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    Plan détaillé Texte intégral Les manufactures en Révolution : le repli globalAu-delà des explications conjoncturelles, 1789-1815La part de la continuité et de l’innovation sous la restauration Notes de bas de page

    L'industrie invisible

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    Table des matières

    L’intensité des recompositions, vers 1789-vers 1830

    p. 103-153

    Texte intégral Les manufactures en Révolution : le repli global Effondrement révolutionnaire et recomposition géographique Politique de l’État et redynamisation des manufactures Au-delà des explications conjoncturelles, 1789-1815 L’innovation technologique : une condition nécessaire mais pas suffisante Quand l’organisation ancienne n’est plus industriellement rentable Le déséquilibre dans les facteurs de production Types de produits et crise Nouveaux produits du Nord et manufactures du Midi Un choix de produits révélateur d’une structure ancienne dans le Midi De Chalabre à Lavelanet : les premiers pas d’un futur grand du cardé Produits traditionnels et système de la laine peignée De la petite draperie… … à la bonneterie La part de la continuité et de l’innovation sous la restauration La croissance dans la continuité De très vieux produits textiles encore : étoffes peignées et combinées Draps larges, molletons, flanelles et draps pour le Levant aussi Les innovations : tissus « à poils » ou « ras » ? Castors et castorines Un croisé serré : le cuir-laine Marchés, la redistribution des cartes Protectionnisme et marchés de la Méditerranée occidentale De bons et beaux draps pour la France, d’abord, pour l’étranger, ensuite Vers la saturation du marché des draps fins Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Globalement, l’industrie lainière française connaît un net recul sous la Révolution. La comparaison des chiffres de l’enquête de l’an III et de celle de 1810-1811 l’atteste. Si on laisse de côté les estimations catastrophistes de Germain Martin et d’Émile Levasseur – reprises par François Crouzet1 – parlant d’une régression des deux tiers, on constate, à partir des évaluations de Tihomir Markovitch2 et de Serge Chassagne, un recul d’ensemble de 45 %3. Alors que la « Champagne »4 ou la « Normandie »5 résistent mieux à la crise, les départements pyrénéens paraissent plus touchés. Le Consulat et l’Empire permettent à certains territoires de se redresser, mais la Restauration les précipite, pour la plupart, dans la désindustrialisation. Les troubles politiques et la mauvaise conjoncture économique n’expliquent pas seuls l’intensité des recompositions. La faible capacité à innover, l’importante concurrence qu’exercent les territoires de la laine du Nord de la France dans ce domaine, une première mécanisation pas toujours bien maîtrisée et la poursuite de la fermeture des marchés traditionnels affaiblissent les manufacturiers qui se sont péniblement maintenus. Aussi, lorsque la crise de 1830 surgit, elle s’avère, dans bien des cas, fatale.

    Les manufactures en Révolution : le repli global

    Effondrement révolutionnaire et recomposition géographique

    2La Révolution française porte en elle une crise géante qui atteint profondément l’industrie textile du Midi : les Pyrénées-Orientales voient leur production s’effondrer et menacée de disparition. Les Hautes et les Basses-Pyrénées ont la leur réduite de moitié, l’Ariège et la Haute-Garonne semblent moins affectées, leur régression se situant à des valeurs proches de la moyenne nationale6. Pris dans leur ensemble, les quatre départements pyrénéens possédant une industrie de la laine jugée significative ont leur production qui passe de 129 050 pièces en 1790 à 60 600 en l’an III, marquant une diminution de 53 % ; parallèlement, le nombre de leurs métiers à tisser baisse de 6 950 à 3 840 (-44,8 %). Cette évolution est sensiblement équivalente en « Languedoc »7 puisque les volumes passent de 507 300 pièces à 226 500 (-55,4 %), alors que le nombre de métiers à tisser subit un repli de 40,7 %, leur effectif passant de 23 902 à 14 180.

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    Carte 11 : Métiers-battants dans l’industrie drapière, 1789-1790 (répartition par district).

    3Dans les quinze années qui suivent, le processus est confirmé, amorçant une recomposition de l’espace industriel français. En « Flandre-Picardie »8 et en « Normandie », on assiste à une réactivation de l’activité textile. La croissance positive dépasse même les chiffres d’avant la crise en « Champagne ». Dans le Sud et l’Ouest de la France la rétraction se poursuit ; cela est particulièrement sensible dans le « Centre-Ouest »9 et les « Pyrénées »10. En 1810, les départements de la Gironde, du Lot-et-Garonne, des Landes et des Basses-Pyrénées ont perdu tous leurs métiers battants ; les Basses-Pyrénées n’en conservent plus que quelques dizaines ; les Hautes-Pyrénées n’en n’ont pas 300 ; la Haute-Garonne à peine le double et l’Ariège la moitié. Dans les départements des « Pyrénées » la baisse se traduit par le passage de 60 600 à 42 730 pièces d’étoffes (-29,5 %) et de 3 840 à 1 039 métiers battants (-72,9 %). L’effondrement est très marqué du côté des établissements produisant des draps fins ; exportant presque exclusivement pour le Levant, les manufactures royales de La Terrasse et d’Auterive voient leur fabrication et leurs ventes chuter avant leur fermeture respective en 1789 et 180611. Il en est de même pour l’ensemble de la jurande de Carcassonne et des manufactures royales de l’Aude ; la perte des privilèges est particulièrement préjudiciable à ces dernières ainsi, à la fermeture de Cuxac-Cabardès en 1783 s’ajoutent au début de la Révolution celles de La Trivalle et des Saptes12, puis de Pennautier et de Bize.

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    Carte 12 : Répartition des métiers à tisser dans la France des 130 départements en 1811.

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    Carte 13 : Quantité de laine filée dans la France des 130 départements en 1811.

    4Les disparitions de l’activité textile ou les diminutions les plus fortes s’observent ensuite dans les régions productrices d’étoffes combinées, en particulier en Béarn et en Comminges. Mais tous les lieux de production d’étoffes communes ne connaissent pas le même sort. Le Lot – incluant à cette époque le bas Quercy, donc Montauban –, comme la Lozère, fidèles exclusivement à ces produits, se maintiennent ou même se développent grâce à la qualité de leurs tissus combinés, pour les uns, de leurs étoffes rases et sèches, pour les autres. Le Tarn et l’Ariège, quant à eux, s’appuient aussi bien sur cette fabrication traditionnelle que sur des produits nouveaux. Mais tous profitent aussi des commandes militaires permettant leur maintien, voire leur réactivation, qui ne tiennent pas seulement à l’apport décisif de la production de draps de troupe mais peuvent être aussi liés à la redynamisation de la production civile de basses étoffes ; c’est ainsi que le Lot bénéficie de ce phénomène et, selon l’agent national de Montauban « la République [ayant] jugé à propos [d’]appliquer [les cadis] à l’habillement des troupes » – reconnaissant ainsi leur bonne qualité – « différentes contrées [françaises] ne cessent d’en demander »13. Cela a au moins pour effet de permettre au « Languedoc » de voir sa production passer entre l’an III et 1810 de 226 500 à 237 964 pièces d’étoffes (+5 %), bien que, parallèlement le nombre de métiers à tisser continue de diminuer passant de 14 180 à 6 928 (-51,1 %).

    Politique de l’État et redynamisation des manufactures

    5La redynamisation des manufactures de laine n’est pas sans lien avec la politique menée par la France, du Directoire jusqu’au début du Premier Empire, qui tend à favoriser ces territoires industriels. Ainsi, l’Espagne qui avait choisi la guerre contre la France après l’exécution de Louis XVI, se voyait contrainte de signer la paix de Bâle en 1795, suite à l’invasion du Guipúzcoa et de la Catalogne par les armées de la Convention. Quelque temps plus tard, par le traité de San Ildefonso (1796), elle s’alliait même au Directoire. L’Angleterre devenait donc l’ennemie de l’Espagne. Les produits britanniques étaient en conséquence proscrits au sud des Pyrénées et le commerce français réactivé. Des produits de Languedoc pouvaient alors prendre la route de la Péninsule ibérique, grâce aux relations privilégiées que Bayonne y conservait. Ainsi, les escots du Gévaudan, qui n’avaient jamais réussi à pénétrer le marché espagnol connaissent un accroissement notable ; la fabrication, jusqu’alors circonscrite à Mende gagne Serverette et ses environs ; quant aux impériales de Marvejols, de Saint-Léger et des environs, elles aussi partent essentiellement en Espagne14. La Paix d’Amiens remet tout en cause. En 1804, la reprise de la guerre garantit de nouveau un marché protégé pour la France.

    6La défaite de la flotte franco-espagnole à Trafalgar change en grande partie la donne. Si l’Empire n’est pas coupé du marché ibérique et même accroît son influence dans cet espace avec l’invasion de l’Espagne et du Portugal, la perte de l’essentiel de la marine de guerre coupe la France du commerce avec l’Amérique et le Levant, bien compromis de toute manière depuis 1793 par le blocus maritime anglais :

    « L’exportation des draps sur mer étant totalement interrompue, plusieurs négociants [entreprennent] des expéditions par voie de terre […] par la route de Bâle, Hermenstad, Bucarest, Ratschouch, Andrinople, etc. Cette route quoique longue et dispendieuse présente momentanément quelques avantages aux négociants pour l’exportation des draps qui existent depuis longtemps dans leurs magasins et qui peuvent dépérir ; mais comme elle est infestée de brigands et de rebelles, les expéditionnaires sont forcés de faire déposer leurs draps à Vienne. [Des accords] avec l’Autriche et La Porte [pour prendre] des mesures pour protéger les expéditions, [paraissent devoir être envisagés] en attendant que le seul ennemi qui reste à la France soit forcé de laisser les mers libres15. »

    7Les textiles du Midi bénéficient aussi de la politique napoléonienne : la mise en place du blocus continental a pour effet de livrer un grand marché protégé aux manufactures de basses draperies et à la grande draperie non spécialisée dans le commerce des Échelles. Limoux en profite pleinement et sa fabrication, qui était restée figée à 6 000 pièces annuelles dans la deuxième moitié du xviiie siècle, monte à 7 000 en 1800 puis à 8 000 en 181016. Il en est de même de Chalabre ; cette dernière ne commence vraiment à prendre son essor qu’à partir de 1789. Avant la Révolution, elle n’avait que cinq ou six manufacturiers qui travaillaient en partie pour le Levant et surtout pour le compte des maisons de Carcassonne. Profitant du marché protégé, elle a fait sa fortune, d’abord en développant considérablement la fabrication de draps à poils de type calmouk dans la dernière décennie du xviiie siècle, puis a su saisir les changements de la mode qui poussaient à abandonner les draps à poils pour passer aux draps tondus vers 180017. Plus de 20 fabricants produisent alors 5 000 pièces de draps en 1798 et 6 000 en 180118. Comme à Chalabre19, une poignée de fabricants innovants de Lavelanet a compris la tendance qui portait dorénavant sur les draps tondus ; c’est ainsi que le Pays d’Olmes, en développant la fabrication de draps larges à partir du Consulat, commence à émerger comme un centre dynamique20. Toutefois, ce grand marché protégé reste concurrentiel car il intègre, notamment, les puissantes industries belges21. Cela n’est pas sans poser problème à la jeune industrie lavelanétienne sur le marché intérieur français et sur les horizons traditionnels de ce type de produits, l’Espagne et l’Italie22.

    8Mais, la guerre d’indépendance espagnole remet en cause la position commerciale de la France au sud des Pyrénées à partir de 1808. Le marché se referme en grande partie, pire, l’insurrection espagnole rouvre les marchés ibériques aux Anglais23. Il n’est pas sûr, malgré tout, que l’ensemble du Midi soit entièrement coupé de ce débouché ; il semblerait même que les exportations reprennent en Béarn et en Pays basque français24. Il n’en va pas de même en Languedoc. Cependant, les débouchés français sur les marchés du Sud se maintiennent ne serait-ce que par le soutien de la demande italienne25. Aussi, dans les années 1810, des droguets du Volvestre26, des serges et des cadis soubeirans du Gévaudan27 gagnent-ils toujours les marchés de la péninsule.

    9Les guerres de la Révolution et de l’Empire n’ont donc pas que des effets néfastes pour la production d’étoffes. Au contraire, l’industrie profite de la politique belliciste de la France qui entretient une forte production de petites draperies pour la troupe et la marine. Les droguets du Volvestre, remarqués par Huet, l’inspecteur de la Touraine, peuvent servir à la confection des culottes28 ; Aussi, à la demande du maire et fabricant Boué, la ville de Montesquieu reçoit une importante commande de tissus pour l’armée en 1812 et demande à être admise à nouveau aux fournitures de l’État pour 181329 ; cela favorise, en partie, la bonne tenue de la fabrication jusqu’en 181230. En Gévaudan, les cadis refoulés et les tricots de La Canourgue ne suffisent plus à alimenter le marché des doublures militaires ; il faut alors recourir aux serges et aux cadis soubeirans, dont la production s’était effondrée et qui se trouve ainsi relancée31. Il en est de même dans l’Hérault, en Aveyron, et en Gévaudan dont les tricots sont employés à la confection de vestes et de culottes pour l’armée. À Lodève, où les pinchinats perdent tout crédit, c’est à partir de l’adjudication pour l’habillement des troupes que l’industrie se développe, comme au xviiie siècle. Incapable de répondre seule à la masse des commandes, elle sous-traite aux fabricants aveyronnais une part de la fabrication. Aussi, en Rouergue, dans la zone de Saint-Affrique et le Camarès, alors que la production traditionnelle de cadis décline32, le nombre de tricots et de draps s’accroît-il pour répondre à la demande33. Mais l’Empire encourage aussi l’émancipation de ces centres : à cette époque, Camarès, comme Saint-Affrique, obtiennent leurs premières commandes directes34. Dans le Tarn et le Tarn-et-Garonne, les manufactures textiles se convertissent aussi dans l’industrie de guerre. Castres et Montauban fabriquent à leur tour du drap de troupe et des couvertures militaires pour hommes et chevaux35 ; pour la seule période qui court du 28 nivôse an II au 15 frimaire an III, Montauban fournit à la Défense nationale 6 557 pièces de cadis36. Pour en obtenir la commande, les autorités communales vantent la qualité des cadis pour servir à « faire des vestes et des culottes très solides pour les soldats et même pour les habits en y donnant l’apprêt et la couleur convenable »37. L’Aude accède à ce type de commandes à la même période, en particulier Carcassonne, où 23 fabricants livrent à l’armée des draps pour des sommes importantes38. Pour toutes les manufactures, qui travaillaient jusqu’alors pour le marché civil, cela ne représente en rien une reconversion. Pour tous les centres, il s’agit d’abord d’une simple adaptation des genres civils aux besoins, surtout en matière de largeur des tissus. Ainsi les droguets de Montesquieu-Volvestre deviennent des tricots, comme les productions similaires d’Albi, de Lodève et de Camarès39 ; certains cadis de Montauban adoptent la dimension 4/4 et s’ajoutent aux tricots pour la troupe40, les draps larges de Chalabre et de Limoux deviennent des draps 4/4 comme les londrins de Carcassonne ; pour chacun d’eux la base des matières, de la filature, de l’armure reste celle du tissu civil d’origine41. Ce qui était acceptable sous l’Empire, à la fois pour soutenir les manufactures en difficultés tout en satisfaisant les énormes besoins d’un pays en guerre mobilisant des effectifs jusqu’alors inconnus, ne l’est plus la paix retrouvée. Les besoins diminuent et les exigences s’accroissent en matière de normalisation de la production et des conditions pour concourir aux fournitures de l’État. Or, sous la Restauration, les fabricants de Carcassonne42 comme ceux de Montauban43, s’entêtent à vouloir fournir des draps pour l’habillement des troupes sur la base des draps larges et des londrins, sans tenir compte ni des cahiers des charges, ni des conditions des concours.

    Au-delà des explications conjoncturelles, 1789-1815

    10La crise profonde des draperies sous la Révolution et l’Empire ne peut être réduite aux conséquences d’une conjoncture particulièrement défavorable. Les espoirs que les manufacturiers ont pu placer dans l’innovation technique ne se sont pas toujours concrétisés. Le rapport qu’entretenaient les sociétés avec leur environnement ne les a pas encouragées à remettre en cause de vieux équilibres comme celui du système de la laine peignée, path dependent, peu favorable aux réformes des genres du textile. Cela n’a pas empêché, toutefois, quelques territoires et des manufacturiers dynamiques de réussir des mutations structurelles. Cela n’a pas exclu, non plus, la poursuite d’aventures industrielles pouvant paraître dépassées et qui, pourtant, sont parvenues à conserver une faible rentabilité sous la Restauration.

    L’innovation technologique : une condition nécessaire mais pas suffisante

    Quand l’organisation ancienne n’est plus industriellement rentable

    11Dès la fin de l’Ancien Régime, l’intendant Ballainvilliers avait pu souligner, dans sa conclusion portant sur le commerce des industries des laines pour l’ensemble de la Province de Languedoc, que les fabricants ne gagnaient guère que leur subsistance, et les négociants, commissionnaires ou apprêteurs, ne réalisaient qu’un « profit » de 10 %44. Aussi, quand la concurrence se fait plus rude, lorsque les prix des tissus sont à la baisse, le profit finit-il par se réduire, au point que l’activité industrielle n’est plus rentable. Sans mutation de structures dans l’organisation du travail, les entreprises tournées vers le marché disparaissent ou réduisent leur capacité de production. Des fabricants ou des ouvriers abandonnent le commerce lointain pour se replier sur le travail à façon destiné à la population de l’hinterland d’un bourg et d’une petite ville, centres de services, de foires et de marchés45. Les territoires, qui parviennent à maintenir une dimension capitaliste à leurs affaires, semblent le devoir à une mécanisation significative touchant tout d’abord les opérations de cardage et de filage. La capacité à poursuivre l’aventure industrielle serait ainsi essentiellement dépendante de la réduction des coûts de production. Malheureusement, on ne dispose d’aucune évaluation chiffrée de ce processus pour la draperie. En revanche, Pierre Dardenne, pour rédiger la statistique du département de l’Ariège en 1805, avait réalisé ce type de travail pour l’industrie linière. Il offre un point de comparaison appréciable des mécanismes qui touchent, dans des conditions similaires, l’industrie lainière.

