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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral A) Mme Melvina Haché, Haut-Lamèque (Gloucester), N.-B. B) M. le Juge Surveillé, Montréal, P. Q. Notes de bas de page

    Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie

    Ce livre est recensé par

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    44. La quenouille

    p. 259-260

    Texte intégral A) Mme Melvina Haché, Haut-Lamèque (Gloucester), N.-B. B) M. le Juge Surveillé, Montréal, P. Q. MÉLODIE 44-B Coupe strophique Parallèles FRANCE Commentaire Notes de bas de page

    Texte intégral

    A) Mme Melvina Haché, Haut-Lamèque (Gloucester), N.-B.

    11946 : Recueillie en 1946.

    21961 : Mme Haché étant décédée en 1951, la mélodie a été enregistrée par sa fille, Mme Jean-Paul Chiasson.

    MÉLODIE 44-A

    1. - Pass’ ta quenouille à c’ti-là
    Si tu veux qu’il file,
    Pass’ ta quenouille à c’ti-là,
    Si tu veux, il filera.
    Qu’il file, qu’il file,
    Il avait si bien filé(e)
    Que sa quenouille a viré.

    2. - Quoi qu’il file sa quenouille,
    Il n’a pas filé qu’il brouille,
    Son p’loton dévid’, dévid’,
    Son p’loton dévidera.
    Qu’il file, etc.

    B) M. le Juge Surveillé, Montréal, P. Q.

    1946 : Recueillie en juillet 1946, mélodie notée par une personne de l’entourage du chanteur.1

    MÉLODIE 44-B

    Pass’ la quenouille à c’ti-là
    Afin qu’il file,
    Pass’ la quenouille à c’ti-là
    Il filera.
    Il fil’,
    Na-t-il pas fort bien filé
    Tant que la quenouille a duré.

    Coupe strophique

    A : 7m1-5f1-7m1-7m1-5f1-7m2-7m2 B : 7m1-4f1-7m1-4m1-2f1-7m2-7m2

    Parallèles

    FRANCE

    ANJOU : Verrier et Onillon, II, 434 (refrain).

    Commentaire

    3Cette chansonnette a-t-elle été composée pour accompagner le travail des fileuses, ou bien est-elle la parodie d’un chant à boire ? Dans notre Introduction, nous avons déjà évoqué l’habitude des vieilles Acadiennes de « chanter au rouet ». En général leurs chansons ne concernaient pas le filage ; il en est une cependant dont un vieillard de Gloucester (N.-B.) se rappelait quelques bribes : « Vire, vire mon rouet... Tords, tords mon rouet ». La cadence des syllabes s’adaptait à celle du travail.

    4En France, nous avons plusieurs fois noté cette habitude traditionnelle de chanter au rouet « pour ne pas s’endormir » ou « pour travailler mieux ». L’une de ces vieilles fileuses fredonnait toujours quand elle était à son rouet :

    Tourne, tourne, mon rouet,
    Ton fil-e, ton fil-e,
    Tourne, tourne, mon rouet,
    Ton fil-e s’en vet. (= s’en va)
    (recueillie dans la Brière).

    5Quant aux paroles mêmes de nos versions acadiennes, nous ne les avons rencontrées dans aucun recueil français. Tout au plus peut-on leur comparer une ronde vendéenne dont le refrain rappelle le second couplet de notre version A :

    Mon p’loton, dévoide, dévoide, dévoide
    Mon p’loton dévoide, va donc.2

    6ou un jeu d’enfants du Pays nantais, appelé Le peloton. On chante :

    Mon p’loton, dévide, dévide,
    Mon p’loton, dévide, va donc.3

    7Par contre, il existe des chansons à boire qui reposent sur le jeu de mots : « filer » utilisé pour « vider le verre ». Ainsi, en 1728, un Coq-à-l’âne se chantait sur l’air « Il la fi fi fi, il la fila toute, sans en laisser goutte »4.

    8Mais c’est essentiellement avec un couplet à boire du Bas-Berry qu’il faut comparer notre chanson acadienne. Il dit :

    ... Camarade, prends ton verre,...
    ... Pendant qu’il filera,
    Nous chanterons la pomponnett’,
    la pomponna :
    Il file, il file, (on répète jusqu’à ce que le verre soit vide)
    Ce bougre-là a bien filé,
    Son camarad’ va r’commencer...5

    9De même, en Anjou, Verrier et Onillon rapportent qu’aux noces, quand quelqu’un buvait une bonne lampée, on chantait :

    Il file, il file, il file,
    Ah ! il a très bien filé
    Pendant que sa quenouille a duré.6

    10On remarquera que, dans nos versions acadiennes on dit « il » file, comme si c’était un homme que l’on invitait à filer. Alors ? Est-ce la chanson à boire qui s’est transformée en chant de travail ? Ou bien est-ce l’Acadie qui aurait conservé une forme ancienne, sinon primitive, d’une chanson devenue ensuite chanson à boire ?

