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    Plan détaillé Texte intégral Émergence de nouvelles organisations charitables chinoises spécialisées en soins Naissance d’une police sanitaire Des pratiques individuelles de santé en évolution Une médecine traditionnelle en mutation ? Notes de bas de page

    La santé en Chine du Sud (1898-1928)

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    Table des matières

    Chapitre 4. La lutte contre la maladie se modernise : structures, politique et pratiques de santé

    p. 147-192

    Texte intégral Émergence de nouvelles organisations charitables chinoises spécialisées en soins Naissance d’une police sanitaire Des pratiques individuelles de santé en évolution Succès de la consultation Accueil mitigé de l’hospitalisation Origine sociale des malades Femmes et enfants : une réticence progressivement refoulée Évolution de la consultation par hôpital Évolution de la l’hospitalisation par hôpital Les maladies traitées Une médecine traditionnelle en mutation ? Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Dans les dernières années du xixe siècle, la présence médicale occidentale dans les trois provinces était inégale. Cette situation ne s’équilibre pas au fil des vingt premières années du xxe siècle. En 1920, une enquête réalisée par le China Medical Journal recense un lit d’hospitalisation missionnaire pour 11 940 habitants au Guangdong, un lit pour 44 000 habitants au Guangxi et un lit pour 246 490 habitants au Yunnan1. Et, à la veille de l’inauguration du ministère chinois de la Santé, les inégalités entre les trois provinces sont encore soulignées dans un rapport de la China Medical Association : au Guangxi, quatre hôpitaux missionnaires sont recensés dont un seulement fonctionne régulièrement sous la direction de médecins étrangers et trois fonctionnent temporairement avec un personnel chinois. Au Yunnan, on dénombre cinq hôpitaux, sans qu’il soit possible de connaître leur mode de fonctionnement. En revanche, dix-huit hôpitaux missionnaires sont recensés dans la province du Guangdong auxquels s’ajoutent les huit hôpitaux de Canton et de Shantou2. C’est également dans la province du Guangdong que l’on compte le plus d’écoles de médecine. En 1910, Canton possédait trois écoles étrangères : une école de médecine pour les femmes et une pour les hommes patronnées par l’American Presbyterian Mission ansi que l’école franco-chinoise de l’hôpital Doumer3. Le tableau des missions en 1918 signale l’existence de trois autres écoles de médecine dans la province : la Basel Missionary Society, qui entretient une structure médicale à Jiaying, forme cette année-là quatre étudiants ; l’English Presbyterian Mission forme à Shantou une vingaine d’étudiants tandis que la Rhenish Missionary Society possède une école d’infirmier4.

    2L’introduction de ces pratiques modernes de santé ne reste pas sans effet.

    Émergence de nouvelles organisations charitables chinoises spécialisées en soins

    3À côté des établissements charitables de tradition ancienne, les yangji yuan, les puji tang ou les yuying tang, qui s’efforçaient de fournir une aide générale à quelques pauvres locaux et dont les observateurs étrangers rapportaient l’état de délabrement, des établissements nouveaux sont créés en certains endroits. Le consul de Canton, qui rapportait l’état pitoyable des établissements charitables traditionnels, subventionnés en grande partie par quelque fonctionnaire local, signale l’existence d’établissements privés nombreux : « Très nombreux sont surtout les établissements privés et ils sont fondés et entretenus par de riches particuliers. »

    4Prenant des noms nouveaux comme Tongshan tang, établissement philanthropique, Guangshan tang, établissement de la vaste philanthropie, Guang’ai shantang, établissement philanthropique du grand amour, ces organismes d’assistance qui se développent surtout dans les trente dernières années du xixe siècle, et en particulier dans la province du Guangdong, suggèrent une émulation avec les établissements missionnaires (carte 9). Le Dr Morache en poste à Pékin n’hésitait pas à faire le lien en 1869 :

    « Dans le Sud, à Canton et à Shanghai, depuis que les missionnaires protestants ont ouvert des dispensaires où même ils hospitalisent les malades, on a vu surgir quelques institutions analogues soutenues par des négociants chinois5. »

    Carte 9. ÉTABLISSEMENTS CHARITABLES CHINOIS SPÉCIALISÉS EN SOINS MÉDICAUX, FONDÉS À PARTIR DE L’ÈRE GUANGXU.

    Image

    5Ces organismes charitables se multiplient si vite dans la province du Guangdong que le phénomène est signalé par certains observateurs chinois :

    « Depuis la fondation du Aiyu shantang (1871), dans la province du Guangdong, des établissements de charité n’ont pas cessé de se développer. Ces dernières décennies, des établissements pour soigner, pour nourrir les victimes des calamités, ont été fondés sans aucun souci d’épargne. Qu’il s’agisse d’établissements autonomes ou d’associations résultant d’actions communes, ces dernières années [...] neuf établissements charitables ont ainsi été créés6. »

    6Et en effet, la chronique de Nanhai rapporte la création de quatre établissements majeurs, fondés au cours de l’ère Guangxu (1875-1908) : le Aiyu shantang, fondé en 1871 ; le Liangyue guangren shantang, Etablissement charitable des deux Guang, possédant des succursales dans les villes de Guiping et de Wuzhou au Guangxi ; le Guangji yiyuan, Hôpital de grande assistance et le Huixing shanyuan, Établissement charitable de bienvaillance. Non loin de là, la chronique de Foshan note la fondation d’un Wanshan tang, Établissement charitable pour les dix mille, en 1882, d’un Zanyi cheng shantang, Établissement charitable de la sincérité et d’un Wuzi shantang, en 1897, d’un Guangfu yiyuan, Hôpital du grand bonheur, en 1895. À Xiangshan, le Aihui yiyuan, Hôpital philanthrope apparaît en 1900, le Baoyu shanhui, Établissement charitable pour la protection de l’enfance, en 1908, le Chongde shanyuan en 19077. Ces établissements sont particulièrement nombreux dans la province du Guangdong : les sous-préfectures de Kaiping, de Enping, de Xiangshan, de Renhua, de Haiyang, de Dongguan, de Longmen ou de Panyu en sont, dès le début du xxe siècle, richement pourvus8. Au Guangxi, dans la sous-préfecture de Rong, un marchand expatrié du Guangdong fonde au cours de l’ère Guangxu le Guangshan tang, Établissement de la vaste charité, rebaptisé par la suite Yuesheng qiaoshang liuyisuo, Établissement d’hospitalisation pour les commerçants expatriés de la province de Yue9. Dans la ville de Yongning (l’actuelle Nanning), plusieurs établissements charitables voient le jour au début du siècle : le Huayun shantang, Établissement charitable des nuages magnifiques, le Tongren shantang, Établissement charitable humaniste, le Ren ’ai shantang, Établissement charitable de bienveillance, le Huaming shantang, ou encore le Fusheng yiyuan, Hôpital de la prospérité, tous fondés entre 1897 et 191110. Dans la sous-préfecture de He, un Tongren tang, Établissement de bienveillance, est construit en 1872 ainsi qu’un Bo’ai shantang, Établissement charitable du Grand amour11. À Mengzi, le médecin français note la construction, en 1908, d’un hôpital chinois, assurée par des libéralités des riches commerçants12.

    7Ces établissements se distinguent des organisations charitables traditionnelles par leur patronage : à l’instar des établissements de Canton, du Bas-Yangzi ou du Zhejiang de la même époque, ils sont fondés par des capitaux privés et gérés par des marchands ou des notables. Différents chercheurs ont en effet montré l’essor de ces établissements privés patronnés non plus par les religieux, le gouvernement ou le clan selon le modèle qu’avait préconisé depuis le xie siècle Fan Zhongyan, mais par des éléments de la société restés jusque-là à l’écart de la charité publique : les marchands ou les riches notables. Pour A. Leung, dans ce mouvement qui commence à la fin du xvie siècle mais qui est à son apogée après 1870, les marchands jouent un rôle essentiel, au point de devenir, selon les termes de Max Weber repris par Susan Mann, les membres clés des structures « liturgiques » des gouvernements locaux13. Les marchands et autres détenteurs de biens, traditionnellement méprisés par l’élite lettrée, acquièrent par ces actions philanthropiques, conformes au concept confucéen de bienveillance, pouvoir et respectabilité ; ils espèrent ainsi voir écrite leur biographie dans les chroniques locales, au chapitre des hommes vertueux (xiangxian) ou des philanthropes (shanren), à côté des biographies des plus illustres mandarins de la localité. Car le don, qu’il soit de quelques ares de terre ou de plusieurs milliers de taëls d’argent, assure une commémoration dans les sources locales. Ainsi, Zhang Shaoqu et Yang Qiongzhai sont mentionnés dans la chronique de Kunming pour avoir participé au fonctionnement du Tiren tang, Établissement humaniste, en lui offrant chaque année 1 000 litres de céréales14. Zhong Jinping, issu d’une famille modeste qu’il réussit à enrichir grâce au commerce, se voit honoré d’une longue et élogieuse biographie dans la chronique locale de Nanhai :

    « Zhong Jinping était d’une famille simple et pauvre depuis cinq générations, il n’avait pas d’argent pour s’offrir des études et passer les concours. Ceci jusqu’à Jinping qui vendait des écorces de cannelle : avec lui la famille devint riche. [...] Les gens aimaient bien sa compagnie. 11 vivait sobrement, il ne changea rien à ses origines, il gérait sa maison avec sérieux, ses épouses et filles ne portaient pas de colliers en perle. [...] Il était d’une nature charitable et aimait faire le bien. Dans le Guangdong, il n’y avait pas encore d’établissement charitable, aussi, en 1871, Jinping et douze personnes qui partageaient ses idées décidèrent de créer un établissement. Ils l’appelèrent, Établissement pour aider toutes les victimes. Ils offraient des soins, avaient fondé une école, et les règlements reprenaient ceux du Puyu tang de Shanghai et offraient des cercueils. À bien y réfléchir les gens disent que c’est lui qui a inauguré ces établissements15. »

    8La plupart de ces établissements charitables, outre une assistance générale aux plus démunis, vont jouer un rôle dans l’assistance médicale locale. Beaucoup restent des centres de diagnostics et de soins, mais quelques-uns vont aider à la diffusion de notions ou de techniques occidentales de soin, comme l’hospitalisation, la vaccination antivariolique ou l’obstétrique moderne. Le Guangji yiyuan installé à Nanhai, le Wanshan tang à Foshan ou le Guangshan tang, rebaptisé par la suite Yuesheng qiaoshang liuyisuo, dans la sous-préfecture de Rong, au Guangxi, autorisent l’hospitalisation des malades gravement atteints, et secourent en particulier les commerçants qui sont tenus de voyager dans la région. Le Liangyue guangren shantang, établi dans la sous-préfecture de Nanhai, dispense les soins médicaux généraux et pratique la vaccination antivariolique jusque dans les villes de Guiping et de Wuzhou au Guangxi. À Xiangshan, le Aihui yiyuan et le Yushan tang offrent des médicaments, des soins et la vaccination antivariolique, tandis que le Baoyu shanhui s’occupe de propager les méthodes occidentales en matière d’obstétrique. Dans la sous-préfecture de He, le Bo ’ai shantang, créé au début de la République, en plus des cantines populaires qu’il installe en temps de famine, dispose à l’année d’un médecin chinois qui examine gratuitement les malades le matin et d’un médecin vaccinateur chargé de vacciner les enfants au printemps et en hiver16.

    9Il est difficile d’évaluer le rôle de ces institutions dans la santé publique. Le degré de fréquentation de ce genre d’établissement est mal connu. Mais, à en juger par les observations des médecins occidentaux, ce type d’organisation prend une part active en temps d’épidémie et semble avoir joué un rôle important pour la diffusion de pratiques médicales occidentales comme la vaccination antivariolique ou l’obstétrique. À Canton, lors de la grande épidémie de 1894, les observateurs étrangers rapportent que l’assistance médicale aux pestiférés relève exclusivement de ces établissements charitables.17 À Beihai, le Dr Pouthiou-Lavielle déplore l’inertie des autorités locales face à l’épidémie particulièrement virulente de 1910, mais il signale la diffusion par l’un des médecins de l’hôpital Taihe yiyuan, structure sanitaire financée par quelques notables, d’une brochure qui traite de la peste et des conseils à suivre en cas de maladies épidémiques18. Car en temps de crise épidémique, les marchands ou les notables philanthropes ne se contentent pas de subventionner les établissements déjà existants, ils rétribuent les services de médecins réputés, ils font circuler des brochures où sont consignés les conseils à suivre en temps d’épidémie ou bien ils financent les tournées médicales. Ainsi au cours d’une épidémie de peste, Tan Congchan, originaire de Shaozhou, s’en fut sur les routes pour chercher les meilleurs médecins spécialistes de la peste, ouvrit un dispensaire où les pestiférés venaient se faire soigner19. Les médecins français signalent aussi l’activisme de ces philanthropes et de ces institutions privées pour répandre certaines pratiques de santé. Le Dr Feray, à son retour de tournée de vaccine dans l’île de Hainan, souligne, en 1905, le rôle des marchands expatriés dans la propagation de la vaccination antivariolique. Il constate que dans les parties les plus pauvres de l’île de Hainan, sur la côte ouest, dans les plaines du sud de Danzhou et de Changhua, dans ces endroits où aucun vaccinateur chinois n’aurait eu envie d’aller car la population y est trop pauvre et la vaccine trop peu lucrative, de riches négociants de Canton, originaires de Hainan, envoient chaque année des vaccinateurs20. À Canton, le Dr Dupuy rapporte en 1909 que la vaccination antivariolique est très populaire et que des séances de vaccination sont faites dans les dispensaires chinois21.

    10Mais à côté de ces établissements privés chinois, qui prennent une part active dans la lutte contre les maladies et propagent quelques pratiques occidentales de santé, l’État non plus ne reste pas immobile.

    Naissance d’une police sanitaire

    11À partir de 1901, la cour impériale, affaiblie par la défaite contre le Japon puis par celle du mouvement des Boxeurs, s’oriente vers une série de réformes, inspirées par celles qu’avait préconisées Kang Youwei en 1898. Sous l’impulsion d’officiels chinois comme les gouverneurs généraux Liu Kunyi et Zhang Zhidong, le gouvernement impérial réforme l’enseignement et abolit les concours impériaux (1905), institue de nouvelles organisations militaires et policières (1905), crée des assemblées provinciales (1909), proclame un nouveau code juridique d’inspiration occidentale (1910) et rationalise son système d’impôt. Dans le domaine de la santé, les voix qui s’étaient élévées avant la guerre sino-japonaise, puis au cours des Cents jours de réforme, pour défendre l’idée d’une médecine d’État en vue d’assurer l’avenir de la race chinoise vont en certains endroits se faire entendre. Des représentants officiels du gouvernement impérial comme le général Yuan Shikai, à la tête de la force militaire la plus importante du pays, désignée après 1901 sous le nom de Beiyang lujun (Armées Beiyang ou Armées du Nord), établissent en certains points du territoire des organisations de santé publique sur le modèle occidental. Le Beiyangjun yixue tang (École médicale des Armées Beiyang), est créé en 1902 à Tianjin. C’est la première école de médecine pour l’armée de terre ; l’enseignement est confié à des professeurs japonais. Dès 1904, les autorités de Tianjin promulguent des règlements invitant à une réelle prophylaxie des épidémies. Dans la capitale même, l’université de Pékin ouvre en 1903 un cours de médecine, sans faire de distinction entre les médecines chinoise et occidentale. Au début du siècle, le gouverneur général Zhang Zhidong qui, depuis 1889, a la charge du Huguang fonde le Hubei yixue tang, école de médecine du Hubei, dont les étudiants sortent diplômés selon les règlements de l’université de Pékin22. À partir de 1906, le gouvernement central des Qing tente de centraliser ces efforts dispersés. La police chinoise, récemment remodelée sur les modèles japonais et allemand, est pressentie comme la meilleure alliée pour imposer des règles collectives d’hygiène. Le ministère de la Police, établi en 1905, se voit donc doté d’un département d’Hygiène (Weisheng si) qui, comme au Japon à partir de 1874, devra gérer les affaires d’hygiène et de santé publique du pays.

    12A entendre les témoignages des médecins français établis en Chine du sud, ces initiatives dépassent le cadre restreint de la capitale et de quelques villes du Nord qu’a étudiées Carol Benedict23. Consternés à leur arrivée en Chine par l’absence d’instance gouvernementale chargée des problèmes d’hygiène et de santé publique, les médecins français seront les premiers à se soucier des progrès faits dans ce domaine par l’État ou par des groupements privés, inquiets de voir des établissements hospitaliers leur faire de la concurrence mais inquiets surtout d’être obligés de se soumettre à des réglementations éventuelles. Aussi suivent-ils les moindres évolutions et les rapportent-ils à leurs supérieurs hiérarchiques, le gouvernement général de l’Indochine ou le ministère des Affaires étrangères via la légation de France à Pékin24.

