Introduction
p. 11-26
Texte intégral
1Une table ronde internationale sur le thème « Katô Shûichi ou penser la diversité culturelle » eut lieu le 12 décembre 2009 à la Maison de la culture du Japon à Paris. Avec le soutien de la Fondation du Japon (Kokusai Kôryû Kikin) et co-organisée par la Maison de la culture du Japon à Paris et le Réseau Asie-Imasie, elle se tint sous l’égide de Nakagawa Masateru, président de la Maison de la culture du Japon à Paris, et de Jean-François Sabouret, directeur du Réseau Asie-Imasie et coordinateur scientifique de cette manifestation.
2Dans les mots d’introduction, Jean-François Sabouret expliqua qu’il avait rencontré Katô Shûichi (1919-2008) à Tôkyô en 2007 dans le cadre d’un projet de publication de la traduction française de son dernier livre, Nihon bunka ni okeru jikan to kûkan (Tôkyô, Iwanami Shoten, 2007). À cette occasion, Katô Shûichi lui confia son désir de faire un ultime voyage en France et Jean-François Sabouret l’invita à une conférence à Paris, à l’occasion de la parution de son livre à CNRS Éditions.
3Malheureusement, Katô Shûichi disparut avant la parution de l’édition française de son livre en novembre 2009. Ne pouvant plus tenir sa promesse, Jean-François Sabouret organisa une table ronde commémorant son œuvre. D’où l’événement qui nous réunit le 12 décembre 2009 à la Maison de la culture du Japon à Paris, une semaine jour pour jour après le premier anniversaire de la mort de Katô Shûichi.
4Avec des personnalités du monde de l’anthropologie, de la pensée, des arts et de l’architecture, cette table ronde se déroula en deux sessions. Dans la première, intitulée « Le temps et l’espace dans l’œuvre de Katô Shûichi » et modérée par Julie Brock, intervenaient Augustin Berque, Watanabe Moriaki, Ishida Hidetaka et Pierre Caye. Dans la seconde, intitulée « Katô Shûichi et son époque » et modérée par Cécile Sakai, intervenaient Edgar Morin, Emiko Ohnuki-Tierney, Maurice Godelier et Sakurai Hitoshi. La projection du film de Sakurai Hitoshi, Katô Shûichi communique avec les esprits1 (extrait d’un film de 95 minutes) eut lieu à la fin de la seconde session, et fut suivie d’une communication de l’auteur.
5Deux autres films furent projetés au cours de la table ronde : au début de la première session, Yajima Midori parle de Katô Shûichi – Entretien avec Jean-François Sabouret ; au début de la seconde session, Katô Shûichi à Kyôto ; tous deux extraits de Ils parlent de Katô Shûichi (réalisation Seto Momoko, production Réseau Asie-Imasie, 2009).
6Exceptée l’intervention finale de Sakurai Hitoshi, qui comprenait la projection de son film, chaque session se déroulait en quatre interventions de quinze minutes. Le public se composait d’environ trois cents personnes.
7Les communications étaient dans les deux langues et furent traduites par le biais d’écouteurs individuels. Dans les mots de clôture, Nakagawa Masateru déclara toute sa satisfaction concernant l’organisation et le déroulement de la table ronde qui semblait avoir conquis un public nombreux et intéressé.
8Les « actes » de cette table ronde sont donc publiés ici en français et leur publication en japonais est prévue pour une date proche. Par la richesse des différentes contributions et par l’intérêt des débats, il ne fait aucun doute que ces publications apporteront, non seulement aux lecteurs français, mais aussi aux lecteurs japonais, de nouvelles connaissances sur le Japon, et un éclairage fondamental sur l’œuvre et la pensée de Katô Shûichi.
9Au début de la première session fut projeté le film de Seto Momoko, Yajima Midori parle de Katô Shûichi – Entretien avec Jean-François Sabouret (2009). Dans ce film d’une dizaine de minutes, Yajima Midori, qui fut la compagne de Katô Shûichi depuis 1969 jusqu’à sa mort en 2008, retrace les grandes lignes de la vie de Katô Shûichi en faisant ressortir les fondements de sa pensée. Elle nous apprend notamment que la position antimilitariste de Katô Shûichi remonte au début de la Seconde Guerre mondiale. Déjà pendant la guerre, avec ses amis des « Matinées poétiques », il exprimait son opposition au gouvernement ultranationaliste et militaire. Puis, la décision du gouvernement japonais de poursuivre les commémorations qui avaient lieu au sanctuaire de Yasukuni2 malgré les protestations des Chinois et des Coréens, marqua une nouvelle étape. C’est alors que, décidant de ne plus se contenter de publier ses opinions, il entreprit de réunir huit autres personnalités pour fonder le « Groupe de l’article 9 » dont l’objectif était de militer à travers tout le Japon pour le maintien de l’article 9 de la Constitution3.
10Médecin de formation, spécialiste en hématologie, Katô Shûichi choisit la voie des études littéraires, dit Yajima Midori, pour connaître « plus complètement » les êtres humains, lesquels ne se réduisent pas au fonctionnement métabolique. Ainsi, le changement qui le conduisit de la médecine à la philosophie ne signifie pas un renoncement, mais au contraire, la poursuite et le développement d’une recherche qui vise à mieux connaître la personne humaine.
