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    Plan détaillé Texte intégral Qu’est-ce qu’une plante OGM ? Les OGM actuellement cultivés OGM et développement durable Bibliographie Auteur

    Le développement durable à découvert

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    6. OGM et agriculture

    Yves Dessaux

    p. 152-153

    Texte intégral Qu’est-ce qu’une plante OGM ? Les OGM actuellement cultivés OGM et développement durable Bibliographie Références bibliographiques Auteur

    Texte intégral

    1Inclure la question des OGM végétaux (organismes génétiquement modifiés) dans un ouvrage sur le développement durable est incontournable. En effet, dans le monde, à ce jour, plus de 160 millions d’hectares – soit environ 10 % des terres cultivables effectivement cultivées – sont dédiés aux variétés transgéniques*, et 50 % des productions de coton, maïs, soja et colza sont issues de telles lignées. Cependant, divers types d’OGM existent, et il est donc nécessaire d’expliquer ce que sont ces végétaux.

    Qu’est-ce qu’une plante OGM ?

    2La directive européenne 2001/18 définit les OGM végétaux selon leur mode d’obtention. Ainsi, des lignées végétales nouvelles peuvent être obtenues par croisements avec une plante présentant naturellement un caractère intéressant (par exemple, une résistance à un pathogène). Ce caractère peut résulter d’une mutation spontanée de la plante. Dans ce cas, ces lignées ne sont pas des OGM. Les améliorateurs peuvent aussi utiliser des mutagènes* (rayons UV, gamma, produits chimiques…) permettant d’accroître la probabilité de générer des mutations* d’intérêt. Les plantes qui résultent de ces techniques sont définies comme « organismes génétiquement modifiés » (OGM), mais elles n’entrent pas dans le champ d’application de la directive et échappent aux contraintes réglementaires appliquées aux OGM. Dans la catégorie des OGM concernés par le champ d’application, se trouvent les plantes issues du génie génétique qui peuvent avoir intégré par transgenèse un gène dont l’origine n’est pas végétale. Parmi celles-ci, citons les plantes produisant un insecticide d’origine bactérienne, dit « Bt », ou les variétés tolérantes à un herbicide (VTH).

    Les OGM actuellement cultivés

    3Les seules plantes transgéniques autorisées à la culture dans l’Union Européenne, mais non en France, au nom de la « clause de sauvegarde », sont le maïs MON810 (résistant à certains insectes), le maïs T2 (tolérant à un herbicide) et la pomme de terre Amflora (à composition en amidon modifiée). La clause de sauvegarde permet à un pays membre d’interdire provisoirement la culture ou la vente d’un OGM autorisé dans l’Union européenne, en invoquant des éléments scientifiques nouveaux suggérant un risque pour la santé ou l’environnement. Dans le cas du maïs MON810, cette clause a été jugée illégale par la Cour de Justice de l’Union européenne. Par ailleurs, des essais en pleins champs de variétés transgéniques sont en cours, comme les porte-greffes de vigne tolérants à terme au court-noué (figure), une dégénérescence provoquée par des virus transmis par des nématodes du sol, qui conduit à des pertes de rendements marquées en raisins et éventuellement à un arrachage de la vigne. Les virus sont susceptibles de persister dans la parcelle plus de 5 ans. Des variétés transgéniques restent autorisées à l’importation et à la consommation animale, telle que le soja tolérant à un herbicide (qui représente environ 70 % du soja importé). Par ailleurs, la quasi-totalité des lignées d’orge cultivées dans le monde et en France depuis plus de 60 ans, y compris en agriculture biologique, dérivent d’une lignée obtenue par mutagenèse. Les müeslis, la bière ou le whisky que nous consommons sont donc produits à partir de lignées végétales génétiquement modifiées, mais non concernées par la réglementation.

    Image

    Parcelle expérimentale de porte-greffes de vigne tolérants à terme au virus du court-noué (INRA-Colmar). © O. Lemaire

    4Le cas de l’orge n’est pas unique. Bon nombre de lignées de blé, de riz, de colza, de soja, de tournesol, de pamplemousse, de pois, de lentilles, et certaines lignées de banane, de sorgho, de poire, de mandarine, de pomme, d’abricot… ont fait l’objet d’améliorations par mutagenèse. Au cours des 70 dernières années, plus de 2 200 lignées mutantes couvrant environ 175 espèces végétales ont ainsi été produites, dont les trois quarts sont destinés à l’alimentation. En regard de ces faits, la question du « pour ou contre les OGM », qui peut se poser pour les lignées transgéniques en raison du franchissement de la barrière d’espèce, apparaît comme incongrue pour les lignées issues de mutagenèse. Ces dernières, cultivées depuis des décennies, font pourtant depuis peu l’objet d’une contestation sociale.