    13Une des premières initiatives signalées par les observateurs étrangers est la création de services de police auxquels sont en général confiés les travaux de voirie : ramassage des ordures, nettoyage des égouts, éclairage des rues la nuit par des lampes à pétrole. À Canton, l’organisation d’un service publique de nettoyage des rues remonte à 1905. À Longzhou comme à Beihai, les travaux de voirie et la surveillance des rues sont confiés à la police depuis 1907. Avec la nomination à la tête du Yungui (Contraction des provinces du Yunnan et du Guizhou) du gouverneur général Xi Liang, instigateur de réformes sanitaires dans les trois provinces du Nord-Est, un corps de police spéciale pour la ville de Kunming voit le jour en 1908.

    « Le vice-roi actuel du Yun-Nan et du Koei-Tchéou [...] vient de créer un corps de police spéciale pour la ville de Yun-Nan-Fou. Dans les attributions de ce nouveau service rentre celle de la voirie. [...] Le vice-roi a invité les habitants à balayer le devant de leur porte. Les ordures, ramassées en un tas, sont enlevées sur des charrettes à bœufs ou par des prisonniers. [...] En quelques points des grandes artères de la ville, des urinoirs très primitifs sont mis à la disposition des passants. [...] La nuit, l’éclairage des rues est fait par des lampes à pétrole ; ce service est assuré également sous la surveillance de la police. [...] Ces différents essais indiquent chez les autorités un souci de propreté qui était inconnu dans la vieille Chine25. »

    14Après la fondation de la République, ces efforts s’intensifient, à Kunming en particulier. En 1912, le service de voirie est, selon les termes du docteur Vadon, bien organisé :

    « Un service de voirie bien organisé enlève, chaque matin, les ordures et détritus qui étaient autrefois purement et simplement jetés à la rue. Au cours de cette année, de grands progrès ont même été réalisés dans le quartier de la gare ; beaucoup de maisons ont été démolies pour pouvoir mettre à l’alignement des rues macadamisées, pourvues d’égouts et relativement larges26. »

    15À partir de 1922, Mouillac, le médecin en poste, souligne les efforts déployés par la municipalité dans le domaine de l’hygiène : balayage biquotidien des rues, réfection du pavage, construction d’égouts, leçons d’hygiène données dans les écoles, réglementations hygiéniques édictées et affichées par la police, et propagande en faveur des vaccinations antivarioliques. En 1924, il signale la création par le maire de la ville d’une société, comprenant toutes les notabilités de la ville et le médecin français, destinée à faire connaître à la population les principes de l’hygiène moderne. Conférences sur l’hygiène, création d’un cours destiné à apprendre aux femmes l’hygiène familiale, création d’un cours pour apprendre à vacciner et d’un cours sur les maladies contagieuses par des médecins chinois et européens, création d’une école de sages-femmes chinoises, création d’un établissement de bains publics, organisation et exposition d’une salle à manger hygiénique, création d’un fonds de réserves à utiliser pour enrayer les épidémies à leur début, création d’hôpitaux pour les contagieux et pour les opiomanes, collecte de fonds pour créer une école de médecine, des hôpitaux pour indigents, publication d’un journal d’hygiène, tels sont les objectifs que se propose de réaliser dans un avenir proche cette société d’hygiène. Mais de tous ces projets, le Dr Mouillac constate que seul le journal a été réalisé et paraît régulièrement, le manque de fonds étant l’obstacle majeur à la réalisation des autres27.

    16C’est aussi dans les premières années de ce siècle que des services sanitaires modernes sont créés, pour l’armée en premier lieu : à Canton, la création d’une école de médecine militaire, annexée à l’école militaire, remonte à 1905, tandis qu’à Kunming, un hôpital militaire, le Yunnan lujun yiyuan, confié à des médecins chinois formés à l’école de médecine de Tianjin, voit le jour en 1908. Quelques années plus tard, en 1914, un hôpital public est fondé à Kunming, confié à des médecins chinois éduqués à l’occidentale et géré par la police28.

    17L’idée que la puissance publique doit participer à la lutte contre les maladies se concrétise en certains endroits. Au Yunnan, à la suite des édits impériaux de 1906 et de 1907, l’opiomanie fait l’objet d’une campagne officielle de lutte et de prévention. Selon ces édits, la culture du pavot et l’usage de l’opium devaient cesser dans un délai de dix ans et les gouverneurs généraux étaient encouragés à faciliter la répression de cette habitude. Le Dr Talbot en poste à Mengzi rapporte les efforts déployés par le gouverneur général, les sous-préfets et les chefs de circonscription (daotai) du Yunnan : distribution gratuite aux opiomanes de médicaments à base de morphine, création d’un comité de lutte contre l’opiomanie et entretien d’un hôpital de désintoxication29. Contre la peste bubonique, les autorités locales engagent une politique de prévention. À Canton, où elle est particulièrement virulente en 1909, la peste est l’objet d’une série de mesures encore jamais vue de la part de la police : surveillance des jonques venant de l’intérieur et des bateaux assurant la traversée entre Canton et Hongkong, encouragement par une prime à la destruction des rats et recensement des cas de peste. Cette année-là, l’hôpital français de Canton reçoit en effet du surintendant de la police du Guangdong l’ordre de consigner sur des registres décadaires les cas de maladies contagieuses rencontrés. À Beihai, lors d’une épidémie de peste en 1910, des mesures préventives sont mises en œuvre par les autorités locales : désinfection puis blanchiment à la chaux des maisons contaminées, nettoyages fréquents des rues et encouragement à la destruction des rats30.

    18Enfin, une législation destinée à réglementer la profession médicale s’élabore au sein de la police en 1913 : les accoucheuses, les médecins, les hôpitaux, les sociétés de la Croix rouge, qui doivent se faire enregistrer depuis 1912 au département de l’Hygiène de Canton, sont tenus de se conformer à un certain nombre de principes31.

    19L’idée que l’hygiène et la santé doivent relever d’une autorité publique trouve une application dans quelques grandes villes du sud de la Chine, en particulier dans celles qui sont au contact avec les cultures occidentales, au cours des premières années du xxe siècle. Le mouvement qui a commencé en Europe et aux États-Unis, dans la seconde partie du xixe siècle, s’étend donc en Chine au début du xxe siècle sous l’influence des établissements sanitaires occidentaux installés en Chine et sous la pression de quelques gouverneurs acquis à la médecine scientifique. Les établissements français sont en effet sollicités à plusieurs reprises par les autorités locales, au cours des vingt premières années de ce siècle, pour résoudre une crise aiguë, comme l’éradication d’épidémies virulentes : c’est contre une épidémie de paludisme à falciparum qui sévit dans un camp militaire proche de Longzhou, que le Dr Pélofi et ses deux infirmiers sont réquisitionnés en 1903 par les autorités locales. Au cours d’une épidémie de scarlatine, débutée en mai 1921, le Dr Mouillac et son adjoint vietnamien Bui Van Quy sont, à leur tour, invités par le maréchal Tang Jiyao à prendre en charge une partie d’un lazaret de 1 200 lits, construit dans l’urgence. À la suite des services rendus, Mouillac est nommé médecin officiel de la province. Les médecins français sont aussi réquisitionnés pour pallier les manques d’un modèle de santé publique séduisant mais trop coûteux. Et, dans les endroits où les finances ne permettent pas de créer un service de santé pour l’armée, ce sont aux médecins français que les autorités militaires confient leurs malades. Ainsi, à Longzhou, depuis que le médecin français a sauvé une partie des soldats du paludisme, il est chargé de la santé des troupes militaires32. À Mengzi, l’hôpital français traite et hospitalise les soldats chinois depuis 1903 ; à partir de 1912, le gouverneur militaire de la ville verse une allocation destinée à couvrir les frais de nourriture. L’hôpital français de Kunming reçoit, à partir de 1908, une subvention annuelle de 100 taëls du gouvernement provincial pour traiter les soldats trop nombreux ou dans un état trop grave pour être soignés à l’hôpital militaire chinois33. Enfin, les médecins français sont très tôt sollicités par les autorités provinciales pour former quelques élèves à des techniques qu’elles considèrent comme primordiales pour l’avenir. Les universités chinoises de Tianjin et de Pékin, fondées dans les toutes premières années du xxe siècle, font des émules, même dans les régions éloignées de la Cour. En témoigne le rapport du Dr Dupuy en 1905 :

    « J’ai souvent l’occasion de voir des médecins chinois qui ont fait leurs études au Collège médical des missionaires américains. Ils m’entretiennent fréquemment du désir qu’éprouve la jeunesse cantonnaise, dans le milieu universitaire, de renoncer aux vieilles traditions médicales pour adopter les méthodes étrangères. Ils savent que la cour de Pékin favorise ce mouvement réformateur34. »

    20Mais les pénuries du trésor provincial et la rareté des Chinois diplômés empêchent encore la création d’écoles de médecine occidentale purement chinoises. Les autorités chinoises trouvent alors une solution d’attente : ils confient aux structures occidentales la formation de quelques étudiants chinois boursiers. C’est ainsi que sur la demande des autorités provinciales, le Dr Barbezieux inaugure à Kunming, en janvier 1905, une école de médecine. L’enseignement, prévu sur trois ans, doit former des élèves destinés à exercer officiellement la médecine, dans l’armée ou dans les diverses administrations de la province. La première année, onze étudiants sont inscrits : sept sont désignés par le gouverneur général du Yungui (Yunnan, Guizhou), et quatre par le gouverneur du Guizhou35. Malgré des débuts prometteurs, cette école ne fonctionnera pas suffisamment de temps pour décerner des diplômes. Elle contribuera néanmoins à initier une vingtaine de jeunes chinois à la médecine occidentale. La situation est différente à Canton. Depuis la fin de l’année 1904, le gouverneur général Cen entretient quelques jeunes gens pour suivre les visites à l’hôpital Doumer. En 1905, huit des onze étudiants bénéficient d’une bourse du gouverneur général. À la fin de l’année 1905, et malgré la fondation d’une école chinoise de médecine militaire confiée à des médecins japonais, une vingtaine de jeunes Chinois, tous boursiers du gouvernement, suivent les cours du médecin français36. En 1922, l’École française de médecine de Canton a formé soixante et un médecins, tous reconnus par le gouvernement chinois.

    21Certes, à la veille des années 1930, la quantité de médecins chinois formés à la médecine occidentale et diplômés est faible, mais à en juger par leurs carrières, ils vont rapidement occuper une place de choix leur permettant de définir, par la suite, une politique de santé publique qui s’inspire de la médecine occidentale. Car, à la différence de la situation qui prévaut en Indochine, où l’élite vietnamienne formée à la médecine française est réduite à accepter des postes subalternes, l’élite chinoise, formée à des techniques qui triomphent dans l’esprit des gouvernants sur les pratiques traditionnelles depuis le début des années 1910, est fortement sollicitée par les chefs militaires et les dirigeants locaux37. En effet, les médecins chinois formés à l’École de médecine de l’hôpital Doumer, comme leurs collègues diplômés des écoles missionnaires, occupent des places stratégiques pour servir la politique de modernisation : sur les soixante élèves diplômés de l’hôpital Doumer, vingt-deux sont recrutés par l’armée chinoise, huit occupent une fonction au sein des organisations de la Croix rouge. Les étudiantes diplômées se partagent entre l’hôpital Doumer, les sociétés de la Croix rouge et l’installation en libéral, comme accoucheuses ou spécialistes des femmes et des enfants38.

    Des pratiques individuelles de santé en évolution

    22Alors même que les structures médicales d’encadrement et les pratiques des médecins se modernisent sous la triple impulsion de l’État, des élites locales et des médecins occidentaux, l’attitude individuelle du patient face à la maladie et son approche de la médecine se modifient elles aussi lentement.

    23Aucune source, chinoise ou occidentale, ne fournissant d’enquêtes sociologiques ou ethnologiques sur les pratiques de santé en général, il est impossible d’avoir un accès direct à la façon dont le commun des mortels se soignait en ce début de xxe siècle, ni de savoir selon quelle hiérarchie il utilisait les différents recours existants. Ce genre d’étude n’a pu être réalisé que pour la société contemporaine chinoise par certains sociologues ou anthropologues39. Les statistiques françaises et les statistiques parcellaires des entreprises protestantes, les sources chinoises locales permettent néanmoins d’évaluer des « dosages » entre les différentes pratiques.

    24Les archives qu’ont générées les différents postes médicaux français sont instructives à bien des égards : épidémies, maladies fréquentes, institutions sanitaires chinoises ou étrangères, attitudes chinoises à l’égard des médecins français, comportements en temps d’épidémie y sont abondamment détaillés. Mais ce qui confère à ces sources un caractère unique, ce sont les statistiques hospitalières qui rendent compte, année après année, du succès ou du rejet de la médecine scientifique française40. En effet, si l’implantation de structures hospitalières modernes, bénéficiant de soutiens financiers laïques ou religieux puissants, est relativement aisée, rien ne garantit leur succès. Les médecins ou les missionnaires, étrangers et détenteurs de techniques inconnues, doivent attirer à eux une population familiarisée avec des techniques médicales et religieuses anciennes, complexes, fondées sur des conceptions du corps, de l’étiologie, de la physiopathologie et de la thérapie radicalement différentes de celles qui prévalent en Occident à la fin du xixe siècle. Bien des témoignages de médecins français illustrent, de façon plus ou moins comique, avec toujours un soupçon de supériorité, les déboires de ces premières rencontres culturelles. Certains n’hésitent pas à fractionner la posologie des remèdes, à employer des tisanes, essayant, par là, de siniser leurs techniques ; d’autres ferment les yeux sur la discipline à l’intérieur de l’hôpital, laissant les hospitalisés s’adonner aux joies de l’opium ; enfin, pour concurrencer les techniques traditionnelles très répandues de la variolisation au profit de la vaccination, les médecins français n’hésitent pas à adopter certaines coutumes des variolisateurs : ils font débuter les séances de vaccination après la fête du Nouvel An chinois, premier jour du printemps, saison traditionnellement choisie pour la variolisation. Les médecins français n’ignorent pas, du reste, que leurs patients ont au préalable consulté divers sorciers pour étudier le faste du jour choisi pour l’opération41. En fait, au début du xxe siècle, les méthodes comme les notions occidentales doivent passer par le truchement de pratiques et de concepts populaires chinois pour être rendues plus familières42.

    Succès de la consultation

    25À la fin des années 1980, une enquête orale fut menée à Kunming pour évaluer, à différents moments du xxe siècle, le niveau d’intégration des pratiques médicales occidentales dans le corps existant des pratiques traditionnelles. L’enquête concluait qu’avant la Seconde Guerre mondiale, la médecine occidentale était implantée dans la ville mais, d’après le souvenir de quelques vieilles personnes interrogées, très peu de gens avaient au début du siècle recours aux médecins occidentaux ou occidentalisés, principalement à cause des prix pratiqués43. Les données sérielles fournies par les sources françaises permettent de contrôler et de compléter une étude qui, selon son auteur, ne constituait qu’une première évaluation en attente de travaux ultérieurs. En effet, l’échantillon de personnes interrogées – une douzaine de personnes âgées – était réduit et probablement pas représentatif.

    Tableau IV.11. Hôpital français de Kunming (1902-1931).

    Image

    Sources : GGI.dos.7635, GGI.dos.40894, GGI.dos.65324, GGI.dos.40934 et DrVadon, « Un poste médical consulaire en Chine, Yunnan-fou », AHMC, 1914.

    26En une trentaine d’années, les médecins en poste à l’hôpital consulaire français de Kunming ont donné 1 804 897 consultations à plus de 658 000 Chinois. Le nombre global de consultants s’est accru à un rythme annuel moyen de 9,1 %. La fréquentation des Chinois à la consultation externe est particulièrement forte jusque en 1921 : le nombre des consultants s’accroît alors de 18,3 % en moyenne par an. De 1922 à 1929, le nombre de consultants oscille autour des 30 000 personnes par an, occasionnant près de 90 000 consultations annuelles. La répartition de ces chiffres entre les trois médecins en poste donne une idée de leur activité journalière : entre 1922 et 1929, chaque médecin donne 96 consultations à 32 nouveaux patients par jour, à l’exception du dimanche ; en 1930 une baisse du nombre de consultants semble s’amorcer. L’accroissement régulier du nombre de consultants connaît, pour les années 1909, 1912, 1917 et 1921, des accélérations particulièrement fortes, liées à l’augmentation du personnel médical et à la situation politique et sanitaire – révolution de 1911 et terribles épidémies.