    12En dehors du Béarn, l’industrie linière s’était particulièrement développée en Couserans46 à partir du second tiers du xviiie après la forte régression de l’activité drapière dans le premier quart de siècle47. Au début de l’Empire, l’activité toilière est en train de péricliter. En effet, à cette époque, un quintal de lin ordinaire du pays pèse environ 41 kg et coûte 60 francs. Ce lin, peigné à la manière du pays, donne 20 kg de lin fin et 19 kg d’étoupe et laisse 2 kg de déchets. Le prix du peignage se fixe au minimum à 1,50 franc et celui du filage atteint 1,30 franc pour un kg de lin et 60 centimes pour la même quantité d’étoupe. Les 20 kg de lin coûtent donc 26 francs et les 19 kg d’étoupe 11,40 francs. Le fil perd 2,5 hg par kg au blanchissage qui revient à 35 centimes. Le blanchissage de 39 kg de fil coûte donc 10,24 francs et se trouve réduit à 29,25 kg (15 kg de fil de lin et 14,25 kg de fil d’étoupe). Pour un mètre de toile ordinaire il faut ici 560 gr de fil, moitié de lin, moitié d’étoupe. Donc, avec 29,25 kg de fil on pourra tisser 52,25 mètres de toile. La façon revenant à 37 centimes le mètre, le tissage de la pièce entière coûtera 19,33 francs. La fabrication d’une toile revient donc à 128,37 francs. Or, comme le prix moyen de vente se fixe à environ 2,25 francs, la pièce de toile sera donc vendue pour la somme de 117,56 francs. L’opération est donc déficitaire et le manufacturier perd au final 10,81 francs48.

    13Les coûts de production condamnent donc l’activité linière en tant qu’industrie, faute d’adaptation technique. En revanche, elle n’interdit pas la poursuite d’une activité familiale de nature artisanale. En effet, dans tous les ménages de la campagne, on récolte le lin, on le rouit, le macque, le peigne, le file, le blanchit dans le cadre domestique, sans rien débourser. Seul le recours à un tisserand extérieur peut donner lieu au paiement de la façon pour l’obtention des différentes qualités de toiles49. Sans que l’on puisse produire de pareilles évaluations pour les petites draperies, les informations qualitatives contenues dans les sources montrent que le processus est identique. Les paysans tondent les moutons, trient, lavent, peignent, cardent et filent la laine. Arrivés à ce stade, soit ils tissent eux-mêmes leur fil, soit ils s’adressent aux nombreux ouvriers délaissés par les manufactures qui se sont reconvertis dans le travail à façon pour les populations locales50. Ils recourent ensuite à des artisans pour les quelques apprêts qu’ils font appliquer51. L’économie réalisée sur la matière première, le filage, voire le tissage, permet aux paysans de négocier localement avec profit des pièces de toile ou d’étoffe et ainsi de compléter les maigres revenus de l’agriculture. Elle permet en outre de procéder à cette fabrication pour confectionner les vêtements du ménage52 en ayant recours aux très nombreux tailleurs locaux53.

    Le déséquilibre dans les facteurs de production

    14Sous la Restauration, le repli en direction de l’artisanat rural n’est le fait que d’une minorité des grands territoires de la laine du Midi. La majorité d’entre eux tente de conserver leur dimension industrielle par la mécanisation de la filature s’appuyant, minoritairement, sur les machines Douglas alors que les assortiments Cockerill connaissent un réel succès. Sous le Consulat et l’Empire, ces derniers provoquent même le suréquipement de certains centres de fabrique, créant un déséquilibre dans les facteurs de production. Le phénomène est loin de ne concerner que les places spécialisées dans les fournitures de draps de troupe qui doivent être structurellement en surcapacité de production pour répondre aux exigences de l’administration de la Guerre. Carcassonne, dont la fabrication est essentiellement tournée vers les marchés civils, est tout autant suréquipée. Le phénomène résulte aussi bien, à l’intérieur même des centres de fabrique, d’une sous-évaluation des capacités antérieures de production des assortiments que de l’incapacité de hausser le tissage au niveau souhaité.

    15Cela n’est pas sans effets pervers sur la pérennité de l’innovation ; en Rouergue, par exemple, où les entreprises de filature de la zone de Saint-Affrique sont trop nombreuses, on assiste à la fermeture de plusieurs d’entre elles54. Toutefois, la surcapacité de départ peut aussi avoir un effet dynamique sur la production interne et externe des territoires. Ainsi, à Carcassonne où l’on produit trop de fil, l’espoir déçu de ne pas retrouver les niveaux de tissage de l’Ancien Régime est compensé par une capacité à négocier le fil dans les centres voisins ; en 1825, les filatures de la ville fournissent les départements les plus gros consommateurs de fil du Midi : le Tarn et l’Hérault55. Il en est de même des filatures de Montolieu, de Saissac, de Brousse et de Saint-Denis. Mais l’insuffisance de la réforme de structures dans l’Aude menace à terme ces places industrielles, les rendant trop dépendantes des centres clients. La situation est différente à Limoux qui produit d’abord de la matière pour ses ateliers de tissage. Elle favorise, cependant, avec les autres centres audois, l’émergence de Cenne-Monestiés qui ne file pas la laine56. Notons enfin que la régression du tissage n’empêche pas les filatures mécaniques de susciter d’autres développements industriels ; l’abaissement du prix du fil, la possibilité de produire beaucoup et vite favorisent aussi la croissance de la bonneterie de laine dans les Pyrénées.

    Types de produits et crise

    16Les aspects touchant à l’organisation du travail ainsi que la profonde crise de conjoncture de la période ne doivent pas masquer les difficultés d’adaptation de l’offre textile. L’étude de la rivalité commerciale entre les territoires français de la laine dans la seconde moitié du xviiie siècle a permis de montrer que les manufactures de Picardie, de Flandre et de Champagne concurrençaient déjà durement les productions de draperies du Midi. Les réformes de structures qu’elles réalisent, dès l’Empire, déstabilisent également les territoires méridionaux de la laine.

    17Face à l’apparition de produits tels que les mérinos, les manufactures du Midi sont fortement ébranlées. Les produits traditionnels ne sont pas pour autant condamnés, à condition d’améliorer leur qualité par la sélection des matières premières et le soin donné aux apprêts. Cela passe aussi par des innovations. La principale porte sur l’invention des draps larges.

    Nouveaux produits du Nord et manufactures du Midi

    18La fabrication de nouveaux tissus et « le rôle novateur de la fabrique de Reims et d’un Ternaux en particulier […] est indéniable »57. Le département de la Marne occupe alors la première place en France. La principale cause est due à l’invention des shalls en 1804, appelés mérinos à partir de 1808. Tissé la première fois à l’établissement dit le Mont Dieu, il fait l’objet d’un brevet pris le 4 décembre 1804 par MM. Jobert-Lucas et Cie de la maison Ternaux. Le caractère innovant de ce tissu, tout de laine peigné, tient d’abord à sa trame faite en fil lisse tordu – employé ordinairement à la chaîne – ensuite à son armure croisée58. La qualité des laines et la finesse de la filature en font sa supériorité et à l’Exposition de 1823 les beaux échantillons présentés sont récompensés par des médailles d’or59. L’adoption de la flanelle en 1820, connue aussi au xviiie siècle sous l’appellation serge demi-ras, ajoute à la domination rémoise, du moins jusqu’à ce que le peigné l’emporte dans la seconde moitié du xixe siècle60. Ces produits concurrencent durement les fabrications du Midi qui au premier abord possèdent des tissus d’apparence similaire.

    19Ainsi, les rases – notamment les plus fines, comme celles dites « du Seigneur » tissées à Bagnères en Bigorre et dans les environs, ou bien celles du département de Saint-Gaudens – rappellent les mérinos par leur armure et leur tissage entièrement à base de laine fine peignée. Certains cadis fins peuvent s’apparenter aux flanelles lorsqu’ils comportent un nombre important de fins fils de chaîne et emploient comme matière des fleurets d’Espagne ; c’est le cas notamment des cadis drapés fins de Saint-Martory et de certains cadis de la région d’Oloron. Pourtant, sous la Révolution et l’Empire, ainsi qu’au cours des premières années de la Restauration, ces fabrications occupent une place bien modeste dans la production de l’ensemble des manufactures du Midi pyrénéen. Là où les méridionaux renoncent de plus en plus aux laines d’Espagne et aux laines mérinos produites en petite quantité dans le Midi61, Reims s’appuie sur l’important troupeau champenois régénéré par l’introduction des mérinos en 176062. Là où les méridionaux pêchent dans la qualité de l’élaboration des matières et dans celle des apprêts63, Reims est louée pour la « variété incomparable », « le moelleux », et le « fini du traitement » de ses tissus64. Cela est perceptible, non seulement dans les matières qui entrent dans la fabrication des tissus anciens mais aussi dans les quelques produits innovants du Midi. Ainsi, après l’écroulement des ventes des voiles et des crépons, plusieurs manufactures des Hautes-Pyrénées s’étaient lancées dans le tissage de mérinos « pour schalls et robes ». L’expérience s’avère pourtant rapidement un échec au début de la Restauration car le peignage de la laine se fait mal et empêche le perfectionnement de la filature65.

    Un choix de produits révélateur d’une structure ancienne dans le Midi

    20Mais la période de la Révolution et de l’Empire ainsi que les premières années de la Restauration ne font que révéler un phénomène déjà bien présent sous l’Ancien Régime. Dans la seconde moitié du xviiie siècle, la croissance des manufactures de laine du Midi se fonde d’abord sur les produits bas de gamme dont la fabrication est en outre dégradée. Si la production de beaux draps ou de tissus intermédiaires est bien prévue dans les règlements et même tentée par les manufacturiers, leur proportion reste bien modeste comparée à la draperie commune.

    21Ainsi, ce ne sont pas les draps façon d’Elbeuf ou de Sedan ou les calmouks, alpagas, londons, espagnolettes et autres casimirs qui permettent au Volvestre de se maintenir, mais bien les droguets façon d’Angleterre ; ils occupent 87 % de la production en 1786 et sous l’Empire, à Montesquieu seulement, 75 % en 1809 et 67 % en 181066. Ce ne sont pas les rases fines de Bagnères en Bigorre, d’Agen, de Montauban ou de Saint-Gaudens qui constituent la masse de la draperie mais bien les cadis qui dominent partout ; dans la généralité d’Auch, en particulier dans le département de Saint-Gaudens, les cadis de toutes sortes représentent 52 % des étoffes en 1782 et 50 % en 1785 ; avec les rases, on monte à 73 % en 1782 et à 66 % en 178567. Ce ne sont pas les draps, les londons, les redins, les molletons fins ou les ségoviannes de Mazamet qui font sa réussite mais bien les corde lats68, les molletons et même les cadis ; en 1786, « les trois catégories traditionnelles, molletons, cordelats larges et étroits, formaient encore à elles seules 83 % du total de la production »69. Sous la Révolution et l’Empire, la diversification s’accroîtrait, selon Rémy Cazals, par l’introduction de « calmouk, soria, dauphine, mexicaine, républicaine, schall, drap noir, écharpe, casimir belge, cuirs-laine, diverses catégories de tartans, de ratines, de flanelles, de cadis, [etc.] »70, mais il s’agit là encore de produits dont une bonne part fait l’objet d’une innovation au xviiie siècle71. Quant au Gévaudan, on sait que sa structure de fabrication est tout axée sur une gamme large de cadis appartenant en totalité à la plus basse de cette catégorie et sur des serges dont les escots ne représentent que la plus faible partie.

    22Le xviiie siècle révèle donc déjà l’incapacité des manufactures de petites étoffes de laine à rivaliser avec les centres du nord, de l’ouest et du nord-est de la France dans le moyen et le haut de gamme. La crise révolutionnaire et la phase d’adaptation de la Restauration ne font que catalyser un phénomène qui va en s’accélérant au début du xixe siècle du fait de l’évolution des goûts des consommateurs.

    De Chalabre à Lavelanet : les premiers pas d’un futur grand du cardé

    23Les produits traditionnels ne sont pas pour autant condamnés. Certains d’entre eux sont toujours recherchés sur le marché intérieur dans le cadre protecteur créé par les barrières douanières. La force des entrepreneurs qui réussissent, en les conservant ou en les adoptant, tient à l’amélioration des conditions de production fondée sur la sélection des matières premières et le soin donné aux apprêts. Ce processus, les manufacturiers de Castres, de Mazamet, voire du sud du Rouergue, et de Limoux, avaient su le réaliser après 1750. Leur réussite dans la première moitié du xixe siècle en fournit une preuve éclatante. Sous la Monarchie de Juillet encore, s’appuyant sur les produits traditionnels tels les cordelats, les serges, les molletons et les draps classiques72, les industriels savent les adapter avant de copier les produits du nord de la France en se lançant dans les nouveautés73. Il en est de même pour Sommières dont les molletons ont acquis une grande réputation dès la fin de l’Ancien Régime et restent très recherchés encore sous la Restauration et même sous la Monarchie de Juillet74.

    24Pour le drap proprement dit, c’est surtout l’exemple de Chalabre qui retient le plus l’attention. Lorsque sept à huit entrepreneurs se lancent dans la fabrication de draps larges, adoptant les articles à la mode – comme les royales mouchetées, rayées, chinées, losangées, etc. –, ils créent les conditions du bouleversement des structures de la production des draperies locales. Pour ce faire, ils montent « en petit » les ateliers nécessaires, procèdent au recrutement d’ouvriers étrangers maîtrisant les savoir-faire, en forment de nouveaux pour étendre leur fabrication. Isidore Lasalle75 semble avoir joué dans cette initiative un rôle déterminant puisque c’est lui qui voyage partout en France visitant les manufactures de draps, s’attardant particulièrement dans celles du Nord ; il travaille même dans leurs ateliers afin d’étudier les produits et les meilleurs procédés de fabrication. De retour à Chalabre, il débute en 1781 la fabrication des draps larges et ses premiers succès emportent l’adhésion de plusieurs fabricants. La production augmente alors sensiblement et les tissus de Chalabre acquièrent une véritable réputation de qualité au point – selon le baron Trouvé – « qu’on venait de toutes parts se les disputer sur fabrique pour les revendre décorés des noms des premières manufactures de France »76. À la fin du xviiie siècle, la maison Isidore Lasalle reste la plus importante de la région sous la raison sociale Capelle et associé77.

    25L’exemple de la place audoise allait faire école à quelques kilomètres de là où une poignée d’entrepreneurs innovants allaient créer, en Pays d’Olmes, les conditions du développement futur d’un grand centre du cardé français. À l’imitation d’Isidore Lasalle, un habitant de Lavelanet, Étienne Dumas, part quatre ans en apprentissage chez un des meilleurs fabricants de Chalabre pour se former à la production de draps larges. De retour dans sa ville, riche de sa nouvelle expérience, il y débute en 1801 la production d’étoffes comportant 2 600, 2 800, 3 000, 3 200, 3 600 et 4 000 fils de chaîne78, réalisant ainsi un acte décisif à l’origine du développement de la place industrielle79. Pressées, teintes en laine et comportant une armure lisse ou croisée, les productions du Pays d’Olmes imitent celles de Carcassonne, de Limoux ou de Chalabre80. Elles sont ainsi conformes aux productions de l’Ancien Régime dans leur armure comme dans la nature des matières premières employées qui proviennent de Narbonne, des Corbières, du Roussillon et de l’Espagne. On retrouve là les qualités intermédiaires des fibres employées par le passé pour tisser des londres, des nims et certains londrins seconds dans les productions les plus ordinaires. Toutefois, alors que le point de toile l’emportait presque totalement dans la grande draperie à l’époque moderne, la fabrication sous la Restauration se partage entre draps lisses et draps croisés.

    26La montée en puissance de l’industrie de Lavelanet s’effectue dans le cadre d’un marché intérieur élargi qui va devenir celui de l’Empire. Limitant la concurrence anglaise qui a fait tant de mal à la production d’étoffes de laine de qualité basse et moyenne, et ouvrant de nouveau le marché espagnol, il introduit a contrario une concurrence directe avec la production belge de cardés. Comme la française, cette dernière a subi de plein fouet la concurrence britannique, réactivée durant les quatorze mois consécutifs sans conflit liés à la Paix d’Amiens (27 mars 1802)81. La fermeture des frontières, à la reprise de la guerre, offre la possibilité à l’industrie de la région liégeoise de se développer dans un environnement protégé et Verviers, qui occupe depuis plusieurs siècles une place de choix au sein des grands centres drapiers européens, assoit ainsi sa place de premier pôle du cardé européen. La mécanisation précoce du cardage et du filage accroît le phénomène et l’industrie verviétoise connaît alors une prospérité sans précédent82 qui s’accentue ensuite83. L’ensemble de l’industrie française en est secouée au point que la crise qui l’affecte en 1814 trouve en grande partie son origine dans « l’énorme importance [prise par les] draps belges »84.

    27Cela n’est pas sans conséquence sur la jeune industrie lavelanetienne qui se trouve fortement concurrencée sur le marché français dans sa vente de draps larges par la production belge. Étienne Dumas rencontre alors de nombreuses problèmes et pendant presque cinq ans ne réalise que très peu de bénéfices. Durant cette période, il reste le seul à parvenir à maintenir ce type de production en Pays d’Olmes et ceux qui tentent de l’imiter – comme Coussou aîné et Antoine Coussou – doivent provisoirement renoncer face aux difficultés. Toutefois, l’horizon commercial français, élargi à l’Europe, permet à la production d’Étienne Dumas de gagner les marchés espagnol et italien et, dans un premier temps, de maintenir son activité, avant de la rendre florissante, sous l’Empire85.

