3. La chanson de Germine
p. 22-33
Texte intégral
A) M. Paul Lang, Clair (Madawaska), N.-B.
1961. Couplets dictés, 1 à 12, enregistrés, 1 et 2.
MÉLODIE 3-A
1. - Un jour, la jeune Hermine est assise sur sa gal’ri’,
Par icitte il lui passe trois braves officiers
Qui demand’ à la dam’ : - Voulez-vous nous loger ?
2. - Oh ! je ne suis point dam’ pour pouvoir vous loger,
Voilà dix ans demi que je suis marié’,
Voilà sept ans demi, mon mari est parti.
3. - Oh ! dit’-nous donc, Madam’, comment vot’ mari s’appell’-t-i’ ?
- Mon mari, il s’appelle le roi des Orléans,
Le plus vaillant des homm’ qu’il ya pas dans Léon.
4. - Votre mari, Madam’, votre mari oh !-z-il est mort,
Oh ! je l’ai vu mourir par quatre-z-officiers,
Par quatre-z-officiers qui l’ont enseveli.
5. - Oh ! dites-nous, Madam’, yoù c’est nous pourrait-i’ loger ?
- Allez dessur la mère, la mèr’ de mon mari,
Pour l’amour de son fi’, peut-êtr’ vous log’ra-t-i’.
6. - Oh ! bonjour donc, Madam’, ici pourrait-i’ nous loger ?
- Oh ! oui, j’vous logerai, mes braves officiers,
S’il vous faut une dam’, j’irai vous la chercher.
7. - La bell’-mèr’ ell’ se lèv’, dessur Hermine elle s’en va.
- Oh ! lève-toi, Hermine, j’suis venu’ te charcher,
Y-a quatre-z-officiers qui voudraient t’y parler.
8. - Oh ! lève-toi, Hermin’, rouvrir ta porte aux officiers.
- Non, je n’rouvr’ pas ma porte, car il est trop tard ;
S’vous n’étiez pas la mèr’, la mèr’ de mon mari, Je vous frais dévorer par les chiens de Paris.1
9. - Oh ! lève-toi, Hermin’, rouvrir ta porte à ton mari.
- Non, je n’rouvr’ pas ma porte, car il est trop tard,
Car si c’est mon mari, il me le prouvera.
10. - T’en souviens-tu, Hermin’, quand on était en compagne’
Avec deux de tes frères et l’aut’ de tes cousins,
T’avais ta robe grise, y a ce soir dix ans.
11. - T’en souviens-tu, Hermin’, quand on était sur la gal’ri’,
En te serrant les doigts, ton anneau d’or cassit,
J’en gardis la moitié, et toi l’autre moitié.
12. - Vois-tu, mon camarad’, que ma femme est joli’,
Ma femme elle est jolie, fidèle à son mari ;
C’est la plus joli’ femm’ qu’il y-a pas dans Paris.
B) Mme Armand Ayotte, Rivière-Verte (Madawaska), N.B.
1946.
PAS DE MÉLODIE NOTÉE
1. - Un jour, la jeune Hermine, étant assis’ sur la gal’ri’,
Là, elle a vu venir trois braves officiers
Qui lui ont demandé de pouvoir les loger.
2. - Oh ! non, je suis pas dame pour vous donner à loger,
Car voilà bientôt dix ans que je suis marié’,
Voilà sept ans et d’mi qu’j’ai pas vu mon mari.
3. - Votre mari, Madam’, comment s’appelle-t-i’ ?
- Ah ! mon mari s’appelle le roi de la Russi’,
Le plus vaillant des hommes qu’il y-a pas dans Paris.
4. - Votre mari, Madam’, votre mari est mort,
Votre mari est mort : oui, je l’ai vu mourir,
Par quatre-z-officiers j’l’ai vu ensevelir.
5. - Allez dessur la mère, la mèr’ de mon mari,
Allez dessur la mère, la mèr’ de mon mari,
En parlant de son fi’, peut-êt’ vous log’ra-t-ell’.
