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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral BAYT Ġ. : LES ÉLÉVATIONS LES COUPES LE REZ-DE-CHAUSSÉE L’ENTRESOL LE PREMIER ÉTAGE LE DEUXIÈME ÉTAGE La kumma LE TROISIÈME ÉTAGE LA ǦUBÂ

    Sanaa

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 12. Bayt Ġ

    p. 202-215

    Texte intégral BAYT Ġ. : LES ÉLÉVATIONS La façade nord-est, côté rue La façade sud-ouest, côté bustân L’élévation nord-ouest L’élévation sud-est de l’aile arrière LES COUPES Coupe nord-est / sud-ouest Coupe sud-est / nord-ouest LE REZ-DE-CHAUSSÉE L’ENTRESOL La cuisine et son accès Les réserves LE PREMIER ÉTAGE La pièce des ablutions LE DEUXIÈME ÉTAGE Le dîwân La kumma LE TROISIÈME ÉTAGE La chambre à coucher principale Le mafraǧ Le manẓar LA ǦUBÂ

    Texte intégral

    1Relevés architecturaux de Maria MARÉCHAUX

    2Texte, légendes des relevés et photos de Paul BONNENFANT

    3Dessins de Pascal MARÉCHAUX

    Image img01.jpg

    Fig. 1. Bayt Ġ. : élévation nord-est, façade sur la rue.

    4Bayt Ġ fut achetée par ses actuels propriétaires en 1332/1913, à des gens d’al-Maḥwît qui l’avait eux-mêmes acquise d’une célèbre famille de menuisiers, les Usṭâ. Ce sont eux qui en ont sculpté les portes. Elle constitue un bon exemple de maison moyenne, ni riche ni pauvre.

    5Un des principaux traits de Bayt Ġ. est son plan tout en longueur, très perceptible en comparant les coupes (fig. 5, 6). L’aménagement intérieur fut dicté aux maçons-architectes par deux contraintes topographiques et l’histoire de la maison.

    6L’artisan initial ne disposait que d’une étroite parcelle coincée entre deux maisons : sa largeur n’est que de 6,3 m sur la rue et de 7,2 m sur le jardin urbain qui lui est adjacent. Emplacement étroit, certes, dont les occupants se plaignent. Mais il est fort bien placé entre une place et un bustân, deux facteurs majeurs de valorisation d’une parcelle : le propriétaire vante la beauté du paysage, la bonne exposition de la maison, le calme des chambres en pleine ville et la pureté de l’air. C’est pourquoi il y reste, malgré l’exiguïté du site.

    7Un premier bâtiment fut donc édifié en bordure de la rue. Nous n’en savons pas les limites exactes, mais il devait comprendre les dîwân, l’escalier, et sans doute de petites pièces en arrière de celui-ci, pour la cuisine, les réserves et les toilettes. Maison modeste par conséquent : l’exiguïté imposa en particulier de renoncer à l’espace de transition que constitue la ḥiǧra, entre escalier et pièces de vie.

    8Cet inconvénient grave pour l’intimité fut compensé quand on construisit ultérieurement l’aile arrière : dans toute la partie inférieure, le maçon édifia un second escalier derrière le premier. Cela aménage un ensemble où la cuisine et la terrasse qui la surmonte sont les éléments dominants : espaces de vie pour les femmes qui disposent ainsi de leur propre escalier. Celui-ci communique en deux points avec l’escalier antérieur utilisé par les hôtes masculins, quand il y en a.

    9Seconde contrainte topographique : la maison est en bordure d’un jardin urbain, situé à plusieurs mètres en contrebas du niveau de la rue (fig. 5, coupe nord-est / sud-ouest). Le terrain où est bâtie la maison est donc en pente. Sans chercher à créer un vide sous les pièces de l’aile arrière pour les mettre au niveau du devant, le maçon-architecte aménagea des réserves en contrebas de la rue, en rez-de-jardin. Cette différence initiale se poursuit jusqu’au faîte de la maison et crée un grand nombre de niveaux, sept au total en comptant la ǧubâ.

    BAYT Ġ. : LES ÉLÉVATIONS

    La façade nord-est, côté rue

    10La porte d’entrée est d’un type assez ancien : elle est constituée de planches jointives clouées sur un cadre et ornée d’un décor en bois rapporté dessinant en creux deux miḥrâb. Elle est surmontée de l’arc typique de Sanaa, percé d’ouvertures oblongues servant à la fois d’éclairage et d’aération au vestibule inférieur (fig. 1).

    11Comme il est d’usage à Sanaa, la partie inférieure de la maison est construite en pierre, ici jusqu’au plafond du 1er étage (3e niveau), où la pierre fait place à la brique qui est d’abord utilisée en bandeau, ḥizâm, articulant les deux matériaux de la façade.

    12Trois logettes saillantes, šubbâk, une à chaque étage, légèrement décalées les unes par rapport aux autres, permettent d’apercevoir, de chacune d’elles, les visiteurs frappant à la porte. Il faut y ajouter l’avancée en briques au centre du tiǧwâb supérieur.

    13Malgré son étroitesse, cette façade sur la rue donne une impression d’harmonie. Un des éléments en est certainement la justesse de proportion des percements : rapport 1/1 entre la porte et l’arc qui la surmonte, rapport que l’on retrouve entre les fenêtres et les arcs qui les somment. Les bandeaux de brique marquant les changements d’étage contribuent également à l’équilibre de la façade. Dans la partie inférieure, des arcs en pierre couronnent les principales ouvertures et contribuent à l’unité du décor.

