Introduction
p. 9-24
Texte intégral
1Si l’on tentait de définir en une seule et unique ligne de fuite l’essence de la politique menée par les États-Unis vis-à-vis de l’Inde et du Pakistan depuis 1947, l’idée d’une lente maturation, d’une lente prise en compte des négligences passées et des évidences jusque-là obérées, serait probablement la plus convaincante. En effet, la politique américaine en Asie du Sud1 est profondément marquée du sceau de l’histoire, une histoire tumultueuse, souvent caractérisée par la méfiance et les désillusions mutuelles. Les relations entre Islamabad et Washington ont, à cet égard, été décrites comme un véritable « conte fait d’attentes exagérées, de promesses brisées et de désastreuses incompréhensions »2. Les relations indo-américaines ont quant à elles longtemps été évoquées comme un « demi-siècle perdu » marqué par de nombreuses crises bilatérales, même si certaines réévaluations récentes ont voulu y voir pour cette raison même un « demi-siècle essentiel »3 permettant aux deux pays de « forger graduellement une compréhension plus profonde des motivations et aspirations de l’autre »4.
2Depuis quelques années, un dépassement de ce paradigme semble être à l’œuvre. De ce point de vue, la redécouverte des vertus et de l’importance de l’Inde sur la scène américaine semble irrésistible, entre prometteuses perspectives économiques, partage de valeurs démocratiques face à l’infamie terroriste, essor de la diaspora indienne, et convergence stratégique destinée – entre autres – à endiguer l’essor de la Chine. À l’inverse, l’étreinte américano-pakistanaise, si forte après les débuts de la guerre contre la terreur, fait aujourd’hui figure de véritable poison, comme le montre régulièrement le lot de nouvelles reçues d’Islamabad, Peshawar ou Kaboul (cette dernière ayant depuis longtemps destin lié avec le Pakistan) et les critiques de l’administration Obama contre le rôle déstabilisateur que joue depuis des années l’armée pakistanaise à travers la région. Toutefois, en bien des manières, la politique de Washington en Asie du Sud reste prisonnière des forces profondes sur lesquelles elle a longtemps été bâtie. En ce qui concerne l’Inde, cette inertie s’illustre par un héritage de méfiance mutuelle, par une très forte susceptibilité indienne sur la question de la souveraineté nationale et par de persistants doutes américains quant à l’émergence de New Delhi comme puissance de premier plan. Au Pakistan, ce legs se mesure en termes d’anti-américanisme et de montée de l’islamisme, dans la crainte d’une cinquième guerre indo-pakistanaise et du terrorisme nucléaire, dans un contexte de sous-développement chronique, au sein d’une nation dont l’identité et la cohérence même interrogent depuis des décennies5.
3Le présent ouvrage se propose d’offrir un éclairage historique sur l’évolution des relations triangulaires États-Unis/Inde/Pakistan en se focalisant sur une décennie particulièrement cruciale : les années 1970. À bien des égards, cette période s’inscrivit pleinement dans le paradigme plus général observé durant la Guerre Froide : l’Inde, pourtant un géant démographique et démocratique, fut souvent ignorée – voire méprisée – par les États-Unis à cause de sa pauvreté endémique et, surtout, de sa doctrine de non-alignement. De son côté, le Pakistan, bien qu’instable, sous-développé et régulièrement dominé par des dictatures militaires, s’attira la bienveillance américaine par son désir de s’arrimer au dispositif géostratégique établi par Washington contre l’U.R.S.S.. Plus généralement, les deux pays d’Asie du Sud, considérés intrinsèquement comme d’intérêt très secondaire, ne furent souvent appréhendés par les États-Unis qu’à l’aune de leur utilité – ou nuisance – potentielle dans la lutte d’influence de Washington contre Moscou. Tant que celle-ci resta en dehors de l’Asie du Sud, l’investissement régional américain n’eut qu’une portée limitée. À l’inverse, lorsqu’elle sembla se rapprocher du sous-continent indien, la menace soviétique déclencha des pics d’activité brutaux contribuant souvent à déstabiliser la région.
4Mais bien que s’inscrivant dans cette logique, les années 1970 (entendues ici comme la période 1971‑1981) en constituèrent une manifestation particulièrement exacerbée. Tout d’abord, la décennie marqua sous plusieurs angles l’aboutissement de phénomènes de long terme ayant leurs racines dans les années 1940 et 1950 : « existentialisation » de la rivalité indo-pakistanaise, implosion du Pakistan, renforcement structurel du rôle de l’armée dans le modèle politique pakistanais. Cependant, elle porta aussi en elle les premiers germes d’une dégradation de l’équilibre géopolitique du sous-continent auxquels les États-Unis contribuèrent puissamment et dont ils continuent aujourd’hui à payer le prix : débuts d’une course à l’arme nucléaire en Asie du Sud, essor du radicalisme religieux, déstabilisation de l’Afghanistan… Les années 1970 s’avèrent par ailleurs une période d’étude à la fois diverse et cohérente. Elles correspondent à l’émergence et au déclin de la « détente » entre les deux superpuissances tout en offrant, à travers trois présidences américaines (Richard M. Nixon, Gerald R. Ford, Jimmy E. Carter), la possibilité d’une analyse des ruptures et continuités entre leaderships républicain et démocrate. D’un point de vue régional, suite à la troisième guerre indo-pakistanaise, elles s’ouvrirent sur une redéfinition totale de la configuration géopolitique du sous-continent, avec la naissance du Bangladesh sur les cendres du Pakistan oriental. En aval, elles se conclurent par un autre basculement important, l’invasion soviétique de l’Afghanistan, qui provoqua un retour des États-Unis au premier plan sur la scène régionale, marquant l’entrée dans une ère nouvelle dont nous décrirons les premiers effets.
