelle est de 0,05 m et le plancher est plan.

    199Hauteur maximale de la section mouillée : 0,50 m.

    200Hauteur minimale : 0,35 m.

    31. SECTION MAÇONNÉE D’OBTURATION D’UN PROBABLE PUITS 8 ; PROFILS EN TRAVERS 80, 81 ET 82

    201Entre 239,40 m et 252,40 m du point de référence de la sortie.

    202Le tracé de cette section maçonnée de 13 m de longueur affecte une courbe régulière, prononcée, à convexité à l’ouest (fig. 302 et 305). Le piédroit de droite, haut de 1,60 m, est en légère saillie en section aval ; en section amont, il est en saillie de 0,20 m et sa hauteur n’est plus que de 1,40 m. Le piédroit de gauche, haut de 1,60 m, est en saillie de 0,20 m en section aval et engagé en totalité en section amont où sa hauteur est également de 1,40 m. Les angles des piédroits sont talochés au mortier. La couverture est un encorbellement à deux dalles sommé de dalles de recouvrement et d’un blocage de pierres et mortier comblant l’espace restant entre l’extrados et la voûte de la galerie, de 0,35 m de hauteur à l’aval et 0,50 m à l’amont. Des concrétions en draperie, couvertes de sédiment argileux brun, masquent partiellement la partie supérieure de la maçonnerie dans la section amont. Entre les piédroits, le plancher du boyau est recreusé sur 0,40 m de largeur. Ce surcreusement atteint 0,20 m à l’aval et est inexistant à l’amont. La hauteur du passage varie de 1,70 m à l’aval à 1,50 m à l’amont pour une largeur de 0,40 m à 0,50 m.

    Fig. 302 – Tunnel de Kervoaguel, du puits 7 à la jonction des galeries 8B et 9A : relevé des artéfacts et des fissures des parois. Au centre : plan du boyau à 0,70 m au-dessus du fil d’eau actuel ; en haut : paroi droite ; en bas : paroi gauche et profils en travers repérés par les nombres cerclés. Les niches à lampe sont figurées par des demi-cercles noirs ; les fissures sont représentées par des traits pleins ou pointillés avec indication des directions de la schistosité et du pendage (dessin A. Provost, S. Jean).

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    Fig. 303 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la galerie 7B (cliché H. Paitier).

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    Fig. 304 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la dalle d’obturation du regard de la galerie 7B (cliché J. Provost).

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    Fig. 305 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie d’obturation du puits 8, côté amont (cliché H. Paitier).

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    203La longueur de cette section maçonnée dépasse, et de beaucoup, l’emprise d’un hypothétique puits que l’on ne perçoit ni au niveau de la section aval ni au niveau de la section amont. Il est cependant logique, compte tenu de la longueur de la galerie 7B, d’envisager l’existence d’un puits masqué par cette section. En admettant la réalité du puits 8 vers le milieu de la section, au vu de l’inflexion de celle-ci, on reconstitue, par hypothèse, une galerie 8A entièrement revêtue en aval du puits, dont la longueur serait voisine de 6 m. La jonction entre cette galerie et la galerie 7B serait également masquée par le revêtement à proximité du profil 80. Ce revêtement aurait été nécessité par la nature de la roche (brèche de faille) ou par l’état de la paroi ou peut-être encore par la configuration de la jonction avec un décalage important de l’alignement des deux galeries.

    204La profondeur de l’hypothétique puits 8 s’établirait vers 21,50 m.

    32. GALERIE 8B : À L’AMONT DE LA SECTION MAÇONNÉE 8 ; PROFILS EN TRAVERS 82 À 86

    205Entre 252,40 m et 258,40 m du point de référence de la sortie.

    206Galerie à paroi brute, longue de 6 m, à profil piriforme et voûte en berceau plat, outrepassée à l’épaule et resserrée en « U » à la base sur 0,50 m à 0,65 m de hauteur (fig. 302 et 306). Sa hauteur varie peu : de 2,25 m à l’aval à 2,35 m à l’amont. Son tracé affecte une courbure très prononcée à l’est. L’amorce de la galerie, à partir de la maçonnerie du puits hypothétique 8, est décalée de 20° E. par rapport à la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,60 m à 0,80 m à l’épaule, 0,55 m à 0,60 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,55 m à 0,60 m au plancher. Sa longueur d’origine se situerait aux environs de 11 m dans l’hypothèse du puits 8 masqué par le revêtement et centré.

    207Galerie creusée dans les grauwackes franches. Des concrétions en draperie masquent, par endroits, la paroi recouverte par le dépôt noir plus épais que dans les galeries précédentes.

    208Les traces d’outils, moins nettes du fait de l’épaisseur du dépôt en paroi, sont orientées vers l’amont du boyau.

    209Bien réparties en paroi de droite, les niches sont absentes sur les deux premiers mètres de la paroi de gauche. Les concrétions en masquent vraisemblablement quelques-unes. En paroi de droite, les niches de petit module sont au nombre de cinq, réparties sur deux niveaux, à 0,30 m et à 0,50 m sous voûte. Celles de grand module sont au nombre de deux, à 0,30 m sous voûte. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de six, entre 0,40 m et 0,60 m sous voûte ; il n’y a pas de niche de grand module.

    Fig. 306 – Tunnel de Kervoaguel : vue des concrétions en draperie au plafond de la galerie 8B (cliché H. Paitier).

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    210La hauteur d’eau actuelle est constante à 0,10 m.

    211Hauteur maximale de la section mouillée : 0,50 m.

    212Hauteur minimale : 0,35 m.

    33. JONCTION ENTRE LA GALERIE 8B ET LA GALERIE 9A ; PROFILS EN TRAVERS 87 À 89

    213Située entre 258,40 m et 259,90 m du point de référence de la sortie.

    214Jonction en baïonnette, de 1,50 m de longueur (fig. 302 et 307). La galerie 8B se prolonge en partie supérieure (galerie de pilotage) sur 1,50 m de longueur, selon une orientation divergente de 25° O. par rapport à l’axe du boyau défini par l’orientation de la section maçonnée de sortie. La galerie 9A se prolonge en partie supérieure sur 1,20 m de longueur selon une orientation divergente de 10° E. Dès lors, la jonction ne pouvait se faire au niveau des deux galeries de pilotage, une paroi d’au moins 0,80 m d’épaisseur subsistant entre elles. La jonction a été réalisée par le fonçage en deux étapes d’une galerie de raccordement. En premier lieu, une galerie de pilotage a été forée vers l’amont, depuis la galerie 8B d’après l’orientation des traces d’outils en paroi. Dans un second temps, le fond a été recreusé, selon un profil en « U », sur 0,70 m de profondeur, toujours à partir de la galerie 8B. La galerie 9A étant, de beaucoup, plus basse que la galerie 8B, un ressaut de 0,70 m subsiste au plafond.

    Fig. 307 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la jonction des galeries 8B et 9A, côté aval. À droite : tranchée de pilotage abandonnée ; à gauche : rectification de la galerie, en biais (cliché H. Paitier).

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    215Les parois de grauwacke sont recouvertes par le dépôt noir. Le plancher des galeries de pilotage avortées est recouvert d’un sédiment brun, argileux, induré.

    216La hauteur du boyau dans la galerie de jonction varie de 2,20 m à 1,50 m pour une largeur à la base de 0,60 m.

    34. GALERIE 9A, À L’AVAL DU PUITS 9 ; PROFILS EN TRAVERS 88, 89 ET 109

    217Entre 259,90 m et 265,10 m du point de référence de la sortie.

    218Galerie de 5,20 m de longueur, basse et large, de section subrectangulaire, à voûte en berceau, légèrement plus large à l’épaule. Sa hauteur varie entre 1,55 m et 1,70 m (fig. 308-309).

    219Sur une hauteur de 0,20 m, la base du boyau montre une reprise profilée en « U ». L’amorce de la galerie depuis le puits 9 est décalée de 3° E. par rapport à la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,80 m à l’épaule, 0,70 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,70 m au plancher.

    220Cette galerie est creusée dans les grauwackes. Des concrétions sont visibles en paroi de droite. Les parois sont masquées par le dépôt noir.

    221Peu perceptibles à cause du dépôt, les traces d’outils sont orientées vers l’aval du boyau.

    222L’absence de niches en paroi de droite n’est sans doute due qu’à la présence de concrétions et de dépôts masquants. En paroi de gauche, les niches de petit module sont au nombre de trois, entre 0,30 m et 0,40 m sous voûte. Une seule niche de grand module est visible, en milieu de galerie, à 0,20 m sous voûte.

    223La hauteur d’eau actuelle est de 0,15 m.

    224Hauteur maximale de la section mouillée : 0,40 m.

    225Hauteur minimale : 0,25 m.

    35. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 9 ENTRE LES GALERIES 9A ET 9B ; PROFILS EN TRAVERS 109 ET 91

    226Entre 265,10 m et 266,60 m du point de référence de la sortie.

    227Maçonnerie longue de 1,50 m, dont l’alignement est décalé de 2° par rapport à la section maçonnée de sortie (fig. 308 et 310). Le piédroit de droite, haut de 1,30 m, est totalement engagé dans l’emprise du puits. Celui de gauche, de même hauteur, est en saillie de 0,35 m. La couverture est un encorbellement à trois dalles sommé de dalles de recouvrement. La hauteur du passage résiduel est de 1,45 m pour une largeur de 0,45 m. L’axe du puits est décalé de quelques dizaines de centimètres à l’est par rapport à l’axe des galeries attenantes.

    228Les maçonneries des piédroits sont en voie de disjonction. Les joints de mortier sont en grande partie désagrégés. À l’étiage comme à l’hivernage, l’eau coule entre les joints ! Les piédroits, surtout celui de gauche, présentent un ventre prononcé vers l’intérieur du boyau. Le risque d’effondrement est patent !

    229La section de la base du puits est estimée à 1,50 m x 1,30 m pour une profondeur d’environ 22,50 m.

    Fig. 308 – Tunnel de Kervoaguel, du puits 8 au puits 10 : relevé des artéfacts et des fissures des parois. Au centre : plan du boyau à 0,70 m au-dessus du fil d’eau actuel ; en haut : paroi droite ; en bas : paroi gauche et profils en travers repérés par les nombres cerclés. Les niches à lampe sont figurées par des demi-cercles noirs ; les fissures sont représentées par des traits pleins ou pointillés avec indication des directions de la schistosité et du pendage (dessin A. Provost, S. Jean).

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    Fig. 309 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la galerie 9A (cliché H. Paitier).

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    Fig. 310 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie d’obturation du puits 9, côté aval (cliché H. Paitier).

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    36. GALERIE 9B : À L’AMONT DU PUITS 9 ; PROFILS EN TRAVERS 109, 92 ET 93

    230Entre 266,60 m et 270,80 m du point de référence de la sortie.

    231Galerie de 4,20 m de longueur, basse et large, subrectangulaire au départ du puits, devenant piriforme ensuite, à voûte en berceau plat, outrepassée à l’épaule, et resserrée à la base selon un profil en « U », sur une hauteur de 0,60 m (fig. 308).

    232La hauteur de la galerie 9B passe de 1,50 m au niveau du puits 9 à 2,10 m à proximité de la jonction avec la galerie 10A. Son amorce est en décalage de 5° O. par rapport à la section maçonnée de sortie. Ses largeurs moyennes sont de 0,80 m à 0,90 m à l’épaule, 0,90 m à 0,55 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,90 m à 0,55 m au plancher.

    233Galerie creusée dans les grauwackes, où l’on observe des concrétions au plafond. Les parois, recouvertes par le dépôt noir, suintent continuellement à l’étiage.

    234Les traces d’outils, peu perceptibles, sont orientées vers l’amont du boyau.

    235Neuf niches ont été repérées, pour l’essentiel en paroi de droite, mais ce nombre n’est pas significatif compte tenu de l’état de la surface des parois.

    236La hauteur d’eau actuelle varie de 0,15 m à proximité du puits, à 0,40 m au niveau de la jonction ; la vitesse est nulle et le fond est encombré de sédiments. Le plancher est progressivement surbaissé depuis le puits 9 vers la jonction, ce qui génère une sévère contrepente de 0,25 m.

    237La hauteur de la sédimentation de fonctionnement par rapport au plancher varie entre 0,40 m et 0,60 m.

    238Hauteur maximale de la section mouillée près du puits 9 : 0,40 m.

    239Hauteur minimale : 0,25 m.

    240Hauteur maximale de la section mouillée près de la jonction : 0,60 m.

    241Hauteur minimale : 0,45 m.

    37. JONCTION ENTRE LA GALERIE 9B ET LA GALERIE 10A ; PROFILS EN TRAVERS 94B ET 98

    242Entre 270,80 m et 271,90 m du point de référence de la sortie.

    243Jonction en baïonnette, de 1,10 m de longueur, dont l’exécution est identique à celle de la jonction entre les galeries 8B et 9A (fig. 308 et 311). Le décalage cumulé, de 10° entre les deux galeries, est tel que la jonction ne pouvait s’effectuer au niveau des galeries de pilotage, qui se prolongent de 1,50 m à l’aval et 1 m à l’amont. La galerie de raccordement a été réalisée en deux temps par le creusement d’une galerie de pilotage depuis la section aval, puis par la reprise du fond sur 0,70 m de profondeur, toujours depuis la section aval selon l’orientation des traces d’outils.

    244La largeur du boyau dans la galerie de jonction est de 0,50 m pour une hauteur de 1,90 m à l’aval et 2,60 m à l’amont.

    38. GALERIE 10A : À L’AVAL DU PUITS 10 ; PROFILS EN TRAVERS 94 À 97

    245Entre 271,90 m et 291,50 m du point de référence de la sortie.

    246Galerie longue de 19,60 m, à profil irrégulier mais globalement piriforme, très haute, dont la partie supérieure est déjetée tantôt à l’est, tantôt à l’ouest par rapport au plan longitudinal. Sa base est resserrée, plus ou moins profilée en « U », sur une hauteur variant entre 0,70 m et 1 m (fig. 308). Sa hauteur varie peu, de 2,50 m à 2,60 m. Elle est alignée exactement sur la section maçonnée de sortie dans les deux tiers de son tracé à partir du puits 10, puis s’infléchit nettement à l’ouest ensuite. Ses largeurs moyennes sont de 0,80 m à l’épaule, 0,50 m au niveau de la sédimentation de fonctionnement et 0,45 m au plancher. Cette longue galerie relativement rectiligne apparaît d’une hauteur aberrante. La galerie de pilotage a manifestement été foncée trop haut, ce qui a nécessité une reprise importante à la base du boyau.

    Fig. 311 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la jonction des galeries 9B et 10A, côté aval. À droite : tranchée de pilotage abandonnée ; à gauche : rectification de la galerie, en biais (cliché J. Provost).