6. - Oh ! bonjour donc, Madam’, pourrez-vous nous loger ?
- Ah ! oui, j’vous logerai, mes braves officiers,
S’il vous faut une dame j’irai vous la chercher.
7. -....................................................
Car si vous n’étiez pas la mère, la mèr’ de mon mari,
Je vous frais dévorer par les chiens de Paris.
8. - Oh ! lève-toi, Hermine, ouvrir la porte à ton mari.
- J’ouvrirai pas la porte, car il est trop tard,
Car si c’est mon mari, il me le prouvera.
9. - T’en souviens-tu, Hermine, étant assis’ sur la gal’ri’,
Avec deux de tes frères et l’un de tes cousins,
Avec ta robe grise, voilà ce soir sept ans ?
10. - T’en souviens-tu, Hermine, étant assis’ sur la gal’ri’,
En te serrant les doigts, ton anneau d’or cassit,
J’en gardis la moitié et toi l’autre moitié.
C) M. Fred Lavoie, Rivière-Verte (Madawaska), N.-B.
1946. Texte dicté.
1961. M. Lavoie étant décédé en 1950, j’ai enregistré la mélodie (couplet 10) auprès de son cousin, M. Alfred Morneault, demeurant à Edmundston (Madawaska).
MÉLODIE 3-C
1. - Un jour, la jeune Hermine, étant assis’ sur la gal’ri’,
Par icitte il lui passe trois braves officiers,
Ont demandé : - Madame, pourriez-vous nous loger ?
2. - Oh ! je ne suis point dame pour pouvoir vous loger,
Voilà dix ans demi que je suis marié’,
Voilà sept ans demi qu’j’ai point vu mon mari.
3. - Votre mari, Madame, votre mari est mort,
Votre mari est mort : oui, je l’ai vu mourir,
Par quatre-z-officiers j’l’ai vu ensevelir.
4. - Ah ! dites-nous, Madame, où pourrait-i’ nous loger ?
- Allez dessur la mère, la mèr’ de mon mari,
Peut-être vous log’ra-t-il pour l’amour de son fi’.
5. - Eh ! bonjour donc, Madame, ici nous pourrait-i’ loger ?
- Eh ! oui, j’vous logerai, mes braves officiers,
S’il vous faut une dame j’irai vous la chercher.
6. - La bonn’ femme elle se lève, dessur Hermine, ell’ s’en va :
- Oh ! lève-toi, Hermine, j’suis venu’ t’y chercher,
Y-a trois brav’ officiers qui voudraient t’y parler.
7. -.....................................................
- Si vous n’étiez pas la mère, la mèr’ de mon mari,
Je vous frais dévorer par les chiens de Paris.
8. - Oh ! lève-toi, Hermine, ouvrir la porte à ton mari.
- Je n’rouvrirai pas ma porte car il est trop tard,
Car si c’est mon mari, il me le prouvera.
9. - Te souviens-tu, Hermine, quand nous jouions tous deux ?
Avec deux de tes frères et l’un de tes cousins,
Avec ta robe grise, voilà ce soir sept ans.
10. - Te souviens-tu, Hermine, quand nous jouions tous deux ?
En te serrant les doigts, ton anneau d’or cassit,
J’en gardis la moitié et toi l’autre moitié.
11. - Vois-tu, mon camarade, que ma femme est joli’,
Ma femme, alle est joli’, fidèle à son mari,
La plus joli’ des femm’ qu’il y-a pas dans Paris !
D) M. Hubert Jalbert, Saint-Basile (Madawaska), N.-B.
1961. Couplets dictés, 1 à 6, enregistrés, 1 et 2.
MÉLODIE 3-D
1. - Un jour, la jeune Hermine était assis’ sur la gal’ri’,
Par icitte il y pass’ ces quatre-z-officiers,
Lui ont d’mandé : - Hermine, ici peut-on loger ?
2. - Oh ! je ne suis point dame pour vous donner à loger,
Car voilà bien dix ans que je suis marié’,
Voilà sept ans demi qu’mon mari est parti.
