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    Plan détaillé Texte intégral I. É. Levasseur et le champ des sciences sociales au xixe siècle II. Économie et géographie : des apports croisés Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Les traditions économiques françaises

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Émile Levasseur ou le rapprochement de deux champs disciplinaires : l’économie et la géographie

    Nicole Commerçon et Bernard Boureille

    p. 139-153

    Texte intégral Bibliographie Références bibliographiques Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Longtemps, la géographie est apparue comme seulement soucieuse de la description des lieux et, en conséquence, n’a donné que tardivement des études introspectives et épistémologiques sur la construction et le développement de la discipline et sur le rôle de ses grandes figures fondatrices, au tournant du siècle dernier, P. Vidal de la Blache, É. Reclus, É. Levasseur. Si les deux premiers cités sont indiscutablement des géographes, le troisième, plus oublié, venant de l’histoire économique, joue pourtant un rôle majeur. Il contribue en effet à fonder la géographie comme discipline scientifique et, à ce titre, à lui faire place au sein des sciences sociales en l’associant, pour de nécessaires raisons heuristiques, à d’autres disciplines, l’économie en particulier.

    2De ce fait, les géographes, plus que les économistes, sont à l’origine de travaux récents en histoire de la pensée sur É. Levasseur. Toutefois ces recherches privilégient de facto dans l’œuvre de ce dernier plus le volet géographique1, voire cartographique2, qu’économique. Vouloir sortir de l’oubli, dans lequel le développement de la science économique a peu à peu confiné cet auteur, est certes une préoccupation légitime dans le cadre de l’histoire de la pensée économique, dont on sait qu’elle trouve sa matière dans le particularisme d’une discipline (l’économie) qui ne se trompe pas mais qui oublie3. Cette démarche se justifie aussi par l’émergence au cours de la décennie 80 du programme de recherche, initié par les économistes, dit de la « nouvelle géographie économique » ou « économie géographique »4 ?

    3 La pensée et l’apport d’É. Levasseur à l’économie, comme à la géographie ne peuvent cependant se comprendre sans apprécier la place faite à ces deux disciplines dans le champ scientifique où œuvre É. Levasseur et selon quel mode de réflexion chemine sa recherche.

    I. É. Levasseur et le champ des sciences sociales au xixe siècle

    I.1. Le contexte scientifique

    4À la fin du xixe siècle, la géographie est encore limitée à l’enseignement primaire et secondaire5, et elle opère essentiellement par le truchement de la carte ; autrement dit la comparaison et la mesure sont ses deux clés méthodologiques. Toutefois, l’évolution du savoir en général va peu à peu entraîner la géographie dans le nouveau mode de pensée à l’œuvre dont A. Von Humbolt6 est le premier grand représentant. Il s’agit désormais de dépasser la description et d’étudier des chaînes de relations, des processus de causalité, des interrelations. En France, la première figure à engager la géographie dans ce courant nouveau est E. Cortambert qui proclame l’unité de la géographie au carrefour des sciences physiques et morales.

    5En revanche, un peu plus tard, si les concepteurs de l’Encyclopédie scientifique7 reconnaissent pleinement l’économie politique comme science et, ainsi, lui réservent une « Bibliothèque » au sein de la partie des « sciences pures »8, tel n’est pas le cas pour la géographie. En effet, les « principes rationnels » sur lesquels les initiateurs de l’Encyclopédie fondent leur plan, les amènent à considérer cette discipline comme composée d’éléments hétérogènes qui doivent être réintroduits dans les sciences auxquelles ils appartiennent en premier.

    6Dans ce contexte, partant d’un constat navrant sur le statut de la géographie dans l’enseignement universitaire de la France du xixe siècle, E. Levasseur va doter cette discipline d’objectifs beaucoup plus larges ; car, après un brillant développement au cours du xviiie siècle, la géographie s’assoupit au siècle suivant. Une petite place acquise en 1801 lui est retirée en 1821, puis accordée à nouveau en 1842 comme adjuvant de l’histoire, simple commentaire de celle-ci fondé sur l’accumulation de la mémoire. La Société de géographie, née en 1821, s’intéresse, comme son aller ego britannique, aux voyages et aux récits des explorateurs. Une seule chaire de géographie existe, créée en 1809 à la faculté des lettres de Paris et, en province, la discipline n’est qu’une dépendance de la chaire d’histoire. De sorte qu’en 1870, lorsque É. Levasseur rédige pendant le siège de Paris L’Étude et l’enseignement de la géographie, la géographie n’est que très peu enseignée dans le supérieur, tout comme dans les lycées, à l’exception des classes préparatoires à l’École militaire ou des écoles industrielles et commerciales. Même le corps des ingénieurs cartographes, à l’origine de la réalisation de la carte d’État major de la France, n’existe plus depuis 1831. La stricte lecture du terrain faisait encore tellement défaut en France que la défaite de 1870, aux yeux de É. Levasseur, est liée « à l’indifférence pour les études géographiques9... ».