    Image img02.jpg

    Fig. 2. Bayt Ġ. : élévation sud-ouest, façade sur le jardin urbain.
    Dans toutes les figures de ce chapitre, chaque graduation en noir ou blanc égale un mètre.

    14Cette unité cadre cependant une jolie diversité de détails : au deuxième étage par exemple, les vitraux somment quatre ouvertures différemment traitées, de gauche à droite : l’une avec de simples volets, la deuxième avec des volets munis de šâqûṣ, la troisième équipée d’un šubbâk en briques, la dernière en arc aveugle qui répond discrètement à ceux du tiǧwâb sommant la maison. Cette diversité est encore accusée par le nombre différent de baies à chaque étage : trois au premier, quatre au deuxième, trois au troisième, mais plus larges qu’en bas. Dans la partie en pierre, un enduit de plâtre irrégulièrement réparti enveloppe les baies et contribue à enlever ce que la pierre pourrait avoir de trop « raide », de trop guindé par rapport au reste de la façade.

    15L’ensemble de cette élévation est typique des maisons que l’on construisait à Sanaa entre 1870 et 1930 : cette période se caractérise, à notre avis, par le rapport 1/1 entre les fenêtres (équipées ou non d’un šubbâk en brique, en pierre ou en bois) et l’arc qui la surmonte. Néanmoins, les deux premiers étages, côté rue, pourraient être antérieurs au troisième : plaideraient en ce sens l’étroitesse des fenêtres et l’ancienneté du type de porte (mais celle-ci peut avoir été reprise à une maison plus ancienne) et le sol du vestibule inférieur, à 30 cm environ en-dessous du niveau de la rue.

    La façade sud-ouest, côté bustân

    16La comparaison de la façade sud-ouest (fig. 2) avec la façade sur rue est frappante : sur ce côté, la priorité est à l’évidence donnée à la vue sur un beau jardin urbain. Ici les ǧarf dominent : larges baies par conséquent, fournissant un maximum de paysage pour les occupants des diverses pièces. Cela est d’autant plus agréable que l’orientation de cette façade, le sud-ouest, est assez bonne : bien ensoleillée l’hiver, pas trop l’été, elle tourne le dos aux vents froids de l’hiver.

    17Notons l’aspect fermé de la partie inférieure de l’aile arrière (à gauche) : elle correspond à la réserve du rez-de-chaussée (n° 6), puis à la cuisine (n° 9) et à la pièce qui la surmonte (n° 15). Elle s’oppose aux deux niveaux supérieurs, plus ouverts. Ils sont peut-être de construction plus récente que le bas : les troncs qui permettent un encorbellement en sont un indice (fig. 2, 3).

    Image img03.jpg

    Fig. 3. Bayt Ġ. : élévation nord-ouest.

    Image img04.jpg

    Fig. 4. Bayt Ġ. : élévation sud-est de l’aile arrière.

    L’élévation nord-ouest

    18La partie ancienne de la maison, à gauche, est mitoyenne. La façade de l’aile arrière (fig. 3) appelle trois observations. La partie inférieure, qui correspond à la zone des services de la maison (réserves, cuisine), est presque aveugle, par rapport à la partie supérieure où se trouvent des pièces plus prestigieuses (kumma, n° 22 ; mafraǧ, n° 26). Les tentatives d’embellissement doivent tenir compte du froid (la façade est mal exposée) et des voisins, sur lesquels on ne peut avoir regard. Les baies existantes sont donc réduites à la moitié supérieure du couple fenêtre-vitrail : elles éclairent et embellissent la pièce, mais on ne peut regarder à l’extérieur. Hautes et non ouvrables, elles ne créent pas une sensation de froid dans le dos pour les personnes adossées à ce mur.

    L’élévation sud-est de l’aile arrière

    19Sur cette façade (fig. 4), la fermeture des pièces de service contraste avec l’ouverture des pièces de réception supérieures.

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    Fig. 5. Bayt Ġ. : coupe nord-est /sud-ouest (rue-jardin urbain).
    Le jardin urbain (à droite), situé en contrebas de la rue (à gauche), entraîne la création d’un grand nombre de niveaux. Noter aussi le double escalier dans les niveaux inférieurs.

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    Fig. 6. Bayt Ġ. : coupe sud-est / nord-ouest.
    L’étroitesse de la parcelle oblige à renoncer à l’espace de transition que constitue la ḥiǧra.

    LES COUPES

    Coupe nord-est / sud-ouest

    20Le jardin urbain, situé en contrebas de la rue, entraîne la création d’un grand nombre de niveaux (fig. 5).

    21Le trait le plus notable de cette maison est l’existence d’un double escalier malgré l’exiguïté des lieux. Ce phénomène est, ou était, relativement fréquent à Sanaa. La partie arrière de la maison est équipée d’un escalier reliant entre elles les diverses pièces surtout utilisées par les femmes : la cuisine, la terrasse, des réserves, les toilettes et une petite chambre. Il communique avec le grand escalier par deux portes, qui permettent aux femmes de s’éclipser si des visiteurs le parcourent. Une ouverture équipée d’un claustra permet également aux femmes d’épier discrètement ceux qui l’empruntent. Tout se passe dans cette maison comme si les femmes avaient récupéré en hauteur, répartis sur plusieurs niveaux, les espaces qui leur sont d’ordinaire consacrés à l’étage d’une maison plus large.

