21. Derrière chez nous
p. 130-138
Texte intégral
A) M. Corbin, Sainte-Anne (Madawaska), N.-B.
1946 : Texte pris sous dictée.
1961 : Informateur décédé.
PAS DE MÉLODIE NOTÉE
1. - Derrièr’ chez nous, il y-a-t-un capitaine,
Nuit et le jour
Lui parle de l’amour.
Il me disait : - Aimez-moi donc, la belle,
J’espère un jour
D’accomplir mes amours.
2. - Quand l’beau galant eut les faveurs d’la belle,
Sans contredit
Lui dit : - Il faut parti’.
Faut aller à Paris, c’est pour prendre les armes,
Rejoind’ les arm’,
R’joind’ les arm’ à Paris.
3. - Cett’ pauvre fill’, les yeux baignés de larmes,
Y-a dit soudain :
- Tes parol’ sont de rien !
Tu as bien su, galant, charmer mon cœur-e,
Charmer mon cœur,
T’as ravi mon honneur.
4. - La belle a pris cent louis d’or chez son père,
Monte à Paris,
Se fit fair’ des habits.
Elle s’habille en dragon militaire,
Y-a rien d’plus beau
Qu’la plum’ sur son chapeau.
5. - Elle a été sept ans, c’est dans la troupe,
Pendant sept ans
Sans rencontrer s’n amant.
Quand ell’ l’a vu, elle le reconnut ;
Son cher amant,
Sans pouvoir la r’connaît’.
6. - Ell’ lui a dit : - Mets-toi l’épée en main !
Tout résolus, Tous deux i’s’sont battus. Ell’ s’écria :
- J’ai mis m’n amant à mort, Je suis jeunett’,
Mis mon galant-z-à mort !
7. - Trois officiers, regardant la défense,
Oh ! tous les deux
Ils l’ont mis en prison.
Ell’ fut jugée à mourir sous les armes,
Le roi si bon
Y-accordit son pardon.
8. - La belle alors, ell’ monta-z-à cheval-e
S’en r’tourn’ chez ell’
Comme un guerrier fidèle.
S’en est allée au logis de son père :
- J’ai combattu, Mon amant revient plus.
B) M. Denis Martin, Madawaska (Maine), États-Unis.
1946 : Texte copié d’un cahier, mélodie notée par le chanteur lui-même.
MÉLODIE 21-B
1. - Derrièr’ chez nous, il y-a-t-un capitaine,
Qu’à tous les jours
Il me parlait d’amour.
Il me disait : - Belle, oui je vous aime !
J’espère un jour
Accomplir nos amours.
2. - Il a joué des amours de la belle,
Sans contredit.
Il lui dit : - J’vas parti’.
- Tu as bien su me charmer de tes charmes !
Amant trompeur,
T’as perdu mon honneur !
3. - La belle a pris cent louis d’or chez son père,
Dedans Paris
S’est fait fair’ des habits.
Ell’ s’habilla en dragon volontaire ;
Rien de plus beau,
Le plumet au chapeau.
4. - Pendant sept ans, la bell’ suivant la troupe,
Pendant sept ans
Sans revoir son amant.
Le reconnut. Mettant le pied à terre,
Ell’ dit soudain :
- Prends les arm’ à la main !
5. - Bien résolus, tous les deux prir’ les armes,
Bien résolus,
Tous les deux s’sont battus.
La jeune fill’, qui est encor jeunette,
Frappant si fort,
Mit son amant à mort.
6. - Saute à cheval, comme un guerrier fidèle,
Saute à cheval
Comme un brav’ général.
De là s’en fut au logis de son père :
- J’ai combattu,
Mon amant revient plus.
C) Mme Vve Hilarion Surette, Pubnico-Ouest (Yarmouth), N.-E.
1946 : Texte pris sous dictée en octobre 1946.
1961 : Mélodie enregistrée en 1961.
MÉLODIE 21-C
1. - Derrièr’ chez nous, il y-a-t-un capitaine,
Que nuit et jour
Il me faisait l’amour.
Il me disait : - Fille, la bell’, je t’aime,
J’espère un jour D’accomplir tes amours.