    11Une chanson recueillie par nous en Acadie dit « Pendant que les femmes et les filles fileront, les hommes et les garçons boiront ». Si la bouteille est la compagne des distractions masculines, la quenouille est l’attribut par excellence de la femme. Une chanson de 1564, dont le refrain s’est conservé dans le folklore de l’Ouest7, dit :

    Je fille quand Dieu my donne de quoy,
    Je fille ma quenouille o voy.
    En no jardin my entray,
    Je fille quand Dieu my donne de quoy,
    Trois fleurs d’amour j’y trouvay.
    Je voy, je viens, je tourne, je vire,
    Je serre, je taille, je tonds, je rais,
    Je saute, je danse, je ry, je chante,
    Je chauffe mon four,
    Je garde mes ouailles et tout.
    Je fille quand Dieu my donne de quoy,
    Je fille ma quenouille, o voy
    .8

    Notes de bas de page

    1 A titre exceptionnel, nous citons ici une version recueillie en dehors de l’Acadie, afin que nous puissions confronter les deux seules versions de cette chanson que nous connaissons.

    2 Trébucq, Vendée, 161.

    3 R.T.P., XIII, 100.

    4 Recueil des plus belles chansons et airs de cour, Paris, 1728 ; reproduit par Rolland, Ch. pop., IV, chanson CCIII/d. On reconnaît là une référence à une des formes anciennes de « C’est notre grand-père Noé » (chanson 46).

    5 Barbillat et Touraine, IV, 148. L’air n’a, par contre, aucune ressemblance avec nos mélodies d’outre-Atlantique.

    6 op. cit., II, 434. La « quenouille » serait ici un euphémisme pour bouteille.

    7 Cf. La tradition en Poitou et Charente, 1897, 377. Nous l’avons nous-même recueilli deux fois en Vendée.

    8 Nous reproduisons ici le couplet tel que le donne Gérold dans ses Chansons populaires des xve et xvie siècles, p. 48. Il l’a tiré de recueils parus en 1564 et 1572. [On reconnaît le premier couplet de La Belle au jardin dont nous avons déjà signalé (chanson 42, commentaire et note 2) la multiplicité des refrains.]

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    1994

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    1 A titre exceptionnel, nous citons ici une version recueillie en dehors de l’Acadie, afin que nous puissions confronter les deux seules versions de cette chanson que nous connaissons.

    2 Trébucq, Vendée, 161.

    3 R.T.P., XIII, 100.

    4 Recueil des plus belles chansons et airs de cour, Paris, 1728 ; reproduit par Rolland, Ch. pop., IV, chanson CCIII/d. On reconnaît là une référence à une des formes anciennes de « C’est notre grand-père Noé » (chanson 46).

    5 Barbillat et Touraine, IV, 148. L’air n’a, par contre, aucune ressemblance avec nos mélodies d’outre-Atlantique.

    6 op. cit., II, 434. La « quenouille » serait ici un euphémisme pour bouteille.

    7 Cf. La tradition en Poitou et Charente, 1897, 377. Nous l’avons nous-même recueilli deux fois en Vendée.

    8 Nous reproduisons ici le couplet tel que le donne Gérold dans ses Chansons populaires des xve et xvie siècles, p. 48. Il l’a tiré de recueils parus en 1564 et 1572. [On reconnaît le premier couplet de La Belle au jardin dont nous avons déjà signalé (chanson 42, commentaire et note 2) la multiplicité des refrains.]

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    Massignon, G., & Delarue, G. (1994). 44. La quenouille. In Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie. Paris: Éditions de la Bibliothèque nationale de France. https://doi.org/10.4000/books.editionsbnf.513
    Massignon, Geneviève, et Georges Delarue. « 44. La quenouille ». In Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie. Paris: Éditions de la Bibliothèque nationale de France, 1994. doi:10.4000/books.editionsbnf.513.
    Massignon, Geneviève, et Georges Delarue. « 44. La quenouille ». Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie, Éditions de la Bibliothèque nationale de France, 1994, https://doi.org/10.4000/books.editionsbnf.513.

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    Massignon, G., & Delarue, G. (1994). Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie. Paris: Éditions de la Bibliothèque nationale de France. https://doi.org/10.4000/books.editionsbnf.438
    Massignon, Geneviève, et Georges Delarue. Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie. Paris: Éditions de la Bibliothèque nationale de France, 1994. doi:10.4000/books.editionsbnf.438.
    Massignon, Geneviève, et Georges Delarue. Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie. Éditions de la Bibliothèque nationale de France, 1994, https://doi.org/10.4000/books.editionsbnf.438.
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