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    Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques
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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Les caractéristiques de l’herbier MPU Les caractéristiques des herbiers autonomes Sources de l’hétérogénéité des collections autonomes De la pertinence et de la faisabilité d’intégrer les collections dans un herbier général Apport de l’informatique dans la gestion des collections Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Collections de sciences naturelles : collecte, étude, conservation

    Ce livre est recensé par

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    Des herbiers dans l’herbier : les collections autonomes de l’herbier de l’Université de Montpellier (MPU)

    Caroline Loup et Véronique Bourgade

    Résumés

    40 % de l’herbier de l’Université de Montpellier (MPU) regroupe la collection générale, pour le reste, il s’agit de collections « autonomes » jusqu’à présent non inventoriées. Pourquoi ces collections ont-elles été maintenues séparées ? La raison peut être d’ordre scientifique, ou due au contexte structurel. S’y ajoutent les choix des conservateurs successifs qui peuvent figer une collection dans sa présentation originale, ensemble qui finira par devenir historique. La numérisation permet aujourd’hui un accès virtuel des herbiers pour les chercheurs et le public du monde entier, mais ne résout pas les questions pratiques d’accessibilité aux spécimens. Si le choix de ne pas intégrer une collection dans l’herbier général est parfois justifié par son contenu scientifique ou l’intérêt historique, il devrait rester limité. Ces points seront discutés et illustrés par quelques lots sur les centaines, de taille et d’intérêt très disparates, recensés pendant la préparation du projet e-ReColNat à MPU.

    40 % of the herbarium of the University of Montpellier (MPU) comprises the general collection, the rest being “autonomous” collections that have not been inventoried until now. Why have those collections been kept separate? The reason may be scientific or due to the structural context. In addition, the choices of successive curators can freeze a collection in its original presentation, a set that will eventually become “historical”. Nowadays digitization allows virtual access to herbariums for researchers and the public throughout the world but does not resolve the practical issues of access to specimens. If the choice not to sort a collection in a general herbarium is sometimes justified by scientific content or historical interest, it should remain limited. These points will be discussed and illustrated by a few of the hundreds sets of collections, of very disparate size and interest, identified during their preparation of the e-ReColNat project at MPU.

    Texte intégral Les caractéristiques de l’herbier MPU Les caractéristiques des herbiers autonomes Sources de l’hétérogénéité des collections autonomes Le volume du fonds La date de confection Les informations portées sur les planches Le classement des spécimens De la pertinence et de la faisabilité d’intégrer les collections dans un herbier général Limites de consultation des collections autonomes Les avantages de garder des collections séparées Les raisons qui ont conduit à une telle situation à MPU Apport de l’informatique dans la gestion des collections Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1L’herbier de l’Université de Montpellier (MPU) existe depuis 1889, quand Charles Flahault entreprend de fusionner des collections de botanique des facultés de médecine, pharmacie et sciences. À partir de 1959, à la création du nouvel institut de botanique, il occupe un bâtiment de 6 étages sur plus de 5,5 km de rayonnage. Il compte parmi les trois principales institutions françaises possédant un nombre de planches dont l’unité de mesure est le million, après le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) à Paris (8 millions) et l’université Claude Bernard de Lyon (4 millions d’échantillons) ; son contenu, aujourd’hui revu à la baisse, est estimé entre 2 et 3 millions.

    Les caractéristiques de l’herbier MPU

    2Les collections sont rangées selon une première subdivision, classique dans les herbiers, celle des grands groupes taxonomiques : les cryptogames (fougères, mousses, algues, lichens et champignons) occupent un demi-étage, soit 8 % du bâtiment ; les gymnospermes sont peu représentées et les phanérogames constituent l’immense majorité des spécimens. Pour chacune de ces subdivisions taxonomiques, il y a un herbier général (fig. 1) et de nombreux herbiers dits autonomes.

    Fig. 1. – L’herbier général ; on note une homogénéité dans la présentation.

    Cliché Université de Montpellier-Sonnet ©.

    3Le premier regroupe les spécimens, classés par genres selon un index puis, à l’intérieur des genres, les espèces par ordre alphabétique. Y sont réunis les spécimens récoltés par de nombreux botanistes, dans pratiquement toutes les régions du monde, le plus souvent collectés de la fin du xviiie siècle à nos jours. À de rares exceptions près, seuls les spécimens des herbiers généraux ont été, jusqu’à présent, étudiés par les chercheurs, au contraire de ceux contenus dans les herbiers autonomes.