2. - Quand il a eu les amours de la belle,
Le malheureux
Va lui fair’ ses adieux.
- Adieu, ingrat, adieu, tu m’abandonnes !
J’irai, j’irai,
Te rejoindre au régiment !
3. - La belle a y-eu un louis d’or chez son père,
Elle a ‘té à Paris
Se fair’ faire un habit.
Ell’ s’habilla en dragon militaire,
Rien de plus beau
Qu’un’ plum’ sur son chapeau.
4. - Pendant sept ans la bell’ suivait la troupe,
Pendant sept ans
Sans revoir son amant.
Elle tomba, mettant le pied à bord,
Disant : - Soldat,
Prends les arm’ et combats !
5. - Bien résolus, tous les deux prir’ les armes,
Bien résolus
Tous deux se sont battus.
La jeune fill’, qui est encor jeunette,
Frappa si fort,
Mit son amant à mort.
6. - Les officiers, regardant la défense,
Prir’ le dragon,
La conduirent en prison.
Ell’ fut jugée à mourir sous les armes,
Le roi si bon
Y-accorda son pardon.
7. -.............................................................
Monte à cheval
Comme un brav’ général.
Elle s’en va au logis de son père :
- J’ai combattu,
Mon amant revient plus.
D) Mme Melvina Haché, Lamèque (Gloucester), N.-B.
1946 : Texte pris sous dictée en août 1946.
1961 : Mme Haché étant décédée en 1951, la mélodie a été enregistrée de sa fille, Mme Jean-Paul Chiasson, qui l’avait entendue chanter par sa mère.
MÉLODIE 21-D
1. - Derrièr’ chez nous, il y-a-t-un capitaine
Que nuit et jour
Il m’entretient d’amour.
Il me disait : - Aimez-moi donc, la belle,
J’espère un jour
Accomplir vos amours.
2. - Et quand il eut les amours de la belle,
Le malheureux
Va lui fair’ ses adieux.
- Adieu, ingrat, adieu, tu m’abandonnes !
J’irai, j’irai,
Te r’joindre au régiment !
3. - La belle prit trois cents louis d’or d’son père
Monte à Paris
Se fair’ faire un habit.
Ell’ s’habilla en soldat militaire,
Rien de plus beau
Qu’un’ plum’ sur son chapeau.
4. - Pendant sept ans la bell’ suivit la troupe,
Pendant sept ans
Sans rejoindr’ son amant.
Le reconnut. Mettant le pied à terre :
- Viens-t’en, soldat,
Prends les arm’ et combats !
5. - Bien résolus, tous deux prirent les armes,
Bien résolus,
Tous deux se sont battus.
La jeune fill’, qui est encor jeunette,
Frappa si fort,
Mit son amant à mort.
6. - Monte à cheval comme un brav’ militaire,
Monte à cheval
Comme un brave soldat.
S’en est allée au logis de son père :
- J’ai combattu,
Mon amant revient plus !
E) Mme Alphée Chevarie, Sur-les-Caps (îles de la Madeleine), P. Q.
1946 : Texte pris sous dictée en septembre 1946.
1961 : Mélodie enregistrée en 1961.
MÉLODIE 21-E
1. - Derrièr’ chez nous, il y-a-t-un capitaine
Que nuit et jour
Il m’entretient d’amour.
Il me disait : - Belle Ori, je vous aime,
J’espère un jour
Accomplir nos amours.
2. - Quand l’beau galant eut les amours d’la belle,
Le malheureux
Va lui fair’ ses adieux.
- Amant ingrat, amant tu m’abandonnes !
J’irai, j’irai,
Te r’joindre au régiment.
3. - Elle alla qu’ri’ cent écus chez son père,
Va-t-à Paris
Se fair’ faire un habit ;
Elle s’habille en dragon militaire,
Y-a rien d’plus beau
Qu’la plum’ de son chapeau !
4. - Pendant sept ans la bell’ suiva la troupe,
Pendant sept ans
Sans revoir son amant.
