Les Montagnes de l’Est de Bogota : majesté et représentation
Résumé
Le thème de la beauté, dans le contexte du paysage de montagne, est une grande source d’inspiration. Prenons l’exemple des Montagnes de l’Est de Bogota (MEB), qui délimitent physiquement la ville. Dans la première partie de notre étude, nous présentons le regard d’un groupe d’artistes afin d’identifier les relations et les processus notables se tissant entre l’artiste et son environnement physique. Nous voyons ainsi différentes manières de s’identifier à ces contreforts, et d’appréhender la façon dont la magnificence de la montagne conditionne les choix du lieu, du point de vue culturel et individuel. La mise en valeur de la beauté du paysage naturel constitue l’essence même de cette idée, offrant ainsi la possibilité à la population d’engager un processus de conscience identitaire. Des éléments ou des symboles emblématiques se révèlent ainsi aux yeux des habitants.
Texte intégral
1Le présent article a pour base notre thèse de doctorat, Patrons et éléments de beauté dans le paysage de montagne : le cas des Montagnes de l’Est de Bogota (dorénavant MEB)1. Dans un premier temps, il s’agit de présenter des exemples relatifs aux MEB, tels que des textes, des dessins et des vidéos ; c’est-à-dire des documents contemporains de premier plan. Ces éléments servent de fondement aux approches artistiques et aux représentations de ces montagnes.
2À Bogota, il est établi que les habitants n’ont pas de sentiment d’appartenance à la ville ; ils se sentent étrangers à leur propre environnement urbain. Les montagnes entourant la ville peuvent néanmoins jouer ce rôle pivot, notamment si l’on prend en compte les multiples perceptions qu’en ont les artistes. Leurs œuvres passées et présentes ont contribué à forger l’histoire et révélé l’importance de ces montagnes en tant qu’éléments en bordure de la ville. La présente étude est structurée en trois parties : premièrement, une approche théorique sur la beauté du paysage et son identification ; deuxièmement, une étude de cas sur la ville de Bogota mettant en lumière sa représentation à travers des œuvres choisies et troisièmement, une réflexion sur les éléments caractéristiques et les conclusions tirées de cette analyse.
Beauté du paysage et identité
3Dans le monde occidental, le paysage est représenté dès le Moyen Âge, mais ce n’est qu’au xviiie siècle, avec l’avènement du romantisme, que la nature est placée au cœur de la représentation artistique. Les artistes se nourrissent de leurs émotions ; les éléments naturels et les paysages inspirent leurs œuvres. Pour ce qui est des paysages de montagne, la notion de beauté revêt une signification très variée et changeante selon l’époque et le lieu étudiés. Dans ce cas de figure, des termes essentiels tels que le caractère ou l’identité, mais aussi les associations culturelles, impriment la représentation artistique contemporaine. Les signes et les symboles sont autant d’éléments prenant corps dans l’interprétation personnelle des artistes, offrant ainsi une perspective unique du paysage de montagne.
Identité et caractère
4Globalement, la définition de l’identité renvoie aux marques ou signes distinctifs d’une chose ou d’une personne. Shaftesbury estime que le caractère peut être perçu comme un attribut complémentaire, intrinsèque à l’objet, mais distinct de l’idée traditionnelle de beauté harmonieuse. De même, Hutcheson souligne le lien entre l’identité et la perception individuelle, relevant l’importance de la subjectivité dans la perception de soi et des autres (Hutcheson, 1992 : p. 28). Pour appuyer cette idée, dans L’art d’être heureux, Schopenhauer définit le caractère comme la compréhension de sa propre individualité ; cela implique de reconnaître ce qui est fondamentalement immuable, tout en étant conscient de sa force et de ses faiblesses (Schopenhauer, 2000 : p. 34).
5Les expressions artistiques rappellent souvent des symboles et des signes à la fois historiques et culturels. De même, l’expérience esthétique déclenche une variété d’impressions et de stimuli sensoriels lorsque l’on contemple des objets (Marchán, 1987, cité dans Hutcheson, 1992). Dans le même ordre d’idées, Huxley aborde de la façon suivante la fondation du caractère dans l’art :
« L’art, je le suppose, ne s’adresse qu’aux débutants, ou bien à ces gens résolus à rester dans leur impasse et à se contenter de l’ersatz de la Réalité, des symboles plutôt que de ce qu’ils signifient, du menu élégamment composé, au lieu du dîner effectif2. » (Huxley, 2018 : p. 16)
6L’identité émerge comme l’élément fondamental pour établir des liens entre l’objet et l’observateur, créant ainsi une connexion essentielle. L’art agit alors comme un moyen de faciliter cette connexion.