    Produits traditionnels et système de la laine peignée

    28Si les innovations dans le drap cardé paraissent les plus porteuses d’avenir, elles ne doivent pas conduire à négliger la part occupée dans les adaptations des produits liés au système de la laine peignée. Mais la croissance, dans ce domaine, ne dépend pas de la petite draperie qui reste fondée sur des produits de basse qualité ne répondant plus aux attentes des consommateurs. Les populations du Midi en poursuivent pourtant obstinément leur fabrication car elles permettent le maintien d’un équilibre entre société et activité économiques résultant de l’exploitation des ressources locales. Mais les étoffes combinées connaissent leurs derniers feux. Le maintien du système de la laine peignée passe par l’innovation dans la maille. La production de châles, bérets, bas, gilets et de toute une série d’autres petits produits, dynamise un espace productif jusqu’alors en récession dans les Pyrénées.

    De la petite draperie…

    29Les réformes de structure opérées dans la grande draperie à Chalabre et à Lavelanet montrent la capacité de fabricants et de territoires industriels à s’adapter en élevant la qualité de produits traditionnels. Tel n’est pas le cas dans la très grande majorité de la petite draperie. Cette dernière, malgré toutes les malfaçons, avait globalement stagné dans la seconde moitié du xviiie siècle ; certains centres s’accroissaient même, semblant donner raison aux entrepreneurs qui détérioraient sciemment leur fabrication. Car, lorsque les difficultés se font sentir, la tentation est forte de réagir, dans un premier temps, en cherchant à maintenir l’équilibre ancien ; les acteurs locaux ne sont pas en mesure de percevoir, dans les problèmes rencontrés, des mutations de fonds beaucoup plus profondes dépassant les simples aléas de la conjoncture. Aussi, quand les manifestations d’une concurrence toujours plus forte se font sentir, lorsque les consommateurs se détournent de plus en plus des produits traditionnels, quand la baisse des prix qui en résulte se double parallèlement de l’accroissement du coût des matières premières, les drapiers cherchent à diminuer leurs coûts par tous les artifices possibles.

    30Ainsi, à la fin de l’Ancien Régime et dans les décennies qui suivent, les difficultés sensibles entraînent le repli irréversible des productions des petites draperies du Midi de la France. La Révolution accélère la projection des manufactures dans une profonde récession, incapables de retrouver leur position passée. Pourtant, ce qui aurait dû irrémédiablement condamner ce type de fabrication se traduit, malgré tout, par le maintien d’une minorité de produits traditionnels. Ces derniers conservent une certaine diffusion dans un cadre récessif très marqué, avec des débouchés limités aux départements environnants ; d’autres gagnent encore des marchés plus ou moins lointains ; ainsi les serges du Gévaudan continuent à être dirigés vers l’Espagne, les petites étoffes de Mazamet vers la Bretagne et les produits gascons vers le Limousin.

    31La presque totalité de ces petites draperies du Midi est constituée d’étoffes sur étaim86. Alors que les marchés semblent délaisser ces types de produits, on a l’impression d’assister à l’entêtement des entrepreneurs à en poursuivre la fabrication ; il est alors aisé de conclure à leur immobilisme. Or, si l’on prend en compte la nature des matières qui composent ces tissus, ainsi que les traitements dont elles font l’objet, le caractère routinier des pratiques ne semble qu’apparent.

    32La fidélité des fabricants du Midi à leur production traditionnelle tient en grande partie au fait qu’elle repose sur la permanence d’un système de la laine peignée garant de l’ensemble de l’équilibre socioéconomique des régions textiles87. Ledit système est fondé sur l’existence de ressources lainières de proximité, constituées de troupeaux d’ovins locaux ou de contrées avoisinantes. Si l’on prend l’exemple du Midi, au sud de la Garonne à la fin du xviiie siècle, on constate que les principales zones de production de fibres se situent en Béarn, en Navarre – française et espagnole –, en Chalosse, en Bigorre, dans le haut Aragon, dans la partie la plus élevée du bassin supérieur de la Garonne – vallées du Louron et du Larboust – et en Volvestre, le reste de la Gascogne, la plaine de Rivière autour de Saint-Gaudens ou le Pays basque étant moins bien dotés. La presque totalité des laines françaises de cet espace ainsi qu’une partie des fibres espagnoles sont longues et de qualité basse ou moyenne. Cette double caractéristique en fait des matières condamnées à l’élaboration de produits majoritairement médiocres et essentiellement tissés en laine peignée en chaîne et cardée en trame88. Un commerce régional, dominé par des marchands locaux, assure la distribution des matières premières à l’intérieur de l’espace considéré ; si les centres textiles recourent d’abord aux fibres de leur pays, ils comblent leur déficit, en qualité et surtout en quantité, par des approvisionnements provenant principalement de haute Navarre, du haut Aragon, de Chalosse et du Béarn89. Les places de marché locales servent à la redistribution des produits ; si une partie de la laine est négociée directement « en poil »90, juste après avoir subi les opérations préliminaires, l’essentiel est vendu en estame91 et en peignons92. Pour cela, les peigneurs – indépendants ou sous la coupe des fabricants – se chargent de leur préparation ; longues fibres tirées en estame formant la chaîne et résidus du peignage à l’origine des peignons pour la trame sont alors vendus aux tisserands indépendants ou aux fabricants sur les places de marché93 ; les déchets du peignage entrent aussi dans le tissage des jupes de Béarn94.

    33Le lien étroit entretenu par les sociétés et les ressources de leur environnement montrent un encastrement de l’économie dans le social que les communautés ont essayé de maintenir à travers la production de petites étoffes, afin d’exploiter au mieux les ressources lainières de proximité. Quand la production industrielle de basses étoffes s’est réduite, le système a perduré partiellement grâce à la fabrication de tissus à façon pour les populations paysannes locales. Mais surtout, elle s’est traduite par le développement de la bonneterie de laine maintenant, sous une autre forme, le système de la laine peignée.

    … à la bonneterie

    34Le repli du tissage s’est donc accompagné d’un développement de la bonneterie. Cette dernière n’avait toutefois pas attendu la ruine des anciennes fabriques pour croître. Il existait déjà une importante fabrication de bas de laine et de tricots sous l’Ancien Régime tout au long de la chaîne. C’était notamment le cas en Béarn – autour d’Oloron et de Sainte-Marie95 – mais aussi en Bigorre, dans les Quatre-Vallées, le Comminges et le Nébouzan96. La plus belle réussite est bigourdane, grâce au développement des lainages des Pyrénées. Le Béarn se spécialise dans les mêmes types de produits, mais en moins grand97 ; le coton s’y est beaucoup plus développé souvent en remplacement de l’ancienne industrie du lin moribonde98. Quant au Comminges, il reste axé sur une production plus traditionnelle de tricots. Ainsi « cette industrie de la laine tricotée avait trouvé le pays admirablement disposé à son implantation, car elle succédait à une autre industrie lainière qui s’affaiblissait et qui, comme elle, puisait ses principaux produits en Espagne puis dans les parties montagneuses du pays, parties essentiellement pastorales »99. Le système de la laine peignée continuait ainsi d’assurer un équilibre socio-économique en exploitant au mieux les ressources locales et en développant une industrie fondée sur des produits qui leur étaient adaptés.

    La part de la continuité et de l’innovation sous la restauration

    35La période du Consulat et de l’Empire a donc été une phase de continuité pour des fabrications récessives ; mais elle a été une période d’innovation mettant en place des produits qui ont fait la richesse de quelques territoires de la laine, dans la draperie et la bonneterie, au moins jusqu’à la Monarchie de Juillet, parfois jusqu’à la Grande Dépression. Ce phénomène n’a concerné qu’une partie des manufactures du Midi, celles qui avaient été revitalisées par les commandes militaires subissant de plein fouet la fin de l’Empire. La paix retrouvée, les ordres de l’État chutent et la production des petites draperies avec.

    36La fabrication lainière, en général, ne se relève donc pas de la récession entamée dès le dernier tiers du xviiie siècle et aggravée par la période de la Révolution. Les marchés du Levant et de l’Espagne ne retrouvent pas sous la Restauration leur vigueur passée ; aussi la grande draperie poursuit-elle sa décroissance. Mais la conjoncture n’explique pas tout ; elle n’est même pas le premier facteur à l’origine des problèmes des territoires de la laine du Midi. L’organisation du travail et les choix opérés dans la nature de la production paraissent bien plus déterminants. Les divergences de trajectoires vont alors dépendre de l’immobilisme des uns, fidèles à une offre traditionnelle, et de la capacité d’innovation des autres qui sauront opter pour des produits porteurs de croissance.

    La croissance dans la continuité

    37Les tissus combinés, les étoffes rases et sèches, les draps pour le Levant, quoique en difficulté, les molletons et les flanelles, toujours très demandés, forment la base des produits traditionnels qui permettent une croissance dans la continuité. Le dynamisme tient surtout à l’innovation dans le cardé avec les castorines et les cuirs-laine. Le drap classique n’en disparaît pas pour autant. Mais la concurrence, tant dans le commerce intérieur qu’extérieur, provoque la saturation du marché, des draps fins en particulier.

    De très vieux produits textiles encore : étoffes peignées et combinées

    38Sous la Restauration, un certain nombre de centres voient le maintien, parfois même le développement, d’une fabrication fondée sur les produits les plus traditionnels de la manufacture lainière de Languedoc et de Gascogne. Ainsi, le démarrage du Pays d’Olmes est dû à la diversification de sa fabrication vers des produits qui avaient fait la réussite des manufactures languedociennes au xviiie siècle. Au début du xixe siècle, le centre de Lavelanet compte au maximum 20 fabricants. La presque totalité est restée fidèle aux étoffes étroites et communes, de type burat et drapet, dont les seuls atouts sont la solidité et le faible prix. Le succès de cette production, tient à la simplicité des opérations et au recours, dans le tissage, aux laines « indigènes » de médiocre qualité ; ces dernières ont pour avantages leur résistance et une extraction locale qui limite les coûts de transport et les intermédiaires100. Le processus est comparable dans la production de drapets à Chalabre101.

    39En Gévaudan, passé la Révolution, la production reprend dans les mêmes conditions que par le passé en se fondant sur les mêmes étoffes tout de laine peignée ou associant une chaîne peignée et une trame cardée ; les cadis, les serges, les escots, les bures, perdurent jusqu’aux années 1830. Ainsi, en 1828, la production de la Lozère atteindrait encore 70 000 pièces de draperies pour un produit annuel de 4 200 000 francs102. À Mazamet, même si cette fabrication n’a jamais occupé une place essentielle, elle continue d’être présente dans la première moitié du xixe et Armand Audiganne note au milieu du siècle que « le cadis tarnais n’a rien perdu sur le sol breton de la faveur dont il jouissait il y a cinquante années », la « vieille Armorique » restant fortement attachée aux anciens articles de Mazamet103. De la même manière, toute la montagne de Carcassonne continue de produire des draps grossiers autour de Mas-Cabardès, Saissac, Les Ilhes ou Cuxac pour les populations peu aisées du département de l’Aude alors qu’à Cenne-Monestiès des tissus identiques continuent de se développer fortement sous l’Empire et gagnent toujours en 1818 les marchés suisses104. Alors que Limoux améliore la qualité pour soutenir la concurrence d’Elbeuf et de Chalabre, Cenne-Monestiés, sous la Restauration, s’appuie sur une production de draperie bon marché pour l’intérieur. En 1824, les qualités ordinaires sont vendues entre quatre francs cinquante et cinq francs le mètre alors que celles qualifiées de supérieures se négocient entre six et six francs cinquante le mètre105. Enfin, notons que dans l’Hérault, si la spécialisation dans le drap de troupe est de plus en plus marquée, Bédarieux et Villeneuvette fabriquent à nouveau des draperies pour le Levant, alors qu’à Riols et à Saint-Chinian on tisse surtout des « marègues, sortes de grands manteaux à pèlerine, commodes et peu coûteux dont usent surtout les gens de la montagne106 ».

    40Cette pratique ne représente ni un archaïsme, ni une spécificité du Midi. Un certain nombre de marchés restent fidèles à ces fabrications et les manufactures les plus dynamiques du Nord et de la Picardie font de même ; ainsi, leurs « étoffes rases et sèches, les unes à pas simple – camelots, bouracans, étamines, tamises, duroy, [etc.] – les autres à pas croisé – serges de Blicourt, […], de Rome, de Minorque, [les] prunelles, [les] calamandes unies, rayées et à côtes, [les] basins, turquoises, grains d’orge, silésies, malboroughs [etc.] –, […] existent encore [dans les années 1880, pour la plupart], mais transformées ; c’est ainsi que les tamises à pas simple sont devenues [les] flanelles, et les serges tissées à quatre lames, avec l’armure batavia, [les] mérinos »107.

    Draps larges, molletons, flanelles et draps pour le Levant aussi

    41La croissance peut aussi reposer sur des productions traditionnelles moins anciennes dont la fabrication s’est surtout développée au xviiie siècle comme les draps larges, les flanelles et les molletons. Dans le département de l’Aveyron, ces derniers continuent d’assurer le développement des cantons de Camarès et de Saint-Affrique. Le premier, qui est aussi le moins industriel, voit son activité textile croître en se fondant sur une production de cadis et de molletons jusqu’au milieu des années 1830, les difficultés survenant par la suite dans la production destinée au marché civil108. Tel n’est pas le cas de la production du canton de Saint-Affrique qui se développe sous la Restauration et la Monarchie de Juillet ; lorsque le Camarès régresse, il poursuit sa croissance, grâce notamment à la modernisation des techniques de fabrication. Dans les années 1830, les molletons aveyronnais surpassent ceux de Montauban et de Mazamet. La production s’accroît encore pour atteindre ses maxima au début des années 1870109. Dans l’Hérault, La Salvetat a aussi connu une belle permanence de sa production de molletons et sa destinée industrielle est la plus longue de la zone de Saint-Pons110.

    42Parmi les produits traditionnels assurant la réussite des centres du Midi, on compte l’ensemble formé par les draps plus ou moins larges. Dès la fin du xviiie siècle, cette production avait nettement progressé à Mazamet111. Carcassonne s’était aussi réorienté en direction des draps pour l’intérieur, dès la Révolution112. Leurs prix oscillent entre huit et 20 francs le mètre en 1825113. La place rejoignait ainsi Limoux, dont la réforme de structure remontait déjà à sept décennies, et Chalabre qui avait opéré sa mutation dès la fin de l’Ancien Régime114. Limoux, qui produisait des draps de qualité inférieure jusque sous l’Empire, avait dû, pour faire face à la concurrence, améliorer la qualité de sa production au début de la Restauration. En qualité, les fabricants de Limoux estiment avoir doublé la valeur intrinsèque de leurs draps115. Les draps lisses ordinaires se vendent alors à 11 francs l’aune, la superfine à 12 francs et la superfine bleu-de-roi teint en laine à 18 francs. Les croisés ordinaires se négocient à 11,50 francs l’aune et les superfins à 16 francs116. Lavelanet – centre sans tradition dans ce domaine, à la différence des autres – s’était ensuite lancé dans la fabrication des draps larges au début du xixe siècle et y avait bien réussi. Dumas et Dastis parviennent assez rapidement à proposer des étoffes de bonne facture ; dès 1819, ils envoient à l’exposition des produits de l’industrie à Paris deux échantillons de draps unis de qualité ordinaire et un échantillon de drap mêlé, tous au prix de 16 francs l’aune117, qui leur valent leur première distinction, une médaille de bronze118. Ils réitèrent en 1823 en présentant une pièce de drap couleur fleur de pensée, un échantillon de drap bleu fabriqué avec du mérinos de l’Ariège et un échantillon de drap gris mêlé119 qui leur vaut la confirmation de leur médaille et l’octroi de « diplômes en parchemin »120. En 1827, seul Dumas persévère dans la recherche des perfectionnements des draps en proposant à l’appréciation du jury des échantillons surfins unis noir et bleu de roi121. L’industrie textile lavelanétienne se voit alors décerner sa première médaille d’argent122.

    43Alors que les fabricants les plus dynamiques du Pays d’Olmes sont dans une recherche constante de perfectionnement, les Carcassonnais restent fidèles à leurs anciennes fabrications et, à la même époque, proposent, toujours pour le Levant, l’Afrique et l’Amérique, des mahous premiers et seconds dont le prix au mètre va de 12 à 18 francs, des londrins premiers entre neuf et 12 francs et les seconds entre six et neuf francs le mètre123. De la même manière, la réactivation de la production de draps de l’Hérault se fonde sur une production à destination des marchés traditionnels : draps pour le Levant, les armées et les administrations. Si Villeneuvette s’était de nouveau livrée à la fabrication pour le Moyen-Orient au début de la Restauration, elle l’avait rapidement abandonnée pour ne plus s’adonner qu’à la fabrication des draps de troupe sur le modèle de Lodève. Cette dernière, en revanche a conservé une petite partie de sa production en draps pour l’intérieur et pour le Levant. Mais l’essentiel de cette fabrication est le fait de Bédarieux et de Clermont, à qui l’on doit les draps sérail et sultan, ainsi que les épais stamboul et les légers mahouts124, dont rien ne dit qu’ils aient un quelconque rapport avec la grande draperie de l’époque moderne. Quant à Lodève sa spécialisation dans les draps de troupe provoque une dure crise d’adaptation sous la Restauration. La diminution des commandes de l’État la plonge dans une situation critique. Ses fabricants réclament le retour du « privilège exclusif de fournir tous les draps et autres étoffes nécessaires à l’habillement des troupes du royaume »125 ; cela lui est refusé car elle absorbe déjà, avec Clermont, la moitié des commandes nationales126.

