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    Plan détaillé Texte intégral Conséquences de la surexploitation Impacts sur les écosystèmes Vers une gestion écosystémique Bibliographie Auteur

    Le développement durable à découvert

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    4. La pêche dans les océans est-elle durable ?

    Philippe Cury

    p. 148-149

    Texte intégral Conséquences de la surexploitation Impacts sur les écosystèmes Vers une gestion écosystémique Bibliographie Références bibliographiques Auteur

    Texte intégral

    1La pêche est notre dernière activité de prélèvement d’une ressource sauvage à l’échelle industrielle. À l’instar de la chasse, qui a été remplacée par l’élevage en milieu terrestre, il y a plusieurs milliers d’années, le futur des pêches semble être aujourd’hui compromis, dans un contexte où l’aquaculture prend une place grandissante. Jusqu’à récemment, les ressources halieutiques* apparaissaient inépuisables. Les espèces marines semblaient se régénérer instantanément et les océans ressemblaient à de véritables cornes d’abondance. Au XIXe siècle, l’écrivain Jules Michelet assimilait les océans à la « grande femelle du globe », terme qui reflétait l’impossibilité pour les pêcheries d’entamer la manne océanique.

    2Aujourd’hui, la pêche continue à jouer un rôle essentiel en nourrissant plus d’un milliard d’êtres humains (cf. IV.12). Notre appétit croissant pour le poisson fait cependant peser une pression dangereuse sur les ressources marines sauvages. La consommation moyenne mondiale atteint aujourd’hui 19 kg par personne et par an, avec de très grandes disparités notamment pour les pays du Sud, qui ont de plus en plus de mal à accéder à une protéine animale bon marché, essentielle à leur alimentation.

    Conséquences de la surexploitation

    3Le bilan de l’état des pêches mondiales produit par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, publié tous les deux ans, montre cependant que les ressources marines sont bel et bien en train de s’épuiser au rythme de prélèvements effrénés (cf. II.21). Il révèle une croissance soutenue de la pêche qui est passée de quelques millions de tonnes, après la Seconde Guerre mondiale, à plus de 85 millions de tonnes dans les années 1980. Un plateau semble être atteint depuis cette période, mais, en réalité, les captures déclinent inexorablement à raison de 0,6 million de tonnes par année, à cause de la surexploitation des stocks de poissons. En 2012, la situation des ressources marines est critique : 50 % des ressources sont pleinement exploitées et 37 % surexploitées ou effondrées, laissant très peu de place au développement de nouvelles pêcheries. Les dernières estimations montrent qu’il y a aujourd’hui trois à quatre fois trop de bateaux pour des stocks de poissons devenus rares. La technologie a permis d’améliorer considérablement l’efficacité de pêche des bateaux avec les moyens électroniques de localisation, comme les GPS, ou de repérage du poisson comme les échosondeurs*. Si ces tendances lourdes se poursuivent, les espèces les plus couramment pêchées aujourd’hui pourraient disparaître de nos assiettes au milieu du XXIe siècle.

    Impacts sur les écosystèmes

    4La surexploitation n’affecte pas seulement la viabilité de certaines populations de poissons, mais également la dynamique des écosystèmes dans leur ensemble. Les poissons prédateurs, tels que les morues, les merlus ou les mérous devenant rares, ce sont les poissons fourrages* (sardines, anchois, hareng, sprat…), dont ils se nourrissent, qui sont à leur tour convoités par les pêcheurs. Aujourd’hui, plus du tiers des captures mondiales est composé de ces petits poissons qui sont transformés en farines et huiles pour l’alimentation animale, dont l’aquaculture. Or, les oiseaux, les mammifères marins et aussi les gros poissons prédateurs se nourrissent de ces espèces qui sont le véritable « fuel » des écosystèmes. La surexploitation des petits poissons a alors des conséquences sur le fonctionnement des écosystèmes. En Namibie par exemple, un des écosystèmes les plus productifs à l’échelle mondiale, la population de sardines, qui avait atteint 10 millions de tonnes dans les années 1960, a été surexploitée et s’est effondrée dans les années 1970. Les prédateurs comme les oiseaux marins, les manchots ou encore les fous du Cap, sont morts de faim et ont ainsi vu leurs effectifs diminuer de plus de 80 % en moins de trois décennies. L’écosystème a alors adopté un « changement de régime » : les méduses se sont mises à proliférer. Aujourd’hui, leur abondance oscille entre 12 à 20 millions de tonnes, ce qui représente 2,5 fois celle des poissons. Les pêcheurs namibiens n’exploitent pas les méduses et doivent attendre des jours meilleurs où les poissons reprendront le dessus. Cependant, personne ne sait combien de temps cela pourra prendre pour que cette zone marine retrouve sa grande richesse halieutique*.

    Image

    Bateaux péruviens en action de pêche à l’anchois. © IRD, A. Bertrand

    Vers une gestion écosystémique

    5Des espoirs naissent cependant avec une mobilisation au niveau international. Les Nations unies se mobilisent et tentent d’imposer des objectifs qui permettront de restaurer la productivité des océans (Johannesburg 2002*, Aichi 2012*, IPBES 2012*). Une nouvelle vision de l’exploitation a émergé récemment, avec l’approche écosystémique des pêches. Il s’agit d’une tentative de réconciliation entre conservation et exploitation. Il n’est pas question de rejeter l’activité de pêche en tant que telle, mais au contraire de responsabiliser les acteurs concernés, ainsi que les instances décisionnelles.

    6Reste à savoir si les gouvernements intégreront dans leur législation la responsabilisation des pêcheries prônées par les Nations unies, à l’heure où une gestion responsable et précautionneuse de la pêche est un minimum requis pour assurer la viabilité de la ressource et de son exploitation (cf. II.22). Si, faute de ressources, les pêches maritimes ne veulent pas devenir une activité marginale, il faudra repenser l’activité dans son ensemble. Plusieurs pays, comme l’Australie, l’Afrique du Sud ou la Nouvelle-Zélande, ont montré qu’une gestion écosystémique effective de leurs ressources marines permet aux pêches locales de maintenir les emplois tout en conservant l’état de santé et la productivité des océans. Il faudra aussi privilégier des pêches artisanales créatrices d’emplois, économes en fuel et qui utiliseront des engins de pêche moins destructeurs de la biodiversité marine. L’enjeu est de développer une vision partagée d’une société désirable qui ne considère pas la pêche comme une série de razzias mais comme une activité renouvelable et durable.

    Bibliographie

    Références bibliographiques

    • P. CURY et D. PAULY – Mange tes méduses ! Réconcilier les cycles de la vie et la flèche du temps, Odile Jacob, 2013.

    • P. CURY et Y. MISEREY – Une mer sans poissons, Calmann-Lévy, 2008.

    Auteur

    • Philippe Cury

      Halieute et Écologiste marin, IRD, Directeur de l’EME et du CRHMT, Sète.
      philippe.cury@ird.fr

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    Cury, P. (2013). 4. La pêche dans les océans est-elle durable ?. In A. Euzen, L. Eymard, & F. Gaill (éds.), Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10698
    Cury, Philippe. « 4. La pêche dans les océans est-elle durable ? ». In Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen, Laurence Eymard, et Françoise Gaill. Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.10698.
    Cury, Philippe. « 4. La pêche dans les océans est-elle durable ? ». Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen et al., CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10698.

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    Euzen, A., Eymard, L., & Gaill, F. (éds.). (2013). Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10558
    Euzen, Agathe, Laurence Eymard, et Françoise Gaill, éd. Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.10558.
    Euzen, Agathe, et al., éditeurs. Le développement durable à découvert. CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10558.
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