5Le présent ouvrage se concentre sur la question suivante : quelles furent les manifestations et les conséquences de la politique menée par les États-Unis en Inde et au Pakistan ? D’autres questions se grefferont cependant autour de cet axe directeur : en quoi la politique étrangère américaine résulta-t‑elle de facteurs institutionnels et politiques, de rivalités personnelles, ou d’une conjoncture capricieuse ? Peut-on dégager de grandes lignes de fracture ou de convergence entre pouvoirs exécutif et législatif, partis républicain et démocrate, présidences Nixon, Ford, et Carter ? Comment la politique régionale américaine s’inséra-t‑elle dans l’armature géostratégique et idéologique globale (relations avec l’U.R.S.S. et la Chine, valeurs démocratiques…) définie par Washington ? De quelle manière la peur du déclin, si profonde dans l’Amérique post-Vietnam et post-Watergate, joua-t‑elle sur les perceptions, moyens d’actions et décisions des dirigeants américains ? Comment l’Inde et le Pakistan prirent-ils parfois l’ascendant pour imposer leur vision des choses à Washington ? Quel fut l’impact des incertitudes, des erreurs d’appréciation et de la méfiance mutuelle ?
6L’argument principal défendu dans cet ouvrage est que les États-Unis, par la volatilité exceptionnelle de leur politique régionale (en termes de degré d’implication, d’objectifs, et de position quant à la rivalité indo-pakistanaise), jouèrent un rôle décisif dans la déstabilisation durable du sous-continent indien, en exacerbant à plusieurs points de jonction essentiels les profondes fractures affectant déjà ce dernier. Cet ouvrage s’appuie sur un grand nombre d’archives gouvernementales, notamment américaines mais également d’autres pays (France, Inde, Union soviétique, Canada, Royaume-Uni). Par ailleurs, il se focalise sur une décennie quelque peu négligée par l’historiographie, et dont il tente de souligner l’importance fondamentale pour les développements régionaux les plus récents. Troisièmement, bien que centré sur les États-Unis, son arc narratif met constamment en valeur la dialectique entre les perceptions et stratégies de Washington et celles de New Delhi et Islamabad. De plus, sa structure, axée autour des grands tournants apparents de la politique américaine en Asie du Sud, a été conçue de manière à souligner le caractère profondément erratique et négligent de cette dernière tout en facilitant l’évaluation de l’influence de Washington.
7Ainsi, cet ouvrage se divise en quatre grandes parties. La première est consacrée au troisième conflit indo-pakistanais, de mars à décembre 1971. Tout en éclairant les tenants et aboutissants de ce dernier, nous nous concentrerons sur le très controversé « tilt to Pakistan », ou traitement préférentiel que la Maison-Blanche accorda à Islamabad. La seconde partie sera centrée sur l’essai nucléaire indien de mai 1974, tournant géopolitique en apparence majeur qui sera pour nous l’occasion d’étudier l’influence pérenne des États-Unis sur le lancement de la course à la bombe en Inde et au Pakistan, et d’évoquer les réformes alors effectuées par Washington tout comme ses ambiguïtés persistantes vis-à-vis de la non-prolifération. Dans un troisième temps, nous nous intéresserons aux bouleversements politiques qui frappèrent successivement les États-Unis, l’Inde et le Pakistan en 1977, semblant alors préfigurer une réorientation de la politique régionale américaine à l’avantage de New Delhi. L’invasion de l’Afghanistan par l’Armée Rouge en décembre 1979 constituera le dernier grand tournant de cet ouvrage. La stratégie régionale américaine s’en trouva en effet totalement renversée, du fait d’une relance de la Guerre Froide jugée impérative face à une U.R.S.S. alors perçue comme toute-puissante. Ces perceptions poussèrent Washington à se rapprocher du régime militaire pakistanais, aux dépens de l’Inde et au mépris de la prudence la plus élémentaire.
8Les liens entre les États-Unis et le sous-continent indien furent longtemps quasi-inexistants. Cette situation s’expliquait notamment par la distance géographique, la pauvreté du sous-continent, la colonisation britannique des Indes6, et le poids du racisme7. Ainsi, entre 1820 et 1900, seuls 700 ressortissants indiens avaient émigré vers l’Amérique en dépit de l’exceptionnel pouvoir d’attraction que celle-ci exerçait sur une grande partie du reste du monde8. Le mépris de la population des États-Unis perdura, comme l’illustra un sondage effectué en 1928 désignant les personnes originaires du sous-continent comme les plus indésirables ayant débarqué sur le sol américain9. La situation commença à évoluer à partir de 1933, suite à l’arrivée de Franklin Delano Roosevelt à la Maison-Blanche. Tandis que le président démocrate gagna en popularité en Inde grâce au volet anti-pauvreté de son New Deal mais aussi et surtout grâce à son anticolonialisme, Jawaharlal Nehru, protégé du Mahatma Gandhi, suscita un certain enthousiasme dans la presse américaine en évoquant la lutte indépendantiste indienne. Néanmoins, la Seconde Guerre mondiale porta violemment atteinte à cette dynamique naissante, réduisant l’Inde au statut de précieuse base logistique et inépuisable réservoir démographique à exploiter pour triompher des puissances de l’Axe10. Ainsi, bien que des tensions émergèrent entre Roosevelt, favorable à l’indépendance de New Delhi, et le Premier ministre Winston Churchill, qui s’y opposait avec véhémence, le président américain ménagea toujours son allié britannique en ces sombres heures de l’histoire11. Le fossé séparant les États-Unis des leaders du mouvement d’indépendance indien s’élargit à partir de 1942, lorsque Gandhi lança le mouvement Quit India, marqué par de nombreux actes de désobéissance civile nuisibles à l’effort de guerre des Alliés12.
