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    Plan détaillé Texte intégral Le littoral, entre recul et avancée L'érosion des plages Les « défenses côtières » Bibliographie Auteur

    Le développement durable à découvert

    Ce livre est recensé par

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    12. Variation du trait de côte

    Yannick Lageat

    p. 76-77

    Texte intégral Le littoral, entre recul et avancée L'érosion des plages Les « défenses côtières » Bibliographie Références bibliographiques Auteur

    Texte intégral

    1L’identification des modifications apportées aux littoraux dans un passé proche repose sur diverses méthodes de caractère diachronique (documents cartographiques, photographies aériennes et relevés topographiques), qui permettent, d’une part, de mesurer l’évolution du trait de côte*, et, d’autre part, de quantifier les surfaces en ablation et en accrétion aux diverses échelles spatio-temporelles (exemple de l’évolution pluriannuelle d’une section littorale du Finistère).

    Le littoral, entre recul et avancée

    2Expression d’un dynamisme trop souvent ignoré par les aménageurs, la mobilité du littoral, évaluée à partir du bilan sédimentaire, représente un état quantitatif de la production, de l’accumulation et de l’évacuation des vases, sables ou galets. Si le volume de sédiments introduits dans une cellule littorale excède la capacité des vagues et des courants à disperser ces apports, l’accumulation se traduira par une progradation du trait de côte, c’est-à-dire un gain d’espace au profit de la terre. Dans le cas contraire, le rivage cédera du terrain à la mer. Enfin, si l’équation est équilibrée, dans le cas où les entrées en sédiments dans le système compensent les sorties, le trait de côte connaîtra une stabilité dynamique autour d’une position moyenne (cf. II.10).

    3Les « entrées » proviennent de trois sources : terrestres, les masses de sédiments introduites par les fleuves surpassant largement les produits du recul des falaises ; sous-marines, les apports originaires de l’avant-côte se composant, en proportions variables, de matériaux d’origine détritique* et d’origine biotique ; et longitudinales, des transferts étant assurés par la dérive littorale. Par ailleurs, les matériaux quittent une section côtière sous l’effet de trois processus : le transport sédimentaire côtier longitudinal, qui nourrira l’aval-dérive ; la progression des dunes vives vers l’intérieur des terres sous l’effet des vents marins ; et la dispersion vers le large de sédiments qui seront définitivement perdus pour le littoral s’ils dépassent le « niveau de base du déferlement », dont la profondeur, dite « de clôture », fait l’objet de débats.

    4Des variations du bilan s’observent sur des durées extrêmement variées : des phénomènes météo-marins de faibles fréquences et de fortes magnitudes aux évolutions pluridécennales des ambiances climatiques, en passant par les modifications saisonnières de l’intensité des processus littoraux (cf. II.9).

    L'érosion des plages

    5Si, par définition, les formes d’ablation*, que sont les falaises, trahissent un départ de matériel, puisqu’elles n’existent que parce qu’elles reculent, l’édification de formes d’accumulation suppose un bilan positif. Or, il est paradoxal que, parmi ces dernières, les plages connaissent, dans leur grande majorité, une phase de démaigrissement, et donc de recul. Les résultats d’une enquête prolongée pendant une décennie ont été clairs : actuellement, 70 % de leur linéaire sont en cours d’érosion, et seulement 10 % connaissent une progradation.

    6Pour que nombre de plages soient affectées par un retrait, il faut qu’une économie d’abondance sédimentaire, héritée de la transgression flandrienne*, ait fait place à une situation de pénurie. Sur des littoraux meubles, souvent battus par des houles hautes et des vents forts, longés par des dérives littorales sous-saturées en sédiments, il arrive que le repli du rivage soit très ancien, comme sur la côte landaise, qui aurait perdu 10 km de largeur depuis la fin de l’époque gallo-romaine, mais les interventions humaines ont aggravé une persistante précarité.

