28. Le flambeau d’amour
p. 181-185
Texte intégral
A) Mme Melvina Landry, Caraquet (Gloucester), N.-B.
1946 : Copiée d’un cahier, mélodie notée par la chanteuse elle-même.
MÉLODIE 28-A
1. - C’était un’ jeun’ fill’ de quinze ans
Qui voulait s’y mettre en ménage.
Son pèr’ la mit dans une tour
Afin qu’personn’ lui fit l’amour.
2. - Son cher amant qui la suivait,
Son visage baigné de larmes :
- Belle, si vous m’ouvrez la tour,
J’viendrai vous voir à tous les jours.
3. - Si tu y viens, mon cher amant,
Je mettrai flambeau pour enseigne.
Quand le flambeau s’allumera,
Galant, n’épargne point tes pas.
4. - Mais quand c’arriv’ sur le minuit,
Le flambeau d’amour qui s’allume.
Or, quand il voulut avancer,
L’ beau galant dans la mer est tombé.
5. - Mais quand ç’arrive au matin jour,
La bell’ regarde à la fenêtre ;
Elle regard’ du haut en bas,
Elle aperçoit s’n amant au trépas.
6. - O mer, ô mer, cruelle mer,
Tu as tué mon Alexandre !
Tu lu’as ôté l’âme du corps
Et à présent tu le rends mort !
7. - O mon amant, mon cher amant,
Que ta mort me caus’ de la peine !
Faudra-t-il un’ goutt’ de mon sang
Pour ressusciter mon fidèle amant ?
8. - Avec la point’ de mes ciseaux
Je me percerai-t-une veine,
Je ferai tout couler mon sang
Pour ressusciter mon fidèle amant.
9. - Père et mère n’ont pas voulu
Consentir à ce mariage,
Puisqu’ils ont été si cuels
Nous ferons les noc’ dans le ciel.
B) M. Fidèle Allain, Saint-Antoine (Kent), N.-B
1946 : Recueillie en octobre 1946
1961 : Mélodie enregistrée en 1961
MÉLODIE 28-B
1. - C’était un’ jeun’ fill’ de quinze ans,
Grand Dieu ! qu’elle est belle amoureuse !
Son pèr’ la fit mettr’ dans une cour
Pour que personn’ lui fass’ l’amour.
2. - Son cher amant la poursuivait,
Son blanc visag’ baignant de larmes.
- Laissez-moi entrer dans la cour,
Bell’, j’irai vous voir à tous les jours.
3. - Viens le jour, viens la nuit,
Les port’ seront toujours ouvertes.
Quand tu verras flambeau allumé,
Galant, ne retard’ pas tes pas.
4. - Mais quand ç’arrive onze heur’ minuit,
Le flambeau d’heur’ d’amour s’allume.
Il a marché jusqu’au jour
Sans pouvoir entrer dans la cour.
5. - Mais quand ç’arrive au matin jour,
La belle fut très matinale ;
Allant faire un tour dans la cour,
Trouva s’n amant mort alentour.
6. - Oh ! cruell’ mort, cruelle mort,
Tu as tué mon Alexandre !
Tu lu’as sorti l’âme du corps
Et tu l’as mis au rang des morts.
7. - Si j’avais sur moi mes ciseaux
Je me couperais une veine,
Pour lui faire couler mon sang,
Pour ressus’ter mon cher amant.
8. - Père et mère n’ont pas voulu
Consentir à ce mariage ;
Mourons, mourons, mort éternell’
Nous ferons les noc’ dans le ciel.
C) Mme Alva Poirier, Barachois (îles de la Madeleine), P. Q.
1946 : Recueillie en septembre 1946.
1961 : Chanteuse décédée avant 1961.
PAS DE MÉLODIE NOTÉE
1. - C’est un’ jeun’ fille de quinze ans
Grand Dieu ! qu’elle était amoureuse !
Elle est amoureus’ d’un amant
Qu’ses parents n’étaient pas contents.
2. - Mon cher amant, si vous m’aimez,
Gardez le secret à vous-même :
Quand vous voirez l’flambeau flamber,
Ça s’ra le temps d’vous éloigner.
3. - Quand ça arrivé au minuit
Le beau flambeau, flambeau s’allume ;
Le beau galant s’a trop pressé,
Dans la rivière il s’est noyé.
4. - O père et mèr’, vous êt’ bourreau
D’avoir tué mon Alexandre !