    Image img07.jpg

    Fig. 7. Bayt Ġ. : plan du rez-de-chaussée.
    1 Vestibule, dihlîz
    2 Réserve
    3 Ancienne pièce pour les bêtes, ḥarr
    4 Cour (en contrebas)
    5 Réduit pour les poules
    6 Réserve de bois
    7 Lieu où tombent les excréments

    Coupe sud-est / nord-ouest

    22L’étroitesse de parcelle a contraint le maçon-architecte à supprimer l’espace de transition que constitue la ḥiǧra, et à ne bâtir qu’une pièce à côté de l’escalier (fig. 6).

    23L’usṭâ conserve une des principales caractéristiques des maisons de Sanaa datant de 1880-1930 : la hauteur de la pièce est légèrement supérieure à sa largeur, ici de 50 cm

    LE REZ-DE-CHAUSSÉE

    24La porte sur la rue, de type « à traverses et encoches », mucawbar farḍ, est munie de trois fermetures : l’une, maǧarr, est actionnée par une cordelette qui monte vers les étages à travers les plafonds ; une serrure peut être actionnée de la rue à l’aide d’une grosse clef métallique, la troisième est un verrou actionnable seulement à l’intérieur.

    25La porte commande l’accès à un étroit vestibule inférieur, dihlîz (fig. 7, n° 1). Malgré son exiguïté, il est cependant orné d’un arc qui l’enjambe (fig. 8) : ni l’étroitesse du dihlîz, à peine 2,5 m de largeur, ni la charge à porter au-dessus ne le justifient. Il semble clair qu’il joue un rôle décoratif, un rôle de prestige, comme si l’uṣtâ bâtisseur avait voulu donner quelque apparence à cette modeste entrée, et la faire ressembler à celle de demeures plus vastes. Immédiatement à gauche s’ouvre une pièce aérée vers la rue par deux jours haut placés (fig. 7, n° 2). Autrefois pièce pour du petit bétail, elle sert aujourd’hui de fourre-tout où se trouve le compteur électrique.

    26Un peu plus loin s’ouvre un ḥarr, empli de vieux sacs, auquel on accède en descendant deux marches grossières (n° 3). Sur la porte, une inscription avertit les visiteurs : « Dans ce ḥarr, il y a un serpent ! » Le serpent est un thème majeur de la symbolique de la maison. Deux autres marches descendent vers une petite cour (n° 4) qui donne accès, à droite, à un réduit (n° 5) où vivent quelques poules. Un moulin à bras, raḥâ, gît là abandonné : la famille a recours depuis une dizaine d’années aux minoteries mécaniques. Sous la cuisine, s’ouvre une ancienne réserve de bois jonchée surtout de rameaux de qât desséchés (n° 6). Dans le coin nord, une avancée de mur indique le lieu où tombaient autrefois les déjections solides venues des cabinets d’aisance (n° 7). On le vidait grâce à une porte débouchant sur le bustân par le mur septentrional.

    27Le propriétaire croit qu’il existe sous sa maison une cave, dabâb, dont il a cherché vainement l’entrée à plusieurs reprises. On ne peut cultiver le bustân à cet endroit, car l’eau s’infiltre aussitôt. Il pense que cela devait servir, du temps des imâms, comme réserve de graines, ou entrepôt de richesses qu’on voulait soustraire au pillage, ou encore de cachette pour des biens dérobés.

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    Fig. 8. Bayt Ġ. : le vestibule inférieur, dihlîz, vu de la porte d’entrée.
    L’arc solennise ce vestibule malgré son exiguïté.

    28A l’évidence, toutes ces pièces du rez-de-chaussée n’ont plus les fonctions vitales de la maisonnée d’autrefois, mais sont reléguées au rôle de débarras où s’entassent des résidus de biens de consommation industriels : un pont arrière de voiture, une poussette d’enfant délabrée, des pneus usés jusqu’à la corde, à côté de sacs et de nattes déchirées expédiées ici après leur remplacement par des tapis.

    29Seul le dihlîz, au sol cimenté et aux murs recouverts de qaḍâḍ, sur un mètre de hauteur, a la double fonction de pièce pour la lessive et de réserve d’eau. Le lave-linge « National », installé sous la seconde volée de l’escalier, est cependant bien visible de l’entrée. Emplacement choisi pour être vu des visiteurs, car la machine aurait pu être installée dans le ḥarr : l’éclairage aurait été meilleur et l’écoulement des eaux usées facilité puisque celles-ci, actuellement, vont du dihlîz vers le bustân à travers le ḥarr.

    L’ENTRESOL

    30Du dihlîz, cinq marches permettent d’accéder à l’entresol qui s’articule autour de la fonction d’alimentation : il renferme en effet la cuisine et les réserves (fig. 9).

    La cuisine et son accès

    31La pièce principale de ce niveau est la cuisine, dayma, où deux éléments en maçonnerie, tannûr et sâḥil, structurent l’espace (n° 9). Le tannûr comprend trois fours de différentes dimensions : 50, 45 et 35 cm de diamètre (fig. 10). Ils sont situés sous une hotte, siyya, que prolongent des cheminées aboutissant à la terrasse supérieure. Une table basse circulaire, mîda, y est posée entre les repas.

