Préface

Valéry Giscard d’Estaing

p. 7-8


Texte intégral

1Étudier l’influence de la volonté présidentielle sur la protection de certaines libertés fondamentales particulièrement sensibles est un sujet à la fois très précis et très vaste qui, pour des raisons évidentes, ne pouvait que m’intéresser.

2Parce que j’ai exercé cette fonction présidentielle. Mais surtout parce que, très jeune, j’ai été amené à penser que les libertés politiques, si chères au cœur des hommes, étaient concomitantes et partenaires inséparables du progrès des connaissances, de l’évolution des techniques et de la croissance économique.

3La « quantité de liberté » disponible à un instant donné est corrélée avec l’évolution du niveau de vie.

4Les sociétés riches sont plus libres que les pauvres.

5J’ai eu la chance d’appartenir à cette génération des « trente glorieuses » qui a vu changer la situation et le niveau de vie des Français.

6Il était nécessaire et il s’est avéré possible que les libertés se développent simultanément.

7L’objectif était l’unité par la justice, le moyen « le libéralisme à symétrie de conscience sociale », selon l’expression sans doute un peu trop abstraite employée à l’époque.

8En fait, cet exercice est toujours difficile à maîtriser. Le désordre guette soit que l’on veuille aller trop vite – et l’on perd en compétitivité – ou que l’on tarde – et c’est mai 1968. Nous avons agi selon ce qui nous semblait approprié et le fait est que la France a oublié très vite nos réformes tant elles lui sont apparues naturelles : élargissement de la saisine du Conseil constitutionnel ; suppression des écoutes téléphoniques ; motivation des actes administratifs ; abaissement de la majorité civile et électorale à 18 ans ; reconnaissance aux personnes victimes d’un handicap des mêmes droits qu’à tous les citoyens ; promotion de l’apprentissage ; divorce par consentement mutuel ; suppression des discriminations fondée sur le sexe dans l’accès à l’emploi ; IVG ; etc.

9Assurer l’égalité des chances, responsabiliser plutôt que punir, faire progresser les libertés tout en veillant à la protection des plus fragiles, voilà ce que nous souhaitions faire.

10Peut-être ne prend-on plus, de nos jours, assez en compte cette dimension sociale du libéralisme et la fonction régulatrice ou correctrice qui incombe à l’État. Or, en son sens premier, la démocratie libérale est bien la conjonction indissociable du libéralisme politique et du libéralisme économique. Et allier les deux reste une conquête de chaque instant.

11Si l’enjeu pour toute société démocratique est de réaliser le plus juste équilibre possible entre liberté et réglementation, les dangers ne manquent pas. Ils sont nombreux dans une démocratie fortement centralisée où la préférence pour l’égalité induit tout naturellement un fort attachement à l’État. On constate une faiblesse de l’esprit de liberté au sein de nos pratiques politiques, renforcée par les menaces extérieures qui conduisent l’État à adopter des législations protectrices de l’ordre public. Il convient de voir, aussi, que notre pays, avec son chômage et sa dette, ne retrouvera le chemin de la liberté que lorsqu’il aura retrouvé sa compétitivité.

12Le combat en faveur des libertés ne doit pas cesser. De nouveaux équilibres sont à définir face aux défis qui s’ouvrent au pouvoir politique (lutte contre le terrorisme, protection de la dignité de la personne humaine contre les risques de manipulation du vivant...), défis qui tiennent à cette interrogation permanente qui est celle de concilier la protection des libertés avec le nécessaire bien-être social de la population française. Car là se situe la source de la légitimité du pouvoir et du bonheur des peuples !

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13Cet ouvrage, comme le lecteur va aussitôt s’en apercevoir, traite sous un angle nouveau un sujet important. Les interventions sont bien documentées. Les remarques pertinentes. Ce travail historique de grande qualité suscite la réflexion.

14Paris, le 17 octobre 2016


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