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    Plan détaillé Texte intégral I. L’équilibre général walrasien. L’approche statiqueII. Équilibre général et structure des marchésIII. Équilibre général et multiplicité des marchésConclusion : de Cournot à Allais, une continuité assurée par Bousquet Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Les traditions économiques françaises

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Équilibre général et équilibre général de concurrence pure et parfaite

    G.-H. Bousquet et la tradition économique française

    Alain Alcouffe et Bernard Belloc

    p. 519-530

    Texte intégral Bibliographie Références bibliographiques Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1G.-H. Bousquet1 (1900-1978), né d’une famille partagée entre la Hollande (et l’Indonésie) et la France, élève de C. Colson (Sciences politiques (Bousquet, 1960, p. 11) fut un des derniers disciples de Pareto2. Ses ouvrages devaient d’ailleurs avec ceux d’Antonelli et de Pirou être parmi les premiers à faire une place à l’enseignement de l’École de Lausanne dans l’Université française et à saisir la portée de la théorie de l’équilibre général.

    2Son grand’œuvre publié à partir de 1930 auquel il donne le nom inusité jusqu’alors dans notre discipline d’Institutes propose au public et, avant tout, aux étudiants, une synthèse des résultats de la discipline et une introduction. Le premier aspect correspond bien à la multiplicité des filiations que revendique G.-H. Bousquet (l’École autrichienne, mais aussi W. Sombart ou d’autres auteurs moins connus de l’École historique et, à l’occasion, K. Marx). On pourrait voir dans ces multiples allégeances la marque d’un esprit incertain ou un simple souci d’historien, mais le plus séduisant est sa tentative pour ordonner ces multiples apports à partir d’un noyau central constitué par l’économie pure et, précisément, par la théorie de l’équilibre exposée par Walras.

    3Dans sa référence aux Institutes, il faut insister, aussi, sur l’aspect propédeutique. L’ouvrage ne fait nul étalage de l’extraordinaire érudition de l’auteur et traite avec clarté et simplicité des questions les plus compliquées. Il est dommage pour l’économie française que ce savant dosage ait échappé aux contemporains et que l’ouvrage n’ait pas eu le retentissement qu’il aurait mérité. En France, Maurice Allais est, à notre connaissance, le seul à avoir salué cet ouvrage.

    4Ce brillant polyglotte s’est intéressé à un très grand nombre de domaines (sociologie, économie, orientalisme) qu’il a abordés avec beaucoup d’élégance, mais aussi avec le souci de témoigner de ce que pouvait apporter la maîtrise d’une discipline scientifique telle qu’il l’avait découverte dans Walras. Nous montrerons dans une première partie l’interprétation qu’il a donnée de l’héritage walrasien. Puis nous indiquerons comment il a essayé de le dépasser et enfin dans une dernière partie nous montrerons comment certaines de ses intuitions ont reçu un prolongement qui fait de G.-H. Bousquet le « passeur de la tradition économique française », entre l’École de Lausanne et Maurice Allais.

    I. L’équilibre général walrasien. L’approche statique

    5Le traitement systématique de l’interdépendance des décisions économiques individuelles via les marchés constitue, à ses yeux, l’apport essentiel de Walras. Alors même que pour des raisons politiques et philosophiques il est un partisan résolu du libéralisme, Bousquet relativise fortement les arguments employés habituellement pour vanter les avantages supposés de la libre concurrence tels que les classiques ont pu les exposer. Il rappelle que seuls les besoins solvables sont satisfaits par la production privée, ce qui pose le problème de la répartition des revenus et des facteurs de production. Il reconnaît volontiers que la libre concurrence peut être génératrice de gaspillages, mais souligne qu’il faudrait cependant démontrer la supériorité de ce qu’on voudrait lui substituer, c’est-à-dire un système plus ou moins coordonné par la puissance publique.

    6La prudence manifestée par la séparation soigneuse entre l’approche walrasienne et une vision normative qui conduirait à justifier une forme particulière de marché contraste avec l’enthousiasme débordant dont il fait preuve pour l’aspect formel des équations de Walras, du « grand Walras ». Cet enthousiasme prend même un tour surprenant chez un auteur aussi pondéré et critique que Bousquet : « [...] cette conception géniale de l’équilibre due à Walras, [...] nous transporte encore d’enthousiasme et d’admiration pour le plus grand économiste de tous les temps. D’une étude des équations de Walras il se dégage une impression esthétique indéniable due à la simplicité et à la beauté des conceptions qui s’y trouvent renfermées. Cette impression s’explique sans doute par la symétrie du système dans plusieurs directions, laquelle fait naître en nous des sentiments de puissance et d’harmonie comme le fait aussi une fugue de Bach » (Institutes, III, p. 70).