    32L’angle nord-ouest de la pièce possède le sâḥil, partiellement occupé par une bouteille de gaz propane et une réserve d’eau dans un bidon métallique (fig. 11). L’écoulement des eaux usées se fait par un trou dans le mur vers le bustân. Au-dessus du sâḥil, un placard (1. 2 m ; prof. : 0,6 m) ne contient presque rien, comme si sa place à cet endroit était mal intégrée aux travaux quotidiens de la cuisine. Contre le mur ouest est placé un meuble-placard, support d’un réchaud à gaz propane ; il renferme toute une batterie de vaisselle en aluminium, une poêle Tefal et une Cocotte-minute, plus deux grosses boîtes de lait en poudre Nido récupérées pour contenir de la nourriture. A même le sol, sont posés un mortier et son pilon en laiton, et le mawqid, le réchaud à charbon de bois typique de Sanaa. Sur les murs, deux étagères très simples portent des ribambelles de boîtes en fer blanc et de bocaux de confiture vides.

    33La cuisine est aussi propre que le permet le dallage en pierre ḥabaš. Le sol est nettoyé avec deux petits balais en folioles de palmier dawm, laissés avec les poubelles dans le coin sud-ouest. Les murs de la cuisine, comme ceux du couloir d’accès, sont recouverts de peinture à l’huile verte, écaillée par endroits. L’aération se fait par deux ouvertures aménagées dans le mur occidental.

    34L’équipement de la cuisine reflète bien les générations de femmes qui vivent dans la maison, la vieille mère du chef de famille, et sa femme : une modernisation modérée avec le réchaud à gaz, couplée avec les équipements traditionnels, tannûr, sâḥil, dallage d’origine. L’aïeule ancrée dans ses habitudes impose-t-elle sa volonté ? L’épouse souhaiterait-elle une modernisation qu’elle ne peut obtenir ?

    35Juste avant l’entrée de la cuisine, un šubbâk rafraîchit deux poteries pleines d’eau et du raisin frais. Sur le mur d’en face, une niche est équipée d’un jour, ẖizq, traversée par un tuyau métallique descendant du haut de la maison : un peu en dessous, un robinet alimente la réserve d’eau de la cuisine par un tuyau en plastique, et permet aussi d’avoir de l’eau sur place. Le petit couloir (fig. 9 n° 8) précédant la cuisine est en effet équipé d’un socle rond en pierre, ẖaraza, et d’un écoulement : il sert de lieu d’ablution pour les femmes, qui peuvent prier, l’une après l’autre, dans l’espace étroit au pied de l’escalier : il est orienté vers La Mecque.

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    Fig. 9. Bayt Ġ. : plan de l’entresol.
    8. Couloir d’accès à la cuisine
    9. Cuisine, dayma
    10. Réserve, rangement du linge
    11. Ancienne réserve à grains, avec ses cuves, ḥaqb.

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    Fig. 10. Bayt Ġ. : la cuisine, dayma : l’entrée et les fours à pain, tannûr.

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    Fig. 11. Bayt Ġ. : la cuisine, dayma. L’angle nord-ouest et les fours.

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    Fig. 12. Bayt Ġ. : les réserves.
    Au premier plan, te brasero, mawqid. Dans la réserve, on aperçoit les cuves à grains, ḥaqb.

    Les réserves

    36De retour dans l’escalier principal, on accède en gravissant deux marches à des réserves.

    37La première (fig. 9, n° 10), au sol recouvert de linoléum, a une fonction de lingerie (fig. 12) : on y trouve un gros brasero, deux seaux en plastique, deux cantines métalliques et un grand carton remplis de linge plié. Accrochés aux murs, un sac de voyage, une valise en carton bouilli, une étagère recouverte de boîtes Nido. Les deux lucarnes s’ouvrant vers la cour ont été fermées par des vitres scellées dans le plâtre.

    38Une porte donne accès à l’ancienne réserve de nourriture (fig. 9, n° 11), qu’éclairent deux jours sur la rue. Par des murets maçonnés (H. = 0,9 m), le sol de cette pièce est divisé en bacs, ḥaqb, plur. aḥqâb, qui contenaient autrefois les graines. Aujourd’hui, cette fonction a complètement disparu. Seuls quelques raisins sèchent encore sur le plateau... Une vieille outre à baratter se dessèche dans un coin et les bacs servent de débarras pour toutes sortes d’objets : corbeilles en vannerie, baignoire d’enfant en plastique, grande valise Delsey, cantines métalliques, vieux crochets pour lampes à huile, tanak vides, réserves de fil électrique.

    39Des bouilloires, une quinzaine de crachoirs et de grands plateaux attendent l’affluence d’une munâsaba pour être utilisés.

    LE PREMIER ÉTAGE

    40Au-dessus de la cuisine, se dégage clairement l’aile arrière, muẖallafa, nom qui désigne bien sa position postérieure par rapport au corps principal de la maison (fig. 13). D’après le propriétaire, cette aile aurait été construite après le rectangle donnant sur la rue. Il en donne pour signe une longe lézarde courant sur le mur extérieur, dans l’angle nord de la cour : elle semble bien attester une construction en deux temps. Un autre indice est que le rectangle antérieur a sur la cour un soubassement en gros blocs de basalte, que ne possède pas l’aile s’avançant vers le bustân.