    Les innovations : tissus « à poils » ou « ras » ?

    44Alors que les draps hérités des modèles de l’Ancien Régime avaient permis de lancer ou de relancer la fabrication des centres du Midi sous la Restauration, de nouvelles étoffes font leur apparition ou se développent, remplaçant progressivement les anciens genres. Il semble que pour ces derniers le déclin soit net après 1830. La recherche et le perfectionnement portent dorénavant sur les produits nouveaux : les castorines d’abord, puis les cuirs-laine.

    Castors et castorines

    45Castres et Chalabre s’étaient essayés les premiers à la fabrication de castorines et ce dès le Premier Empire127. Dans l’Hérault, les castors sont aussi adoptés par les manufactures de Saint-Chinian et de La Salvetat, aux côtés des molletons et des reps128. Chalabre se serait particulièrement distinguée dans la fabrication de castorines en poil ; selon le Baron Trouvé, elle proposait « ce qu’il y a en France de plus séduisant dans cette espèce »129.

    46Les fabricants les plus dynamiques du Pays d’Olmes ont alors suivi, puisque Dastis et Dumas ont développé la fabrication de castorines à poils tissées puis cylindrées130. Dumas réussit particulièrement, au point de fabriquer mieux et moins cher que les Castrais131 et de s’enorgueillir de produire « ce que l’on avait pu imiter jusqu’à présent dans aucune autre manufacture »132. Il est vrai qu’en 1827 Dumas a été primé lors de l’exposition des produits de l’industrie à Paris133 après avoir présenté deux pièces de castorines134.

    Un croisé serré : le cuir-laine

    47Mais ce sont surtout les cuirs-laine qui ont représenté un produit phare de la fabrication des centres du Midi à partir de la Restauration. Castres, au rôle tellement sous-estimé par les historiens, en est le foyer d’impulsion135. C’est là que les cuirs-laine font leur apparition en 1819 puis à Mazamet et Dourgne. Guibal Anne Veaute serait à l’origine de l’innovation, inventant même le nouveau tissu136. Le succès est fulgurant puisqu’il permet aux trois places industrielles de produire, avec 2 300 métiers, 90 000 pièces valant 10 à 11 000 000 de francs. En ne comptant que cette production, les centres tarnais ont leur chiffre d’affaires qui s’appuie aux deux tiers sur les cuirs-laine et qui s’élève à plus du double de celui de l’Aude. L’engouement suscité par le nouveau produit et la réussite des centres tarnais poussent Limoux, Chalabre et Lavelanet à se lancer dans cette fabrication au point de réussir encore mieux que leurs devanciers en produisant à des prix inférieurs137.

    48Les cuirs-laine sont souvent présentés par les historiens, et les sources récentes qui les ont inspirés, comme « n’étant autres choses que les anciens draps de montagnes plus ou moins perfectionnés et travaillés dans des conditions économiques préférables avec un outillage plus complet138 ». En réalité, bien que d’une finesse moins grande que celle des draps larges, ils comportent une grande variété de qualité et ont une gamme supérieure de bien meilleure facture que celle des draps rustiques de montagne.

    49Comme les draps larges, les cuirs-laine sont tout de laine cardée et teints en laine mais quelques-uns d’entre eux le sont en draps, ils diffèrent en cela de la production tarnaise qui semble l’être en fil. Leur filature, plus grossière, se traduit par un nombre de fils de chaîne plus faible. Leur armure croisée et le fait qu’ils soient plus fortement frappés au métier, en font des tissus serrés à l’épaisseur et à la consistance leur valant une réputation justifiée de solidité. Telle est d’ailleurs l’origine de leur dénomination. Cette densité est, en outre, fortement consommatrice de matière première ; là où un drap large de 20 mètres de long et d’un 1,33 mètre de large nécessitait de 15 à 16 kg de laine pour sa production139, un cuir-laine de même dimension en consomme plus de 20140 ; encore s’agit-il là de valeurs moyennes, tant la diversité de production peut être grande. En effet, la qualité des cuirs-laine a varié très sensiblement en fonction des matières premières employées et du niveau de la fabrication dépendant de la finesse de la filature, de la qualité du tissage et de celle des apprêts.

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    Graphique 2 : Cycles simplifiés des principales productions lainières du Midi entre 1800 et 1860.

    50Si l’on prend pour exemple la production du Pays d’Olmes, on constate qu’elle est essentiellement composée d’étoffes de qualité moyenne. En 1827, les cuirs-laine les plus chers coûtent 20 francs l’aune et la production courante seulement 12 francs. Au total, uniquement 10 % de la production est faite de tissus surfins ; mais les cuirs-laine n’y ont pas vraiment leur place, puisque l’essentiel est ici représenté par des draps tels ceux correspondant aux échantillons bleu de roi négociés à 27 francs l’aune141. Dans les années qui suivent, les recherches de Dastis semblent montrer une volonté de développer une production de cuirs-laine de qualité. Ainsi, en 1834, il en présente plusieurs types à l’exposition des produits de l’industrie à Paris : 19 aunes de surfin aile de mouche à 17 francs l’aune, 17,5 aunes de surperfin boue de Paris à 19 francs l’aune, 15 aunes 7/8e de surperfin gris Palmyre à 19 francs l’aune, 16 aunes 6/8e de surperfin gris frais à 19 francs l’aune et 18 aunes 2/8e d’extrafin gris uni et vert à 21 francs l’aune142. La qualité reconnue de sa production lui permet d’obtenir une médaille d’argent et une médaille d’or à l’exposition de Toulouse143. Il paraît donc clair que sous le même vocable cuir-laine se cachent des produits de qualité sensiblement différente, qui vont des articles relativement soignés aux tissus les plus rustiques. Ces derniers sont représentés principalement par les draps fabriqués dans la montagne. Au début de la période, leur rusticité vient du fait qu’ils sont tissés avec des laines indigènes alors que les meilleurs tissus bénéficiaient des fibres des Corbières. Au cours de la première moitié du xixe siècle, la combinaison se complique avec l’adjonction aux laines indigènes d’effilochages différents en quantité et en qualité. La variation des opérations ajoute aussi à la diversité des types ; dans la montagne, le fil est moins bien cardé puis moins bien filé ; l’utilisation de la platine ou de la vapeur dans les apprêts donne des aspects différents au même type de produit. Si la variété des pratiques peut engendrer un nombre élevé de combinaisons, on peut toutefois ramener les cuirs-laine à deux grandes catégories sous le Second Empire.

    51La première, issue des montagnes, consiste en un drap étroit d’une largeur de soixante-cinq centimètres, mal cardé, mal filé, mal apprêté et élaboré à base de laines indigènes dont le commerce ne veut plus. La seconde, fabriquée à Lavelanet et dans sa région, est un drap d’un 1,30 mètre de largeur dont les laines locales ont été remplacées en presque totalité par des fibres de La Plata qui constituent les deux tiers des matières employées, le tiers restant étant formé par des effilochages. Toutefois, ce dernier type connaît aussi de nombreuses variantes de qualité qui tiennent essentiellement au pourcentage de laines vierges employées par rapport aux effilochages, ainsi qu’à l’altération éventuelle de ces derniers144.

    Marchés, la redistribution des cartes

    52Mais l’innovation en produits ne fait pas tout : il faut vendre. Or, sous la Restauration, les marchés extérieurs se ferment du fait des difficultés économiques de certaines régions et de la généralisation des pratiques protectionnistes. « Les marchés méditerranéens souffrent d’une réelle décadence, ou, plus exactement s’effondrent » : l’Espagne s’enfoncerait « dans une médiocrité économique et politique sans cesse plus accentuée », l’Italie péninsulaire tomberait « dans une léthargie en apparence irrémédiable », les Toscans et les Génois pratiqueraient « une politique de large autonomie économique » du fait de l’équipement industriel de l’Italie du Nord. Quant au Levant, le débouché semble perdu après la mise en place du blocus maritime à partir de 1793 qui ferme la mer aux vaisseaux français145. On sait pourtant que la paix revenue, la France retrouve les marchés méditerranéens, ces derniers occupant proportionnellement la même place qu’auparavant dans le commerce extérieur146. En effet, la paix retrouvée, les produits du Midi regagnent les marchés méditerranéens et coloniaux associés. En outre, la production de draps cardés de qualité pour la consommation civile et de draps forts pour les armées et l’administration fait l’objet d’une forte demande intérieure. Mais, au cours des années 1820, la concurrence s’exacerbe et menace les centres du Midi.

    Protectionnisme et marchés de la Méditerranée occidentale

    53Pour les économies textiles les plus ouvertes, comme celles de Montauban147 ou de Carcassonne, la réduction des débouchés extérieurs sous la Restauration constitue un choc rude. Le maire de la capitale textile audoise, Paul Airolles, le sait bien, lui qui a été un important marchand-fabricant de draps sous l’Ancien Régime148 ; il déplore l’amenuisement, sinon la perte, des grands débouchés « dans les colonies d’Amérique, dans les Échelles du Levant, dans [les] établissements de l’Inde, dans tous ces voyages de long cours et outremer ; […] dans ce commerce si fructueux de l’Espagne et de Portugal, pays jadis si riches et aujourd’hui si appauvris »149.

    54Les territoires pyrénéens de la laine ainsi que le Gévaudan sont aussi atteints par la contraction du commerce international, en particulier celui de la Méditerranée occidentale. La fin du Blocus et la mise en place d’une politique protectionniste après 1815 modifient sensiblement la donne en Espagne – difficilement accessible après 1808 – et en Italie où les marchés se ferment à nouveau sans que le montant élevé des droits soit le seul critère à pouvoir être incriminé dans ce revirement.

    55L’Espagne déstructurée devait probablement recourir à l’offre étrangère pour satisfaire ses besoins en produits manufacturés. Il semble en effet indubitable qu’elle ait été le pays ayant le plus souffert des conflits de la période impériale. La guerre y a été une des plus cruelles et des plus continues150. Les conséquences pour l’économie en sont considérables. Les quelques efforts de modernisation du réseau de communications sont annihilés : les routes sont mises à mal, les ponts détruits ; les bêtes de somme, indispensables aux échanges dans un contexte de pénurie de voies carrossables, sont en partie anéanties. Le commerce se trouve ainsi paralysé à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. Il ne reste guère que le cabotage pour assurer un minimum de circulation intérieure151. L’industrie textile nationale est durement touchée ; la décadence du lin et surtout de la laine entraîne la disparition des anciens centres castillans. Le pays ne retrouvera les niveaux de production de 1792 que vers 1818-1820, malgré une contrebande alimentant 80 % de la consommation nationale152. Toutefois, les difficultés de l’Espagne ne sauraient être réduites aux seuls effets de la Guerre d’Indépendance et de la perte de l’empire colonial ; elle subit aussi les conséquences structurelles de l’absence d’un marché national relativement homogène, d’un bon réseau de communications, ou de l’existence de continuités techniques153. Quoi qu’il en soit, l’Espagne est dépendante de l’extérieur, aussi bien pour les produits que pour leurs moyens d’acheminement. Aussi, la paix revenue, les industries pyrénéennes se trouvent-elles, en théorie, idéalement placées pour alimenter les marchés de l’Espagne du Nord privés de leur fabrication locale, isolés géographiquement et sans capacité réelle de s’opposer à une vive contrebande intra-pyrénéenne.

    56Or, si dans les années 1820, le commerce international de l’Espagne est accaparé par les navires britanniques et français154, cela ne profite guère aux manufactures du Midi. Certes, dès 1815, une partie du commerce des Basses-Pyrénées, du Gévaudan et du Quercy a pu se redévelopper vers le sud des Pyrénées. Il reste cependant un phénomène marginal et ne concerne guère les manufactures des Pyrénées centrales. Le processus était pourtant perceptible dès la fin de l’Ancien Régime lorsqu’à Bayonne, les tissus du Midi entraient très sérieusement en concurrence avec ceux du Nord. Cette évolution de la demande se confirme pleinement sous la Restauration, avec le rejet des étoffes combinées au profit des peignés et des tissus mélangés, plus légers, à chaîne de coton, – très à la mode – et aux tissus de fantaisie que l’on nommera plus tard les nouveautés155. Ainsi, Elbeuf, qui s’est restructuré entre 1814 et 1823, a chassé d’Espagne et, plus largement, des marchés de l’Europe méditerranéenne, les productions des manufactures du Midi156.

    57La situation n’est pas aussi dramatique partout. La réactivation partielle des marchés traditionnels sud-américains, d’Italie, d’Afrique et surtout du Levant, offre pour plusieurs décennies des perspectives de croissance modérée à la majorité des grands centres drapiers méridionaux. Les conséquences des politiques de blocus, sous la Révolution et l’Empire, avaient presque anéanti le commerce des draps français au Levant. La chute des manufactures royales n’a pas facilité le redémarrage de l’activité, pas plus que la baisse de la compétitivité des produits du Midi, à partir du dernier tiers du xviiie siècle. La concurrence ne venait pas seulement des produits anglais, elle était le fait de fabrications belges et allemandes. Dans un premier temps, le retour à la paix n’avait permis de réactiver qu’un commerce très modeste. À Carcassonne, il se limitait à 2 000 pièces au début de la Restauration ; en 1825, il était monté de 5 à 6 000 pièces, laissant augurer de plus amples développements pour les années suivantes157. À Marseille, l’Afrique du Nord redemande des draps du Langue doc158 ; les Échelles du Levant se rouvrent aussi avec la fin de la guerre159. Bédarieux en profite, dès les débuts de la Restauration160 ; Lodève, la période de marasme entre 1816 et 1823 passée, s’appuie sur cette fabrication jusqu’en 1830161. En 1838, les territoires de la laine de Lodève, Clermont, Villeneuvette, Saint-Pons, Saint-Chinian et Bédarieux produisent encore pour 168 000 pièces, dont la moitié est destinée aux marchés méditerranéens162.

    De bons et beaux draps pour la France, d’abord, pour l’étranger, ensuite

    58Au début de la Restauration, le marché le plus porteur est cependant l’espace français. Il reste largement ouvert à une production de draps cardés de qualité pour la consommation civile et de draps forts pour les armées et l’administration. Villeneuvette et le sud du Rouergue en bénéficient pleinement, mais c’est surtout Lodève qui profite le plus de cette conjoncture favorable. Elle assure en valeur à elle seule plus du tiers de la production des usines de l’Hérault. Toutefois, le marché paraît borné. Alors que les possibilités d’expansion sont tout autres du côté de la production civile, dans un espace dorénavant à l’abri. La séparation avec la Belgique, très dynamique dans ce domaine, et la mise en place de tarifs prohibitifs protègent la production nationale de celle des pays industriels les plus avancés. La France offre alors des possibilités importantes de débouchés. Aussi, tous les centres lainiers se rabattent-ils sur le marché français ; le taux d’ouverture des tissus de laine, l’atteste ; il n’est encore que de 7 % en 1834163, comme pour la période 1827-1834164. Mais la croissance tient aussi à la qualité des draps français dont la supériorité est de nouveau constatée dès les débuts de la Restauration165.

    59Mazamet et Castres y réussissent particulièrement bien, avec Bédarieux, dont l’essor de la production est porté jusqu’en 1838 par les draps pour l’intérieur166. La situation est plus contrastée pour Limoux, Chalabre et surtout Carcassonne, ce qui profite à Lavelanet. Mais, si Carcassonne rencontre des difficultés dans sa fabrication, elle n’en disparaît pas pour autant : développant le tissage de draps pour l’intérieur, une trentaine de maisons y tissent 19 000 pièces en 1819 et, en 1825, la fabrication monte à 25 000 draps pour 4 000 000 de francs167. Le département de l’Aude, dans son ensemble, atteint en 1820 une production d’une valeur de près de 20 millions de francs168, car d’autres centres se sont développés. Après les années difficiles des guerres de la Convention, la fabrication des draps larges s’y est accrue sous la Révolution et sous l’Empire. Limoux poursuit sa croissance et dépasse 12 000 pièces au début de la Restauration ; le processus est identique à Chalabre, dont les perspectives semblent encore supérieures car, selon le baron Trouvé, « la qualité la plus ordinaire est préférée aux draps de Limoux »169.

    60À Lavelanet en 1819, la totalité des 1 000 drapets et burats se vend dans les départements de l’Ariège de l’Aude et de la Haute-Garonne, alors que les 1 100 pièces de draps larges se négocient partout en France, les exportations vers l’Espagne et l’Italie ayant sensiblement régressé170. En revanche, si les expéditions pour l’Espagne ne retrouvent jamais leur niveau passé, celles pour l’Italie connaissent un essor non négligeable. En effet, si de nouveaux lieux de consommation se développent – comme Paris, pour de petites quantités – le département de l’Ariège, les foires de Toulouse, Bordeaux, Lyon, Marseille, Limoges et Bayonne représentent toujours les débouchés traditionnels de la draperie languedocienne. Quant à Beaucaire, elle demeure une place essentielle, comme sous l’Ancien Régime, dans la réexpédition des draps vers la Corse, Gênes, Turin, Naples et dans bien d’autres lieux de la péninsule italienne171. En 1825, les exportations représentent à nouveau une valeur importante, puisque 21 % de la production de Lavelanet gagnent les marchés étrangers172. Ce processus se déroule alors que la manufacture du Pays d’Olmes se développe ; en 1823, si la production des drapets et burats a chuté à 500 ou 600 pièces, les draps larges l’emportent maintenant nettement avec 3 000 unités173 ; en 1825, la fabrication de ces derniers reste stable alors que celle des basses étoffes remonte à 1 000 pièces174. Étienne Dumas qui n’hésite pas en 1819 à considérer que ses draps « rivalisent [avec] les elbeufs et quelques uns qui ressemblent aux sedans »175, réussit donc dans son entreprise avec Dastis et quelques autres manufacturiers de Lavelanet. En Pays d’Olmes, l’industrie est en plein essor, en s’appuyant sur une production directement inspirée des modèles qui ont fait la réussite des manufactures languedociennes sous l’Ancien Régime, tout en gardant en point de mire l’exemple des produits de Sedan et d’Elbeuf. Cependant, si la volonté d’imiter les grandes manufactures est bien là avec, par exemple, la production de draps larges unis teints en noir, le niveau des récompenses attribuées lors des expositions montre l’écart qui demeure avec la meilleure qualité. Or les prix de vente sont élevés en Pays d’Olmes sous la Restauration. Les vingt-sixains se négocient à 15 francs l’aune en basse couleur et la meilleure qualité, les quarantains, à 24. En 1819, les vingt-sixains se négocient encore à 13,80 l’aune en basses couleurs et à 19,20 francs en couleurs fortes176.