    7Toutefois, il faut en finir avec la comparaison descriptive, la stricte lecture du terrain qui repose sur des moyens pédagogiques de mauvaise qualité ; tout l’arsenal est passé en revue par É. Levasseur et aucun support ne trouve grâce, la carte moins que tout10. Selon lui, la géographie est une science à part entière, déjà pressentie comme telle par B. Palissy11. Et pour ce faire, « [...] il faut tenir compte à la fois et de la nature et de l’homme, faire la part des causes physiques, c’est-à-dire de la fatalité, et des causes morales, c’est-à-dire de la liberté. Il convient non pas de les présenter confusément, mais de décrire avec méthode les unes à la suite des autres, dans leur enchaînement naturel ». Il ajoute, et c’est à notre avis son apport majeur : « Si elle prétend à être une véritable science, elle rattachera les faits à des idées générales, et, pour trouver ces idées, elle remontera jusqu’aux causes des phénomènes12. »

    8Pour É. Levasseur, trois disciplines – qui ne peuvent être opérationnelles qu’alliées – l’histoire, la géographie et l’économie politique sont seules capables de comprendre la chaîne explicative de la société : le Milieu-l’Homme-le Système économique. La géographie, toujours comprise comme le carrefour d’autres disciplines, devient alors une sorte de synthèse des autres, de ciment de connaissances diverses, voire hétéroclites.

    9É. Levasseur (1828-1911), élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1868, enseigna à la fois au Collège de France et au Conservatoire des Arts et Métiers. Au Collège de France, il se vit confier en décembre 1868 un cours complémentaire « d’histoire des faits et doctrines économiques », lequel sera transformé en octobre 1871 en une nouvelle chaire « d’Histoire des doctrines économiques », sur laquelle É. Levasseur fut nommé en décembre 1871 professeur et qui sera dénommée en 1885 « Géographie, histoire et statistique économiques »13. Au Conservatoire des Arts et Métiers, É. Levasseur occupa également, à partir de décembre 1871, en suppléance de L. Wolowski, la chaire « d’Économie politique et de législation industrielle »14. É. Levasseur est aussi à l’origine de propositions de réformes de l’enseignement de la géographie dans les collèges et lycées. En définitive, il fit œuvre à la fois de géographe et d’économiste. Reconnu au sein de l’École des économistes libéraux, qu’il revendique, il l’est, également, par le père de la géographie universitaire française qui lui reconnaît un sens géographique exercé dans la mesure où « il savait discerner à propos les réalités topographiques qui se dissimulent sous les additions et les moyennes15 ».

    I.2. La méthode scientifique d’É. Levasseur

    10C’est en gardant en mémoire ce cadre épistémologique de l’époque, qu’il convient de s’interroger sur la nature des liens présents dans l’œuvre d’É. Levasseur entre économie et géographie. Sachant que ces visions plurielles de la géographie se fondent en partie sur l’analyse des interrelations existantes entre les diverses disciplines, une première approche des rapports présents chez É. Levasseur entre l’économie et la géographie doit, dès lors, s’appuyer sur la classification, voire les enchaînements, des différentes sciences morales qu’il propose.

    11Pour É. Levasseur il convient de placer, au sommet des sciences morales, celle qui serait capable de formuler l’ensemble des lois générales explicatives de l’évolution des sociétés. Cette place pourrait être un jour occupée par la sociologie16. Quant à l’économie politique, elle est certes l’une des sciences sociales parmi les plus avancées, mais n’a pas, du fait de son objet qui est essentiellement l’analyse de la production et de la consommation de la richesse, pour vocation à être cette science sociale englobante17.

    12En se spécialisant sur l’étude de la richesse, l’économie politique s’intéresse à la fois à l’homme et à la matière et pourrait ainsi être perçue comme dotée d’un double statut : celui de science naturelle, d’une part et celui de science morale, d’autre part ; ce qui ne ferait, alors, qu’introduire de nombreuses ambiguïtés méthodologiques. Pour É. Levasseur, il ne saurait y avoir une quelconque équivoque, dans la mesure où, dans la relation homme – nature celui-là domine celle-ci, la science économique appartient bien aux seules sciences morales et son objet ne lui permet dès lors, tout au plus, que de revêtir un rang spécifique en leur sein18. De plus l’homme dont traite l’économie politique est un être moral, c’est-à-dire libre, pensant et agissant.

    13C’est évidemment sur cette relation homme-nature, présente au cœur même de la définition de l’objet de l’économie politique préconisée par É. Levasseur, que se fonde l’existence de rapports entre les disciplines géographique et économique.