11Évoquant son premier voyage en Europe en 1951, Yajima Midori nous apprend que c’est en France qu’il séjourna tout d’abord et que c’est au contact de cette culture distincte qu’il fit l’expérience d’un « autre regard » qui allait transformer sa vision du monde, et du Japon en particulier.
12Sa profonde connaissance du Japon, de l’Europe et de la Chine, s’appuie sur l’étude de la littérature classique. Le regard qu’il porte sur le monde contemporain s’établit ainsi sur un terrain fondamental : les soubassements de la culture forment une base solide sur laquelle il peut installer son regard. Son goût pour les nuances de l’expression, son sens de l’observation et ses méthodes d’analyse, lui permettent d’acquérir une lucidité et une clairvoyance qui sont aujourd’hui reconnues par de nombreux commentateurs japonais. Englobant d’un même regard les réalités du monde ancien et du monde contemporain, il parvient à situer tous les aspects du monde qu’il a devant les yeux dans une vision synthétique où l’homme tient la place centrale. À partir de 1970, il se rend de plus en plus souvent en Chine. Partant de la littérature chinoise classique, il s’interroge sur le processus de japonisation du système d’écriture chinois. Cherchant à mettre en relief les aspects spécifiques de la culture japonaise à travers le mouvement de l’histoire, il écrit son Histoire de la littérature japonaise4. Puis la même interrogation débouchera, dans son dernier ouvrage, sur une théorisation de la culture japonaise. Mais Katô Shûichi tire également de ce travail la conviction que, de même que l’adoption des chiffres arabes a révolutionné le monde des mathématiques, la réintroduction et l’unification des idéogrammes (kanji) permettraient de révolutionner la communication dans la sphère de culture asiatique. En conclusion, ce militant d’opposition, dont le combat le plus important fut de refuser la « grande Asie » voulue par un gouvernement militariste et impérialiste, est devenu à la fin de sa vie un pionnier de la construction pacifique, qui entendait servir l’échange intellectuel, la paix et l’amitié entre les hommes et les peuples.
13Voyons à présent chaque session.
14La première session, modérée par Julie Brock, commença par l’évocation d’un autre symposium qui s’était déroulé le 5 décembre 2009 à Kyôto sous le titre « Ce que nous a laissé Katô Shûichi5 ». À cette occasion, Sakurai Hitoshi et Julie Brock avaient donné chacun une interprétation des principaux concepts qui se dégagent du dernier livre de Katô Shûichi : l’« ici » et le « maintenant ». Sakurai Hitoshi avait souligné qu’une société exclusivement investie dans le présent serait une société amnésique, et donc inconséquente et irresponsable. Julie Brock avait proposé une interprétation qu’elle résuma : « “Ici”, à la Maison de la culture du Japon à Paris, se déroule “maintenant” une table ronde sur Katô Shûichi. »
15Son propos était de montrer que la « Maison de la culture du Japon à Paris » définit un espace communautaire : « le cadre, dit-elle, de l’événement qui nous réunit : un événement de la vie publique, et pour cette raison, programmé, minuté. » Cependant, « pour nous qui sommes réunis dans ce cadre, le moment que nous sommes en train de vivre n’est pas à proprement parler une expérience collective. En fonction de nos expériences propres, de nos connaissances ou de nos points de vue du moment, nous avons sur les choses une perception différente. Et même si nous participons ensemble à la même table ronde, les pensées qui nous viennent à l’esprit, et le souvenir que nous en garderons, ne sont pas les mêmes pour chacun de nous ». Ainsi conclut-elle que le « groupisme » dénoncé par Katô Shûichi se réfère au cadre d’une activité programmée dans la sphère publique, mais qu’il se passe à l’intérieur de l’événement collectif un autre événement, vécu par chacun des participants au titre d’une expérience personnelle, dans une réalité qui lui est propre, dans son présent à lui.
16Revenant sur le symposium du 5 décembre à Kyôto, elle ajouta que Sakurai Hitoshi et elle-même s’étaient retrouvés après leurs conférences respectives, et que leur discussion avait porté sur la question de savoir, si Katô Shûichi avait été vivant, auquel d’entre eux il aurait donné raison. Sakurai Hitoshi avait conclu qu’il leur aurait probablement donné raison à tous les deux. Julie Brock appuya cette opinion en citant Edgar Morin, qui énonce ainsi une pensée formulée par Pascal et par Niels Bohr6 : « Le contraire d’une vérité profonde n’est pas une erreur, mais une autre vérité profonde7. »
17Ainsi peut-on interpréter le « groupisme » de la société japonaise de deux manières différentes selon que l’on se place du point de vue de l’espace ou du point de vue du temps. D’une part, l’espace se définit comme un « cadre » de la vie collective, où l’individu se conçoit comme un attribut du groupe ; d’autre part, le temps se conçoit comme un « moment » vécu par chaque individu dans son propre présent.