    41Le premier étage est dans la pratique réservé aux femmes, puisqu’il comprend un dîwân (n° 13) qui leur sert de salle de séjour et de réception, équipée d’une télévision ; il s’y ajoute une petite chambre (n° 15) et une terrasse (n° 16). Autrefois, dans cette petite chambre, raconte le propriétaire, on fabriquait clandestinement de l’alcool à partir de raisins secs.

    42L’espace féminin de l’aile arrière trouve un débouché en plein air grâce à la terrasse qui surmonte la cuisine. Le principal décor en est la cheminée des tannûr, couverte d’assez jolis chapeaux réalisés en briques. De vieux tapis et un sac de jute, par terre, permettent de s’asseoir à l’air, le matin au soleil, à l’ombre l’après-midi. La hauteur des parapets de briques, 1,10 m environ, est suffisante pour que l’on puisse être invisible quand l’on s’assied.

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    Fig. 13. Bayt. Ġ : plan du premier étage
    12. Palier de l’escalier
    13. Dîwân des femmes
    14. Couloir
    15. Pièce arrière, maẖlafa
    16. Terrasse couvrant la cuisine

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    Fig. 14. Bayt Ġ. : les toilettes (n° 17).

    La pièce des ablutions

    43L’emplacement de la pièce principale d’ablutions (fig. 15, n° 17), zulî, entre les dîwân des premier et deuxième étages, la rend aisément accessible aux hôtes comme aux occupantes de l’aile arrière de la maison. On y accède par une porte en planches jointée très sommairement, mais ornée sous l’anneau d’une fort jolie coupole en fer forgé.

    44Cette pièce a été peu touchée par les nouveaux matériaux. Le dallage, salai, en grosses pierres noires, est doté des équipements traditionnels, socles ronds et carrés de pierre (fig. 14). Les déjections solides descendent par un conduit maçonné jusqu’au niveau du bustân, les liquides rejoignent la façade par un trou dans le mur. Les murs sont lambrissés sur 70 cm de hauteur de l’enduit appelé qaḍâḍ,, orné de motifs très simples. Sur le mur nord-ouest, trois jours permettent de moduler à volonté air et lumière : l’un est fermée par une moustiquaire seulement, un autre se clôt par un petit châssis vitré ouvrant, un troisième s’obture par un volet de bois. De l’autre côté, un petit šubbâk s’ouvre au-dessus de la cour. Dans l’angle sud-est, un banc de pierre, enduit lui aussi de qaḍâḍ, sert à poser les vêtements.

    45Deux récipients en métal constituent le seul mobilier : un petit robinet utilisé pour les ablutions équipe le bas d’un grand seau situé sous le robinet arrêtant l’eau qui provient de la ǧubâ par des tuyauteries passant à l’extérieur. Le second récipient, beaucoup plus grand et situé au fond de la pièce, peut être rempli grâce à un tuyau enroulé et accroché à un clou du mur. Ici, la modernisation n’a pas franchi de « seuil ». Elle se fait par la modernisation des anciens moyens : récipients métalliques remplaçant les vieilles citernes, distribution de l’eau par tuyau et robinet au lieu du puits ou du porteur d’eau.

    46Au fond de cette pièce, un placard surélevé est rempli d’ustensiles de réception non utilisés (fig. 15, n° 18). On nous explique qu’en cas de guerre, les gens de la maison remplissaient de tels placards de vivres ou de biens précieux, puis les muraient et blanchissaient au plâtre pour qu’ils deviennent invisibles à des pilleurs pressés...

    LE DEUXIÈME ÉTAGE

    47De la porte des toilettes, quelques marches permettent d’atteindre le palier du second étage (fig. 15, n° 19). Le sol dallé de pierre ḥabaš a une pente calculée pour que l’eau s’écoule vers la façade, par un trou percé dans un des angles. Comme dans tout l’escalier, les murs sont revêtus de peinture à l’huile jaune pâle lavable qui a remplacé le ǧušš ancien, sur une hauteur de deux mètres.

    48Un šubbâk permet encore de voir qui frappe à la porte et de tirer le verrou, maǧarr, à l’aide de la corde qui s’arrête à ce niveau. Mais il n’est plus utilisé pour rafraîchir les boissons : le réfrigérateur de l’étage inférieur le remplace. Le dessus du šubbâk est orné de deux gracieux vitraux ; le défoncement de l’un d’eux renferme un brûle-parfum en poterie de Ḥays, dans la Tihâma.

    Le dîwân

    49Ce dîwân porte aussi le nom de manẓar car il a une belle vue sur le bustân (fig. 16, n° 20). On y accède par une belle porte exécutée en « assemblage arabe » à deux miḥrâb, dont le parement est côté dîwân : comme elle s’ouvre vers le palier, le décor en est visible à ceux qui entrent dans la pièce. La porte est surmontée d’une imposte rectangulaire décorée d’un vitrail. Un grand rideau en tissu léger est enroulé dans le creux et peut se tendre devant la porte pour plus d’intimité.