    14Précisons qu’à plusieurs reprises É. Levasseur plaide, voire milite, pour redorer le blason de la géographie. Cette dernière ne saurait être réduite à cette « longue et ennuyeuse nomenclature de noms propres19 », vision galvaudée de cette discipline malheureusement transmise par l’enseignement secondaire20. Au contraire, la géographie doit être considérée avec le même prestige que l’est l’histoire, dans la mesure où elle offre, tout comme celle-ci, la pluralité des faits ou des connaissances que les spécialistes d’autres sciences morales, ou d’autres acteurs, peuvent mobiliser pour accroître l’efficacité de leur activité.

    15É. Levasseur fait passer la géographie de la description de faits visibles à l’expression de faits cachés décrits par des lois qui gouvernent l’espace et la société qui le produit. En ce sens, pour É. Levasseur, la géographie est bien une science de la société, soit une science de l’observation, fondée sur une méthode inductive, à l’inverse des sciences du raisonnement (les mathématiques et la physique) fondées sur une méthode déductive. Si des lois existent bien, qui régissent les sociétés, elles ne sont malheureusement pas observables en laboratoire et peuvent aisément être occultées par « les prétentions du déterminisme21 ». De plus, « les faits sociaux... se produisent simultanément en mille lieux divers... il faut les réunir par des procédés particuliers ou de dénombrement ».

    16Nous sommes donc en présence d’un système intrinsèquement complexe qui va du contexte donné à un état futur qui ne peut s’appréhender que si l’on possède une bonne connaissance de l’individu, lui-même facteur majeur de l’évolution de la société ; car ce qui caractérise l’homme est justement l’expression d’une liberté, source du dynamisme et de la complexité du système ainsi formé.

    17À l’origine historien spécialisé en économie, É. Levasseur explique que c’est l’histoire qui permet d’appréhender cette liberté des individus et, si on arrête le temps, c’est-à-dire si on étudie la société à un temps déterminé, la statistique prend alors le relais de l’histoire. Pour É. Levasseur, la statistique est le premier instrument de rigueur scientifique : « L’objet de la statistique, tel que nous l’entendons, est, précisément, d’une part, de colliger les faits enregistrés par voie administrative, d’autre part, d’établir des enquêtes pour des faits qui ne sont pas enregistrés officiellement, ensuite de dresser le compte méthodique des uns et des autres et d’en discuter les résultats22 » ; et, en tant « [qu]’étude numérique des faits sociaux », elle apparaît comme le fondement de la méthode géographique23.

    18Recherche des faits, expression et comparaison de ceux-ci composent la démarche statistique ; selon É. Levasseur, celle-ci n’est une science en aucune façon, plutôt « l’art de préciser ce qu’on ignore » dit-il en citant A. Thiers24, au service d’une discipline scientifique : la « géographie démographique ». Logiquement, É. Levasseur débouche donc sur une démogéographie, soit une science du peuplement. Cette « géographie démographique » pour reprendre l’expression de notre auteur, c’est-à-dire l’étude de l’état, de la structure et de la répartition des populations, est le maillon premier de la connaissance de l’homme et de son comportement. Et les statistiques de population étant alors déjà d’assez bonne qualité, É. Levasseur se fonde sur l’analyse des densités pour aborder l’étude des populations, c’est-à-dire de l’homme et de son comportement.

    19S’agissant plus précisément des relations géographie-économie, apparaît chez É. Levasseur une double intelligence de la première vis-à-vis de la seconde. La première est d’ordre méthodologique ; la seconde, relève d’une vision plus utilitariste. Ces deux conceptions, plus complémentaires qu’exclusives, résultent, nous semble-t-il, de la définition même qu’a É. Levasseur de l’économie politique. En effet, cette dernière, bien qu’unique, intègre cependant dans son objet deux éléments : l’économie politique pure (ou science économique) qui concerne « l’analyse des faits et l’étude des lois par lesquelles ou suivant lesquelles l’homme, dans l’état social organise le travail et produit, répartit, échange, consomme la richesse25 », d’une part ; l’économie appliquée (ou art économique) qui s’applique à « la recherche des conditions les meilleures, résultant de l’activité individuelle et de l’action sociale, pour le développement des forces productrices, de la richesse et du bien-être26 », d’autre part.

    20Pour É. Levasseur l’économie politique, comme toutes les sciences morales, est une science de l’observation, mais en ce qui l’intéresse des seuls faits relatifs à la richesse. Elle vise la formulation de lois générales. À cette fin, l’économiste recourt à la fois à l’induction et à la déduction27.

    21Dans ce cadre, la géographie économique, avec l’histoire et la statistique, sont les outils méthodologiques qui permettent d’affiner les lois éconoiniques28 et d’éviter les écueils de la « démarche dogmatique » en économie, fondée sur la seule déduction, dont le risque serait d’entraîner la science économique dans le giron de l’utopie29. Aussi, É. Levasseur, dans ses travaux comme dans son enseignement30, tient-il à se démarquer de « l’économie dogmatique ». De même, il reproche, tout comme L. Wolowski, P. Cauwès ou H. Baudrillard31, aux théoriciens de l’économie politique, tel D. Ricardo, leur méthode uniquement déductive32. En fait en privilégiant une certaine méthode historique, celle de W. Roscher qui, contrairement à d’autres auteurs de la première École historique allemande, ne niait pas l’existence de lois économiques universelles, É. Levasseur se rattache plus à l’économie dynamique qu’à la statique.

