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    Plan détaillé Texte intégral Évaluer les services écosystémiques Apports récents de l’écologie Intégrer le rôle des services écosystémiques Bibliographie Auteur

    Le développement durable à découvert

    Ce livre est recensé par

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    9. Les enjeux de la quantification des services écosystémiques

    Sandra Lavorel

    p. 288-289

    Texte intégral Évaluer les services écosystémiques Apports récents de l’écologie Intégrer le rôle des services écosystémiques Bibliographie Références bibliographiques Auteur

    Texte intégral

    1Depuis la Première Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire (2005), l’idée de conserver la biodiversité pour des raisons utilitaires (bénéfices mis à disposition de la société), proposée par les biologistes de la conservation, a progressé dans les sphères politiques et économiques. Ainsi, les objectifs d’Aichi* pour 2011-2020 ont mis pour la première fois la priorité, non seulement sur la seule conservation de la biodiversité, mais aussi sur celle des services écosystémiques* (encadré). Suivant ce cadrage international, la Stratégie nationale pour la Biodiversité a mis en avant l’importance du capital écologique et de son incorporation dans l’économie, ainsi que de la notion d’un usage durable et équitable de la biodiversité.

    Évaluer les services écosystémiques

    2En pratique, les services écosystémiques (SE) se sont invités dans les prospectives économiques, voire politiques, ainsi que dans les projets d’aménagement du territoire. Des demandes d’évaluation de SE, de l’échelle locale à l’échelle globale, sont faites chaque jour par des décideurs, des gestionnaires, ou des entrepreneurs. Mais ces demandes sont souvent traitées dans l’urgence, et ne permettent pas de s’appuyer suffisamment sur l’état de l’art. La recherche doit donc contribuer à fonder les évaluations sur des bases conceptuelles et méthodologiques solides. Pour autant, et malgré une progression exponentielle des publications de plusieurs disciplines sur le sujet, la mise en pratique du concept reste problématique.

    3Il pose tout d’abord des défis concernant les quantités à quantifier et les cadres conceptuels de l’évaluation. Ces cadres permettent en principe de poser quelques bases de consensus sur le rôle des SE à l’interface entre biodiversité, écosystèmes et société, mais les analyses plus approfondies tendent aussi à mettre en évidence la complexité du concept. Par ailleurs, l’évaluation des services écosystémiques pose des défis méthodologiques pour établir des relations quantitatives entre biodiversité et fonctionnement des écosystèmes, et par suite une quantification biophysique des fonctions support des SE ; et aussi pour l’évaluation économique et monétaire, et pour la mise en évidence des valeurs non économiques. D’autres défis s’ajoutent à cela : 1) le défi de l’interdisciplinarité (cf. VI.2) ; 2) celui de la disponibilité des données et du choix d’échelles pertinentes d’analyse (cf. II.2) ; 3) celui de la communication et du transfert auprès des acteurs comme auprès des opérateurs des évaluations, et enfin, 4) le défi de l’application dans le contexte socio-économique et politique, en particulier le développement d’outils permettant une conservation ou même une augmentation effective des SE tout en bénéficiant à la biodiversité.

    Apports récents de l’écologie

    4L’évaluation des SE nécessite de comprendre les processus sous-jacents aux patrons* observés, ainsi qu’aux dynamiques passées et futures, à différentes échelles. Les avancées fondamentales concernant les relations entre biodiversité et fonctionnement des écosystèmes, ainsi que la compréhension des valeurs de la biodiversité, doivent être prises en compte. À terme, une standardisation des méthodes au travers de guides de bonnes pratiques et de boîtes à outils apparaît indispensable. Les approches d’évaluation récentes à différentes échelles mettent en évidence que de simples fonctions de transfert, utilisant une valeur unique par type de couverture des terres, ne permettent pas de quantifier les SE de manière fiable. Pour réduire ces erreurs, il est essentiel de prendre en compte explicitement les effets de la biodiversité, en particulier fonctionnelle, tout en composant avec les limitations liées à la disponibilité des données (cf. VI.5-6). Plusieurs avancées récentes dans la compréhension des relations entre biodiversité et fonctionnement des écosystèmes doivent être mobilisées.