    Vers la saturation du marché des draps fins

    61Cependant, au cours des années 1820, la concurrence s’exacerbe entre les places industrielles spécialisées. Elles s’affrontent sur le terrain de la qualité et baissent aussi leur prix pour conserver ou conquérir les marchés dans un contexte de saturation progressive portant sur le drap uni, cher et fin177. Ainsi, Sedan, qui recherche « la clientèle moyenne et intermédiaire », a baissé ses prix de 35 à 23 francs l’aune depuis 1815. À Elbeuf, les draps unis sont passés de 24 à 16 francs l’aune178. En outre, à côté de ses fameux draps, Sedan propose des castorines superfines et surtout des casimirs qui vont jusqu’au haut de gamme ; Reims tisse aussi des produits de même type mais dans une gamme inférieure ; Louviers fabrique de très belles castorines en pure laine de Ségovie179.

    62Il paraît impossible à Lavelanet de continuer à rivaliser avec ces grands centres dans les domaines des étoffes unies de qualité supérieure ou intermédiaire. La situation est identique pour Castres dont les casimirs, qui avaient relancé la production en 1813, sont abandonnés en 1819 au profit des cuirs-laine180. Il en est de même dans les Hautes-Pyrénées pour les casimirs et les mérinos181. Mais cela n’est pas une spécificité régionale : Vienne, par exemple, qui produisait 24 000 pièces de draps lisses et croisés pour un chiffre d’affaires de 6 à 7 000 000 de francs est touchée de plein fouet par la concurrence d’Elbeuf et de Sedan, très sensible depuis 1825. Dans la Drôme la disparition complète n’est évitée que par une reconversion dans le drap militaire182.

    63L’Aude connaît aussi d’autres difficultés dues à la faible évolution de son offre dominée par les draps larges tout au long de la Restauration. Ainsi, en 1825, malgré les progrès qualitatifs de leur fabrication, une vingtaine de fabricants de Limoux mettent sur le marché 10 000 coupes d’étoffes dont 7 000 de draps lisses qualité ordinaire, 200 superfines, 100 bleus-de-roi, 2 000 croisés qualité ordinaire et 700 superfines183 ; la fabrication aurait diminué de 25 % depuis trente ans et le chiffre d’affaires est estimé à 2 500 000 de francs en 1822184. Chalabre connaît une structure productive similaire, mais moins concentrée ; quarante fabricants livrent 10 000 pièces de 15 aunes au marché en 1822 pour 1 500 000 francs de chiffre d’affaires185 mais ne fabriqueraient plus que 5 à 6 000 coupes par an en 1825186. Les chiffres paraissent ici peu fiables car l’enquête semble bien moins bien renseignée sur ce point que la précédente. Il n’en demeure pas moins que Chalabre rencontre des difficultés à partir des années 1820 et suit maintenant avec Limoux le même type d’évolution. Précédemment, cette dernière avait souffert de l’émergence de sa voisine qui était devenue sa concurrente. De la même manière, les draps pour l’intérieur de Carcassonne avaient atteint la qualité des apprêts de Limoux187. Dorénavant, les positions se stabilisent, mais dans la stagnation. Il semble qu’il faille attendre les dernières années de la Restauration pour voir les croisés classiques être remplacés par les cuirs-laine dans la région et faire espérer une réactivation économique de la zone. La mutation dans l’Aude, comme en Pays d’Olmes, est toutefois timide puisqu’ils ne représentent que le tiers de la fabrication de Limoux en 1832188. En attendant une hypothétique réforme de la structure-produit, Limoux se maintient en augmentant ses exportations, même si, là encore, Elbeuf la concurrence durement. 50 % des draps gagnent, malgré tout, les marchés étrangers : ceux du Piémont, de l’Italie et, dans une moindre mesure, de la Suisse189. À Cenne-Monestiés, 20 entrepreneurs fabriquent annuellement entre 3 et 3 500 pièces pour l’intérieur, seule une petite partie gagne l’étranger, principalement le Levant190. Pour Carcassonne, ce débouché, quoique fortement récessif, continue de représenter, avec l’Afrique et l’Amérique, un commerce de moins de 8 000 pièces par an en 1825, soit le quart des 32 000 pièces annuelles191.

    64Durant la Révolution française, beaucoup de manufactures disparaissent, surtout dans la petite draperie, mais l’effondrement n’est pas général. Passé le choc révolutionnaire, la plupart des territoires sont réactivés sans toutefois retrouver la situation précédant la crise, tandis que d’autres exploitent au mieux les opportunités de la période de guerre et de protectionnisme qui en résultent, comme à Montauban.

    65Le Consulat et l’Empire sont des moments d’adaptation profonds. Plusieurs espaces de production (en particulier dans l’Hérault, le Tarn, l’Aude et l’Ariège) sont transformés par une accélération de l’innovation dans les techniques (mécanisation de la filature), les produits (draps larges, castorines, cuirs-laine) et par la recherche de nouveaux marchés (intérieurs et européens).

    66Les manufacturiers, qui ont su prendre ce tournant, parviennent à se maintenir dans de bonnes conditions sous la Restauration, à la différence de ceux qui n’ont pas réalisé cette mutation d’ensemble. Mais, jusqu’à la crise de 1830, le clivage entre les centres vraiment innovants et ceux restés plus traditionnels n’est pas encore pleinement perceptible dans la grande draperie, malgré les signes avant-coureurs de saturation des marchés de la draperie fine. Les essais dans ce domaine montrent une incapacité des manufacturiers du Midi à rivaliser dans l’uni, par la variété de l’offre et la qualité des apprêts, avec ceux des grands centres d’Elbeuf et de Sedan. La force du Midi réside alors dans la capacité à produire des tissus cardés de qualité intermédiaire, plutôt lourds, visant la consommation masculine d’hiver. Cela explique la réussite, aussi rapide que forte, des cuirs-laine.

    67Du côté des draps pour le Levant, la première mécanisation et le retour partiel à certains marchés anciens, donnent encore l’impression que tout est possible pour les territoires qui leur sont restés fidèles.

    68Ailleurs, l’attachement aux anciens équilibres reste le plus fort, avec la recherche des débouchés méditerranéens et européens, et le maintien du système de la laine peignée (étoffes peignées et combinées). Il laisse penser à un immobilisme porteur d’archaïsmes alors qu’il révèle la permanence d’une recherche de complémentarité entre activités industrielles et exploitation du milieu. Aussi, lorsque la draperie n’est plus rentable, le maintien du système de la laine peignée passe par la reconversion dans la bonneterie.

    Notes de bas de page

    1 François Crouzet publiait une première fois ces résultats en 1962 (F. Crouzet, « Les conséquences économiques de la Révolution. À propos d’un inédit de sir Francis d’Ivernois », in Annales historiques de la Révolution française, 1962, p. 202, n. 69) reprenant « les estimations “catastrophistes” des deux tiers de Germain Martin et d’[Émile] Levasseur », cité à partir de S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », in Voies nouvelles pour l’histoire de la Révolution française, Colloque Albert Mathiez-Georges Lefebvre, 30 nov.-1er déc. 1974, Paris, Bibliothèque nationale, 1978, p. 157.

    2 Dans les publications actualisées de son article – peut-être sous l’influence de Serge Chassagne qu’il ne cite pas –, François Crouzet adopte les évaluations chiffrées de Tihomir J. Markovitch (T. J. Markovitch, L’industrie française de 1789 à 1964, Tome 1, in Cahiers de l’ISEA, mai 1965) pour l’année 1789. Mais, il ne remet pas en cause le caractère « catastrophiste » de la récession révolutionnaire et maintient dans la même note la citation concernant Émile Levasseur (F. Crouzet, « Les conséquences économiques de la Révolution, vues de Londres », in De la supériorité de l’Angleterre sur la France. L’économique et l’imaginaire, xviie- xxe siècle, Paris, Perrin, 1985, 2e édition, 1999, p. 259 et p. 527, n. 69).

    3 S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », loc. cit., p. 157.

    4 Les régions ici définies entre guillemets sont celles de Serge Chassagne, supra cit. La Champagne est constituée des départements des Ardennes et de la Marne.

    5 Départements du Calvados, de l’Eure, de l’Orne et de la Seine-Inférieure.

    6 S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », loc. cit., p. 158-159.

    7 Départements de l’Ardèche, de l’Aude, de l’Aveyron, du Gard, de l’Hérault, du Lot, du Lot-et-Garonne, de la Lozère et du Tarn.

    8 Départements du Nord, de l’Oise, du Pas-de-Calais et de la Somme.

    9 Départements de l’Eure-et-Loir, de l’Indre, de l’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher, du Maine-et-Loire, de la Sarthe et des Deux-Sèvres.

    10 Départements de l’Ariège, de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées et des Basses-Pyrénées.

    11 J.-M. Minovez, « Les manufactures royales de draps fins du Midi toulousain et leurs entrepreneurs au XVIIIe », in Annales du Midi, 2000, p. 37.

    12 C. Marquié, « En Languedoc : des manufactures royales aux usines (1666-1954) », in S. Caucanas et R. Cazals (dir.), Du moulin à l’usine. Implantations industrielles du xe au xxe siècle, Actes du colloque international de Carcassonne, 11 et 12 mai 2004, Toulouse, Privat, 2005, p. 137.

    13 S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », loc. cit., p. 155, n. 60.

    14 AD Lozère, M, 4176 ; Mémoire sur les fabriques des cadisseries du département de la Lozère, s. d. (probablement 1802).

    15 AN, F12, 1569 ; Lettre du préfet de l’Hérault au ministre de l’intérieur, 27 mai 1808.

    16 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, Paris, Firmin Didot, 1818, reprint, Nîmes, Lacour, 2000, p. 610.

    17 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Chalabre au sous-préfet de Limoux, 30 août 1822.

    18 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    19 É. Baux, « Les draperies audoises sous le Premier Empire », in Revue d’histoire économique et sociale, 38, 1960, p. 418-432.

    20 AD Ariège, 14 M, 19/1 ; Observations sommaires sur l’industrie et le commerce du canton de Lavelanet par Étienne Dumas, 17 mai 1819.

    21 P. Lebrun et al., Essai sur la révolution industrielle en Belgique, 1770-1847, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1979 ; P. Lebrun, L’industrie de la laine à Verviers pendant le xviiie et le début du xixe siècle. Contribution à l’étude des origines de la révolution industrielle, Liège, Bibliothèque de la faculté de lettres et philosophie de l’université de Liège, 1948.

    22 AD Ariège, 14 M, 19/1, pièce no 10 ; Manufacture de draps de la maison Étienne Dumas de Lavelanet, 1819 et AD Ariège, 14 M, 19/1, pièce no 11 ; Manufacture de draps de la maison de commerce Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, 1819.

    23 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, Paris, Gallimard, 1997, p. 496-497.

    24 Statistique de 1815. L’auteur parle en 1815 de l’exportation des produits des manufactures des Basses-Pyrénées vers l’Espagne et le Portugal ; les exportations globales auraient même augmenté de 25 % depuis 1802, p. 36-37.

    25 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, op. cit., p. 500-504.

    26 AD Haute-Garonne, 2 E, 1348 ; Statistique industrielle et manufacturière de Montesquieu-Volvestre, 1812.

    27 AD Lozère, M, 4176 ; Tableau des diverses espèces de tissus du département de la Lozère, 1812.

    28 AN, F12, 1390 ; Mémoire de Huet, inspecteur des manufactures de la Touraine, an II.

    29 AN, F12, 2301 ; Pièces relatives à la demande de Boué, fabricant et maire de Montesquieu-Volvestre, 1812.

    30 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, Paris, Publisud, 1997, p. 139-143.

    31 G. Boyer, Le passé industriel lainier de la Lozère. 1, La cadisserie gévaudanaise, Mende, Service éducatif des Archives de la Lozère, s. d., DOC 1.2.12.

    32 AD Aveyron, 9 M, 2 ; Notice sur l’industrie du département, 1811 ; tableaux de productions pour 1789, 1800 et 1810.

    33 AD Aveyron, 9 M, 3 ; Fabrication des étoffes de laine et des toiles de chanvre, 1812 ; Adjudications militaires (1808-1831).

    34 AD Aveyron, 9 M, 2 ; Notice sur l’industrie du département, 1811 ; tableaux de productions pour 1789, 1800 et 1810 ; AD Aveyron, 9 M, 3 ; Fabrication des étoffes de laine et des toiles de chanvre, 1812. ; Adjudications militaires (1808-1831).

    35 J. Godechot, La Révolution française dans le Midi toulousain, Toulouse, Privat, 1986, p. 263.

    36 D. Ligou, Montauban à la fin de l’Ancien Régime et aux débuts de la Révolution, 1787-1794, Paris, Marcel Rivière, 1958, p. 595.

    37 AN, F12, 2301 ; Lettre du maire de Montauban au préfet du Tarn-et-Garonne, 25 novembre 1811.

    38 C. Marquié, « Proto-industrialisation et Révolution : le textile carcassonnais (1760-1815) », in L’Information historique, 1988, 2, p. 71-77.

    39 AN, F12, 2301 ; Plusieurs pièces portant sur les demandes des fabricants d’Albi, de Lodève et de Camarès pour fournir des tricots pour l’habillement des troupes sous l’Empire en 1812-1813.

    40 AN, F12, 1569 ; Renseignements statistiques sur l’industrie et le commerce du département du Tarn-et-Garonne : étoffes de Montauban, 1809.

    41 AN, F12, 1345A ; Questions sur les moyens et les résultats de la fabrication des étoffes de laines pures ou mélangées, et tableaux à remplir, Chalabre, Limoux, Carcassonne, an III.

    42 AN, F12, 2301 ; Lettre du ministre de la Guerre par intérim au préfet de l’Aude, 6 décembre 1819.

    43 AN, F12, 2301 ; Lettre du ministre de la Guerre au préfet du Tarn-et-Garonne, 15 février 1819.

    44 Bibl. mun. Carcassonne, mss. no 94, intendant Ballainvilliers, Traité sur le commerce de Languedoc, 1788, f° 2.

    45 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 193-194.

    46 AN, F12, 1344 ; Enquête de l’an III. Tableaux dressés en ventôse an III.

    47 AN, F12, 1378 ; Procès-verbal de l’inspecteur des manufactures, 1725.

    48 P. Dardenne, Essai sur la statistique du département de l’Ariège composé en 1805, in L’Ariège au temps de Napoléon ou essai sur la statistique du département de l’Ariège, 1805, texte présenté par Alain Bourneton, Saint-Girons, « Boulbi », 1990, p. 310-311.

    49 Ibid., p. 311.

    50 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 193-194.

    51 P. Dardenne, Essai sur la statistique du département de l’Ariège composé en 1805, op. cit., p. 267 : « Une partie de la laine que les paysans récoltent de leurs troupeaux est employée à leurs habillements ainsi qu’à celui de leurs femmes et de leurs enfants. Cette laine est filée dans les maisons et l’étoffe est faite par les tisserands du pays qui y sont en grand nombre. On l’apporte aussi aux fouleries qui lui donnent la dernière façon. On choisit de préférence la laine brune et l’on fait teindre quelquefois celle qui est blanche ».

    52 P. Dardenne, L’Ariège au temps de Napoléon ou essai sur la statistique du département de l’Ariège, op. cit., p. 303 : le paysan « s’habille de la laine de ses troupeaux et la même bure couvre la famille tant l’hiver que l’été ». Ibid., p. 267.

    53 J. Thomas, « L’économie rurale aux xixe et xxe siècles. La vie des foires et marchés », in R. Souriac (dir.), Comminges et Nébouzan, tome II, Pau, SNERD, 1984, p. 554.

    54 AD Aveyron, 8 M, 4 ; Renseignements concernant le commerce et l’industrie adressés par les sous-préfets. Remarque du sous-préfet, 1837.

    55 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    56 AD Aude, 14 M, 9 ; État des manufactures de l’arrondissement de Castelnaudary, 4e trimestre 1824.

    57 S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », loc. cit., p. 164 ; L. Bergeron, L’épisode napoléonien. Aspects intérieurs, 1799-1815, Paris Seuil, 1972, p. 214 ; L. M. Lomüller, Histoire économique et industrielle de la France de la fin du xviiie au début du xixe siècle. Guillaume Ternaux, 1763-1833, créateur de la première intégration industrielle française, Paris, la Cabro d’or, 1978.

    58 Exposition universelle internationale de 1889 à Paris, Rapport général, p. 346-347.

    59 Exposition des produits de l’industrie française. Distribution des récompenses. Liste de MM. les exposants qui ont obtenu la croix d’honneur et des médailles […], Paris, A. Pihan Delaforest, 1827, p. 14.

    60 Il existe deux grandes sortes de flanelles : des lisses tout en laine cardée et des croisées avec une chaîne peignée et une trame cardée (J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2004, p. 184).