3. - Votre mari, Madame, votre mari-z-il est mort,
J’l’ai vu porter en terre par quatre-z-officiers,
J’l’ai vu porter en terre par quatre-z-officiers.
4. - ..................................................
- Oui, je vous logerai, mes quatre-z-officiers,
S’il vous faut une dame, j’irai vous la chercher.
5. - Rouvre ta porte, Hermine, rouvre ta porte à ton mari.
- J’rouvrirai pas ma porte, oh ! non-z-il est trop tard,
Si mon mari est là, il me le prouvera.
6. - T’en souviens-tu, Hermine, étant assis’ sur la gal’ri’ ?
En te serrant les doigts, ton anneau a cassé,
T’en gardis la moitié, l’autre moitié, je l’ai.
E) Mme Xavier Martin, Sainte Anne (Madawaska), N.-B.
1946. Couplets dictés, 1 et 2, couplet enregistré, 1.
MÉLODIE 3-E
1. - Ouvr’-moi ta port’, Hermin’, rouvr’ ta porte à ton mari.
- Si tu es mon mari, tu me le prouveras,
J’te rouv’rai pas ma porte, car il est trop tard.
2. - Te rappell’-tu, Hermine, qu’assis au bord de l’eau,
En te serrant les doigts, ton anneau d’or cassit,
J’en gardis la moitié, et toi l’autre moitié.
F) Mme Fred Laforêt, Grand-Sault (Victoria), N.B.
1961. Couplets copiés d’un cahier, 1 à 15, enregistrés, 1 à 4.
MÉLODIE 3-F
1. - Hermine, ô belle Hermine, tout en filant du lin,
Rencontr’ dans son chemin ces trois jeun’ officiers
Qui demandaient Hermin’, fillette à marier.
2. - Je ne suis pas fillette, fillette à marier,
Ça fait quinze ans passés que je suis marié’,2
Voilà plus de sept ans qu’mon mari est parti.
3. - Ah ! bonjour donc, Madame, peut-on loger ici ?
C’t-en l’honneur d’vot’ mari qui est dans le pays,
C’est l’plus joli des gens qui y-a pas dans l’pays.
4. - Oh ! non certes, dit-elle, j’n’y log’ personne ici,
Allez chez ma voisine, c’est la mèr’ d’mon mari,
Ell’ loge tout le monde pour l’amour de son fi’.3
5. - Ah ! bonjour donc, Hermine, chez nous trois officiers,
Mais ils ne veul’ pas boire, ni boire ni manger,
Il voulait trop avoir Hermine à son côté.
6. - O mèr’, méchante mère, allez-vous-en d’ici !
Car si vous n’étiez pas la mèr’ de mon mari
Je vous ferais jeter en bas du pont d’Lévis.4
7. - Hermine, ô belle Hermine, rouvre-moi à ton mari.
- Oh ! je ne crois pas que tu es mon mari
Avant que tu me dis’ le jour qu’tu m’as marié’.
8. - T’en souviens-tu, Hermine, du dix-sept au matin,
Tu avais à tes noces tes oncl’ et tes cousins,
Tu avais à tes noces tes oncl’ et tes cousins.
9. - Oh ! non je ne crois pas que tu es mon mari !
Si tu es mon mari, donne-moi des remarqu’,
De la première nuit, quand que tu as parti.
10. - T’en souviens-tu, Hermine, ta rob’ de satin gris ?
- Ah ! non je ne crois pas que tu es mon mari !
Donne-moi des remarqu’ de la première nuit.
11. - T’en souviens-tu, Hermine, ton anneau d’or uni ?
Je t’ai serré la main si fort et ton jonc a cassé,
Toi tu as la moitié, moi j’ai l’autre moitié.
12 - Si que c’est vrai que tu es mon mari,
Donne-moi donc la moitié de ton jonc,
Avecque ma moitié, ça fera un seul jonc.