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    247Galerie creusée dans les grauwackes. Entre les profils 95 et 97, la schistosité est de 105° E. de direction et 75° S. de pendage. Concrétions fréquentes. Les parois sont recouvertes par le dépôt noir très épais et l’eau suinte de partout à l’étiage.

    248Les traces d’outils, peu perceptibles, sont orientées vers l’aval du boyau.

    249Les niches n’ont pas été comptabilisées du fait de la mauvaise lisibilité des parois.

    250La hauteur d’eau actuelle, très importante, se situe entre 0,40 m et 0,50 m. La vitesse est nulle et une épaisse couche de sédiments recouvre le plancher irrégulier : plan à proximité de la jonction puis progressivement surbaissé vers le puits 10.

    39. MAÇONNERIE D’OBTURATION DU PUITS 10 ; PROFIL EN TRAVERS 96

    251À 291,50 m du point de référence de la sortie.

    252La partie amont de cette maçonnerie, identique aux autres maçonneries d’obturation de puits, s’est effondrée. Seule la section aval est encore en place ; la longueur de la maçonnerie est supérieure à 1,30 m (fig. 308 et 312).

    253L’effondrement a entraîné la formation d’un cône d’éboulis envahissant l’extrémité de la galerie 10A. Parmi ces éboulis composés de moellons et blocs de grauwacke et de quartz provenant du comblement du puits, a été découverte une pièce de bois de 0,25 m de longueur, à section grossièrement carrée de 0,15 m de côté. Envoyée au laboratoire de chronoécologie de Besançon pour identification et datation, cette pièce équarrie dans du bois de merisier s’est avérée inexploitable.

    Fig. 312 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie d’obturation du puits 10 partiellement effondrée dans le boyau (cliché J. Provost).

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    254La profondeur du puits est estimée à 23,50 m.

    40. SONDAGE DE LA TÊTE DU PUITS 4

    255La position du puits est conforme, à 1 m près, avec son emplacement supposé à partir du report en surface du levé du fond du boyau (fig. 313-315).

    256Le puits est creusé dans le substrat de schiste dinantien très altéré jusqu’à la profondeur de 1,60 m. Au-delà, la roche apparaît saine, compacte, et la schistosité affecte un pendage d’environ 60°. La tête du puits est de plan ovale, presque circulaire. Sa section varie quelque peu en fonction de l’irrégularité de la paroi induite par l’état de la roche : 1,80 m x 1,60 m en surface, 1,50 m x 1,40 m à 1,40 m de profondeur, et 1,60 m à 2,10 m de profondeur au niveau où la fouille a été interrompue.

    257À partir de 1,60 m, on observe, dans la roche compacte, des encoches dans la paroi. Elles sont irrégulières et résultent de l’impact du pic du puisatier ; on peut néanmoins penser qu’elles ont pu servir de logement pour des barreaux de descente.

    258Dans la partie supérieure du puits, le comblement hétérogène se compose de plaquettes de schiste et de blocs enrobés d’un sédiment ocre, limoneux, mêlé de terre végétale. À partir de la profondeur de 1,50 m, le comblement se compose exclusivement de blocs de grauwacke et de dalles de schiste provenant du substrat. Les interstices entre ces éléments sont comblés par des plaquettes de schiste. L’observation, sur les blocs, de nombreux impacts de percussion montre que le puits fut remblayé avec les matériaux d’extraction du puits ou du boyau souterrain.

    259La tête du puits est circulaire, mais on ne peut écarter l’hypothèse d’une section quadrangulaire plus en profondeur. A contrario, le plan quadrangulaire du fond du puits peut résulter d’un aménagement particulier, destiné au logement des maçonneries d’obturation.

    Fig. 313 – Tunnel de Kervoaguel : plan, profil et coupe de la tête du puits 4 (dessin A. Provost, S. Jean).

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    Fig. 314 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la tête du puits 4 (cliché A. Provost).

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    Fig. 315 – Tunnel de Kervoaguel : vue du comblement de la partie supérieure du puits 4 (cliché A. Provost).

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    260Deux négatifs de structures périphériques ont été mis en évidence. Il s’agit de petites fosses quadrangulaires d’orientation identique, de 0,07 m de profondeur conservée sous la semelle de labours de 0,40 m d’épaisseur. Ces creux étaient comblés de plaquettes de schiste. La structure 1, de 0,40 m de côté, est positionnée à 2,60 m à l’ouest du bord du puits et la structure 2, de 0,65 m x 0,55 m, est à 1,10 m au sud-est du bord du puits. Le mauvais état de conservation de ces aménagements n’en permet pas une identification certaine ; cependant, ces structures apparaissent bien en relation avec la tête de puits. Il pourrait s’agir de négatifs d’un dispositif de levage des matériaux d’extraction.

    LES CONTRAINTES DU CONTEXTE GÉOLOGIQUE ET HYDROGÉOLOGIQUE

    261Les conditions géologiques et hydrogéologiques sont, au-delà de la longueur à forer et de l’épaisseur du toit, les facteurs déterminants du degré de difficulté de réalisation d’un ouvrage souterrain. Ces conditions influent sur le choix des méthodes d’excavation et de soutènement ; des imprévus, tels que la venue d’eau, peuvent, d’autre part, bloquer les travaux, voire remettre en cause la faisabilité de l’ouvrage (Bouvard-Lecoanet et al., 1988, p. 17).

    CONTRAINTES GÉOLOGIQUES ET STABILITÉ DES GALERIES

    262La partie aval du boyau, seule accessible, est creusée dans des schistes à la sortie puis dans une alternance de schistes et de niveaux grauwackeux de 0,20 m à 6 m d’épaisseur (galeries 2B à 6B), puis dans des grauwackes franches (galeries 7B à 10A). La galerie 6B recoupe aussi des filons de quartz.

    263L’axe de la galerie, orienté à 8° O., est pratiquement perpendiculaire à la schistosité (décalage de 4°). Cette schistosité, de direction moyenne de 78° E., avec un pendage sud de 58° à 87° (19 mesures réalisées) est bien développée dans les schistes et devient fruste dans les grauwackes.

    264Les fissures – schistosité, diaclases, failles – sont en décompression, avec une ouverture parfois centimétrique (jusqu’à 6 cm), ce qui permet des venues d’eau soit en sources (galerie 4A) soit, le plus souvent, en suintements.

    Contraintes géologiques

    265Le creusement d’un tunnel provoque une dépression de la pression intersticielle qui se propage dans le terrain avec le temps. Le tunnel modifie les contraintes et les efforts naturels au sein du massif rocheux (Panet, 1995, p. 20 et 153).

    266Le comportement des roches autour d’un tunnel profond dépend de la répartition des contraintes affectant le terrain : contraintes autour du tunnel en régime élastique, contraintes tangentielles de la roche. L’intérieur du tunnel est soumis à l’écrasement et à la répartition des pressions. Il convient donc d’être attentif à la contrainte limite de la roche traversée et aux sols à résistance mécanique faible et susceptible de contenir de l’eau sous une hauteur piézométrique notable (Goguel, 1967, p. 287-288).

    267Les faciès schisteux, avec degrés de métamorphisme variables, présentent une très forte anisotropie due à la texture feuilletée à l’origine de nombreuses caractéristiques défavorables. La mobilité des masses rocheuses, le long des plans de schistosité, est généralement défavorable à la tenue des parois (orientation de ces plans par rapport à l’axe du tunnel). Cette mobilité peut être aggravée par des pressions hydrostatiques et les poussées peuvent devenir considérables. Certains modes de soutènement sont incapables de résister efficacement à de tels efforts, ainsi que l’ont montré de nombreuses galeries percées en travers de formations schisteuses, tout particulièrement dans les Alpes1.

    268Si la stratification ou la schistosité sont parallèles à la galerie au moment de l’abattage, il peut être difficile d’obtenir la section souhaitée car les blocs tendent à se détacher suivant la stratification. En pendage subhorizontal, il y a risque d’effondrement de la voûte ou de flexion des bancs en voûte dans les massifs stratifiés. Dans le cas d’un toit horizontal, une rupture par flambement avec décompression progressive est à redouter. En pendage oblique, il y a risque de flambement des lits à la paroi dans un tunnel creusé dans un massif schisteux (Bouvard-Lecoanet et al., 1988, p. 23).

    269Lorsque le tracé du tunnel correspond avec la direction générale des couches, l’ouvrage est en disposition moins favorable ; la tenue des parois, en haut, ne peut bénéficier de l’effet de voûte, et des éboulements sont probables (Antoine, Fabre, 1980, p. 238).

    270Une galerie creusée en travers banc offre la plus grande stabilité du massif rocheux autour du tunnel, car la direction de la galerie est sensiblement perpendiculaire à celle des couches horizontales. La tenue des couches est facilitée par l’effet de voûte qui s’établit autour du souterrain, au sein de chacune d’elles. Cette considération doit être modulée par l’inclinaison du pendage : la meilleure configuration étant celle des couches verticales (Antoine, Fabre, 1980, p. 238), mais, en général, une schistosité très redressée favorise la pénétration des agents atmosphériques destructeurs à l’intérieur du massif, ce qui augmente l’épaisseur décomposée de la couche extérieure supérieure en surface (Szechy, 1970, p. 42).

    Stabilité des galeries

    271Les contraintes géologiques sont l’un des facteurs primordiaux pour comprendre la réalisation du percement des galeries ; elles le sont tout autant pour justifier leur soutènement ou l’absence de soutènement. Dans nombre de tunnels, la conduite est maçonnée sur la totalité de son parcours ou sur certaines sections. Les caractéristiques des terrains traversés, formations argileuses, matrice limono-argileuse, conglomérat friable, sable cimenté, ne permettaient pas de procéder autrement (Riera, 1994, p. 227).

    272Par exemple, le cas de Bologne en Italie est particulièrement significatif : sur les 20 km de l’aqueduc, près de 16 km sont parementés. Ponctuellement la voûte naturelle, en s’affaissant par glissement le long d’une fracture, a nécessité le renfort d’une voûte en briques. Dans la grande majorité du parcours, c’est la traversée d’un banc d’argile ou des infiltrations dues à la perméabilité d’un banc sédimentaire qui ont nécessité la mise en place d’un renfort en béton. Ailleurs, ce sont des fractures longitudinales dues aux masses sédimentaires qui ont entraîné une instabilité chronique de la paroi et imposé des restaurations importantes par la mise en place de maçonneries de pierres ou de briques (Demaria, Forti, 2010, p. 222 ; Giorgetti, 1985, p. 48-87).

    273Dans les galeries où la bonne tenue du rocher le permettait, les constructeurs ont fait l’économie d’un revêtement comme à Rodez, dans l’Aveyron (Grenier, 1960). Les techniques de soutènement pour assurer la stabilité de la galerie sont aussi variées que les techniques de construction des aqueducs en tranchée peu profonde : radier en béton, maçonneries en pierres ou en briques, voûtes cintrées, plates, en bâtière ou en encorbellement ou tas de charge, enduisage des parois.

    274En présence d’eau, et dans les zones argileuses, le soubassement a pu se faire sur un lit de cailloux. La mise en place de renforts uniquement en voûte nécessitait le dégagement d’appuis pour les coffrages à la naissance des voûtes. La mise en œuvre de moellons sur un coffrage était une opération difficile dans une galerie de petites dimensions, notamment pour le clavetage assurant la bonne tenue de l’ouvrage (Andrieu, 1990, p. 116).

    275Dans le tunnel de Kervoaguel, la stabilité de la galerie creusée en travers banc est assurée par l’équilibre des forces et des contraintes au droit de la paroi. Avec une schistosité de direction perpendiculaire à l’axe du boyau et un pendage tendant vers la verticale, la roche est autostable. De cette configuration résulte le choix du constructeur de ne pas revêtir la paroi, à l’exception toutefois de trois secteurs dans les 300 m accessibles. Il est une autre raison qui a vraisemblablement présidé à ce choix : la surpression des eaux d’infiltration ne pouvait être contenue par une maçonnerie de revêtement sauf à envisager la multiplication des émissaires tels ceux qui ont été réservés dans la maçonnerie du piédroit, côté colline, de la section de sortie (galerie 0A). À l’extrémité (sortie), c’est une longueur d’au moins 8 m qui est revêtue afin d’assurer la liaison entre la galerie taillée dans la roche et la section en tranchée profonde qui lui succède. À l’amont du puits 2, où la maçonnerie d’obturation du puits est prolongée sur 4,20 m, la section amont du puits est explicite : une zone de fracture a provoqué, lors du percement, le détachement de grandes plaques du plafond, outrepassant de 0,40 m le toit de la galerie de pilotage, et nécessitant un renfort ponctuel décidé dans un second temps, après l’édification de la maçonnerie du puits, comme le montre la reprise de maçonnerie en paroi de gauche.

    276Le dernier secteur à soutènement se situe de part et d’autre du puits 8. Cette section maçonnée courbe, de 13 m de longueur, masque totalement la paroi mais, comme pour le secteur précédent, c’est vraisemblablement une discontinuité géologique qui en est la cause, peut-être liée à la configuration de la galerie à l’aval du puits et de sa jonction avec la galerie 7B masquée aussi par le revêtement.

    277Dans les trois secteurs à soutènement, la mise en œuvre est identique à celle des maçonneries de puits : les piédroits sont réalisés en maçonnerie de moellons de schiste ou grauwacke liés à la chaux et la couverture est assurée par des séries de deux à trois dalles de schiste en encorbellement sommées de grandes dalles jointives. Entre l’extrados et le plafond du boyau, l’espace restant est comblé par un blocage de pierres et de mortier. De même que pour les parois brutes du boyau, les piédroits ne sont pas cuvelés.

    278Le plancher, malgré son irrégularité avec des secteurs surbaissés générant des contrepentes, n’a reçu ni radier ni revêtement et le fond de la conduite est constitué par la roche naturelle.

    CONTRAINTES HYDROGÉOLOGIQUES ET EXHAURE

    Contraintes hydrogéologiques

    279Le forage d’un tunnel perturbe le régime hydraulique des terrains traversés : un premier régime transitoire consécutif au percement dans les terrains où règne le régime antérieur, puis un second régime, permanent, le tunnel fonctionnant comme un drain. Les venues d’eau sont beaucoup plus gênantes par les effets d’entraînement qu’elles exercent sur le terrain. Il peut en résulter des poussées très fortes qui peuvent compromettre l’exécution du tunnel (Goguel, 1967, p. 181-182). La nappe d’eau peut entraîner une instabilité de l’excavation provoquée par le gradient hydraulique lié au voisinage de la paroi, comme une modification des caractéristiques du sol et le débourrage de roches très fissurées (Bouvard-Lecoanet et al., 1988, p. 23). Un tunnel est assimilable à un drain de grande dimension qui aspire l’eau interstitielle de la roche (Szechy, 1970, p. 411).

    Exhaure

    280Il s’agit de l’évacuation de l’eau s’infiltrant et s’accumulant dans les galeries souterraines ; c’est un problème important pour le creusement des tunnels en milieu infiltrant.