    7Heureusement l’esprit critique de Bousquet reprend le dessus et il formule immédiatement une mise en garde, qui sera par la suite récurrente, contre les excès du formalisme mathématique : « Dans le domaine de l’art, telle inspiration géniale du Maître devient affectation d’école chez ses disciples. Il n’est pas impossible qu’il en ait été de même en économie mathématique ». L’importance et la complexité des problèmes traités par Walras justifient cependant le recours à ce formalisme qui seul, pour Bousquet, permet de distinguer les données du problème des inconnues et les conditions dans lesquelles les données permettent de déterminer les inconnues. Sur le plan méthodologique, Bousquet efface élégamment l’objection de l’abstraction inutile que constituerait le formalisme mathématique en décrivant l’impression que peut éprouver « un gamin [qui] voit sa bille rouler sur une pente. Le gamin n’y voit évidemment qu’un phénomène unique ». Un mécanicien voit cela tout autrement. « Il distinguera en action la pesanteur, l’accélération, le frottement de l’air et du sol. » Et de conclure « Par expérience, le gamin a une vue beaucoup plus juste. Osera-t-on dire néanmoins que le point de vue abstrait est pédant, ridicule, inutile et n’enrichira en rien notre patrimoine intellectuel ? » (ibid., III, p. 57).

    8Bousquet s’écarte de la lecture libérale, souvent qualifiée de néoclassique, de Walras. Il souligne que fondamentalement la théorie walrasienne est une analyse de l’interdépendance des marchés et, partant, de l’interdépendance et de la coordination implicite des actions individuelles dans une société. C’est pourquoi il sépare l’exposé de la théorie de l’interdépendance de celle de la théorie de la formation des prix. Dans la vision contemporaine dominante de la théorie de l’équilibre général (le modèle Arrow-Debreu), il y a certainement un paradoxe et peut-être même une contradiction à séparer les problèmes d’interdépendance de ceux de la formation des prix. En réalité, dans l’interprétation de Bousquet, la théorie de Walras est d’abord une théorie de l’interdépendance, et non pas la théorie de l’équilibre général pour une forme particulière de marché. Ce sera la même vision que développera plus tard M. Allais. Pour Bousquet, il convient donc de traiter de l’équilibre général pour toutes les formes de marchés, ce qui conduit à une théorie de l’équilibre général dans une économie de marchés. Naturellement, écrivant à une époque où aucune démonstration d’existence d’un équilibre général de concurrence parfaite n’est encore ébauchée, il sous-estime les difficultés qui seront plus tard rencontrées pour étendre à la concurrence imparfaite les démonstrations d’existence. La compréhension profonde de la mécanique walrasienne se manifeste d’entrée chez Bousquet par l’explication de la confusion classique sur le sens de la causalité entre prix et quantités dans la théorie de l’équilibre général : comment les agents, dans un système de marchés, peuvent-ils prendre comme donnés les prix pour déterminer les quantités demandées et offertes alors même que les prix dépendent de ces quantités ?

    9« La réponse à l’objection est simple et élégante. C’est une application de la loi du petit nombre. Il est très vrai que pour un entrepreneur le prix des services producteurs est une donnée du problème [...] seulement si vous prenez l’ensemble des entrepreneurs [...] le prix est déterminé par leur demande globale à laquelle s’oppose, sur le marché, l’offre des quantités existantes. Donc, le prix des services producteurs est une inconnue déterminée par les données, grâce aux systèmes d’équations exprimant le désir des entrepreneurs de les associer pour obtenir d’eux la plus grande productivité possible » (ibid., t. III, p. 63).

    10Les apports de Bousquet à la théorie de l’équilibre général walrasien sont importants pour l’époque où il écrivait. Il fut tout d’abord un des premiers à dénoncer l’insuffisance d’un décompte des équations et des inconnues pour prouver l’existence d’un équilibre général. Lors du premier congrès de la Société d’économétrie, en 1931, Il indique que l’existence d’une solution ne peut être attestée uniquement par l’examen de la détermination mathématique (nombre d’équations égal au nombre d’inconnues) du système d’équations de Walras. Sans apporter lui-même de résultats, il signale les seuls travaux disponibles alors sur ce point, qui sont ceux de T.C. Koopmans. Ce dernier avait particulièrement mis en évidence la multiplicité, ou l’absence, de solutions à un système d’équations pourtant correctement déterminé. Rappelons ici que c’est en 1935 et en 1936 que Wald publie les résultats mathématiques qui ouvriront la voie aux premières démonstrations d’existence par Arrow et Debreu en 1954. Un autre apport important de Bousquet à Walras se trouve dans les intéressantes analyses de la stabilité ainsi que dans les descriptions qu’il donne des processus de convergence vers une position d’équilibre général. Il ne tombe jamais dans le piège de la virtualité de la statique comparative et s’efforce de décrire effectivement des transitions entre des situations d’équilibre. L’analyse systématique et rigoureuse de ces questions ne sera faite que plus tard, par Hicks d’abord, puis Samuelson. À l’époque où écrit Bousquet, la problématique est nouvelle et son originalité consiste à quitter un contexte d’équilibre partiel pour raisonner en équilibre général et tenir explicitement compte des effets directs, indirects et des effets en retour de modifications à partir de situations d’équilibre. Plus ambigu est cependant l’apport que prétend faire Bousquet en ce qui concerne l’effet qu’il nomme de Pareto-Böhm et qui le conduit à affirmer que l’équilibre statique de Walras n’est pas stable car, écrit-il, il y a « la nécessité dans le système statique walrasien d’un remaniement dans la composition interne du capital » (ibid., III, p. 75). Il est possible qu’il commette, ici, une double confusion, la première entre convergence vers l’équilibre et équilibre lui-même, et la seconde entre équilibre statique et équilibre intertemporel. S’il avait connu alors le concept d’équilibre intertemporel, il n’aurait pas raisonné ainsi, car on sait qu’une succession d’équilibres statiques ne constitue pas forcément un équilibre intertemporel.