    61 AN, F12, 1378 ; Journal du sieur Lauvergnat inspecteur des manufactures de la généralité d’Auch, 1782.

    62 J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., p. 178.

    63 AD Lozère, F, 2447 ; Mémoire du Sieur Holker sur sa tournée au Languedoc présenté à Monseigneur l’archevêque de Narbonne, s. d. (1764) ; J.- M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 173-178 ; J.-M. Minovez, « Politique réglementaire de l’État et mutations de l’industrie. L’exemple des draperies des Pyrénées centrales, 1742-vers 1789 », in Les hommes et leur patrimoine en Comminges. Identité, espaces, cultures dans l’histoire et l’actualité du Comminges et des Pyrénées centrales, Actes du 52e congrès de la Fédération historique de Midi-Pyrénées, Saint-Gaudens les 25, 26 et 27 juin 1999, Saint-Gaudens, Société des Études du Comminges, 2000, p. 799-808.

    64 J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., p. 181-182.

    65 AD Hautes-Pyrénées, 9 M, 1 ; Mémoire adressé au préfet des Hautes-Pyrénées, s. d. (1814 ou 1815).

    66 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 125-127 ; AD Haute-Garonne ; AD Haute-Garonne, 12 M, 12 ; Statistiques industrielles, 1809 ; AD Haute-Garonne, 2 E, 1348 ; Statistiques industrielles et manufacturières de Montesquieu, 1810.

    67 AD Gers ; C, 29, pièce 5 ; État des pièces d’étoffes […] de l’inspection de Saint-Gaudens, 1782 et 1785.

    68 Dont les mazamets larges dans les qualités supérieures et les mazamets étroits dans les qualités moyennes.

    69 R. Cazals, Les révolutions industrielles à Mazamet, 1750-1900, Paris/Toulouse, La Découverte-Maspero/Privat, 1983, p. 38.

    70 Ibid., p. 77-78.

    71 En effet, un certain nombre de ces produits a déjà fait l’objet d’innovation, dès l’Ancien Régime, dans la zone de Mazamet puisque dans le Castrais et dans sa région les flanelles, les flanelles unies, les ratines larges, les calmouks étaient déjà produits. Cela n’est pas étonnant, Castres apparaissant comme en pointe dans le domaine de l’innovation en produits à cette époque. Notons aussi que cette énumération pose problème car elle fait mention de produits qui font leur apparition seulement sous la Restauration ; d’autres sont des produits à la dénomination purement conjoncturelle, cachant très probablement des tissus plus classiques ; en outre et dans tous les cas, leur proportion n’est pas évaluée. La structure de la confection de la première moitié du xixe siècle à Mazamet ne laisse d’ailleurs pas entrevoir de profondes mutations avant l’apparition des castorines, des cuirs-laine puis, plus tard, des nouveautés (cf. L. Dutil, L’état économique du Languedoc à la fin de l’Ancien Régime (1750-1789), Paris, Hachette, 1911, p. 431 et 435-437).

    72 AN, F12, 2449, octobre 1843, cité par Maurice Lévy-Leboyer : M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, Paris, PUF, 1964, p. 103, n. 33.

    73 R. Cazals, Les révolutions industrielles à Mazamet, 1750-1900, op. cit., p. 110-112.

    74 AN, F12, 4476, Réponse à la circulaire ministérielle du 7 juin 1837, cité par Maurice Lévy-Leboyer : M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 102, n. 30.

    75 Petit-fils d’Antoine Lasalle, un des fondateurs de l’activité économique de Chalabre d’après le baron Trouvé.

    76 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 610-612.

    77 AN, F12, 1345A ; Questions sur les moyens et les résultats de la fabrication des étoffes de laines pures ou mélangées, et tableaux à remplir, Chalabre, an III.

    78 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819 et ibid., no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    79 Il est rapidement suivi par un autre manufacturier local : Dastis, qui devient presque immédiatement son associé dans cette nouvelle aventure industrielle.

    80 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation nationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 102.

    81 R. Leboutte, Vie et mort des bassins industriels en Europe, 1750-2000, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 76.

    82 P. Lebrun et al., Essai sur la révolution industrielle en Belgique, 1770-1847, op. cit., p. 277 ; P. Lebrun, L’industrie de la laine à Verviers pendant le xviiie et le début du xixe siècle. Contribution à l’étude des origines de la révolution industrielle, op. cit., p. 233-240.

    83 La première mécanisation a porté la croissance de Verviers durant la première moitié du xixe siècle. La mécanisation se poursuit dans la période suivante (1848-1865) avant d’entrer vraiment dans le factory system (1865-1886) (S. Vaillant-Gabet, Sur le fonctionnement et l’esprit du capitalisme. Entreprises d’industries lainières en France et en Belgique au xixe siècle, Thèse de doctorat, Université de Lille III, 2006).

    84 Exposition universelle internationale de 1889 à Paris, Rapport général, p. 337.

    85 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    86 Il suffit pour s’en convaincre de parcourir les tableaux des règlements pour la fabrication des étoffes. Cette continuité technique a particulièrement été mise en valeur par Dominique Cardon dans sa thèse de doctorat – dont une grande partie des conclusions valent pour la période moderne et le xixe siècle – puis plus récemment dans un ouvrage qui la prolonge, cf. D. Cardon, Technologie de la draperie médiévale d’après la réglementation technique du nord-ouest méditerranéen (Languedoc, Roussillon, Catalogne, Valence, Majorque), xiiie- xve siècles, Thèse de doctorat, Montpellier, 1990 et D. Cardon, La draperie au Moyen Âge. Essor d’une grande industrie européenne, Paris, CNRS, 1999.

    87 Cf. J.-M. Minovez, La puissance du Midi. Les draperies de Colbert à la Révolution, Rennes, Presses universitaires de Rennes (à paraître en 2012), 1re partie, chapitre I, III.

    88 Arch. Valmirande, 121 DDD ; Lettres patentes du Roy et règlement pour les différentes sortes d’étoffes qui se fabriquent en Béarn, Bigorre, Navarre, Pays de Labour, & autres lieux et environs, & dans la généralité d’Auch, 13 janvier 1750 ; AD Gers, C, 30 ; Lettres patentes du Roi portant règlement pour la fabrication des étoffes de laine dans la généralité d’Auch, 18 septembre 1780.

    89 AD Hérault, C, 2475, pièce 38 ; Rapport de Joly, inspecteur des manufactures au département de Saint-Gaudens, 10 octobre 1747 et pièce 30 ; Rapport de Fontanes, inspecteur des manufactures au département de Saint-Gaudens, 24 octobre 1748.

    90 Laine vendue avant d’avoir été peignée.

    91 Laine peignée entrant dans la confection de la chaîne.

    92 Filaments courts de la laine peignée entrant dans la confection de la chaîne.

    93 AN, F12, 1378 ; Journal du sieur Lauvergnat inspecteur des manufactures de la généralité d’Auch, 1782.

    94 J. Dumonteil, « La crise du commerce et de l’artisanat textile à Oloron vue par ses négociants (fin du xviiie-début du xixe siècle) », in Revue de Pau et du Béarn, 1973, no 1, p. 164.

    95 J.-M. Minovez, « Les exportations des Pyrénées occidentales vers l’Espagne, milieu xviiie-début xixe siècle », Circulation des marchandises et réseaux commerciaux dans les Pyrénées, xiiie- xixe siècle, colloque international organisé par l’UMR 5136 du CNRS/Fra.M.Espa-Université de Toulouse II-Le Mirail, le laboratoire « Élites du Sud » de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et le « Patrimoni Cultural d’Andorra », Andorre-la-Vieille, 1er-4 octobre 2003, Toulouse, CNRS/Université de Toulouse-Le Mirail, collection « Méridiennes », 2005, p. 348-354 et J. Dumonteil, « La crise du commerce et de l’artisanat textile à Oloron vue par ses négociants (fin du xviiie-début du xixe siècle) », loc. cit., passim.

    96 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 192.

    97 L. Turon-Lagot, Histoire de l’industrie textile à Nay et ses environs (1830-1919), TER Lettres, Université de Pau et des Pays de l’Adour, 1990, passim.

    98 G. Anthony, L’industrie de la toile à Pau et en Béarn de 1750 à 1850, Bordeaux, Bière, 1961, p. 175-177.

    99 AD Hautes-Pyrénées, 8 M, 13 ; Mémoire du rapporteur du jury de Bagnères-de-Bigorre pour l’exposition universelle de 1862 portant sur lainages tricotés à l’aiguille, 15 mars 1862.

    100 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819 et ibid., no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    101 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 614.

    102 Y. Pourcher, La trémie et le rouet. Moulins, industrie textile et manufactures de Lozère à travers leur histoire, Montpellier, Presses du Languedoc, 1989, p. 113-115.

    103 A. Audiganne, Les populations ouvrières et les industries de la France. Études comparatives, Paris, Capelle, 1862, 2 vol, reprint, New-York, Burt Franklin, 1970, p. 191.

    104 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 614.

    105 AD Aude, 14 M, 9 ; État des manufactures de l’arrondissement de Castelnaudary, 4e trimestre 1824.

    106 F. Teisserenc, L’industrie lainière dans l’Hérault, Paris, Arthur Rousseau éditeur, 1908, p. 96.

    107 Exposition universelle internationale de 1889 à Paris, Rapport général, p. 335.

    108 V. Cros, L’industrie de la laine dans le Camarès au xixe siècle (1810-1908), Mémoire de maîtrise, sous la direction de J.-M. Olivier, Université Toulouse II-Le Mirail, 2002, p. 51-52.

    109 F. Boulet, Un canton rural reculé du sud Aveyron à la poursuite du développement et des progrès du xixe siècle. Le développement proto-industriel du textile dans le canton de Saint-Affrique, de 1744 au début du xxe siècle, Mémoire de maîtrise, Université Toulouse II-Le Mirail, 2002, p. 83-84.

    110 F. Teisserenc, L’industrie lainière dans l’Hérault, op. cit., p. 102.

    111 R. Cazals, Les révolutions industrielles à Mazamet, 1750-1900, op. cit., p. 38.

    112 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 608.

    113 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    114 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    115 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Limoux au sous-préfet de Limoux, 13 août 1822.

    116 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du sous-préfet de Limoux au préfet de l’Aude, 18 juin 1825.

    117 AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Produits admis par le jury à concourir à l’exposition de 1819.

    118 Ibid. ; Liste des fabricants et des artistes du département de l’Ariège qui ont obtenu des médailles et autres distinctions à l’exposition de 1819.

    119 Ibid. ; Procès-verbal d’examen des objets d’industrie du département de l’Ariège destinés à concourir à l’exposition du 25 août 1823.

    120 Ibid. ; Lettre du ministère de l’intérieur, 3 janvier 1824.

    121 Ibid. ; Lettre du préfet de l’Ariège, 18 juin 1827.

    122 Ibid. ; Lettre du ministère de l’intérieur, 22 octobre 1827.

    123 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    124 F. Teisserenc, L’industrie lainière dans l’Hérault, op. cit., p. 96 et 108-112.

    125 AN, F12, 2301 ; Les fabricants des draps de Lodève à son excellence monseigneur le ministre secrétaire d’État au département de l’Intérieur à Paris, 12 juillet 1820, ibid. ; Lettre d’appui du maire de la ville de Lodève à la pétition des fabricants des draps de Lodève du 12 juillet 1820, 5 juillet 1820, ibid., Fulcrand Faulquier, président du tribunal de commerce de Lodève au préfet de l’Hérault, s. d. (1824), ibid., Lettre du préfet de l’Hérault au ministre secrétaire d’État au département de l’Intérieur, 11 mai 1824.

    126 AN, F12, 2301 ; Le ministre secrétaire d’État au département de l’Intérieur au préfet de l’Hérault, 2 août 1820.

    127 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    128 F. Teisserenc, L’industrie lainière dans l’Hérault, op. cit., p. 101. Les reps sont ici des étoffes fortes tissées entièrement à base de laine commune.

    129 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    130 Ibid., p. 613.

    131 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 102.

    132 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Observations sommaires sur l’industrie et le commerce du canton de Lavelanet, 1819.

    133 AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Lettre du ministère de l’intérieur, 22 octobre 1827.

    134 Ibid. ; Lettre du préfet de l’Ariège, 18 juin 1827 et ibid. ; Procès-verbal d’examen des objets d’industrie du département de l’Ariège destinés à concourir à l’exposition dont l’ouverture se fera le 1er août 1827.

    135 Janine Levain, Jacques Rougerie et André Straus avaient pourtant bien décelé l’importance de la place au point d’écrire que « la seule ville de Castres mériterait qu’on s’y arrête un peu… » ; mais, face à l’importance du phénomène elbeuvien, leur rapport qui ne vise par l’exhaustivité, se concentre d’abord sur les centres les plus significatifs de croissance, cf. J. Levain, J. Rougerie et A. Straus, « Contribution à l’étude des mouvements de “longue durée” : la croissance de l’industrie lainière en France au xixe siècle : ses allures et ses déterminants », in Recherches et travaux, Institut d’histoire économique et sociale de l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, déc. 1983, bull. no 12, p. 71. Il en est de même de Jean-Claude Daumas qui s’intéresse d’abord aux territoires en croissance ou aux chiffres d’affaires les plus élevés (J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., passim).

    136 J. Loup, L’industrie lainière dans le Tarn, Toulouse, Librairie des étudiants, 1910, p. 33.

    137 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 102.

    138 M. Chevalier, La vie humaine dans les Pyrénées ariégeoises, Paris, M.- Th. Génin, 1956, reprint, Tarascon-sur-Ariège, Resonances, 1980, p. 605 ; AD Ariège, 14 M, 11 ; Rapport de l’ingénieur des mines Mussy, 5 novembre 1869, f° 5.

    139 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819 et ibid., no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    140 AD Ariège, 14 M, 11 ; Rapport de l’ingénieur des mines Mussy, 5 novembre 1869, f° 8.

    141 AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Lettre du préfet de l’Ariège, 18 juin 1827 et AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Procès-verbal d’examen des objets d’industrie du département de l’Ariège destinés à concourir à l’exposition dont l’ouverture se fera le 1er août 1827.

    142 Ibid. ; Bordereau des objets envoyés par le département de l’Ariège à l’exposition des produits de l’industrie, dont l’ordonnance royale du 7 octobre 1833 a fixé l’ouverture au 1er mai 1834.

    143 Ibid. ; Lettre, s. n. (compte tenu de l’écriture, il est possible d’en attribuer la rédaction à Dastis), s. d. (probablement en 1839 car sa rédaction correspond à la réponse à une sollicitation du préfet dont l’objet est l’exposition de 1839), s. l.

    144 AD Ariège, 14 M, 11 ; Rapport de l’ingénieur des mines Mussy, 5 novembre 1869.

    145 P. Léon, « Vie et mort d’un grand marché international. La foire de Beaucaire (xviiie-xixe siècles) », in Revue de géographie de Lyon, no 4, 1953, p. 325-326.

    146 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, op. cit., p. 475.

    147 AD Aude, 14 M, 19 ; Lettre du préfet du Tarn-et-Garonne au préfet de l’Aude, 19 mai 1817.

    148 C. Marquié, « Une famille de marchands-fabricants sur le long terme : les Airolles (1620-1901) », in Bulletin de la SESA, 1984, p. 91-105.

    149 AD Aude, 14 M, 19 ; Lettre de Paul Airolles, maire de Carcassonne, au préfet de l’Aude, 24 mai 1817.

    150 A. Broder, Le rôle des intérêts étrangers dans la croissance de l’Espagne, 1767-1920, Thèse d’État, Microfiches, Lille, ADT, 1982, p. VIII-IX.

    151 D. Ringrose, Transportation and Economic Stagnation in Spain, 1750-1850, Durham, Duke University Press, 1970 ; S. Madrazo, El sistema de comunicaciones en España, 1750-1850, Madrid, Turner, 1984.

    152 A. Broder, Histoire économique de l’Espagne contemporaine, Paris, Economica, 1998, p. 36.

    153 A. Broder, G. Chastagnaret, É. Témime, « Capital et croissance dans l’Espagne du xixe siècle », in B. Bennassar (ed.), L’Espagne de l’immobilisme à l’essor, Paris, Presses du CNRS, 1989, p. 77.

    154 A. Broder, Le rôle des intérêts étrangers dans la croissance de l’Espagne, 1767-1920, op. cit., p. X.

    155 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, op. cit., p. 500 et 565 ; M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 125-126.

    156 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 151 ; G. Tortella Casares, El desarollo de la España contemporanea, Historia económica de los siglos xix y xx , Madrid, Alianza editorial, 1995.

    157 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    158 AD Aude, 14 M, 19 ; Lettre de Paul Airolles, maire de Carcassonne, au préfet de l’Aude, 26 août 1817.

    159 Contrairement à ce que nous dit Claude Fohlen considérant que « les exportations en Orient avaient déjà bien baissé à la fin du xviiie siècle et ne reprirent jamais après les guerres napoléonniennes » (cf. C. Fohlen, L’industrie textile au temps du Second Empire, Paris, Plon, 1956, p. 182).

    160 C. H. Johnson, The Life and Death of Industrial Languedoc, 1700-1920, New-York-Oxford, Oxford University Press, 1995, p. 38.

    161 A. Hortus, L’industrie de la laine dans le Lodévois : étude économique et sociale (1789-1851), Mémoire de maîtrise, Université de Montpellier III, 1968, p. 141-146.

    162 C. H. Johnson, The Life and Death of Industrial Languedoc, 1700-1920, op. cit., p. 18.

    163 Le grand industriel de Sedan, Cunin-Gridaine, estimait en 1834 à 400 millions de francs le chiffre d’affaires des tissus de laine fabriqués et à seulement 28 millions la part exportée (cf. J. Levain, J. Rougerie et A. Straus, « Contribution à l’étude des mouvements de « longue durée » : la croissance de l’industrie lainière en France au xixe siècle : ses allures et ses déterminants », […], bull. no 12, loc. cit., p. 60.