13. - Hermine, ô belle Hermine, je vais te r’consoler.
Pour moi tu es la plus bell’ femme qui est dans le comté,
Pour moi tu es la plus bell’ femme qui est dans le comté.
14. - Hermine appelle là toutes ses servantes :
- Approchez tout’ ici, allumons les flambeaux,
Allumons les flambeaux aux quatre coins du lit.
15. - Oh ! oui, j’ai mon mari, j’en ai le coeur tout réjoui,
Je vais rouvrir la porte toute grande à mon mari,
Je vais rouvrir la porte toute grande à mon mari.
G) Mme Maxime Gionet, Middle-Caraquet (Gloucester), N.-B.
1946. Couplets copiés d’un cahier, 1 à 13.
1961. Couplets enregistrés, 1 à 3.
MÉLODIE 3-G
1. - C’est la belle Germaine, devant sa porte assis’,
C’est la belle Germaine, devant sa porte assis’,
C’est par ici passent quatre brav’ officiers :
- Voudriez-vous, Madam’, nous donner à loger ?
2. - Ah ! je ne suis pas dame pour donner à loger,
Ah ! je ne suis pas dame pour donner à loger,
Il y-a dix ans passés que j’ai pris un mari,
Il y-a dix ans passés que j’ai pris un mari.
3. - Votre mari, Madame, comment s’appelle-t-i’ ?
Votre mari, Madame, comment s’appelle-t-i’ ?
- Ah ! mon mari s’appell’ le conquérant de Sion,
Le plus brave des homm’ du roi Napoléon.
4. - Votre mari, Madame, il faut plus en parler,
Votre mari, Madame, il faut plus en parler
Car il est mort en guerre : oui, je l’ai vu mouri’,
Par quatre-z-officiers, j’l’ai vu enseveli’.
5. - Voudriez-vous nous dire où l’on pourrait aller ?
Voudriez-vous nous dire où l’on pourrait aller ?
- Allez de chez la mèr’, la mèr’ de mon mari,
C’est là que vous log’rez pour l’amour de son fi’.
6. - Ah ! est-ce ici, Madame, que nous pourrions loger ?
Ah ! est-ce ici, Madame, que nous pourrions loger ?
- Ah ! oui, mes braves gens, ici vous logerez,
S’il vous faut une dam’, j’irai vous la chercher.
7. - La vieille, chez Germaine, elle s’en fut allé’,
La vieille, chez Germaine, elle s’en fut allé’,
- Ah ! lève-toi, Germaine, j’suis venu’ te chercher,
Pour quatre-z-officiers qui voulont te parler.
8. - Ah ! je ne suis pas dame pour qu’on vienn’ me chercher !
Ah ! je ne suis pas dame pour qu’on vienn’ me chercher !
Si vous n’étiez la mèr’, la mèr’ de mon mari,
Je vous ferais traîner par mes chiens dans la vill’.
9. - Ah ! lève-toi, Germaine, ouvrir à ton mari,
Ah ! lève-toi, Germaine, ouvrir à ton mari.
- Si tu es mon mari, il faudra le prouver,
Je n’ouvre pas ma port’, faudra vous en aller.
10. - Te souviens-tu, Germaine, quand nous étions tous deux ?
Te souviens-tu, Germaine, quand nous étions tous deux ?
Un jour, tu as monté sur ton p’tit ch’val moral,
Avec deux de tes frèr’ et l’un de tes cousins.
11. - T’en souviens-tu, Germaine, quand nous étions tous deux ?
T’en souviens-tu, Germaine, quand nous étions tous deux ?
En te serrant les doigts, ton anneau d’or cassa,
Tu en as la moitié, l’autre moitié, la v’là.
12. - Ah ! Germaine se lève, ah ! comme elle pleurait ! Ah !
Germaine se lève, ah ! comme elle pleurait !
- Ne pleurez pas, Germaine, car c’est trop tôt pleurer,
Vous êt’ honnête femme, vous me l’avez prouvé.
13. - Voyez-vous, camarad’, comme j’ai joli’ femme !