    281Dans les mines, le travers banc d’exhaure est essentiel ; sans lui, l’exploitation ne peut se faire dans de bonnes conditions. Il s’agit, lorsque la configuration topographique le permet, de creuser, à partir d’un point bas, un travers banc qui drainera l’eau vers l’extérieur. Cette technique, attestée dès l’âge du Bronze, est bien connue des Romains comme le montrent les mines antiques d’Espagne. La pente des galeries d’exhaure doit être la plus faible possible, de manière à ce que le filon soit recoupé au niveau le plus bas possible. Certains travers bancs d’exhaure atteignent 2 km de longueur ; les plus courts sont rectilignes et les plus longs tortueux, et il peut y avoir plusieurs ramifications. La section est le plus souvent rectangulaire aux angles arrondis, large de 0,70 m à 0,80 m pour une hauteur de 1 m à 1,50 m. Dans les terrains friables, les travers bancs d’exhaure sont fortifiés par des cadres en bois et des niches pour les lampes sont aménagées dans la paroi. Lorsque le travers banc d’exhaure ne pouvait être employé, des machines élévatrices étaient utilisées et, lorsque la quantité d’eau à évacuer était faible, les mineurs avaient recours à des écopes, des pelles et des seaux (Domergue, 1990, p. 441).

    282L’analyse hydrogéologique du tunnel des Neuf-Puits, sur l’aqueduc de Saintes, a permis de constater que la galerie, en terrain calcaire, atteint le sommet de la nappe d’eau souterraine. La nappe est ainsi rabattue au niveau du plancher de la galerie, mais à chaque crue saisonnière elle remonte et la galerie sert alors périodiquement de drain. Pour éviter le mélange des eaux de nappe et des eaux de l’aqueduc, mais également pour empêcher les phénomènes de surpression pouvant fissurer et détériorer le specus imperméable, les constructeurs ont conçu une tranchée drainante, plus basse que le plancher de la galerie, afin d’évacuer l’eau de la nappe dans la partie aval de la galerie (Bourgueil, 2010, p. 15-16).

    283Dans le tunnel de Kervoaguel, l’exhaure a conditionné le mode opératoire du percement et le déroulement du chantier. Cette réflexion a été partagée par K. Grewe lors de sa visite en 1996 (Grewe, 1998, p. 175). L’afflux d’eau est très important : le débit actuel du boyau, qui soutire les eaux d’infiltration de la colline, est en effet estimé à 1 litre par seconde à l’étiage (Guyomard, 1980, p. 18), ce qui est considérable. En période hivernale, il pouvait être trois fois plus élevé. La visite du boyau durant les mois d’hiver et de printemps montre que les fissures ouvertes sont actives, certaines sont de véritables sources. Au début de l’automne, période la plus sèche, les infiltrations au travers des maçonneries d’obturation des puits 8 et surtout 9 sont constantes ; l’essentiel de l’afflux d’eau à cette période provient de la partie non explorée du boyau, au travers du cône d’éboulis du puits 10.

    284Il n’y a pas de galerie d’exhaure expressément forée à cet effet, c’est le boyau lui-même qui sert de galerie d’exhaure. Le minage à partir de la sortie se faisait selon le principe de l’attaque montante. De cette façon, l’eau s’écoulant sur le plancher est évacuée naturellement vers la sortie. Par contre, à partir du fond du puits, le minage à la rencontre de l’équipe progressant depuis la sortie s’effectuait selon le principe de l’attaque descendante, ce qui entraînait l’accumulation et la stagnation de l’eau au niveau du front de taille. C’est en partie pour cette raison que les galeries forées à partir des puits, vers l’aval, sont très courtes par rapport aux galeries creusées en attaque montante. Par ce moyen, on limitait l’accumulation d’eau en front de taille ; toutefois, les erreurs de niveaux de forage ont généré des sections au plancher surbaissé dans lesquelles la stagnation d’eau était permanente et ne pouvait être éliminée que par écopage.

    285Ces principes posent le problème de l’attaque simultanée du forage par les deux extrémités du tunnel. Dans une configuration où le minage depuis l’entrée du tunnel est effectif, c’est la galerie creusée depuis l’extrémité qui est en attaque descendante et la galerie faisant jonction qui est en attaque montante. En théorie, il est impossible d’évacuer naturellement l’eau s’accumulant dans la galerie creusée depuis l’entrée, mais cette difficulté pouvait être contournée par le principe d’une attaque montante. Le boyau pouvait être volontairement foré en pente inversée par rapport au sens de la pente de l’aqueduc, la pente étant restaurée à la fin par une rectification du plancher. On ne peut toutefois ignorer qu’une telle opération aurait nécessité un forage très pointu associé à de fréquents contrôles du niveau, dont on sait qu’ils représentaient, en souterrain, une zone de compétence limite. L’entrée, bouchée et inaccessible, interdit toute mesure de la longueur des galeries creusées vers l’amont par rapport à celle des galeries creusées vers l’aval.

    LE TRACÉ DU TUNNEL : SA JUSTIFICATION ET SON IMPORTANCE PAR RAPPORT AU PARCOURS TOTAL DE L’AQUEDUC

    286Nous avons vu, ci-dessus, que les contraintes géologiques et hydrogéologiques étaient primordiales pour comprendre la réalisation des galeries. Nous pouvons déjà souligner, à l’issue de l’analyse de la géologie du boyau, que la direction de la schistosité, perpendiculaire à l’axe du tunnel, et la direction du pendage, vertical par rapport à l’axe, sont des facteurs extrêmement favorables au minage en travers banc. Il en a résulté une bonne tenue générale de la roche, qui n’a pas nécessité de soutènement interne, hormis dans quelques cas ponctuels. Sur le plan hydrogéologique, le volume d’eau soutiré actuellement illustre parfaitement le rôle de drain joué par le boyau. Les puits verticaux, quoique comblés, contribuent aussi à cet état de fait avec des arrivées d’eau à travers les maçonneries d’obturation. Pour le creusement des puits, le pendage de la schistosité redressé à la verticale est plutôt défavorable ; le risque non négligeable de chute de pierres lors du creusement nécessite, par sécurité, un boisage des parois. C’est peut-être en ce sens qu’il convient d’interpréter la pièce en bois de merisier découverte dans le cône d’éboulis consécutif à la rupture de la maçonnerie d’obturation du puits 10.

    287Le report en surface du parcours du boyau souterrain, validé par le sondage de la tête du puits 4, montre une implantation rectilinéaire sur la partie accessible, soit les 300 m aval du tracé. L’axe du tunnel est décalé de 8° O. par rapport au nord géographique. Le prolongement vers le sud de l’axe ainsi défini aboutit exactement dans l’axe d’une petite dépression au flanc de la colline au sud de la ferme de Kerloubennec et démontre que le projet de tunnel fut implanté selon un tracé linéaire, sans changement d’orientation. Selon l’exploitant agricole, l’eau sourd au niveau de l’entrée présumée du tunnel en période de forte pluviométrie, ce que nous avons pu vérifier. L’entrée est totalement comblée mais un effet de drainage subsiste, imputable au boyau malgré l’inversion de pente qu’il suppose, inversion probablement générée par les effondrements de la galerie maçonnée en tranchée profonde, pendant de la maçonnerie de sortie partiellement en place.

    288L’aqueduc en tranchée peu profonde a été reconnu à Trougaou (inv. n° 23). Quelques mètres après ce point, la conduite se retournait à l’ouest après avoir franchi le thalweg. Après un parcours est-ouest de 180 m, la conduite devait s’infléchir brusquement au nord pour pénétrer sous la colline en tranchée profonde sur quelques dizaines de mètres puis en tunnel selon les principes observés à la sortie, sur l’autre versant de la colline. Si l’on y ajoute la partie détruite de la section en tranchée profonde de la sortie (inv. n° 26), la longueur du boyau souterrain s’établit à environ 900 m. Si l’on ne considère que la partie en tunnel proprement dite, on obtient une longueur voisine de 800 m.

    289Ce tracé n’est cependant pas le plus court possible. À l’analyse de la topographie de la colline de Kerloubennec, un autre tracé pouvait être théoriquement retenu par le concepteur. Il se situe plus à l’ouest, décalé de 40°. À partir du même point d’entrée sous la colline et avec une sortie dans le modeste thalweg situé à l’est de la ferme de Kermélan, la longueur en souterrain se serait établie à 650 m, soit une différence de 150 m par rapport au tracé choisi, au prix d’un allongement de 250 m en tranchée normale afin de joindre Kermélan à Kervoaguel. Dans ce second tracé possible, le gain en terme de longueur de roche à forer est considérable : 150 m soit 20 % de la longueur du tracé choisi (fig. 316).

    290Pour comprendre le choix du concepteur – un tunnel plus long –, il faut à nouveau recourir à l’analyse géologique. Dans le cas du tracé le plus court, le percement ne pouvait plus se faire en travers banc : l’axe du tunnel se serait trouvé de biais, pratiquement à 45° par rapport à la direction de la schistosité, une configuration nettement moins favorable pour le travail des mineurs en attaque de la roche de biais et pour la tenue des parois. Une autre raison, dont les paramètres ne sont pas apparents, a pu jouer dans le non choix du tracé court : le régime hydrologique du thalweg de Kermélan avec des venues d’eau importantes matérialisées aujourd’hui par des sources. Quoi qu’il en soit, ce sont bien les caractéristiques de la roche, schistosité et pendage, qui ont guidé le choix du concepteur vers un tracé plus long. La connaissance de ces caractéristiques résulte de l’expérience locale : la direction de la schistosité est globalement isocline dans ce secteur du bassin carbonifère et les caractères de la roche étaient aisément lisibles dans les multiples carrières ouvertes pour la construction de l’aqueduc dans son parcours normal.

    Fig. 316 – Tunnel de Kervoaguel : tracé du tunnel sur fond de carte topographique (dessin A. Provost, S. Jean).

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    291Avant d’aborder la question de la justification du creusement du tunnel, nous examinerons, à des fins de comparaison, la part de parcours en tunnel sur quelques aqueducs antiques (tabl. LVI).

    Tabl. LVI – Comparaison des parcours en tunnel de douze aqueducs.

    Aqueduc

    Longeur totale (en m)

    Longueur en tunnel (en m)

    % du parcours en tunnel

    Bologne

    20 000

    20 000

    100

    Sidé

    30 000

    13 000

    43

    Saintes (état 2)

    15 000

    4 300

    30

    Serino

    100 000

    6 000

    6

    Béziers

    36 000

    1 500

    4

    Almunecar

    8 000

    350

    4,3

    Lyon – Gier

    86 000

    3 400

    4

    Rome – Aqua Virgo

    21 000

    800

    4

    Carhaix

    27 000

    800

    3

    Bougie

    21 000

    428

    2

    Nîmes

    50 000

    550

    1,1

    Lyon – Brévenne

    70 000

    400

    0,5

    292De tels ouvrages entraînaient un travail long et onéreux, mis en œuvre en cas d’absolue nécessité et sur une faible portion de longueur (Burdy, 1996). Les cas de Bologne (Giorgetti, 1985), Sidé en Turquie (Grewe, 1994) et Saintes (Triou, 1968) apparaissent exceptionnels et l’on constate que dans la majorité des cas le pourcentage des sections en tunnel demeure modeste (entre 1 et 4 %), avec des boyaux de quelques centaines de mètres de longueur. L’aqueduc de Carhaix s’inscrit dans cette fourchette. À la différence de celui-ci, l’aqueduc de Bologne est aménagé en tunnel sur la totalité de son parcours. Dans d’autres cas, les sections en tunnel peuvent être très longues comme par exemple pour l’aqueduc de Traconnade à Aix-en-Provence, où le franchissement du plateau de Venelles se faisait par un tunnel de plusieurs kilomètres sous 80 m de colline, mais étant inaccessible, il n’a pas été reconnu (Leveau, 1991, p. 228).

    293L’économie de parcours est bien la principale justification du percement de tunnels sur les aqueducs. Les exemples abondent : économie de 2,8 km sur l’aqueduc du Gier à Lyon grâce au tunnel de 825 m de long de Mornant (Burdy, 1996, p. 193). Toujours sur ce même aqueduc du Gier, à la Cave au Curé en Chagnon, le passage en tunnel, de 80 m de longueur, est justifié par un relief local très abrupt : un éperon en corniche (Burdy, 1996, p. 193). Plus modestes (80 m), les tunnels des Cantarelles et de la Perrotte sur l’aqueduc de Nîmes ne correspondent à aucune contrainte topographique ; la nécessité de tenir compte de carrières préexistantes en est la justification la plus vraisemblable. Toujours sur l’aqueduc de Nîmes, le tunnel du col de la Croix-de-Fer, long de 400 m, prend en compte l’enceinte préexistante de la cité (Leveau, 1991, p. 228).

    294En l’occurrence, la justification de la construction du tunnel de Kervoaguel, déjà perçue par É. Guyomard (1980, p. 9-10), s’inscrit dans cette logique d’économie de parcours. La colline de Kerloubennec est une vaste croupe d’interfluve d’orientation nord-est – sud-ouest, de 1 km de largeur moyenne, dont la ligne de crête ne descend pas au-dessous de la cote 170 NGF. Son contournement, en suivant la courbe de niveau 150, qui est celle du tracé en amont autour de la Montagne à la Vierge, aurait entraîné un allongement de parcours de 6 200 m. Cette option, si elle avait été choisie, aurait porté la longueur de conduite à 33 km au lieu de 27, pour une perte de charge identique, soit 9 m. Les conséquences en auraient été d’abaisser la pente moyenne de l’aqueduc de 0,27 m par km à 0,22 m avec, compte tenu de l’irrégularité des pentes partielles, un fonctionnement problématique. Le maintien de la perte de charge amont aurait eu pour effet d’abaisser le niveau du point d’arrivée en ville, rendant ainsi impossible la distribution de l’eau dans le centre de la ville.

    295Sur l’aqueduc du Gier, la pente du canal dans le tunnel de Mornant est très rapide, 1,60 m au km alors que la pente moyenne de cet aqueduc n’est que de 0,60 m au km. La conclusion en est que la décision de forer le tunnel, au lieu de contourner la colline, ne figurait pas dans le projet originel et qu’elle fut tardive (Burdy, 1996, p. 201). Au contraire, le tunnel de Kervoaguel est une conception d’origine : la pente moyenne du tunnel, 0,40 m au km, n’est pas aberrante par rapport à la pente moyenne de l’aqueduc, 0.27 m au km.

    CHOIX STRATÉGIQUES DE PERCEMENT

    296La technologie des galeries souterraines était bien connue et maîtrisée par les ingénieurs romains (Grewe, 1998) ; elle était mise en œuvre systématiquement pour les travaux de drainage et pour le passage des aqueducs, notamment en Italie (Riera, 1994). À propos de l’origine de cette technologie, Ph. Leveau fait remarquer qu’elle est significative du problème général de la diffusion des savoirs locaux ou régionaux dans l’Empire. Ces dernières années, différents chercheurs ont insisté sur une filiation avec les qanats iraniens (Grewe, 2005) mais, si la parenté est indiscutable, ces techniques sont aussi celles des mineurs en Occident depuis l’âge du Bronze et la relation entre mines métalliques et mines d’eau est parfaitement établie par Vitruve (Leveau, 2008, p. 9 et 18).