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    Fig. 15. Bayt Ġ : plan du deuxième étage.
    17. Toilettes principales
    18. Placard en demi-niveau
    19. Palier
    20. Dîwân du 2e étage

    50La longue étagère qui équipe le mur adjacent à l’escalier ne porte que six cendriers en verre. Cinq étagères décorent le mur face à l’entrée, et exposent divers objets de cuivre bien astiqués : cinq ou six mazhara, vases à col effilé pour y mettre des fleurs, douze aspersoirs à parfums, marašš, dont on honore les hôtes pour les réceptions importantes, une cafetière. Plus près de l’angle sud-est, un tableau donne le verset du Trône, extrait du Coran, auquel succèdent quatre portraits photographiques de la famille et un tableau de chats. Sous deux étagères, sont enroulés les trois tuyaux des pipes à eau posées sur le plateau de cuivre à même le sol.

    51Les percements des deux petits murs ont le même rapport 1/1 entre fenêtres d’une part et rectangles d’autre part. Le linteau de la fenêtre côté bustân porte quatre grandes théières Thermos et des livres et cahiers. Deux lampes électriques sans abat-jour éclairent la pièce.

    52Le sol, à l’entrée, est revêtu d’un paillasson en coton aux couleurs très vives, suivi de 2 m2 de linoléum. Le dîwân est entouré de matelas recouverts de tapis surmontés de dossiers durs. Une allée centrale recouverte de tapis tissés rayés de couleurs permet d’accéder aux places.

    53Côté bustân, une table basse allongée recouverte de stratifié, posée elle-même sur une feuille de plastique, reçoit tout ce qui peut être utile. Dans la pièce, elle est du même côté que la partie des murs la plus décorée : elle marque le meilleur endroit de la pièce, l’angle nord-ouest, celui d’où l’on jouit de la plus belle vue sur le jardin, sans être dérangé par ceux qui vont et viennent dans le dîwân. Mais il faut noter qu’ici, le maximum de décoration fait face à la place d’honneur, juste surmontée d’un petit placard à la porte sculptée, que somme une niche carrée égayée d’un petit bouquet de fleurs en plastique.

    54A ce pôle social ancien répond un autre, nouveau : celui du poste de télévision, situé juste à gauche de l’entrée dans un endroit peu prestigieux, exposé en effet aux courants d’air et aux dérangements. Cette position permet aux gens assis aux places d’honneur de voir l’écran dans les meilleures conditions.

    La kumma

    55Cette petite pièce (fig. 16, n° 22) est la chambre à coucher de la vieille mère du chef de famille. Malgré ses dimensions exiguës, un petit cube d’environ 2,5 cm de côté, elle offre un exemple très équilibré de décoration.

    56Une imposte fermée d’une plaque d’albâtre surmonte une belle porte qui accueille le visiteur, avec un décor sobre mais élégant en « sculpture arabe ». La hauteur intérieure des murs est divisée en deux volumes visuels : sur le mur sud par exemple, de très jolis volets, doublés récemment d’un châssis vitré, ont la même surface que le rectangle de plâtre où s’inscrit le vitrail qui les surmonte. Même rapport 1/1 à l’ouest où un large vitrail surmonte un ǧarf fermé par quatre volets possédant chacun un šâqûṣ : ceux du milieu s’ouvrent vers le haut, les deux latéraux sur le côté. Porte et fenêtres sont équipées d’un rideau permettant de moduler l’intimité et l’ensoleillement. Côté nord enfin, deux vitraux élevés apportent leur décor sans avoir de fenêtres qui seraient inutiles : la vue est superbe des deux autres côtés sur le bustân. Exposées au froid du nord, elles seraient en outre gênantes pour s’asseoir. Il faut enfin respecter l’intimité des voisins.

    Image img16.jpg

    Fig. 16. Bayt Ġ : niveau de la kumma.
    21. Palier
    22. Kumma, chambre de l’aïeule
    23. Toilettes

    57Image img17.jpg)

    Fig. 17. Bayt Ġ. : plan du troisième étage.
    24. Chambre à coucher
    25. Palier
    26. Mafraǧ
    27. Manẓar

    58Cernant une étroite allée centrale, des matelas recouverts de tapis entourent la pièce. Des dossiers durs les accompagnent. Dans le coin sud-ouest, un drap rose recouvre des couvertures empilées bien pliées. Sur les étagères de plâtre, quelques objets signent la personnalité de l’occupante : une fine natte en nylon, roulée, qu’elle utilise pour la prière, des chapelets accrochés à des clous fichés dans le mur ; plus loin, un joli flacon de kohol accompagné de l’aiguille qui l’applique, le tout dans un fin tissu brodé de fils brillants.

    59En sortant de la chambre, l’aïeule trouve dans une niche du couloir sa paire de sandales à semelle de bois, qu’elle utilise pour aller aux toilettes voisines (fig. 16, n° 23). Là aussi, dosage de l’éclairage et de l’aération : deux lucarnes sont munies de petits vitraux pour la lumière, la troisième, équipée seulement d’une moustiquaire, permet l’aération.

    LE TROISIÈME ÉTAGE

    La chambre à coucher principale

    60La chambre à coucher principale (fig. 17, n° 24) occupe toute la largeur de la façade sur la rue, dont elle tire aération et lumière par trois couples de fenêtre-vitrail. Celui du nord possède un châssis vitré et de jolis volets à šâqûṣ, au droit extérieur du mur. Celui du centre est équipé d’élégants volets au bois sculpté en muṭallac, au droit intérieur du mur, puis d’un šubbâk en lattes ǧarâ’id. Celui du sud, enfin, est clos par un châssis vitré et des volets extérieurs. Chacune de ces baies est surmontée d’un joli vitrail, dans le rapport 1/1. Le petit mur nord est décoré de deux vitraux élevés mais murés, peut-être à cause de la construction d’un étage supplémentaire à la maison voisine, postérieurement à la construction de cet étage de bayt Ġ.