9Au lendemain de la victoire contre l’Allemagne et le Japon, la puissance coloniale britannique, exsangue, se résolut à quitter le sous-continent. Mais entre-temps, l’idée d’une partition de ce dernier, bien que longtemps marginale, avait gagné en popularité sous la direction de Mohammed Ali Jinnah, leader de la Ligue Musulmane, qui craignait que la minorité islamique du sous-continent ne puisse trouver sa juste place dans une Inde indépendante à majorité hindoue. L’explosion des tensions communautaires observée à partir de 1946 poussa les Britanniques à précipiter leur départ. Ce dernier ne laissa d’autre choix à Washington que d’accepter avec réticence la partition du sous-continent et la naissance du Pakistan, auquel les États-Unis n’accordèrent initialement que des chances de survie limitées13.

Illustration 1 : Inde et Pakistan en 1947
(D’après : B. Droz, La décolonisation…, 2008)
10La création du Pakistan et de l’Inde, les 14 et 15 août 1947, provoqua l’exode d’environ 17 millions de musulmans et hindous fuyant de part et d’autre de ces nouvelles frontières, au prix de massacres causant entre 1 et 1,5 million de morts14. À ce traumatisme originel s’ajouta une vive querelle sur le partage des ressources des Indes britanniques, dont le Pakistan ne reçut par exemple que 17 % du Trésor15. La partition de 1947 posa également la question du sort des 564 États princiers du sous-continent, auxquels Londres avait laissé le choix de leur destinée16. Le cas du Cachemire, dirigé par un maharajah hindou mais doté d’une population à 80 % musulmane et de profonds liens avec le Pakistan (économie, infrastructures…), s’avéra de loin le plus controversé. Longtemps resté indécis, son leader, Hari Singh, fut pris de court par une révolte lancée durant l’été par des infiltrés d’ethnie pachtoune en provenance de la N.W.F.P.17 pakistanaise s’insurgeant contre la répression imposée par les troupes hindoues du maharajah18. Alarmé, ce dernier décida, le 26 octobre, de faire appel au soutien militaire de New Delhi en échange d’une accession du Cachemire à l’Inde – qui s’engagea toutefois à tenir plus tard un plébiscite19. Ce marché, que Karachi considéra comme un coup de force, déboucha sur la première guerre indo-pakistanaise. Celle-ci prit fin suite à un cessez-le-feu proclamé le 1er janvier 1949 sous le parrainage de l’O.N.U., sanctionnant une division de facto du Cachemire dont chaque partie se sentit lésée20. Dans les années qui suivirent, Washington s’irrita de plus en plus du recul indien sur la question du plébiscite21. Le conflit du Cachemire devint le symbole de la rivalité indo-pakistanaise. Au fil du temps, l’intensité et la profondeur de cette dernière acquirent un caractère exceptionnel dont les fondements, bien qu’à l’importance respective constamment débattue, sont devenus profondément interdépendants : conflit civilisationnel, disputes territoriales, incompatibilité idéologique, rivalité géopolitique, rôle incendiaire des puissances extra-régionales, construction identitaire et perceptions mutuelles22. Enfin, la rivalité indo-pakistanaise fut également nourrie par un large différentiel de puissance, le potentiel géostratégique indien (notamment démographique) étant largement supérieur à celui du Pakistan, dont la cohésion interne même s’avérait fragile. Le sentiment d’insécurité qui en découla poussa progressivement Karachi à faire de l’Inde son point de référence identitaire mais également à tenter de compenser son infériorité par tous les moyens, notamment en recherchant une alliance avec les États-Unis23.