Voyez-vous, camarad’, comme j’ai joli’ femme !
Elle est belle et joli’, fidèle à son mari,
C’est la plus bell’ des dam’ qu’il y a dans Paris.
H) M. Louis Lavoie, Acadieville (Kent), N.B.
1946.
1961. M. Lavoie n’a pu être revu car il avait émigré à Montréal.
PAS DE MÉLODIE NOTÉE
1. - Oh ! bonjour donc, Madame, où est allé votre mari ?
- Mon mari est allé en guerre, je n’sais quand i’ r’viendra,
C’est l’plus vaillant des homm’ qu’il y-a pas dans Léon.
2. - Votre mari est mort, oui je l’ai vu mourir,
Votre mari est mort, oui je l’ai vu mourir,
Par quatre-z-officiers j’l’ai vu ensevelir.
3. - Enseignez-moi, Madame, ici j’pourrais loger ?
- Allez de chez la mère, la mèr’ de mon mari,
Peut-êtr’ pour l’amour de son fi’, peut-êtr’ vous logera-t-i’.
4. - Oh ! dites-moi, Madame, ici j’pourrais loger ?
- Oh ! oui, j’vous logerai, mes braves officiers,
S’il vous faut une dame, j’irai vous la chercher.
5. - Oh ! la mère ell’ se lève, chez Hermin’ s’en est allé’,
- Oh ! lève-toi, Hermine, j’suis venu’ te chercher,
Y-a quatre-z-officiers qui veulent t’y parler.
6. - Oh ! je ne suis point femme qu’ils viennent me chercher !
Car si vous étiez pas la mère, la mèr’ de mon mari,
Je vous frais dévorer par les chiens de Paris.
7. - Ouvre la porte, Hermine, ouvre la porte à ton mari.
- Je n’ouvre pas ma porte, car il est trop tard,
Si tu es mon mari, je te reconnais pas.
8. - T’en souviens-tu, Hermine, un soir dans la gal’ri’,
En te serrant les doigts, ton anneau d’or cassit,
J’en gardai la moitié, et toi l’autre moitié.
9. - Regard’, mon camarade, comm’ ma femme elle est joli’ !
Comme elle est jolie, fidèle à son mari,
C’est la plus joli’ des femm’ qu’il y-a pas dans Paris.
I) Mme Vve Louise Déon, Pubnico-Est (Yarmouth), N.-E.
1946.
1961. Mme Déon, née d’Entremont, âgée de 92 ans en 1946, est décédée après son centenaire. Mme d’Entremont, sa cousine nous a chanté une version très proche de celle-ci que nous donnons en J.
PAS DE MÉLODIE NOTÉE
1. - C’est la belle Germaine qu’est assis’ sur son lit,
Par ici il y passe trois chevaliers jolis,
Venus saluer la belle, la plus bell’ de Paris.
2. - Bonsoir, belle Germaine, il y-a des gens chez nous
Qui ne veulent ni boire, ni boire ni manger,
Sans que la bell’ Germaine ne soit à leur côté.
3. - Si vous n’étiez pas la mère, la mèr’ de mon mari,
Je vous ferais piller par les chiens de Lyon,
Je vous ferais tomber haut en bas de mes ponts.
4. -................................................
......................................................
Qu’on faise réjouissance, puisque c’est mon mari !
J) Mme Marguerite d’Entremont, Pubnico-Ouest (Yarmouth), N.-E.
1961. Couplets 1 à 6 dictés et enregistrés.
MÉLODIE 3-J
1. - C’est la belle Germaine qu’est assis’ sur son lit,
Par ici lui pass’ trois cavaliers jolis,
Ont salué la bell’, la plus bell’ de Paris.
2. - Bonsoir, bonsoir Germaine, nous log’rez-vous ici ?
En l’honneur-e du prince, du comte d’Ambouésis,
Le plus habil’ soldat que n’y a dans l’ pays.