    OGM et développement durable

    5Une, sinon la, question pertinente au plan environnemental porte davantage sur le caractère introduit dans la plante, que sur son mode d’obtention. Ainsi, les VTH pouvaient apparaître comme une solution intéressante aux problèmes de désherbage. En effet, dans une parcelle, la concurrence d’autres plantes que celles cultivées (dites « adventices* ») conduit à des baisses de rendements, jusqu’à 70 % dans les cas sévères. En limitant la fréquence des traitements, les VTH ont efficacement permis, dans un premier temps, d’induire une baisse des quantités d’herbicides* utilisées. Cependant, l’usage non raisonné de ces lignées (rotations* courtes, voire absence de rotations, utilisation de la tolérance au même herbicide et non limitée aux cas difficiles…) mène à la sélection d’adventices résistantes (cf. II.14). Ce phénomène a pu se doubler d’un transfert du gène de tolérance vers des espèces proches mais non cultivées, les rendant en partie, ou totalement, résistantes. D’ailleurs, ce dernier point est vérifié, que la VTH soit issue de mutations spontanées (non OGM), de mutagenèse ou de transgenèse (OGM, entrant ou non dans le champ d’application de la directive). Ceci a globalement conduit à un recours accru aux herbicides. En Amérique, pour le maïs, le coton ou le soja, tolérants au glyphosate, le bilan d’usage qui était initialement favorable aux VTH l’est maintenant beaucoup moins, quand il ne leur est pas défavorable. L’ensemble s’accompagne, de plus, d’une aggravation de la pollution des ressources eau et sol par les herbicides et par leurs métabolites persistants (cf. V.17). En termes de santé publique, les conséquences de la culture de VTH se situent autour de la question de ces résidus d’herbicides* dans le sol, dans les eaux et dans les végétaux, que ces VTH soient transgéniques ou non (cf. IV.10). Il n’existe cependant à ce jour pas d’étude qui démontre de façon formelle l’existence d’un impact sanitaire de la modification génétique en elle-même.

    6Une gestion agro-écologique des lignées OGM est cependant possible, comme l’ont révélé des travaux portant sur des plantes transgéniques résistantes aux insectes. Ainsi, la création de « zones refuges » constituées de plantes non résistantes permet le maintien d’une population d’insectes globalement non résistants, plus performants au plan de la survie et de la reproduction que leurs congénères devenus résistants à l’insecticide.

    7En termes de développement durable, l’intérêt des OGM reste cependant en grande partie à démontrer. Cet intérêt pourrait concerner plusieurs axes, tels que : 1) la résistance aux maladies, à la condition de ne pas utiliser un seul gène ou groupe de gènes de résistance « identiques », ce qui conduirait inévitablement à un contournement par le pathogène ; 2) une composition modifiée, par exemple enrichie en acides aminés* essentiels, permettant de limiter le recours aux protéines animales ; 3) la tolérance à la sécheresse, pour laquelle de nombreux essais prometteurs sont encours ; ou 4) une croissance efficace dans des sols moins amendés* en azote et phosphore (cf. II.15). Dans tous ces cas, les OGM ne constitueront pas la panacée pour résoudre les problèmes alimentaires mondiaux (liés, pour le moment, plus à des questions de redistribution, que de production), mais des outils éventuellement intéressants qu’il faudra utiliser dans un contexte agronomique réfléchi, sans doute moins intensif et attentif à l’utilité de la biodiversité de l’agroenvironnement, qu’elle soit végétale, animale ou microbienne.

    Bibliographie

    Références bibliographiques

    • J. TESTARD et Y. CHUPEAU – OGM : quels risques ?, Prométhée, 2007.

    • M. BECKERT et al. – Les variétés végétales tolérantes aux herbicides. Effets agronomiques, environnementaux, socio-économiques. Synthèse du rapport, CNRS-INRA (France), 2011.

    Auteur

    • Yves Dessaux

      Biologiste, Écologiste microbien du sol, Directeur de Recherche au CNRS et ancien Chargé de Mission à l’INEE, ISV, Gif-sur-Yvette.
      dessaux@isv.cnrs-gif.frs

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    Dessaux, Y. (2013). 6. OGM et agriculture. In A. Euzen, L. Eymard, & F. Gaill (éds.), Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10703
    Dessaux, Yves. « 6. OGM et agriculture ». In Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen, Laurence Eymard, et Françoise Gaill. Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.10703.
    Dessaux, Yves. « 6. OGM et agriculture ». Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen et al., CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10703.

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    Euzen, Agathe, et al., éditeurs. Le développement durable à découvert. CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10558.
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