Association et associations culturelles
7Burke souligne que ce qui nous touche est ce qui réside dans notre esprit, et surgit après une série d’événements. Cette suite d’idées se réorganise alors, s’emboîtant les unes aux autres pour insuffler une émotion ou avoir un effet spécifique. Il souligne également qu’il est « précis d’admettre que plusieurs choses nous touchent d’une certaine façon, non pas en raison de pouvoirs surnaturels, mais plutôt grâce à l’association d’idées3 » (Burke, 1995 : p. 67). Ces associations dépendent entièrement de l’individu qui perçoit, d’après son imagination et sa façon de voir les choses, comme le suggère Kant :
« Le plaisir pris à ce qui est beau en la nature présuppose et cultive une certaine libéralité dans la manière de penser […] cependant dans le jugement esthétique sur le sublime, cette violence est représentée comme exercée par l’imagination elle-même en tant qu’instrument de la raison4. » (Kant, 1999 : p. 98).
8Plus on cultive sa liberté, son indépendance et sa quête de connaissances diverses, plus on développe une perception authentique des éléments et des événements. Dans le même ordre d’idées, Yi Fu Tuan souligne l’importance du choix des mots dans les descriptions, car la façon de nous exprimer est fonction de la culture où nous évoluons. La citation suivante illustre notre propos :
« L’existence d’une relation kinesthésique entre certaines formes physiques et des sentiments spécifiques est implicitement révélée dans les verbes que nous utilisons pour les décrire : par exemple, les pics des montagnes et les aiguilles de certains édifices “s’élèvent”5. » (Tuan, 2007 : p. 48).
9Cette perspective nous éclaire sur la façon dont les individus perçoivent le paysage de montagne et la montagne elle-même. La perception est directement conditionnée par un paradigme culturel donné. Cela comprend notamment la perception relative aux divinités, qui revêt un caractère sacré et supérieur, où chaque mot utilisé renferme en soi un sens particulier. Citons également les références à la lumière, en opposition à l’obscurité, ainsi que les nuances chromatiques, tonales et de texture, influencées par des facteurs culturels et l’intensité du soleil dans cet endroit.
10En outre, dans son ouvrage Romantic geography, Tuan évoque le regard porté sur la montagne et son évolution au cours de l’histoire. Il traite les sentiments de distance ou de peur associés à ces paysages montagneux, en raison de leur caractère mystérieux et de leur richesse en termes de significations et de symboles mystiques. Cette notion est renforcée par Burke, soulignant que :
« Tout ce qui est propre à exciter les idées de la douleur et du danger ; c’est-à-dire, tout ce qui est en quelque sorte terrible, tout ce qui traite d’objets terribles, tout ce qui agit d’une manière analogue à la terreur, est une source du sublime ; ou, si l’on veut, peut susciter la plus forte émotion que l’âme soit capable de ressentir6. » (Burke, 1995 : p. 29)
11Les émotions telles que la peur exacerbent le sentiment éprouvé. Chaque mode de perception nous aide à saisir la profondeur des liens que nous entretenons avec les lieux, les objets et les sujets. Tuan affirme que :
« La beauté est vécue comme une rencontre soudaine avec un aspect de la réalité jusqu’alors inconnu, en opposition au goût déjà développé pour certains paysages ou aux émotions déjà éprouvées devant des lieux familiers7. » (Tuan, 2007 : p. 131)
12Chaque fois que l’on porte son attention sur une chose, la perception est différente. Mais lorsque l’on a conscience de ce phénomène, on dispose de pistes et de suggestions sur les émotions ressenties et la façon d’appréhender la beauté. La réflexion sur la beauté, les paysages et les critères énoncés sert de fondement au développement du présent article. La seconde partie est une étude de cas sur les Montagnes de l’Est de Bogota (MEB).
Représentations et identifications des Montagnes de l’Est de Bogota
13Les Montagnes de l’Est de Bogota (MEB), aux marges de la ville, se distinguent par leur caractère emblématique, délimitant ainsi le paysage urbain. La représentation cartographique ci-dessous (fig. 1) met en évidence l’espace urbain en gris, les montagnes et leurs zones rurales environnantes étant représentées de différentes couleurs. Ces montagnes s’étendent sur 52 kilomètres, les pics atteignant 3 600 mètres d’altitude (Villegas, 2000 : p. 17).