18Cette conception paradoxale de l’espace et du temps ouvre un domaine de réalité intérieure, ou du moins la possibilité d’un espace invisible, domicile d’une pure subjectivité, d’autant plus libre de ses mouvements, de ses pensées, de ses jugements et de ses sentiments, que son existence s’inscrit en deçà du cadre fonctionnel. Le temps individuel est pour ainsi dire contenu dans l’espace collectif : la subjectivité se love dans les plis de la collectivité qui lui sert de matrice.
19Augustin Berque était l’auteur de la première conférence, intitulée « Quelques mots de l’espace-temps nippon ». Il fit tout de suite ressortir que l’« ici » et le « maintenant », les deux concepts fondamentaux du temps et de l’espace dans la culture japonaise, selon Katô Shûichi, appartiennent au savoir humain. Ayant ainsi placé sa communication dans une perspective universelle, il développa son analyse sur le thème du ma, que l’on peut traduire en français par la notion d’« intervalle », mais dont la signification complète se traduit plutôt comme une « ambiance », ou plus exactement, précisa Augustin Berque : « ce qui est “ambiant”. »
20En japonais, ma est la lecture phonétique d’un idéogramme (kanji), qui peut s’employer soit isolément – il se lit alors le plus souvent aida, et s’emploie dans le même sens que les prépositions « parmi » ou « entre » – soit en composition avec d’autres idéogrammes, comme dans le mot ningen (l’être humain) où il se prononce gen. En s’appuyant sur ce dernier exemple, Augustin Berque montra que le sujet humain est un individu unique (nin) saisi dans sa relation à l’ensemble (gen). Puis, revenant à la conception philosophique du ma, il définit cet espace comme un lieu de dissolution de l’individu dans le rapport qu’il forme avec les autres. Ce phénomène de « dissolution du moi » dans un tissu relationnel donné par l’existence, expliqua Augustin Berque, serait la signification la plus profonde du ma.
21Par ailleurs spécialiste de Watsuji Tetsurô dont il a traduit l’œuvre la plus connue, Fûdo (Fûdo, le milieu humain, Paris, CNRS Éditions, 2011), Augustin Berque souligna que cet auteur est généralement reconnu aujourd’hui comme un penseur de l’éthique. Il nuança ainsi d’une interrogation d’éthique sa propre conclusion sur le concept japonais aida-gara, qu’il définit comme un indicateur d’ensemble dans la sphère des relations humaines, à l’instar de ce qu’on pourrait dénommer en français le « corps social ». Son exposé, illustré par la lecture de plusieurs poèmes, fit sentir tout le savoir et toute la retenue du scientifique devant la problématique d’une étude portant sur le ma.
22Watanabe Moriaki était l’auteur de la deuxième conférence, intitulée « Ce que je dois à Katô Shûichi : la révélation de l’univers dramatique de Paul Claudel en 1950 ». Il décrivit tout d’abord le « climat du symbolisme » qui régnait parmi les contributeurs de la Nouvelle Revue Française (N.R.F.) : Valéry, Gide, Proust et Paul Claudel, tous disciples de Mallarmé, et dont les écrits se diffusaient au Japon, juste après la guerre, notamment à travers les « Matinées poétiques » (nom donné à un mouvement lancé par quelques jeunes poètes, parmi lesquels un Katô Shûichi qui n’était pas encore célèbre, Fukunaga Takehiko et Nakamura Shin’ichirô). À cette époque, expliqua Watanabe Moriaki, Katô Shûichi montrait déjà des qualités exceptionnelles en tant que critique littéraire et poétique. Par exemple, loin de mépriser, comme la majorité des critiques littéraires français de cette époque, l’œuvre du « poète-ambassadeur catholique » Paul Claudel, Katô Shûichi s’efforçait au contraire de montrer les beautés de la rime, la fulgurance des images et la portée du sens de l’œuvre de ce poète. Pour exprimer l’impact de ses premières lectures de Katô Shûichi sur sa propre carrière et sur son œuvre de metteur en scène, Watanabe Moriaki parle d’une « étincelle séminale ». Exprimant la force du contact qui fait jaillir la lumière, cette métaphore symbolise la fertilité du champ qui s’ouvre sous l’éclairage de la pensée de Katô Shûichi.
23Ishida Hidetaka était l’auteur de la troisième conférence intitulée « Qu’est-ce que les Lumières ? : sur l’éthos d’un intellectuel universel ». Par cet intitulé, Ishida Hidetaka référait à la fois à Emmanuel Kant et à Michel Foucault. Kant qualifie l’humanité de « mineure », c’est-à-dire incapable de se passer de la direction d’autrui. Les Grecs, déjà, avaient mis en évidence la contradiction entre l’aspiration humaine à la liberté et l’obligation d’obéissance aux lois de la communauté. Obéir à un chef, n’est-ce pas une obligation de la sphère d’activité publique ? Et la liberté du sujet n’est-elle pas limitée à la sphère d’activité privée ? Or, Michel Foucault montre que la philosophie kantienne vient contredire cette idée reçue : un soldat ou un prêtre sont bien sûr obligés de respecter le principe hiérarchique, mais à cette réserve près que le soldat est libre de raisonner au sujet de l’armée, le prêtre au sujet des dogmes religieux. L’idée de Kant est que chaque individu doit se soumettre à l’intérêt commun dans le cadre de ses fonctions, mais qu’il est libre toutefois d’exprimer ses opinions dans des écrits raisonnés, argumentés et documentés, adressés au public. Si cette liberté n’existait pas, dit Kant, cela signifierait que les institutions sont immuables, ce qui est contraire à sa conception du progrès. S’appuyant sur la philosophie kantienne, ce que Foucault appelle « éthos » est une attitude consistant à se soumettre aux obligations institutionnelles, tout en se donnant la liberté de « raisonner », c’est-à-dire d’exercer ses facultés critiques.