3. - Je ne loge personne, ce soir dans mon logis,
Allez chez ma mère, la mèr’ de mon mari,
Dit’-lui qu’ell’ vous loge en l’honneur de son fi’.
4. - Bonsoir, bonsoir Germaine, l’y a des gens chez nous,
Qui ne veulent ni boire, ni boire ni manger,
Sans que la belle Germain’ ne soit-z-à leur côté.
5. - Si vous étiez pas la mère, la mèr’ de mon mari,
Je vous ferais piller par les chiens de Lyon,
Je vous ferais tomber haut en bas de mes ponts !
6. - Oh ! venez, venez Germaine, fair’ cacher votre mari.
- Qu’on apprête mes chambres, mes cabinets aussi,
Qu’on faise réjouissance puisque c’est mon mari !
Coupe strophique
Toutes les versions sont composées de tercets, sauf G dont le premier vers est bissé. Il s’agit d’une strophe en vers de douze pieds à rimes masculines, 12m1-12m2-12m2, mais dont le premier vers comporte parfois 14 pieds (6f + 8m) : cf. les versions A, B, C, D, toutes quatre recueillies en Madawaska. Certaines versions de France n’ont qu’une seule assonance, i ou é ; nos versions acadiennes ont une prédominance de ces assonances.
[Coupe indexée : 6 ◊ FMMMMM ◊ 666666.]
Analyse musicale
1Quatre de ces mélodies, D (M. Jalbert), A (M. Lang), C (M. Morneault) et E (Mme Martin) – dont les quatre interprètes sont originaires du comté de Madawaska – sont issues d’un même thème mélodique. Elles sont découpées en trois grandes phrases, la dernière conséquente de la seconde. On peut les schématiser ainsi :

2Les versions J (Mme d’Entremont), A (M. Lang) et C (M. Morneault) sont dans le mode mineur mélodique descendant. Dans la variante E (Mme Martin) la première période sera en majeur avec une mélodie différente et ce n’est que dans la seconde période, en mineur, que nous retrouverons l’air des trois précédentes (MM. Jalbert, Lang et Morneault). Chez M. Jalbert, bel élan mélodique au départ, la fin de la seconde période évolue en majeur pour nous ramener ensuite dans l’atmosphère primitive.
3Dans les versions J (Mme d’Entremont), F (Mme Laforêt) et G (Mme Gionet), nous avons trois mélodies différentes sans lien de parenté entre elles ; celle de Mme Gionet est en majeur, celle de Mme d’Entremont en mineur mélodique descendant (do bécarre) sans sensible.
4La mélodie de Mme Laforêt est une jolie variante, avec le mi bécarre qui apparaît par trois fois, caractérisant ainsi le premier mode du plain-chant. Il est à regretter que les deux dernières phrases soient strictement les mêmes ; il s’agit probablement d’une erreur de mémoire qui semble réparée au cours du second couplet.
Parallèles
[Catalogues : Laforte, II, I-03.- Coirault, rubrique 53.]
FRANCE
PAYS MESSIN : Puymaigre, I, 47.
BARROIS : Mém. Soc. Arch. Lorr., XXIV, 290.
FRANCHE-COMTÉ : Beauquier, 259.
ORLÉANAIS : Champfleury, 195.-Mélusine, II, 45.
NORMANDIE : Fleury, 264.- R.T.P., III, 364.
HAUTE-BRETAGNE : (Loire-Inférieure) R.T.P., XII, 294.- Mss Guéraud, I, 116 (3 versions).- Coll. G. Massignon : Saint-Molf (2 versions) ; Guérande (1 version) ; Machecoul (1 version).
VENDÉE : Coll. G. Massignon, 2 versions : Saint-Gervais (1952) ; Le Boupère ( 1954).
POITOU : Pineau, 105.- Mss Coirault.
TOURAINE : Rev. Crit., II, 127.
BERRY : Mss Poés. Pop. Fr., IV, 189 ; V, 60.- Jaubert, au mot “mârer”.- M.N.A.T.P., Disque 44.1.9.