    297La comparaison avec les autres tunnels antiques s’étendra aux galeries de captage souterraines, aux galeries et puits de mines, et aux émissaires lacustres. Le nombre de tunnels signalés sur les aqueducs antiques est relativement important, mais l’état des connaissances est extrêmement variable. Pour les Gaules, l’étude des tunnels manque cruellement, à l’exception de ceux de Nîmes (Bessac, 1991). On dispose d’une étude générale des tunnels rhénans et luxembourgeois et d’une analyse ponctuelle de celui de Sidé en Turquie (Grewe, 1985, p. 74-76 ; 1994 ; 1998, p. 176-192), mais c’est surtout en Italie du Nord que des études détaillées ont été réalisées (Giorgetti, 1985 ; Bodon et al., 1994 ; Zanovello, 1997 ; Demaria, Forti, 2010).

    298Il faut noter que l’accessibilité des ouvrages souterrains est généralement peu aisée. Les réutilisations modernes des tunnels antiques pour des captages et des adductions sont fréquentes comme à Bougie, en Algérie (Leveau, 1988, p. 78), Bologne (Giorgetti, 1985), Este (Zanovello, 1997) et Asolo (Riera, 1997) en Italie, Almunecar en Espagne (Grewe, 1988b, p. 177-179). Ces ouvrages ne sont accessibles que lors des opérations de maintenance générale comme à Bologne ou par des plongées spéléologiques comme au lac Nemi. Beaucoup d’autres ouvrages sont obstrués ou rendus inaccessibles par des effondrements ; seules les extrémités et quelques puits, dans le meilleur des cas, les signalent. Ainsi, à Bourges, le tunnel accessible lors d’un constat en 1850 ne l’est plus aujourd’hui (Bernon, Trotignon, 1979, p. 38). De même, à Nîmes, le tunnel de la Croix-de-Fer, reconnu en 1845, est actuellement inaccessible. Le tunnel de Mornant, sur l’aqueduc du Gier, à Lyon, n’est connu que par ses puits et celui de Saint-Chamond ne montre plus de vestiges (Burdy, 1996, p. 123 et 193). À Béziers, le tunnel de 1 300 m de long n’est connu que par son entrée (Andrieu, 1990, p. 114). Sur l’aqueduc de Traconnade, à Aix-en-Provence, on connaît le point d’entrée et deux puits sur le parcours du tunnel de Venelles (Boiron, Moliner, 1988, p. 175). À Sidé, aqueduc qui comportait plusieurs tunnels totalisant 13 km, seul l’un d’entre eux est accessible – et seulement partiellement – sur 150 m de longueur (Grewe, 1994, p. 197-200). Pour sa part, le tunnel de Kervoaguel n’est accessible que sur un tiers de son parcours, à partir de la sortie. Il convient cependant de préciser que les informations collectées sont suffisantes pour en restituer le tracé et reconstituer la stratégie et les techniques de percement.

    299Grâce aux techniques minières, il a été possible très tôt de creuser des galeries importantes. Les ingénieurs grecs maîtrisaient déjà la topographie avec un haut niveau de savoir-faire technique. Creusé par les deux extrémités, sous une colline haute de 300 m, le tunnel de Samos (long de 1100 m, avec une section carrée allant de 1,70 m à 2,40 m) a été percé durant le troisième quart du vie siècle avant J.-C. (Adam, 1984, p. 10). Deux méthodes ont été mises en œuvre dans l’Antiquité : le percement à partir des deux extrémités et le percement par des puits intermédiaires.

    PERCEMENT PAR LES EXTRÉMITÉS

    300Le percement par les extrémités a généralement été adopté lorsque l’épaisseur de la couverture rendait pratiquement impossible la réalisation de puits. Parfois, un puits intermédiaire a été creusé comme c’est le cas sur l’émissaire étrusque du lac Albens, où un puits est implanté à 400 m de la sortie (Riera, 1994, p. 432).

    301L’exemple du tunnel d’El Habel, sur l’aqueduc de Saldae (Bougie), illustre les risques encourus par l’emploi de cette méthode. Une inscription de Lambèse permet d’en reconstituer les péripéties. Après avoir conçu le tracé de l’aqueduc de Saldae, Nonius Datus, ingénieur topographe de l’armée avait réintégré sa garnison. Des années plus tard, alors qu’il était vétéran établi à Lambèse, on fit appel à lui car les deux équipes chargées de forer d’un côté et de l’autre le tunnel de près de 500 m de longueur n’étaient pas parvenues à se rejoindre – bien que la longueur cumulée des deux galeries ait largement dépassé la longueur prévue. Nonius Datus ayant constaté que les deux équipes s’étaient écartées de l’axe tel qu’il avait été défini, parvint à calculer la marge d’erreur et engagea de nouvelles équipes afin de rectifier le percement (Laporte, 1995, p. 764-767).

    PERCEMENT PAR PUITS INTERMÉDIAIRES

    302C’est la méthode la plus généralement employée pour le creusement des tunnels d’aqueducs, mais aussi pour les galeries de captage comme à Grand (Bertaux, 1991), en Italie (Riera, 1994) ou en Rhénanie et au Luxembourg (Grewe, 2005).

    303Le principe en est le suivant : l’implantation en surface de l’axe de la galerie et de l’emplacement des puits (tous les 2 actus selon Vitruve, VII, 6) s’accompagne de la mise en place de repères fixes, au droit des puits, pour servir de nivellement de l’ouvrage. La perforation des galeries était précédée du creusement des puits jusqu’à la profondeur requise. Après la mise en place d’un éventuel blindage des puits et du système de levage pour l’évacuation des déblais, le fonçage de la galerie pouvait être conduit alternativement ou simultanément de part et d’autre des puits. Le pilotage de ces deux fronts d’attaque de galerie à partir du fil à plomb matérialisant – de chaque côté du puits – l’axe de la galerie, est une opération toujours pratiquée de nos jours, efficace sur de courtes distances (35 m environ). Les erreurs concernant l’axe de creusement pouvaient être corrigées dès que les galeries étaient percées entre les puits (Andrieu, 1990, p. 115-116).

    304La principale difficulté résidait dans la jonction des galeries sur les très longs parcours, notamment lorsque les puits sont très espacés. Si la multiplication des puits génère un surcroît de travail considérable, elle a l’avantage d’atténuer les problèmes d’orientation et de multiplier les points d’attaque (Domergue, 1990, p. 438). Sur l’aqueduc de Nîmes, les tunnels de Sernhac (galeries des Cantarelles et de la Perrote), de modestes longueurs, auraient pu être percés depuis les extrémités, aucune aération n’étant par ailleurs nécessaire. L’inconvénient de cette technique est que deux équipes seulement peuvent travailler simultanément, ce qui allonge la durée du chantier. Les puits, de seulement 5 m de profondeur, permettaient de multiplier les fronts d’attaque et donc les équipes (Bessac, 1991, p. 304).

    305Sur les 300 m accessibles du tunnel de Kervoaguel, on compte dix puits repérés par leurs maçonneries d’obturation à l’intérieur du boyau (fig. 317). Ces puits, que rien ne signale en surface – hormis celui situé hors de la partie accessible, dont l’effondrement du soutènement a provoqué l’ouverture d’un petit cratère dans un champ (inv. n° 24) –, sont respectivement espacés, du puits 1 au puits 10, de 28 m, 44 m, 22 m, 21 m, 22 m, 23 m, 34 m, 20 m, 27 m. La position du puits 8, masqué par un chemisage des parois, reste hypothétique. Entre les puits 2 et 7, un rythme d’espacement basé sur un module de 22-23 m semble se dégager : l’espacement entre les puits 2 et 3 est égal à deux fois ce module. Entre les puits 1 et 2 d’une part, et les puits 7 et 10 d’autre part, l’espacement semble basé sur un module de 27-28 m ; entre les puits 7 et 9, l’espacement est égal à deux fois ce module. Ceci n’est vraisemblablement pas fortuit même si les motivations en restent obscures et si la comparaison avec les espacements de puits sur les autres tunnels n’apporte pas d’éléments de réponse. Le rythme d’espacement des puits ne semble obéir à aucune règle précise, excepté, sans doute, sur les tunnels de l’aqueduc du Gier à Lyon où un module de 77 m, proche des 2 actus, semble se dégager (Burdy, 2002, p. 119 et 125-127). Par extension, on peut considérer que le tunnel de Kervoaguel, long de 800 m, devait comporter entre 25 et 30 puits, probablement 27 ou 28. La question de l’espacement des puits sera réexaminée en relation avec celle de la jonction des galeries.

    306En apparence, il n’existe aucune relation directe entre le rythme d’espacement des puits et l’épaisseur de couverture sous colline ; tout au plus peut-on remarquer que l’espacement se situe le plus souvent entre 20 et 40 m pour des profondeurs allant jusqu’à 30 m. Des conditions locales prévalent, touchant à la rapidité d’exécution : un certain nombre de tunnels courts et creusés à faible profondeur ont un rythme d’espacement des puits très faible. En revanche, des tunnels longs et profonds engendrent des espacements importants entre puits. Tant la longueur du boyau que la distance entre les puits situe le tunnel de Kervoaguel dans la moyenne des ouvrages de ce genre.

    Fig. 317 – Tunnel de Kervoaguel : tracé de l’axe du tunnel d’après le positionnement des puits (dessin A. Provost, S. Jean).

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    LES ERREURS DE CREUSEMENT : DES DIFFICULTÉS À OPÉRER LA JONCTION DES GALERIES

    307L’espacement des puits détermine la longueur des galeries à creuser simultanément ou alternativement, donc à l’aveugle malgré les dispositifs d’alignement mis en place au fond des puits. Ceci est, pour l’essentiel, à l’origine des remarques sur les erreurs de creusement observées dans les galeries ayant fait l’objet de relevés. Nous citerons quelques exemples avant de livrer nos propres observations.

    308À Bourges, le parcours entre les puits est irrégulier et se compose généralement de plusieurs alignements mal raccordés (Bernon, Trotignon, 1979, p. 38). Sur l’aqueduc de Gier à Lyon, dans le tunnel de Saint-Martin-Fontanes, nous avons noté l’importance des raccords grossièrement réalisés (Burdy, 1996, p. 199). À Grand, sur les galeries de captage, à 4 m de profondeur, les galeries sont droites ; à partir de 6 m, elles accusent des changements de direction et, vers 9 m de profondeur, le tracé devient sinueux et la section varie quelque peu (Bertaux, 1991, p. 32). À Nîmes, dans le tunnel de la Croix-de-Fer, le tracé très irrégulier, qui présente dix à douze alignements, serait dû soit à une exécution médiocre des travaux, soit au fait que les ouvriers ont plutôt recherché les veines de roche tendre, les plus faciles à exploiter (Fabre et al., 1991, p. 82-83). Dans les galeries des Cantarelles et de la Perrote, les défauts du creusement sont matérialisés par des redans latéraux et des désaxements de puits (Bessac, 1991, p. 292). À Narmi, aqueduc de Formina, des erreurs de direction de la galerie sont notables (Riera, 1994, p. 214). À Bologne, on retrouve l’ensemble de l’éventail des observations : abaissement de voûte matérialisant la jonction des équipes, désaxement et différence de niveau de fonçage des galeries à la rencontre l’une de l’autre, changements d’alignement et difficultés de jonction (Demaria, Forti, 2010, p. 240-244 ; Giorgetti, 1985, p. 49-81). Même lorsque les puits sont peu profonds et rapprochés, les décalages d’axe et d’azimut sont patents comme c’est le cas dans la galerie de captage de Noertzange (Schoellen, 1997, p. 64) ou à Nîmes, dans les tunnels de Sernhac, où la distance entre les puits de 5 m de profondeur n’excède pas 20 m. Cette méthode de pilotage à l’aveugle, de puits en puits, représenterait un cas limite de compétence des ingénieurs chargés de la topographie (Bessac, 1991, p. 306).

    309Dans le tunnel de Kervoaguel, de telles erreurs en planimétrie et en altimétrie sont observables. Plus on s’éloigne de l’extrémité (sortie), plus les erreurs sont importantes. Les désaxements sont minimes dans les 200 premiers mètres et se traduisent par des redans latéraux compris entre 0,10 m et 0,30 m, avec un maximum de 0,50 m au niveau du raccord des galeries 4B et 5A (entre les puits 4 et 5). Les erreurs d’alignement sont par contre beaucoup plus sérieuses dans le dernier tiers accessible du boyau, au niveau des jonctions entre les puits 8 et 9 (galeries 8B et 9A) et entre les puits 9 et 10 (galeries 9B et 10A). Dans ces deux exemples, les galeries de pilotage à la rencontre l’une de l’autre avaient dépassé de 1 m à 1,50 m le point de contact et une paroi d’environ 0,80 m d’épaisseur subsistait entre elles. Les jonctions furent finalement assurées par le percement, en partie basse du boyau, d’une galerie oblique longue de 1 m à 1,50 m au tracé en « baïonnette » (fig. 318), dispositif dont le tunnel de Bologne offre plusieurs exemples (Giorgetti, 1985). Les erreurs altimétriques montrent la propension des mineurs à remonter le long de leur progression ; c’est particulièrement visible dans la galerie 4B, où un ressaut au plafond de 0,30 m indique que l’on a rectifié le niveau de fonçage au cours de la progression. Cette correction n’est toutefois pas générale : la galerie 6B s’élève progressivement de 0,60 m jusqu’à sa jonction avec la galerie 7A. À l’opposé, quelques galeries ont été forées à un niveau trop bas (galeries 9A et 1A), ce qui a généré un plancher surbaissé à l’origine de contrepentes. C’est évidemment dans les raccords, au niveau de la voûte, que les décalages altimétriques sont les plus apparents. Négligeables dans les jonctions proches de l’extrémité, ces décalages atteignent 0,20 m, 0,40 m et jusqu’à 0,80 m à la jonction entre les puits 6 et 7 (galeries 6B et 7A), et 0,70 m entre les puits 9 et 10 (galeries 9B et 10A). Cet état de fait a nécessité des reprises au niveau du plancher. Au raccord des galeries 0B et 1A – cette dernière ayant été forée trop bas – un redan au plancher de 0,20 m subsiste, atténué dans un second temps pour favoriser l’écoulement.

    Fig. 318 – Tunnel de Kervoaguel : jonction « en baïonnette » entre les puits 8 et 9 (dessin A. Provost, S. Jean).