D’lu’avoir ôté l’âme du corps,
Et à présent le voilà mort !
5. - Ah ! si faudrait un’ goutt’ d’mon sang
Pour ressus’ter mon Alexandre !
Avec la point’ de mes ciseaux
Je me piquerais une veine,
6. - Je ferais répandre mon sang
Pour ressus’ter mon cher amant !
Père et mère n’ont pas voulu
Qu’on se mari’ sur cette terre,
7. - Mourons, mourons, mort éternelle !} bis
On se mariera dans le ciel.
D) Mme Vve Hilarion Surette, Pubnico-Ouest (Yarmouth), N.-E.
1946 : Recueillie en octobre 1946.
1961 : Mélodie enregistrée en 1961.
MÉLODIE 28-D
1. - C’est une fille et un garçon
Qui faisiont l’amour ensemble,
Son pèr’ lui a fait faire un’ cour
Pour y-empêcher de fair’ l’amour.
2. - Mon cher amant, si tu reviens,
Je mettrai flambeau pour l’enseigne :
Quand le flambeau s’ra allumé,
Il sera temps de s’rapprocher.
3. - Mais quand ça vient sur le minuit,
Que le flambeau d’amour s’allume,
Le galant marchit nuit et jour
Pour arriver auprès d’la cour.
4. - Quand ça vient au matin jour,
La bell’ regardit par la f’nêtre.
Elle r’gardit du haut en bas,
Ell’ vit son amant au trépas.
5. - Cruel-e pèr’, cruelle mère,
Que vous me causez de la peine !
De la peine, aussi du tourment
De voir la mort d’mon cher amant.
6. - Avec la point’ de mes ciseaux
Je me piquerai une veine,
Je laisserai couler mon sang
Pour ressusciter mon amant.
E) M. Sandy Ross, Bas Caraquet (Gloucester), N.-B.
1946 : Recueillie en août 1946.
1961 : Mélodie enregistrée en 1961.
MÉLODIE 28-E
1. - C’était un’ jeun’ fill’ de quinze ans
Grand Dieu ! qu’elle avait d’l’avantage !
Son pèr’ la fit mettre à la tour
Pour lui faire oublier ses amours.
2. - Mais quand ce fut sur le minuit,
Le beau flambeau d’amour s’allume ;
Le beau galant v’lut s’avancer
Mais dans la mer il est tombé.
3.-O mer, ô mer, méchante mer,
Tu as tué mon Alexandre !
Tu lu’as ôté l’âme du corps
Et à présent tu me l’rends mort.
4. - Avec la point’ de mes ciseaux
Je me percerai une veine,
Je laisserai couler mon sang
Pour ressusciter mon amant.
F) M. Jo Goguen, Saint-Antoine (Kent), N.-B.
1946 : Recueillie en novembre 1946, disque III ◊ A ◊ 8.
MÉLODIE 28-F
1. - Mais quand ça vient sur le mainnuit
Le flambeau d’amour qu’il s’allume ;
Le beau galant marche à grands pas,
Dedans la mer il se jeta.
G) M. Jean-Baptiste Leclair, Bas-Caraquet (Gloucester), N.-B.
1961.
MÉLODIE 28-G
1. - C’était un’ jeun’ fill’ de quinze ans
Qui voulait se mettre en ménage ;
Son pèr’ l’a mis dans une tour
Afin qu’personn’ lui fit l’amour.
H) M. John Leblanc, Sur-les-Caps (îles de la Madeleine), N.-E.
1961.
MÉLODIE 28-H
1. - C’était un’ jeun’ fill’ de quinze ans
Qui avait bien de l’avantage ;
Son pèr’ lui fit faire une tour
Pour que personn’ puiss’ lui faire l’amour.
I) Mme Olivier Mills, née Leblanc, Coalbranch, près d’Acadieville.
1961 : Enregistrée à Moncton (Westmorland), N.-B.
MÉLODIE 28-I
1. - Père et mèr’ qui n’ont point voulu
Consentir à ce mariage ;
Tandis qu’le flambeau durera,
Galant, n’épargnez pas vos pas.
J) Mme Maxime Gionet, Middle-Caraquet (Gloucester), N.-B.
1961.
MÉLODIE 28-J
1. - C’était un’ jeun’ fill’ de quinze ans,
Un jour ell’ devint amoureuse ;
Son pèr’ la mit dedans la tour
Pour faire oublier ses amours.
