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    Plan détaillé Texte intégral Conséquences de la raréfaction Nouveaux procédés, nouvelles recherches Des enjeux… Bibliographie Auteurs

    Le développement durable à découvert

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    Table des matières

    19. Limites des ressources nécessaires au développement des nouvelles technologies

    Bruno Goffé et Olivier Vidal

    p. 248-249

    Texte intégral Conséquences de la raréfaction Nouveaux procédés, nouvelles recherches Des enjeux… Bibliographie Références bibliographiques Auteurs

    Texte intégral

    1L’accroissement de la population mondiale, estimée à 9 milliards d’habitants en 2050, entraînera une augmentation des besoins en matières premières. Parmi celles-ci, les métaux sont en première ligne, car ils soutiennent les activités humaines de base, mais aussi tous les développements dans le domaine des nouvelles technologies, dont les énergies renouvelables et les économies d’énergie. Les projections actuelles indiquent que pour satisfaire les besoins des trente-cinq prochaines années, nous extrairons du sous-sol autant de métaux que l’humanité en a extrait depuis son origine. La Terre, dans sa diversité géochimique, demeure un réservoir immense d’éléments, mais leur accessibilité est limitée par nos capacités à accéder à la ressource, à extraire les éléments, et à maîtriser les impacts environnementaux associés (pollution, atteintes à la biodiversité, consommation énergétique…). Les enjeux de l’accès à la ressource minérale sont considérables, ils concernent aussi bien la maîtrise de la gestion de la ressource elle-même, lors de son extraction et son recyclage, que celle des impacts environnementaux, du choix des technologies et de la conception des produits ou des usages qui impacteront les besoins futurs (cf. IV.15).

    Conséquences de la raréfaction

    2Depuis la fin du XIXe siècle, le développement industriel s’est accompagné d’une augmentation massive, d’un facteur 10, de l’exploitation de matières premières minérales de plus en plus diversifiées. Cela concerne tout d’abord les métaux légers (aluminium, magnésium…), puis les métaux rares et les matières naturelles pour les hautes technologies (terres rares, silice…). Elle a aussi été accompagnée, avec l’ouverture des marchés, d’un abandon progressif de l’exploration et de l’exploitation dans les pays à fort PIB* (cf. I.9), laissant la production minérale et ses impacts environnementaux et sociétaux aux pays en voie de développement (PVD).

    3Ces évolutions ont eu plusieurs conséquences. Tout d’abord, une méconnaissance accrue de la part des sociétés les plus riches concernant les contingences liées à l’exploitation des ressources minérales de base ou destinées aux hautes technologies. Ainsi, la Chine, qui est l’unique producteur actuel de terres rares lourdes utilisées dans les moteurs et générateurs électriques de haut rendement de l’éolien ou des véhicules électriques, porte tous les impacts environnementaux liés à leur extraction (paysages, écotoxicité, radioactivité…). Autre conséquence : une raréfaction des grands gisements les plus concentrés, les plus purs et les plus accessibles, et en conséquence, l’exploitation de gisements de plus en plus pauvres et complexes. Cela entraîne une augmentation de la masse de minerai à traiter et des besoins en énergie, en eau, en produits chimiques, en transport et en pollutions associées (émissions de gaz, poussières, emprises au sol, toxicité). Toujours pour pallier la raréfaction, de nouveaux gisements dans des régions frontières peu accessibles et fragiles (paysage, biodiversité, populations) sont recherchés. C’est ainsi le cas des régions arctiques (figure) ou des forêts équatoriales, pour lesquelles les impacts environnementaux et sociétaux des projets miniers sont déjà évaluables. La Guyane française, avec la pollution au mercure due à l’orpaillage illégal, mais aussi à la remobilisation mécanique de sols naturellement riches en mercure, en est un exemple. C’est aussi le cas des fonds des océans, maintenant considérés comme un nouvel Eldorado, mais pour lesquels ces impacts y sont encore très peu estimables, faute de connaissances scientifiques suffisantes.