Fig. 1. – Carte illustrant la périphérie des Montagnes de l’Est de Bogota et leur contexte (2022).

Doc. Sandra Acosta Guacaneme ©.
14Ces montagnes soulèvent un certain nombre de questions. Tout d’abord, la croissance urbaine non contrôlée à son flanc grignote continuellement l’espace protégé. Bien que la limite maximale pour mettre en place des infrastructures urbaines de base soit fixée à 2 800 mètres d’altitude, l’expansion urbaine incontrôlée la repousse sans cesse, comme l’illustre la figure ci-dessous (fig. 2).
Fig. 2. – Vue des Montagnes de l’Est de Bogota depuis Ciudad Bolivar (2022).

Cliché Sandra Acosta Guacaneme ©.
15Ensuite, on constate que les citoyens ne s’approprient pas la montagne. Elle n’est pas perçue comme un territoire naturel de grande valeur, devant être préservé. Au contraire, les différentes carrières où l’on extrait de longue date du sable, de la roche et des gravillons ont provoqué une grande instabilité des sols. La figure 3 présente les carrières d’Usme, où apparaissent en arrière-plan les pics enneigés du parc national naturel Los Nevados (fig. 3).
Fig. 3. – Carrières défigurant les Montagnes de l’Est de Bogota d’Usme. En arrière-plan, les pics enneigés (2014).

Cliché Sandra Acosta Guacaneme ©.
16Enfin, l’exode rural constant exerce une pression supplémentaire sur les montagnes et contribue à renforcer le sentiment de distanciation. On peut également mentionner d’autres conséquences découlant de l’exploitation et de l’occupation non contrôlées du territoire. Cette présentation générale des MEB constitue un préambule en vue d’examiner la manière particulière dont ces montagnes sont perçues aux yeux des artistes, écrivains ou cinéastes. Il existe de nombreuses façons de représenter les MEB au regard des différentes disciplines. Voici une liste non exhaustive, présentée selon un ordre chronologique (peintures, dessins, textes, vidéo)8 :
- Roberto Paramo, dans nombre de peintures (1900)9 ;
- Martha Rodriguez – Chircales – film documentaire (1968)10 ;
- Rogelio Salmona – architecte emblématique de Bogota, dont de nombreux dessins et œuvres relatifs aux MEB (1970 et 2000)11 ;
- Ricardo Pereo, Julio Lamaña – court-métrage documentaire : sin título (2015)12 ;
- German Ferro – historien anthropologue, essai (2017)13 ;
- Carolina Sanin – journaliste, écrivaine (2018)14 ;
- Ara Luis, Hardorj Alexandra, Los Andes mágicos, Capítulo 6 – Colombia montañas y exuberante vegetación (2019)15.
Identité dans ces œuvres artistiques
17Examinons les peintures de Roberto Paramo et les dessins de Rogelio Salmona, qui illustrent la grande influence des MEB dans leurs œuvres respectives. Roberto Paramo représente de différentes façons le paysage de « savane »16. Il est qualifié par Gonzalez de « peintre de la savane », du fait de sa gamme de couleurs spécifiques, saisissant les lumières et les brumes caractéristiques du lieu. Son œuvre est répertoriée dans le livre de Gonzalez, qui répertorie ses différentes peintures (Gonzalez, 1987 : p. 20).
18Paramo renforce la texture de ses peintures selon les montagnes représentées, où la succession de plans est mise en évidence : l’ombre entre ces plans souligne la profondeur des montagnes suivie de la ligne d’horizon the skyline est une constante que l’on remarque à travers les différentes couches. Les nuages visibles et les phénomènes climatiques se succèdent en fonction de l’altitude, tandis que la végétation caractéristique de la savane et des MEB est représentée. On voit également l’importance de l’échelle des montagnes comparée à la ville naissante, les nuages en mouvement soulignant l’importance du vent.
19L’architecte Rogelio Salmona, à travers ses dessins, souligne l’orientation du soleil et la façon dont les MEB sont traversées par des courants aériens façonnant les pics et la ligne d’horizon. La végétation spécifique est également un thème récurrent, avec un souci particulier du détail. On peut observer des zones dépourvues de végétation, souvent en raison de l’exploitation des carrières, ainsi que des parcelles de végétation qui se forment sur les montagnes17.