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    LE MODE OPÉRATOIRE DU FONÇAGE

    310La technique de creusement des tunnels romains est héritée de celle des mines. Dans l’Antiquité, outre pour les tunnels de captages, d’adductions ou d’émissions, elle est utilisée pour le percement des tunnels routiers : tunnel de la via Flaminia, long de 30 m ; tunnel de Naples/Pouzzoles, long de 700 m, large de 4 m et haut de 5 m, avec puits d’éclairage (Adam, 1984, p. 306) ; tunnels de 800 m en Hélvétie, et de 300 m à Briord, dans l’Ain (Bonnin, 1984, p. 182).

    311Le cycle d’avancement du percement comprend le creusement, le marinage des déblais et le soutènement des galeries (Bouvard-Lecoanet et al., 1988, p. 215). L’avancement en escalier favorise le chargement des déblais circulant sur le niveau fini. Il y a deux niveaux de travail et deux chantiers différents. L’attaque se fait par une galerie de faîte ou de pilotage (Szechy, 1970, p. 456).

    312Dans les mines antiques d’Espagne, l’abattage se faisait à l’aide d’outils en fer et le marinage des déblais s’effectuait soit par transport à dos d’homme, soit par levage au moyen d’un treuil simple ou avec poulie. Le soutènement était assuré par le maintien de piliers de roche pauvre ou l’assemblage de cadres en bois et l’accès se faisait par des puits équipés de barreaux (Domergue, 1990, p. 413-418 et 432).

    313Dans les carrières, où l’extraction commence souvent à flanc de coteau, les ouvriers devaient œuvrer horizontalement pour suivre le gisement. Dans le cas des galeries forées à partir de puits, il était indispensable de diriger la progression depuis la surface. On suppose que le compas de mine était connu : on laissait pendre deux cordeaux dans le puits à partir desquels étaient établis les relevés. À ces cordeaux était attachée une baguette de bois, qui jouait le rôle de flèche indicatrice horizontale, reproduisant la direction matérialisée à la surface par les deux fils alignés (Bedon, 1984, p. 91-92). L’extraction souterraine se faisait par abattage en délit, c’est-à-dire perpendiculairement aux lignes de stratification, le levage par chèvre et mât de charge (Bedon, 1984, p. 109 et 134).

    314Aux tunnels des Cantarelles et de la Perrote, sur l’aqueduc de Nîmes, l’analyse des traces laissées par le minage a permis de reconstituer dans le détail la chaîne opératoire et les errements du minage. Deux séries superposées de sillons, communes aux deux tunnels, et les erreurs d’orientation ont démontré un creusement à deux niveaux bien distincts. La première galerie a été foncée en partie haute : c’est la galerie de pilotage, haute de 1,35 m à 1,55 m. L’ouvrier progressait à genoux en front de taille et attaquait la roche au-dessus de sa tête. La faiblesse de la résistance de la roche ne nécessitait aucun moyen complémentaire, thermique ou chimique, autre que le simple pic. La largeur du boyau permettait l’attaque en front de taille par deux ouvriers décalés de quelques mètres. L’attaque du bas de la paroi, pour amener le boyau au bon niveau, s’effectuait de la même manière, en décalage de plusieurs mètres par rapport à la galerie de pilotage. Le creusement s’effectuait donc sur deux niveaux avec deux équipes autonomes de deux mineurs chacune.

    315Ce mode opératoire est toujours en usage au xixe siècle : il est attesté dans les travaux du canal du Verdon. Le dispositif des deux fils à plomb reproduisant, au fond du puits, l’alignement de surface, n’aurait pas été utilisé. Il faut imaginer des artifices plus rudimentaires et approximatifs : les erreurs de pilotage ne peuvent être attribuées à la simple incapacité des ingénieurs et des mineurs à forer en ligne droite. Le pilotage des galeries doit être en partie intuitif, à moins que les Romains n’aient disposé d’un procédé de guidage qui nous échappe. Deux galeries de pilotage se croisèrent à quelques décimètres près sans se rencontrer ; ce n’est qu’après avoir parcouru 1,80 m à des niveaux différents que l’erreur fut découverte. Manifestement, on n’avait pas comparé les distances en surface et dans le tunnel, et l’erreur fut décelée sans doute tout simplement en situant les vibrations et les puits. Pour le levage, était probablement utilisé le dispositif minier avec corde et poulie. Dans la galerie des Cantarelles, priorité absolue fut donnée au creusement depuis l’extérieur avec des galeries de 20 m de longueur, les équipes intérieures se limitant à faire se rejoindre les puits (Bessac, 1991, p. 302-314).

    316Le mode opératoire du percement du tunnel de Kervoaguel présente des analogies mais aussi des différences notables avec le schéma proposé pour les tunnels de Sernhac. L’attaque simultanée ou non à partir du fond des puits peut être discutée ; toujours est-il qu’elle conditionne le nombre d’équipes de mineurs engagées sur le chantier, et par conséquent sa durée. Pour tenter de comprendre si les mineurs ont procédé à l’attaque simultanée ou alternée, il convient de comparer la longueur des galeries et l’orientation des amorces de galeries forées de part et d’autre des puits : galeries amont creusées vers l’intérieur de la colline et galeries aval creusées vers l’extérieur (tabl. LVII).

    317Un premier constat montre que les galeries creusées vers l’amont sont, dans six cas sur dix, plus longues que les galeries creusées vers l’aval et dans un rapport de longueur de 1 à 2. Dans deux cas, à partir des puits 2 et 5, elles sont de longueurs pratiquement équivalentes. Au niveau du puits 9, le rapport est inversé : la galerie aval est près de cinq fois plus longue que la galerie amont. Le forage vers l’amont apparaît néanmoins nettement privilégié. En ce qui concerne les orientations des galeries à partir des puits, il apparaît très nettement que les galeries amont sont, peu ou prou, cohérentes avec l’alignement matérialisé à l’extérieur, alors que celles creusées vers l’aval s’en écartent parfois très sensiblement. Échappent à ce constat les galeries les plus éloignées creusées à partir des puits 9 et 10. Les alignements divergents des galeries creusées de part et d’autre de chaque puits semblent indiquer qu’elles n’ont pas été forées simultanément. Dans le cas contraire, il n’y aurait aucune raison pour qu’elles ne soient pas alignées à l’identique.

    Tabl. LVII – Récapitulatif des longueurs et des orientations des galeries du tunnel de Kervoaguel.

    Galerie amont
    0B

    Galerie aval

    L (en m)
    30

    Orientation par rapport à la galerie de sortie
    identique

    1A

    3,5

    décalée de 2°

    1B

    13,8

    identique

    2A

    12,7

    décalée de 2°

    2B

    32,45

    identique

    3A

    9,9

    décalée de 5°

    3B

    12,9

    décalée de 4°, puis réalignée

    4A

    7,3

    décalée de 5°

    4B

    12,2

    décalée de 1°

    5A

    14,3

    décalée de 10°

    5B

    15,4

    décalée de 3°

    6A

    4,9

    décalée de10°

    6B

    15,7

    identique

    7A

    6,5

    décalée de 5°

    7B

    26,8

    identique

    8A

    6 (?)

    ?

    8B

    11 (?)

    décalée de 20°

    9A

    5,2

    décalée de 3°

    9B

    4,2

    décalée de 5°

    10A

    19,6

    Identique

    318À partir de ces observations, l’hypothèse d’un creusement alterné paraît s’imposer et il devient possible de proposer un cheminement. La première équipe de mineurs commence à forer le tunnel depuis la sortie en suivant l’alignement matérialisé par des jalons. Simultanément, le puits 1 est creusé. Du fond du puits, une seconde équipe de mineurs creuse la galerie à la rencontre de la première ; sa tâche se limite à assurer la jonction, d’où un percement très court. La jonction opérée, la première équipe poursuit le creusement vers l’intérieur de la colline à partir du fond du puits 1, en bénéficiant toujours, pour s’aligner, du jalonnement extérieur. Au même moment est creusé le deuxième puits et l’opération précédente se répète, mais, cette fois, les deux galeries à la rencontre l’une de l’autre sont à peu près d’égale longueur. L’opération se renouvelle ensuite de puits en puits, mais en veillant – en règle générale – à éviter une trop grande longueur pour les galeries aval creusées à l’aveugle (voir fig. 321, p. 215). À partir du puits 9, on assiste manifestement à une inversion tactique. Les deux précédentes jonctions ont été difficiles : les galeries de pilotage ne se sont pas rencontrées et il a fallu creuser des galeries de jonction en baïonnette. À ce stade, le principe du réalignement à partir des marqueurs mis en place à la sortie du tunnel n’est plus possible. Il est alors décidé de tenter de rattraper l’alignement en forant une longue galerie aval à partir du puits 10, la galerie amont depuis le puits 9 se limitant à la jonction. L’opération est délicate car les mineurs doivent s’orienter à partir du report au fond du puits, à plus de 20 m de profondeur, de l’alignement matérialisé au sommet de la colline. Une veille scrupuleuse du respect de l’alignement est probablement à l’origine du succès de l’opération, à en juger par la rectitude de la galerie et son orientation correcte.

    319L’attaque alternée présente toutefois un inconvénient majeur : la limitation du nombre d’équipes de mineurs. En dehors du fait qu’elle peut assurer un meilleur résultat – mais on a vu qu’elle n’empêchait pas totalement les erreurs d’orientation – cette stratégie trouve sa justification dans l’exhaure.

    320Conserver la bonne direction du minage n’était pas chose simple ; quel que fût le sens de fonçage, le mineur avait toujours les repères d’alignement derrière lui. C’est, pour une part, ce qui explique la relative sinuosité des galeries. Dans un boyau où la roche est homogène, nonobstant la présence de lits de grauwacke, la propension de mineurs à rechercher les zones de roche plus tendres ne peut être la cause de la sinuosité : les quelques filons de quartz rencontrés ont été traversés, tout juste ont-ils laissé quelques gibbosités au plafond sans incidence sur le fonctionnement du boyau. Par contre, il se peut que les légères ondulations de la direction de la schistosité et du pendage aient pu avoir une influence sur la progression des mineurs. Dans la mesure où la lumière naturelle de la sortie était toujours visible (jusqu’au puits 7 au moins), la sinuosité n’avait pas d’incidence majeure.

    321La hauteur des galeries, les alignements de niches pour lampes à huile sur plusieurs niveaux, le profil piriforme des galeries les plus hautes et les galeries avortées au niveau des jonctions « en baïonnette » indiquent que le creusement s’effectuait en plusieurs étapes. La partie haute du boyau correspond à la galerie de pilotage. Les galeries forées trop bas, qui n’ont pas connu de reprise du fond, montrent que la hauteur de la galerie de pilotage se situait autour de 1,50 m à 1,70 m au maximum pour une largeur moyenne à l’épaule de 0,90 m, suffisante pour le confort de travail du mineur (fig. 319). L’exiguïté de la galerie est telle qu’un seul mineur pouvait travailler en front de taille. Dans un second temps, sauf dans les galeries déjà très basses, une reprise du fond est matérialisée par un profil piriforme caractéristique, resserré à la base. La reprise, de 0,70 m de profondeur moyenne, jusqu’à 1 m par endroits, est strictement limitée à la largeur utile de 0,50 m (fig. 320). Dans les jonctions de galeries en chatière, les mineurs se sont bornés à régulariser le profil de la partie basse du boyau à la largeur minimale de 0,50 m, s’épargnant ainsi quelques mètres cubes de roche à abattre. Dans les galeries de jonctions « en baïonnette », le creusement a été calibré à 0,50 m de largeur. Cette reprise se fait toujours par creusement vers l’amont. Encore une fois, c’est le minage vers l’intérieur de la colline qui est privilégié et cette opération est déconnectée du fonçage de la galerie de pilotage et n’intervient qu’à l’issue des jonctions, sans doute après un contrôle du nivellement. Dans les galeries les plus hautes, une seconde reprise du fond est perceptible ; de 0,15 m de profondeur moyenne, elle n’excède jamais 0,30 m et se limite à la largeur utile, 0,45 m ou 0,50 m, ce qui se traduit par des petits redans latéraux, présents parfois d’un seul côté, rappelant la cunette des sections en tranchée peu profonde.

    Fig. 319 – Tunnel de Kervoaguel : variation de la géométrie des galeries d’après les profils en travers (dessin A. Provost, S. Jean).

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    Fig. 320 – Tunnel de Kervoaguel : deux exemples de profils en travers. 1, galerie de pilotage ; 2, galerie d’abaissement du plancher au niveau requis (dessin A. Provost, S. Jean).

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    LES PUITS

    322Outre le choix stratégique de percement, le rôle des puits est multiple : repérage de l’axe de fonçage, accès pour les mineurs, cheminées de ventilation, marinage des déblais, approvisionnement en matériaux pour les revêtements, regards de visite.

    323Leur principe est hérité de l’exploitation minière. En Espagne, les puits sont le plus souvent de section carrée mesurant entre 0,90 m et 1,20 m de côté, mais des puits circulaires, de 2 à 3 m de diamètre et 80 m à 100 m de profondeur, pouvaient descendre jusqu’à 133 m. À Camere, les puits de section circulaire atteignent seulement 0,90 m de diamètre ; les mineurs accédaient au front de taille par des échelles ou des cordes. Dans les puits non revêtus, des encoches régulièrement disposées dans la paroi permettaient la mise en place de barreaux de descente (Domergue, 1990, p. 418-424). Lorsque la nature de la roche ou l’état de la paroi le nécessitait, les puits étaient boisés comme dans les mines antiques de Massiac, où leur section est rectangulaire (Tixier, 1978, p. 133).

    324Les puits d’accès aux tunnels d’aqueduc sont indifféremment de section carrée, rectangulaire ou circulaire et leur taille, entre 0,60 m et 2 m, semble, sauf exception, indépendante de leur profondeur. Il se peut toutefois que les puits de 2 pieds de largeur n’aient eu qu’une fonction de regards, sans servir à l’extraction. Le boisage n’est pas signalé, mais un certain nombre ayant servi aussi de regards de visite sont maçonnés sur la totalité de leur paroi ou parfois seulement en partie supérieure, en fonction de la tenue du rocher.

    325Les puits reconnus sur les 300 m accessibles du tunnel de Kervoaguel, au nombre de dix, dont un masqué, sont obturés au plafond du boyau par des dalles reposant sur des piédroits maçonnés. Seul le puits 4 a fait l’objet d’une reconnaissance en surface. Il en existe un onzième que nous interprétons comme un regard (tabl. LVIII).

    326La tête du puits 4 présente une section circulaire, autour de 1,50 m de diamètre, dans le schiste de surface fortement altéré. À partir de 1,60 m, dans le schiste sain, la section reste circulaire, bien qu’irrégulière. Le pendage presque à la verticale de la roche, s’il favorise le forage horizontal en travers banc, rend cependant plus délicat le forage vertical et il devient difficile d’obtenir une paroi parfaitement régulière. Dans ce contexte, le boisage des parois était nécessaire afin d’éviter le décrochage de blocs. La pièce de merisier découverte dans le cône d’éboulis du remplissage du puits 10 provient peut-être de ce dispositif ; ses dimensions semblent trop importantes pour qu’il puisse s’agir d’un élément de barreau de descente. Ceux-ci devaient exister, mais les possibles encoches relevées vers 2 m de profondeur, en paroi du puits 4, peuvent être de simples négatifs de blocs détachés lors du creusement.