    Image

    Carte de la distribution des mines dans l’hémisphère nord comparée à la limite sud du pergélisol* (ligne rouge) et de l’isotherme + 10°C des mois les plus chauds (ligne bleue). Un déplacement vers le nord du pergélisol avec le changement climatique permettrait une extension de l’exploitation minière vers ces nouveaux territoires

    Nouveaux procédés, nouvelles recherches

    4Le transfert considérable de matière, depuis la ressource naturelle vers l’anthroposphère, constitue des stocks de matière totalement nouveaux dans l’histoire de la Terre et donne ainsi à l’humanité la capacité de devenir un acteur significatif dans le contrôle des cycles de la matière. Mais, pour cela, elle doit en connaître les cycles de vie et pouvoir en optimiser la consommation, la réutiliser et la recycler. Toutes choses qui sont actuellement mal maîtrisées. Ainsi, un taux de recyclage est actuellement considéré comme bon quand il excède 50 %. C’est le cas de métaux de base comme le fer, le plomb, le nickel, le chrome, et de métaux rares comme l’or, les platinoïdes, l’argent, le mercure, le tungstène et l’iridium. Pour les autres, le taux de recyclage est bien moindre (aluminium entre 25 et 50 %), et peut même être très bas, comme pour les terres rares et le lithium, qui ne sont quasiment pas recyclés. Il sera donc quasi impossible de satisfaire durablement les besoins d’une société en croissance. Le transfert de l’exploration et de l’exploitation des ressources minérales vers les PVD a également conduit à un sous-investissement dans la recherche, tant par les États des pays à fort PIB que par les industriels du secteur privé. Ce sous-investissement s’est accompagné d’une fragmentation des communautés, d’une perte des compétences scientifiques, techniques et des formations. Cela affaiblit considérablement les capacités de réponse et d’adaptation des pays occidentaux actuellement confrontés à l’émergence économique, politique et technologique des pays en développement. Les ressources minérales du continent européen, ses territoires associés (DOM-TOM), et celles de son domaine maritime (ZEE) deviennent stratégiques, mais elles restent mal connues. C’est en particulier le cas des métaux rares et des ressources profondes. Si une nouvelle exploration des territoires apparaît indispensable, l’exploitation et le traitement de la matière première ne pourront s’y faire que si la maîtrise des impacts environnementaux et sociétaux aux niveaux exigés par leur population y est acquise.

    Des enjeux…

    5L’accès à la ressource minérale est un enjeu majeur pour le développement de nos sociétés. Il est de plus en plus contraint par la prise en compte des critères environnementaux et sociétaux, et non plus seulement par l’unique critère de la rentabilité. Cela est déjà vrai dans nos pays et devient le cas dans les PVD. La complexité technique et les enjeux sociétaux induits par une telle évolution positionnent la recherche scientifique et les sciences sociales au premier plan pour résoudre les questions posées. Elles portent sur la maîtrise complète du cycle de vie de la matière minérale, depuis la connaissance de la ressource primaire, son extraction, la conception et la fabrication des matériaux et produits, leur collecte et réutilisation comme ressource secondaire après leur fin de vie, et la substitution d’usage d’éléments rares. Elles concernent aussi la formation, des scientifiques bien sûr, mais aussi celle de tous les acteurs des mondes politiques, industriels et administratifs à même d’intervenir dans le cycle de vie de la matière première.

    Bibliographie

    Références bibliographiques

    • Y. FOUQUET et D. LACROIX – Les ressources minérales marines profondes, Étude Prospective à l’horizon 2030, Éditions Quae, 2012.

    • Ressources minérales, contribution au sommet de la Terre 2012, La revue du BRGM pour une Terre Durable, BRGM Édition, n° 15, juin 2012.

    • M. JÉBRAK et É. MARCOUX – Géologie des ressources minérales, Ressources naturelles et faune du Québec, 2008.

    Auteurs

    • Bruno Goffé

      Géologue, Minéralogiste, Directeur de Recherche au CNRS, CEREGE, Aix-Marseille.
      goffe@cerege.fr

    • Olivier Vidal

      Minéralogiste, Directeur de Recherche au CNRS, ISTERRE, Grenoble.
      olivier.vidal@ujf-grenoble.fr

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    Goffé, B., & Vidal, O. (2013). 19. Limites des ressources nécessaires au développement des nouvelles technologies. In A. Euzen, L. Eymard, & F. Gaill (éds.), Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10800
    Goffé, Bruno, et Olivier Vidal. « 19. Limites des ressources nécessaires au développement des nouvelles technologies ». In Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen, Laurence Eymard, et Françoise Gaill. Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.10800.
    Goffé, Bruno, et Olivier Vidal. « 19. Limites des ressources nécessaires au développement des nouvelles technologies ». Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen et al., CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10800.

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    Euzen, A., Eymard, L., & Gaill, F. (éds.). (2013). Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10558
    Euzen, Agathe, Laurence Eymard, et Françoise Gaill, éd. Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.10558.
    Euzen, Agathe, et al., éditeurs. Le développement durable à découvert. CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10558.
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