    27Il est intéressant, de rapprocher de ces premiers chiffres les estimations démographiques pour la ville de Kunming durant les trente premières années du siècle. En 1905, la population de Kunming est estimée à 60 000 habitants ; en 1912, à 100 000 habitants, et en 1925 à 130 000, soit un taux de croissance annuelle moyenne de 3,9 %. Ce taux s’explique, selon les médecins en poste, par l’exode d’une partie de la population du sud du Yunnan vers la ville de Kunming, facilité par la mise en service de la voie ferrée française reliant Hanoi à Kunming en 1911 et par des mouvements migratoires des populations du Guangxi et du Sichuan vers le Yunnan44.

    28L’accroissement moyen du nombre de consultants (9,1 % par an) est donc plus fort que l’accroissement de la population. En se fiant à ces estimations démographiques, 6 % de la population a recours au médecin français en 1908 ; en 1925, on passe à 27 %, soit plus du quart. En 1921, un Chinois sur deux se rend à la consultation externe. Il est vrai que, cette année-là, la situation sanitaire est particulièrement mauvaise : une épidémie de scarlatine, qui débute en mai 1921, se répand dans la ville de Kunming, entraînant, en une année, la mort d’un cinquième de la population.

    29L’affluence des Chinois à la consultation est partout constatée. A Mengzi, bien qu’il faille étudier l’évolution de l’activité médicale en deux temps, d’une part de 1905 à 1913, dernière statistique avant le rapatriement en décembre 1914 du médecin militaire parti au front, et d’autre part de 1917 à 1930, les chiffres sont éloquents.

    Tableau IV.12. Hôpital français de Mengzi et ses dispensaires annexes (1905-1930).

    AnnéesNombre de consultantsNombre de consultationsNombre de patients hospitalisésNombre de jours de traitement
    1905255non mentionné77non mentionne
    1906458non mentionné86non mentionné
    19073492 0801192 196
    19082 4036 524310non mentionné
    19093 82313 15847853 66
    19102 76411 3853695 838
    19113 81814 3204018 835
    1912421215 9933387 115
    19133 552140162666513
    19173 17010401992 162
    19189 95127 7372535816
    191978 996117 35168214 077
    1920117919178 7461 04317 862
    192163 968101 62872615 946
    192265 374110 0801 03821 465
    1923103 400142 1121 13530 438
    192479 826123 0091 16828 315
    192580 347166 05182619 503
    192848 31486 0905496516
    193048 314non mentionné549non mentionné

    Sources : GGl.dos.7635, GGI.dos.65324-65332, GGI.dos.40934, Série A, Légation de Pékin, vol. 191

    30De 1905 à la veille de la Première Guerre mondiale, le nombre de consultants passe de 255 à 3 552, selon un accroissement moyen annuel de 38 %. À titre de comparaison, la population, estimée en 1898 à 12 000 habitants et en 1907 à 30 000 habitants, croît selon un rythme annuel moyen de 11 %45. En 1905, 1 % de la population a recours au médecin français. Trois ans plus tard, cette proportion a augmenté : en 1908, on passe à 8 % de la population. L’activité médicale du poste est ensuite suspendue jusque en 1917. Après la Première Guerre mondiale, l’emploi pendant plus de dix ans du même médecin, le recrutement de trois médecins chinois, formés à l’École de médecine de Hanoi, détachés dans des dispensaires nouvellement créés au cœur de la ville et dans des centres périphériques, l’emploi d’une sage-femme favorisent l’affluence toujours plus grande de malades chinois. À partir de 1918, l’hôpital français de Mengzi auquel sont annexés désormais plusieurs dispensaires dont un installé dans le centre minier de Gejiu, qui compte 130 000 habitants, enregistre une croissance exceptionnellement forte du nombre de consultants46. De 1917 à 1925, le nombre de patients examinés à la consultation externe des différents dispensaires passe de 3 170 à 80 347, allant jusqu’à 117 919 en 1920. La fermeture des centres de soin de Gejiu, incendiés en 1927, explique la baisse, enregistrée en 1930, de l’activité générale de l’hôpital de Mengzi.

    Tableau IV.13. Hôpital français de Haikou (Hoihao) (1903-1929).

    AnnéesNombre de consultantsNombre de consultationsNombre de patients hospitalisésNombre de jours de traitement
    1903926
    19041 089
    19051 021
    1906723
    19071 3016 924
    19083 6651 7806
    19094 45612 938ConstructionConstruction
    19103 0499 22534321
    19113 32111 092831 175
    19123 96314 57768802
    19134 087166511441 539
    19146 64520 9412373 409
    19158 25922 1392013210
    19165 81119 1622613 175
    19176 06416 1447059 392
    19187 79223 13361310 111
    19198 53924 5652564 349
    19207 64521 5345607 050
    19216 50723 3135826 012
    19225 11217 8693844 867
    19236 15915 9964327 749
    19246 45413 8634808 952
    19259 0871766671513 155
    19269 6051703074513 330
    192710 9481849072014 773
    192811 3911988797819 047
    192912 2942048881416 598
    Total152 154401 4339012149016

    Sources : GGI.dos.40934.

    31Dans l’île de Hainan, en une vingtaine d’années, les médecins de l’hôpital consulaire de Haikou ont donné 401 433 consultations à 152 154 patients chinois (Tableau IV. 13.). Le service de consultation enregistrant, à ses débuts, 926 malades, reçoit en moyenne 10,5 % de consultants en plus chaque année. En 1929, alors que le personnel médical n’est constitué que d’un seul médecin auquel sont adjointes deux sages-femmes, le service de consultation enregistre 12 294 consultants, soit treize fois plus qu’en 1903. Il faut dire que la population de l’agglomération croît aussi très vite : estimée à 30 000 habitants en 1900, elle atteindrait les 200 000 habitants en 1930, suivant un rythme de croissance moyen de 6,5 % par an47.

    Tableau IV.14. Hôpital Doumer de Canton (1901-1924).

    AnnéesNombre de consultantsNombre de consultationsNombre de patients hospitalisésNombre de jours de traitement
    19013 239
    19053 3689 87350712 982
    19064 34499181 00622 363
    19075 32012 82069321 277
    19085 25613 05579623 451
    19096 25613 59989226816
    191013 8751 27129 374
    191113 6311 18531 888
    19128 93618 1331 12533 528
    19137 43015 6671 26930816
    19148 5681 01626 280
    19159 42219 3261 17631 810
    19166 1949 8441 26837 446
    19175 5759 83380724 948
    19185 6938 1821 07327 324
    19195 3218 102[11024 789
    19205 3258 3451 02720 732
    19216 11210 0351 42628 284
    19225 54310 2561 45629 552
    19234 7738 1611 41931 772
    19244 1737 0391 58628 599
    19284 0231 77124 006

    Sources : GGI.dos.65324-65332, GGI.dos.7533, GGI.dos.32792 ; NS, Chine, vol. 660 ; Série A, Légation de Pékin, vol. 191.

    32En se fiant à ces évaluations de la population, 2,5 % de la population aurait eu recours au médecin français en 1903 ; en 1914, celui-ci aurait donné ses soins à 9 % de la population, une proportion qui ne varie guère par la suite, compte tenu de la croissance soutenue de la population et de la stabilité des effectifs médicaux au sein de l’hôpital de Haikou.

    33À Canton, le nombre de consultants est stable, oscillant autour des 5 000 par an (Tableau IV. 14.).

    34Ici, l’accroissement du nombre de consultants est faible, soit 1,1 % en moyenne de plus chaque année. La médecine occidentale au début du xxe siècle est, nous l’avons vu, bien implantée à Canton. La concurrence entre les hôpitaux américains, allemands et les nombreux médecins libéraux dans cette ville explique les écarts relativement faibles d’une année sur l’autre. Nul effet de surprise, pas d’accroissement fort qui accompagne tout début d’activité.

    Tableau IV.15. Hôpital français de Beihai (Pakhoi) (1901-1921).

    AnnéesNombre de consultantsNombre de consultationsNombre de patients hospitalisésNombre de jours de traitement
    19011 387
    19042 60743
    19054 82328 9001071 903
    19065 855
    190711 933
    190814 026
    190915 186
    19106 08315 1851964 244
    191112 000
    191214 000
    191314 000
    191415 200
    19175 44524 9361773 124
    19185 76827 5252824 507
    19195 22819 9551032817
    19205 26316 3393624 676
    192115 477250

    Sources : GG.dos.65324-65332, GG.dos.32773, Dr Pouthiou-Lavielle, « L’assistance médicale dans les postes consulaires de Chine et du Siam : Poste consulaire de Pakhoi », 1911,AHMC.

    35À Beihai, bien que les données statistiques soient très parcellaires, on peut néanmoins affirmer que le nombre de consultants s’est accru, passant de 1 387 en 1901 à 5 263 en 1920 (Tableau IV.15.). La population de Beihai, estimée à 25 000 habitants entre 1894 et 1905 et à 60 000 habitants en 1931, croît selon un rythme moyen de 3,4 % par an. En 1901, 5,5 % de la population a donc recours au médecin français ; en 1906, le médecin français a donné ses soins à près d’une personne sur quatre. En 1920, 12,7 % de la population vient le consulter.

    36Ces statistiques permettent aussi d’évaluer la fréquence avec laquelle les Chinois consultent les médecins français : à la consultation de l’hôpital de Haikou, de Kunming de Mengzi et de Beihai, chaque consultant revient en moyenne trois fois par an ; à la consultation de l’hôpital de Canton, chaque malade vient deux fois par an. Des moyennes, certes, mais qui varient très peu d’une année sur l’autre, et qui suggèrent que la clientèle chinoise n’était pas aussi volatile et imprévisible que ne l’affirmèrent certains médecins au début :

    « Et parce que vous n’avez pas, en douze heures, liquidé une crise d’asystolie mortelle, une broncho-pneumonie, une méningite, la médecine européenne a fait faillite, et le médecin européen avec, pour le plus grand profit de la médecine traditionnelle locale qui reprend ses droits jusqu’à la prochaine occasion, et vous avez perdu la face !48 »

    Accueil mitigé de l’hospitalisation

    37À ses débuts, l’hospitalisation ne semble pas avoir bénéficié du même accueil que la consultation externe. Le médecin-chef de l’hôpital de Kunming écrit en 1904 :

    « Il a été difficile au début de vaincre la répugnance des Chinois pour l’hospitalisation. Nous avons laissé aux malades hospitalisés toute la liberté que permettait leur état, les autorisant à sortir en ville et à recevoir toutes les visites qu’ils désiraient. Nous n’avons même pas essayé de combattre, autrement que par le raisonnement, l’habitude presque générale de fumer de l’opium. Pour inspirer plus de confiance, chaque jour, à partir d’une heure de l’après-midi, nous laissons largement ouverte pendant plusieurs heures la porte de l’hôpital donnant sur la rue et celles des malades. Les Chinois qui viennent à la consultation ne manquent pas d’aller voir leurs compatriotes hospitalisés et de causer avec eux. [...] Beaucoup viennent en simples curieux.49 »

    38Deux ans après l’inauguration du service d’hospitalisation du poste médical de Haikou, le médecin constate la même réticence :

    « En principe, le Chinois de Hoihao s’est montré réfractaire à l’hospitalisation ; il vient volontairement demander les soins du médecin français et chercher des remèdes ; mais il n’aime pas entrer à l’hôpital où il est astreint à une discipline effective, à un régime parfois sévère, où il ne trouve pas son opium. [....] L’habitant de la ville de Hoihao préfère venir quotidiennement à l’hôpital, dût-on le porter en chaise, et c’est la population des villages qui constitue notre clientèle de l’hôpital50. »

    39Et en effet, si la consultation médicale auprès d’un médecin, d’un chaman ou d’un prêtre est une pratique à laquelle les Chinois sont accoutumés, le recours à l’hospitalisation et à l’internement est un comportement nouveau qui induit toute une série de contraintes : séparation d’avec le foyer, la terre ou le commerce, soumission à une discipline inconnue et incompréhensible, imposée en outre par un étranger dont les intentions, dans un contexte d’expansion impérialiste, peuvent susciter quelques interrogations. L’hôpital est un lieu de contrôle avec, en retour, une privation des libertés ; et c’est à ce titre qu’il est urgemment réclamé par les médecins qui ne disposent que d’un centre de consultation : tantôt ils surprennent des patients défaire leurs pansements occlusifs et antiseptiques, croyant que « pour guérir leurs blessures il faut que l’air circule dans leurs pansements »51, tantôt ils sont mis au courant que les remèdes prescrits pour un patient ont été goûtés par toute la famille :

    « Chacun pour compléter sa documentation, boit une gorgée de la potion, examine, flaire, goûte le contenu des paquets déchiquetés [...]. Pour les pansements externes, c’est bien pis encore ! [...] Ceux que je ne garde pas près de moi démontent tout dès qu’ils sont rentrés chez eux, et discutent avec leur entourage sur la nature de chaque chose. Je n’ai jamais vu revenir un blessé à ma visite sans que l’appareil appliqué ait subi des remaniements plus ou moins fantaisistes52. »

    40C’est le lieu pour imposer un traitement continu, comme l’injection à plusieurs heures d’intervalle de sérum anti-pesteux, dont les premiers effets spectaculaires incitent les parents d’un garçon de quinze ans à suspendre le traitement ; privé d’une seconde injection, le garçon décède en quelques jours53.

    41Or toutes ces contraintes ne sont pas facilement acceptables. Des affiches traduites en chinois sont apposées dans les hôpitaux54. Elles réclament des malades ordre, obéissance au personnel et exécution des prescriptions médicales. Et pourtant, en 1914, le médecin explique combien la discipline hospitalière est encore mal comprise et la question des régimes alimentaires embarrassante :

    « La discipline, en ce qui concerne les malades, est dans ce milieu une chose inexistante et l’on n’a pas le droit de se montrer difficile. [...] Les malades entrent, sortent et découchent comme bon leur semble.[...] Les visiteurs, parents, amis [...] sont admis en tout temps et en dehors des heures de visite [...] ; dans les salles payantes, on trouve très souvent 7 à 8 personnes installées autour du malade, mangeant, buvant, fumant [...] et le reste. [...] La question des régimes spéciaux (régime lacté, diabète) ne se pose généralement pas ou si elle se pose, c’est avec la plus grande difficulté et elle est quasi insoluble. Il est presque impossible en effet de faire accepter à un Chinois le régime qui ne lui plaît pas55. »

    42Malgré des débuts difficiles, attestés par ces nombreux témoignages, et en dépit d’une capacité d’accueil qui n’évolua pas beaucoup, le nombre d’hospitalisations s’accrut pourtant sensiblement, au fil du temps.

    43A Kunming, la croissance moyenne annuelle du nombre d’hospitalisés est forte et régulière (14,3 % par an) pour la période 1904 à 1927, avec un maximum de patients enregistrés pour les années 1925, 1926 et 1927, suivie d’une baisse aussi régulière pour les quatre dernières années. Cette baisse s’explique, en partie, par une réduction de la garnison militaire, à laquelle l’hôpital est tenu d’apporter ses soins en contrepartie d’une subvention accordée par le gouvernement provincial depuis 1908. De plus, à partir de 1930, l’hôpital consulaire devient essentiellement un centre de consultations et de petite chirurgie, après l’inauguration, en avril 1930, du nouvel hôpital français, l’hôpital Calmette, grande bâtisse homogène et équipée de façon à hospitaliser un plus grand nombre de malades. À Mengzi, de 1905 à la veille de la Première Guerre mondiale, le nombre de patients hospitalisés augmente selon un accroissement annuel moyen de 16,8 %, passant de 77 à 266. De 1917 à 1925, le nombre de patients hospitalisés est multiplié par huit. À Haikou, en une vingtaine d’années, plus de 9 000 Chinois ont été hospitalisés, la capacité d’hospitalisation passant de 22 lits en 1915 à 50 en 1923. Le service d’hospitalisation, enregistrant à ses débuts 34 patients, reçoit en 1929, 814 malades, soit, en moyenne, 18,2 % de patients en plus par an. Le service d’hospitalisation de Beihai reçoit en 1921 cinq fois plus de patients qu’en 1904. L’hôpital de Canton enregistre dès les débuts de son fonctionnement un chiffre élevé de patients hospitalisés : en 1905, 507 personnes, puis en 1906 plus d’un millier de Chinois sont admis dans le service d’hospitalisation. Le nombre de patients hospitalisés sur une vingtaine d’années croît de 6,2 % en moyenne chaque année.