24Définissant la « modernité », non pas comme une époque donnée, mais comme une attitude de l’homme en quête de sa « majorité », Foucault décrit le philosophe moderne comme un savant qui s’interroge sur l’actualité. Chacun n’ayant qu’une vision limitée de ce qui se passe dans le monde, le philosophe doit d’abord se donner les moyens de reconnaître ses propres limites. Telle est la première condition pour sortir de l’état de minorité et entrer dans l’âge adulte. Pour Ishida Hidetaka, l’œuvre et la pensée de Katô Shûichi apportent une parfaite illustration de cette attitude philosophique. Ne se cantonnant ni au point de vue japonais, ni au point de vue occidental, Katô Shûichi adopte un point de vue qui se situe pour ainsi dire sur la frontière. De là, il parvient à rendre visibles les différences entre deux visions du monde et deux systèmes de pensée. Mais son objectif n’est pas de caractériser des valeurs qui pourraient être universelles. Au contraire, il serait plutôt d’approfondir ses connaissances sur l’histoire, et d’analyser ces connaissances en vue de répondre aux questions qu’il se pose sur lui-même et sur son temps.
25Pierre Caye était l’auteur de la quatrième conférence, « Le sens de la présence : réflexions sur Le temps et l’espace dans la culture japonaise de Katô Shûichi ». Il souligna d’abord le puissant paradoxe de notre époque, où la maîtrise de l’espace s’accompagne d’une perte de maîtrise du temps. Montrant combien l’ouvrage de Katô Shûichi, Le temps et l’espace dans la culture japonaise, dépasse les oppositions habituelles entre l’Orient et l’Occident, entre les civilisations traditionnelles et les sociétés contemporaines, il expliqua en quoi cet ouvrage pouvait aider les lecteurs contemporains à surmonter ce paradoxe.
26Katô Shûichi montre en effet que la culture japonaise est dominée par le présent, au point que le passé et l’avenir semblent de peu d’importance face à l’instant vécu. Mais Pierre Caye relève à juste titre que ce présent appartient à un temps construit. En référence à Sénèque, il appelle dilatatio le phénomène d’étirement du temps que caractérisent aussi bien l’énoncé d’un haiku que les postures appuyées du kabuki. Dans tous les domaines de l’art et de la culture, l’expression japonaise procède de cette dilatatio par laquelle le « présent » découvre sa signification. Par ailleurs, cette conception du temps est si forte qu’elle semble commander jusqu’à la conception de l’espace, comme le montre l’architecture des maisons et des jardins, où l’espace se transforme en fonction du moment. Ainsi, le temps se vit au Japon non sous l’aspect de la simultanéité mais comme une succession d’instants. Évoquant le concept philosophique de « temporalisation » pour dénommer ce phénomène si bien décrit par Katô Shûichi, Pierre Caye conclut que « la domination du temps sur l’espace apparaît bien dans son ouvrage comme la caractéristique dominante de la culture japonaise, au contraire de l’Occident où la perception du temps est plutôt déterminée par l’espace ».
27Mais cette temporalisation conduit aussi la société japonaise à un « monde corseté, aux espaces réduits, au temps compté et rigoureusement organisé, un monde où tout est mesuré au millimètre, et où donc la dilatation du temps et de l’espace trouve très vite ses limites, de sorte que le présent ne dépasse jamais finalement le cadre du présent ». Et c’est peut-être pour échapper à cet emprisonnement des conditions mêmes de l’expérience que la culture japonaise développe parallèlement un mysticisme visant « à effacer ces limites, à les dissoudre pour transcender l’espace et le temps ».
28Au début de la deuxième session fut projeté le film de Seto Momoko : Katô Shûichi à Kyôto – Hakusasonsô et les Éditions Kamogawa (2009).
29Dans ce film d’une dizaine de minutes, des amis de Katô Shûichi évoquent les souvenirs de ses activités à Kyôto. Yuasa Toshihiko, directeur des Éditions Kamogawa, explique comment est née l’idée d’organiser à Kyôto, une fois par mois, des rencontres informelles autour de Katô Shûichi. Appelées « Hakusakai » en souvenir de la première rencontre qui avait eu lieu à Hakusasonsô en 1989, ces réunions consistaient en des lectures, commentaires et discussions portant principalement sur des sujets d’actualité. On lisait par exemple un article du journal, puis Katô Shûichi en faisait l’analyse, répondait aux questions, et engageait une discussion avec les personnes présentes. La séance durait environ deux heures, et se terminait autour d’un verre de bière et de quelques bons plats.