    22Est aussi présente chez É. Levasseur une vision plus utilitariste de la géographie et des connaissances qu’elle organise, de sorte que cette discipline est au service, notamment, de l’économie politique, voire du commerce33. C’est même sur une telle base qu’É. Levasseur revendique, dans le cadre d’une réforme de l’enseignement spécial34, une place plus importante à la discipline géographique35. Cette perception n’est pas en tant que telle radicalement nouvelle, puisque l’un des principaux mérites généralement reconnus, à l’époque, à la géographie réside dans son rôle de fournisseur de données à l’histoire et à l’économie36. Ce n’est pas, pour autant, l’ensemble des sciences géographiques qui se trouve être mobilisé par É. Levasseur au service de l’économie mais, seulement, deux des quatre divisions de la discipline37 que son action de réformateur de l’enseignement reprécise. Il s’agit de la géographie économique qui se constitue sur la base d’une problématisation économique de la « géographie descriptive des contrées du globe » et de la géographie politique.

    23La géographie économique occupe donc une place précise au sein de « l’ordre naturel » des disciplines géographiques que doit respecter l’organisation des programmes de leur enseignement. Il convient, ainsi, de placer aux avant-postes la géographie physique qui permet de dresser le cadre dans lequel se fondent la géographie politique puis la géographie économique38.

    24É. Levasseur dissèque les phénomènes économiques en trois grands thèmes qui peuvent s’enchaîner selon l’ordre de la production, de la distribution (répartition et circulation) et de la consommation ; ordre d’exposition, qu’il considère comme étant le plus logique mais qui ne doit ni masquer le caractère essentiellement systémique des faits économiques, ni leurs interrelations permanentes le long de cette chaîne39, et sans lequel il ne saurait y avoir ni accumulation de richesses ni mouvement de civilisation40. La relation homme-nature est présente au cœur même de la phase de la production des richesses et au sein du développement des forces productives. Puisque ces dernières se déclinent en « forces naturelles », en « forces acquises » que sont les capitaux et en « population » ou « force productive par excellence » qui doit être perçue non seulement du point de vue quantitatif – comme pur stock humain – mais aussi, selon une dimension qualitative incorporant l’intelligence, la moralité et l’état de la science. Là encore, l’homme est l’élément actif puisque source d’une plus ou moins grande productivité ; et la nature, le milieu passif car simple réservoir des forces naturelles.

    II. Économie et géographie : des apports croisés

    25L’hypothèse que nous formulons ici est celle selon laquelle le regard croisé que porte É. Levasseur aux faits sociaux l’a conduit à approfondir quelques grands problèmes de l’économie et de la géographie. Plus précisément, il semble que la problématique du géographe ait permis à É. Levasseur de fonder une critique cruciale de certains principes, telle par exemple la théorie du fonds des salaires, de l’économie politique qu’il qualifie de dogmatique. De même, et symétriquement, la conception qu’a É. Levasseur de l’évolution économique, qui aboutit à une concentration croissante, ne l’amènerait-il pas à adopter une certaine vision de l’organisation spatiale ?

    II.1. Rejet de « l’économie dogmatique »

    26En se fondant sur le rejet de l’utilisation de la seule méthode déductive en économie politique, É. Levasseur est amené à critiquer D. Ricardo sur quelques éléments théoriques. On est là au centre du grand débat méthodologique qui traverse la science économique au cours du dernier tiers du xixe siècle et qui oppose, principalement en Angleterre, les économistes d’inspiration comtienne et historicistes critiquant l’approche ricardienne aux défenseurs de celle-ci41. Dans ce cadre, les historicistes font porter leurs critiques, notamment, sur les fondements même des prémisses42 à partir desquelles se fonde la méthode déductive ricardienne ; fondements qui consistent essentiellement en propositions tirées du corpus d’autres disciplines mais le plus souvent dépassées par le progrès scientifique, ou encore issues d’observations simplistes. Ainsi, ces auteurs révèlent-ils bien le point faible de la méthodologie ricardienne mais sans pour autant pouvoir mener à son terme la critique radicale qu’ils souhaitaient, dans la mesure où ils n’ont pas su invalider sur des bases scientifiques les fondements des prémisses. É. Levasseur évite un tel travers puisqu’il réalise une critique de la théorie de l’état stationnaire qui ne saurait être radicale que dans la mesure où il invalide d’abord la loi de la population de Malthus qu’il perçoit aussi, à juste titre, comme articulée à la théorie des fonds salariaux43.