    Origine sociale des malades

    44L’existence pour l’hôpital de Kunming d’une documentation statistique chiffrée assez complète quant à la fréquentation d’une consultation payante et d’une consultation gratuite permet de mettre en lumière l’évolution du recours à la médecine occidentale entre deux types de malades : les pauvres et les riches. La richesse du malade est en effet le critère principal qui oriente les malades vers un type de consultation, comme le révèlent les témoignages des médecins français responsables de l’hôpital de Kunming et de Canton : « Quant à la clientèle fréquentant la consultation gratuite, ce sont des pauvres et des indigents, les coolies, les paysans, les petits commerçants et les petits employés56 » ou « la consultation gratuite est composée d’ouvriers, de petits marchands et de soldats, tandis que le service des consultations payantes est fréquenté par des Chinois aisés57. »

    45La consultation gratuite, réservée donc aux Chinois de basses conditions ou sans ressource, connaît une très forte croissance pour la période 1908 à 1921, avec un taux moyen de 21 % par an (voir Tableau IV. 11). De 1922 à 1929, le nombre de consultants gratuits stagne ; à partir de 1930, les consultants gratuits désertent la consultation. La consultation payante connaît, à ses débuts, une première phase de croissance très forte avec un taux annuel moyen de 40 % pour la période 1914-1919. De 1919 à 1925, la croissance du nombre de consultants payants est nulle. Elle connaît un second élan, de 1925 à 1931, avec un taux de croissance moyen du nombre de consultants de 28 % par an. Le nombre de consultants payants croît selon un rythme inverse à celui des consultants gratuits : en 1914, au lendemain de l’établissement de la consultation payante, les consultants payants ne représentent que 3,3 % du total des consultants ; en 1930, ils représentent 41,2 % et en 1931, un Chinois sur deux consulte le médecin à titre payant.

    46Toutefois, si le nombre de consultants payants s’accroît rapidement, au point de quasiment égaler le nombre de consultants gratuits en 1931, le nombre maximal de consultants enregistrés dans le service de consultation payante reste inférieur, de plus du tiers, au nombre maximal de consultants enregistrés en 1921 dans le service de consultation gratuite. En d’autres termes, la consultation payante attire, certes, une clientèle riche de plus en plus nombreuse, mais au détriment de la clientèle pauvre de Kunming. Plusieurs facteurs durent jouer pour expliquer cette évolution : une concurrence désormais active avec l’existence de trois hôpitaux chinois modernes et la présence, depuis 1920, d’un hôpital anglais riche et bien équipé58 ; une politique élitiste de l’hôpital français, qui, dépourvu d’un de ses trois médecins après 1929, délaisse aux hôpitaux chinois et anglais une clientèle pauvre qui lui coûte cher. En 1924, le médecin-chef Mouillac explique qu’il a donné ses soins en priorité aux classes payantes : « Je me suis attaché particulièrement à développer cette catégorie parce qu’elle comporte les malades que nous avons le plus intérêt à soigner [...], les plus influents, hauts fonctionnaires et notables59. »

    47L’analyse des statistiques de l’hôpital français de Kunming montre que le recours à la médecine occidentale n’est pas seulement motivé par la gratuité de la consultation et des remèdes prescrits : la croissance très forte de la consultation payante, installée à partir de 1913 atteste l’existence d’une clientèle capable de payer pour sa santé. Après l’installation d’une consultation payante, les médecins successifs soulignent les évolutions de la clientèle, mentionnant une part croissante de riches Chinois, issus des classes commerçantes ou dirigeantes : le commissaire des Affaires étrangères et sa famille, le général chef d’état-major, quatre autres généraux, plusieurs colonels, trois conseillers du gouverneur et leur famille, le président du tribunal, le directeur de la monnaie, le directeur de l’École de droit, le proviseur du lycée de Porte du Nord, le directeur du musée60.

    48Les statistiques et les témoignages des différents postes médicaux laissent transparaître une évolution similaire de la clientèle : souvent refuges pour les plus déshérités, au début, les postes médicaux consulaires élargissent progressivement leur clientèle, soignant ensuite les soldats et leurs chefs, les hauts fonctionnaires et les commerçants. À Haikou, en 1909, la classe des travailleurs pauvres et des hommes de peine, les plus exposés aux accidents, fournit le gros des malades, tandis que la classe marchande reste la plus réfractaire à la médecine européenne. À la fin des années 1920, les commerçants et la population rurale fournissent une part importante du contingent. De 1925 à 1929, la clientèle est à moitié, voire aux deux-tiers, composée de commerçants ; vient ensuite la population rurale, représentant de 7 % à 24 % de la clientèle. Les fonctionnaires ne constituent qu’une faible partie de la clientèle hospitalière. Quant aux militaires, leur nombre est très variable d’une année sur l’autre en fonction de la situation politique du pays. Après ces trois catégories, viennent les ouvriers et coolies, les étudiants, les employés, les pêcheurs et les sampaniers, enfin les instituteurs61. À Canton, les débuts de la consultation du Dr Mas enregistrent une clientèle généralement pauvre, « coolies ou petits ouvriers ». Quelques années plus tard, le médecin note que la consultation ne comprend pas seulement des indigents mais aussi des Chinois aisés, des femmes de condition assez élevée et même des familles de mandarins62. À partir de 1909, le médecin en poste à Beihai souligne la nécessité de construire un pavillon séparé destiné à recevoir, à part, la bourgeoisie, les commerçants et les fonctionnaires ; une demande réitérée en 1919 : « Ceux qui veulent et peuvent payer sont fort nombreux. La gratuité est une réclame pour les coolies. Les Chinois de la classe aisée ne veulent pas faire figure d’indigent assisté63. »

    49Dès 1913 les médecins en poste favorisent ce type de consultants, en créant des pavillons spéciaux, luxueux, où les consultations sont payantes, individuelles et données par le médecin-chef. Ils s’assurent ainsi une source de revenu qui pallie les insuffisances des subventions indochinoises pour travailler dans de bonnes conditions, et justifient aux yeux du gouvernement général de l’Indochine l’existence de ces postes médicaux, devenus des lieux de rencontre avec les personnalités influentes de la société chinoise. Dans certains postes où l’accroissement de consultants payants est prometteur, on en vient même à refuser certains miséreux. Ainsi le principe de la gratuité des médicaments et objets de pansement pour les consultants non payants est supprimé à Canton en 1916, ceci afin d’éviter « la tourbe indésirable des vagabonds et des mendiants toujours prêts en Chine à envahir les dispensaires64. »

    50Incontestablement donc, les postes médicaux français ont attiré une grande partie de la population, les classes les moins fortunées au départ, puis les classes fortunées, comme en témoigne l’accroissement très rapide des consultations payantes instaurées après 1913 dans les différents hôpitaux. Cet accueil enthousiaste n’est pas réservé aux établissements français. Les statistiques des établissements religieux, protestants essentiellement, attestent en effet un fonctionnement plus qu’honorable. Le Canton Hospital, qui avait en 1867 reçu 18 477 consultants et avait hospitalisé 400 Chinois, a vu le nombre de ses patients hospitalisés augmenter progressivement : 1 324 en 1889 et 2 000 en 190365. L’hôpital de la mission rhénane, établi à Dongguan, fonctionnant avec un médecin allemand et un assistant chinois, hospitalisait 275 malades et donnait 14 639 consultations à 4 838 consultants en 1896 ; il enregistrait 670 hospitalisations et 20 000 consultations sept ans plus tard66. Au bout de deux années de fonctionnement, l’hôpital public chinois, fondé à Pékin en 1906 par la police, voyait son service de médecine occidentale l’emporter sur le service de médecine traditionnelle : en juin 1908, le service de médecine occidentale avait reçu 7 499 malades, celui de médecine traditionnelle 6 851. Les années suivantes, le service de médecine occidentale recevait une à deux fois plus de malades que le service de médecine traditionnelle67.

    51Cet enthousiasme pour les pratiques occidentales de santé est pourtant nuancé par certaines formes de résistance, en particulier de la part des femmes.

    Femmes et enfants : une réticence progressivement refoulée

    52La prédominance masculine à la consultation est un phénomène constaté dans les toutes les structures médicales occidentales : à Haikou, la clientèle masculine globale oscille au cours des vingt-deux années consécutives pour lesquelles nous connaissons le détail de la consultation, entre 37 et 62 % de la clientèle (Tableau IV. 16) ; à Kunming, sur les onze années de statistiques détaillées, la clientèle masculine représente de 50 à 70 % de la clientèle générale (Tableau IV. 17.) ; à Mengzi, la clientèle masculine oscille entre 50 et 87 % de la clientèle (Tableau IV. 18.) ; à Canton, elle varie de 44 à 67 % (Tableau IV. 19.).

    Évolution de la consultation par hôpital

    Tableau IV.16. Hôpital de Haikou (1907-1929).

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    Sources : GGI.dos.40934.

    Tableau IV.17. Hôpital de Kunming (1908-1931).

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    Sources : GGI.dos.65324, GGI.dos.40934 et Dr Vadon, 1914, AHMC.

    Tableau IV.18. Hôpital de Mengzi (1902-1925).

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    Sources : GGI.dos.32747, GGI.dos.65324, Talbot, 1911, « Poste consulaire de Mongtseu » AHMC, GGI.dos.40934.

    Tableau IV. 19. Hôpital de Canton (1907-1922).

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    Sources : GGI.dos.65324, GGI.dos.32792.

    53Plusieurs raisons semblent s’être combinées pour expliquer la prédominance masculine dans la clientèle des médecins français. Le déséquilibre structurel de la population chinoise en faveur d’une prédominance masculine, invoqué par le médecin protestant Gear en 1934 pour expliquer la même situation dans les hôpitaux missionnaires de la Chine, peut en partie justifier la surreprésentation masculine parmi les consultants68. L’analyse des données démographiques de plusieurs localités du Yunnan, du Guangxi et du Guangdong attestent en effet un déséquilibre de la population : selon un recensement de 1932, on comptait dans différents districts de Luoping 63 398 hommes pour 56 495 femmes, soit 112 hommes pour 100 femmes ; à Guixian, en 1933, on recensait 219 116 hommes pour 180 190 femmes, soit 122 hommes pour 100 femmes ; sur sept districts de Yongning, au début des années 1930, on dénombrait 221 944 hommes pour 180 222 femmes, soit 123 hommes pour 100 femmes. Les recensements de Kunming pour les années 1918 et 1922 attestent une légère supériorité du nombre d’hommes, soit un rapport de 114 et 119 hommes pour 100 femmes. Ce recensement prend seulement en compte le nombre de foyers et ne comptabilise pas la population flottante, en particulier la population militaire masculine pourtant nombreuse à Kunming, selon les témoignages des médecins français. Dans l’île de Hainan, en 1930, la population masculine est estimée à 1 200 000 pour 750 000 femmes, soit un rapport de 160 hommes pour 100 femmes69.

    54Néanmoins, l’explication la plus plausible est celle couramment donnée par les médecins qui arrivent en Chine : « Les femmes chinoises n’aiment pas beaucoup à se faire examiner par des hommes, à plus forte raison par un étranger70. »

    55A son arrivée dans le poste de Mengzi, le Dr Reygondaud, mis en contact avec les pratiques thérapeutiques autochtones, décrit ce qu’il a perçu de l’examen clinique du médecin chinois :

    « Celui-ci, appelé au chevet d’un malade, tâte le pouls, ne pose aucune question [...] le pouls et le simple aspect du malade doivent lui suffire pour poser son diagnostic. S’il est appelé auprès d’une femme, c’est encore pire : à l’arrivée du médecin, la femme dans son lit s’enfonce corps et tête sous les couvertures, tend sa main au médecin qui tâte le pouls et doit se contenter de ce seul élément de diagnostic71. »

    56En 1914, à Canton, le médecin-chef Dupuy confirme cette réticence :

    « En ce qui concerne les examens cliniques, c’est une bien autre affaire [...] en hiver, la pudeur et le froid aidant, je défie le médecin le plus consciencieux et le plus patient de poser un diagnostic un peu solide d’une affection des voies respiratoires chez une femme qu’il s’agit d’ausculter [...] à travers seize ou dix-sept pièces de vêtements superposés [...]. Elle entrebâille un carré grand comme la main où il s’agit de glisser une oreille [...] la prise de température étant le plus souvent un simple simulacre72. »

    57L’implantation de la médecine occidentale au xixe siècle dans différentes sociétés non occidentalisées, en particulier dans les colonies européennes, a souffert des mêmes limites. Yvonne Turin rappelle que les médecins français pénètrent rarement à l’intérieur des foyers algériens et jamais en cas d’accouchement. David Arnold explique que deux raisons majeures ont joué pour que l’on ignore tout de la santé des femmes en Inde : l’intérêt des autorités coloniales exclusivement porté sur les problèmes de santé des hommes, soldats, prisonniers et plus tard planteurs, mais aussi l’impossibilité d’avoir accès aux femmes indiennes73.

    58En Chine, Charlotte Furth, dans son étude sur la littérature médicale des Qing, rappelle combien l’accès au chevet d’une femme malade était rare et combien il était impensable auprès d’une parturiente. Des codes écrits d’éthique médicale recommandaient aux médecins de se faire accompagner lorsqu’ils devaient se rendre auprès d’une femme malade, surtout s’il s’agissait d’une religieuse, d’une veuve ou encore d’une vierge74. Dans la littérature chinoise, certains récits de visites médicales auprès d’une femme témoignent en effet d’un climat de malaise et rendent compte des contacts physiques limités. Dans le Rêve dans le Pavillon rouge (XVIIIe s.), le médecin Zhang se rend au palais, appelé auprès de l’épouse de Jia l’Hisbicus, arrière-petit-neveu de la vénérable ancêtre Jia, malade depuis déjà deux mois malgré les nombreuses prescriptions de différents médecins :

    « Des commères de la suite apportèrent un gros coussin, y adossèrent la malade et relevèrent ses manches pour en dégager ses poignets. Le médecin étendit le bras, appuya ses doigts sur le pouls du poignet droit, mit au point sa propre respiration, concentra ses esprits vitaux et étudia scrupuleusement les pulsations, pendant un très long moment. Puis il procéda de même avec le poignet gauche. L’examen terminé, il dit à Hibiscus : “Allons nous asseoir à côté, dans la salle.” »

    59Un peu plus loin dans le récit, le médecin Wang, appelé cette fois-ci auprès de l’aïeule, procède à l’examen :

    « Elle étendit lentement le bras et posa la main sur le petit oreiller en forme de billot [...] Le docteur Wang s’assit, une jambe repliée, détourna la tête, procéda longuement à l’examen des pulsations de ce poignet, puis de l’autre, se leva, s’inclina tête baissée et recula pour sortir [...] »

    60L’examen médical d’une soubrette n’est guère différent :

    « La soubrette, couchée sur le lit de brique à hypocauste, se dérobait aux yeux du médecin. C’est par un imperceptible entrebâillement de ces rideaux qu’elle lui tendit un de ses poignets. Mais à peine eut-il aperçu cette main dont deux ongles, longs d’au moins deux ou trois pouces, gardaient encore les traces toutes fraîches de balsamine, qu’il s’en détourna avec une extrême vivacité. Il n’entreprit l’examen du pouls que lorsqu’une vieille servante se fut empressée de voiler la main d’un mouchoir. Au bout d’un instant, il se leva du siège [...] se retira dans la salle voisine75 [...] »

    61D’après ces différents récits, en présence d’une femme malade, le médecin chinois limitait son diagnostic à la seule prise de pouls : point d’examen clinique, point d’interrogatoire. Dans ces conditions, il paraît plausible que les femmes chinoises aient laissé aux hommes le soin d’essayer cette nouvelle médecine venue de l’Occident : à quoi bon s’exposer à l’examen impudique d’un homme étranger si la guérison n’était pas garantie ? Une fois l’efficacité de ces nouvelles pratiques prouvée sur la gent masculine, les femmes semblèrent acquérir suffisamment de confiance pour s’y présenter et amener leurs enfants (en effet, les courbes de consultation des femmes et des enfants évoluent de façon si semblable qu’on peut affirmer que la santé des enfants est étroitement sous la responsabilité des femmes). Et, si la clientèle masculine est plus importante partout et à tout moment, tous les postes médicaux consulaires partagent une évolution similaire : la proportion de femmes et d’enfants à la consultation augmente avec le temps et selon des rythmes de croissance parfois supérieurs à celui des hommes. En revanche, l’hospitalisation est plus difficile à faire accepter aux femmes.

    62La proportion d’hommes hospitalisés représente entre 74 et 93 % de la clientèle générale de l’hôpital de Kunming, entre 48 et 96 % de celle de Haikou, entre 56 et 97 % de celle de Canton. À Beihai, la seule statistique que nous possédons montre une proportion d’hommes de 53 %, de femmes de 20 % et d’enfants de 27 % (voir Tableaux IV.20., IV.21. et IV.22.).

    Évolution de la l’hospitalisation par hôpital

    Tableau IV.20. Hôpital de Kunming (1904-1931).

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    Sources : GGI.dos.40894, GGI.dos.65324, AHMC, 1914, GGI.dos.40934.