Illustration 2 : Le Cachemire depuis 1949
11Les affres de la partition des Indes britanniques ne mobilisèrent qu’une attention toute relative de la part des élites américaines, alors focalisées, dans le contexte de la Guerre Froide naissante, sur le besoin de protéger une Europe occidentale hautement vulnérable face à l’Armée Rouge de Staline. L’inexorable dégradation des relations avec l’U.R.S.S. provoqua, sous l’inspiration du diplomate George F. Kennan, l’émergence d’une stratégie dite de « containment » (endiguement) de la menace communiste. C’est selon cette logique que les États-Unis appréhendèrent progressivement l’Asie du Sud, la Guerre Froide acquérant une dimension mondiale suite à l’avènement de la Chine communiste (octobre 1949) et au déclenchement de la guerre de Corée (juin 1950). Ce contexte nouveau provoqua rapidement des tensions entre Washington et New Delhi, notamment à cause de la doctrine de non-alignement prônée par le Premier ministre Nehru, qui avait vocation à juger des problèmes du monde sur pièces, de manière indépendante24. Le leader indien rejetait en effet toute adhésion au bloc occidental ou soviétique. Afin de préserver le fragile avenir de l’Inde post-coloniale (pauvreté, tensions religieuses…), il lui semblait nécessaire d’éviter toute satellisation par une puissance étrangère. Cette ligne directrice était tout autant dictée par son idéalisme (paix, égalité) que par son pragmatisme (tirer avantage de relations positives avec les deux blocs)25. Nehru était désireux de nouer des liens économiques et militaires avec les États-Unis26. Mais, à l’aube de leur croisade anti-communiste mondiale, les dirigeants américains s’indignèrent profondément du non-alignement indien, jugé parfaitement « immoral »27, tout en critiquant de manière acerbe le modèle d’indépendance économique (rôle de l’État, protectionnisme…) que New Delhi cherchait à préserver à rebours du dogme capitaliste28. Ce fossé ne fit que s’accentuer lorsque Nehru prit ses distances avec Washington à propos de la guerre de Corée (1950‑1953), ouvrit des relations diplomatiques avec le régime communiste de la République Populaire de Chine29, puis s’érigea comme co-leader du tiers-monde, notamment lors de la conférence de solidarité afro-asiatique de Bandung (avril 1955)30.
12À l’inverse, le Pakistan avait très tôt effectué des ouvertures en direction des États-Unis. En septembre 1947, son leader, Jinnah, avait esquissé sa vision en des termes particulièrement nets : « Le Pakistan [est] une démocratie et le communisme ne fleurit pas sur le sol de l’islam. Il est donc clair que nos intérêts sont bien plus semblables à ceux des deux grandes démocraties que sont la Grande-Bretagne et les États-Unis qu’à ceux de la Russie ». Cette position pro-occidentale fut indéniablement influencée par les colossaux besoins d’assistance financière de Karachi et ses fortes tensions frontalières avec l’Afghanistan, sur son flanc ouest. Cependant, son déterminant premier fut la crainte permanente d’une réabsorption du « pays des purs » par le géant indien menaçant à l’est31. Cette peur profonde fit des questions de sécurité un enjeu central, légitimant de fait l’influence de l’armée au sein du nouvel État32. Soucieux d’attirer l’attention de leurs homologues américains, les dirigeants pakistanais ne cessèrent d’agiter une prétendue grande menace communiste planant sur l’Asie du Sud33. Leur première requête d’assistance financière, un prêt de 2 milliards de dollars, fut néanmoins un échec retentissant, l’administration Truman ne consentant qu’à couvrir 0,5 % de ce montant34. Certains à Washington doutaient alors encore de l’utilité stratégique du Pakistan et préféraient rester prudents vis-à-vis d’alliances mal pensées pouvant s’avérer « source d’incompréhensions soit ici soit dans le pays partenaire »35. Cette ligne de conduite paraissait d’autant plus censée au vu de l’instabilité récurrente de ce pays à la géographie incohérente (deux ailes séparées par l’Inde), traversé par de puissantes forces centrifuges ethno-régionales et très tôt confronté à la mort de ses deux leaders historiques (Jinnah en septembre 1948 et Liaquat Ali Khan en octobre 1951)36. Toutefois, aux yeux de Washington, le facteur Guerre Froide l’emporta bientôt sur toute autre considération, donnant toujours plus d’attrait à Karachi37.
13Le premier mandat d’Eisenhower renforça considérablement cet élan. En effet, le président américain avait promis de mener une politique plus dure contre l’U.R.S.S., dont l’expansionnisme devait être contenu par la formation d’alliances dont John Foster Dulles, secrétaire d’État, fut le grand architecte38. Dans ce contexte, Washington (département d’État, Pentagone, C.I.A., Congrès…) s’enthousiasma de plus en plus pour Mohammed Ayub Khan, le chef des armées pakistanaises, devenu entre-temps l’homme fort de Karachi39. Influencés par des experts britanniques mettant en valeur les vertus militaires du Pakistan, y compris via la théorie de la supériorité des « races martiales » pachtounes et pendjabies40, les États-Unis érigèrent le pays au rang d’élément-clé de leur dispositif géostratégique en Asie du Sud, en vue de protéger le Moyen-Orient de toute poussée soviétique41. La visite de Dulles à Karachi en mai 1953 confirma la donne : « [J’ai] le sentiment que le Pakistan est un pays qui a [le] courage moral de jouer son rôle [dans] la résistance au communisme […] »42. Le 19 mai 1954, les deux pays signèrent donc un accord d’assistance mutuelle provoquant l’essor de l’aide militaire et financière américaine et permettant bientôt l’intégration du Pakistan aux alliances occidentales O.T.A.S.E.43 et Pacte de Bagdad (futur C.E.N.T.O.)44. Cet accord inaugura par ailleurs un programme de formation des élites militaires pakistanaises aux États-Unis qui perdurerait jusqu’en 196545. Les dirigeants américains étaient bel et bien conscients que New Delhi restait la priorité de Karachi. Cependant, ils pensaient le Pakistan réellement dévoué à la cause anticommuniste46.