    61Pas de lit pour dormir, mais les traditionnels matelas recouverts de tapis tissés courant le long de trois murs. A l’entrée, un demi-mètre carré de linoléum fait place à une allée recouverte d’un tapis tissé au centre duquel trône une cantine métallique fermée par un cadenas. Le coin sud-est de la pièce est occupé par un tas de couvertures et de tapis posés sur une table longue en stratifié (phot. 1).

    Image img18.jpg

    Phot. 1 et 2. La chambre à coucher (fig. 17, n° 24)
    1. L’angle sud-est. La literie pliée et empilée dans un angle est protégée par un tapis. Au centre, une cantine métallique sert à la fois de tablette et de coffre.
    2. Le mur nord-ouest. L’insertion de nouveaux mobiliers dans le cadre ancien pose des problèmes de volume et d’harmonie avec les décors préexistants.

    62Cette chambre à coucher « principale », aux dimensions très équilibrées, a aujourd’hui pour meuble une vaste armoire à glace, à quatre portes, qui bouche en grande partie l’entrée par son volume (phot. 2) ! Pourquoi cette place, gênante au premier abord ? Elle semblerait avoir une place plus indiquée sur le mur sud de la chambre : elle ne gênerait pas l’entrée et ne cacherait pas à demi les vitraux dont les motifs restent agréables sur le mur nord. Mais ce mur sud, justement, correspond au meilleur endroit de la pièce, puisqu’il est opposé à la porte d’entrée. Pour dormir, on y est plus loin de la porte, de ses courants d’air et des regards indiscrets. L’armoire sur le mur sud scinderait aussi un groupe de personnes bavardant dans la pièce. Les meilleures places, nous l’avons vu, sont opposées à l’entrée, et le mur sud de cette chambre, justement, porte les attributs usuels de protection : le Livre sacré dans un étui de tissu et trois tableaux proclamant des versets du Coran. Finalement, l’armoire n’est gênante que pour entrer dans la pièce, non pour y dormir ou causer. Sa place à l’entrée rejoint celle des postes de télévision : elle marque dans la chambre l’accès à la modernité. Par ailleurs, elle est vue, signe de prestige, par ceux qui montent au mafraǧ, si la porte est entr’ouverte.

    63Le mafraǧ est précédé d’une antichambre (fig. 17, n° 25) aux modelés de plâtre remarquables (phot. 3). Un redans du mur, une petite étagère, un encadrement en saillie de la porte du šubbâk où rafraîchissent les boissons des hôtes, le cadre de l’imposte, les poutres du plafond : tout est prétexte à des volumes simples et beaux, que ne dépare pas un coffre ancien.

    Le mafraǧ

    64Le mafraǧ occupe tout l’étage supérieur de l’aile arrière (fig. 17, n° 26). Bien qu’il ne réponde pas à tous les critères d’un « vrai » mafraǧ, c’est ainsi que le nomme son propriétaire. Le sol est entièrement couvert de linoléum qui rend plus facile le nettoyage quotidien après la séance de qât. Des matelas, couverts de tissus d’apparente fabrication bédouine, farda, s’étendent de part et d’autre d’une allée centrale. Les meilleures places sont au bout de la pièce, loin de la porte : les farda y sont recouverts d’un klîm. Contre les murs, les coussins durs habituels, wisâda, mais seule la place du maître de maison a des accoudoirs. Celui-ci s’affirme aussi par un portrait de lui-même quand il était plus jeune, et par une plaque de cuivre posée sur une table basse ; son nom y est gravé, comme dans les administrations. Il déclare volontiers que ce mafraǧ est l’annexe de son bureau, où il est constamment dérangé le matin par les visites de ses collègues et subordonnés : après avoir formé sa chique de qât, il met à profit l’après-midi pour un travail plus approfondi, comme étudier des dossiers ou examiner la comptabilité. Les étagères de plâtre, près de sa place, sont couvertes de petits matériels de bureau : agrafeuse, perforeuse, ciseaux, attaché-case, des réserves de papier, une horloge électronique pleine de dorures. Sur le rebord de la fenêtre, un gros magnétophone et le téléphone. Affirmation, donc, de la fonction professionnelle ; mais -est-ce un hasard ? -, notre fonctionnaire déclare qâter presque toujours seul.

    Image img19.jpg

    Fig. 18. Bayt Ġ. : plan de la terrasse sommitale, ǧubâ.

    65Juste à droite de l’entrée, deux étagères en tubes de métal s’affaissent sous les livres, les cahiers de cours à l’université et les cassettes de musique d’un frère du maître de maison. Il avait fait de ce coin son domaine, avant de s’en aller poursuivre ses études supérieures à Damas. Nous retrouverons ailleurs ces bouts de pièce, près d’une porte, coins peu prestigieux où des membres de la famille à statut relativement inférieur ou pas encore affirmé, cherchent à se définir un espace personnel. Car ce petit mafraǧ, aux justes proportions architecturales, est vraiment le lieu du maître de maison, évidemment plus que le dîwân du premier étage réservé aux femmes, plus que le dîwân du second, pièce polyvalente dont l’utilisation varie selon les jours et les occasions, plus aussi que le manẓar et la chambre à coucher, pièces partagées avec sa femme. Endroit bien à lui, qu’affirment des vestes « occidentales » et des costumes accrochés à des pitons du mur.