30Hashimoto Tae, présidente du mémorial Hashimoto Kansetsu et maîtresse des lieux où se déroula la première réunion, se souvient que Katô Shûichi portait une grande attention au service et se souciait du bien-être de chacun. Ômura Jirô, journaliste au journal Asahi, exprime le plaisir intellectuel qu’il éprouvait dans ces discussions qui développaient librement tous les thèmes de l’actualité. Noda Masaaki, psychiatre, insiste sur le fait que toutes les idées développées par Katô Shûichi étaient originales. Manabe Sôhei, maire de Ôyamazaki, se souvient que les membres de Hakusakai représentaient tous les âges et toutes les classes de la société, et que Katô Shûichi s’adressait à tous comme à des êtres intelligents et capables de réflexion. Julie Brock évoque l’émission de télévision « Saigo no kotoba » [Le dernier mot] (NHK, août 2008), où, bien que très malade, Katô Shûichi disait qu’il fallait « changer la vie ». Tous expriment de la reconnaissance et du respect pour ce grand intellectuel qui, sans faire étalage de son érudition, de manière simple, ouverte et souriante, répondait aux questions de chacun et en posait à son tour. D’après ses amis japonais, il aurait découvert en Occident une manière d’être avec les autres, plus chaleureuse et plus démocratique que ne le sont entre eux les Japonais, et particulièrement les intellectuels de sa génération. Ils témoignent que ce changement qu’il espérait pour le Japon et auquel travaille toute son œuvre, s’accomplissait de manière perceptible dans « l’ici et maintenant » des izakaya, les petits estaminets de Kyôto.
31La deuxième session était modérée par Cécile Sakai. Rappelant que Katô Shûichi était parfaitement francophone et qu’il maîtrisait l’ensemble des théories occidentales, Cécile Sakai exprima tout d’abord le regret qu’il soit absent dans ce débat sur la culture, la société et le savoir, où il serait intervenu, dit-elle, avec compétence et avec passion. Pour elle, comme pour Ishida Hidetaka, Le temps et l’espace dans la culture japonaise n’est pas seulement un ouvrage d’érudition, mais peut s’interpréter comme une synthèse de l’itinéraire intellectuel de Katô Shûichi. Humaniste éclairé, celui-ci était aussi un intellectuel engagé dans les grands combats de son temps. Militant de longue date pour la défense de l’environnement, pour la paix et pour les droits de l’homme, il avait fondé avec l’écrivain Ôe Kenzaburô, alors qu’il était déjà très âgé, un petit groupe en vue de défendre le maintien de l’article 9 de la Constitution japonaise (article qui interdit au Japon de disposer d’une armée offensive).
32Rendant hommage au style très clair de Katô Shûichi, Cécile Sakai souligna le fait que c’est toujours d’un point de vue comparatiste que Katô Shûichi élargit, développe et généralise son propos. Elle donna l’Histoire de la littérature japonaise pour exemple de cette méthode qui consiste à contextualiser dans l’histoire de la société une problématique qui, présentée tout d’abord de manière frontale, se déplace ensuite vers les marges de manière à révéler les zones d’ombre. Appelant « relativiste » cette méthode farouchement opposée à tout dogmatisme, elle releva que ce relativisme était très clairement sous-tendu par un principe universaliste.
33Edgar Morin était l’auteur de la première intervention de cette session. Intitulée « Temps cyclique, temps irréversible », cette conférence constituait en elle-même une brillante synthèse de la pensée d’Edgar Morin, une pensée qui ne cesse de s’interroger sur le rapport de l’homme avec le monde (le monde du travail, le monde social, le capitalisme, le consumérisme, les médias, etc.), et de l’homme avec lui-même. Mais cette synthèse portait également sur l’impasse où est arrivée la civilisation occidentale après des siècles d’histoire, notamment religieuse et politique. Ayant montré que l’idée d’un temps circulaire existait dans toutes les civilisations, Edgar Morin expliqua que l’idée occidentale du progrès humain trouvait son origine dans le messianisme de saint Paul plutôt que dans l’Ancien Testament. Pour nuancer la pensée de Katô Shûichi, il établit à son tour un parallèle entre le christianisme qui promet le paradis céleste et le marxisme qui, promettant le paradis terrestre, ferme la porte de l’au-delà. L’image d’un temps lancé comme une flèche en direction de l’infini, qui caractérisait la civilisation occidentale dominée par l’Église chrétienne, s’estompe et tend à disparaître, faisant place à la représentation nouvelle d’un temps qui rencontre la barrière de la raison humaine, et s’accumule en deçà de cette barrière comme les nuages, faisant peser sur les hommes un sentiment de menace et d’incertitude.
34Pour Edgar Morin, la conception d’un univers cyclique et celle d’un mouvement temporel en marche vers un monde meilleur, loin de s’opposer, coexistent dans une société où les croyances monothéistes perdurent en même temps que la laïcisation gagne du terrain. Cependant, toutes deux sont en voie d’obsolescence. Constatant que la recherche du bonheur a conduit la civilisation occidentale à un échec, il montra que la seule hypothèse qui demeure fondée aujourd’hui est celle de la finitude du monde et de la mort qui attend chaque individu. Doublement trahie par le messianisme christique et par le messianisme marxiste, la civilisation occidentale ne pourra traverser la passe, dit Edgar Morin, qu’en inventant une temporalité de la finitude. Ou en la découvrant à travers d’autres civilisations qui, loin de la sphère occidentale, hors de l’influence messianique et transcendentale, ont développé d’autres conceptions du temps, comme le montre Katô Shûichi à travers l’exemple de la civilisation japonaise.