14Le partenariat bilatéral de 1954 suscita néanmoins très rapidement des réserves de part et d’autre. Le Pakistan s’insurgea contre le montant de l’aide militaire initialement envisagée par Washington, environ 10 millions de dollars annuels47. Entre 1954 et 1959, les niveaux de l’assistance économique et militaire américaine explosèrent, atteignant respectivement 425 millions et 855 millions de dollars48. Pourtant, les dirigeants pakistanais critiquèrent toujours davantage « l’insuffisant » soutien de leur allié ainsi que le refus des États-Unis de considérer l’Inde comme une ennemie49. Une certaine désillusion se fit également jour du côté américain, où, au-delà des coûts exorbitants engendrés par cette alliance, l’utilité stratégique réelle du Pakistan apparut de plus en plus douteuse. Cependant, l’administration Eisenhower estima qu’il était désormais trop tard pour changer de cap, ce qui, à ce stade, serait revenu à perdre la face50. Le président fit part de son sentiment d’impuissance : « [Ce] fut la pire des […] décisions que nous aurions pu prendre. Ce fut une erreur terrible, mais il semble que nous n’ayons aucun espoir de nous en sortir »51. Par ailleurs, le partenariat de 1954 avait en toute logique provoqué l’ire de New Delhi, et ce malgré la promesse personnelle d’Eisenhower à Nehru que les armes américaines fournies au Pakistan ne seraient jamais utilisées contre l’Inde52. Dès juin 1955, celle-ci riposta en se rapprochant de l’U.R.S.S., dont le nouveau secrétaire général Nikita Khrouchtchev, rompant avec le manichéisme de Staline, avait procédé à une ouverture stratégique en direction des États du tiers-monde qui, sans pour autant adhérer au communisme, refusaient de céder à l’impérialisme capitaliste53.
15Dans les années suivantes, Ike s’avéra soucieux d’améliorer ses relations avec New Delhi54. Les États-Unis semblèrent reconnaître plus aisément les indubitables attraits stratégiques de l’Inde : superficie, démographie, modèle démocratique, caractère anglophone, prestige de Nehru55. À partir du milieu des années 1950, Washington participa à l’essor du programme nucléaire civil indien. En août 1956, l’Inde se vit allouer une aide alimentaire à hauteur de 360 millions de dollars, la plus large alors jamais attribuée56. Toutefois, le refus persistant des États-Unis de placer New Delhi sur un pied d’égalité avec Karachi dans le domaine militaire poussa l’Inde à s’équiper toujours davantage auprès de l’U.R.S.S.57. Par ailleurs, l’assistance militaire américaine au Pakistan continua d’augmenter, contribuant puissamment au renforcement de son armée58. Cette bienveillance ne fut en aucun cas altérée par le coup d’État que perpétra en octobre 1958 le général Ayub Kahn59, ni par l’agressive idéologie anti-indienne que son régime promut dès lors60. Washington obtint même rapidement d’Ayub la création d’une station de renseignement à proximité de Peshawar destinée à surveiller le territoire soviétique61. Pour autant, les tensions et la déception mutuelle demeurèrent. Le crash en territoire soviétique d’un avion-espion U-2 en provenance de la base américaine convainquit même Karachi d’élargir ses options via des ouvertures diplomatiques en direction de Moscou et de Pékin62.
16Au grand dam des Pakistanais, les élections présidentielles américaines de 1960 furent remportées par le démocrate John Fitzgerald Kennedy, qui avait de longue date exprimé son vif intérêt pour l’Inde63. Washington augmenta rapidement son assistance économique et financière à New Delhi, triplant par exemple ses prêts au développement64. Pourtant, beaucoup, notamment au Pentagone, à la C.I.A. et au Congrès, restaient sceptiques vis-à-vis de l’Inde, pointant du doigt les sommes d’argent y ayant déjà été englouties sans résultats apparents tout comme ses inacceptables orientations diplomatiques, symbolisées par les régulières diatribes de son ambassadeur à l’O.N.U., V.K. Krishna Menon65. De leur côté, proclamant « qu’être ami avec les États-Unis constituait la destinée même du Pakistan », les dirigeants pakistanais continuèrent d’exhorter Washington à distinguer plus clairement ses réels alliés des pays non-alignés66. Karachi put se satisfaire de la poursuite du partenariat militaire bilatéral et de la hausse de l’assistance américaine au développement (500 millions de dollars sur deux ans)67. Toutefois, les États-Unis refusèrent de soutenir ouvertement le Pakistan sur la question du Cachemire et s’indignèrent toujours davantage de ses liens avec la Chine de Mao68.