20On y retrouve les éléments caractéristiques de la montagne, comme son immensité en comparaison de la ville façonnée par l’homme, ainsi que la ligne d’horizon, une constante. Les différentes strates de la montagne suggèrent l’idée de profondeur, influencée par les phénomènes climatiques tels que la brume, la pluie, les nuages et le vent. Une interprétation personnelle d’une partie de ces MEB est illustrée sur la figure ci-dessous (fig. 4).
Fig. 4. – Représentation des Montagnes de l’Est de Bogota depuis la bibliothèque Barco (2022).

Dessin Sandra Acosta Guacaneme ©.
21Pour ce qui est des documents écrits, voyons deux extraits rédigés par des auteurs contemporains très influents : Carolina Sanin et German Ferro. Carolina Sanin décrit brièvement Bogota dans un article en ligne :
« Il y a huit ans, quand j’ai décidé de vivre à Bogota, j’étais choquée de ne pas connaître les noms des variétés d’arbres de la ville, les seuls êtres agréables que je trouvais dans cette ville au ciel si varié (ces nuages de la savane de Bogota, si évocateurs et parlants) et aux montagnes peu à peu envahies par les immeubles18. » (Sanin, 2018)
22On voit ici l’importance constante des nuages et des arbres, figures centrales pour comprendre la ville, qui s’étend toujours plus et sans limites sur les MEB. Dans le même ordre d’idées, German Ferro confie que l’on :
« Doit aspirer à repenser la ville, tant dans l’esprit qu’à travers les actes, les MEB devant jouer un rôle prépondérant, à travers de nouveaux rapports et une signification adaptée au xxie siècle. Il s’agit d’une quête morale et de respect à l’égard de leur valeur environnementale, de leur statut incontestable de réserve hydrique, leur importance visuelle et leur contribution à la vie urbaine, leur caractère sacré en tant que sanctuaire de la faune et de la flore, leur dimension mémorielle – c’est un lieu de rencontre citoyen, un laboratoire de paix et un patrimoine pour les générations actuelles et futures19. » (Ferro, 2017 : p. 9)
23Cet extrait est tiré d’un article en ligne intitulé, « Oriéntate, los cerros son nuestro norte » (Repérez-vous, les montagnes sont notre boussole), publié par l’IDPC (Institut Municipal du Patrimoine Culturel), auquel Ferro a contribué. Dans ce texte, Ferro propose une vision prospective de la relation entre la ville, ses habitants et les MEB, en mettant en avant différents aspects nécessaires à leur intégration de façon concrète, c’est-à-dire des espaces publics en concordance avec le lieu naturel et les activités possibles, comme la randonnée, mais aussi en termes de valeurs véhiculées. Il s’agit d’écologie, de sacré, mais aussi de redonner du sens à sa propre vie. Cette approche entend célébrer les MEB et créer de véritables liens entre les habitants et cet élément naturel.
24Rodriguez et Silva (1968) ont quant à eux examiné la thématique de l’exploitation humaine et environnementale dans les années 1970, soulignant celle des carrières d’argile, de gravier et de terre pour la fabrication de briques qui ont servi à construire la quasi-totalité de la ville. Politiquement engagé, ce documentaire témoigne de la dureté des conditions de vie et des grandes disparités sociaux-économiques, un problème visible à Bogota et à l’échelle nationale, sachant que la Colombie est l’un des pays parmi les plus inégalitaires au monde.
25Sin título (Sans titre) de Pereo et Lamaña (2015) est un court-métrage qui, à travers les différentes images présentées, met en lumière l’expressivité des nuages de la montagne comme centre spirituel, mais aussi la question du sacré et des pratiques qui se sont développées au fil du temps avec les pèlerinages à Monserrate et Guadalupe. Ces deux sommets, situés au cœur de la ville, sont des symboles religieux catholiques de la récupération par l’Église de rites païens locaux.