NIVERNAIS : Millien, I, 206 (3 versions).
FOREZ et VELAY : Mss Smith, VIII, 232 ; IX, 162 ; XII, 30 ; XIII, 287 ; XV, 369 ; dont une version reproduite dans Romania, I, 353.
SAVOIE : Tiersot, Alpes fr., 100.- Ritz, 85.
QUERCY : Daymard, 170. Voir aussi Tiersot, Hist. ch. pop., 16 et Mél. pop., IX, 8.
CANADA
Barbeau, Romancero, 81 (15 versions : 12 de la coll. Barbeau ; 2 de la coll. Massi-cotte ; 1 de la coll. Lambert) ; reproduit dans Ch. pop. V. Québec, 138.- Canteloube, Antho franco-can., 23.
ACADIE
Coll. Leblanc, Evangéline, 27/IV/1939 (3 versions).- (île du Prince-Édouard) Coll. Arsenault.- (Gaspésie acadienne) Coll. Barbeau, enr. 3488, 3489 et 3545.
Commentaire
5Les folkloristes s’accordent généralement pour voir dans La Chanson de Germine - parfois Germaine, souvent Hermine en Acadie - une forme plus récente de La Porcheronne ou L’Épouse du Croisé dont l’héroïne est, selon les provinces de France, mariée à Guilhem de Beauvoir5, à Joussaume6, au Prince d’Orange7...
6Bien qu’attestée en langue d’oïl, cette chanson se rencontre très rarement outre-Atlantique ; Marius Barbeau n’en a recueilli que deux versions tronquées : La Cochonnière et La Bergerette8. Pour notre part, nous n’en avons trouvé en Acadie qu’une version fragmentaire, où le thème de La Porcheronne s’est mêlé à celui de L’Escrivette ou La Femme enlevée par les Sarrasins9. On sait que cette dernière chanson a été relevée en France seulement dans les régions de langue d’oc et leurs confins, encore que la Bretagne connaisse aussi ce thème10.
7Voici les fragments de la version d’Acadie11 :
MÉLODIE 3-COMM
- Petite bergerette, à qui ces beaux châteaux ?
- C’t’à un nommé l’Arabe qui m’avait épousé’.
- Dites-moi don’, Madame, quel pain que vous mangez ?
- Ce n’est que du pain d’orge, le seul que vous voyez.
- Dites-moi don’, Madame, quelle eau que vous buvez ?
- C’est l’eau de ce ruisseau que vous voyez couler.
- Dites-don’, bergerette, à qui ces cochons-là ?
- C’t’à un nommé l’Arabe qui m’avait épousé’.
- Petite bergerette, allez don’ vous peigner, Avec ces gentilshommes, oui, vous allez coucher.
- Mon mari est en guerre pour finir son congé.
- Allez don’ bergerette, allez don’ vous coucher. Alle maudissait l’Arabe et toute sa ligné’ :
- J’aurais pu m’y marier sans les cochons soigner.
8Si la facture de La Chanson de Germine paraît moins ancienne que celle de La Porcheronne, le thème de « la bru persécutée par sa belle-mère » - selon les termes de Doncieux - y est encore visible : la belle-mère de Germine, pendant l’absence du mari, va chercher sa bru pour servir des chevaliers (I), des cavaliers (J) ou des officiers en quête d’un bon gîte ou, peut-être, d’aventures galantes (« S’il vous faut une dame, j’irai vous la chercher » : versions A, B, D, G, H). La réponse à la belle-mère est cinglante de mépris : « Ah ! je ne suis pas dame pour qu’on vienne me chercher ! / Si vous n’étiez la mère, la mère de mon mari, je vous ferais traîner par mes chiens dans la ville » (G), « dévorer par les chiens de Paris » (A, B, C), « jeter au bas du pont de Lévis » (F) - curieuse réminiscense du pont-levis de nos châteaux féodaux - qui semble se retrouver dans l’expression « tomber haut en bas de mes ponts » (I et J).