17À la mi-octobre 1962, une guerre éclata entre Pékin et New Delhi au sujet d’une vieille dispute frontalière doublée de désaccords politiques et d’une profonde rivalité pour le leadership de l’Asie. Il fallut seulement quelques jours aux troupes chinoises pour enfoncer les défenses du nord de l’Inde. Lâché par l’U.R.S.S., Nehru fit appel à Washington, qui accepta rapidement de lui fournir une assistance militaire tout en demandant à Ayub de prendre ses distances avec Pékin et de ne pas exploiter la situation69. Le 19 novembre, Nehru, alarmé par la poussée militaire chinoise, demanda cette fois aux États-Unis d’intervenir directement sur le terrain. Toutefois, avant que l’administration Kennedy, toujours hésitante, n’ait pu répondre, la Chine proclama un cessez-le-feu et retira ses forces du territoire indien70. La guerre ruina la crédibilité du Premier ministre ainsi que celle de l’Inde71, qui vécut dès lors dans la hantise d’une nouvelle agression chinoise72. Cependant, Nehru parvint rapidement à rétablir sa doctrine de non-alignement grâce la réduction de la pression militaire de Pékin, au rééquilibrage des positions régionales de Moscou et au manque d’empressement de Washington à nouer un partenariat bilatéral avec New Delhi73. Les États-Unis s’engagèrent dans de nouveaux pourparlers sur le Cachemire, mais ceux-ci furent d’emblée compromis par l’intensité de la rivalité indo-pakistanaise et par la signature d’un accord frontalier entre Karachi et Pékin faisant abstraction des revendications territoriales indiennes74. Quant aux discussions entre Washington et New Delhi sur le lancement d’un modeste partenariat militaire bilatéral, elles furent brisées net par l’assassinat de Kennedy, le 22 novembre 196375.
18Le nouveau président américain, Lyndon B. Johnson, n’avait jamais réellement compris l’ardent intérêt de son prédécesseur pour l’Inde76. Il accorda certes à cette dernière une enveloppe militaire de 500 millions de dollars destinée à combler les dégâts du conflit de 1962, mais il déclina ses requêtes d’armes sophistiquées, poussant ainsi New Delhi à s’appuyer davantage sur l’U.R.S.S.77. Pour autant, malgré d’incontestables affinités personnelles avec Ayub, Johnson exprima rapidement son scepticisme face à l’alarmisme sécuritaire des Pakistanais et à leurs relations croissantes avec la Chine communiste78. La seconde guerre indo-pakistanaise compliqua encore un peu plus la position régionale des États-Unis. Karachi (sous l’influence du ministre des Affaires étrangères Zulfikar Ali Bhutto) avait élaboré un plan visant à infiltrer le Cachemire indien (Jammu-et-Cachemire) pour fomenter une rébellion populaire qui justifierait in fine une intervention militaire pakistanaise79. Cependant, l’opération, lancée le 5 août 1965, tourna au fiasco. La révolte populaire cachemirie n’eut jamais lieu. Pire, le 6 septembre, le Premier ministre Lal Bahadur Shahstri (qui avait pris le pouvoir à la mort de Nehru en mai 1964) ordonna l’assaut contre le Pakistan. Les États-Unis s’abstinrent de toute intervention directe, préférant passer par l’O.N.U.80. Ils annoncèrent aussi le gel de toute assistance économique et militaire régionale. Mais ces mesures furent particulièrement mal reçues dans le sous-continent. Karachi reprocha à nouveau à son allié de ne pas tenir ses engagements81. De son côté, New Delhi s’insurgea du fait que des armes américaines avaient fait couler le sang indien, du refus des États-Unis de dénoncer l’agression pakistanaise, et d’un embargo ne faisant aucune différence entre agressé et agresseur82. Frustrée par l’instabilité et le sous-développement persistants de l’Asie du Sud, et absorbée chaque jour davantage par la guerre du Vietnam, l’administration Johnson prit ses distances, laissant l’U.R.S.S. jouer le rôle d’arbitre régional lors de la conférence de Tachkent, qui solda le conflit de 1965.
19La visite du nouveau Premier ministre indien Indira Gandhi à Washington, en mars 1966, laissa apparaître la possibilité d’un marché : ouverture et réformes économiques indiennes contre soutien des États-Unis à New Delhi au sein de la Banque Mondiale. En parallèle, le Congrès accepta d’augmenter singulièrement les livraisons de blé américain à l’Inde, alors menacée d’une grave crise alimentaire83. Mais, alors que la situation économique indienne se dégradait toujours davantage84 à cause des réformes d’inspiration occidentale enclenchées par Indira Gandhi, la Banque Mondiale refusa d’accorder à New Delhi l’intégralité des fonds qu’elle lui avait promis85. Pire, de fortes tensions émergèrent bientôt entre la fille de Nehru, qui avait amorcé un virage vers la gauche pour restaurer sa popularité, et les États-Unis, accusés d’exploiter la crise alimentaire indienne afin d’imposer des réformes capitalistes86. Les critiques croissantes de l’Inde contre la guerre du Vietnam, tout comme son refus d’adhérer au T.N.P. (Traité de Non-Prolifération nucléaire), n’arrangèrent en rien les choses87. Or, de son côté, le Pakistan, toujours indigné de l’embargo militaire régional imposé par les États-Unis (d’autant plus que l’Inde, grâce à son industrie et au soutien soviétique, en souffrait relativement peu), conclut en 1967‑1968 un partenariat bilatéral avec Moscou (tanks, artillerie…) et refusa de renouveler le bail de la station de surveillance américaine de Peshawar, qui ferma en 196988. La politique régionale des États-Unis s’enfonçait dans une douce léthargie, marquée par une grande lassitude vis-à-vis de l’Asie du Sud. Washington percevait plus que jamais cette dernière comme une source de nuisance quasiment dénuée de tout intérêt stratégique. Le conflit indo-pakistanais de 1971 allait pourtant violemment démentir ce constat.