26Los andes mágicos, capítulo 6 – Colombia montañas y exuberante vegetación20, fait partie d’une série documentaire lancée en 2019, montrant la relation constante entre la montagne et le mouvement aérien. Il examine le vent en tant que phénomène particulièrement perceptible en montagne, et en particulier à Bogota, du fait de son orientation, de la présence constante de nuages, et du rapport intrinsèque au spirituel, à la tradition et à la mémoire collective de ses habitants. Le titre de la série évoque la magie en tant qu’élément fondamental du paysage de montagne, en particulier des Andes, soulignant sa noblesse et ses pouvoirs uniques. La figure 5 offre un regard original des MEB, insistant sur ces aspects.
Fig. 5. – Les Montagnes de l’Est de Bogota (2014).

Cliché Sandra Acosta Guacaneme ©.
Identification : profondeur, végétation, personnification et sacré
27Ces diverses représentations contemporaines des MEB illustrent les multiples façons dont les artistes et écrivains s’approprient ces montagnes. La beauté de la montagne devient ainsi une référence constante à une identité ou un caractère particulier, car toutes les associations sont validées à travers les différents médiums artistiques tels que l’art, la peinture, l’audiovisuel ou l’écriture. Ces représentations reflètent la culture et donnent lieu à des combinaisons culturelles, comme le souligne, entre autres, Tuan. La figure 6 met en évidence quatre regroupements d’éléments issus des représentations énumérées précédemment (fig. 6).
Fig. 6. – Organigramme des éléments (2022).

Doc. Sandra Acosta Guacaneme ©.
28Il convient de prendre en compte deux éléments distinctifs du paysage de montagne : tout d’abord, la profondeur ou les différentes strates des montagnes s’étendant à l’horizon, et ensuite, la végétation particulière étroitement liée aux caractéristiques propres au lieu.
29Une troisième caractéristique est la personnification du vent et des nuages. Il s’agit de porter son attention sur les caractéristiques climatiques spécifiques (brume, froid, vent, humidité, pluies) conférant au lieu une lumière originale, aux couleurs et aux textures uniques, renforcées par la végétation locale. Bachelard, qui a rédigé des ouvrages consacrés aux deux éléments – la terre et l’air –, décrit les nuages volatils, éphémères et changeants dans L’air et les rêves. C’est une invitation constante à la rêverie, à l’imagination, au mouvement et surtout au voyage (Bachelard G., 1997, p. 243). De la même façon, Bachelard établit un parallèle entre les ailes et les nuages, considérant la montagne et le ciel de façon onirique.
30Des axiomes faisant apparaître ce qui est en haut et en bas créent un dualisme constant renforçant l’idée du divin et de sacralisation des montagnes (Bachelard G., 1994, p. 398). Cela permet de présenter la quatrième caractéristique de la sacralisation des MEB, Bachelard décrivant ainsi l’imagination ascensionnelle :
« De toutes les métaphores, les métaphores de la hauteur, de l’élévation, de la profondeur, de l’abaissement, de la chute sont par excellence des métaphores axiomatiques21. » (Bachelard G., 1997 : p. 21)
31La figure 7 représente Bogota et les MEB selon un modèle en trois dimensions (fig. 7).
Fig. 7. – Modèle en 3D de Bogota et des Montagnes de l’Est de Bogota surplombant le centre-ville (2021).

Doc. Sandra Acosta Guacaneme ©.
32Les plans qui composent les MEB, la ligne de crête qui se distingue et l’extension urbaine, créent un espace vertical, en profondeur, et un horizon établissant une liaison continue permettant de s’identifier, de développer les combinaisons culturelles grâce aux multiples recréations et représentations du lieu et des personnes composant la ville. Selon les éléments présentés, on distinguera la mise au point :
- sur les différentes représentations, on peut observer une approche des MEB supposant d’examiner la façon dont est perçu l’environnement, notamment l’influence de la lumière d’après la période de l’année, du moment de la journée ou de la nuit, et de la personne qui observe. Pour paraphraser Burke et Hutcheson, disons que la transformation de ces montagnes est directement liée à la manière de chacun de percevoir le lieu ;
- explorer les diverses strates du lieu grâce aux multiples représentations révèle des caractéristiques telles que le vent et la brume, des éléments intrinsèquement liés au froid propre à la montagne, illustrant ainsi les combinaisons culturelles évoquées par Tuan.