    Tableau IV.21. Hôpital de Canton (1905-1922).

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    Sources : GGI.dos.65324, GGI.dos.32792 et NS, Chine, vol. 660.

    Tableau IV.22. Hôpital de Haikou (1910-1929).

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    Sources : GGI.dos.40934.

    63Une étude réalisée en 1934 et réunissant les statistiques de 25 hôpitaux protestants permet la même constatation : pour 100 femmes hospitalisées en 1933 et en 1934, 211 puis 219 hommes sont hospitalisés, soit 68 % d’hommes et 32 % de femmes76. Le calcul de la croissance annuelle des hospitalisés hommes, femmes et enfants, ceci pour chaque hôpital, suggère néanmoins des évolutions différentes. Si les hôpitaux de Kunming et de Mengzi restent essentiellement fréquentés par des hommes, la clientèle hospitalisée de Haikou et de Canton évolue sensiblement au fil du temps : à Haikou, le nombre de femmes et d’enfants hospitalisés s’accroît en moyenne de 25 % par an tandis que le nombre d’hommes augmente seulement de 15 % par an. À Canton, le nombre de femmes et d’enfants augmente en moyenne de 17 % et 18 % par an tandis que le nombre d’hommes s’accroît en moyenne de 3,3 % par an.

    64L’aversion des femmes envers l’hospitalisation peut s’expliquer en partie par les mauvaises conditions qui leur sont offertes. Malgré leur vocation civile, les hôpitaux français ne se dotent pas tous et au même moment de pavillons spéciaux et de personnel féminin destinés à accueillir une population féminine et enfantine peu préparées aux méthodes occidentales. L’hôpital de Kunming n’engage une sage-femme qu’à partir de 1924 et ne possède un pavillon spécialement affecté aux femmes qu’après la construction du grand hôpital Calmette en 1930. L’hôpital de Mengzi n’a jamais disposé d’une infirmière qui aurait pu être spécialement réservée aux femmes. À l’inverse, les hôpitaux de Canton et de Haikou sont mieux équipés pour recevoir les femmes malades. À Canton, la première infirmière est recrutée en 1907 ; en 1910, elles sont trois à s’occuper particulièrement des femmes dans un pavillon qui leur est réservé. L’hôpital de Haikou engage dès 1916 une aide-infirmière chinoise ; en 1925, un pavillon entier est réservé aux femmes et une seconde infirmière-accoucheuse est embauchée. L’amélioration des conditions d’accueil dans ces deux hôpitaux explique sans aucun doute la forte croissance du nombre de femmes hospitalisées à l’hôpital de Canton à partir de 1913 ou dans celui de Haikou à partir de 1919.

    65La forte proportion d’hommes hospitalisés à Kunming jusqu’en 1930 et à Haikou pour les années 1917-1920 tient aussi à la situation politique locale. Le cantonnement de soldats dans une ville semble avoir doublement joué dans la surreprésentation masculine au sein des hospitalisés. La présence de militaires prélude en général aux combats et aux blessures entraînant une hospitalisation plus nombreuse d’hommes. Et la présence de soldats à l’hôpital éloigne la population féminine, comme le confirme le Dr Esserteau en poste à l’hôpital français de Haikou en 1917 :

    « Les femmes et les enfants, qui déjà autrefois ne venaient se faire hospitaliser qu’en petit nombre, n’osent plus se faire mettre en traitement, dans l’appréhension de se trouver dans le voisinage d’une soldatesque qui jouit à juste raison d’une assez mauvaise réputation parmi la population locale77. »

    Les maladies traitées

    66L’existence d’une statistique indiquant les pathologies traitées dans la clientèle chinoise permet de poursuivre l’analyse de l’acceptation de la médecine occidentale78.

    67Partout, ce sont les maladies vénériennes et cutanées, incluant la syphilis, la gale, les suppurations inflammatoires, l’impétigo ou les ulcères phagédéniques, les maladies générales principalement représentées par le paludisme ou la tuberculose, les maladies des organes des sens, comme les conjonctivites bactériennes, et les maladies de l’appareil digestif qui amènent les Chinois à consulter les médecins français et les médecins missionnaires installés en Chine du Sud79.

    68Certes, les conditions climatiques et topographiques de la Chine du Sud, douceur, humidité, larges étendues d’eau, favorisent, on l’a vu, certaines maladies infectieuses comme le paludisme, la peste et beaucoup de maladies parasitaires. L’ignorance des principes d’hygiène, communément dénoncée par les observateurs occidentaux qui arrivent en Chine, est certainement responsable de la large diffusion de certaines maladies contagieuses. L’usage de transporter et de conserver les matières fécales pour les besoins de l’agriculture, l’usage collectif d’ustensiles de toilette chez le barbier, l’absence de contrôle de la prostitution, mêlée à la pauvreté et la promiscuité, sont responsables de l’épidémisation de la typhoïde, du choléra, de la syphilis, des conjonctivites bactériennes et des maladies cutanées contagieuses. Néanmoins, ces échantillons de maladies traitées ne reflètent pas la réalité épidémiologique de la société chinoise. Trop de biais leur enlèvent leur neutralité. D’abord, les médecins français n’accueillent pas tous les malades : les cholériques ne sont au départ pas admis et le lépreux suscite une telle horreur dans la population qu’il est rarement reçu à l’hôpital. Ensuite, aux dires des médecins en poste, les malades n’ont recours à la médecine occidentale qu’en dernier ressort, lorsque toutes les thérapeutiques familières ont montré leur inefficacité. Ces différents biais entraînent nécessairement la sous- ou sur-représentation de certaines pathologies dans l’échantillon des maladies signalées par les médecins français : celles qui sont soignées avec succès par les pratiques traditionnelles ne figurent pas dans les nosographies occidentales, ou dans de très faibles proportions ; à l’inverse, certaines pathologies traitées rapidement et de façon ostentatoire par la médecine occidentale sont surreprésentées dans ces nosographies. Ainsi, l’effet « magique » et rapide de la quinine, des collyres, des dérivés de mercure et d’arsenic, thérapeutiques efficaces dont disposent depuis déjà le milieu du xixe siècle les médecins français, les injections de néosalvarsan depuis 1911, expliquent en partie la grande proportion de malades venus se faire soigner pour le paludisme, la syphilis et les infections oculaires.

    69La médecine occidentale est donc utilisée par la population chinoise pour les solutions rapidement bénéfiques qu’elle autorise en ce début de siècle : chirurgie aseptisée, traitements antiseptiques des plaies, injections de néosalvarsan, quinine, vaccination antivariolique. Cette étude confirme donc celles faites antérieurement sur le Yunnan et en Chine en général, et souligne l’accueil sélectif des techniques occidentales : les Chinois consultent les médecins occidentaux pour des maladies que les solutions traditionnelles ne soignent guère, et que la médecine occidentale soigne vite80.

    70Néanmoins, les statistiques sérielles des consultations payantes et gratuites de l’hôpital français de Kunming, soumises au calcul de l’indice de corrélation81, mettent en lumière une légère évolution : les pathologies minoritaires en début de période croissent selon un rythme supérieur à celui des pathologies dominantes. Cette évolution ne semble pas devoir être attribuée à une rupture de la pathocénose, au sens que Grmek donne à ce terme, mais plutôt à un usage plus général de la médecine occidentale avec le temps : les Chinois, qui, à la fin des années 1920, viennent toujours en majorité pour recevoir des traitements contre la syphilis, le paludisme et autres maladies infectieuses rapidement traitées par la thérapeutique occidentale, finissent par venir pour des pathologies qu’ils confiaient naguère aux thérapeutes locaux.

    71Enfin, terminons par le cas particulier de l’accouchement. Les femmes chinoises, on l’a vu, consultent plus volontiers le médecin occidental en fin qu’en début de période. En revanche, elles sont peu nombreuses à se faire hospitaliser. Les conditions d’hospitalisation ne sont certes pas idéales. Mais d’autres raisons doivent être évoquées. Les contraintes nouvelles induites par l’hospitalisation semblent particulièrement inacceptables lorsqu’elles touchent à des actes lourdement chargés de conséquences réelles et symboliques comme la mort et la naissance. Les médecins se doivent alors d’être imaginatifs. La mort d’un malade dans l’hôpital sème la panique parmi les autres hospitalisés :

    « Dans mon ancien dispensaire, je me suis parfois trouvé dans l’obligation d’évacuer mes mourants dans la cour, sous peine de voir les malades déserter en masse mon hôpital82. »

    72Pour les naissances, les médecins français n’ont pas le succès qu’ils escomptaient malgré les progrès réalisés en obstétrique depuis les premiers travaux sur la fièvre puerpérale en 1860 et les mesures prophylactiques prises et systématisées dans les dernières décennies du xixe siècle83. Et beaucoup déplorent que la famille ne fasse appel au médecin qu’en dernier ressort, souvent en désespoir de cause.

    73Les médecins militaires français doivent en effet détrôner la matrone locale, détacher ces femmes des pratiques traditionnelles et de leur foyer, et faire accepter des méthodes d’accouchement parfaitement étrangères comme l’accouchement allongé, le toucher, la ligature du cordon ombilical aux ciseaux suivie du bain, de la pesée et des mensurations du nouveau-né. En somme, il s’agit pour les femmes chinoises de recevoir une véritable acculturation touchant à un acte symbolique et réel particulièrement important, dont le déroulement, considéré comme très risqué pour la mère et pour l’enfant, est entouré d’un halo de conseils et de rites.

    74Les prescriptions chinoises qui s’adressent à la femme enceinte, les conseils au moment de l’accouchement et enfin les soins à faire au nouveau-né ne semblent pas avoir beaucoup évolué dans les traités médicaux chinois depuis l’époque des Song jusqu’à la fin de l’Empire. Les traités de médecine conseillent notamment à la parturiente la position verticale, debout ou assise. Lorsque l’enfant est né, il est de règle de le laver avant d’avoir coupé le cordon ombilical pour éviter que l’eau n’entre par le nombril et ne provoque des maux de ventre. Le cordon ombilical est ensuite coupé à deux ou trois pouces de l’abdomen à l’aide des dents, d’un morceau de porcelaine, mais jamais avec un objet métallique, dont le qi serait trop refroidissant. Si le bébé semble en mauvaise santé, il est conseillé de brûler le placenta et de chauffer le cordon ombilical afin que le souffle chaud remonte dans le ventre du nouveau-né. Sinon, le placenta est recueilli, soigneusement lavé, mis dans une bouteille hermétiquement fermée et enterrée au troisième jour, si c’est une nuit sans lune ou juste après la cérémonie du premier mois, sur une hauteur et face au Levant afin que l’enfant se porte bien et vive longtemps. Au troisième jour, l’enfant est lavé puis revêtu d’habits confectionnés avec de vieux tissus, dont l’étoffe usée est jugée plus douce pour la peau tendre du nouveau-né, mais aussi, parce que provenant de parents proches, elle est dotée d’une vertu protectrice. Ce jour-là, l’enfant est présenté à la famille et entre dans le cercle familial. Le nouveau-né reste enfermé pendant un mois avec sa mère dans une pièce où l’air n’est pas renouvelé par crainte des effets tragiques du vent sur l’enfant mais aussi pour se débarrasser, sans nuire à la communauté, des impuretés polluantes consécutives à l’accouchement. D’une façon générale, la grossesse, la naissance et l’enfance sont perçues comme des moments de risques et d’instabilité84.

    75Ces conseils prodigués dans des traités de médecine des xvie, xviie et xviiie siècles, réédités de nombreuses fois jusqu’à la fin de l’Empire, sont sûrement largement diffusés et régulièrement pratiqués, même si l’accouchement en Chine, comme dans beaucoup de sociétés traditionnelles, se passe entre femmes ; dans de très rares cas, et souvent en désespoir de cause, on fait appel à un médecin85. On retrouve en effet plusieurs de ces conseils dans des traités de médecine locaux86. De plus, certains essais des médecins français, à propos de l’hygiène ou des mœurs, témoignent de la survivance de pratiques très proches de celles décrites dans la littérature médicale des Ming et des Qing. En 1908, le médecin français Feray, auteur de rapports sur la variolisation ou sur les médecins chinois basés sur une observation minutieuse des mœurs et sur des sources médicales et historiques chinoises, décrit l’accouchement tel qu’il se produit à Kunming :

    « L’enfant est né ; une tasse en porcelaine est cassée, et un des morceaux sert à couper le cordon ombilical. Un pansement est ensuite appliqué sur le nombril du nouveau-né, que l’on emmaillote sans autre toilette [...]. La nouvelle accouchée doit rester assise pendant trois jours, pour permettre aux impuretés qui proviennent de son état de sortir du corps. Elle devra garder la chambre pendant trente jours. [...] Si le nouveau-né est un garçon, le troisième jour on procède à sa toilette et on lui fait revêtir le Mao-Chan, sorte de tunique sans boutons ni manches, de couleur rouge et verte. Si c’est une fille, la toilette ne sera faite que le quatrième jour87. »

    76Quelques années plus tard, le Dr Mouillac à Kunming note que la femme enceinte doit suivre certaines règles dans le but de faciliter l’accouchement. Elle ne doit pas trop manger pour ne pas avoir un enfant trop gros, elle doit marcher et prendre de l’exercice, elle ne doit pas rester trop longtemps au lit. Au moment de l’accouchement, la parturiente prend une décoction de gentiane puis s’assoit sur le bord de son lit, les jambes pendantes ; elle ne doit pas se coucher, elle est soutenue dans cette position par des coussins ou par une femme qui s’accroupit sur le lit derrière elle.

    « À sa naissance, l’enfant est enveloppé grossièrement dans quelques linges et l’on attend la descente du placenta pour sectionner le cordon, ce qui se fait avec le tranchant d’un tesson de bol. Le cordon est noué sur lui-même sans fil et l’on applique un pansement fait d’huile sale et de coton souvent souillé. [...] L’enfant n’est lavé que le troisième ou quatrième jour après sa naissance. Ce jour-là, les parents et amis sont invités à cette cérémonie et à dîner. Chacun apporte un cadeau pour la mère et l’enfant. Au milieu du repas, la matrone apporte l’enfant et le baigne devant tous les invités qui, pour la récompenser, jettent des pièces de monnaie dans la baignoire. [...] L’accouchée ne reçoit aucun soin spécial. Elle doit manger beaucoup d’œufs de poules qui ne sont pas toujours frais88. »

    77À Haikou, le médecin rapporte qu’après l’accouchement, les femmes chinoises, quelle que soit la saison, aiment à s’enfermer dans un local hermétiquement clos et à s’envelopper dans des couvertures.

    « Elles revêtent les habits les plus usagés et les plus malpropres de leur garde-robe. [...] Même dans les maternités des hôpitaux étrangers, il est très difficile de les faire renoncer à ces coutumes préjudiciables. Par contre, elles doivent se nourrir copieusement et bien souvent celles qu’assiste notre établissement ne se contentent pas des trois repas quotidiens. [...] Il est aussi usage d’effectuer à la maternité la pesée du nourrisson. Au début, les mères s’opposaient à cette pratique, la redoutant comme susceptible d’appeler le mauvais sort sur leur enfant. Actuellement, elles l’admettent très volontiers89... »

    78Ces différents récits démontrent la persistance de pratiques rituelles et médicales anciennes auxquelles peu de femmes certainement osèrent déroger, tant la bonne santé du bébé était jugée comme la conséquence immédiate des qualités morales et du mode de vie de la mère, pendant la grossesse et après l’accouchement. Dans le traité de médecine Bu zhi yi biyao, les cas de grossesses difficiles résultent tous d’un travail mal mené par la mère : l’enfant est en position transversale, c’est la mère qui a débuté le travail trop tôt ; l’enfant est en position inverse, c’est que la mère a été consciencieuse trop tôt ; l’enfant est en position oblique, la mère a mené son travail avec trop de rapidité90. Alors, pour conjurer le sort et protéger la vie du nouveau-né, si essentielle pour la mère car elle va parachever – si c’est un garçon – sa fusion dans le creuset de la belle-famille, mais considérée comme très aléatoire jusqu’au troisième jour, il convient d’être respectueux en tout envers les usages anciens. Et d’ailleurs le Bu zhi yi biyao y va de ses conseils :

    « Après l’accouchement, il y a trois interdits : transpirer, s’inquiéter et perdre du yang. [...] Lorsque le placenta est descendu, il faut absolument absorber une décoction pour les troubles du post-partum, s’allonger sur un lit et s’appuyer contre un coussin. En plein été, il faut faire un coussin avec de la liane. Se tenir ainsi pendant quatre ou cinq jours, et après on peut dormir paisiblement. On peut aussi avec sa main masser à plat du cœur au nombril. Il est formellement déconseillé de sortir lorsqu’il y a de la rosée, et il faut également absolument éviter que le vent ne vienne nourrir l’esprit. Il faut parler peu, et s’abstenir absolument de se peigner et de se laver les pieds. 11 faut éviter les visites, le vent et l’humidité91. »

    79On comprend alors mieux les réticences des femmes à venir accoucher dans des structures occidentales et les déboires que connut la création, à Mengzi, d’une œuvre destinée à donner des conseils de puériculture, œuvre de la goutte de lait :

    « Malgré une réclame bien menée, [...] elle n’eut pas le succès qu’annonçaient les débuts. [...] Quand on voulut faire venir les nourrissons pour le contrôle, les clients disparurent [...] les Chinois étant très méfiants92. »

    80Ce n’est donc qu’en améliorant les conditions d’accueil et en assouplissant des techniques modernes mais culturellement inadaptées, que les structures occidentales virent le nombre d’accouchements s’accroître. Ainsi, l’hôpital de Haikou, qui s’était progressivement doté de deux infirmières chinoises et d’un pavillon réservé aux femmes voyait le nombre de ses accouchements passer de quatre par an en 1918 à une centaine à partir de 1925. Un médecin employé à l’hôpital de la mission presbytérienne de Hainan l’avait bien compris : en plus de l’asepsie et du laisser-faire, les accouchements étaient exclusivement effectués par des sages-femmes, à un étage entièrement consacré aux parturientes, sans jamais procéder aux examens vaginaux, sauf en cas de force majeure. Ces quelques précautions lui garantissaient 700 à 800 grossesses par an93.