    5Tout d’abord, les composantes fonctionnelles et phylogénétiques* de la biodiversité contribuent au fonctionnement des écosystèmes. Par exemple, les SE fournis par la végétation peuvent être cartographiés sur la base des traits fonctionnels* végétaux et de la connaissance simultanée de leurs réponses aux variations environnementales et de leurs effets sur le fonctionnement des écosystèmes. Ensuite, la diversité trophique (types et réseaux d’interaction, complexité trophique…) influe sur le fonctionnement des écosystèmes, et donc sur les SE, via les relations entre traits fonctionnels des différents niveaux trophiques. La connaissance de ces relations devrait améliorer la capacité à prédire les effets de modifications des habitats sur les SE, tels que la pollinisation ou le contrôle des ravageurs* (cf. I. 11).

    6Certains processus influent simultanément sur plusieurs fonctions des écosystèmes, et déterminent ainsi les mécanismes d’interactions, positives (synergies) ou négatives (arbitrages) entre SE. C’est notamment le cas de traits végétaux pivots du fonctionnement biogéochimique et des interactions trophiques. Ces connaissances sur les contraintes écologiques et évolutives se traduisent en hypothèses sur les arbitrages/synergies de SE, à tester sur une diversité de modèles d’études et d’échelles spatiales et temporelles. Par ailleurs, la diversité fonctionnelle et la présence de traits, comme la constitution de réserves métaboliques ou démographiques, assurent le maintien à long terme de la structure et du fonctionnement des écosystèmes. Certains traits, au contraire, comme les teneurs en azote des tissus végétaux ou leur inflammabilité, sous-tendent des boucles de rétroactions* positives ou négatives, ou des transitions critiques. Enfin, les approches spatialement explicites, c’est-à-dire la prise en compte du positionnement spatial des espèces ou des écosystèmes, permettent de rendre compte des processus spatiaux comme la dispersion ou les flux de matière et d’énergie qui déterminent des SE essentiels, tels que la pollinisation ou la régulation hydrologique.

    Intégrer le rôle des services écosystémiques

    7Une approche renouvelée du développement durable devra comprendre le rôle des SE dans les dynamiques des systèmes couplés société-environnement (cf. II. 24), y compris la double rétroaction entre dynamiques économiques et sociales d’une part, et évolutions de la biodiversité et des SE d’autre part. Parmi les pistes prioritaires, il sera nécessaire d’analyser les différentes modalités possibles d’intensification écologique* de l’agriculture, de la foresterie ou de l’aquaculture, au travers de l’intégration des SE « intrants » et des externalités positives de la biodiversité et de ses effets sur le fonctionnement des écosystèmes dans les systèmes de production. Il faudra également raisonner les mécanismes de l’équivalence écologique et les actions de compensation, non seulement en termes de biodiversité patrimoniale, mais aussi de SE ; et de manière plus générale analyser comment les politiques publiques doivent prendre en compte les SE pour la gestion du territoire, des activités de production primaire* (agriculture, foresterie, pêche, aquaculture) et pour la conservation de la nature. Enfin, pour toutes ces propositions, trois questions devront être posées. Les services écosystémiques sont-ils garants d’un « bon » fonctionnement de l’écosystème ? Quels sont les bénéfices réels et les risques pour la biodiversité ? Et quelles sont les modalités écologiques, mais aussi économiques, politiques et sociales de mise en œuvre d’une gestion de l’environnement et du développement territorial incorporant les SE ?

    Bibliographie

    Références bibliographiques

    • TEEB – L’Économie des écosystèmes et de la biodiversité : intégration de l’économie de la nature. Une synthèse de l’approche, des conclusions et des recommandations de la TEEB, www.teebweb.org/wp-content/uploads/Study%20and%20Reports/Report/Synthesis%20report/, 2010.

    • UICN France – Panorama des services écologiques fournis par les milieux naturels en France, Vol. 1 Contexte et enjeux, www.uicn.fr/IMG/ pdf/Brochure_Panorama_des_services-vol1.pdf, 2012.

    • CSPNB – La biodiversité à travers les exemples : services compris, http://webissimo.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Biodiversite_BD_cle2788d6.pdf 2012.

    Auteur

    • Sandra Lavorel

      Écologue, Directrice de Recherche au CNRS, LECA, Grenoble.
      sandra.lavorel@ujf-grenoble.fr

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    Lavorel, S. (2013). 9. Les enjeux de la quantification des services écosystémiques. In A. Euzen, L. Eymard, & F. Gaill (éds.), Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10841
    Lavorel, Sandra. « 9. Les enjeux de la quantification des services écosystémiques ». In Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen, Laurence Eymard, et Françoise Gaill. Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.10841.
    Lavorel, Sandra. « 9. Les enjeux de la quantification des services écosystémiques ». Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen et al., CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10841.

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    Euzen, Agathe, et al., éditeurs. Le développement durable à découvert. CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10558.
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