    27À ce sujet, il nous semble que le questionnement du géographe, qui amène É. Levasseur à s’interroger sur le mode de relation entre les deux sous-systèmes spatiaux : physique et humain, a été pour l’économiste une aide cruciale. En effet, cette problématique conduit É. Levasseur à s’intéresser au problème des densités, à faire œuvre de démographe et, dès lors, à s’interroger sur la validité de la loi de population de Malthus. En cela, É. Levasseur est fidèle à son principe épistémologique, lequel prédit que les sciences morales, sciences d’observation, ne sauraient en rester à la seule causalité des grandes lois universelles qui doivent être, en fait, considérées comme le résumé du jeu complexe des interrelations sous-jacentes. En matière de densité, la loi universelle qu’il convient d’énoncer réside pour É. Levasseur dans la formule suivante : « La population se proportionne aux moyens d’existence44. »

    28Si elle comprend deux termes comme celle de Malthus, elle s’en différencie néanmoins radicalement dans la mesure où elle élargit à l’ensemble des moyens d’existence le fonds des aliments, d’une part et où elle ne contraint plus nécessairement la croissance démographique à celle plus lente de ces derniers, d’autre part. Cette loi est la synthèse des causes principales de la densité qui incluent les déterminants topographiques et climatiques, mais aussi l’état des forces productives, l’étendue des débouchés et le niveau de vie ou « moyenne des consommations individuelles », en définitive un faisceau de faits naturels et socio-économiques. Mais là encore, comme toujours chez É. Levasseur, la relation est asymétrique entre l’homme et la nature, au profit de celui-là, ce qui fonde le rejet de la loi de Malthus45. Tout au plus la loi de Malthus est-elle vérifiée dans « l’état sauvage »46 qui se caractérise par l’absence de production.

    II.2. L’organisation de l’espace : de l’économie à la géographie

    29En poursuivant la tradition de l’industrialisme, É. Levasseur a foi dans la concentration qu’il élève au rang des phénomènes irréversibles qui fondent l’évolution des économies. Cette idée de concentration et partant de la réduction de la distance apparaît guider toute l’analyse géographique de Levasseur. Celle-ci apporte une vision nouvelle de l’espace à travers un certain nombre de notions alors totalement inédites que les géographes reprendront à leur compte, parfois très tardivement. La concentration est à l’origine d’un double mouvement de recomposition territoriale, une polarisation urbaine d’une part et une extension spatiale des aires de marché d’autre part ; celles-ci prennent une forme tantôt aréolaire tantôt réticulaire. Ces phénomènes spatiaux se déclinent à travers des thématiques majeures comme les forces d’attraction, les flux, la croissance urbaine.

    30Partant de l’étude des densités de population, É. Levasseur constate la force d’attraction des processus cumulatifs ; ainsi écrit-il à propos des sept départements les plus peuplés de France : « Ces départements sont en général les plus riches à en juger par le montant total de leurs contributions ; ils sont les plus peuplés et ceux dont la population augmente le plus47. » En quelque sorte la richesse crée la richesse. Et Levasseur ose aller plus avant dans la logique de son raisonnement : « J’ai pu établir, sinon comme une loi, du moins comme un fait général, que les agglomérations urbaines exercent, comme les corps célestes, une attraction proportionnelle à leur masse et accroissent d’autant plus leur population que leur population est plus nombreuse. On pourrait en dire autant des agglomérations industrielles et urbaines48. »

    31Sans doute, les pères fondateurs de la géographie et leurs successeurs en France ne vont-ils pas retenir cette orientation de la discipline par trop liée aux sciences exactes, à la physique en particulier. Il faudra attendre l’après-guerre pour que soient connues en France, par le détour des traductions américaines et des travaux anglo-saxons, les recherches des pionniers de l’analyse économique spatiale tels que W. Christaller49 et sa théorie des places centrales ou encore, par exemple, W.J. Reilly50 ; la loi dite de Reilly ne formalise rien d’autre que ce qu’affirmait déjà É. Levasseur : « Deux villes attirent le commerce de détail d’une ville ou d’un bourg intermédiaires en raison directe de la population et en raison inverse du carré de leur distance à la petite ville51 ».

    32L’intégration de l’espace dans l’analyse économique de Levasseur se retrouve également par la prise en compte non plus seulement des effets d’agglomération, en termes de poids de population, mais aussi en montrant le rôle des facteurs de concentration des hommes, des productions et des marchandises, c’est-à-dire des flux de transports. Il s’appuie, pour étayer son raisonnement, sur l’exemple du développement des grands magasins fondé sur les ventes massives de produits standardisés achetés aux plus bas prix, ventes soutenues par la publicité mais surtout par l’acheminement rapide et aisé qui permet également une organisation des points de vente par le jeu de filiales établies en province, lesquelles rayonnent à leur tour sur leur hinterland. La hiérarchie du commerce se calque sur celle du territoire. Dans les années soixante, A. Piatier reprendra cette notion, et adaptera la loi de Reilly afin de mesurer le ressort d’influence commerciale des villes et d’établir des critères de hiérarchie de l’armature urbaine française52.