Notes de bas de page
1 Cette région sera appréhendée avant tout sous le prisme de l’Inde et du Pakistan, même si nous nous référerons à d’autres pays si nécessaire.
2 « tale of exaggerated expectations, broken promises, and disastrous misunderstandings »; Haqqani Husain, Magnificent delusions: Pakistan, the United States, and an epic history of misunderstanding, New York, Public Affairs, 2013, p. 6.
3 « lost half-century »; « essential half-century »; Chaudhuri Rudra, Forged in crisis: India and the United States since 1947, London, Hurst & Company, 2014, p. 7.
4 « gradually forged a deeper sense for each other’s motivations and aspirations »; ibid., p. 254.
5 Ali Tariq, Can Pakistan survive: the death of a state, New York, Penguin Books, 1983, 237 p.; Jaffrelot Christophe (dir.), Pakistan: nationalism without a nation, New Delhi, Manohar, Centre de Sciences Humaines, Londres, Zed books, 2002, 352 p.; pour une perspective plus optimiste, voir Lieven Anatol, Pakistan: a hard country, London, Allen Lane, 2011, 560 p.
6 Rubinoff Arthur, « Legislative perceptions of Indo-American relations », dans Gould Harold, Kapur Ashok, Malik Yogendra, Rubinoff Arthur (dir.), India and the U.S. in a changing world, New Delhi, Thousand Oaks, London, Sage, 2002, p. 422‑423.
7 Riedel Bruce O., Avoiding Armageddon: America, India, and Pakistan to the brink and back, Washington D.C., Brookings Institution Press, 2013, p. 37.
8 Bhardwaj Surinder M., Rao Madhusudana N., « Asian Indians in the United States: a geographical appraisal », dans Clarke Colin, Peach Ceri, Vertovec Steven (dir.), South Asians overseas: migration and ethnicity, Cambridge, Cambridge University Press, 1990, p. 197.
9 Rubinoff Arthur, « Congressional attitudes toward India », dans Ganguly Sumit, Gould Harold (dir.), The hope and the reality: U.S.-Indian relations from Roosevelt to Reagan, Boulder (Colorado), Westview, 1992, p. 156.
10 Kux Dennis, Estranged democracies: India and the United States, New Delhi, Sage, Washington D.C., Woodrow Wilson Center Press, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1993, p. 10.
11 Gould Harold, « U.S.-Indian relations: the early phase », dans Ganguly, Gould (dir.), op. cit., p. 18.
12 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 37‑38.
13 Kux Dennis, Disenchanted allies: the United States and Pakistan, 1947‑2000, Washington D.C., Woodrow Wilson Center Press, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2001, p. 15‑18.
14 Bose Sugata, Jalal Ayesha, Modern South Asia: history, culture, political economy, New York, Routledge, 2011, p. 157‑158.
15 Haqqani, Magnificent Delusions…, op. cit., p. 26.
16 Le nombre exact de ces États princiers varie suivant les sources, le plus souvent entre 560 et 600.
17 North-West Frontier Province.
18 Selon Stephen P. Cohen, ces infiltrés furent envoyés par le gouvernement de la N.W.F.P. ; Cohen Stephen P., Shooting for a century : the India-Pakistan conundrum, Washington D.C., Brookings Institution Press, 2013, p. 129 ; pour d’autres, l’opération fut menée avec le soutien de l’État pakistanais lui-même ; voir Brown Vahid, Rassler Don, Fountainhead of jihad : the Haqqani nexus, 1973‑2012, New York, Columbia University Press, 2013, p. 33 ; toutefois, selon le secrétaire aux Affaires étrangères britannique, le gouvernement pakistanais ne fut pas impliqué ; voir Kux, Disenchanted Allies…, op. cit., p. 22‑23.
19 Ibid., p. 21‑22.
20 Ibid., p. 29‑30 ; Karachi était alors la capitale du Pakistan.
21 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 67.
22 Cohen, Shooting for a century…, op. cit., p. 118‑138.
23 Paul T.V., The warrior state: Pakistan in the contemporary world, New York, Oxford University Press, 2014, p. 104‑108.
24 Zins Max-Jean, « La politique de non-alignement (1947‑1971) », dans Jaffrelot Christophe (dir.), L’Inde contemporaine de 1950 à nos jours, Paris, Fayard-CERI, 2006, p. 173‑174.
25 Raghavan Srinath, War and peace in modern Asia, Houndmills, Basingstoke, New York, Palgrave MacMillan, 2010, p. 20 ; sur la question de l’idéalisme et du réalisme de Nehru, voir ibid., p. 1-2.
26 Chaudhuri, op. cit., p. 27.
27 Atwood Lawrence Mark, « The rise and fall of non-alignment », dans McMahon Robert (dir.), The Cold War in the Third World, Oxford, New York, Oxford University Press, 2013, p. 147.
28 Zins, dans Jaffrelot (dir.), L’Inde contemporaine…, op. cit., p. 179.
29 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 72‑76.
30 Ibid., p. 122-123.
31 « Pakistan [is] a democracy and communism [does] not flourish in the soil of Islam. It [is] clear therefore that our interests [lie] more with the two great democratic countries, namely, the U.K. and the U.S.A., rather than with Russia »; Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 19‑20.