    4Les herbiers autonomes sont restés dans leur état d’origine et n’ont pas été intégrés dans un ensemble reclassé. Ils représentent 60 % du volume de la collection totale. Le plus vieux connu à MPU est un herbier relié, confectionné en 1661 par un pharmacien de Najac venu se former à Montpellier. Son état de conservation n’est pas très bon. Le deuxième plus ancien herbier conservé est un vademecum réalisé par un étudiant irlandais de l’université de médecine de Montpellier, en 1723 ; il comporte des indications sur la préparation des simples et leurs usages (fig. 2). Le plus récent est l’herbier de travail d’un chercheur spécialisé dans la végétation des îles du Pacifique, tout particulièrement de la Nouvelle-Calédonie, en cours d’enrichissement (fig. 3).

    Fig. 2. – Le vademecum de Meade (1723), l’un des plus anciens herbiers datés conservé à MPU.

    Cliché Université de Montpellier ©.

    Fig. 3. – Spécimen récent, récolté en 2019 en Nouvelle-Calédonie. Numéro d’inventaire MPU310810.

    Cliché Université de Montpellier ©.

    5Une description des collections autonomes par Granel de Solignac et Bertrand a commencé en 1967 (fig. 4). Une énumération plus exhaustive, de type métadata, a été initiée plus récemment par l’association Tela-botanica (Faure 2011). Régulièrement mise à jour par l’herbier, elle est disponible en ligne1. L’inventaire précis et systématique des spécimens de l’herbier n’a vraiment débuté qu’avec le développement de l’informatique et la capacité de stocker en interne les images produites en haute définition.

    Fig. 4. – Collections autonomes déposées à MPU. On note le conditionnement hétérogène des fonds.

    Cliché Université de Montpellier ©.

    6En plus des herbiers proprement dits, des collections complémentaires – ou issues du travail des chercheurs et des conservateurs – ont été réunies. Nous nous contenterons de les mentionner, car elles ne constituent pas une originalité particulière, la majorité des herbiers possédant ce type de sous-collections :

    • une carpothèque : fruits, graines ou fragments en boîtes ou en bocaux ;
    • une xylothèque : coupes ou morceaux de bois, tiges de lianes, parfois fossiles ou champignons « ligneux » ;
    • des dessins originaux ;
    • des notes d’observations ;
    • un ensemble de cartes géographiques ;
    • des objets pédagogiques ;
    • des objets ethnologiques ;
    • une bibliothèque : ouvrages de référence ou ouvrages et articles produits par les chercheurs ;
    • des archives : documents administratifs, courriers.

    7Ces ensembles, indissociables des herbiers, demandent une gestion particulière et attendent eux aussi d’être inventoriés avec davantage de précision.

    Les caractéristiques des herbiers autonomes

    8Avant leur numérisation pendant le projet e-ReColNat (ANR-11-INBS-0004), le contenu (nombre de planches et espèces représentées) n’était pas connu dans le détail. L’intérêt de ces herbiers autonomes étant très disparate, leur manipulation parfois délicate, aussi était-il difficile pour les chercheurs de les étudier durant leur séjour, faute de temps. Dans le cadre de ce projet, nous avons donc choisi de prioriser ces collections afin de mieux les connaître et leur donner une plus grande lisibilité.

    9Ce choix a exigé un travail de préparation conséquent. Nous avons d’abord dû procéder à un inventaire des lots pour écarter ceux qui ne répondaient pas aux exigences du projet. Pour le commanditaire, l’agence nationale de la recherche (ANR), l’intérêt scientifique était primordial. Pour les prestataires, nous devions fournir des planches répondant à des critères précis de présentation, et ce en nombre suffisant pour permettre un rythme de numérisation soutenu (entre 2 000 et 3 500 planches par jour). Une fois sélectionnée, chaque collection était passée en revue, planche par planche, afin d’en compléter les informations, d’indiquer les instructions à l’attention du prestataire, voire d’en extraire les spécimens non conformes. 187 collections autonomes de plantes vasculaires ont ainsi été retenues dans le programme, principalement des phanérogames, mais également des gymnospermes et des fougères.