    Fig. 321 – Tunnel de Kervoaguel : évocation de la méthode de percement du tunnel (dessin A. Provost, M. Dupré).

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    Tabl. LVIII – Récapitulatif des dimensions des puits du tunnel de Kervoaguel.

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    327Au fond, la section des puits est rectangulaire avec des dimensions constantes, entre 1,40 m et 1,70 m, indépendamment de leur profondeur. La section de forme rectangulaire peut résulter d’un aménagement pour le logement des piédroits des maçonneries d’obturation. En surface, la tête du puits 4 est décalée de 1 m environ par rapport à son axe vertical défini au fond du boyau. Le creusement n’est donc pas parfaitement vertical et le décalage est équivalent à un peu plus d’un demi diamètre. Ce type d’erreur, répété dans chaque puits et sans doute plus important dans les puits les plus profonds, n’était pas sans conséquence dans l’alignement des galeries et dans la sinuosité du boyau ; les têtes de puits n’étant pas repérables sans fouille, il est impossible d’en mesurer l’impact.

    328Après obturation, les puits ont été comblés avec les matériaux d’extraction – dans le puits 4, des blocs conservaient les traces d’impact du pic –, ce qui montre bien que les puits ont évidemment été utilisés pour le marinage des déblais lors du percement. Ces puits obturés au plafond n’ont jamais servi de regards.

    329Le onzième puits perfore le plafond de la galerie 7B. Il n’a joué aucun rôle dans le percement : de part et d’autre, les traces d’outils ont la même orientation, vers l’intérieur du boyau. Il a donc été foré dans un second temps. Nous l’interprétons comme un regard. Sa position, à 3,50 m en aval de la section maçonnée de 13 m de long (qui masque le puits 8) n’est sans doute pas fortuite. Imaginer qu’il fut creusé pour la restauration de cette section du tunnel et la mise en place du soutènement, n’est pas aberrant. Son forage, à la profondeur de 19,50 m, n’était pas une mince entreprise – quoique à peine plus importante que celle qui aurait consisté à vider le comblement d’un puits « normal » – et l’on suppose qu’il ne fut pas comblé afin de rester accessible, un regard de visite en quelque sorte. Nous n’avons cependant pas eu l’opportunité d’observer le dispositif en surface. Au plafond du boyau, il est obturé par une grande dalle mise en place depuis l’intérieur du puits lequel était plus large que son débouché dans la galerie, d’un diamètre d’environ 0,80 m.

    L’ÉCLAIRAGE

    LES NICHES À LAMPE

    330Pline indique que l’on creuse les montagnes à l’aide de galeries percées sur de longues distances à la lumière des lampes, dont la durée sert à la mesure du travail accompli.

    331Dans les mines de Massiac (Tixier, 1978, p. 32) et dans celles d’Espagne, les galeries où l’on a signalé la présence de niches creusées dans la paroi à distances régulières pour poser les lampes à huile sont nombreuses. L’éclairage à l’aide de lampe à huile ne dégage pratiquement pas de fumée lorsque les mèches sont bien réglées. Chaque mineur avait sa lampe, généralement en terre cuite. Au chantier, les lampes étaient placées de manière à éclairer au mieux le front de taille. Le contenu du réservoir devait constituer la ration d’huile pour la journée de travail (Domergue, 1990, p. 461).

    332Les lampes étaient également employées dans les carrières, placées dans des niches en forme d’ogive creusées dans la paroi. Au milieu de la poussière, avec des lampes peu efficaces, il régnait une semi obscurité (Bedon, 1984, p. 164-165). Dans les tunnels de Sernhac à Nîmes (galeries de la Perrotte et des Cantarelles), les alvéoles ou niches à lampes à huile sont, en règle générale, d’autant plus rapprochées que l’on s’éloigne d’un puits ou d’une entrée. Dans la galerie des Cantarelles, la première alvéole est à 4,10 m de l’ouverture, la suivante à 1,10 m plus loin et, au point le plus éloigné de la lumière naturelle, on rencontre des niches tous les 0,30 m ou 0,40 m. Les alvéoles hautes correspondent à l’éclairage du front de taille de la galerie de pilotage et les alvéoles à mi-hauteur sont en relation avec le creusement de la partie inférieure (Bessac, 1991, p. 291 sqq.).

    333Le tunnel de Kervoaguel comporte plus de 360 niches à lampe à huile sur les 300 m accessibles ; sans doute un certain nombre nous a-t-il échappé du fait de l’érosion de certaines parois ou de la présence de dépôts masquants. Pour des raisons tenant à la sécurité et à la lecture difficile des parois, le relevé des niches de la galerie 10A n’a pu être exhaustif. Très rapidement s’est dégagée l’impression que l’on avait affaire à des niches de dimensions diverses mais de profil à peu près constant, en cul de four, à fond plat. Leur mesure a conduit à les répartir en deux classes. Les niches de petit module, de loin les plus nombreuses (75 % de l’ensemble), ont des dimensions comprises entre 0,07 m et 0,10 m de longueur et de hauteur pour 0,06 m à 0,09 m de profondeur ; leur classement fait toutefois apparaître une très forte représentativité à 0,08 m-0,09 m en longueur et hauteur et 0,07 m-0,08 m en profondeur. Les niches de grand module mesurent entre 0,11 m et 0,18 m de longueur, 0,11 m et 0,19 m de hauteur, 0,09 m et 0,16 m de profondeur avec, respectivement, une forte proportion entre 0,13 m et 0,15 m de longueur et hauteur, 0,11 m et 0,12 m de profondeur. Il existe cependant un certain nombre de niches (environ 5 %) qui se situent à l’interface des deux classes. Intervient là un facteur lié à la nature de la roche schisteuse propice à l’éclatement. Précisons qu’il existe bien deux modules de niches obéissant, par ailleurs, à des rythmes et des répartitions différentes.

    Les niches de petit module

    334Dans les galeries hautes (2B, 3B, 4B et 7B), les niches de petit module (fig. 322) sont réparties sur deux niveaux ; sur trois niveaux dans les galeries ou portions de galeries les plus hautes (5B et 6B). Les plus nombreuses sont situées au niveau supérieur, entre 0,20 m et 0,50 m sous la voûte, et servent à l’éclairage des mineurs creusant la galerie de pilotage comme le montrent les niches présentes sur la paroi de gauche de la galerie de pilotage aberrante 8B (à la jonction en baïonnette des galeries 8B et 9A). Au niveau médian, les petites niches placées entre 0,60 m et 0,90 m sous la voûte correspondent à l’éclairage des mineurs chargés de la reprise du fond du boyau pour l’amener au niveau souhaité. Enfin, les rares niches positionnées à un niveau inférieur, entre 1 m et 1,20 m sous voûte, sont toujours associées aux portions de galerie de hauteur plus importante et témoignent d’une ultime reprise du fond, perceptible dans la galerie 6B en particulier.

    Fig. 322 – Tunnel de Kervoaguel : vue de deux niches de petit module à deux niveaux différents (cliché H. Paitier).

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    335La galerie initiale (0B), creusée depuis la sortie, ne comporte pas de niches et il en est de même pour celle qui la rejoignait (1A) à partir du puits 1. On peut supposer que la lumière naturelle suffisait à l’éclairage des mineurs, mais on demeurera réservé sur leur absence réelle compte tenu de l’état de surface très irrégulier des parois, dû en partie aux effondrements de blocs après la mise en service du tunnel. Généralement, les niches sont absentes dans les deux premiers mètres à partir du fond des puits les plus proches de la sortie et donc les moins profonds. Elles sont par contre densifiées au fur et à mesure que l’on s’enfonce sous la colline : les interdistances varient entre 0,30 m et 1,20 m, avec une nette prédominance entre 0,40 m et 0,60 m.

    336Mais, quelle est la signification de cette relative régularité ? Ne constituait-elle pas un système de contrôle du temps d’exécution du travail en vue de la rétribution des mineurs ? L’absence de niches dans certaines sections ne va pas dans ce sens et sans doute faut-il y voir, plutôt, le confort de travail du mineur ; au-delà de 0,60 m de distance l’ombre du mineur gène l’éclairage de la paroi. Les niches existent de chaque côté, mais il apparaît que les mineurs aient privilégié, pour disposer leur lampe, le côté gauche par rapport à leur progression, ce qui permettait de bien éclairer le front de taille. À l’exception de la galerie 8A, cette observation se vérifie strictement pour toutes les galeries, celles foncées vers l’intérieur de la colline comme celles foncées vers l’extérieur. Selon les galeries, le rapport gauche/droite est de 4, 3 ou 2 pour 1, ce qui indique que les mineurs étaient majoritairement droitiers.

    Les niches de grand module

    337La répartition des grandes niches semble avoir sa propre dynamique. Elles existent dans toutes les galeries, à l’exception de la très courte galerie 1A creusée à partir du puits 1. Elles sont distribuées, pour l’essentiel, sur un niveau médian, entre 0,60 m et 1 m sous la voûte, assez bien réparties le long de la paroi, notamment dans les longues galeries 3B, 5B et 7B, avec une densification à proximité des puits 3, 4, 5 et 6, et au niveau des jonctions de galeries. Leur disposition sur un côté ou l’autre est relativement indépendante du sens du creusement même si l’emplacement à gauche est plus fréquent.

    338Nous formulerons l’hypothèse que, dans leur majorité, ces grandes niches ne sont pas strictement liées au creusement des galeries. Plus spacieuses, elles pouvaient accueillir de grosses lampes (autres qu’en terre cuite) susceptibles de fonctionner plus longtemps sans réapprovisionnement (fig. 323). Elles ont probablement été utilisées lors des opérations connexes au percement. Un éclairage en quelque sorte permanent, à mi-hauteur de la galerie, pouvait s’avérer indispensable pour l’évacuation des déblais, les opérations de contrôle du nivellement, les derniers réglages et surtout l’acheminement des matériaux comme la construction des maçonneries de renfort des parois et d’obturation des puits.

    Fig. 323 – Tunnel de Kervoaguel : vue d’une niche de grand module (cliché J. Provost).

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    LA VENTILATION ET L’AÉRAGE DE LA GALERIE

    339Une ventilation naturelle est essentielle pour conserver une atmosphère respirable et limiter la teneur en CO2 dans les galeries. Dans les mines d’Espagne, les travers bancs et les puits permettaient la circulation de l’air ; le seul problème concernait les fronts de taille (Domergue, 1990, p. 460). Pline évoque les mineurs étouffés par la vapeur et la fumée produites par l’allumage des feux qui chauffent la roche, et les puisatiers qui agitent des linges mouillés pour créer des courants d’air et fixer la poussière. Les puits jouent un rôle fondamental de cheminées de tirage naturel.

    340Dans les mines du Haut-Rhin, au xvie siècle, un mode de circulation artificielle de l’air avait été établi par la mise en place de faux plafonds au niveau des arrivées de puits. En hiver, l’air de la mine est plus chaud et donc plus dense que l’air extérieur : il se produit un tirage naturel, l’air chaud montant dans le puits et aspirant simultanément de l’air frais par l’entrée de la mine. En été, où l’air de la mine est plus froid que l’air extérieur, le circuit est inversé (Florsch, 1995, p. 5-10). Aucune observation ne permet de valider l’emploi de cette technique dans les mines, les carrières et les tunnels antiques. Dans la mesure où ne se pratiquait pas l’abattage par le feu, la ventilation était moins problématique. L’air, vicié par l’expiration, la fumée des lampes et la poussière, était renouvelé par le tirage naturel qui s’établissait entre l’extrémité des galeries et les puits verticaux. Il ne semble pas que les carriers de la Gaule aient éprouvé, pour respirer, les mêmes difficultés que les mineurs de la même époque dont Pline a rapporté les pénibles conditions de travail (Bedon, 1984, p. 165-166).

    341Lors du creusement du tunnel, tous les puits étaient laissés ouverts pour optimiser la circulation de l’air. Axer le tunnel dans le sens du vent dominant local permet une ventilation naturelle par sa nature dessicatrice qui compense l’effet de la condensation et des infiltrations rendant l’atmosphère humide (Szechy, 1970, p. 423). Dans le tunnel de Kervoaguel, cette disposition ne pouvait être adoptée par la pertinence du tracé : le tunnel est orienté sud-nord alors que les vents dominants viennent de l’ouest.

    INSCRIPTIONS ET TRACÉS DANS LE TUNNEL

    342Deux nombres et un fil azimutal sont les seuls tracés relevés dans les 300 m accessibles du tunnel de Kervoaguel. Leur interprétation se heurte à l’absence de répétition de signes tels qu’on a pu le noter dans un tunnel comme celui de Bologne, répétition qui a permis d’étayer des interprétations. Avant d’analyser les signes du tunnel de Kervoaguel et afin de proposer des hypothèses, il convient d’évoquer ce que l’on a observé dans quelques autres tunnels. À Nîmes, galerie des Cantarelles : deux repères avec signe X barré horizontalement (Bessac, 1991, p. 293) ; Este : incisions X et ≠ avec barre oblique à gauche (Zanovello, 1997, p. 44) ; Lac Albano : ↑, Posilippe : X, ↑, C, CC, CCC tous les 30 m (Giorgetti, 1985, p. 100-101).

    343L’exemple de Bologne est le plus complet. Les chiffres sont interprétés comme la numérotation des puits, des repères de distance et le nombre de jours de fonçage pour des distances données. Les traits sont des repères azimutaux pour guider le mineur à partir des niveaux indiqués depuis la surface. Le signe X, à 1,20 m du fond, toujours en paroi gauche, répété à distance irrégulière, correspondant en moyenne à 18 ou 19 pieds et, en d’autres endroits, se répétant tous les 3 m, est interprété comme un signe de niveau à 4 pieds du plancher de la galerie (Giorgetti, 1985, p. 53-68). Le corpus des inscriptions de cet aqueduc montre que le système de décomptage n’est pas homogène ; ainsi, le chiffre 10 est parfois représenté classiquement par un X et parfois par une croix (+++++ = 50). Le signe X est interprété comme une distance de 10 pieds ou comme une unité de compte (Demaria, Forti, 2010, p. 267 et 306).

    344Dans le tunnel de Kervoaguel, le fil azimutal de la partie supérieure de la galerie 7B doit être interprété comme un repère de niveau (fig. 324). Il est placé, juste après l’amorce de la galerie 7B foncée trop haut et rectifiée au bout de 8 m, manifestement pour servir de repère aux mineurs et éviter de répéter l’erreur. Ce trait horizontal est tangent au sommet d’un tracé concentrique, autour d’une niche, gravé pour souligner l’emplacement du repère. D’autres tracés semblables ont pu exister, masqués par le dépôt noirâtre.