    33Pour É. Levasseur la réduction des distances par le progrès des transports est certainement la cause essentielle des transformations qu’il constate sur l’espace, c’est-à-dire les effets d’agglomération53. Mais, pour la discipline géographique, cette analyse va bien au-delà. Elle est en effet la vision d’une nouvelle organisation de l’espace en gestation, faite de points majeurs reliés par des lignes de force, c’est-à-dire de villes desservies par les nouveaux moyens de transport.

    34De cette constatation, É. Levasseur tire deux enseignements primordiaux : le premier est la perception du début de l’exode rural54 ; le second, est la prise de conscience de la croissance excessive, parmi toutes les villes françaises, de l’agglomération parisienne55. É. Levasseur perçoit donc déjà des effets négatifs de seuil et, de plus, regrette les conséquences de politiques volontaristes de développement urbain qui ne font qu’aggraver ce déséquilibre territorial.

    35Dans ce domaine de l’analyse de la structure du territoire, É. Levasseur est un précurseur, sinon un visionnaire. Il faudra en effet attendre l’ouvrage de J.F. Gravier après la guerre pour nous expliquer que la France construit une cathédrale dans le désert, et des géographes comme J. Hautreux et M. Rochefort, dans les années soixante, pour dénoncer à leur tour les avatars du développement urbain en général et parisien en particulier56 ; les mesures prises alors en matière d’aménagement du territoire chercheront enfin à réduire ces inégalités spatiales fortes dénoncées cinquante ans plus tôt par É. Levasseur57 et qui perdurent encore.

    Conclusion

    36À la fin du xixe siècle la géographie va enfin être largement introduite dans les enseignements universitaires et son mentor est indiscutablement P. Vidal de la Blache ; s’il prend ses distances vis-à-vis des avancées d’É. Levasseur, en évacuant par exemple la question de la production et de la circulation des biens, ou encore en ne gardant pas une place centrale à l’étude de la population, Vidal de la Blache se fait néanmoins l’écho de son prédécesseur économiste en expliquant que « des échanges réciproques s’opèrent à tous les degrés de civilisation entre les conditions géographiques et les faits sociaux... Ce n’est pas alors la géographie du pays qui se reflète dans son régime social mais plutôt l’inverse58 ». Par ailleurs, et peut-être davantage encore que dans l’ordre de la géographie dite savante, la filiation entre Levasseur et l’École française de géographie est patente dans la géographie scolaire qu’il a contribué à asseoir en organisant la réforme de cet enseignement.

    37Dans bien des domaines, É. Levasseur a fait œuvre de précurseur. Et l’on pourrait allonger la liste des questions qu’il aborde et qui vont alimenter la géographie après la Seconde Guerre mondiale ; les migrations de population et le tourisme en particulier sont de ceux-là59. É. Levasseur évoque aussi le rôle des médias et des nouvelles formes de savoir60 qui contribuent à l’uniformisation des genres de vie.

    38Critique radical de « l’économie dogmatique », É. Levasseur propose des constructions économiques innovatrices, principalement sa théorie du taux des salaires, ainsi que des avancées fortes dans le champ de l’analyse de l’espace, par exemple l’étude des économies d’agglomération ou encore la théorie de la base.

    39Il peut paraître surprenant que la mémoire d’un scientifique de cette envergure ait pu être, à terme, négligée par ses successeurs tant économistes que géographes. Sans doute faut-il voir là la rançon d’une double appartenance disciplinaire, É. Levasseur s’appuyant sur l’économie pour asseoir une géographie scientifique unifiée et sur la géographie pour mieux interpréter les faits économiques. Aucune de ces deux disciplines ne s’est finalement reconnue comme l’héritière d’une pensée sans doute considérée comme trop enveloppante alors que l’économie et la géographie allaient, de plus, en s’institutionnalisant, évoluer de manière fortement divergente.

    Bibliographie

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    Format

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    Notes de bas de page

    1 Cf. par exemple P. Claval et J.-P. Nardy, (1968).

    2 Cf. G. Palsky, (1996).

    3 Cf. A. Lapidus, (1996).

    4 Cf. notamment J.-M. Huriot, (1997).

    5 Il faut attendre les années 1890 pour que la discipline soit enseignée à l’Université en tant que discipline autonome.

    6 A. Von Humbolt, (1855).

    7 Œuvre monumentale, publiée au tournant du siècle, sous la direction du Dr E. Toulouse, puisque environ 1000 volumes, regroupés dans 40 sections ou « Bibliothèques » relatives à une science, sont programmés.

    8 « Bibliothèque », confiée à D. Bellet, qui intègre 41 volumes. L’un de ceux-ci, rédigé par É. Levasseur, est publié en 1909 sous le titre Salariat et salaires.