    Sources de l’hétérogénéité des collections autonomes

    10Comme on l’a vu précédemment, la principale caractéristique de ces collections autonomes est qu’elles sont restées, depuis leur entrée à MPU, dans leur présentation originale, parfois encore dans du papier journal pour celles provenant directement du terrain, ou encore sous forme de boîtes, d’ouvrages reliés (fig. 5), de classeurs ou de paquets. Leur volume, leur valeur patrimoniale et leur intérêt scientifique sont très variables. La majorité provient de dons d’amateurs ou est le fruit du travail d’universitaires, enseignants, chercheurs et étudiants. D’autres sont issues des échanges avec des herbiers internationaux comme Paris, Genève, Barcelone, Missouri Botanical Garden…

    Fig. 5. – Bel herbier de plantes d’Asie sous forme reliée (1887).

    Cliché Université de Montpellier ©.

    Le volume du fonds

    11Le volume de ces ensembles peut varier de quelques planches à plusieurs centaines de liasses. La collection la plus volumineuse, dite de René Maire, renferme quantité de spécimens récoltés par ses soins ainsi que par ses prédécesseurs et correspondants au Maghreb ; elle occupe un demi-étage et comporte environ 100 000 planches. Elle présente l’avantage d’être bien classée et renseignée : elle peut être aisément étudiée (fig. 6).

    Fig. 6. – Spécimens de l’herbier de René Maire (1878-1949).

    Cliché Université de Montpellier-Helaine ©.

    12Un autre ensemble important est celui que Josias Braun-Blanquet, botaniste bien connu des écologues européens, a laissé à MPU : cette collection est elle-même divisée en sous-collections, selon les régions où il a prospecté (Europe, Maghreb, Portugal, Espagne, Israël et Palestine, Turquie).

    13La plus petite collection est un herbier pédagogique d’une dizaine de planches, élaboré dans les années soixante par un enseignant qui s’intéressait plus spécifiquement aux formes de transition des feuilles. Il ne comporte aucune indication sur ses planches (fig. 7).

    Fig. 7. – Planche du plus petit herbier, montrant différents types de feuilles (années soixante). À noter l’absence d’étiquette.

    Cliché Université de Montpellier-Helaine ©.

    La date de confection

    14Les plus anciens herbiers autonomes ont été constitués au xviie siècle. Comme ces collections sont restées telles qu’elles ont été conçues, leur consultation permet d’en appréhender d’emblée l’intérêt historique et scientifique. Parmi celles-ci, citons trois collections emblématiques. L’herbier de Pierre Chirac (1650-1732), composé de douze liasses dont les récoltes ne sont pas renseignées, est le témoignage d’une très belle collection pré-linnéenne (fig. 8). Celui du pharmacien Barthélémy Xatart (1774-1846) regroupe les plantes ramassées autour de son village, Prats-de-Mollo dans les Pyrénées-Orientales, au tournant du xixe siècle. Quant à celui d’Alire Raffenau-Delile (1778-1850), jeune médecin et botaniste engagé lors de la campagne militaire de Napoléon Bonaparte en Égypte, il en décrit la végétation au travers des planches de sa collection conservée à MPU.

    Fig. 8. – Planche de l’herbier de Pierre Chirac (1650-1732).

    Cliché Université de Montpellier ©.

    15Les plus récentes ont été constituées par des enseignants-chercheurs de l’Université de Montpellier. Le plus connu est certainement Francis Hallé pour ses expéditions du Radeau des cimes. MPU conserve plusieurs fonds provenant de ses missions (Marquises, Cameroun…). Devant l’importance des récoltes récentes en milieu tropical, la création d’un herbier général dédié rassemblant ses collectes, celles de ses étudiants, mais aussi celles des chercheurs contemporains spécialisés, a d’ailleurs été initiée. L’ampleur de la tâche a malheureusement stoppé cette initiative.

    16À ce jour, plusieurs enseignants-chercheurs montpelliérains enrichissent régulièrement l’herbier, au retour de leurs expéditions ou missions dans le cadre de leur recherche, comme en témoignent quelques-unes de leurs publications (Bellanger et al. 2021, Dagallier et al. 2021, Munzinger et McPherson 2021). Parmi ces nouvelles entrées, plusieurs sont conservées à part, car elles constituent un matériel d’étude fréquemment consulté.

