Introduction : les enjeux de la publication des délibérations des sociétés populaires
p. 3-7
Texte intégral
1Cet ouvrage présente les travaux menés dans le cadre d’un atelier consacré au réseau des sociétés populaires sous la Révolution française, tenu lors du 140e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques à Reims, en 2015. Au-delà du paradoxe de travailler le 1er mai, ce qui a moins d’importance que le décadi pour des spécialistes de la Révolution et du calendrier républicain, nous voudrions souligner le caractère historique, à bien des égards, de cette séance.
2En premier lieu, la séance s’inscrit dans le cadre de la longue durée, celle des travaux initiés par Jean Jaurès, qui lança en 1903 une Commission de recherche et de publication des documents relatifs à la vie économique de la Révolution, créée par arrêté ministériel du 23 décembre 1903, et présidée par le tribun socialiste, qui achève son Histoire socialiste de la Révolution française. Cette commission est animée par Alphonse Aulard, titulaire de la chaire d’histoire de la Révolution française. Sous les présidences de Louis Barthou, d’Edouard Herriot, puis de Georges Lefebvre et de Julien Cain, cette commission nationale1, coiffant des commissions départementales, a accompli un immense travail de publication (les cahiers de doléances entre autres). Elle est rattachée en 1941 à la direction de l’Enseignement supérieur et au Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS), pour le budget et la participation aux congrès. Nous en sommes les héritiers, les continuateurs. C’est au nom de la Commission Jaurès que cette séance se tient aujourd’hui et, à travers elle, nous rendons hommage à tous ceux qui ont œuvré dans son cadre, Georges Bourgin, Pierre Caron, Marc Bloch, Émile Coornaërt, Ernest Labrousse, Albert Mathiez, Albert Soboul, Michel Vovelle et tant d’autres.
3Depuis près d’un demi-siècle, la Commission Jaurès publie dans la « Collection des documents inédits de l’histoire de France ». Aujourd’hui, il s’agit de faire le point sur une série débutée en 2007 et baptisée alors « Procès-verbaux des sociétés populaires ». Une introduction générale, publiée en 20092, formule les ambitions et les enjeux de la démarche qui nous réunit aujourd’hui.
4On peut présenter cet atelier comme l’aboutissement de recherches d’une génération d’historiens du politique, sur un programme défini lors d’un Congrès des sociétés savantes de 1986, et d’un numéro spécial « Sociétés populaires » de l’automne 1986 des Annales historiques de la Révolution française. Il a fallu dix ans pour qu’un programme lancé à l’automne 1982 au Laboratoire de sciences sociales de l’École normale supérieure par Jean Boutier et Philippe Boutry aboutisse à l’édition du tome 6 de l’Atlas de la Révolution française, intitulé : Les sociétés politiques3. Parmi les chercheurs de l’époque, Jacques Bernet, Danièle Pingué et Serge Bianchi ont contribué à ces recherches, comme ils le font aujourd’hui, trente ans après. En 1987, par exemple, Jacques Bernet, Raymonde Monnier et moi-même avons abordé dans une journée préparatoire au colloque du bicentenaire de Versailles la question des sociétés populaires dans le sud de l’Île-de-France et dans l’Oise, tandis que Danièle Pingué se consacrait à une étude concrétisée en 2001 par l’édition au CTHS de sa thèse Les mouvements jacobins en Normandie orientale. Il a paru évident de proposer ainsi, dans la lignée de ces recherches sur la sociabilité politique, une collection fondée sur l’édition des procès-verbaux des sociétés populaires publiables, dont la liste avait été dressée par Jean Boutier et Philippe Boutry mais était restée inédite4.
5Rarement avaient été réunies des conditions plus propices au lancement de ce chantier. Un bilan des sources, travaux et publications était disponible. Des équipes de chercheurs étaient mobilisées. Une commission publiait des documents inédits. Très peu de procès-verbaux avaient été publiés avant 2007, alors que des registres essentiels dormaient dans les dépôts municipaux et les archives départementales. C’est dire si le projet de création d’une collection par la Commission Jaurès, lancé en 2006 par Jacques Bernet, a soulevé l’enthousiasme et s’est progressivement structuré.
6Nous passerons rapidement sur les péripéties qui ont émaillé les cinq volumes publiés à ce jour. Elles relèvent plutôt de l’histoire interne du Comité des travaux historiques et scientifiques. Nous soulignerons toutefois le suivi de l’entreprise éditoriale, les nombreuses séances qui ont jalonné ces recherches et publications, les débats animés auxquels elles ont donné lieu. Ces débats ont porté sur la couverture géographique, sur les normes de l’édition entre 2011 et 2015, sur la cohérence de la collection.
7À ce jour sont parus les procès-verbaux de deux sociétés oisiennes ou picardes (Crépy en 2007 ; Compiègne en 2011), et trois sociétés normandes (Honfleur en 2011 ; Montivilliers et Bernay en 2014). Sont en préparation avancée une société champenoise (Reims), une franc-comtoise (Gray) et une francilienne (Versailles)… D’autres sont annoncées.