    Une médecine traditionnelle en mutation ?

    81Le recours à la médecine occidentale n’empêche pas la population de continuer à consulter les médecins chinois. Le Dr Mouillac déplore même en 1925 que la population continue à s’adresser en premier aux praticiens traditionnels :

    « Ce sont ces médecins qui d’ordinaire voient d’abord les malades, on ne s’adresse aux Européens que si le premier traitement n’a pas donné de résultat94. »

    82L’étude systématique des 422 biographies d’hommes versés dans l’art médical en Chine du Sud, sous les Qing et la République, suggère néanmoins quelques changements dans la façon d’exercer l’art de soigner. D’abord, certaines techniques occidentales ont été assimilées par les thérapeutes chinois au fil du xixe siècle. Quelques biographies, rares il est vrai, signalent en effet l’utilisation de techniques occidentales. La vaccination antivariolique est mentionnée dans des biographies de médecins du Guangdong. Cette pratique, mise au point en Angleterre par Edward Jenner en 1796, avait été introduite pour la première fois à Macao au tout début du xixe siècle, par des marchands portugais. Après 1811, la vaccination antivariolique semble s’être diffusée dans le Guangdong, à l’instigation de quelques médecins chinois95. Parmi eux, Qiu Xi, (1774-1850), originaire de Nanhai, qui rédigea un livre consacré à la vaccination antivariolique, le Yindou lüe, publié en 1817, réédité quarante fois au xixe siècle, et une vingtaine de fois au xxe siècle. Dans sa biographie, on raconte qu’en 1811, des commerçants étrangers arrivèrent de Xiaolusong avec une dizaine de petits enfants ; sur la route qui les amena jusqu’au Guangdong, ils se servaient de ces enfants immunisés pour vacciner les enfants chinois. Des commerçants, travaillant avec les étrangers, donnèrent ensemble 3 200 taëls d’argent pour que des médecins chinois se forment à cette pratique. Quatre hommes se proposèrent pour étudier cette technique, Liang Hui de Panyu, Zhang Yao de Xiangshan, Qiu Xi, qui l’avait essayé sur lui puis sur ses proches, et Tan Guo de Nanhai. Liang Hui retourna à Huangbu, Zhang Yao à Cuiwei, Qiu Xi et Tan Guo commencèrent à pratiquer ces techniques dans la région de Nanhai. Ils fondèrent un Bureau qui cessa momentanément de fonctionner en 1842, faute d’argent et à cause de la guerre de l’Opium. Wu Fangbai et Chong Yao supportèrent les frais de l’organisation pendant encore dix ans. En 1862, cet établissement jugé d’utilité publique bénéficia d’un don de 152 taëls par un officiel96. En plus de ces quatre médecins chinois responsables de la diffusion de la vaccination occidentale, on trouve Liang Guochi, originaire du Guangdong, bachelier (jiansheng) qui, à la suite d’une grande épidémie de variole, s’en fut acquérir auprès des Occidentaux les techniques de vaccination antivariolique97.

    83Mais surtout, l’analyse des biographies montre une tendance à la spécialisation de la médecine traditionnelle chinoise : le corpus de biographies d’hommes réservait, à partir de 1850, une place de plus en plus réduite aux mandarins pratiquant la médecine épisodiquement ou spéculant sur la culture médicale ; sous la République, ces individus ne faisaient plus l’objet de l’éloge biographique. Cette évolution, qui traduit sinon une disparition réelle du médecin amateur au profit du praticien à part entière, du moins une vision plus professionnelle de l’exercice médical, et qui est contemporaine de l’introduction en Chine des médecins occidentaux, suggère une contamination de la pratique chinoise par la pratique occidentale. Une pratique qui va progressivement passer par l’institutionnalisation de son enseignement et par la reconnaissance publique de ses compétences. En effet, au cours des vingt premières années du xxe siècle, plusieurs écoles sont mises en place sur le modèle de la Liji yiyuan xuetang (École pratique de l’hôpital), fondée par Chen Qiu en 1885 dans la province du Zhejiang, indépendante donc de l’Académie impériale de médecine, le Taiyiyuan98. Au Yunnan, en 1904, deux lettrés sans poste et soucieux d’unifier l’enseignement de la médecine traditionnelle fondent à leur tour une petite école de médecine traditionnelle. À Canton, la première école de médecine traditionnelle est fondée en 1913, patronnée et subventionnée par les pharmaciens traditionnels de Canton et de Hongkong99. Recrutant des étudiants diplômés de l’enseignement secondaire et proposant un cursus de quatre ou cinq années d’études, jalonnées d’examens théoriques et pratiques trimestriels assortis de récompenses pour les meilleurs, ces écoles auxquelles sont souvent rattachés des dispensaires pour l’instruction pratique, sont bien l’expression d’une volonté d’organiser la profession médicale. C’est donc au contact des médecins occidentaux et en réaction contre leur influence, que les médecins traditionnels commencent à s’organiser en donnant à leur art l’allure et les cadres d’une profession.

    Notes de bas de page

    1 H. Balme, China and Modem Medicine, p. 78, cite l’enquête « An Inquiry into the Scientific Efficiency of Mission Hospitals », parue dans le China Medical Journal, en novembre 1920.

    2 Maxwell J.-L, « Present Position of Medical Missions in China », The China Medical Journal, 1927, pp. 472 et suivantes.

    3 China Mission Year Book, 1910, pp. 225-228.

    4 China Mission Year Book, 1918, annexe 4.

    5 Morache G., Pékin et ses habitants, p. 46.

    6 Nanhai xianzhi, 1911, jianzhi.

    7 Voir successivement Nanhai xianzhi, 1911, jianzhi ; Foshan zhongyi xiangzhi, 1923,7, cishan zhi ; Xiangshan xianzhi, 1923, 4, jianzhi, shantang.

    8 Dans la sous-préfecture de Kaiping, on trouve les établissements Magang aishan tang et Chikan aishan tang, respectivement construits en 1886 et en 1888 par des gens de la ville de Magang et de Chikan, qui offrent des soins médicaux et la vaccination antivariolique. Une dizaine d’autres sont construits dans cette sous-préfecture avant les années 1920 (Kaiping xianzhi, 1933, 10, jianzhi). Dans la sous-préfecture de Enping, le Fushan tang est fondé en 1887 par des notables de la ville, destiné à propager l’enseignement et à offrir des soins médicaux (Enping xianzhi, 1934, 7, jianzhi). Dans la sous-préfecture de Xiangshan, on compte plus de quatorze établissements charitables de soins où l’on pratique aussi la vaccination antivariolique (Xiangshan xianzhi xubian, 1923). À Panyu, un Aiyu tang est fondé en 1872 par des souscriptions de notables. Il a la charge de fonder des écoles, de délivrer des médicaments et des cercueils et d’abriter des malades et des infirmes (Guangzhou fuzhi, 1880, 65, jianzhi, panyu xian).

    9 Rong xianzhi, 1936, 1, shehui. Yue est une désignation ancienne de la province du Guangdong.

    10 Yongning xianzhi, 1937, 4, shehui.

    11 Hexianzhi, 1934, 2, shehui.

    12 GGI.dos.38991, lettre du consul Bradier au gouverneur général de l’Indochine, 1/12/ 1908.

    13 Max Weber emploie le mot « liturgique » pour désigner le service public qui, dans la Grèce antique, était pris en charge par les citoyens les plus riches, à tour de rôle. Voir Mann S., Local Merchants and the Chinese Bureaucracy, 1750-1950, Stanford, Stanford University Press, 1987, Backus Rankin S., Elite Activism and Political Transformation in China, Zhejiang Province, Stanford, Stanford University Press, 1986, Brook T., Chinese Local Elites and Patterns of Dominance, Berkeley, University of California Press, 1990 ou Rhoads E.J.M., « Merchant Associations in Canton, 1895- 1911 » dans Elvin M., Skinner G.W., The Chinese City Between Two Worlds, Stanford, Stanford University Press, 1974, pp. 97-117.

    14 Kunming shizhi, 1924, 4, cishan shiye.

    15 Nanhai xianzhi, 1911, jianzhi.

    16 Voir successivement Nanhai xianzhi, 1911, jianzhi, Foshan zhongyi xiangzhi, 1923, 7, cishan zhi et Rang xianzhi, 1936, 1, shehui ; He xianzhi, 1934, 2, shehui et Xiangshan xianzhi, 1923, 4, jianzhi, shantang.

    17 Benedict C., Bubonic Plague in Nineteenth Century, China, p. 134.

    18 Dr Pouthiou-Lavielle, « Considérations sur la peste à Pakhoi pendant le mois de mai 1910 », Bulletin de la société médico-chirurgicale de l’Indochine. 1, 10, 1910, pp. 507-516. On peut trouver dans son article la traduction de cette brochure.

    19 Nanhai xianzhi, 1911,20, Liezhuan.

    20 Dr Feray, « Historique et pratique de la vaccine en Chine », AHMC, 1907, pp. 498- 514.

    21 Dr Dupuy, « Poste consulaire de Canton », AHMC, 1911, pp. 383-389.

    22 Voir Gong Chun, Zhongguo lidai weisheng zuzhi jiyixue jiaoy (Histoire de l’hygiène et de l’enseignement médical en Chine) Beijing, weisheng bu kejiao si, 1983, p. 159, Tianjin fangyi zhangeheng (Règlements contre les épidémies à Tianjin), Dongjang zazhi 6, 1904, p. 4.

    23 Voir Benedict C., « Policing the Sick : Plague and the Origins of State Medicine », Late Imperial China. 14, 2, 1993, pp. 60-77, p. 65.

    24 Cette inquiétude sera aiguë après l’établissement du gouvernement nationaliste à Nankin. On peut se référer à la correspondance du Dr Esserteau, en poste à Haikou, adressée à la légation de France à Pékin, concernant les nouvelles réglementations à propos des médicaments, des écoles ou des établissements hospitaliers. GGI.dos.56311, Dr Esserteau au Ministre de la légation de France à Pékin, le 11/07/1929, ou GGI.dos.42403.

    25 Pour Canton, voir le rapport du Dr Dupuy, « Rapport sur le fonctionnement du poste médical consulaire de Canton pendant l’année 1906 », AHMC, 1908, pp. 179-199 ; Pour Longzhou et Beihai voir le rapport du Dr Peloft, GGI.dos.65324, rapport d’ensemble pour l’année 1907 ; pour Kunming, voir le rapport du Dr Feray, « Le poste médical de Yunnanfou (Chine) », AHMC, 1910, pp. 373-410.

    26 Dr Vadon, « Un poste médical consulaire en Chine, Yunnanfou », AHMC, 1914, pp. 501-525.

    27 Voir GGI.dos.40934, Rapport du Dr Mouillac, Yunnanfou, 1922 et GGI.dos.40934, Rapport sur le poste de Yunnanfou en 1924, du Dr Mouillac 25/3/1925, « Étude sur l’hygiène à Yunnanfou ».

    28 Dr Dupuy, « Rapport sur le fonctionnement du poste médical consulaire de Canton pendant l’année 1906 », AHMC, 1908, pp. 179-199 et pour Kunming, GGI.dos.32792, rapport du Dr Vadon sur le poste de Yunnanfou, 1914.

    29 Dr Talbot, « La répression de l’opium au Yunnan », AHMC, 1913, pp. 467-470.

    30 Voir Dr Dupuy, « Poste consulaire de Canton », AHMC, 1911, pp. 383-389 et NS, Chine, vol. 650, dépêche du 2/5/1909 et Dr Pouthiou-Lavielle, « Poste consulaire de Pak-hoï », AHMC, 1911, pp. 405-409.

    31 Légation de Pékin, série A, vol. 192 bis, lettre traduite de Li Choufen, directeur du département d’Hygiène, du 9/4/1912, invitant les médecins français à se faire enregistrer et à connaître la réglementation envoyée par le chef du département de Police.

    32 Voir GGI.dos.20034, lettre du consul au ministre des Affaires étrangères, le 11/3/1910 ; GGI.dos.38984, Rapport du Dr Strauss, Mongtseu, le 26/7/1912 et GGI.dos.40894, Rapport du Dr Vadon, Kunming, 1911.

    33 Voir GGI.dos.20034, lettre du consul au ministre des Affaires étrangères, 11/03/1910 et GGI.dos.40901, lettre du médecin-chef Mouillac au consul, le 6/9/1922.

    34 GGI.dos.42396, Rapport annuel sur l’hôpital de Canton, Dr Dupuy, 1905.

    35 GGI.dos. 19728, Rapport relatif à l’École française de médecine de Yunnanfou, Dr Barbezieux, le 31/12/1905.

    36 GGI.dos.32807, lettre du consul de Canton au gouverneur général, le 4/12/1905.

    37 Monnais-rousselot L., Médecine coloniale, pratiques de santé et sociétés en Indochine française, (1860-1939), Une histoire de l’Indochine médicale, p. 543.

    38 GGI.dos.32790, lettre du consul Beauvais au ministre des Affaires étrangères, du 10/8/1917. Elle donne les noms des diplômés de 1910 à 1917 et fournit des indications détaillées sur leur carrière. Le rapport sur l’hôpital de Canton pour l’année 1922, dans GGI.dos.32792, complète ces informations pour les diplômés jusqu’en 1922.

    39 Voir par exemple, les études de A. Kleinman « Patients treated by Physicians and Folk Healers : À Comparative Outcome Study in Taiwan », Culture, Medicine and Psychiatry, 6, 1982, pp. 405-423 ou de Rance P. L. Lee, « Perceptions and uses of Chinese Medicine Among the Chinese in Hongkong », Culture, Medicine and Psychiatry, 4, 1980, pp. 345-375.

    40 Plusieurs types de documents chiffrés existent. Pour certaines années, les archives ont conservé la statistique annuelle officielle. C’est le document le plus complet et le plus sûr : il émane directement du médecin qui établit une comptabilité précise des patients, en fonction de leur nationalité, de leur richesse, consultants à titre gratuit ou à titre payant, de leur sexe et de leur pathologie. À côté de ces premières sources, certains rapports généraux destinés à l’Exposition coloniale de 1931, ou encore les rapports généraux établis par l’Inspection de services de santé, compilent avec précision les statistiques antérieures des hôpitaux. Les séries statistiques ne sont pourtant pas toutes de même qualité. La documentation concernant les postes de Kunming, de Haikou et de Mengzi est la plus riche. Les correspondances sanitaires entre l’hôpital de Canton et le gouvernement général de l’Indochine, après le milieu des années 1920, sont essentiellement consacrées à la situation politique de la ville et les informations chiffrées sont rares. À Beihai, la conjugaison de plusieurs difficultés comme les conflits répétés entre un consul et plusieurs médecins jusqu’en 1909, l’absence de dirigeant français entre 1915 et 1917, puis la désignation à ce poste d’un médecin particulièrement rétif, qui cesse d’envoyer les documents et les statistiques réglementaires de 1921 à 1931, malgré les réclamations des autorités indochinoises, explique la pauvreté des documents statistiques.

    41 Ces pratiques préalables sont mentionnées dans GGI.dos.40934, Rapport du Dr Grall sur l’hôpital de Yunnanfou, 1931 et Dr Feray, « Historique et pratique de la vaccine en Chine », AHMC, 1907, pp. 498-514, et « Le poste médical de Yunnanfou », AHMC, 1910, pp. 373-410.