9Le nom de l’époux se présente sous des aspects divers évoquant la vieille France : « le roi des Orléans » (A), « le plus vaillant des hommes qu’il y a pas dans Léon » (H), « le comte d’Ambouésis » (J). Une autre version (G) lui associe la France napoléonienne : « le plus brave des hommes du roi Napoléon » ; mais elle accompagne cette qualification par « le conquérant de Sion », ce qui évoque la Terre Sainte : le mari de Germine peut aussi avoir été un Croisé. Une autre l’appelle « le roi de la Russie » (B), ce qui ne l’empêche pas d’être, en même temps « le plus vaillant des hommes qu’il y-a pas dans Paris », ville où la plupart des versions situent la demeure des époux (A, C, G, H, J).
10Un des plus beaux traits de la chanson est la reconnaissance du guerrier par son épouse grâce à l’anneau rompu en deux. Rathery12 évoque à ce propos la romance picarde du Moyen Age, Le Sieur de Créqui. Le chevalier, parti pour la croisade, reviendra sur ses terres sous l’aspect d’un mendiant et se fera reconnaître de sa femme grâce à la moitié de l’anneau nuptial qu’elle lui avait remise à son départ.
11La « galerie » où Germine est assise (incipit de nos versions du Madawaska) évoque, pour nos chanteurs, la galerie ou véranda dont s’ornent bien des maisons canadiennes et acadiennes, utilisant ainsi la profonde avancée de la toiture rendue nécessaire par l’accumulation des neiges en hiver. La version du Grand Sault évoque « la belle Hermine » qui, « tout en filant du lin » rencontre les trois officiers. Celle de Caraquet représente « la belle Germine devant sa porte assise », tandis qu’à Pubnico-Ouest on l’évoque « assise sur son lit ». Pour trois de mes quatre versions de Loire-Atlantique, l’héroïne « va-t-au jardin d’amour », dans la quatrième, elle « sort de son jardin ». Dans le texte critique qu’il a élaboré, M. Barbeau a choisi la leçon « assise sur son lit ». Il serait curieux de comparer les incipit des versions canadiennes avec ceux des diverses provinces de France, pour déceler les raisons des divergences et des adaptations locales.
Notes de bas de page
1 Ce couplet comporte exceptionnellement 4 vers. Il s’agit probablement de deux couplets fondus en un seul. En effet le vers « Je ne rouvre pas ma porte car il est trop tard » fait habituellement partie de la réponse qu’Hermine fait en premier à son mari.
2 Le texte enregistré « ça fait quinze ans et demi... » diffère de celui écrit sur le cahier.
3 A l’enregistrement, Mme Laforêt a soudé les couplets 3 et 4 de cette manière : « - Ah ! bonjour donc, Hermine, peut-on ici loger ? / - Je ne suis pas Madame à pouvoir vous loger / Allez chez ma voisine, etc. »
4 Lévis, petite cité sur le Saint-Laurent en face de Québec, n’y est pas reliée par un pont. Il s’agit ici d’une altération de « pont-levis ».
5 Beauvoir-en-Royans, en Dauphiné. Guilhem de Beauvoir fut un croisé du xiiie siècle (Doncieux, 206).
6 Nom de famille noble en Poitou, cf. Bujeaud, II, 215.
7 Cf. la version de Nolay (Nièvre) dans Millien, I, 195.
8 Romancero. 88.
9 Smith a rencontré la même contamination, cf. Romania, VII, 64. J’ai recueilli une belle version de L’Escrivette dans la Basse Marche, dont le patois s’apparente au Limousin.
10 Cf. La Villemarqué, Barzaz Breiz, L’épouse du Croisé. Luzel en a publié des variantes. En 1953, j’en ai recueilli une dans le Trégor.
11 La Bergerette, version de Mme Xavier Martin, Sainte-Anne (Madawaska), N.-B.
12 Moniteur Universel, 26/VIII/1853.
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Trésors de la chanson populaire française. Autour de 50 chansons recueillies en Acadie
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