35Emiko Ohnuki-Tierney était l’auteur de la deuxième conférence, intitulée « La conception de l’espace et du temps dans la culture japonaise : “ici et maintenant” chez Katô Shûichi. Réflexions à partir d’une perspective anthropologique ». Elle fit ressortir principalement deux points de l’ouvrage de Katô Shûichi. Soulignant que la représentation typique du temps dans la culture japonaise est une sorte de « présentisme8 », Emiko Ohnuki-Tierney montra tout d’abord que la recherche du « profit terrestre » s’inscrit dans la logique d’une pensée religieuse qui n’accorde pas une grande importance à la recherche du bonheur dans l’au-delà.
36Puis elle cita encore une fois l’ouvrage de Katô Shûichi : « La culture de “l’ici” comme la culture du “maintenant” se ramènent à la relation entre la partie et le tout. En d’autres termes, l’expression du temps, dans une pensée où la partie précède le tout, est le présentisme ; l’expression de l’espace, le groupisme communautaire9. » Pour limiter sa communication à la question du temps et du présentisme, elle présenta deux poèmes écrits sur le front par un jeune étudiant soldat juste avant sa mort. Citant ensuite deux passages, respectivement des ethnologues Orikuchi Shinobu et Miyata Noboru, où les auteurs parlent de « l’âme » japonaise. Elle conclut que, sans relation avec le Dieu transcendental, les Japonais ont développé une idée du temps qui se concentre dans le présent, un temps qui ne se dirige pas de manière linéaire du passé vers le futur, mais qui se déploie dans une boucle sans cesse recommencée.
37Maurice Godelier était l’auteur de la troisième conférence, intitulée « Étranger, ennemi, ami, co-initié, parent : un point de vue océanien ». En hommage à Katô Shûichi, il examina la théorie du temps et de l’espace nippons du point de vue de la culture des Baruya, nom d’une société tribale de la Nouvelle-Guinée à laquelle il a consacré plusieurs années d’études sur le terrain et de nombreux travaux.
38Chez les Baruya, l’origine du monde se conçoit au sein d’une représentation cosmologique : la terre et le ciel se disjoignent par l’ascension de deux divinités, le soleil et la lune, qui prennent position à une distance propice à la vie terrestre. À partir de ce moment s’établit « l’avènement des êtres humains du temps du rêve » (Wandjina). Il n’existe chez les Baruya aucune explication concernant une création divine, mais le premier « couple d’humains » n’a pas d’organes sexuels. Le soleil, en jetant dans le feu un morceau de silex, provoque une explosion qui perce l’homme et la femme afin qu’ils puissent se reproduire. Commence alors un temps de la domination des femmes. Ce sont elles qui ont inventé la culture, avant d’en être expropriées par les hommes. Depuis cette époque, la domination des hommes se perpétue à travers des cérémonies d’initiation qui ont lieu tous les trois ans, reproduisant la première disjonction qui, dans les temps du rêve, a séparé les hommes et les femmes. Quel que soit son âge, sa lignée, son village, chaque garçon est ainsi séparé des femmes au cours de cette expérience qui lui donne à vivre la séparation primordiale dans laquelle il va trouver sa place. Ainsi, les Baruya parviennent à incorporer le « temps du rêve » dans leur conscience du présent, et le « rêve » forme encore aujourd’hui les soubassements de la réalité sociale.
39Les frontières du territoire Baruya sont gardées différemment par les chamanes selon que ces derniers sont des hommes ou des femmes : l’esprit des chamanes hommes s’envole la nuit au sommet des montagnes contre les agressions des chamanes ennemis ; l’esprit des chamanes femmes, se transforme en grenouille pour garder les rivières et repousser les ennemis.
40L’espace tribal se caractérisant par la fermeture, la vie quotidienne des Baruya se déroule dans un territoire protégé. Mais, explique Maurice Godelier, la structure tribale implique la perpétuation des alliances ou des guerres avec les peuples voisins, alliés ou ennemis. Tous les hommes sont ainsi destinés à faire la guerre. Telle est aussi, ajouta Maurice Godelier, la véritable destination des rites.
41Avec la colonisation, les Baruya ont eu connaissance de la Bible. Découvrant ainsi un avenir qui est de mourir hors du péché et de renaître auprès de Dieu, ils ont pendant deux décennies interrompu les pratiques rituelles. Ils ont acquis la conscience d’un temps linéaire progressant vers une fin, et cette profonde évolution pourrait sembler suffisante pour expliquer la rupture avec le monde traditionnel. Mais depuis quelques années, les Baruya ont recommencé à initier les garçons et les filles tout en continuant à appartenir à diverses sectes protestantes. Maurice Godelier explique ce paradoxe par le fait que la tribu des Baruya demeure fortement « tribalisée ». C’est ainsi que les guerres ancestrales se poursuivent aujourd’hui avec des armes importées de Chine, tandis que les initiations permettent aux Baruya qui vont travailler dans les plantations ou dans les villes de supporter l’exil, la séparation, la solitude, la misère et le chômage. En s’appuyant sur leur propre culture, ils affrontent ce monde nouveau. En conclusion, c’est en maintenant en vie une part de cet héritage que ces hommes et ces femmes vont se donner les moyens d’affronter les difficultés du présent et de construire leur avenir.