    II. Équilibre général et structure des marchés

    11Si l’introduction de la dynamique dans l’analyse walrasienne est un apport indiscutable, son élargissement à des structures de marchés diversifiées est également un objectif toujours présent. La distinction très nette que fait Bousquet entre la théorie de l’interdépendance générale, qui, pour lui, est celle de Walras, et la théorie de la formation des prix montre qu’à ses yeux, la première n’est pas exclusivement une théorie des prix en concurrence parfaite. Cette position est de nature à surprendre les économistes contemporains tant est passée dans les esprits l’assimilation de la théorie de l’équilibre général et celle de la concurrence parfaite. En réalité la place occupée, à juste titre, par les travaux concernant l’existence d’un système de prix d’équilibre dans un modèle d’équilibre général et, à un degré moindre, l’usage que la théorie de l’économie du bien-être a pu faire de la théorie de l’équilibre général expliquent cette assimilation. Les seules démonstrations d’existence rigoureuses et mathématiquement un peu générales reposent toutes sur des hypothèses de concurrence parfaite, exprimées sous des formes plus ou moins restrictives. Ces démonstrations écartent la possibilité de marchés oligopolistiques ou imparfaitement concurrentiels. De façon générale les hypothèses nécessaires à ces démonstrations d’existence écartent toute possibilité de comportements stratégiques individuels qui pourraient avoir une influence sur les prix. Une théorie rigoureuse de l’équilibre général en concurrence imparfaite reste largement à construire. À l’époque où écrit Bousquet aucune démonstration d’existence rigoureuse n’existait, même en concurrence parfaite. D’une certaine façon, cela donnait la liberté intellectuelle de séparer la problématique de l’interdépendance générale des marchés et celle de la théorie de la formation des prix qui, pour Bousquet comme plus tard pour Allais, doit s’intégrer au système de Walras, quelle que soit la forme des marchés concernés.

    12C’est à cette tentative d’intégration que Bousquet consacre la quasi-totalité de la deuxième partie du tome III de ses Institutes, la complétant aussi par une analyse de ce qu’il appelle les « prix concrets » (chapitre XII) qui consiste à étudier les contraintes supplémentaires constituées par les conditions et les pratiques réelles de la détermination des prix sur les marchés. Sur le plan de l’économie pure, il s’agit de « compléter le point de vue de Walras par les théories qui ont pris pour base l’œuvre de Cournot [...] et, si l’on passe des théories de Walras à la réalité concrète [...], on voit : 1° qu’il n’y a pas un marché comme ses théories le supposent, mais une multitude de marchés pour des multitudes de marchandises, communiquant bien difficilement, ou pas du tout entre eux ; 2° que les théories de l’équilibre nous donnent, ou prétendent nous donner, une solution complète du problème des prix sur un marché unique », écrit Bousquet (ibid., III, p. 226 et 227).

    13Mesurant avec lucidité l’ampleur de la tâche, il s’appuie d’abord sur une analyse partielle en concurrence parfaite en reprenant de façon extrêmement élégante les travaux de Colson et de Marshall. Son exposé de la théorie du surplus du consommateur montre qu’implicitement il pense à une interprétation de l’équilibre qui correspondra finalement à celle de M. Allais cinquante ans plus tard : « Le prix du marché est le plus élevé parmi ceux au-dessous desquels cesseraient successivement de se manifester les diverses offres qui trouvent preneur, et le moins élevé parmi ceux au-dessous desquels cesseraient de se manifester les diverses demandes qui reçoivent satisfaction » (ibid., III, p. 242).

    14L’exploitation de toutes les possibilités de réaliser un surplus est donc pour Bousquet, comme pour Allais plus tard dans un contexte explicitement d’équilibre général, le mécanisme qui conduit un marché en position d’équilibre. Le souci de replacer son analyse dans un contexte d’équilibre général amène Bousquet à donner une présentation fine de la théorie du surplus du consommateur ; il souligne alors l’importance de ce que Hicks appelera les effets-revenus et, par déduction, la critique de la version marshallienne de cette théorie : « Dira-t-on que l’aire [correspondant géométriquement au surplus du consommateur] représente une quantité de monnaie ? Cela est admissible, on peut dire qu’elle représente le bénéfice d’un monopoleur qui pourrait différencier ses prix Seulement ceci n’est encore vrai qu’en négligeant le point de vue de l’équilibre général [...]. Ou s’imagine-t-on que, si le boulanger m’extorque 10000 francs par an, cela n’aura pas d’influence sur mes autres courbes de demande [...] ?3 ».