2. - Son cher amant qui la suivait,
Son blanc visage baigné de larmes :
- Bell’, ouvre-moi la port’ de la tour,
J’viendrai te voir à tous les jours.
3. - Oh ! oui, amant, j’la rouvrirai,
Je te mettrai un flambeau :
Quand le flambeau s’allumera,
Galant, ne tarde pas tes pas.
4. - L’heure de mênuit est arrivé’,
Le beau flambeau d’amour s’allume,
Le beau galant voulut faire un pas,
Dedans la mer il a tombé.
5. - O mer, ô mer, cruelle mer,
Tu as tué mon Alexandre !
Tu lui arraches l’âme du corps
Et à présent tu m’le rends mort.
6. - Avec la pointe de mes ciseaux
Je me percerai une veine,
Je ferai couler de mon sang
Pour ressusciter mon amant.
7. - Mon père et ma mère n’ont point voulu
De consentir à ce mariage,
Mourons, mourons, mort éternelle,
Et nous reverrons dans le ciel.
K) Mme Vve Hélène Dubé, Saint-Francis (Maine), États-Unis.
1961
MÉLODIE 28-K
1. - C’est une fille de quinze ans,
Son pèr’ veut la mettre en ménage.
Son père il voulait la marier
Avec un homme point à son gré.
L) Mme Alphée Chevarie, Sur-les-Caps (îles de la Madeleine), P. Q.
1961
MÉLODIE 28-A
1. - C’était un’ jeun’ fill’ de quinze ans,
Ell’ avait bien de l’avantage,
Son pèr’ l’a fait faire une cour
Pour pas qu’beau galant lui fais’ l’amour.
2. - Oh ! beau galant, vas-y ce soir,
Je mettrai flambeau d’enseigne ;
Tant que le flambeau durera,
Amant, tu n’avanceras pas d’un pas.
3. - Quand ç’a arrivé au minuit,
Le beau flambeau flambant s’allume,
Le beau galant s’a trop pressé,
Dans la rivière il s’est noyé.
4. - La mer l’a pris, l’a emmené,
Le long de ces côtes le ramène,
Le ramèna auprès de la cour
Que le beau galant a ‘té fair’ ses amours.
5. - O père et mère, vous êtes bourreaux
D’avoir tué mon Alexandre,
De lui avoir ôté l’âme du corps,
Et à présent le voilà mort !
6. - Ah ! s’il faudrait une goutt’ de mon sang
Pour ressusciter mon Alexandre,
Avec la pointe de mes ciseaux
Je me percerais une veine !
7. - Je ferais couler mon sang
Pour l’amour d’mon amant.
Père et mère, tu n’as pas voulu
Qu’on accomplisse ce mariage,
8. - Amour, amour, pour l’éternel,
Notre mariage se fera au ciel ;
Amour, amour pour l’éternel,
Notre mariage se fera au ciel.
M) M. Georges Comeau, Comeauville (Digby), N.-E.
1961
MÉLODIE 28-M
1. - C’est une fille et un garçon,
Là, qui faisaient l’amour ensemble.
Son pèr’ l’a pris’, oh ! il l’a enfermé’
Là c’qu’on n’y voit ni ciel et ni jour.
Coupe strophique
Toutes les versions se ramènent à la coupe : 8m1-8f-8m2-8m2, qui est celle des versions de France.
On remarquera que les vers irréguliers de dix pieds, « Pour ressusciter mon fidèle amant » (A.7.4, A.8.4), ou de neuf pieds, « Bell’ j’irai vous voir à tous les jours » (B.2.4), comportent l’épithète « fidèle » ou le vocatif « belle » que les autres versions n’ont pas, ou ne placent pas au même vers. De même, « Pour ressus’ter mon cher amant » (B.7.4) comporte l’épithète « cher » qui entraîne l’élision de ressusciter, mot que les autres versions ont conservé intact. [Coupe indexée : 4 ◊ MFMM ◊ 8888.]
Parallèles
[Catalogues : Laforte, II, A-10.- Coirault, 1417.]
FRANCE
PICARDIE : (Walloy-Baillon, Somme) La Trad., IV, 347.
PAYS MESSIN : Puymaigre, I, 82, version aberrante.
FRANCHE-COMTÉ : Buchon, 95.-Beauquier, 312.
JURA : Grospierre, 83.- Alm. trad. pop., I, 65.
BRESSE : (Villereversure) Guillon, 79.