    9 É. Levasseur, (1872), p. 9.

    10 Ibid., p. 14.

    11 Ibid., p. 20.

    12 Ibid., p. 21 et 26.

    13 Cf. É. Levasseur, (1900).

    14 Cf. É. Levasseur, (1901).

    15 P. Vidal de la Blache, (1911).

    16 É. Levasseur, (1895).

    17 Ibid. pp. 829-830.

    18 É. Levasseur, (1901), p. 296.

    19 É. Levasseur, (1865), p. 3.

    20 C’est là l’un des principaux reproches que portent É. Levasseur et A. Himly (1871) à l’enseignement de la géographie.

    21 Cf. É. Levasseur, (1889-1892), Introduction sur la statistique, t. I, p. 4.

    22 Ibid., t. I, p. 6.

    23 Ibid., p. 7.

    24 Ibid., p. 15.

    25 É. Levasseur, (1901), p. 225.

    26 Ibid., p. 225.

    27 Ibid., p. 227.

    28 Cf., notamment, É. Levasseur, (1900).

    29 Ibid., p. 23.

    30 C’est sur cette base, par exemple, qu’É. Levasseur distingue son enseignement professé au Collège de France de celui assuré par M. Chevalier au sein de cette même institution, É. Levasseur, (1900), p. 14.

    31 Cf. Y. Breton, (1991).

    32 Cf. B. Bouteille, (1998).

    33 É. Levasseur (1867, p. 61) perçoit le fonds de connaissances géographiques comme l’un des facteurs de réduction de la part dite involontaire de la consommation improductive dont la source réside dans les aléas des événements mais aussi, et principalement, dans les maladresses et l’ignorance des agents économiques.

    34 L’enseignement secondaire spécial, qui vise à préparer aux carrières de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, est l’une des grandes réalisations du ministère de V. Duruy.

    35 É. Levasseur et A. Himly, (1871), pp. 329-330.

    36 Comme le précise clairement L. Vivien de St-Martin en 1863 : « C’est le grand mérite des études géographiques et des explorations qui s’y rattachent de fournir aux études historiques et économiques leurs meilleurs données et leur point de départ assuré... » – cité in C. Rhein, (1982), p. 226.

    37 Ces quatre divisions redéfinies par É. Levasseur sont : la géographie mathématique, la géographie physique, la géographie politique et la géographie économique – cf. C. Rhein, (1982).

    38 É. Levasseur et A. Himly, (1871).

    39 É. Levasseur, (1901).

    40 Cf. É. Levasseur, (1865), p. 19.

    41 Débat dont la phase paroxysmique est illustrée par la controverse entre F. Harrison et J.E. Cairnes. Cf. O. Robert. (1995).

    42 Prémisses qui ont soulignées par N.W. Senior et qui sont au nombre de quatre : le principe des rendements décroissants de la terre, celui de l’accroissement du capital, celui de population et celui du comportement économique type. Cf. M. Zouboulakis, (1993).

    43 É. Levasseur, (1909), p. 38.

    44 É. Levasseur, (1892), p. 469.

    45 Ibid., pp. 470-471.

    46 É. Levasseur distingue cinq états de civilisation auxquels peuvent correspondre divers degrés de densité. Il s’agit de l’état sauvage, de l’état pastoral, de l’état agricole, de l’état industriel et de l’état commercial. Cf. É. Levasseur, (1892), pp. 471-478.

    47 É. Levasseur, (1912), p. 442.

    48 Ibid., p. 449.

    49 W. Christaller, (1933).

    50 W.J. Reilly, (1929) et (1931) ; W.J. Reilly, (1931).

    51 Loi citée par J. Lajugie, P. Delfaud, C. Lacour, (1979).

    52 A. Piatier, (1956).

    53 É. Levasseur, (1912), p. 673.

    54 Ibid., p. 728.

    55 Ibid., p. 463.

    56 J.F. Gravier, (1947) ; J. Hautreux J. et M. Rochefort, (1964).

    57 É. Levasseur, (1903), t. II, pp. 616-619.

    58 P. Vidal de la Blache, (1902), « Les conditions géographiques des faits sociaux », Annales de géographie, pp. 13-23, cité par C. Rhein, (1984).

    59 É. Levasseur, (1912), p. 448 (il faut attendre la thèse d’État de F. Cribier en 1969, pour voir traité le phénomène).

    60 Ibid., p. 729.

    Auteurs

    • Nicole Commerçon

      UMR CNRS « Environnement-Ville-Société »

    • Bernard Boureille

      CREUSET Université de Saint-Étienne

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    Table des matières

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    1 Cf. par exemple P. Claval et J.-P. Nardy, (1968).