    15C’est bien la critique de l’utilisation des fonctions de demande marshalliennes, non compensées au sens de Hicks, que formule Bousquet. Cette critique, en gestation alors chez Hicks, n’aboutira de manière décisive que quelques années plus tard avec l’article fondateur de ce dernier « The Rehabilitation of consumer’s surplus », publié en 1941, et dans son ouvrage de 1956, A Revision of Demand Theory.

    16Mais l’apport important de Bousquet reste sa tentative pour intégrer la théorie des prix de monopole à la théorie de l’équilibre général. Pour lui le monopole englobe aussi bien le « monopole parfait » que le « monopole imparfait », dans la catégorie duquel il range les situations de polypoles (oligopoles dans la terminologie actuelle), dont l’étude fut menée pour la première fois par Cournot. Cette étude n’est d’ailleurs pas ce que Bousquet apprécie le plus chez Cournot. Il critique le concept d’équilibre non coopératif retenu par Cournot, concept qu’il juge irréaliste et coupé de tout comportement observable. Cinquante ans plus tard, les travaux initiés par W. Novshek montreront qu’un comportement « à la Cournot » conduit à un processus de coordination aussi proche que l’on veut de celui que générerait la concurrence pure et parfaite dans un contexte de marchés répliqués à l’infini. Bousquet n’avait finalement pas tort de se méfier du concept d’équilibre de Cournot puisqu’il s’avère fondamentalement de même nature que celui du paradigme concurrentiel, alors qu’il se propose d’étendre la théorie walrasienne au-delà de ce paradigme. Il attribue cependant à Cournot deux apports décisifs : la formalisation mathématique, et notamment celle des conditions de la demande tout d’abord, la théorie du monopole, parfait ou imparfait, d’autre part. Pour Bousquet c’est bien la formalisation mathématique des conditions de la demande qui a ouvert la voie au traitement walrasien de la loi de l’offre et de la demande. Pour cela, Cournot est bien le père spirituel de Walras, et aussi parce qu’il a conscience de la nécessité de construire une théorie générale de l’interdépendance, comme le souligne ce passage des Principes mathématiques, de Cournot, cité par Bousquet (1927) « [...] en réalité, le système économique est un ensemble dont toutes les parties se tiennent et réagissent les unes sur les autres. L’accroissement de revenu des producteurs de la denrée A influera sur la demande des denrées B, C, etc. sur les revenus des denrées de ces producteurs, ce qui entraînera par contrecoup un changement de la demande de la denrée. Il semble donc que dans la solution complète et rigoureuse des problèmes relatifs à quelque partie du système économique on ne puisse se dispenser d’embrasser le système tout entier... » (p. 42).

    17La formalisation par Cournot de la détermination des prix en situation de monopole fascine Bousquet qui y voit la possibilité d’intégrer au système walrasien des situations de marchés beaucoup plus réalistes que celles de la concurrence parfaite. La clé de cette intégration, et aussi quelques-unes des principales difficultés, sont parfaitement résumées par Bousquet dans Instituiez (III, pp. 279-281), dont nous donnons ci-après de larges extraits :

    « a) Dans l’hypothèse de la concurrence, la théorie de l’équilibre général, comme celle des équilibres partiels, se fondait entre autres sur la condition (équation) suivante : égalité entre le prix de revient, qui joue de différentes manières selon les cas. Cette condition est supprimée dans le cas du monopole... rien n’empêche en particulier le monopole de vendre au-dessus du prix de revient. Pour remplacer cette condition, nous devons en chercher une autre et supposer que, agissant logiquement, l’homo œconomicus en possession d’un monopole, va rechercher le maximum de bénéfice que peut lui procurer sa situation...
    b) [...] le monopoleur doit avoir logiquement et pratiquement la tendance de diversifier ses prix le plus possible. Cette différenciation ne saurait se manifester sur un marché où règne la libre concurrence...[Le monopoleur], par contre, dans la mesure où cela lui est possible doit essayer d’adapter son offre à la situation de chaque acheteur en s’efforçant de faire payer à chacun tout ce qu’il serait disposé à payer, sans prétendre lui faire payer davantage.
    c) Si ce sont là des différences entre le monopole et la libre concurrence, il subsiste pourtant entre ces deux régimes une analogie du fait de la demande. La courbe de la demande représentant les goûts et les désirs des acheteurs joue le même rôle dans les deux hypothèses [...] Le monopoleur doit tenir compte du goût de ses clients, qui réagissent aux prix fixés par lui de façon à obtenir l’égalité de leurs ophélimités élémentaires pondérées... »