    Image

    Évolution morphodynamique du littoral du Finistère Sud. A. HÉNAFF – Atlas permanent de la mer et du littoral, n° 6, Golfe de Gascogne, 2012

    7Ainsi, les barrages piègent la charge grossière des cours d’eau, dont les apports en sable et en galets sont considérablement réduits, tandis que les extractions de granulats dans les lits fluviaux, comme dans le domaine littoral, contribuent également à aggraver le déficit sédimentaire.

    8Par contraste, les marais maritimes ne subissent pas de crise érosive, et 10 % du linéaire côtier de la France métropolitaine connaît une progradation : les sédiments fins, limons et argiles, transportés en suspension dans les eaux fluviales, échappent à la rétention par les barrages, tandis que la mise en valeur de nouvelles terres et l’adoption de cultures moins couvrantes favorisent le décapage des sols par le ruissellement, et accroissent donc la charge en troubles des cours d’eau.

    Les « défenses côtières »

    9Comment s’opposer à l’érosion des plages ? Cette tâche est traditionnellement confiée à des ingénieurs, qui recommandent la mise en place d’ouvrages lourds dotés d’une incontestable efficacité, mais cette stratégie de défense statique, de « barricadage », fait désormais l’objet de sévères critiques, car elle n’apporte pas de remèdes aux causes du recul des côtes d’accumulation. Elle est jugée, à terme, nocive, car elle modifie les échanges sédimentaires latéraux ou longitudinaux : brise-lames* ou digues, jetées ou épis perturbent les transits solides le long des rivages, tandis que les murs et enrochements coupent toute relation entre les plages et les dunes bordières, qui constituent, pour elles, une réserve en sédiments. Les spécialistes de géomorphologie littorale dénoncent ces effets pervers sur l’environnement et recommandent l’adoption de méthodes qualifiées de « douces », car elles cherchent à composer avec les phénomènes naturels au lieu de s’y opposer : restauration des dunes de première ligne, drainage gravitaire des estrans sableux, et surtout rechargement artificiel par des matériaux d’apport.

    10Il serait toutefois aussi absurde de s’opposer au « durcissement » du trait de côte, lorsque la mer se révèle pleine de dangers, que de sauvegarder des sections sans enjeux, mais la perspective d’une accélération de la hausse du niveau de l’océan mondial au cours du siècle prochain, éventuellement accompagnée d’une augmentation de la force ou du nombre de tempêtes, laisse prévoir l’extension des submersions et l’exacerbation des reculs érosifs. Convient-il de s’obstiner à vouloir maintenir un état du littoral qui serait condamné par les lois de la Nature (cf. III.18) ? Force est de constater que la solution de la relocalisation des humains et de leurs activités se heurte à des mentalités collectives qui évoluent avec lenteur et perçoivent tout repli comme un renoncement.

    Bibliographie

    Références bibliographiques

    • J.-P. PINOT – La gestion du littoral, Institut océanographique, 1998.

    • A. MIOSSEC (dir.) – Dictionnaire de la mer et des côtes, Presses Universitaires de Rennes, 2012.

    Auteur

    • Yannick Lageat

      Géomorphologue, Professeur émérite des Universités, Laboratoire Géomer, Université de Bretagne Occidentale, Brest.
      yannick.lageat@univ-brest.fr

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    Lageat, Y. (2013). 12. Variation du trait de côte. In A. Euzen, L. Eymard, & F. Gaill (éds.), Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10624
    Lageat, Yannick. « 12. Variation du trait de côte ». In Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen, Laurence Eymard, et Françoise Gaill. Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.10624.
    Lageat, Yannick. « 12. Variation du trait de côte ». Le développement durable à découvert, édité par Agathe Euzen et al., CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10624.

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    Euzen, Agathe, Laurence Eymard, et Françoise Gaill, éd. Le développement durable à découvert. Paris: CNRS Éditions, 2013. doi:10.4000/books.editionscnrs.10558.
    Euzen, Agathe, et al., éditeurs. Le développement durable à découvert. CNRS Éditions, 2013, https://doi.org/10.4000/books.editionscnrs.10558.
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