    164 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, op. cit., p. 587.

    165 Exposition universelle internationale de 1889 à Paris, Rapport général, p. 337.

    166 R. Gély, L’industrie de la laine à Bédarieux de 1789 à 1851, Mémoire de DES d’histoire, Université de Montpellier, 1969, p. 211-212.

    167 C. Marquié, « En Languedoc : des manufactures royales aux usines (1666-1954) », loc. cit., p. 138.

    168 J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., p. 64.

    169 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    170 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819 et ibid., no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    171 AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Lettre du préfet de l’Ariège, 18 juin 1827.

    172 AD Ariège, 14 M, 17 ; Statistique industrielle des manufactures fabriques et usines et autres établissements capables de donner des produits ailleurs qu’à la consommation locale […], département de l’Ariège, 1825.

    173 AD Ariège, 14 M, 19/2, no 11 ; Département de l’Ariège. Fabriques de draps à Lavelanet par M. Dumas et par Dastis. Rapport du préfet de l’Ariège, 14 juillet 1823.

    174 AD Ariège, 14 M, 17 ; Statistique industrielle des manufactures fabriques et usines et autres établissements capables de donner des produits ailleurs qu’à la consommation locale […], département de l’Ariège, 1825.

    175 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    176 Ibid.

    177 J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., p. 96.

    178 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 97-98.

    179 G. Gayot, Les draps de Sedan, 1646-1870, Paris, EHESS, 1998, p. 360, 456 et 458.

    180 J. Loup, L’industrie lainière dans le Tarn, op. cit., p. 35.

    181 AD Hautes-Pyrénées, 9 M, 1 ; Mémoire adressé au préfet des Hautes-Pyrénées, s. d. (1814 ou 1815).

    182 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 101-102.

    183 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du sous-préfet de Limoux au préfet de l’Aude, 18 juin 1825.

    184 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Limoux au sous-préfet de Limoux, 13 août 1822.

    185 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Chalabre au sous-préfet de Limoux, 30 août 1822.

    186 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du sous-préfet de Limoux au préfet de l’Aude, 18 juin 1825.

    187 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    188 En 1832, Limoux qui est la plus en avance avec Chalabre dans ce domaine dans le département de l’Aude ne produit encore qu’un tiers de cuirs-laine, le reste étant toujours composé de draps lisses et croisés : AD Aude, 14 M, 11 ; Lettre du sous-préfet de Limoux au préfet de l’Aude, 1er octobre 1832.

    189 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Limoux au sous-préfet de Limoux, 13 août 1822.

    190 AD Aude, 14 M, 9 ; État des manufactures de l’arrondissement de Castelnaudary, 4e trimestre 1824.

    191 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

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    1 François Crouzet publiait une première fois ces résultats en 1962 (F. Crouzet, « Les conséquences économiques de la Révolution. À propos d’un inédit de sir Francis d’Ivernois », in Annales historiques de la Révolution française, 1962, p. 202, n. 69) reprenant « les estimations “catastrophistes” des deux tiers de Germain Martin et d’[Émile] Levasseur », cité à partir de S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », in Voies nouvelles pour l’histoire de la Révolution française, Colloque Albert Mathiez-Georges Lefebvre, 30 nov.-1er déc. 1974, Paris, Bibliothèque nationale, 1978, p. 157.

    2 Dans les publications actualisées de son article – peut-être sous l’influence de Serge Chassagne qu’il ne cite pas –, François Crouzet adopte les évaluations chiffrées de Tihomir J. Markovitch (T. J. Markovitch, L’industrie française de 1789 à 1964, Tome 1, in Cahiers de l’ISEA, mai 1965) pour l’année 1789. Mais, il ne remet pas en cause le caractère « catastrophiste » de la récession révolutionnaire et maintient dans la même note la citation concernant Émile Levasseur (F. Crouzet, « Les conséquences économiques de la Révolution, vues de Londres », in De la supériorité de l’Angleterre sur la France. L’économique et l’imaginaire, xviie- xxe siècle, Paris, Perrin, 1985, 2e édition, 1999, p. 259 et p. 527, n. 69).

    3 S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », loc. cit., p. 157.

    4 Les régions ici définies entre guillemets sont celles de Serge Chassagne, supra cit. La Champagne est constituée des départements des Ardennes et de la Marne.

    5 Départements du Calvados, de l’Eure, de l’Orne et de la Seine-Inférieure.

    6 S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », loc. cit., p. 158-159.

    7 Départements de l’Ardèche, de l’Aude, de l’Aveyron, du Gard, de l’Hérault, du Lot, du Lot-et-Garonne, de la Lozère et du Tarn.

    8 Départements du Nord, de l’Oise, du Pas-de-Calais et de la Somme.

    9 Départements de l’Eure-et-Loir, de l’Indre, de l’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher, du Maine-et-Loire, de la Sarthe et des Deux-Sèvres.

    10 Départements de l’Ariège, de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées et des Basses-Pyrénées.

    11 J.-M. Minovez, « Les manufactures royales de draps fins du Midi toulousain et leurs entrepreneurs au XVIIIe », in Annales du Midi, 2000, p. 37.

    12 C. Marquié, « En Languedoc : des manufactures royales aux usines (1666-1954) », in S. Caucanas et R. Cazals (dir.), Du moulin à l’usine. Implantations industrielles du xe au xxe siècle, Actes du colloque international de Carcassonne, 11 et 12 mai 2004, Toulouse, Privat, 2005, p. 137.

    13 S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », loc. cit., p. 155, n. 60.

    14 AD Lozère, M, 4176 ; Mémoire sur les fabriques des cadisseries du département de la Lozère, s. d. (probablement 1802).

    15 AN, F12, 1569 ; Lettre du préfet de l’Hérault au ministre de l’intérieur, 27 mai 1808.

    16 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, Paris, Firmin Didot, 1818, reprint, Nîmes, Lacour, 2000, p. 610.

    17 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Chalabre au sous-préfet de Limoux, 30 août 1822.

    18 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    19 É. Baux, « Les draperies audoises sous le Premier Empire », in Revue d’histoire économique et sociale, 38, 1960, p. 418-432.

    20 AD Ariège, 14 M, 19/1 ; Observations sommaires sur l’industrie et le commerce du canton de Lavelanet par Étienne Dumas, 17 mai 1819.

    21 P. Lebrun et al., Essai sur la révolution industrielle en Belgique, 1770-1847, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1979 ; P. Lebrun, L’industrie de la laine à Verviers pendant le xviiie et le début du xixe siècle. Contribution à l’étude des origines de la révolution industrielle, Liège, Bibliothèque de la faculté de lettres et philosophie de l’université de Liège, 1948.

    22 AD Ariège, 14 M, 19/1, pièce no 10 ; Manufacture de draps de la maison Étienne Dumas de Lavelanet, 1819 et AD Ariège, 14 M, 19/1, pièce no 11 ; Manufacture de draps de la maison de commerce Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, 1819.

    23 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, Paris, Gallimard, 1997, p. 496-497.

    24 Statistique de 1815. L’auteur parle en 1815 de l’exportation des produits des manufactures des Basses-Pyrénées vers l’Espagne et le Portugal ; les exportations globales auraient même augmenté de 25 % depuis 1802, p. 36-37.

    25 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, op. cit., p. 500-504.

    26 AD Haute-Garonne, 2 E, 1348 ; Statistique industrielle et manufacturière de Montesquieu-Volvestre, 1812.

    27 AD Lozère, M, 4176 ; Tableau des diverses espèces de tissus du département de la Lozère, 1812.

    28 AN, F12, 1390 ; Mémoire de Huet, inspecteur des manufactures de la Touraine, an II.

    29 AN, F12, 2301 ; Pièces relatives à la demande de Boué, fabricant et maire de Montesquieu-Volvestre, 1812.

    30 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, Paris, Publisud, 1997, p. 139-143.

    31 G. Boyer, Le passé industriel lainier de la Lozère. 1, La cadisserie gévaudanaise, Mende, Service éducatif des Archives de la Lozère, s. d., DOC 1.2.12.

    32 AD Aveyron, 9 M, 2 ; Notice sur l’industrie du département, 1811 ; tableaux de productions pour 1789, 1800 et 1810.

    33 AD Aveyron, 9 M, 3 ; Fabrication des étoffes de laine et des toiles de chanvre, 1812 ; Adjudications militaires (1808-1831).

    34 AD Aveyron, 9 M, 2 ; Notice sur l’industrie du département, 1811 ; tableaux de productions pour 1789, 1800 et 1810 ; AD Aveyron, 9 M, 3 ; Fabrication des étoffes de laine et des toiles de chanvre, 1812. ; Adjudications militaires (1808-1831).

    35 J. Godechot, La Révolution française dans le Midi toulousain, Toulouse, Privat, 1986, p. 263.

    36 D. Ligou, Montauban à la fin de l’Ancien Régime et aux débuts de la Révolution, 1787-1794, Paris, Marcel Rivière, 1958, p. 595.

    37 AN, F12, 2301 ; Lettre du maire de Montauban au préfet du Tarn-et-Garonne, 25 novembre 1811.

    38 C. Marquié, « Proto-industrialisation et Révolution : le textile carcassonnais (1760-1815) », in L’Information historique, 1988, 2, p. 71-77.

    39 AN, F12, 2301 ; Plusieurs pièces portant sur les demandes des fabricants d’Albi, de Lodève et de Camarès pour fournir des tricots pour l’habillement des troupes sous l’Empire en 1812-1813.

    40 AN, F12, 1569 ; Renseignements statistiques sur l’industrie et le commerce du département du Tarn-et-Garonne : étoffes de Montauban, 1809.

    41 AN, F12, 1345A ; Questions sur les moyens et les résultats de la fabrication des étoffes de laines pures ou mélangées, et tableaux à remplir, Chalabre, Limoux, Carcassonne, an III.

    42 AN, F12, 2301 ; Lettre du ministre de la Guerre par intérim au préfet de l’Aude, 6 décembre 1819.

    43 AN, F12, 2301 ; Lettre du ministre de la Guerre au préfet du Tarn-et-Garonne, 15 février 1819.

    44 Bibl. mun. Carcassonne, mss. no 94, intendant Ballainvilliers, Traité sur le commerce de Languedoc, 1788, f° 2.

    45 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 193-194.

    46 AN, F12, 1344 ; Enquête de l’an III. Tableaux dressés en ventôse an III.

    47 AN, F12, 1378 ; Procès-verbal de l’inspecteur des manufactures, 1725.

    48 P. Dardenne, Essai sur la statistique du département de l’Ariège composé en 1805, in L’Ariège au temps de Napoléon ou essai sur la statistique du département de l’Ariège, 1805, texte présenté par Alain Bourneton, Saint-Girons, « Boulbi », 1990, p. 310-311.

    49 Ibid., p. 311.

    50 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 193-194.

    51 P. Dardenne, Essai sur la statistique du département de l’Ariège composé en 1805, op. cit., p. 267 : « Une partie de la laine que les paysans récoltent de leurs troupeaux est employée à leurs habillements ainsi qu’à celui de leurs femmes et de leurs enfants. Cette laine est filée dans les maisons et l’étoffe est faite par les tisserands du pays qui y sont en grand nombre. On l’apporte aussi aux fouleries qui lui donnent la dernière façon. On choisit de préférence la laine brune et l’on fait teindre quelquefois celle qui est blanche ».

    52 P. Dardenne, L’Ariège au temps de Napoléon ou essai sur la statistique du département de l’Ariège, op. cit., p. 303 : le paysan « s’habille de la laine de ses troupeaux et la même bure couvre la famille tant l’hiver que l’été ». Ibid., p. 267.

    53 J. Thomas, « L’économie rurale aux xixe et xxe siècles. La vie des foires et marchés », in R. Souriac (dir.), Comminges et Nébouzan, tome II, Pau, SNERD, 1984, p. 554.

    54 AD Aveyron, 8 M, 4 ; Renseignements concernant le commerce et l’industrie adressés par les sous-préfets. Remarque du sous-préfet, 1837.

    55 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    56 AD Aude, 14 M, 9 ; État des manufactures de l’arrondissement de Castelnaudary, 4e trimestre 1824.

    57 S. Chassagne, « L’industrie lainière en France à l’époque révolutionnaire et impériale (1790-1810) », loc. cit., p. 164 ; L. Bergeron, L’épisode napoléonien. Aspects intérieurs, 1799-1815, Paris Seuil, 1972, p. 214 ; L. M. Lomüller, Histoire économique et industrielle de la France de la fin du xviiie au début du xixe siècle. Guillaume Ternaux, 1763-1833, créateur de la première intégration industrielle française, Paris, la Cabro d’or, 1978.

    58 Exposition universelle internationale de 1889 à Paris, Rapport général, p. 346-347.

    59 Exposition des produits de l’industrie française. Distribution des récompenses. Liste de MM. les exposants qui ont obtenu la croix d’honneur et des médailles […], Paris, A. Pihan Delaforest, 1827, p. 14.

    60 Il existe deux grandes sortes de flanelles : des lisses tout en laine cardée et des croisées avec une chaîne peignée et une trame cardée (J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2004, p. 184).

    61 AN, F12, 1378 ; Journal du sieur Lauvergnat inspecteur des manufactures de la généralité d’Auch, 1782.

    62 J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., p. 178.

    63 AD Lozère, F, 2447 ; Mémoire du Sieur Holker sur sa tournée au Languedoc présenté à Monseigneur l’archevêque de Narbonne, s. d. (1764) ; J.- M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 173-178 ; J.-M. Minovez, « Politique réglementaire de l’État et mutations de l’industrie. L’exemple des draperies des Pyrénées centrales, 1742-vers 1789 », in Les hommes et leur patrimoine en Comminges. Identité, espaces, cultures dans l’histoire et l’actualité du Comminges et des Pyrénées centrales, Actes du 52e congrès de la Fédération historique de Midi-Pyrénées, Saint-Gaudens les 25, 26 et 27 juin 1999, Saint-Gaudens, Société des Études du Comminges, 2000, p. 799-808.

    64 J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., p. 181-182.

    65 AD Hautes-Pyrénées, 9 M, 1 ; Mémoire adressé au préfet des Hautes-Pyrénées, s. d. (1814 ou 1815).

    66 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 125-127 ; AD Haute-Garonne ; AD Haute-Garonne, 12 M, 12 ; Statistiques industrielles, 1809 ; AD Haute-Garonne, 2 E, 1348 ; Statistiques industrielles et manufacturières de Montesquieu, 1810.

    67 AD Gers ; C, 29, pièce 5 ; État des pièces d’étoffes […] de l’inspection de Saint-Gaudens, 1782 et 1785.

    68 Dont les mazamets larges dans les qualités supérieures et les mazamets étroits dans les qualités moyennes.

    69 R. Cazals, Les révolutions industrielles à Mazamet, 1750-1900, Paris/Toulouse, La Découverte-Maspero/Privat, 1983, p. 38.

    70 Ibid., p. 77-78.

    71 En effet, un certain nombre de ces produits a déjà fait l’objet d’innovation, dès l’Ancien Régime, dans la zone de Mazamet puisque dans le Castrais et dans sa région les flanelles, les flanelles unies, les ratines larges, les calmouks étaient déjà produits. Cela n’est pas étonnant, Castres apparaissant comme en pointe dans le domaine de l’innovation en produits à cette époque. Notons aussi que cette énumération pose problème car elle fait mention de produits qui font leur apparition seulement sous la Restauration ; d’autres sont des produits à la dénomination purement conjoncturelle, cachant très probablement des tissus plus classiques ; en outre et dans tous les cas, leur proportion n’est pas évaluée. La structure de la confection de la première moitié du xixe siècle à Mazamet ne laisse d’ailleurs pas entrevoir de profondes mutations avant l’apparition des castorines, des cuirs-laine puis, plus tard, des nouveautés (cf. L. Dutil, L’état économique du Languedoc à la fin de l’Ancien Régime (1750-1789), Paris, Hachette, 1911, p. 431 et 435-437).

    72 AN, F12, 2449, octobre 1843, cité par Maurice Lévy-Leboyer : M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, Paris, PUF, 1964, p. 103, n. 33.

    73 R. Cazals, Les révolutions industrielles à Mazamet, 1750-1900, op. cit., p. 110-112.

    74 AN, F12, 4476, Réponse à la circulaire ministérielle du 7 juin 1837, cité par Maurice Lévy-Leboyer : M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 102, n. 30.

    75 Petit-fils d’Antoine Lasalle, un des fondateurs de l’activité économique de Chalabre d’après le baron Trouvé.

    76 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 610-612.

    77 AN, F12, 1345A ; Questions sur les moyens et les résultats de la fabrication des étoffes de laines pures ou mélangées, et tableaux à remplir, Chalabre, an III.

    78 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819 et ibid., no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    79 Il est rapidement suivi par un autre manufacturier local : Dastis, qui devient presque immédiatement son associé dans cette nouvelle aventure industrielle.

    80 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation nationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 102.

    81 R. Leboutte, Vie et mort des bassins industriels en Europe, 1750-2000, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 76.

    82 P. Lebrun et al., Essai sur la révolution industrielle en Belgique, 1770-1847, op. cit., p. 277 ; P. Lebrun, L’industrie de la laine à Verviers pendant le xviiie et le début du xixe siècle. Contribution à l’étude des origines de la révolution industrielle, op. cit., p. 233-240.

    83 La première mécanisation a porté la croissance de Verviers durant la première moitié du xixe siècle. La mécanisation se poursuit dans la période suivante (1848-1865) avant d’entrer vraiment dans le factory system (1865-1886) (S. Vaillant-Gabet, Sur le fonctionnement et l’esprit du capitalisme. Entreprises d’industries lainières en France et en Belgique au xixe siècle, Thèse de doctorat, Université de Lille III, 2006).