    18Tout en exposant ces observations qu’il qualifie lui-même de préliminaires, Bousquet indique aussi quelques sources de difficultés que l’on rencontre lorsqu’on s’intéresse à la théorie de l’équilibre général en concurrence imparfaite : rétroaction des stratégies des monopoles sur eux-mêmes via les changements de demande que leurs stratégies peuvent induire, information incomplète sur les fonctions de demande. Bousquet relève aussi la difficulté induite par la multiplication des situations et des possibilités stratégiques, alors que dans un contexte de concurrence parfaite, les prix, considérés comme donnés par les agents, sont le référentiel commun et unique de tous. Par toutes ces remarques Bousquet montre bien les différences d’objectif entre l’étude de la théorie de l’équilibre général en concurrence parfaite et celle de l’équilibre général en concurrence imparfaite. Dans le premier cas, c’est l’existence d’un système de prix d’équilibre uniques (un par marché), qui doit être montrée, alors que dans le second cas, c’est un système de tarifs, multiples même pour un seul marché, équilibrant quantités offertes et quantités demandées, qui doit être cherché4. Pour reprendre la terminologie contemporaine, ce sont des tarifs non linéaires qui doivent être recherchés, et non un système de prix linéaires. S’appuyant sur les travaux de Schneider, il indique qu’« il est même fort à craindre, si plusieurs solutions sont possibles, que les monopoleurs, beaucoup plus libres que l’entrepreneur dans un régime de concurrence, ne tâchent de passer d’un maximum à un autre, et alors, adieu ! la stabilité » (ibid., III, p. 291). Cette observation montre que Bousquet a bien vu la difficulté de coordination pour des agents plongés dans un contexte où les stratégies de chacun ont une influence directe sur les prix et sur les stratégies des autres.

    III. Équilibre général et multiplicité des marchés

    19Parmi les hypothèses retenues par Walras pour établir l’existence d’un équilibre général figure l’unicité du marché. Or c’est sur ce problème de l’unicité du marché que s’achève les Institutes III. G.-H. Bousquet reprend là le cadre d’analyse posé par Cournot dans les trois ouvrages de 1838, 1863 et 1877, cadre qui mêle une réflexion sur l’interdépendance des marchés à la question des avantages que procure la liberté des échanges extérieurs.

    20Ainsi l’ouvrage de 1838 s’achève par l’analyse de l’ouverture d’un marché extérieur sur les consommateurs et les producteurs des deux pays (équilibre général). A.A. Cournot pouvait de la sorte montrer qu’en raison des réactions induites, l’ouverture d’un débouché extérieur n’implique pas nécessairement une hausse totale de la production du bien considéré5. G.– H. Bousquet qui était plutôt sceptique sur la possibilité et l’utilité des démonstrations d’optimalité des régimes économiques n’a pas manqué d’accorder beaucoup d’attention à ces questions. Il utilise le critère de Pareto pour comparer des situations économiques mais avec réticence, car il se demande si au fond « le bonheur économique » n’est pas à peu près toujours le même. Cette conclusion tient sans doute à ses développements sur l’irréversibilité : on peut comparer deux situations proches dans le temps et G.-H. Bousquet admet que les libre-échangistes ont sans doute raison et la disparition du protectionnisme aurait des effets bénéfiques même en tenant compte des frottements et des délais, mais justement, pendant combien de temps ces améliorations seraient-elles ressenties ? La réponse désabusée est qu’« au bout de bien peu de temps, chaque bénéficiaire (à plus forte raison ses descendants) aurait oublié l’avantage objectif dont il jouit », (ibid., III, p. 354).

    21En fait, le problème posé par Cournot est clairement délimité : « On a deux marchés [...] Pour un produit A, moins cher en M qu’en N, l’écoulement de M en N était rendu impossible par un obstacle quelconque et voilà que l’obstacle vient à être levé [...] Il s’agit d’étudier les effets de cette suppression d’obstacles pour un article déterminé, sauf à passer du simple au composé, en étendant la même analyse à un plus grand nombre d’articles » (Cournot, 1877, p. 196).

    22Cournot se réfère à une situation de départ d’équilibre général (relations de commerce appropriées aux besoins et aux ressources des deux marchés). Dans cette situation, il existe deux prix en M et N pour un même produit du fait des coûts de transport entre M et N. Il poursuit son raisonnement dans ce cadre en n’envisageant que des écarts minimes par rapport à cette situation de sorte que les variations du fait de l’ouverture des marchés soient « suffisamment faibles pour que l’on puisse négliger les carrés et les puissances supérieures de ces différences. » (p. 137). En fait, il tient compte des répercussions sur les autres marchés et des réajustements qui s’ensuivent, mais il néglige les effets de ces réajustements. La suppression de l’obstacle qui s’opposait à la communication des marchés n’implique pas pour autant l’unicité du prix puisque les frais de transport peuvent expliquer le maintien d’un différentiel entre les prix sur les deux marchés.

    23G.-H. Bousquet pour sa part, reprend le raisonnement de Cournot pour l’appliquer à un problème particulier. Il s’intéresse à une marchandise représentant une part faible dans le total de la production et des revenus de deux régions ayant chacune des marchés distincts tandis que sur les deux marchés, les biens s’échangent contre une seule et même monnaie. La distinction des deux marchés vient de ce que le transport des marchandises est coûteux. G.-H. Bousquet imagine alors une baisse des frais de transport qui permette le rapprochement des deux marchés, c’est-à-dire la vente de la marchandise sur les deux marchés. Cet élargissement du marché est-il « nécessairement avantageux pour toutes les parties qui ont à en supporter les conséquences » ?