    Les informations portées sur les planches

    17Pour qu’une collection soit considérée comme scientifiquement pertinente, les échantillons végétaux doivent être accompagnés d’un certain nombre de données, dont a minima le nom du récolteur, la date et le lieu de récolte. Par ailleurs, pour qu’elle soit valorisée aujourd’hui, il faut que ces données figurent explicitement sur les planches, de manière à apparaître sur les images.

    18Dans le cas des collections autonomes, les données écrites des étiquettes sont de qualité très variable. En ce qui concerne le nom du botaniste, s’il est connu, il est malheureusement rarement mentionné sur chacune des planches (il est alors préconisé de l’ajouter a posteriori). Dans certains cas, l’auteur n’est pas connu ; il faut alors enquêter pour tenter de déduire son nom à partir d’indices comme son écriture, ses initiales associées à une date et à une institution ou un courrier à son attention parmi les échantillons. Quant aux informations de récolte, elles figurent pour certains lots non pas sur les planches, mais sur des carnets de terrain. Dans ce cas, il faudrait idéalement saisir l’ensemble des données pour éditer les étiquettes correspondantes, ce qui est en général impossible faute de temps. Il arrive enfin que ces informations aient été perdues ou n’aient jamais été fournies.

    Le classement des spécimens

    19Une autre source d’hétérogénéité, rendant difficilement consultables les collections autonomes, est leur classement. À MPU, une vingtaine de types de rangement a été repérée. Certains auteurs utilisent l’ordre chronologique des récoltes sur le terrain, d’autres l’ordre alphabétique des genres. Parfois, c’est la numérotation des échantillons distribués par les sociétés savantes qui sert de base de classement à certains collecteurs, tandis que d’autres s’appuient sur un index de flores (Flora Europaea, Flore de Coste, etc.) ou en inventent un personnel pour leur besoin propre, comme Charles Sauvage pour les plantes du Maghreb.

    20Dans la majeure partie des cas, le classement repose sur une information indispensable : la détermination de la plante. Or celle-ci peut manquer, et ce pour de multiples raisons. Mettre un nom sur des plantes récoltées sous les tropiques par exemple s’avère souvent impossible et c’est parfois la principale raison pour laquelle elles ont été récoltées : permettre leur étude par un spécialiste et leur comparaison avec des spécimens déjà présents dans un herbier. La détermination étant un processus très long, cette étape au sein des herbiers est fréquemment reportée. Aussi ces spécimens sont-ils conservés à part, classés par zones géographiques, pour être présentés aux chercheurs lors de leur venue. Ils constituent une collection de prédilection pour les spécialistes qui y trouvent parfois des pépites : des nouvelles espèces pour une région, voire une nouvelle espèce à décrire dans le monde du vivant.

    De la pertinence et de la faisabilité d’intégrer les collections dans un herbier général

    21En règle générale, les études réalisées par les chercheurs portent sur un groupe restreint ; classer les spécimens pour les regrouper par familles ou par genres en facilite la consultation. De ce fait, les spécimens étudiés jusqu’à récemment à MPU étaient surtout ceux de l’herbier général ou ceux de grands ensembles. Malgré leur richesse, les collections autonomes n’étaient pratiquement jamais consultées. Pourquoi n’ont-elles jamais été mieux exploitées et valorisées ? Quelles sont les contraintes qui en limitent la consultation ? Dans quel cas leur conservation séparée présente-t-elle un avantage ? Et quelles sont les raisons qui ont prévalu à cette situation ?

    Limites de consultation des collections autonomes

    22Manipuler plus de 400 collections réparties sur 3 étages et demi, dont seules 187 sont numérisées et actuellement accessibles sur le portail recolnat.org2, implique un travail sur un trop grand nombre de lots si l’on veut effectuer une recherche sur l’ensemble des fonds. Certaines de ces collections sont trop petites en nombre de spécimens et y trouver l’espèce demandée est peu probable. Par ailleurs, le classement des planches à l’intérieur d’une collection n’est souvent pas précisé. Quand il existe pour les ensembles plus conséquents, les indications permettant de se repérer facilement à l’intérieur du lot (onglets ou dépassants) sont souvent détériorées. Il faut alors le déduire après avoir ouvert un certain nombre de paquets et le noter dans les métadonnées.