32 Basu Partha Pratim, « Democracy in Pakistan: an illusive quest », dans Basu P.P., Democracy and democratization in the twenty-first century: the South Asian experience, New Delhi, Har-Anand Publications, 2012, p. 180.
33 Haqqani Husain, Pakistan: between mosque and military, Washington D.C., Carnegie Endowment for International Peace, 2005, p. 32.
34 Haqqani, Magnificent delusions…, p. 37.
35 « subjects of misunderstandings either here or in the partner-country »; cité dans ibid., p. 50.
36 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 107‑108.
37 En 1959, Karachi, ville la plus peuplée du pays, céda son rang de capitale à Rawalpindi, qui la céda elle-même à Islamabad en 1967 après que cette dernière ait été construite ex nihilo.
38 Ganguly, Gould, « Introduction », dans Ganguly, Gould (dir.), op. cit., p. 4.
39 Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 57.
40 Haqqani, Magnificent delusions…, op. cit., p. 71.
41 Rudolph Lloyd I., Rudolph Susanne H., « The making of U.S. foreign Policy for South Asia: offshore balancing in historical perspective », Economic and Political Weekly, February 2006, p. 705.
42 « [I] have [a] feeling Pakistan is one country that has [the] moral courage to do his part [in] resisting communism […] »; Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 55-56.
43 Pacte militaire pro-occidental regroupant des pays de l’Asie du Sud-Est. Créé en Septembre 1954 à l’initiative des États-Unis, il visait à limiter la progression du communisme en Asie. Du fait, entre autres, de la faiblesse militaire de ses membres asiatiques, l’O.T.A.S.E. n’égala jamais l’influence de l’O.T.A.N., son modèle. L’organisation fut dissoute en juin 1977 suite à la fin de la guerre du Vietnam et au réchauffement des relations entre blocs occidental et soviétique.
44 Traité adopté en 1955 par l’Irak, la Turquie, le Pakistan, l’Iran et la Grande-Bretagne ; même s’ils jouèrent un rôle-clé dans les négociations, les États-Unis choisirent finalement de ne pas s’engager. Bien que prônant la coopération mutuelle, la protection et la non-ingérence mutuelles, le traité fut considéré comme l’un des moins fiables de la Guerre Froide.
45 Shah Aqil, The army and democracy: military politics in Pakistan, Cambridge Mass., Harvard University Press, 2014, p. 70; voir aussi Cohen Stephen P., The Pakistan army, Berkeley, University of California Press, 1984, p. 63-70.
46 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 112‑113.
47 Ibid., p. 112.
48 Haqqani, Magnificent delusions…, op. cit., p. 83 ; au total, l’aide américaine (économique, militaire, alimentaire) au Pakistan s’éleva à 5 milliards de dollars entre 1950 et 1966 ; ibid., p. 110.
49 Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. XVIII.
50 Ibid., p. 79‑84.
51 « This was the worst kind of […] decision we could have made. It was a terrible error, but now we seem hopelessly involved in it »; ibid., p. 84.
52 Ibid., p. 63.
53 Aron Raymond, République impériale : les États-Unis dans le monde, 1945-1972, Paris, Calmann-Lévy, 1973, p. 237.
54 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 124.
55 Ibid., p. 143-152.
56 Ibid., p. 127-128.
57 Ibid., p. 168-170.
58 Jalal Ayesha, The struggle for Pakistan: a Muslim homeland and global politics, Cambridge Mass., Belknap Press of Harvard University Press, 2014, p. 63; selon Dennis Kux, cette aide militaire n’eut guère d’influence sur la progressive mainmise de l’armée sur le pays dans les années suivantes, avant tout due à des paramètres politiques intérieurs; Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 363.
59 Ibid., p. 99-103.
60 Haqqani, Magnificent delusions…, op. cit., p. 76, 81.
61 Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 91.
62 Ibid., p. 112-113.
63 Wilson Jane S., « The Kennedy Administration and India », dans Ganguly, Gould (dir.), op. cit., p. 46.
64 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 181‑183, 186‑189.
65 Ibid., p. 189‑192.
66 « Pakistan’s destiny lies in friendship with the U.S. »; Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 116-117.
67 Ibid., p. 123.
68 Ibid., p. 117-128.
69 Ibid., p. 130-131.
70 Chaudhuri, op. cit., p. 110-111.
71 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 207-208.
72 Cohen Stephen P., Arming without aiming: India’s military modernization, Washington D.C., Brookings Institution Press, 2010, p. 98.
73 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 209-213 ; sur le maintien du non-alignement indien, voir aussi Chaudhuri, p. 83, 112-113.
74 Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 136-144.
75 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 217.
76 Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 146-148.
77 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 229-231.
78 Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 153-156.
79 Ibid., p. 158-159.
80 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 235-237.
81 Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 160-164.
82 Ganguly Sumit, « U.S.-Indian relations during the Lyndon Johnson era », dans Ganguly, Gould (dir.), op. cit., p. 82.
83 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 250-251.
84 Ganguly, « U.S.-Indian relations during the Lyndon Johnson era », dans Ganguly, Gould (dir.), op. cit., p. 83-85.
85 Kux, Estranged democracies…, op. cit., p. 260-261.
86 Ibid., p. 255-261.
87 Ibid., p. 255-268.
88 Kux, Disenchanted allies…, op. cit., p. 171-174.
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