    42 Andrews B., « Tuberculosis and the Assimilation of Germ Thcory in China, 1895- 1935 », Journal of the History of Medicine and Allied Sciences, 52, 1997, pp. 114-157. Ce chercheur montre que pour aider à la compréhension de la théorie des germes, certains médecins chinois utilisent des concepts chinois populaires comme la « consomption par les vers » (laochong) et n’hésitent pas à affubler certains médicaments occidentaux d’une nature et d’un goût, de manière à les rendre proches des remèdes chinois.

    43 Hsü E., « The Réception of Western Medicine in China : Examples front Yunnan », Boston Studies in the Philosophy of Sciences, Science and Empires, Boston University, 1992, 136, pp. 89-101.

    44 GGI.dos.40894, Rapport pour l’année 1905 du Dr Barbezieux, fonctionnement de l’hôpital de Yunnanfou, rapport de 1925 du Dr Mouillac et Dr Vadon, « Un poste médical consulaire en Chine, Yunnan fou », AHMC, 1914, pp. 501-525. Les estimations de la population fournies par les sources chinoises sont légèrement supérieures : 114 992 pour 1919, 117 297 pour 1920, 117 340 pour 1921 et 118 861 pour 1922. Kunmingshizhi, 1923, renmin.

    45 GGI.dos.6682, Rapport annuel du Dr Delay, 1898 et GGI.dos.65324, Rapport annuel du Dr Binard, 1907.

    46 GGI.dos.40934, Rapport annuel du Dr Jarland, Mongtzeu, 1923.

    47 GGI.dos.32756, Rapport du Dr Feray, Hoihao, le 1/4/1900 et GGl.dos.40934, Rapport du Dr Esserteau sur le poste médical de Hoihao à l’occasion de l’Exposition coloniale, Hoihao, le 27/5/1930.

    48 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Dupuy, Canton, 1914.

    49 GGI.dos.40894, Rapport annuel du Dr Barbezieux 1904.

    50 GGI.dos.32772, extrait du rapport médical du poste consulaire de Hoihao, 1912.

    51 GGI.dos. 19947, Rapport du Dr Reygondaud, Mongtzeu, 1899.

    52 GGI.dos.23859, Note du Dr Richard, « Le médecin français et les Chinois », mars 1906.

    53 GGI.dos.6682, Rapport du Dr Delay, Mongtzeu, 1898.

    54 GGI.dos.42396, Rapport du Dr Dupuy, Canton, 1905.

    55 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Dupuy, Canton, 1914.

    56 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Vadon, Yunnanfou, 1914.

    57 GGI.dos.32792, Rapport sur l’hôpital de Canton, 1922.

    58 En 1908, Xiliang, gouverneur général du Yun-Gui, ordonne la construction d’un hôpital militaire, le Yunnan lujun yiyuan ; cet hôpital est dirigé par Chen Zihua, médecin chinois formé à l’École militaire médicale de Tianjin ; en 1914, sont inaugurés l’hôpital municipal de Kunming, Kunming shi li yiyuan, premier hôpital civil, administré par la Police, et l’hôpital fondé par la Croix rouge. L’historien chinois Tian Jingguo fait remonter la date de la création de l’hôpital de la Croix rouge à 1928, mais le Rapport de 1914 du Dr Vadon insiste bien sur la création, au cours de l’année 1914, de ces deux hôpitaux chinois.

    59 GGI.dos.40934, Rapports du Dr Mouillac, Yunnanfou, 1922 etl924.

    60 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Vadon, Yunnanfou, 1914.

    61 Voir successivement GGI.dos.32756, lettre du vice-consul au gouverneur général de l’Indochine, 30/6/1909 et GGI.dos.40934, Rapport du Dr Esserteau, sur le poste médical de Hoihao à l’occasion de l’exposition coloniale, le 27/5/1930

    62 GGI.dos.32789, Rapport du Dr Mas, Canton, 1901 et GGI.dos.42396, Rapport du Dr Dupuy, Canton, pour les mois de juin, juillet et août 1905.

    63 GGI.dos.38992, Rapport du Dr Pouthiou-Lavielle, Pakhoi, 27/7/1909 et GGI.dos.40956, lettre du vice-consul au gouverneur général de l’Indochine, 24/10/1919.

    64 GGI.dos.32792, Rapport sur l’hôpital de Canton, 1922.

    65 Thomson Brown G., Earthern Vessels and Transcendant Power, American Preshy-terians in China, 1837-1952, p. 88.

    66 The China Mission Handbook, 1896, p. 275 et NS, Chine, vol. 341, missions protestantes, (1899-1906), lettre du ministre de France à Pékin au ministre des Affaires étrangères, 6/9/1904.

    67 Zhu Xianhua, « Qingmo de jingeheng guan yiyuan » (L’hôpital public de Pékin à la fin des Qing), Zhonghua yishi zazhi, 1985, 1, pp. 31-32.

    68 Gear H.S., « Statistics and Surveys. Disease Incidence in China », Chinese Medical Journal, 50, 1936, pp. 949-972.

    69 Voir Guixianzhi, 1934, p. 282 ; Yongning xianzhi, 1937, pp. 327-337 ; GGI.dos.40934, Rapport du Dr Esserteau sur le poste médical de Hoihao à l’occasion de l’Exposition coloniale. Les données démographiques locales confirment bien l’existence d’un déséquilibre de la population chinoise, étudié par Ho Ping-ti, Studies on the Population of China, 1368-1953.

    70 GGI.dos.32756, Rapport du Dr Feray, Hoihao, 1904.

    71 GGI.dos. 19947, Rapport du Dr Reygondaud, pour les mois de septembre à décembre 1898, 15/1/1899.

    72 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Dupuy, Canton, 1914.

    73 Turin Y., Affrontements culturels dans l’Algérie coloniale, p. 380 et Arnold D., Colonizing the Bodv, State Medicine and Epidemic Disease in India, Nineteenth century, pp. 254-260.

    74 Furth C., « Concepts of Pregnancy, Childbirth, and Infancy in Ch’ing Dynasty China », Journal of Asian Studies, 46, 1, 1987, pp. 8-35.

    75 Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon rouge, tome 1, pp. 238-239 ; p. 957 ; p. 1190.

    76 Gear H.S., « Statistics and Surveys, Disease Incidence in China », Chinese Medical Journal, 50, 1936, pp. 949-972.

    77 GGI.dos.32772, Rapport du Dr Esserteau, Hoihao, 11/2/1917.

    78 Les statistiques de l’hôpital de Kunming permettent d’étudier la répartition des consultants et des hospitalisés sur onze années pour une période allant de 1902 à 1930. On connaît le détail des pathologies rencontrées à l’hôpital de Mengzi pour les années 1907, 1909, 1922, 1923 et 1924. Les postes de Beihai, de Longzhou n’ont laissé des statistiques que pour les années 1907 et 1909. Pour le poste de Haikou, il faudra nous contenter de trois années de statistiques : 1907, 1909 et 1922 et pour l’hôpital de Canton des statistiques des années 1907 et 1922.

    79 Gear H.S., « Statistics and Survey, Disease Incidence in China, An Analysis of Hospital Records for 1934 », Chinese Medical Journal, 50, 1936, pp. 949-972, p. 970.

    80 Launay A., Mission du Kouang-si, note que le laudanum (sédatif puissant), le semen contra (vermifuge) et la quinine (antipaludéen) sont les seuls remèdes acceptés par la population chinoise au début du siècle.

    81 L’indice de corrélation est une mesure usuelle de la statistique, calculée au début du xxe siècle par Bravais-Pearson, qui permet de mesurer l’intensité de liaison entre deux variables aléatoires (ici, la quantité d’une maladie précise et le temps). Voir J.M Favergc, Méthodes de statistiques en psychologie appliquée, Paris, PUF, 1963, vol. 2, tome 1, chap. 8, pp. 115 -140.

    82 GGI.dos.32773, Rapport mensuel du Dr Abbatucci, Pakhoi, 6/9/1906.

    83 Voir à ce sujet le livre L’heureux événement : une histoire de l’accouchement, en particulier les articles de Rollet C., « De la fièvre puerpérale à la consultation de nourrissons : itinéraire d’un accoucheur, Pierre Budin », et de Knibiehler Y., « La médicalisation de l’accouchement des années 1920 aux années 1970. »

    84 À propos de la naissance, on peut se rapporter aux articles de Charlotte Furth, « Concepts of Pregnancy, Childbirtb and Infancy », Journal of Asian Studies, 1, 1987, pp. 8-35, qui a particulièrement étudié les conseils donnés dans le Miroir d’Or de la médecine (1742) et dans le Compendium pour les soins des enfants (1750), de Angela Ki Che Leung, « Autour de la naissance : la mère et l’enfant en Chine aux XVIe et xviie siècles », Cahiers internationaux de sociologie, vol. LXXVI, 1984, pp. 51-70 ; de Françoise Lauwaert, « Abandon, adoption, liaison, Réflexions sur l’adoption thérapeutique en Chine traditionnelle », de E.M. Ahern, « The Power of Pollution of Chinese Women » dans Wolf H., WItke R., Women in Chinese Society pp. 193-214 ou D. Elisseeff, La Femme au temps des Empereurs de Chine, pp. 13-22.

    85 Jacques Gelis montre que l’intervention du médecin dans le domaine des couches ne s’est largement répandue en France qu’au xviiie siècle, lorsque le désir de la femme de sauver sa vie et celle de son enfant s’est fortifié dans sa conscience, découlant d’une évolution de la conception de la vie, du corps et de l’individu depuis la Renaissance. Voir La sage-femme ou le médecin, pp. 306-327 et pp. 384-390.

    86 Voir par exemple Liang Lianfu, Bu zhi yi biyao, pp. 186-187.

    87 Dr Feray, « Le poste médical de Yunnan fou », AHMC, 1910, pp. 373-410.

    88 GGI.dos.40934, Rapport du Dr Mouillac, Yunnanfou, 1924.

    89 GGI.dos.40934, Rapport du Dr Esserteau, Hoihao, 1930.

    90 LIANG Lianfu, Bu zhiyi biyao, p. 189.

    91 Id., ibid.

    92 GGI.dos.40934, Rapport du Dr Jarland, Mongtzeu, 1922.

    93 Bercovitz N., « The Obstetrical Service of the American Presbyterian Hospital, Hoihow, Hainan », Chinese Medical Journal, XVLIII, 1934, pp. 347-351.

    94 GGI.dos.40934, Rapport du Dr Mouillac, « Étude sur l’hygiène à Yunnanfou », 1924.

    95 Boying M.A., Zhonggtto yixue wenhua shi (Histoire culturelle de la médecine chinoise), pp. 822-827.

    96 Guangzhou fiizhi, 1880, 92, yiwenluë, Zhongguo lidai yijia zhuanlu, p. 443. Pour connaître la diffusion de son livre, voir Quanguo Zhongyi tushu lianhe mulu, pp. 517-518.

    97 Panyu xianzhi, 1872, 47, liezhuan.

    98 Lin Ganliang, « Jindai Zhejiang de Zhongyi jiaoyu » (Enseignement de la médecine chinoise au Zhejiang, à l’époque moderne), Zhonghua yishi zazhi, 13, 4, 1983, pp. 224-226

    99 Dr Feray, « Le poste médical de Yun nan fou », AHMC, 1910, pp. 373-409 et Lui Xiaobin, « Guangdong jindai de zhonyi jiaoyu » (Enseignement de la médecine chinoise au Guangdong à l’époque moderne), Zhonghua yishi zazhi, 16, 3, 1986, pp. 148-151.

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    1 H. Balme, China and Modem Medicine, p. 78, cite l’enquête « An Inquiry into the Scientific Efficiency of Mission Hospitals », parue dans le China Medical Journal, en novembre 1920.

    2 Maxwell J.-L, « Present Position of Medical Missions in China », The China Medical Journal, 1927, pp. 472 et suivantes.

    3 China Mission Year Book, 1910, pp. 225-228.

    4 China Mission Year Book, 1918, annexe 4.

    5 Morache G., Pékin et ses habitants, p. 46.

    6 Nanhai xianzhi, 1911, jianzhi.

    7 Voir successivement Nanhai xianzhi, 1911, jianzhi ; Foshan zhongyi xiangzhi, 1923,7, cishan zhi ; Xiangshan xianzhi, 1923, 4, jianzhi, shantang.

    8 Dans la sous-préfecture de Kaiping, on trouve les établissements Magang aishan tang et Chikan aishan tang, respectivement construits en 1886 et en 1888 par des gens de la ville de Magang et de Chikan, qui offrent des soins médicaux et la vaccination antivariolique. Une dizaine d’autres sont construits dans cette sous-préfecture avant les années 1920 (Kaiping xianzhi, 1933, 10, jianzhi). Dans la sous-préfecture de Enping, le Fushan tang est fondé en 1887 par des notables de la ville, destiné à propager l’enseignement et à offrir des soins médicaux (Enping xianzhi, 1934, 7, jianzhi). Dans la sous-préfecture de Xiangshan, on compte plus de quatorze établissements charitables de soins où l’on pratique aussi la vaccination antivariolique (Xiangshan xianzhi xubian, 1923). À Panyu, un Aiyu tang est fondé en 1872 par des souscriptions de notables. Il a la charge de fonder des écoles, de délivrer des médicaments et des cercueils et d’abriter des malades et des infirmes (Guangzhou fuzhi, 1880, 65, jianzhi, panyu xian).

    9 Rong xianzhi, 1936, 1, shehui. Yue est une désignation ancienne de la province du Guangdong.

    10 Yongning xianzhi, 1937, 4, shehui.

    11 Hexianzhi, 1934, 2, shehui.

    12 GGI.dos.38991, lettre du consul Bradier au gouverneur général de l’Indochine, 1/12/ 1908.

    13 Max Weber emploie le mot « liturgique » pour désigner le service public qui, dans la Grèce antique, était pris en charge par les citoyens les plus riches, à tour de rôle. Voir Mann S., Local Merchants and the Chinese Bureaucracy, 1750-1950, Stanford, Stanford University Press, 1987, Backus Rankin S., Elite Activism and Political Transformation in China, Zhejiang Province, Stanford, Stanford University Press, 1986, Brook T., Chinese Local Elites and Patterns of Dominance, Berkeley, University of California Press, 1990 ou Rhoads E.J.M., « Merchant Associations in Canton, 1895- 1911 » dans Elvin M., Skinner G.W., The Chinese City Between Two Worlds, Stanford, Stanford University Press, 1974, pp. 97-117.

    14 Kunming shizhi, 1924, 4, cishan shiye.

    15 Nanhai xianzhi, 1911, jianzhi.

    16 Voir successivement Nanhai xianzhi, 1911, jianzhi, Foshan zhongyi xiangzhi, 1923, 7, cishan zhi et Rang xianzhi, 1936, 1, shehui ; He xianzhi, 1934, 2, shehui et Xiangshan xianzhi, 1923, 4, jianzhi, shantang.

    17 Benedict C., Bubonic Plague in Nineteenth Century, China, p. 134.

    18 Dr Pouthiou-Lavielle, « Considérations sur la peste à Pakhoi pendant le mois de mai 1910 », Bulletin de la société médico-chirurgicale de l’Indochine. 1, 10, 1910, pp. 507-516. On peut trouver dans son article la traduction de cette brochure.

    19 Nanhai xianzhi, 1911,20, Liezhuan.

    20 Dr Feray, « Historique et pratique de la vaccine en Chine », AHMC, 1907, pp. 498- 514.

    21 Dr Dupuy, « Poste consulaire de Canton », AHMC, 1911, pp. 383-389.

    22 Voir Gong Chun, Zhongguo lidai weisheng zuzhi jiyixue jiaoy (Histoire de l’hygiène et de l’enseignement médical en Chine) Beijing, weisheng bu kejiao si, 1983, p. 159, Tianjin fangyi zhangeheng (Règlements contre les épidémies à Tianjin), Dongjang zazhi 6, 1904, p. 4.

    23 Voir Benedict C., « Policing the Sick : Plague and the Origins of State Medicine », Late Imperial China. 14, 2, 1993, pp. 60-77, p. 65.

    24 Cette inquiétude sera aiguë après l’établissement du gouvernement nationaliste à Nankin. On peut se référer à la correspondance du Dr Esserteau, en poste à Haikou, adressée à la légation de France à Pékin, concernant les nouvelles réglementations à propos des médicaments, des écoles ou des établissements hospitaliers. GGI.dos.56311, Dr Esserteau au Ministre de la légation de France à Pékin, le 11/07/1929, ou GGI.dos.42403.