    Le manẓar

    66Au même niveau que le mafraǧ, une petite pièce appelée manẓar (fig. 17, n° 27) fournit un belvédère intime sur le jardin urbain en contrebas : elle dessine un cube presque parfait et frappe par son harmonie.

    67Plus tiède que la chambre à coucher principale, exposée aux vents froids du nord-est, elle est utilisée par le couple comme chambre à coucher pendant l’hiver. Le dernier-né y sommeille près de ses parents dans un berceau métallique, à gauche de l’entrée. Les époux dorment sur des matelas disposés à même le sol et recouverts de nattes de coton. Les couvertures et les draps du lit sont pliés dans l’angle sud-est de la pièce. Sur les étagères, un réveil électronique en forme de mosquée, un magnétophone à cassettes, des Thermos, des cahiers d’écoliers et l’habituelle boîte de Nido. Des vestes « à l’occidentale » sont pendues à un clou.

    68La baie, ǧarf, est équipée, en plus de fenêtres vitrées, de barreaux métalliques verticaux pour éviter les chutes d’enfants. Des sortes de persiennes, en lattes de bois entrecroisées appelées ǧarâ’id, qui ne sont pas sans évoquer les šîš des ports de la mer Rouge, protègent des regards indiscrets ; une moustiquaire les double pour protéger les dormeurs. Comme le ǧarf est trop large, un petit šâqûṣ vitré s’ouvre côté escalier, où il crée une agréable diversion dans le volume du mur ; il permet une aération modérée, et peut-être aussi d’entendre ce qui se passe dans l’escalier. La porte est belle, exécutée en « assemblage arabe », avec parement du côté de la chambre.

    LA ǦUBÂ

    69Quelques marches permettent d’accéder à la ǧubâ (fig. 18), terrasse couvrant la maison. Un abri sommaire protège l’arrivée de l’escalier des eaux de pluie. Un cube métallique le surmonte ; il sert de réservoir de distribution à la maison. Il en part trois tuyaux, un par façade : l’eau arrive par le côté du bustân, via le robinet du dihlîz ; une descente dessert les deux toilettes par le mur nord, tandis qu’un écoulement du trop plein se fait sur la rue. Deux antennes de télévision desservent les postes de la maisonnée. Un fil permet d’étendre le linge qu’on ne pose donc plus à même la terrasse comme autrefois. Ces ajouts altèrent un peu une discrète recherche esthétique dans la composition des murs de la ǧubâ, bien perceptible sur le mur sud-est, où un dégradé de la pente du mur évite la monotonie (fig. 5, en haut).

    70Le propriétaire, unique homme de la famille, se dit très attaché à son logis et n’envisage pas de le quitter pour s’installer dans un nouveau quartier. Mais il serait intéressant de savoir ce qu’en pensent les femmes : le plan de bayt Ġ., tout en longueur, leur impose de grandes surfaces d’escaliers et de couloirs à balayer et à entretenir. Les nombreux niveaux et demi-niveaux sont également une charge pour le service quotidien de la maison, en obligeant sans cesse de monter et descendre des escaliers.

    Image img20.jpg

    Phot. 3. Les modelés de plâtre précédant l’entrée du mafraǧ.

    71Quoi qu’il en soit, dit le maître de maison, la maison est suffisante pour ses besoins, puisqu’il n’y vit qu’avec son épouse, ses trois enfants et sa belle-mère, soit six personnes au total. La famille étant moyennement fortunée, ses sept frères, tous fonctionnaires, n’ont pas eu à loger avec lui : ils ont hérité d’autres biens et sont dispersés dans la ville ancienne et nouvelle. Le maître de maison est également assez proche de son lieu de travail : « Pour avoir une maison aussi grande à un prix que je puisse assumer, il me faudrait acheter une parcelle très loin du centre-ville, avec fatigue et coûts de transport élevés. »

    72Il apprécie aussi l’environnement de la maison. Son cadre urbain évidemment : « Pour nous, le bustân représente beaucoup d’air, de lumière, de beau paysage et de calme, que nous n’aurions sûrement pas dans une parcelle des quartiers nouveaux. De plus, notre maison s’ouvre, côté rue, sur une place qui ménage un dégagement face à nos fenêtres : nous n’avons pas de mur à quelques mètres. En outre, la place me permet de garer facilement ma voiture. »

    73Mais l’environnement social joue aussi un grand rôle. Les enfants peuvent jouer avec ceux des voisins, en sécurité sur la place qui est un cul-de-sac pour les voitures. Les voisins sont connus et estimés. Par son épouse, le propriétaire est apparenté à l’une des familles de commerçants notables de Sanaa. Son propre père était le représentant, wakîl, de la même famille. Les liens matrimoniaux et professionnels s’entremêlent, tissant ainsi la vie sociale.

    74Bayt Ġ. représente donc un exemple réussi d’intégration des habitants à leur quartier et au cadre urbain de Sanaa intra-muros. Le propriétaire souhaite même démolir l’aile arrière pour l’agrandir et la moderniser.

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