    345Par l’absence d’accumulation de ce type de signe, l’interprétation des deux nombres de la galerie 3A pose un problème (fig. 325). La répétition du nombre XXVII à 3,50 m de distance – dans la mesure où l’inscription n° 2 est bien XXVII et non XXVI – n’est d’aucun secours. La position de l’inscription n° 2, contre le piédroit gauche d’obturation du puits 3, est peut-être une indication. D’après le rythme des puits repérés sur les 300 m accessibles, le tunnel devait en comporter entre vingt-cinq et trente. Le puits 3 est compté depuis la sortie, mais, depuis l’entrée, ce pourrait être le puits 27 d’un tunnel qui en comporterait vingt-neuf. Cette interprétation d’un repère de dénombrement de puits laisse des zones d’ombre, mais c’est la seule occurrence ressortant de l’analyse.

    Fig. 324 – Tunnel de Kervoaguel : vue d’un fil azimutal au sommet d’une niche (cliché H. Paitier).

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    Fig. 325 – Tunnel de Kervoaguel : transcription des inscriptions de la galerie 3A. À gauche : inscription n° 1 ; à droite : inscription n° 2 (dessin A. Provost).

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    LE PERSONNEL ET LES CONDITIONS DE TRAVAIL

    LE PERSONNEL

    346Nous n’avons aucune indication sur le statut des personnels travaillant à la construction du tunnel, mais on peut se référer aux mines et aux carrières car il s’agit de la même catégorie d’individus. La cité des Osismes, qui possédait d’importants gisements de plomb argentifère (Huelgoat-Poullaouen, Plélauff et Trémusson), disposait d’une main d’œuvre qualifiée pour ce genre de travaux.

    347Dans les mines d’Espagne, à la fin de la République, des esclaves issus des guerres de conquête sont employés et des affranchis occupent des postes de responsabilité. Au Haut-Empire, ces mines sont très actives, ce qui implique un développement substantiel de la main d’œuvre ; il est alors fait recours à un personnel salarié dont il est difficile d’apprécier l’importance. Dans les mines antiques, trente-huit noms d’hommes libres – donc salariés – sont connus, dont les trois-quarts dans la seule péninsule Ibérique. L’armée, notamment dans les mines d’or, est également présente ; elle exerce une fonction de police mais aussi d’aide technique pour les travaux délicats, dont les infrastructures hydrauliques minières (Domergue, 1990, p. 335-348).

    348Dans les carrières du Haut-Empire, des travailleurs libres (mercenarii) louaient leurs services contre un salaire pour une durée déterminée ; toutefois, la main d’œuvre servile y était nombreuse. À proximité des légions rhénanes, les carriers sont des soldats. On utilisait aussi une main d’œuvre pénale : après la peine de mort, le travail forcé, dans les mines ou les carrières, constituait la peine la plus lourde selon le code pénal romain (Bedon, 1984, p. 152-157).

    LES CONDITIONS DE TRAVAIL

    349Dans les mines et les carrières, les postes de travail souterrain sont à l’évidence les plus épuisants. Pline relate la souffrance et la difficulté du travail dans la pénombre des galeries remplies de vapeur et de fumée où l’air se raréfie. À ces profondeurs, le pire demeure le risque d’éboulement accidentel ; les squelettes trouvés dans les galeries en témoignent. Des sanctions sévères frappaient les infractions à la sécurité, voire le non respect des mesures destinées à limiter les risques (Domergue, 1990, p. 353-357).

    350La fouille, en 1964, de l’aqueduc souterrain d’Auch, a permis quelques vérifications expérimentales. L’étroitesse des lieux faisait régner une chaleur étouffante accompagnée d’un dégagement de buée important : il fallait relayer périodiquement l’homme de pointe (Polge, 1965). Pline indique également la correspondance entre la durée journalière de travail et la capacité du réservoir des lampes, durée estimée à 10 h. Il est difficile d’apprécier la durée annuelle du travail ; dans bien des cas, la mauvaise saison s’accompagnait d’une interruption du travail (Bedon, 1984, p. 98 et 164).

    LES OUTILS

    351Les mines d’Espagne ont livré la panoplie d’outils des équipes de minage : pic simple, pic-marteau, pic à deux pointes, pioche à défricher, pointerolle, poinçon de carrier, coin, ciseau, tenailles, masse, marteau, herminette, houe, pelle (Domergue, 1990, p. 402-408).

    352Dans les carrières, le pic figure fréquemment parmi les objets découverts ; il est d’un poids élevé (5 à 6 kg) et se différencie des outils modernes par sa forme trapue. Certains sont plus fins avec une partie tranchante. Le pic ou l’escoude sont utilisés dans l’attaque par percussion lancée. L’attaque par percussion posée ou frappée utilise des ciseaux pour creuser les logements des coins en bois ou en fer enfoncés à l’aide de masses (Bedon, 1984, p. 123-128).

    353Dans les cités armoricaines proches, des outils adaptés à l’extraction par la méthode de l’éclatement à l’aide de coins ont été découverts, notamment à Abbaretz, chez les Namnètes, dans une tranchée d’extraction de minerai stannifère datée de l’époque romaine par le monnayage (Champaud, 1955, p. 293-299).

    354En général, dans les tunnels d’aqueduc, le fond du boyau ayant été soigneusement nettoyé avant la mise en eau, on ne découvre pas d’outils. Le tunnel de Kervoaguel n’échappe pas à la règle. Dès lors, ce sont les traces laissées sur les parois qui permettent d’identifier les outils utilisés, comme à Nîmes, dans les galeries des Cantarelles et de la Perrotte, où la courbure des sillons gravés dans la molasse indique une utilisation du pic à manche de 0,60 m à 0,75 m de longueur, nécessairement à deux pointes pour l’équilibrage et l’utilisation alternée, qui rendait l’affûtage moins fréquent. Les impacts frontaux montrent que la pointe était pyramidale (Bessac, 1991, p. 299-301).

    355Dans le tunnel de Kervoaguel, la netteté des traces d’outils est plutôt décroissante du plafond vers le bas des parois. Cela tient au pendage de la schistosité, qui tend vers la verticale, avec un axe de fonçage qui se rapproche de l’orthogonalité par rapport à la schistosité, comme nous l’avons déjà indiqué. Au plafond, l’attaque s’observe dans le plan perpendiculaire et laisse des traces nettes et fines (fig. 326). En bas de la paroi, elles sont nettement plus grossières du fait de l’éclatement du matériau feuilleté attaqué obliquement. La percussion dans une roche feuilletée laisse des traces moins franches que dans les roches tendres (fig. 327) ; ainsi, c’est dans les portions de galerie creusées dans les grauwacke ou dans les schistes à faciès gréseux qu’elles sont les plus lisibles (fig. 328). Elles sont courtes, de 0,16 m de longueur maximale, et dessinent des sillons courbes, en pointillé sur les parois. La courbure des sillons montre très clairement l’utilisation d’un outil emmanché à percussion lancée ; sans doute un pic de type proche de celui utilisé dans les galeries souterraines de l’aqueduc de Nîmes, à pointe pyramidale comme le montrent les impacts laissés sur les fronts de taille abandonnés, au redan des jonctions de galeries et au ressaut des rectifications de niveaux (fig. 329). Le pic à pointe pyramidale a par ailleurs été reconnu dans la carrière de Locuon (Morbihan), datable, avec une bonne probabilité, de l’époque romaine (Eveillard et al., 1997, p. 48). En finition, les traces d’outils sont croisées au plafond (voir fig. 326). Sur les parois, la courbure des sillons indique le sens de progression du mineur.

    356Le ramassage des déblais d’extraction devait se faire à l’aide de pelles recourbées et le transport jusqu’aux puits dans des sacs ou des paniers, comme dans les mines. Ils étaient alors levés à l’aide d’un travail installé au-dessus du puits. Les creusements observés autour de la tête du puits 4 – deux trous de poteaux équarris – sont peut-être les négatifs d’ancrage d’un tel dispositif. On restera toutefois réservé en observant le peu de profondeur des creusements, sauf à considérer que le sol était plus haut, ce qui est possible dans le contexte topographique du versant de Kervoaguel.

    L’ÉQUIPEMENT DU PERSONNEL

    357À nouveau, ce sont les mines antiques d’Espagne qui livrent l’essentiel des renseignements sur l’équipement des mineurs. Sur le relief de Palozuelos, la panoplie du mineur comprend la tunique courte, la musette, les tenailles, la gourde, le pic-marteau et la lampe en terre cuite. La tunique courte, les espadrilles, les genouillères nécessaires pour le travail à genoux et le bonnet pour protéger la tête constituent la vêture du mineur. Il est muni d’un sac pour transporter le minerai et d’une amphore contenant de l’eau pour étancher la soif (Domergue, 1990, p. 352 et 409-410).

    Fig. 326 – Tunnel de Kervoaguel : vue des traces de pic croisées au plafond, dans le grauwacke (H. Paitier).

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    Fig. 327 – Tunnel de Kervoaguel : vue des traces de pic dans le schiste (cliché J. Provost).

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    Fig. 328 – Tunnel de Kervoaguel : vue des traces de pic en paroi, dans le grauwacke (cliché H. Paitier).

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    Fig. 329 – Tunnel de Kervoaguel : vue des impacts de pic en haut de paroi, au niveau d’une jonction de galeries (cliché H. Paitier).

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    POSTES DE TRAVAIL ET ÉVALUATION DE LA DURÉE DU CHANTIER DU TUNNEL

    358Le temps de réalisation d’un tunnel dans l’Antiquité dépend de ses caractéristiques : longueur, section, nature et dureté de la roche, choix stratégique de percement et aménagements connexes et, par conséquent, de la quantité de personnel au travail sur le chantier.

    359D’après l’inscription de Lambèse évoquant la réalisation du tunnel de Saldae (Bougie), le percement de 428 m de longueur exécuté à partir des extrémités, sans puits intermédiaires, a demandé quatre à six ans de travail (Laporte, 1995, p. 778). L’émissaire du Lac Fucino destiné à transformer en plaine fertile un vaste lac d’Italie centrale, creusé sous Claude, imposa onze ans de travaux et 50 000 hommes ; long de 4 579 m, ce tunnel nécessita le forage de quarante-deux puits intermédiaires (Adam, 1984, p. 17).

    360À Bologne, l’aqueduc de 20 km, entièrement souterrain, est creusé dans le tuf. L’évaluation a été faite à partir des marques relevées sur les parois indiquant le nombre de jours nécessaires pour creuser une longueur de 25 pieds (dix-sept jours au minimum et trente-huit jours au maximum), soit une moyenne de vingt-sept jours correspondant à une progression de 0,27 m par jour. Avec vingt équipes travaillant simultanément à partir des puits, le temps de percement est évalué à 295 jours pour une section de 1 620 m. Sur cette base, le percement des vingt kilomètres aurait duré douze ans (Giorgetti, 1985, p. 98). À Este, sur la base de la vitesse de progression à Bologne (même dureté de roche), le percement du captage de source, de 136 m de longueur, aurait duré quinze mois avec une seule équipe (Zanovello, 1997, p. 52). À Nîmes, les deux galeries de Sernhac sont creusées dans le calcaire molassique et la progression d’un mineur est estimée à 0,75 m3 par jour, soit, pour une section de 2 m2, une progression de 0,35 m par jour. Pour des longueurs de tunnel aussi faibles, il aurait été plus facile de creuser les galeries à partir des extrémités, mais avec les puits et la multiplication des équipes, le percement est plus rapide. Dans ce contexte, le percement d’une galerie de 80 m s’étale sur environ deux mois (Bessac, 1991, p. 312 sqq.). Pour le tunnel qui traverse le plateau séparant la Durance du bassin d’Aix-en-Provence, J.-N. Plichon a évalué la durée du chantier en divisant les 8 km en neuf lots comprenant huit puits de 60 m de profondeur et neuf galeries de 880 m de longueur ; selon cette approche, cinq ans de travaux s’avérèrent nécessaires (Plichon, 1999, p. 6-7).

    361Pour comparaison, on peut évoquer le percement d’un tunnel d’aqueduc réalisé en 1723 à Béziers. La galerie de 137 m de longueur et 2 m par 1 m de section a été creusée dans le tuf à partir de deux puits par une équipe de trois à cinq sapeurs utilisant la polka pour l’abattage et une benne en bois pour l’évacuation des déblais ; la progression moyenne était de 0,60 m par jour (Andrieu, 1990, p. 116).

    POSTES DE TRAVAIL

    362Dans la stratégie de percement depuis l’extrémité et alternée à partir des puits, deux mineurs seulement travaillent en front de taille compte tenu de l’exiguïté de la galerie, un depuis l’extrémité et un depuis le fond du puits, à la rencontre du premier. À chaque mineur est associé un équipier chargé du marinage des déblais fractionnés en charges d’une trentaine de kilos. À chaque ouvrier en charge du marinage au fond, répond un ouvrier posté en surface près de chaque puits pour le levage des paniers ou sacs de déblais. Il y a deux équipes qui fonctionnent en même temps, soit six personnes attachées au minage de la galerie de pilotage, auxquelles il convient de rajouter une troisième équipe de trois ouvriers chargée du creusement de la reprise du fond, du marinage et du levage des déblais. Cette dernière équipe travaille en décalage dans le temps comme on l’a montré. Enfin, un puisatier au moins et plus vraisemblablement deux, simultanément, assurent le creusement des puits afin de ne pas retarder la progression du minage au fond. Ces deux puisatiers ont deux équipiers qui effectuent le levage des déblais. Ce sont donc treize personnes qui travaillent en même temps, dont trois mineurs et deux puisatiers. En admettant que la même opération se dédouble à l’extrémité amont (l’entrée), malgré les problèmes posés par l’exhaure, on dénombre un total de vingt-six ouvriers permanents dont six mineurs. Si l’on rajoute le personnel dévolu au contrôle de l’exécution des tâches, on comptabilise trente personnes seulement pour assurer en totalité le déroulement du chantier du tunnel. Il faut y ajouter, outre le forgeron chargé de la maintenance de l’outillage, un personnel annexe attaché à la construction de la conduite en tranchée peu profonde, pour trier, parmi les déblais, les blocs susceptibles d’être utilisés dans la maçonnerie – puisque c’est cette même roche qui est employée dans la construction et qu’il serait très étonnant qu’on ne l’ait pas utilisée – et les acheminer sur le chantier.

    363Si l’on envisageait un percement simultané limité à deux puits contigus, le nombre des ouvriers atteindrait quarante-cinq individus. Dans l’hypothèse d’un creusement simultané à partir de tous les puits, où toutes les galeries progressent en même temps, il aurait été nécessaire d’engager près de trois cents personnes dont environ cent-vingt mineurs et puisatiers. Cette éventualité apparaît irréaliste, sauf à vider les mines de leurs mineurs, la cité des Osismes pouvant difficilement mobiliser une telle quantité de personnel spécialisé.