    23Lorsque les collections sont classées selon une flore ou un index (Flora Europaea ou index de Durand par exemple), il est nécessaire de les avoir à disposition. Leur informatisation est souvent indispensable pour pouvoir les consulter à proximité des collections.

    Les avantages de garder des collections séparées

    24Inversement, les herbiers non intégrés facilitent les approches patrimoniales, les études en lien avec l’histoire des sciences ou la recherche de spécimens très particuliers (régions circonscrites, spécialisation du collecteur, etc.).

    Les raisons qui ont conduit à une telle situation à MPU

    25Nous avons constaté que la majorité des collections autonomes sont récentes, le plus souvent postérieures à la Seconde Guerre mondiale, et que les acquisitions mentionnées dans les articles publiés par Granel de Solignac et ses collaborateurs en 1967, 1972-73, 1976 et 1988 n’ont pas été intégrées dans l’herbier général. Quelles sont les raisons qui ont prévalu à ce choix ?

    26À Montpellier, elles sont de différents ordres : pratique, historique, scientifique ou juridique. Cela peut aussi tenir à des raisons plus subjectives comme des décisions personnelles de gestionnaires de collections. Le facteur limitant majeur est le manque de moyens, qu’il soit financier et en personnel technique. Depuis le milieu du xxe siècle, le volume de collections nouvelles apportées à MPU a été bien supérieur aux capacités de travail des conservateurs qui s’y sont succédé (fig. 9). En effet, incorporer une collection dans un herbier général demande d’en étudier préalablement le contenu, éventuellement l’histoire (échanges, achats), d’inventorier les espèces présentes si cela n’a pas été fait par le botaniste, parfois de les préparer physiquement, puis de les trier pour que les planches puissent être intégrées.

    Fig. 9. – La grande hétérogénéité des ensembles rend leur intégration fastidieuse. À noter, des spécimens encore en papier journal.

    Une image contenant collection, intérieur, Rayonnage, livre Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

    Cliché Université de Montpellier ©.

    27Dans certains cas particuliers, les planches ne sont pas au format classique de l’herbier général (herbiers reliés, dimensions hors normes). Les mettre au format risquerait de les dénaturer ou de les endommager, ce qui justifie de conserver ces collections telles quelles.

    28L’intérêt historique ou patrimonial constitue une raison forte de maintenir un ensemble tel qu’il a été constitué à l’origine. Souvent très anciennes, ces collections, comme celles de Chirac et Boissier de Sauvages à MPU, revêtent un caractère précieux et prestigieux qu’il est important de conserver. D’autres montrent un très grand intérêt pour la botanique, car elles sont associées à de nouvelles théories (Braun-Blanquet et la phytosociologie) ou à l’élaboration de flores, comme celles de Delile (Égypte), de Coste (France) ou de Loret et Barrandon (Montpellier et ses environs). Dans d’autres cas, certaines collections ne contiennent qu’un seul genre. De ce fait, elles seraient facilement intégrables, mais leur facilité de consultation, en les gardant séparées, ne rend pas cette intégration prioritaire. C’est pourquoi la Hiéraciothèque d’Arvet-Touvet et Gautier, constituée de 17 volumes de Hieracium, est restée dans le fonds autonome.

    29Les dons de collections sont parfois accompagnés de clauses spécifiques qui ont un impact sur leur gestion au quotidien. À MPU, les collections de Braun-Blanquet ou de Sauvage doivent ainsi rester séparées. Celles de Coste, de Revel et une dizaine d’autres, en dépôt à MPU, doivent être laissées à part, car elles pourraient un jour retourner dans les locaux de leur propriétaire, la Société des Lettres, des Sciences et des Arts de l’Aveyron (SLA). C’est aussi le cas des herbiers de Caraven-Cachin et de Martrin-Donos qui, en plus d’être intéressants pour la région Occitanie, ont été déposés par le musée Toulouse-Lautrec d’Albi (MTL).

    30Il peut enfin s’agir d’une décision du gestionnaire des collections : il semblerait que les contributions de collecteurs peu prestigieux – étudiants, simples techniciens – n’aient pas été intégrées, et ce de manière délibérée.