Ell’ le r’connut, saute à bas d’son cheval :
- Viens-t’en, soldat,
Mettons les arm’ au bras.
5. - Tout résolus, tous les deux prenn’ les armes,
Tout résolus
Tous les deux s’sont battus.
La pauvre fill’, qui est encore jeune,
Frappa si fort,
Mit son amant à mort.
6. - Trois sentinell’ regardent sa défense,
Prir’ ce dragon,
La mèn’ à la prison.
Ell’ fut jugé’ de mourir sous les armes,
Le roi si bon
Lui accord’ son pardon.
F) Mme Fidèle Gaudet, Sur-les-Caps (îles de la Madeleine), P. Q.
1946 : Texte pris sous dictée en septembre 1946.
1961 : Mme. Gaudet étant décédée, la mélodie a été enregistrée de M. John Leblanc qui a chanté le couplet II.
MÉLODIE 21-F
1. -.................................................................
- Amant ingrat, ingrat tu m’abandonnes !
J’irai seul’ment
Te r’joind’ au régiment.
2. - La belle a eu cent écus de son frère,
Va-t-en Paris
Se fair’ faire un habit.
Elle s’habille en dragon militaire,
Y-a rien d’plus beau
Que la plum’ d’son chapeau !
3. - Pendant sept ans la bell’ suivit la troupe,
Au bout d’sept ans
Ell’ rejoint son amant.
Ell’ le r’connut, saute en bas d’son cheval,
A dit : - Soldat,
Mettons les arm’ au bras !
4. - Tout’ résolu’, la belle a pris les armes,
Tout résolus
Tous deux se sont battus.
Cett’ pauvre fille, elle est encore jeunesse,
Frappa si fort,
Mit son amant à mort.
5. - Trois générais, regardant sa défense,
Prir’ ce dragon,
Le menir’ en prison.
Ell’ fut jugé’ de mourir sous les armes,
Le roi si bon
Y-accorda son pardon.
G) Mme Jo Bordage, Saint-Luc (Kent), N.-B.
1946 : Texte pris sous dictée en décembre 1946, mélodie notée par une personne de l’entourage de la chanteuse.
MÉLODIE 21-G
1. - Depuis sept ans la bell' suivait les troupes,
Depuis sept ans,
Pour rejoindr' son amant.
Le premier cavalier que la bell' rencontr',
Ell' le reconnut
Pour son fidèle amant.
H) Mme Xavier Martin, Sainte-Anne (Madawaska), N.-B.
1946 : Couplet enregistré sur disque (XXII ◊ A ◊ 2) en décembre 1946.
MÉLODIE 21-H
1. - Derrièr’ chez nous lui y-a-t-un capitaine,
De nuit et jour
Il m’entretient d’amour.
Il me disait : - Aimez-moi donc, la bell’,
………………………………………………………………………………………………
Couplet final :
…………………………………………………………………………………………………………
Le roi fut bon,
Lu’-accordit son pardon.
I) Mme Benoît Morneault, Baker Brook (Madawaska), N.-B.
1961.
MÉLODIE 21-I
1. - Derrièr’ chez nous y a un capitaine,
Que nuit et jour
Il ne parl’ que d’amour.
Il me disait : - Aimez-moi donc, la belle,
J’espère un jour
D’accomplir nos amours.
2. - Quand il a eu les faveurs de la belle,
Sans contredire,
Lui dit : - Je vas partir.
N’espère plus donc sur moi, pauvre Cécile,
Car je m’en vais
Servir le roi Louis.
3. - La pauvre fille, ses yeux baignant de larmes,
Il dit soudain :
- Les promesses ne sont rien.
Tu as bien su me charmer d’tes chansons,
Va, va, trompeur,
T’as perdu mon honneur !
4. - Pendant sept ans la belle suivit la troupe,
Pendant sept ans
Sans rejoindre son amant.
Alle le connut. Mettant le pied en terre,
Lui dit soudain :
- Prends tes arm’ à la main !
5. - Bien résolus, tous deux ont pris leurs armes,
Bien résolus,
Tous les deux s’sont battus.
Elle s’écria : - Je suis encor jeunette.