NORMANDIE : (Fontenay-le-Marmion, Calv.) Romania, X, 378.- (Annoville, Manche) 2 versions inédites citées par Doncieux, 280.
BRETAGNE : (Côtes-du-Nord) R.T.P., VII, 389.- (Lorient) Alm. trad. pop., I, 65 ; reproduit dans Rolland, Ch. pop., III, chanson CLXXXVI/b.- (île de Bréhat) R.T.P., IX, 409.
VENDÉE : Rev. Traditionnisme, 1910, 116.- Musée de la Parole, Disque 573.-(Givrand ; Saint-Gervais ; La Garnache, 2 versions ; Saint-Jean-de-Monts, 2 versions) Coll. G. Massignon.
POITOU : Bujeaud, II, 186.- Mss Coirault, 2 versions, cf Recherches, V, 537.
BERRY : M.N.A.T.P., disque 46.9.17.
NIVERNAIS : Millien, I, 113.- Rev.fl.fr., VI, 243.
NIVERNAIS & BOURBONNAIS : Mss Poés. Pop. Fr., III, 204 ; reproduit dans Rolland, Ch. pop., III, chanson CLXXXVI/c.
FOREZ & VELAY: Mss Smith, IX, 36; XVI, 245, reproduit dans Romania, VII, 82.
FOREZ : Noélas, Légendes et traditions foréziennes, 1865, 351.
LIMOUSIN : Bull. Corrèze, XXII, 248.-Chèze, Branchet et Plantadis, 189.
AUVERGNE : Delzangle, 26.
SAVOIE : (Séez, Tarentaise) inédit cité par Doncieux, 281.
PÉRIGORD : Mss Poés. Pop. Fr., III, 290 ; reproduit dans Rolland, Ch. pop., III, chanson CLXXXVI/d, version aberrante.
QUERCY : La Trad., VI, 89. Sans loc. : La Trad., II, 72. Voir aussi : Doncieux, 280.- Les Ch. de Fr., XIII, 347.- Coirault, Recherches, V, 537.-Davenson, 227.- Sébillot, Le folklore de France, II, 365.
SUISSE ROMANDE
Rossat, I, 33, 4 versions.
CANADA
Coll. Barbeau, disque XIV.B.4 (enr 845) ; reproduit par d’Harcourt, Ch. Canada, 67.-Coll. Barbeau, disque LXIII.A.4 (enr. 2120b) ; reproduit ibid., 68.- Coll. Barbeau, disque XC.B.4 (enr. 2508b).- Sœur Ursule, 283, 2 versions.
ACADIE
Coll. Le Blanc, Évangéline, 23/11/1939 (14 versions).- (Gaspésie acadienne) Coll. Barbeau, enr. 3352 (= 3388) et 3549.
Commentaire
1Doncieux a montré que la chanson du Flambeau d’amour, n’est qu’une transposition de la célèbre aventure de Héro et Léandre. Le nom du héros, nous dit-il, est Léandre dans deux vers interpolés d’une version de Turin ; le nom d’Alexandre que fournissent nos versions A, B, C, E n’en serait-il pas une réminiscense ? Les versions de France, elles, se contentent de désigner le héros par l’expression passe-partout « le beau galant ». C’est cette même expression que l’on trouve également dans nos versions acadiennes de La Belle enfermée dans la tour (chanson 5), du Traître noyé (chanson 25) et dans certaines de nos versions du Flambeau d’amour. Ceci a pu faciliter les contaminations entre ces trois chansons. Coirault (Rech., V, 537) l’a montré pour les mélodies ; pour notre part, nous avons rencontré un chanteur, M. Sandy Ross, qui nous a chanté le premier couplet du Flambeau d’amour (version E) puis l’a fait suivre du premier couplet de La belle enfermée dans la tour et a ensuite enchaîné avec les trois autres couplets du Flambeau d’amour, ce n’est qu’à ce moment qu’il a réalisé la contamination qui s’était produite dans sa mémoire. Le thème commun de la belle enfermée dans une tour par un père qui veut contrecarrer ses amours, avait momentanément relié les deux chansons dans son esprit.
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Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie
Geneviève Massignon et Georges Delarue
1994
La Musique à Venise et l’imaginaire français des Lumières
D’après les sources vénitiennes conservées à la Bibliothèque nationale de France (XVIe-XVIIIe siècle)
Sylvie Mamy
1996