42Sakurai Hitoshi était l’auteur de la quatrième conférence, intitulée « “L’ici et maintenant” : un acte de décision de la conscience ». Il s’est employé d’abord à expliquer le titre de son film. Environ un an après le début de la guerre d’Irak, à l’époque où Katô Shûichi militait dans le « Groupe de l’article 9 » en faveur du maintien de l’article 9 de la Constitution japonaise, Sakurai Hitoshi avait remarqué qu’il évoquait souvent les esprits des morts dans ses articles et dans ses conférences. « Je me demande souvent ce que diraient mes amis qui sont morts à la guerre s’ils pouvaient voir le monde actuel », disait Katô Shûichi. « Je m’interdis de passer sous silence les choses qu’ils auraient dites, et je ne dis pas des choses qu’ils n’auraient pas dites. »
43Illustrant son propos de plusieurs exemples empruntés à la poésie japonaise, au théâtre nô et au cinéma grec, Sakurai Hitoshi montra que les concepts qui fondent la pensée de Katô Shûichi sont profondément enracinés dans le sentiment des Japonais devant la vie et devant la mort. La nostalgie qui s’exprime dans les poèmes de Sanetomo est celle d’un homme qui se sait condamné à mourir. Dans le théâtre nô, les fantômes se mêlent aux vivants, et la vérité humaine prend la forme d’une apparition dans le rêve. Pour Sakurai Hitoshi, Katô Shûichi joue dans la réalité contemporaine le rôle d’un personnage de nô : prêtant sa voix aux victimes de la dernière guerre, il nous met en garde contre la possibilité d’une prochaine guerre dont nous serions à notre tour les victimes.
44« Les gens qui ne savent pas que l’éternité est contenue dans chaque journée ne peuvent pas donner un sens à leur vie », disait Katô Shûichi. Et dans le film de Sakurai Hitoshi, la caméra montre un banc sur lequel sont gravés les mots : « In terra pax » (« Paix sur la terre [aux hommes de bonne volonté] »). Expliquant qu’il avait découvert ce banc pendant la guerre, Katô Shûichi ajoute le commentaire suivant : « À l’idée qu’un inconnu s’était assis avant moi sur ce banc où il avait gravé ces mots, je m’étais senti beaucoup moins seul. » Les mots gravés sur ce banc lui semblaient des paroles venues de l’éternité.
45Sakurai Hitoshi conclut qu’il existe deux sortes de « présentéisme » : d’une part, celui des girouettes qui se tournent dans la direction où souffle le vent, que Katô Shûichi n’avait de cesse de critiquer, et d’autre part celui des hommes responsables et conscients. Entre les deux, la différence serait un « supplément de conscience » qui seul peut donner une valeur d’éternité au moment que nous sommes en train de vivre. Tel est l’enseignement que Sakurai Hitoshi dit avoir reçu de Katô Shûichi au soir de sa vie, et dont il a voulu témoigner en réalisant ce film.
46La discussion générale fut animée par Cécile Sakai. La plupart des questions du public furent adressées à Edgar Morin et à Maurice Godelier. Amis et complices au plan intellectuel, ceux-ci développèrent un dialogue très intéressant que nous résumerons brièvement de la manière suivante : le philosophe aussi bien que l’anthropologue posent à l’origine des diverses conceptions du monde la spiritualité des peuples, des nations ou des communautés humaines ; ils en appellent à l’œuvre de Katô Shûichi pour découvrir les moyens mis en œuvre par la culture japonaise pour sa formation et sa constitution identitaires.
47En conclusion, Edgar Morin exprima le regret que Katô Shûichi ne fût pas présent pour participer à cette discussion suscitée par son œuvre, et qu’il eût éclairée de son érudition et de sa réflexion. Pour Edgar Morin, non seulement Katô Shûichi offre des connaissances synthétiques sur la culture japonaise, mais aussi sa philosophie montre qu’il existe – ou qu’il peut exister – d’autres façons d’envisager la place de l’humain dans un monde que la pensée occidentale a tendance à uniformiser. En introduisant les éléments de culture japonaise dans un débat sur la diversité des mondes et sur la notion même d’humanité, il n’apporte pas seulement des nouvelles lumières, mais il met aussi en relief de nouvelles perspectives dans l’ordre du monde globalisé.
48Créant un effet de surprise, la dernière question du public fut de savoir si Katô Shûichi avait reçu le sacrement du baptême quelque temps avant sa mort. Sakurai Hitoshi expliqua qu’en août 2008 Katô Shûichi avait donné une interview qui fut diffusée par la chaîne de télévision NHK sous le titre « Saigo no kotoba » [Le dernier mot], que deux semaines plus tard il avait reçu le sacrement du baptême, et que deux mois après il était mort. Pour Sakurai Hitoshi, s’il ne fait aucun doute que Katô Shûichi est mort dans la foi catholique, il faut néanmoins préciser qu’à aucun moment de sa vie publique, ni dans aucun endroit de son œuvre, il n’avait évoqué ses propres convictions spirituelles.