    ÉVALUATION DE LA DURÉE DU CHANTIER

    364Elle dépend évidemment du nombre de mineurs susceptibles de travailler simultanément selon le choix stratégique de percement mis en œuvre, de l’outillage utilisé pour l’attaque et de la vitesse de progression des mineurs. Dans un schiste redressé et fortement diaclasé, la capacité d’abattage journalière, dans les conditions particulières que nous avons développées, est estimée à 0,40 m3 par jour, soit, pour une section moyenne de 2 m par 1 m, une vitesse de creusement en front de taille de 0,20 m. Dans l’option de creusement à partir des deux extrémités et alterné à partir du fond des puits – option que nous privilégions –, quatre mineurs travaillent simultanément et abattent en une journée 0,80 m de galerie. Ainsi, pour creuser 800 m, ils mettront 1 000 jours. Sur la base d’une durée annuelle de travail estimée à 300 jours, car la mauvaise saison pouvait entraîner une interruption des travaux, surtout dans les conditions hydrodynamiques de l’environnement soulignées par ailleurs, le chantier du tunnel de Kervoaguel aurait duré trois ans et quatre mois. Dans l’hypothèse d’un percement simultané, limité à deux puits contigus, avec six mineurs travaillant en même temps, la durée du chantier serait réduite à deux ans et deux mois.

    MISE EN SERVICE ET FONCTIONNEMENT DU TUNNEL

    OBTURATION DES PUITS ET SOUTÈNEMENT DES EXTRÉMITÉS

    365La mise en service du tunnel a nécessité un certain nombre d’opérations de finition. Les puits d’accès au boyau n’ont pas servi de regards. Les jours, au plafond du boyau, ont été obturés par des maçonneries identiques à celles des soutènements de la galerie de sortie et des quelques sections ayant nécessité un revêtement (fig. 330). Les piédroits sont maçonnés directement sur la roche, sans fondation, dans l’emprise des fonds de puits. Ceux-ci étant plus larges que le boyau, les piédroits sont parfois engagés et parfois débordants, selon l’axe du boyau par rapport au fond des puits. Ils sont parementés en moellons de schiste ou de grauwacke grossièrement équarris, liés au mortier de chaux. Les joints talochés masquent parfois la presque totalité du parement. Les piédroits, dont la hauteur varie entre 1,30 m et 1,80 m selon les puits, sont sommés par des dalles de schiste disposées en encorbellement et liées au mortier sur deux à trois épaisseurs. L’espace subsistant est couvert par une couche de grandes dalles jointives, au nombre de cinq à sept, épaisses de 0,05 m environ. Les piédroits réservent, pour le canal, une largeur de 0,50 m, réduite à 0,40 m au niveau de la maçonnerie du puits 8.

    Fig. 330 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la maçonnerie de soutènement de la galerie au niveau du puits 8 supposé (cliché H. Paitier).

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    366Les puits ont ensuite été comblés avec les matériaux extraits lors du percement et levés à la surface comme l’a montré la fouille de la tête du puits 4. Le choix d’une couverture à encorbellement offrait l’avantage d’une mise en œuvre simple, sans coffrage. La résistance d’un tel ouvrage n’est pas inférieure à celle d’une voûte cintrée, car la pression de la masse des matériaux de comblement s’exerce essentiellement contre la paroi du puits.

    367Au droit des extrémités du tunnel, une section en tranchée profonde assure la liaison entre le boyau et la section peu enterrée. Il s’agit de ne commencer la sape que lorsque l’on est assuré de la bonne tenue du rocher. À Lyon, sur l’aqueduc du Gier, dans le tunnel de Sainte-Foy, de 420 m de longueur pour un toit de 11 m au maximum, la longueur des sections en tranchée profonde, entrée et sortie, atteint 70 m (Burdy, 1996, p. 168). Sur l’aqueduc de la Brévenne, la sape en tunnel commence à 6 m de profondeur ; avant, on est en tranchée couverte (Burdy, 1993, p. 145). Sur l’aqueduc de Béziers, les tranchées profondes atteignent 4 à 5 m de profondeur et totalisent 950 m (Andrieu, 1990, p. 118).

    368Sur le tunnel de Kervoaguel, la nature détritique du schiste superficiel et le profil mou du pied de la colline imposent une longueur de tranchée profonde relativement importante, évaluée à 10 % du parcours en tunnel proprement dit. À la sortie, on ne connaît pas l’emplacement exact de la reprise de la section classique, qui se manifeste nécessairement par la reprise du radier et du cuvelage, peut-être par l’intermédiaire d’un bassin de décantation. Le point de jonction entre le boyau et la tranchée profonde est invisible mais on peut le situer grosso modo vers le milieu de la section maçonnée de sortie (galerie 0A). La longueur de la section en tranchée profonde serait voisine de 40 m pour une profondeur maximale, au droit du boyau, d’environ 5 m. Dans la tranchée profonde, la maçonnerie du canal est strictement identique aux maçonneries d’obturation des puits : les piédroits sont posés sur le fond de la tranchée ; le fond du canal, de 0,50 m de largeur, est constitué par le rocher. La dalle terminale de l’encorbellement est surmontée de plusieurs épaisseurs de dalles liées au mortier et le remblai de la tranchée est assuré par les matériaux de creusement. La maçonnerie se prolonge en soutènement vers l’intérieur du boyau sur une dizaine de mètres de longueur jusqu’à la roche autostable. Les cinq saignées aménagées dans le piédroit, du côté amont de la colline, sont des émissaires de décharge des eaux d’infiltration (fig. 331).

    369Il est probable que l’opération de reprise finale du fond du boyau, sur 0,15 m à 0,30 m de profondeur, perceptible entre les puits 5 et 8, ne soit intervenue qu’à l’issue de l’édification des soutènements et des maçonneries d’obturation des puits. Cette reprise sur 0,50 m de largeur correspond à l’emprise du canal entre les piédroits des maçonneries.

    Fig. 331 – Tunnel de Kervoaguel : vue de l’une des saignées de décharge aménagées dans la maçonnerie de soutènement de la galerie de sortie du tunnel (cliché H. Paitier).

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    370Pour corriger les irrégularités du plancher occasionnées par les galeries forées trop bas, à défaut d’un radier de béton impossible à mettre en œuvre avec la chaux grasse – liant qui ne permettait pas au béton de faire prise en présence d’eau –, un radier de cailloux ou de moellons pouvait être réalisé comme à Béziers (Andrieu, 1990, p. 116). Manifestement, ce ne fut pas le cas dans le tunnel de Kervoaguel, et le plancher du boyau fut laissé en l’état.

    LES TRACES DU FONCTIONNEMENT HYDRAULIQUE DU TUNNEL

    371Des dépôts en paroi retracent l’histoire hydrologique du tunnel. Le niveau de l’eau dans le boyau en fonctionnement est souligné par un liseré d’oxyde ocre-rouille de 0,15 m de hauteur, présent sur les parois en partie inférieure (fig. 332-333).

    372La bande ocre, témoin du fonctionnement de l’aqueduc, est observable sur la quasi-totalité des parois du boyau. Elle apparaît dans la partie amont de la galerie 0B et n’est absente qu’en de rares secteurs érodés. Sa position, par rapport au fil d’eau actuel, est constante ; en 1996, à l’étiage, la limite supérieure de cette bande se situait à 0,32 m au-dessus du fil d’eau actuel. Cette bande représente une oxydation de la paroi. La coloration est due à la présence d’oxydes et hydroxydes ferriques. Vers la sortie, l’apport d’oxygène venu de l’extérieur a empêché la précipitation d’oxyde de fer. La densité de coloration rouge est maximale dans le tiers supérieur de la bande d’oxydation et le gradient de coloration s’estompe progressivement vers la limite inférieure. Cette observation trahit un phénomène de battance de la lame d’eau. Cette bande d’oxydation représente la fluctuation du niveau de l’eau lors du fonctionnement du boyau et donc de l’aqueduc. La limite supérieure correspond au régime d’apport maximal, et la limite inférieure au régime minimal à l’étiage. Il s’agit d’une donnée essentielle permettant de calculer les sections mouillées maximale et minimale. La différence d’altimétrie de cette bande, entre les extrémités accessibles, permet de restituer le pendage du fil d’eau, lequel s’établit, sur une distance de 280 m, entre le puits 10 et la sortie actuelle du boyau, à 0,12 m, soit une pente moyenne de 0,42 pour mille. Le profil du plancher du boyau, résultat des difficultés du fonçage, est irrégulier : il est surbaissé au droit des galeries basses forées trop profondément ; de même, la largeur de la partie basse du boyau est variable d’une galerie à l’autre. Il en résulte des sections mouillées très diverses. Il devient alors possible d’analyser la dynamique du fonctionnement du boyau où alternent des sections mouillées très élevées avec une vitesse pratiquement nulle et une forte sédimentation, et des sections mouillées faibles où la vitesse est réelle avec une sédimentation limitée. Le fonctionnement actuel du boyau est, en fait, une réplique en réduction du fonctionnement originel.

    Fig. 332 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la bande d’oxydation en paroi de la galerie, témoin de la section mouillée du tunnel (cliché J. Provost).

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    Fig. 333 – Tunnel de Kervoaguel : vue de la bande d’oxydation en paroi de la maçonnerie d’obturation du puits 2, témoin de la section mouillée du tunnel (cliché J. Provost).

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    373Les données fournies par le relevé des sections et du profil en long du tunnel autorisent une estimation précise des débits maximal et minimal par le calcul de l’écoulement hydraulique (voir chap. VII, p. 264-265).

    LE DEVENIR DU TUNNEL APRÈS L’ABANDON DE L’AQUEDUC

    374Les parois du tunnel apparaissent recouvertes d’un dépôt noirâtre, à l’état de traces dans les galeries proches de la sortie et de plus en plus épais à mesure que l’on s’enfonce vers l’intérieur. Dans les galeries basses, ce dépôt recouvre le plafond. Dans les plus hautes, il est présent jusqu’à des hauteurs de 1,90 m à 2,30 m par rapport au plancher ; le plafond en est alors dépourvu et la roche présente une couleur grisâtre, les traces d’outils y ont conservé toute leur fraîcheur. La limite supérieure du dépôt est horizontale (fig. 334).

    375Tant à l’échelle de la loupe binoculaire qu’à celle du microscope électronique, le dépôt présente une structure particulière en fibres, boules et granules. L’analyse par diffraction aux rayons X montre la présence de calcaire, de manganèse et d’oxygène dans la majorité des échantillons et la présence de manganèse et de fer dans un autre. Il s’agit d’hydroxyde de manganèse parfois combiné à l’oxyde de fer. Le minéral est connu sous le nom de ranciéite2 .

    376À un moment donné, la sortie du tunnel a été obstruée par un éboulement ou un glissement de terrain (?). Le niveau d’eau est alors monté progressivement dans la galerie, qui a donc été noyée, sauf dans les parties les plus hautes où des poches d’air ont été bloquées. Dans cette eau quasi stagnante, se sont développées des bactéries qui ont provoqué la précipitation d’oxydes et d’hydroxydes de manganèse et de fer sur toutes les parties noyées, y compris dans les fissures. Cet enduit noir, de texture sableuse et à fort pouvoir colorant, peut avoir plusieurs millimètres d’épaisseur.

    377Ce dépôt matérialise une montée en charge du tunnel manifestement consécutive à la formation d’un bouchon à sa sortie. Ce bouchon n’a pu se former qu’après l’abandon de l’aqueduc.

    378La sortie du tunnel a ensuite été dégagée et le niveau de l’eau a baissé lentement. Le dénoyage du conduit a permis une reprise de l’écoulement fissural et du concrétionnement. Le captage moderne pour l’alimentation de la fontaine de Kervoaguel est peut-être consécutif à la décharge du boyau, mais il est possible que celle-ci ait été provoquée par la recherche de l’eau qui pouvait suinter. L’ouverture d’une petite carrière au flanc de la colline, suggérée par le profil du terrain, pourrait également être à l’origine de la découverte de la source. Quoi qu’il en soit, c’est en repérant et en remontant la canalisation antique que fut captée l’eau sourçant du boyau en aménageant une dérivation. La fontaine, qui alimentait le hameau, est relativement récente. Les tessons de céramique piégés dans l’aménagement du sol empierré autour de la fontaine indiquent la période moderne, le xviie ou le xviiie siècle. L’absence de dédicace à un Saint breton, phénomène général pour les fontaines du Moyen Âge, plaide pour la découverte tardive de la source. C’est un des rares exemples de réutilisation de l’aqueduc de Carhaix ; encore faut-il préciser que ce n’est plus l’eau de l’adduction antique qui est captée, mais celle qui s’infiltre dans la colline de Kerloubennec, soutirée par le boyau.

    Fig. 334 – Tunnel de Kervoaguel : vue du dépôt d’hydroxyde de manganèse sur les parois de la galerie 8B, témoin d’une montée en charge du boyau après l’abandon de l’aqueduc (cliché H. Paitier).

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    Notes de bas de page

    1  Sur la fenêtre du Nant brun de la galerie d’adduction de la Coche, près de Moutiers en Savoie, on a pu observer un cintre métallique de galerie ployé en épingle à cheveu par une lame schisteuse extrudée de l’un des parements (Antoine, Fabre, 1980, p. 232)

    2  Analyses effectuées par le laboratoire de l’IUT de Rennes.

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    1  Sur la fenêtre du Nant brun de la galerie d’adduction de la Coche, près de Moutiers en Savoie, on a pu observer un cintre métallique de galerie ployé en épingle à cheveu par une lame schisteuse extrudée de l’un des parements (Antoine, Fabre, 1980, p. 232)

    2  Analyses effectuées par le laboratoire de l’IUT de Rennes.

    L’aqueduc de Vorgium, Carhaix (Finistère)

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    Philippe, E., Lepretre, B., & Provost, A. (éds.). (2013). Chapitre IV. Le tunnel de Kervoaguel. In L’aqueduc de Vorgium, Carhaix (Finistère). Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.47042
    Philippe, Eric, Bernard Lepretre, et Alain Provost, éd. « Chapitre IV. Le tunnel de Kervoaguel ». In L’aqueduc de Vorgium, Carhaix (Finistère). Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.47042.
    Philippe, Eric, et al., éditeurs. « Chapitre IV. Le tunnel de Kervoaguel ». L’aqueduc de Vorgium, Carhaix (Finistère), CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.47042.

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    Philippe, E., Lepretre, B., & Provost, A. (éds.). (2013). L’aqueduc de Vorgium, Carhaix (Finistère). Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.46967
    Philippe, Eric, Bernard Lepretre, et Alain Provost, éd. L’aqueduc de Vorgium, Carhaix (Finistère). Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.46967.
    Philippe, Eric, et al., éditeurs. L’aqueduc de Vorgium, Carhaix (Finistère). CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.46967.
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