8Sans argumenter sur le contenu des articles présents dans ce volume, il s’agit de souligner le caractère historique de la rencontre entre le thème d’un congrès : « réseaux et société », et le thème de notre atelier : « sociétés en réseau » ! Et ceci dans le cadre d’une Commission Jaurès qui publie les documents inédits… Puis le caractère historique du lieu de ce congrès, Reims, au moment où le volume sur la société populaire rémoise, particulièrement riche, est entré dans sa phase finale. Enfin, le caractère historique d’un atelier où les auteurs passés et futurs de la collection, à l’exception de Michel Biard, nous ont fait l’honneur d’animer la session, avec le soutien précieux de Marie-Hélène Froeschlé-Chopard et Michel Froeschlé pour une société méridionale, celle de Grasse, qui complète heureusement l’éventail des sociétés septentrionales proposées.
9L’ouvrage débute par une approche comparée des sociétés de Crépy-en-Valois, Compiègne et Reims (Jacques Bernet et Fabrice Perron) ; j’aborderai ensuite le cas des sociétés versaillaises ; Bernard Bodinier et André Goudeau étudieront les sociétés de Bernay ; l’espace méridional sera évoqué à travers la société de Grasse (Marie-Hélène Froeschlé-Chopard et Michel Froeschlé). Bernard Gainot décrira cette forme de sociabilité politique pour Paray-le-Monial ; puis Danièle Pingué pour Gray et enfin Eric Saunier et Eric Wauters pour les Jacobins normands de Montivilliers.
Bibliographie
Bernet Jacques (éd.), Procès-verbaux de la société populaire de Crépy-en-Valois : septembre 1793-avril 1795, Paris, Éditions du CTHS (Documents inédits sur l’histoire de France ; série Procès-verbaux des sociétés populaires), 2007.
Bernet Jacques (éd.), Procès-verbaux des clubs de Jacobins de Compiègne (Oise) : mars 1791-avril 1795, Paris, Éditions du CTHS (Documents inédits sur l’histoire de France ; série Procès-verbaux des sociétés populaires), 2012.
Bianchi Serge, Bernet Jacques, Pingué Danièle, Introduction : collection des Documents inédits sur l’histoire de France, section d’histoire moderne, de la Révolution française et des révolutions, série Procès-verbaux des sociétés populaires, Paris, Éditions du CTHS, 2009.
Biard Michel (éd.), Procès-verbaux de la société populaire de Honfleur (Calvados) : janvier 1791-février 1795, Paris, Éditions du CTHS (Documents inédits sur l’histoire de France ; série Procès-verbaux des sociétés populaires), 2011.
Bodinier Bernard et Goudeau André (éd.), Procès-verbaux de la Société populaire de Bernay (Eure) : 14 juillet 1790-9 mai 1795, Paris, Éditions du CTHS (Documents inédits sur l’histoire de France ; série Procès-verbaux des sociétés populaires), 2015.
Bouloiseau Marc, « De Jaurès à Georges Lefebvre : la Commission d’histoire économique de la Révolution française » dans Hommage à Georges Lefebvre (1874-1959), Société des études robespierristes, Nancy, 1960, p. 57-66.
Boutier Jean et Boutry Philippe (dir.), Atlas de la Révolution française, t. VI : Les sociétés politiques, Paris, EHESS, 1992.
Pingué Danièle, Les mouvements jacobins en Normandie orientale : les sociétés politiques dans l’Eure et la Seine-Inférieure (1790-1795), Paris, Éditions du CTHS, 2001.
Saunier Éric, Wauters Éric (éd.), Procès-verbaux de la Société populaire de Montivilliers (Seine-Inférieure) : septembre 1793-mars 1795, Paris, Éditions du CTHS (Documents inédits sur l’histoire de France ; série Procès-verbaux des sociétés populaires), 2014.
Sociétés populaires, numéro spécial des Annales historiques de la Révolution française, n° 266, 1986.
Notes de bas de page
1 M. Bouloiseau, « De Jaurès à Georges Lefebvre : la Commission d’histoire économique de la Révolution française ».
2 S. Bianchi et al. : Introduction : collection des Documents inédits sur l’histoire de France, section d’histoire moderne, de la Révolution française et des révolutions, série Procès-verbaux des sociétés populaires.
3 J. Boutier et P. Boutry, dir., Atlas de la Révolution française, t. VI : Les sociétés politiques. Parmi les auteurs ayant contribué à ce tome, Christine Peyrard, Pierre Gervais, Martine Lapied, Anne-Marie Duport, Marcel Dorigny, Jacques Guilhaumou, François Wartelle.
4 Projet de publication en cours.
5 Au 16 janvier 2014, 25 normes de publications ont été fixées et adoptées pour les futurs ouvrages de la collection.
Auteur
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Serge Bianchi
Professeur émérite d’histoire de l’université Rennes II
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2016