49Ainsi, Katô Shûichi s’est montré digne de ses idées jusque dans la mort. Engagé dans un combat contre les préjugés qui sont à l’origine de la violence, et pour une relation humaine basée sur les principes de la connaissance et de la raison, il n’a jamais confondu le domaine de l’action publique et celui de la liberté individuelle. Il est allé jusqu’au bout des possibilités que lui offrait l’espace médiatique pour instruire le public, mais en même temps il a préservé un temps pour sa vie personnelle. Et son choix spirituel, confessé loin des autres, et surtout loin des journalistes, après avoir publiquement formulé ses adieux, comme un acteur retiré de la scène, indique finalement le principe qu’il considérait comme universel. Sa responsabilité de philosophe et d’intellectuel, justement parce qu’il faisait usage des médias, lui imposait une réserve qu’il a respectée toute sa vie comme un « impératif catégorique », mais la valeur la plus fondamentale qu’il accordait à la personne humaine, et qu’il s’accordait à lui-même au titre de la raison universelle, cette valeur pour laquelle il a combattu jusqu’à son dernier souffle est une « raison du cœur ». Cette « valeur » à laquelle Katô Shûichi s’est attaché toute sa vie à donner un sens, en tant que philosophe, en tant qu’homme et en tant que Japonais, cette mystérieuse « raison du cœur », nous l’appellerons d’un nom qui résume à nos yeux la pensée de Katô Shûichi : « l’amour de la liberté ».
Notes de bas de page
1 Coproduit par le Studio Ghibli et Walt Disney, ce film sera diffusé en 2010 au cinéma Angelica de Shibuya à Tôkyô et au Kyôto Cinéma.
2 Le sanctuaire de Yasukuni fut construit à Tôkyô en 1869 pour rendre hommage aux Japonais « ayant donné leur vie au nom de l’empereur du Japon ». Les âmes de plus de deux millions de soldats japonais morts de 1868 à 1951 y sont déifiées. Considéré comme l’un des symboles du passé colonialiste du Japon et des nationalistes, il est célèbre pour les polémiques qu’il suscite en Extrême-Orient, et notamment dans les pays faisant autrefois partie de la sphère de coprospérité de la grande Asie orientale.
3 « Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux. Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l’État ne sera pas reconnu. » N.d.E.
4 Katô Shûichi, Histoire de la littérature japonaise, vol. I, II, III, trad. E. Dale Saunders, Paris, Fayard, 1985-1986. Le titre de l’édition originale, Nihon bungakushi josetsu signifie « Introduction à l’histoire de la littérature japonaise ».
5 Le 5 décembre 2009, jour anniversaire de la mort de Katô Shûichi, s’est tenu à Kyôto un symposium organisé par le groupe « Hakusakai » et les Éditions Kamogawa, intitulé « Ce que nous a laissé Katô Shûichi ».
6 Niels Bohr (1885-1962), physicien danois, spécialiste de mécanique quantique, prix Nobel de physique en 1922.
7 Morin Edgar, Mon Chemin. Entretiens avec Djénane Kareb Tager, Paris, Éditions Fayard, 2008, p. 185.
8 Katô Shûichi, Le temps et l’espace dans la culture japonaise, 2007, trad. C. Sabouret, Paris, CNRS Éditions, p. 241.
9 Ibid., p. 245.
Auteur
-
Julie Brock
Professeur à l’Institut de Technologie de Kyôto, Julie Brock est spécialiste de littérature japonaise, de littérature comparée et d’esthétique. Elle coordonne, au sein du Réseau Asie-Imasie, le projet « Traduire (en français) les figures de l’amour dans les poésies classiques de l’Asie orientale, de l’Inde et de la Perse », et, à l’Institut international des Hautes études de Kyôto, le projet « Réception et créativité : le cas de Stendhal dans la littérature japonaise moderne et contemporaine ». Elle a publié notamment « Les fruits empoisonnés de la culture » (Japon Pluriel, Actes du Quatrième colloque de la Société française d’études japonaises, Arles, Éditions Philippe Picquier, 2001, p. 323-336), et « Entretiens avec Katô Shûichi » (Daruma, Revue internationale d’études japonaises, no 12/13, p. 305-380). Son article intitulé « Katô to Nihonbunkazasshusei no mondai » [Katô et la question de l’hybridité dans la culture japonaise], publié dans les Actes du Onzième séminaire international d’études japonaises de l’Unesco de Fukuoka (Les Études japonaises dans le monde et Katô Shûichi, Fukuoka, Presses de l’Unesco, 2001, p. 40-47) fut réédité, avec un commentaire de Katô Shûichi, dans Katô Shûichi et Dore Ronald, Nihon wo toitsuzuketa [En continuant de questionner le Japon], Tôkyô, Éditions Iwanami, 2004, p. 63-84.
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