    84 Exposition universelle internationale de 1889 à Paris, Rapport général, p. 337.

    85 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    86 Il suffit pour s’en convaincre de parcourir les tableaux des règlements pour la fabrication des étoffes. Cette continuité technique a particulièrement été mise en valeur par Dominique Cardon dans sa thèse de doctorat – dont une grande partie des conclusions valent pour la période moderne et le xixe siècle – puis plus récemment dans un ouvrage qui la prolonge, cf. D. Cardon, Technologie de la draperie médiévale d’après la réglementation technique du nord-ouest méditerranéen (Languedoc, Roussillon, Catalogne, Valence, Majorque), xiiie- xve siècles, Thèse de doctorat, Montpellier, 1990 et D. Cardon, La draperie au Moyen Âge. Essor d’une grande industrie européenne, Paris, CNRS, 1999.

    87 Cf. J.-M. Minovez, La puissance du Midi. Les draperies de Colbert à la Révolution, Rennes, Presses universitaires de Rennes (à paraître en 2012), 1re partie, chapitre I, III.

    88 Arch. Valmirande, 121 DDD ; Lettres patentes du Roy et règlement pour les différentes sortes d’étoffes qui se fabriquent en Béarn, Bigorre, Navarre, Pays de Labour, & autres lieux et environs, & dans la généralité d’Auch, 13 janvier 1750 ; AD Gers, C, 30 ; Lettres patentes du Roi portant règlement pour la fabrication des étoffes de laine dans la généralité d’Auch, 18 septembre 1780.

    89 AD Hérault, C, 2475, pièce 38 ; Rapport de Joly, inspecteur des manufactures au département de Saint-Gaudens, 10 octobre 1747 et pièce 30 ; Rapport de Fontanes, inspecteur des manufactures au département de Saint-Gaudens, 24 octobre 1748.

    90 Laine vendue avant d’avoir été peignée.

    91 Laine peignée entrant dans la confection de la chaîne.

    92 Filaments courts de la laine peignée entrant dans la confection de la chaîne.

    93 AN, F12, 1378 ; Journal du sieur Lauvergnat inspecteur des manufactures de la généralité d’Auch, 1782.

    94 J. Dumonteil, « La crise du commerce et de l’artisanat textile à Oloron vue par ses négociants (fin du xviiie-début du xixe siècle) », in Revue de Pau et du Béarn, 1973, no 1, p. 164.

    95 J.-M. Minovez, « Les exportations des Pyrénées occidentales vers l’Espagne, milieu xviiie-début xixe siècle », Circulation des marchandises et réseaux commerciaux dans les Pyrénées, xiiie- xixe siècle, colloque international organisé par l’UMR 5136 du CNRS/Fra.M.Espa-Université de Toulouse II-Le Mirail, le laboratoire « Élites du Sud » de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et le « Patrimoni Cultural d’Andorra », Andorre-la-Vieille, 1er-4 octobre 2003, Toulouse, CNRS/Université de Toulouse-Le Mirail, collection « Méridiennes », 2005, p. 348-354 et J. Dumonteil, « La crise du commerce et de l’artisanat textile à Oloron vue par ses négociants (fin du xviiie-début du xixe siècle) », loc. cit., passim.

    96 J.-M. Minovez, L’impossible croissance en Midi toulousain ? 1661-1914. Origines d’un moindre développement, op. cit., p. 192.

    97 L. Turon-Lagot, Histoire de l’industrie textile à Nay et ses environs (1830-1919), TER Lettres, Université de Pau et des Pays de l’Adour, 1990, passim.

    98 G. Anthony, L’industrie de la toile à Pau et en Béarn de 1750 à 1850, Bordeaux, Bière, 1961, p. 175-177.

    99 AD Hautes-Pyrénées, 8 M, 13 ; Mémoire du rapporteur du jury de Bagnères-de-Bigorre pour l’exposition universelle de 1862 portant sur lainages tricotés à l’aiguille, 15 mars 1862.

    100 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819 et ibid., no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    101 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 614.

    102 Y. Pourcher, La trémie et le rouet. Moulins, industrie textile et manufactures de Lozère à travers leur histoire, Montpellier, Presses du Languedoc, 1989, p. 113-115.

    103 A. Audiganne, Les populations ouvrières et les industries de la France. Études comparatives, Paris, Capelle, 1862, 2 vol, reprint, New-York, Burt Franklin, 1970, p. 191.

    104 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 614.

    105 AD Aude, 14 M, 9 ; État des manufactures de l’arrondissement de Castelnaudary, 4e trimestre 1824.

    106 F. Teisserenc, L’industrie lainière dans l’Hérault, Paris, Arthur Rousseau éditeur, 1908, p. 96.

    107 Exposition universelle internationale de 1889 à Paris, Rapport général, p. 335.

    108 V. Cros, L’industrie de la laine dans le Camarès au xixe siècle (1810-1908), Mémoire de maîtrise, sous la direction de J.-M. Olivier, Université Toulouse II-Le Mirail, 2002, p. 51-52.

    109 F. Boulet, Un canton rural reculé du sud Aveyron à la poursuite du développement et des progrès du xixe siècle. Le développement proto-industriel du textile dans le canton de Saint-Affrique, de 1744 au début du xxe siècle, Mémoire de maîtrise, Université Toulouse II-Le Mirail, 2002, p. 83-84.

    110 F. Teisserenc, L’industrie lainière dans l’Hérault, op. cit., p. 102.

    111 R. Cazals, Les révolutions industrielles à Mazamet, 1750-1900, op. cit., p. 38.

    112 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 608.

    113 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    114 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    115 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Limoux au sous-préfet de Limoux, 13 août 1822.

    116 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du sous-préfet de Limoux au préfet de l’Aude, 18 juin 1825.

    117 AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Produits admis par le jury à concourir à l’exposition de 1819.

    118 Ibid. ; Liste des fabricants et des artistes du département de l’Ariège qui ont obtenu des médailles et autres distinctions à l’exposition de 1819.

    119 Ibid. ; Procès-verbal d’examen des objets d’industrie du département de l’Ariège destinés à concourir à l’exposition du 25 août 1823.

    120 Ibid. ; Lettre du ministère de l’intérieur, 3 janvier 1824.

    121 Ibid. ; Lettre du préfet de l’Ariège, 18 juin 1827.

    122 Ibid. ; Lettre du ministère de l’intérieur, 22 octobre 1827.

    123 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    124 F. Teisserenc, L’industrie lainière dans l’Hérault, op. cit., p. 96 et 108-112.

    125 AN, F12, 2301 ; Les fabricants des draps de Lodève à son excellence monseigneur le ministre secrétaire d’État au département de l’Intérieur à Paris, 12 juillet 1820, ibid. ; Lettre d’appui du maire de la ville de Lodève à la pétition des fabricants des draps de Lodève du 12 juillet 1820, 5 juillet 1820, ibid., Fulcrand Faulquier, président du tribunal de commerce de Lodève au préfet de l’Hérault, s. d. (1824), ibid., Lettre du préfet de l’Hérault au ministre secrétaire d’État au département de l’Intérieur, 11 mai 1824.

    126 AN, F12, 2301 ; Le ministre secrétaire d’État au département de l’Intérieur au préfet de l’Hérault, 2 août 1820.

    127 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    128 F. Teisserenc, L’industrie lainière dans l’Hérault, op. cit., p. 101. Les reps sont ici des étoffes fortes tissées entièrement à base de laine commune.

    129 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    130 Ibid., p. 613.

    131 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 102.

    132 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Observations sommaires sur l’industrie et le commerce du canton de Lavelanet, 1819.

    133 AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Lettre du ministère de l’intérieur, 22 octobre 1827.

    134 Ibid. ; Lettre du préfet de l’Ariège, 18 juin 1827 et ibid. ; Procès-verbal d’examen des objets d’industrie du département de l’Ariège destinés à concourir à l’exposition dont l’ouverture se fera le 1er août 1827.

    135 Janine Levain, Jacques Rougerie et André Straus avaient pourtant bien décelé l’importance de la place au point d’écrire que « la seule ville de Castres mériterait qu’on s’y arrête un peu… » ; mais, face à l’importance du phénomène elbeuvien, leur rapport qui ne vise par l’exhaustivité, se concentre d’abord sur les centres les plus significatifs de croissance, cf. J. Levain, J. Rougerie et A. Straus, « Contribution à l’étude des mouvements de “longue durée” : la croissance de l’industrie lainière en France au xixe siècle : ses allures et ses déterminants », in Recherches et travaux, Institut d’histoire économique et sociale de l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, déc. 1983, bull. no 12, p. 71. Il en est de même de Jean-Claude Daumas qui s’intéresse d’abord aux territoires en croissance ou aux chiffres d’affaires les plus élevés (J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., passim).

    136 J. Loup, L’industrie lainière dans le Tarn, Toulouse, Librairie des étudiants, 1910, p. 33.

    137 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 102.

    138 M. Chevalier, La vie humaine dans les Pyrénées ariégeoises, Paris, M.- Th. Génin, 1956, reprint, Tarascon-sur-Ariège, Resonances, 1980, p. 605 ; AD Ariège, 14 M, 11 ; Rapport de l’ingénieur des mines Mussy, 5 novembre 1869, f° 5.

    139 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819 et ibid., no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    140 AD Ariège, 14 M, 11 ; Rapport de l’ingénieur des mines Mussy, 5 novembre 1869, f° 8.

    141 AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Lettre du préfet de l’Ariège, 18 juin 1827 et AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Procès-verbal d’examen des objets d’industrie du département de l’Ariège destinés à concourir à l’exposition dont l’ouverture se fera le 1er août 1827.

    142 Ibid. ; Bordereau des objets envoyés par le département de l’Ariège à l’exposition des produits de l’industrie, dont l’ordonnance royale du 7 octobre 1833 a fixé l’ouverture au 1er mai 1834.

    143 Ibid. ; Lettre, s. n. (compte tenu de l’écriture, il est possible d’en attribuer la rédaction à Dastis), s. d. (probablement en 1839 car sa rédaction correspond à la réponse à une sollicitation du préfet dont l’objet est l’exposition de 1839), s. l.

    144 AD Ariège, 14 M, 11 ; Rapport de l’ingénieur des mines Mussy, 5 novembre 1869.

    145 P. Léon, « Vie et mort d’un grand marché international. La foire de Beaucaire (xviiie-xixe siècles) », in Revue de géographie de Lyon, no 4, 1953, p. 325-326.

    146 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, op. cit., p. 475.

    147 AD Aude, 14 M, 19 ; Lettre du préfet du Tarn-et-Garonne au préfet de l’Aude, 19 mai 1817.

    148 C. Marquié, « Une famille de marchands-fabricants sur le long terme : les Airolles (1620-1901) », in Bulletin de la SESA, 1984, p. 91-105.

    149 AD Aude, 14 M, 19 ; Lettre de Paul Airolles, maire de Carcassonne, au préfet de l’Aude, 24 mai 1817.

    150 A. Broder, Le rôle des intérêts étrangers dans la croissance de l’Espagne, 1767-1920, Thèse d’État, Microfiches, Lille, ADT, 1982, p. VIII-IX.

    151 D. Ringrose, Transportation and Economic Stagnation in Spain, 1750-1850, Durham, Duke University Press, 1970 ; S. Madrazo, El sistema de comunicaciones en España, 1750-1850, Madrid, Turner, 1984.

    152 A. Broder, Histoire économique de l’Espagne contemporaine, Paris, Economica, 1998, p. 36.

    153 A. Broder, G. Chastagnaret, É. Témime, « Capital et croissance dans l’Espagne du xixe siècle », in B. Bennassar (ed.), L’Espagne de l’immobilisme à l’essor, Paris, Presses du CNRS, 1989, p. 77.

    154 A. Broder, Le rôle des intérêts étrangers dans la croissance de l’Espagne, 1767-1920, op. cit., p. X.

    155 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, op. cit., p. 500 et 565 ; M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 125-126.

    156 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 151 ; G. Tortella Casares, El desarollo de la España contemporanea, Historia económica de los siglos xix y xx , Madrid, Alianza editorial, 1995.

    157 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    158 AD Aude, 14 M, 19 ; Lettre de Paul Airolles, maire de Carcassonne, au préfet de l’Aude, 26 août 1817.

    159 Contrairement à ce que nous dit Claude Fohlen considérant que « les exportations en Orient avaient déjà bien baissé à la fin du xviiie siècle et ne reprirent jamais après les guerres napoléonniennes » (cf. C. Fohlen, L’industrie textile au temps du Second Empire, Paris, Plon, 1956, p. 182).

    160 C. H. Johnson, The Life and Death of Industrial Languedoc, 1700-1920, New-York-Oxford, Oxford University Press, 1995, p. 38.

    161 A. Hortus, L’industrie de la laine dans le Lodévois : étude économique et sociale (1789-1851), Mémoire de maîtrise, Université de Montpellier III, 1968, p. 141-146.

    162 C. H. Johnson, The Life and Death of Industrial Languedoc, 1700-1920, op. cit., p. 18.

    163 Le grand industriel de Sedan, Cunin-Gridaine, estimait en 1834 à 400 millions de francs le chiffre d’affaires des tissus de laine fabriqués et à seulement 28 millions la part exportée (cf. J. Levain, J. Rougerie et A. Straus, « Contribution à l’étude des mouvements de « longue durée » : la croissance de l’industrie lainière en France au xixe siècle : ses allures et ses déterminants », […], bull. no 12, loc. cit., p. 60.

    164 P. Verley, L’Échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, op. cit., p. 587.

    165 Exposition universelle internationale de 1889 à Paris, Rapport général, p. 337.

    166 R. Gély, L’industrie de la laine à Bédarieux de 1789 à 1851, Mémoire de DES d’histoire, Université de Montpellier, 1969, p. 211-212.

    167 C. Marquié, « En Languedoc : des manufactures royales aux usines (1666-1954) », loc. cit., p. 138.

    168 J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., p. 64.

    169 C.-J. baron Trouvé, Description générale et statistique du département de l’Aude, op. cit., p. 612.

    170 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819 et ibid., no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Jean-Baptiste Dastis de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    171 AD Ariège, 14 M, 19/2 ; Lettre du préfet de l’Ariège, 18 juin 1827.

    172 AD Ariège, 14 M, 17 ; Statistique industrielle des manufactures fabriques et usines et autres établissements capables de donner des produits ailleurs qu’à la consommation locale […], département de l’Ariège, 1825.

    173 AD Ariège, 14 M, 19/2, no 11 ; Département de l’Ariège. Fabriques de draps à Lavelanet par M. Dumas et par Dastis. Rapport du préfet de l’Ariège, 14 juillet 1823.

    174 AD Ariège, 14 M, 17 ; Statistique industrielle des manufactures fabriques et usines et autres établissements capables de donner des produits ailleurs qu’à la consommation locale […], département de l’Ariège, 1825.

    175 AD Ariège, 14 M, 19/1, no 10 ; Manufacture de draps de la Maison Étienne Dumas de Lavelanet, département de l’Ariège, 1819.

    176 Ibid.

    177 J.-C. Daumas, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au xixe siècle, op. cit., p. 96.

    178 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 97-98.

    179 G. Gayot, Les draps de Sedan, 1646-1870, Paris, EHESS, 1998, p. 360, 456 et 458.

    180 J. Loup, L’industrie lainière dans le Tarn, op. cit., p. 35.

    181 AD Hautes-Pyrénées, 9 M, 1 ; Mémoire adressé au préfet des Hautes-Pyrénées, s. d. (1814 ou 1815).

    182 M. Lévy-Leboyer, Les banques européennes et l’industrialisation internationale dans la première moitié du xixe siècle, op. cit., p. 101-102.

    183 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du sous-préfet de Limoux au préfet de l’Aude, 18 juin 1825.

    184 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Limoux au sous-préfet de Limoux, 13 août 1822.

    185 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Chalabre au sous-préfet de Limoux, 30 août 1822.

    186 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du sous-préfet de Limoux au préfet de l’Aude, 18 juin 1825.

    187 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

    188 En 1832, Limoux qui est la plus en avance avec Chalabre dans ce domaine dans le département de l’Aude ne produit encore qu’un tiers de cuirs-laine, le reste étant toujours composé de draps lisses et croisés : AD Aude, 14 M, 11 ; Lettre du sous-préfet de Limoux au préfet de l’Aude, 1er octobre 1832.

    189 AD Aude, 14 M, 9 ; Lettre du maire de Limoux au sous-préfet de Limoux, 13 août 1822.

    190 AD Aude, 14 M, 9 ; État des manufactures de l’arrondissement de Castelnaudary, 4e trimestre 1824.

    191 AD Aude, 14 M, 9 ; Rapport du préfet de l’Aude au ministre de l’intérieur, 1er novembre 1825.

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    Minovez, J.-M. (2012). L’intensité des recompositions, vers 1789-vers 1830. In L’industrie invisible. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.22623
    Minovez, Jean-Michel. « L’intensité des recompositions, vers 1789-vers 1830 ». In L’industrie invisible. Paris: CNRS Éditions, 2012. doi:10.4000/books.editionscnrs.22623.
    Minovez, Jean-Michel. « L’intensité des recompositions, vers 1789-vers 1830 ». L’industrie invisible, CNRS Éditions, 2012, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.22623.

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    Minovez, J.-M. (2012). L’industrie invisible. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.22593
    Minovez, Jean-Michel. L’industrie invisible. Paris: CNRS Éditions, 2012. doi:10.4000/books.editionscnrs.22593.
    Minovez, Jean-Michel. L’industrie invisible. CNRS Éditions, 2012, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.22593.
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