    24G.-H. Bousquet s’en prend à Cournot qui écrit que dans le cas d’un pays importateur après « la communication des marchés », alors qu’il n’était pas producteur avant la levée de l’obstacle, « Les consommateurs nationaux ont acquis, sans dommage pour personne une jouissance supplémentaire » (Cournot, 1863, p. 233, (souligné par G.-H. Bousquet, Institutes, III, p. 343) et renchérit sur la critique du libre-échangisme par Cournot, en envisageant le cas où « toutes les forces productives inemployées par suite des importations auraient été tellement spécialisées qu’elles ne puissent plus être utilisées où que ce soit » (ibid.).

    25Il s’agit bien manifestement de la dépendance mutuelle des marchés et pour évaluer la portée du reproche, il convient de relire attentivement Cournot. En 1838, celui-ci évoque lui-même, pour s’en défendre, cette « objection beaucoup plus spécieuse » d’avoir négligé la dépendance mutuelle des marchés (p. 169). Cournot (1877) explique encore qu’il a dû se défendre des reproches que lui faisaient les partisans du libre-échangisme d’avoir oublié que : « lorsque la production d’un article est arrêtée ou réduite par la suite de l’importation, les matières premières employées, les capitaux engagés, les bras utilisés pour la fabrication de cet article trouvent un autre emploi ».

    26Bousquet pousse le raisonnement en envisageant le cas dans lequel les facteurs de productions des biens qui auraient pu être achetés avec les dépenses d’importation sont tellement spécifiques qu’ils ne trouvent plus d’emploi. Au total, c’est bien à une économie de marchés multiples et plus ou moins cloisonnés, que Bousquet tente d’appliquer l’approche walrasienne de l’équilibre général.

    Conclusion : de Cournot à Allais, une continuité assurée par Bousquet

    27C’est bien dans ce souci de dépasser les hypothèses abstraites de l’unicité du marché et des structures de concurrence que se situe la continuité de Cournot à Allais qui permet à ce dernier d’écrire dans l’introduction à la troisième édition du Traité d’économie pure que sa théorie « constitue en fait une synthèse de l’approche marginaliste de la causalité et de l’approche walrasienne de l’interdépendance fonctionnelle, approches complémentaires l’une de l’autre... La nouvelle théorie, en rupture totale avec la littérature antérieure [...] fait reposer essentiellement toute la dynamique économique sur la recherche décentralisée des surplus, alors que la littérature antérieure la fondait sur la recherche d’un système de prix d’équilibre. L’hypothèse du modèle de Walras de l’existence à tout moment d’un système unique de prix pour tous les opérateurs est totalement rejetée » (Allais, 1994, p. 50).

    28La théorie générale des surplus et celle de l’économie de marchés, que M. Allais6 a élaborées à partir du milieu des années soixante, lui permettent en effet de mener une analyse qui s’affranchit des contraintes du cadre de la concurrence parfaite et de s’attaquer aux situations auxquelles pensait Bousquet, celles beaucoup plus proches de la réalité économique, où coexistent des marchés et dans lesquelles il n’y a pas en général un marché unique. C’est bien la notion du surplus qui est au cœur de l’approche d’Allais. La grande innovation dans l’approche d’Allais consiste à employer la notion de surplus en équilibre général : le surplus distribuable relativement à un bien donné et pour un agent, lors du passage d’un état à un autre, est le volume de consommation de ce bien qui laisserait inchangé le niveau de satisfaction de cet agent en tenant compte de toutes les modifications de toutes sortes qui correspondent au changement d’état. C’est un peu à cette extension du concept de surplus en équilibre général à laquelle pensait certainement Bousquet dans les lignes qu’il consacrait à ce concept et que nous rappelions ci-dessus. Ainsi, dans une perspective d’interdépendance générale, tant qu’un changement d’état génère un surplus distribuable, des agents, dans une économie de marchés, auront intérêt à ce changement d’état, changement qui, naturellement correspond éventuellement à des ajustements de prix et de tarifs, et plus généralement à toute modification des stratégies mises en œuvre. Un équilibre général est alors défini comme une situation dans laquelle le surplus réalisable est nul. C’est là bien sûr un raccourci très sommaire de la théorie de l’équilibre général d’Allais, mais il suffit pour comprendre le lien qu’il y a entre Bousquet et Allais. Par la diversification des prix, nous disait Bousquet, le monopole récupère une partie du surplus des consommateurs, et naturellement on peut imaginer que ce processus ne s’arrêtera que lorsqu’il n’y aura plus rien à récupérer. La relation, sinon formelle, du moins spirituelle, entre les approches de l’équilibre général de Bousquet et d’Allais est claire. C’est une vision de l’équilibre général fort différente de celle qui est traditionnellement faite à partir du modèle Arrow-Debreu que nous proposent ces auteurs. Cette approche, de Cournot à Allais, a toujours eu pour objectif de s’affranchir des hypothèses de la concurrence parfaite. De ce fait, comme l’indique Allais dans un des tableaux où il établit la comparaison synthétique entre hypothèse et résultats du modèle d’économie de marchés et ceux du modèle d’économie de marchés, « le modèle d’économie de marchés est général. Il inclut tous les cas, depuis la concurrence parfaite jusqu’aux monopoles et aux coalitions ».