    31Au tournant du xxie siècle, la numérisation apporte une nouvelle donne à cette problématique de gestion des herbiers. Si les moyens financiers et le personnel font toujours défaut à nos structures, ces nouvelles techniques permettent de s’affranchir de certaines anciennes contraintes physiques et offrent des outils de visibilité, de recherche et de travail performants, tant pour les gestionnaires que pour les chercheurs.

    Apport de l’informatique dans la gestion des collections

    32Aujourd’hui, on recourt de plus en plus à l’informatisation pour gérer les collections et mettre à disposition du plus grand nombre les images et les données de récolte des spécimens conservés. En France, nous avons la chance de pouvoir mutualiser ces données sur une plateforme nationale très accessible, moissonnée par différents portails (GBIF…), recolnat.org. De par leur format 2D, les planches d’herbier constituent un matériel privilégié pour ces types de projet ; elles ont joué, depuis le début des années 2000, un rôle pionnier dans la mise à disposition et la valorisation des collections scientifiques, ouvrant les portes sur un univers et une richesse méconnus.

    33À Montpellier, MPU a participé à deux projets ambitieux qui ont contribué à mettre en ligne plus de la moitié de ses collections de plantes vasculaires. Un premier projet international, financé par la fondation américaine Andrew Mellon, s’est attaché à la numérisation complète (images et données d’étiquettes) de plusieurs milliers de spécimens de référence : les types de l’herbier de l’Afrique du Nord et de l’herbier général ainsi que des documents inédits sur les champignons.

    34À la suite de ce projet, l’infrastructure de recherche e-ReColNat (ANR-11-INBS-0004), financée par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et pilotée par le MNHN en liaison avec MESR et le CGI, a permis de réaliser sur le plan national le montage des planches et la numérisation de plus de 3 millions de spécimens de près d’une cinquantaine d’institutions. Ces données et images sont accessibles sur le portail de l’infrastructure. C’est à cette occasion que MPU a bénéficié des financements nécessaires pour monter et numériser 1,4 million de planches, issues en grande partie des collections autonomes. Cet effort se poursuit avec la mise en place du groupement d’intérêt scientifique (GIS) RECOLNAT (Pignal, Loup 2020).

    35Il n’en reste pas moins que la numérisation n’est pas la panacée en matière de gestion. Elle ne supprime pas toutes les contraintes liées à la préparation de collections composées de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers de planches. En outre, elle crée – paradoxalement – une collection supplémentaire : un herbier virtuel.

    36Celui-ci doit être actualisé afin de coïncider avec l’herbier physique. Toute modification apportée sur les planches (nom latin de l’espèce, déplacement dans les étagères, etc.) doit être renseignée dans la base de données numérique. Inversement, toute information supplémentaire dans la base doit être reflétée dans la collection. Quel que soit le changement effectué, d’un côté ou de l’autre, il doit permettre de bien documenter et de retrouver aisément le spécimen demandé.

     

    37La mise en ligne des images sur internet est une avancée majeure dans la valorisation des collections d’herbier. Elle permet de répondre à une grande partie des requêtes des chercheurs qui peuvent accéder, sans avoir à nous solliciter, aux informations correspondantes au travers des images et des données disponibles. Cela peut donner faussement l’impression que cette facilité d’accès vaut aussi pour les demandes de prélèvements physiques. Or, comme on l’a vu, une majorité des spécimens identifiables par leur code à barres demeurent rangés dans plusieurs dizaines de collections autonomes, classées selon des modalités variées, parfois à des étages différents.

    38La gestion d’une collection telle que MPU, riche de plusieurs millions de planches et hétérogène dans sa forme, exige du temps pour améliorer son accessibilité et valoriser ses fonds. L’enrichissement de l’herbier général est un travail de longue haleine d’étude, de documentation, de préparation physique des planches et d’édition d’étiquettes. Cela nécessite également au préalable d’informatiser les spécimens, de les numériser, avant de les trier par espèces pour les insérer dans la collection générale. Mais ce labeur en vaut la peine car, une fois mis en place, il facilite grandement le travail des botanistes et celui du conservateur. Au besoin, la numérisation peut permettre de regrouper virtuellement les planches d’un même récolteur dispersées au sein de l’herbier général, pour permettre des recherches historiques ou scientifiques ou reconstituer des ensembles avec une approche différente (phytosociologique, chronologique, etc.).