Frappa si fort,
Mit son amant à mort.
6. - Elle monte à cheval comme un guerrier fidèle,
Elle monte à cheval
Comme un brav’ général.
Elle s’en fut au logis sur son père :
- J’ai combattu,
Mon amant revient plus.
7. - Trois générais, regardant leur défense,
Ont pris la belle,
L’ont conduite en prison.
Ell’ fut jugée à mourir sous les armes,
Le roi si bon
Lui accorda son pardon.
Coupe strophique
Toutes les versions ont un sizain dont les vers sont ainsi répartis : 10f1 -4m1 -6m1 -10f1 -4m2-6m2
Beaucoup de vers féminins ne riment pas. [Coupes indexées : 6 ◊ FMMFMM ◊ A46A46 laquelle peut être ramenée à 4 ◊ FMFM◊ AAAA.]
Parallèles
[Catalogues : Laforte, II, A-32.- Coirault, 3510.]
FRANCE
PICARDIE : La Trad., IX, 50.- Carnoy, I, 348.
ALSACE : (Belfort) La Trad., XVI, 137.
PAYS MESSIN : Puymaigre, I, 122.
FRANCHE-COMTÉ : R.T.P., II, 345 ; reproduit dans Beauquier, 17.
BRESSE : Guillon, 143.
MORVAN : R.T.P., V, 709.
SOLOGNE : Chevais, 145.
NORMANDIE : Fleury, 278.
NIVERNAIS : Millien, II, 126, 2 versions.
FOREZ : Mss Smith, IV, 78 ; reproduit dans Rev. Lang. Rom., XVIII, 9.
SAVOIE : Tiersot, Alp.fr., 138.
QUERCY : Daymard, 207.
SUISSE ROMANDE
Rossat, I, 140, 5 versions.- V. airs, v. chansons, 25.
CANADA
Coll. Barbeau, disque LXXV.A.1, enr. 2280.- Sœur Ursule, 350.
ACADIE
Coll. Le Blanc, mss.- (Gaspésie acadienne)
Coll. Barbeau, enr 3386.
Commentaire
1La plus ancienne des chansons de Fille-soldat est la célèbre Péronnelle, connue dès le xve siècle et dont l’incipit revient fréquemment dans les « Fricassées », « Pots pourris » et « Mères des chansons » du xvie ou du xviie siècle :
Av’ ouz point veu la Perronnelle
Que les gendarmes ont emmené
Ils l’ont abillée comme un paige
C’est pour passer le Daulphiné.1
2La tradition orale a conservé plusieurs types de chansons où la fille s’engage pour suivre son amant « aux armées » ou pour venger un outrage. Dans une autre chanson recueillie en Acadie, la belle s’habille « en gendarme » et descend dans une auberge où elle chante une chanson si belle « que son amant la reconnut au chant ». Une autre encore représente la belle Nanon, blessée sur le champ de bataille et reconnue pour fille « par la fraîcheur de son sang ».
3L’héroïne de Derrière chez nous, il y-a-t-un capitaine appartient à l’Ancien Régime, comme le montrent certains traits fidèlement conservés : elle prend tantôt un (ou cent ou trois cents) « louis d’or » (A à D), tantôt cent « écus » (E) pour se faire faire un habit militaire, généralement de « dragon » (A, B, C, E, F) ; elle combat « pendant sept ans », durée des engagements dans l’ancienne armée royale ; [on l’arrête, « regardant la défense » (expression plus ou moins déformée, selon les versions), c’est-à-dire en raison de la défense qui était faite aux soldats de se battre entre eux]. Elle se laisse juger et condamner à mort sans que son sexe soit évoqué ; cependant si « le roi si bon y-accordit son pardon », c’est très probablement parce qu’elle était femme.
Notes de bas de page
1 G. Paris, Ch. xve siècle, 41.
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Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie
Geneviève Massignon et Georges Delarue
1994
La Musique à Venise et l’imaginaire français des Lumières
D’après les sources vénitiennes conservées à la Bibliothèque nationale de France (XVIe-XVIIIe siècle)
Sylvie Mamy
1996