    29Bousquet figure parmi les rares économistes français auxquels Allais rend hommage, Cournot, Dupuit et Walras mis à part évidemment, et il est intéressant pour terminer de s’interroger sur la raison pour laquelle Bousquet, en rendant compte de la 1re édition du Traité d’économie pure en 1947, ne voit pas qu’Allais a réalisé l’extension de l’œuvre de Walras que lui-même poursuivait dans ses Institutes. L’enthousiasme de Bousquet pour Allais est sans réserve : « Il est peu d’ouvrages qui m’aient fait une aussi forte impression, et si l’on devait un jour résumer en 3 noms l’histoire de l’économie mathématique française : Cournot, Walras, Allais, cela ne m’étonnerait pas », écrit-il en 1947. Cependant il ne voit dans le Traité d’économie pure qu’une splendide synthèse et un parachèvement de la théorie de l’équilibre général walrasien de concurrence parfaite, et se montre même particulièrement critique sur le plan de la forme ainsi que sur quelques points de fond. En réalité, la théorie des surplus et de l’économie de marchés ne sera élaborée par Allais qu’à la fin des années soixante, puis dans les années soixante-dix. Cette élaboration résultera paradoxalement d’une relecture par Allais lui-même de la première édition de son Traité. Ainsi écrit-il dans l’introduction à la troisième édition « [...] je ne puis que m’étonner rétrospectivement de ne pas avoir défini en 1943 une situation d’équilibre comme une situation où il n’existe aucun surplus distribuable, [...] définition à vrai dire toute naturelle au regard des développements de mon analyse de 1943 [...] ». Ce décalage temporel du travail d’Allais par rapport à sa propre approche explique pourquoi Bousquet n’a pu percevoir que l’objectif qu’il s’était fixé dans les Institutes en ce qui concerne l’extension de la théorie walrasienne, avait été en définitive sans doute atteint par Allais dans le Traité d’économie pure, perpétuant ainsi un des traits essentiels, mais parfois peu perçu, de la tradition française en matière d’analyse économique.

    Bibliographie

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    Format

    Bousquet, G. H. (1933). Les trois notions de l’equilibre economique. JSTOR. https://doi.org/10.2307/1907093
    Bousquet, G. H. “Les Trois Notions De l’equilibre Economique”. Econometrica. JSTOR, April 1933. doi:10.2307/1907093.
    Bousquet, G. H. “Les Trois Notions De l’equilibre Economique”. Econometrica, vol. 1, nos. 2, JSTOR, Apr. 1933, p. 190. Crossref, https://doi.org/10.2307/1907093.

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    Références bibliographiques

    Allais M. (1943), À la Recherche d’une discipline économique, Première Partie, L’Économie pure, 1re éd., mimeo, 1943, 2e éd., Traité d’économie pure, Imprimerie nationale, Paris, 1952, 3e éd., Clément Juglar, Paris, 1994.

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    Bousquet G.-H. (1927), Essai sur l’évolution de la pensée économique, Paris, Marcel Giard.

    Bousquet G.-H. (1930-1936), Institutes de sciences économiques, t. I, Introduction à la science économique, 1930 ; t. II, Les Bases du système économique, 1932 ; t. III, La Production et son marché, 1936, Paris, Giard.

    10.2307/1907093 :

    Bousquet G.-H. (1933), « Les trois notions de l’équilibre économique », Econometrica, vol. l, n° 2, août, pp. 190-196.

    Bousquet G.-H. (1933), « Sur la réversibilité des équilibres économique », Revue d’économie politique, vol. 47, n° 4, juillet-août, pp. 1314-1326.

    Bousquet G.-H. (1947), « Maurice Allais et l’économie pure », Revue d’économie politique, 1947, pp. 477-485.

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    Bousquet-Lefèvre L. et Robine M. (1978), « Autour de G.-H. Bousquet, bibliographie thématique de son œuvre économique », Revue d’économie politique, mars-avril, pp. 221-239.

    Cournot A.A. (1838), Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, Paris, Hachette.

    Cournot A.A. (1863), Principes de la théorie des richesses, Paris, Hachette.

    Cournot A.A. (1877), Revue sommaire des doctrines économiques, Paris, Hachette.

    Robine M. (1978), « L’Œuvre scientifique du professeur Georges-Henri Bousquet », Revue économique du Sud-Ouest, 27e année, n° 2, pp. 115- 121.

    Notes de bas de page

    1 Pour une présentation biographique et scientifique de l’œuvre de G.-H. Bousquet, cf. Robine (1978).

    2 Les lettres de Pareto à G.-H. Bousquet montrent clairement l’intérêt que portait Pareto au jeune Bousquet (cf. Revue d’histoire des doctrines économiques et sociales, 1953, vol. 31, n° 3, pp. 276-89).