    25 Pour Canton, voir le rapport du Dr Dupuy, « Rapport sur le fonctionnement du poste médical consulaire de Canton pendant l’année 1906 », AHMC, 1908, pp. 179-199 ; Pour Longzhou et Beihai voir le rapport du Dr Peloft, GGI.dos.65324, rapport d’ensemble pour l’année 1907 ; pour Kunming, voir le rapport du Dr Feray, « Le poste médical de Yunnanfou (Chine) », AHMC, 1910, pp. 373-410.

    26 Dr Vadon, « Un poste médical consulaire en Chine, Yunnanfou », AHMC, 1914, pp. 501-525.

    27 Voir GGI.dos.40934, Rapport du Dr Mouillac, Yunnanfou, 1922 et GGI.dos.40934, Rapport sur le poste de Yunnanfou en 1924, du Dr Mouillac 25/3/1925, « Étude sur l’hygiène à Yunnanfou ».

    28 Dr Dupuy, « Rapport sur le fonctionnement du poste médical consulaire de Canton pendant l’année 1906 », AHMC, 1908, pp. 179-199 et pour Kunming, GGI.dos.32792, rapport du Dr Vadon sur le poste de Yunnanfou, 1914.

    29 Dr Talbot, « La répression de l’opium au Yunnan », AHMC, 1913, pp. 467-470.

    30 Voir Dr Dupuy, « Poste consulaire de Canton », AHMC, 1911, pp. 383-389 et NS, Chine, vol. 650, dépêche du 2/5/1909 et Dr Pouthiou-Lavielle, « Poste consulaire de Pak-hoï », AHMC, 1911, pp. 405-409.

    31 Légation de Pékin, série A, vol. 192 bis, lettre traduite de Li Choufen, directeur du département d’Hygiène, du 9/4/1912, invitant les médecins français à se faire enregistrer et à connaître la réglementation envoyée par le chef du département de Police.

    32 Voir GGI.dos.20034, lettre du consul au ministre des Affaires étrangères, le 11/3/1910 ; GGI.dos.38984, Rapport du Dr Strauss, Mongtseu, le 26/7/1912 et GGI.dos.40894, Rapport du Dr Vadon, Kunming, 1911.

    33 Voir GGI.dos.20034, lettre du consul au ministre des Affaires étrangères, 11/03/1910 et GGI.dos.40901, lettre du médecin-chef Mouillac au consul, le 6/9/1922.

    34 GGI.dos.42396, Rapport annuel sur l’hôpital de Canton, Dr Dupuy, 1905.

    35 GGI.dos. 19728, Rapport relatif à l’École française de médecine de Yunnanfou, Dr Barbezieux, le 31/12/1905.

    36 GGI.dos.32807, lettre du consul de Canton au gouverneur général, le 4/12/1905.

    37 Monnais-rousselot L., Médecine coloniale, pratiques de santé et sociétés en Indochine française, (1860-1939), Une histoire de l’Indochine médicale, p. 543.

    38 GGI.dos.32790, lettre du consul Beauvais au ministre des Affaires étrangères, du 10/8/1917. Elle donne les noms des diplômés de 1910 à 1917 et fournit des indications détaillées sur leur carrière. Le rapport sur l’hôpital de Canton pour l’année 1922, dans GGI.dos.32792, complète ces informations pour les diplômés jusqu’en 1922.

    39 Voir par exemple, les études de A. Kleinman « Patients treated by Physicians and Folk Healers : À Comparative Outcome Study in Taiwan », Culture, Medicine and Psychiatry, 6, 1982, pp. 405-423 ou de Rance P. L. Lee, « Perceptions and uses of Chinese Medicine Among the Chinese in Hongkong », Culture, Medicine and Psychiatry, 4, 1980, pp. 345-375.

    40 Plusieurs types de documents chiffrés existent. Pour certaines années, les archives ont conservé la statistique annuelle officielle. C’est le document le plus complet et le plus sûr : il émane directement du médecin qui établit une comptabilité précise des patients, en fonction de leur nationalité, de leur richesse, consultants à titre gratuit ou à titre payant, de leur sexe et de leur pathologie. À côté de ces premières sources, certains rapports généraux destinés à l’Exposition coloniale de 1931, ou encore les rapports généraux établis par l’Inspection de services de santé, compilent avec précision les statistiques antérieures des hôpitaux. Les séries statistiques ne sont pourtant pas toutes de même qualité. La documentation concernant les postes de Kunming, de Haikou et de Mengzi est la plus riche. Les correspondances sanitaires entre l’hôpital de Canton et le gouvernement général de l’Indochine, après le milieu des années 1920, sont essentiellement consacrées à la situation politique de la ville et les informations chiffrées sont rares. À Beihai, la conjugaison de plusieurs difficultés comme les conflits répétés entre un consul et plusieurs médecins jusqu’en 1909, l’absence de dirigeant français entre 1915 et 1917, puis la désignation à ce poste d’un médecin particulièrement rétif, qui cesse d’envoyer les documents et les statistiques réglementaires de 1921 à 1931, malgré les réclamations des autorités indochinoises, explique la pauvreté des documents statistiques.

    41 Ces pratiques préalables sont mentionnées dans GGI.dos.40934, Rapport du Dr Grall sur l’hôpital de Yunnanfou, 1931 et Dr Feray, « Historique et pratique de la vaccine en Chine », AHMC, 1907, pp. 498-514, et « Le poste médical de Yunnanfou », AHMC, 1910, pp. 373-410.

    42 Andrews B., « Tuberculosis and the Assimilation of Germ Thcory in China, 1895- 1935 », Journal of the History of Medicine and Allied Sciences, 52, 1997, pp. 114-157. Ce chercheur montre que pour aider à la compréhension de la théorie des germes, certains médecins chinois utilisent des concepts chinois populaires comme la « consomption par les vers » (laochong) et n’hésitent pas à affubler certains médicaments occidentaux d’une nature et d’un goût, de manière à les rendre proches des remèdes chinois.

    43 Hsü E., « The Réception of Western Medicine in China : Examples front Yunnan », Boston Studies in the Philosophy of Sciences, Science and Empires, Boston University, 1992, 136, pp. 89-101.

    44 GGI.dos.40894, Rapport pour l’année 1905 du Dr Barbezieux, fonctionnement de l’hôpital de Yunnanfou, rapport de 1925 du Dr Mouillac et Dr Vadon, « Un poste médical consulaire en Chine, Yunnan fou », AHMC, 1914, pp. 501-525. Les estimations de la population fournies par les sources chinoises sont légèrement supérieures : 114 992 pour 1919, 117 297 pour 1920, 117 340 pour 1921 et 118 861 pour 1922. Kunmingshizhi, 1923, renmin.

    45 GGI.dos.6682, Rapport annuel du Dr Delay, 1898 et GGI.dos.65324, Rapport annuel du Dr Binard, 1907.

    46 GGI.dos.40934, Rapport annuel du Dr Jarland, Mongtzeu, 1923.

    47 GGI.dos.32756, Rapport du Dr Feray, Hoihao, le 1/4/1900 et GGl.dos.40934, Rapport du Dr Esserteau sur le poste médical de Hoihao à l’occasion de l’Exposition coloniale, Hoihao, le 27/5/1930.

    48 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Dupuy, Canton, 1914.

    49 GGI.dos.40894, Rapport annuel du Dr Barbezieux 1904.

    50 GGI.dos.32772, extrait du rapport médical du poste consulaire de Hoihao, 1912.

    51 GGI.dos. 19947, Rapport du Dr Reygondaud, Mongtzeu, 1899.

    52 GGI.dos.23859, Note du Dr Richard, « Le médecin français et les Chinois », mars 1906.

    53 GGI.dos.6682, Rapport du Dr Delay, Mongtzeu, 1898.

    54 GGI.dos.42396, Rapport du Dr Dupuy, Canton, 1905.

    55 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Dupuy, Canton, 1914.

    56 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Vadon, Yunnanfou, 1914.

    57 GGI.dos.32792, Rapport sur l’hôpital de Canton, 1922.

    58 En 1908, Xiliang, gouverneur général du Yun-Gui, ordonne la construction d’un hôpital militaire, le Yunnan lujun yiyuan ; cet hôpital est dirigé par Chen Zihua, médecin chinois formé à l’École militaire médicale de Tianjin ; en 1914, sont inaugurés l’hôpital municipal de Kunming, Kunming shi li yiyuan, premier hôpital civil, administré par la Police, et l’hôpital fondé par la Croix rouge. L’historien chinois Tian Jingguo fait remonter la date de la création de l’hôpital de la Croix rouge à 1928, mais le Rapport de 1914 du Dr Vadon insiste bien sur la création, au cours de l’année 1914, de ces deux hôpitaux chinois.

    59 GGI.dos.40934, Rapports du Dr Mouillac, Yunnanfou, 1922 etl924.

    60 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Vadon, Yunnanfou, 1914.

    61 Voir successivement GGI.dos.32756, lettre du vice-consul au gouverneur général de l’Indochine, 30/6/1909 et GGI.dos.40934, Rapport du Dr Esserteau, sur le poste médical de Hoihao à l’occasion de l’exposition coloniale, le 27/5/1930

    62 GGI.dos.32789, Rapport du Dr Mas, Canton, 1901 et GGI.dos.42396, Rapport du Dr Dupuy, Canton, pour les mois de juin, juillet et août 1905.

    63 GGI.dos.38992, Rapport du Dr Pouthiou-Lavielle, Pakhoi, 27/7/1909 et GGI.dos.40956, lettre du vice-consul au gouverneur général de l’Indochine, 24/10/1919.

    64 GGI.dos.32792, Rapport sur l’hôpital de Canton, 1922.

    65 Thomson Brown G., Earthern Vessels and Transcendant Power, American Preshy-terians in China, 1837-1952, p. 88.

    66 The China Mission Handbook, 1896, p. 275 et NS, Chine, vol. 341, missions protestantes, (1899-1906), lettre du ministre de France à Pékin au ministre des Affaires étrangères, 6/9/1904.

    67 Zhu Xianhua, « Qingmo de jingeheng guan yiyuan » (L’hôpital public de Pékin à la fin des Qing), Zhonghua yishi zazhi, 1985, 1, pp. 31-32.

    68 Gear H.S., « Statistics and Surveys. Disease Incidence in China », Chinese Medical Journal, 50, 1936, pp. 949-972.

    69 Voir Guixianzhi, 1934, p. 282 ; Yongning xianzhi, 1937, pp. 327-337 ; GGI.dos.40934, Rapport du Dr Esserteau sur le poste médical de Hoihao à l’occasion de l’Exposition coloniale. Les données démographiques locales confirment bien l’existence d’un déséquilibre de la population chinoise, étudié par Ho Ping-ti, Studies on the Population of China, 1368-1953.

    70 GGI.dos.32756, Rapport du Dr Feray, Hoihao, 1904.

    71 GGI.dos. 19947, Rapport du Dr Reygondaud, pour les mois de septembre à décembre 1898, 15/1/1899.

    72 GGI.dos.32792, Rapport du Dr Dupuy, Canton, 1914.

    73 Turin Y., Affrontements culturels dans l’Algérie coloniale, p. 380 et Arnold D., Colonizing the Bodv, State Medicine and Epidemic Disease in India, Nineteenth century, pp. 254-260.

    74 Furth C., « Concepts of Pregnancy, Childbirth, and Infancy in Ch’ing Dynasty China », Journal of Asian Studies, 46, 1, 1987, pp. 8-35.

    75 Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon rouge, tome 1, pp. 238-239 ; p. 957 ; p. 1190.

    76 Gear H.S., « Statistics and Surveys, Disease Incidence in China », Chinese Medical Journal, 50, 1936, pp. 949-972.

    77 GGI.dos.32772, Rapport du Dr Esserteau, Hoihao, 11/2/1917.

    78 Les statistiques de l’hôpital de Kunming permettent d’étudier la répartition des consultants et des hospitalisés sur onze années pour une période allant de 1902 à 1930. On connaît le détail des pathologies rencontrées à l’hôpital de Mengzi pour les années 1907, 1909, 1922, 1923 et 1924. Les postes de Beihai, de Longzhou n’ont laissé des statistiques que pour les années 1907 et 1909. Pour le poste de Haikou, il faudra nous contenter de trois années de statistiques : 1907, 1909 et 1922 et pour l’hôpital de Canton des statistiques des années 1907 et 1922.

    79 Gear H.S., « Statistics and Survey, Disease Incidence in China, An Analysis of Hospital Records for 1934 », Chinese Medical Journal, 50, 1936, pp. 949-972, p. 970.

    80 Launay A., Mission du Kouang-si, note que le laudanum (sédatif puissant), le semen contra (vermifuge) et la quinine (antipaludéen) sont les seuls remèdes acceptés par la population chinoise au début du siècle.

    81 L’indice de corrélation est une mesure usuelle de la statistique, calculée au début du xxe siècle par Bravais-Pearson, qui permet de mesurer l’intensité de liaison entre deux variables aléatoires (ici, la quantité d’une maladie précise et le temps). Voir J.M Favergc, Méthodes de statistiques en psychologie appliquée, Paris, PUF, 1963, vol. 2, tome 1, chap. 8, pp. 115 -140.

    82 GGI.dos.32773, Rapport mensuel du Dr Abbatucci, Pakhoi, 6/9/1906.

    83 Voir à ce sujet le livre L’heureux événement : une histoire de l’accouchement, en particulier les articles de Rollet C., « De la fièvre puerpérale à la consultation de nourrissons : itinéraire d’un accoucheur, Pierre Budin », et de Knibiehler Y., « La médicalisation de l’accouchement des années 1920 aux années 1970. »

    84 À propos de la naissance, on peut se rapporter aux articles de Charlotte Furth, « Concepts of Pregnancy, Childbirtb and Infancy », Journal of Asian Studies, 1, 1987, pp. 8-35, qui a particulièrement étudié les conseils donnés dans le Miroir d’Or de la médecine (1742) et dans le Compendium pour les soins des enfants (1750), de Angela Ki Che Leung, « Autour de la naissance : la mère et l’enfant en Chine aux XVIe et xviie siècles », Cahiers internationaux de sociologie, vol. LXXVI, 1984, pp. 51-70 ; de Françoise Lauwaert, « Abandon, adoption, liaison, Réflexions sur l’adoption thérapeutique en Chine traditionnelle », de E.M. Ahern, « The Power of Pollution of Chinese Women » dans Wolf H., WItke R., Women in Chinese Society pp. 193-214 ou D. Elisseeff, La Femme au temps des Empereurs de Chine, pp. 13-22.

    85 Jacques Gelis montre que l’intervention du médecin dans le domaine des couches ne s’est largement répandue en France qu’au xviiie siècle, lorsque le désir de la femme de sauver sa vie et celle de son enfant s’est fortifié dans sa conscience, découlant d’une évolution de la conception de la vie, du corps et de l’individu depuis la Renaissance. Voir La sage-femme ou le médecin, pp. 306-327 et pp. 384-390.

    86 Voir par exemple Liang Lianfu, Bu zhi yi biyao, pp. 186-187.

    87 Dr Feray, « Le poste médical de Yunnan fou », AHMC, 1910, pp. 373-410.

    88 GGI.dos.40934, Rapport du Dr Mouillac, Yunnanfou, 1924.

    89 GGI.dos.40934, Rapport du Dr Esserteau, Hoihao, 1930.

    90 LIANG Lianfu, Bu zhiyi biyao, p. 189.

    91 Id., ibid.

    92 GGI.dos.40934, Rapport du Dr Jarland, Mongtzeu, 1922.

    93 Bercovitz N., « The Obstetrical Service of the American Presbyterian Hospital, Hoihow, Hainan », Chinese Medical Journal, XVLIII, 1934, pp. 347-351.

    94 GGI.dos.40934, Rapport du Dr Mouillac, « Étude sur l’hygiène à Yunnanfou », 1924.

    95 Boying M.A., Zhonggtto yixue wenhua shi (Histoire culturelle de la médecine chinoise), pp. 822-827.

    96 Guangzhou fiizhi, 1880, 92, yiwenluë, Zhongguo lidai yijia zhuanlu, p. 443. Pour connaître la diffusion de son livre, voir Quanguo Zhongyi tushu lianhe mulu, pp. 517-518.

    97 Panyu xianzhi, 1872, 47, liezhuan.

    98 Lin Ganliang, « Jindai Zhejiang de Zhongyi jiaoyu » (Enseignement de la médecine chinoise au Zhejiang, à l’époque moderne), Zhonghua yishi zazhi, 13, 4, 1983, pp. 224-226

    99 Dr Feray, « Le poste médical de Yun nan fou », AHMC, 1910, pp. 373-409 et Lui Xiaobin, « Guangdong jindai de zhonyi jiaoyu » (Enseignement de la médecine chinoise au Guangdong à l’époque moderne), Zhonghua yishi zazhi, 16, 3, 1986, pp. 148-151.

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