    2 Cf. G. Palsky, (1996).

    3 Cf. A. Lapidus, (1996).

    4 Cf. notamment J.-M. Huriot, (1997).

    5 Il faut attendre les années 1890 pour que la discipline soit enseignée à l’Université en tant que discipline autonome.

    6 A. Von Humbolt, (1855).

    7 Œuvre monumentale, publiée au tournant du siècle, sous la direction du Dr E. Toulouse, puisque environ 1000 volumes, regroupés dans 40 sections ou « Bibliothèques » relatives à une science, sont programmés.

    8 « Bibliothèque », confiée à D. Bellet, qui intègre 41 volumes. L’un de ceux-ci, rédigé par É. Levasseur, est publié en 1909 sous le titre Salariat et salaires.

    9 É. Levasseur, (1872), p. 9.

    10 Ibid., p. 14.

    11 Ibid., p. 20.

    12 Ibid., p. 21 et 26.

    13 Cf. É. Levasseur, (1900).

    14 Cf. É. Levasseur, (1901).

    15 P. Vidal de la Blache, (1911).

    16 É. Levasseur, (1895).

    17 Ibid. pp. 829-830.

    18 É. Levasseur, (1901), p. 296.

    19 É. Levasseur, (1865), p. 3.

    20 C’est là l’un des principaux reproches que portent É. Levasseur et A. Himly (1871) à l’enseignement de la géographie.

    21 Cf. É. Levasseur, (1889-1892), Introduction sur la statistique, t. I, p. 4.

    22 Ibid., t. I, p. 6.

    23 Ibid., p. 7.

    24 Ibid., p. 15.

    25 É. Levasseur, (1901), p. 225.

    26 Ibid., p. 225.

    27 Ibid., p. 227.

    28 Cf., notamment, É. Levasseur, (1900).

    29 Ibid., p. 23.

    30 C’est sur cette base, par exemple, qu’É. Levasseur distingue son enseignement professé au Collège de France de celui assuré par M. Chevalier au sein de cette même institution, É. Levasseur, (1900), p. 14.

    31 Cf. Y. Breton, (1991).

    32 Cf. B. Bouteille, (1998).

    33 É. Levasseur (1867, p. 61) perçoit le fonds de connaissances géographiques comme l’un des facteurs de réduction de la part dite involontaire de la consommation improductive dont la source réside dans les aléas des événements mais aussi, et principalement, dans les maladresses et l’ignorance des agents économiques.

    34 L’enseignement secondaire spécial, qui vise à préparer aux carrières de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, est l’une des grandes réalisations du ministère de V. Duruy.

    35 É. Levasseur et A. Himly, (1871), pp. 329-330.

    36 Comme le précise clairement L. Vivien de St-Martin en 1863 : « C’est le grand mérite des études géographiques et des explorations qui s’y rattachent de fournir aux études historiques et économiques leurs meilleurs données et leur point de départ assuré... » – cité in C. Rhein, (1982), p. 226.

    37 Ces quatre divisions redéfinies par É. Levasseur sont : la géographie mathématique, la géographie physique, la géographie politique et la géographie économique – cf. C. Rhein, (1982).

    38 É. Levasseur et A. Himly, (1871).

    39 É. Levasseur, (1901).

    40 Cf. É. Levasseur, (1865), p. 19.

    41 Débat dont la phase paroxysmique est illustrée par la controverse entre F. Harrison et J.E. Cairnes. Cf. O. Robert. (1995).

    42 Prémisses qui ont soulignées par N.W. Senior et qui sont au nombre de quatre : le principe des rendements décroissants de la terre, celui de l’accroissement du capital, celui de population et celui du comportement économique type. Cf. M. Zouboulakis, (1993).

    43 É. Levasseur, (1909), p. 38.

    44 É. Levasseur, (1892), p. 469.

    45 Ibid., pp. 470-471.

    46 É. Levasseur distingue cinq états de civilisation auxquels peuvent correspondre divers degrés de densité. Il s’agit de l’état sauvage, de l’état pastoral, de l’état agricole, de l’état industriel et de l’état commercial. Cf. É. Levasseur, (1892), pp. 471-478.

    47 É. Levasseur, (1912), p. 442.

    48 Ibid., p. 449.

    49 W. Christaller, (1933).

    50 W.J. Reilly, (1929) et (1931) ; W.J. Reilly, (1931).

    51 Loi citée par J. Lajugie, P. Delfaud, C. Lacour, (1979).

    52 A. Piatier, (1956).

    53 É. Levasseur, (1912), p. 673.

    54 Ibid., p. 728.

    55 Ibid., p. 463.

    56 J.F. Gravier, (1947) ; J. Hautreux J. et M. Rochefort, (1964).

    57 É. Levasseur, (1903), t. II, pp. 616-619.

    58 P. Vidal de la Blache, (1902), « Les conditions géographiques des faits sociaux », Annales de géographie, pp. 13-23, cité par C. Rhein, (1984).

    59 É. Levasseur, (1912), p. 448 (il faut attendre la thèse d’État de F. Cribier en 1969, pour voir traité le phénomène).

    60 Ibid., p. 729.

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