    3 Bousquet signale que cette objection avait déjà été adressée par Borda à Dupuit (cf. Annales des Ponts et Chaussées, 1847, p. 278).

    4 Reprenant des développements peu connus de Colson, Bousquet fait observer que si la possibilité de diversifier ses tarifs est ouverte à un monopoleur, il est possible, dans certains cas (discrimination du 1er degré), de mettre sur le marché les quantités de biens qui seraient celles d’une allocation optimale des ressources, telle que pourraient l’engendrer des structures de marché parfaitement concurrentielles. Le malthusianisme et la sous-optimalité du monopole tiennent effectivement à l’absence de discrimination entre les demandeurs. On sait bien maintenant que la possibilité de réalisation de tout le surplus des consommateurs qu’offrent des tarifs non linéaires peuvent conduire aux quantités qui sont celles d’un optimum. En soulignant cela, Bousquet montre encore une fois que l’assimilation exclusive de la théorie de Walras à celle de la concurrence parfaite n’est pas justifiée, même lorsqu’on adopte le point de vue normatif de la théorie du bien-être.

    5 GHB proposait d’appeler ce résultat surprenant pour les tenants du libéralisme le « paradoxe de Cournot. »

    6 Dans Bousquet (1960), on peut encore lire : « Selon moi, on trouvera, chez M. Allais, À la recherche d’une discipline économique, la meilleure réponse à la question de savoir s’il y a dans la réalité, interdépendance générale ou rapports de cause à effet » (p. 13).

    Auteurs

    • Alain Alcouffe

      Université de Toulouse

    • Bernard Belloc

      Université de Toulouse

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    1 Pour une présentation biographique et scientifique de l’œuvre de G.-H. Bousquet, cf. Robine (1978).

    2 Les lettres de Pareto à G.-H. Bousquet montrent clairement l’intérêt que portait Pareto au jeune Bousquet (cf. Revue d’histoire des doctrines économiques et sociales, 1953, vol. 31, n° 3, pp. 276-89).

    3 Bousquet signale que cette objection avait déjà été adressée par Borda à Dupuit (cf. Annales des Ponts et Chaussées, 1847, p. 278).

    4 Reprenant des développements peu connus de Colson, Bousquet fait observer que si la possibilité de diversifier ses tarifs est ouverte à un monopoleur, il est possible, dans certains cas (discrimination du 1er degré), de mettre sur le marché les quantités de biens qui seraient celles d’une allocation optimale des ressources, telle que pourraient l’engendrer des structures de marché parfaitement concurrentielles. Le malthusianisme et la sous-optimalité du monopole tiennent effectivement à l’absence de discrimination entre les demandeurs. On sait bien maintenant que la possibilité de réalisation de tout le surplus des consommateurs qu’offrent des tarifs non linéaires peuvent conduire aux quantités qui sont celles d’un optimum. En soulignant cela, Bousquet montre encore une fois que l’assimilation exclusive de la théorie de Walras à celle de la concurrence parfaite n’est pas justifiée, même lorsqu’on adopte le point de vue normatif de la théorie du bien-être.

    5 GHB proposait d’appeler ce résultat surprenant pour les tenants du libéralisme le « paradoxe de Cournot. »

    6 Dans Bousquet (1960), on peut encore lire : « Selon moi, on trouvera, chez M. Allais, À la recherche d’une discipline économique, la meilleure réponse à la question de savoir s’il y a dans la réalité, interdépendance générale ou rapports de cause à effet » (p. 13).

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    Alcouffe, A., & Belloc, B. (2000). Équilibre général et équilibre général de concurrence pure et parfaite. In P. Dockès, L. Frobert, G. Klotz, J.-P. Potier, & A. Tiran (éds.), Les traditions économiques françaises. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.44127
    Alcouffe, Alain, et Bernard Belloc. « Équilibre général et équilibre général de concurrence pure et parfaite ». In Les traditions économiques françaises, édité par Pierre Dockès, Ludovic Frobert, Gérard Klotz, Jean-Pierre Potier, et André Tiran. Paris: CNRS Éditions, 2000. doi:10.4000/books.editionscnrs.44127.
    Alcouffe, Alain, et Bernard Belloc. « Équilibre général et équilibre général de concurrence pure et parfaite ». Les traditions économiques françaises, édité par Pierre Dockès et al., CNRS Éditions, 2000, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.44127.

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    Dockès, P., Frobert, L., Klotz, G., Potier, J.-P., & Tiran, A. (éds.). (2000). Les traditions économiques françaises. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.43597
    Dockès, Pierre, Ludovic Frobert, Gérard Klotz, Jean-Pierre Potier, et André Tiran, éd. Les traditions économiques françaises. Paris: CNRS Éditions, 2000. doi:10.4000/books.editionscnrs.43597.
    Dockès, Pierre, et al., éditeurs. Les traditions économiques françaises. CNRS Éditions, 2000, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.43597.
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