    39Ainsi, dans l’idéal, les lots conservés à part ne devraient concerner qu’un nombre très limité d’herbiers. En tout état de cause, la décision de disperser une collection ne doit pas relever du seul conservateur. Il est fondamental de s’appuyer sur un avis collégial et sur l’expertise d’un comité composé de scientifiques et de professionnels de la conservation.

    Bibliographie

    Bellanger Jean-Michel et al., 2021, Hygrophorus sect. Olivaceoumbrini: new boundaries, extended biogeography and unexpected diversity unravelled by transatlantic studies, Persoonia 46: 272-312.

    Dagallier Léo-Paul, Mbago Frank M., Luke Quentin W.R. & Couvreur Thomas L.P., 2021, Three new species of Uvariodendron (Anninaceae) from coastal Esta Africa in Kenya and Tanzania, Phytokeys 174: 107-126.

    Faure Andrine, 2011, Inventaire des herbiers de la région Languedoc-Roussillon, Éditions Tela-Botanica, 84 p.

    Granel de Solignac Louis, Bertrand Lucette, 1967, Les herbiers de l’institut de botanique de Montpellier, Naturalia Monspeliensia, série botanique, 18 : 271-292.

    Granel de Solignac Louis, Bertrand Lucette, Blanchet Georges, 1972-1973, Les herbiers de l’institut de botanique : nouvelles acquisitions depuis 1967, Naturalia Monspeliensia, série botanique, 23-24 : 143-155.

    Granel de Solignac Louis, Bertrand Lucette, Blanchet Georges, 1976, L’herbier de Jean de Vichet témoin de la flore de Montpellier et de ses environs, Naturalia Monspeliensia, série botanique, 26 : 5-54.

    Granel de Solignac Louis, Bertrand Lucette et Denizot Michel, 1988, Les herbiers de l’institut de botanique : nouvelles acquisitions depuis 1976, Naturalia Monspeliensia, série botanique, 52 : 143-149.

    Munzinger Jerome & McPherson Gordon, 2021, Novitates neocaledonicae XII: Two additional new species of Cryptocarya R.Br. from New Caledonia, Adansonia, 43 (13) : 151-161.

    Pignal Marc et Loup Caroline, 2020, RECOLNAT : un réseau de collections naturalistes, un outil pour les botanistes, actes du colloque de la Société botanique de l’Occitanie, 3-4 octobre 2020, Montpellier, Convergences botaniques – Société botanique d’Occitanie (sbocc.fr).

    Notes de bas de page

    1CoEL (Collections En Ligne) : www.tela-botanica.org/outils/collections-en-ligne

    2Disponible en ligne : http://recolnat.org/

    Auteurs

    • Caroline Loup

      Responsable de l’herbier MPU, service du patrimoine historique

    • Véronique Bourgade

      Conservateur du patrimoine, chef du service du patrimoine historique

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    Loup, Caroline, et Véronique Bourgade. « Des herbiers dans l’herbier : les collections autonomes de l’herbier de l’Université de Montpellier (MPU) ». In Collections de sciences naturelles : collecte, étude, conservation, édité par Éric Buffetaut et Jérôme Tabouelle. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2025. doi:10.4000/14zqj.
    Loup, Caroline, et Véronique Bourgade. « Des herbiers dans l’herbier : les collections autonomes de l’herbier de l’Université de Montpellier (MPU) ». Collections de sciences naturelles : collecte, étude, conservation, édité par Éric Buffetaut et Jérôme Tabouelle, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2025, https://doi.org/10.4000/14zqj.

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    Buffetaut, Éric, & Tabouelle, J. (éds.). (2025). Collections de sciences naturelles : collecte, étude, conservation. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques. https://doi.org/10.4000/14zqq
    Buffetaut, Éric, et Jérôme Tabouelle, éd. Collections de sciences naturelles : collecte, étude, conservation. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2025. doi:10.4000/14zqq.
    Buffetaut, Éric, et Jérôme Tabouelle, éditeurs. Collections de sciences naturelles : collecte, étude, conservation. Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2025, https://doi.org/10.4000/14zqq.
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