- les auteurs sont unanimes quant aux nuages, ils sont fortement personnifiés du fait de leur pouvoir sur le ciel. Caressant les montagnes, le simple fait de flotter est un fondement essentiel. Les nuages sont des éléments qui changent constamment, à l’instar de l’imagination de la personne qui les observe ;
- la grande diversité végétale sur ces montagnes offre une palette de couleurs variées qui teintent le paysage de nuances changeantes ;
- le lien avec la collectivité varie selon la personne, les observateurs attentifs percevant les détails et les éléments uniques du site ;
- l’exploration des espaces en fonction du climat particulier constitue également une expérience visuelle unique.
33En définitive, tous les points de vue contribuent à approfondir nos liens avec les lieux et les objets, offrant ainsi des voies alternatives permettant de s’approprier pleinement le lieu. Le degré de détails et les différentes approches artistiques offrent des perspectives uniques pour enrichir notre connexion avec ce paysage montagneux. L’observation minutieuse et la représentation variée de la flore par les différents artistes permettent de tisser des liens culturels profonds avec le lieu. La personnification des phénomènes climatiques renforce également notre compréhension du lieu et de ses combinaisons culturelles particulières. Enfin, la dimension sacrée et la relation avec le ciel constituent une constante de premier plan, offrant une vraie possibilité de renforcer les liens avec les Montagnes de l’Est de Bogota, où la dimension spirituelle se développe lato sensu.
34Toutes ces références au lieu nous offrent des voies permettant de développer un sentiment d’appartenance profond, des connexions authentiques s’inscrivant dans le temps et renforçant la place de la montagne dans le quotidien de la population urbaine.
Bibliographie
Acosta Guacaneme Sandra, 2024, Patrones y elementos de belleza en el paisaje de montaña : El caso de los cerros orientales de Bogotá, thèse de doctorat, E.T.S. Arquitectura, Universidad Politécnica de Madrid.
https://doi.org/10.20868/UPM.thesis.80656
Bachelard Gaston, 1997, El aire y los sueños (7ma edición), Mexico, Fondo de cultura económica.
Bachelard Gaston, 1994, La tierra y los ensueños de la voluntad (1era Edición en español), Mexico, Fondo de cultura económica.
Burke Edmund, 1995, De lo sublime y de lo bello, Barcelona, Altaya.
González Beatriz, 1987, Roberto Paramo pintor de la sabana, Bogotá, Carlos Valencia editores.
Hutcheson Francis, 1992, Una investigación sobre el origen de nuestra idea de belleza, Madrid, Editorial Tecnos, colección clásicos del pensamiento.
Huxley Aldous, 2018, Las puertas de la percepción (1era, traducción Miguel Hernani), Argentina, Debolsillo.
Kant Manuel, 1999, Manuel Kant Prolegómenos a toda metafísica del porvenir. Observaciones sobre el sentimiento de lo bello y lo sublime. Critica del juicio (7ma edición), Mexico, Porrua.
Schopenhauer Arthur, 2000, El arte de ser feliz, Barcelona, Herder.
Tuan Yi-Fu, 2007, Topofilia.(1ª ed.), Barcelona, Ed. Melusina.
Tuan Yi-Fu, 2015, Geografía romántica (edición de Joan Nogué), Madrid, Paisaje y Teoría Biblioteca Nueva.
Villegas Benjamin, 2000, Cerros de Bogotá (1era ed.) Bogota, Villegas Editores.
Notes de bas de page
1Patrones y elementos de belleza en el paisaje de montaña: el caso de los cerros orientales de Bogota. S. Acosta Guacaneme (2023). Disponible à l’URL : https://biblioteca-juandevillanueva.coam.org/items/28fd5b43-a3fe-4fb8-aaa0-2464684457aa/full
2“Yo supongo que el Arte es únicamente para principiantes o, en otro caso, para quienes van con resolución hasta el fin, para quienes han decidido contentarse con el ersatz de Identidad, con símbolos y no con lo que significan, con la minuta elegantemente presentada en lugar de la comida real”.
3“Pero, de la misma manera que es preciso admitir que muchas cosas nos afectan de un cierto modo, no porque se tengan poderes naturales para este fin, sino por asociación”.
4“El placer inmediatamente unido a lo bello de la naturaleza, supone y cultiva igualmente cierta liberalidad del pensamiento, es decir, una satisfacción independiente del puro goce de los sentidos; […] solamente en el juicio estético sobre lo sublime, esta violencia se ejerce por la imaginación misma como por medio de un instrumento de la razón”.
5“La existencia de una relación cinestésica entre ciertas formas físicas y determinados sentimientos esta implícita en los verbos que utilizamos para describirlas: por ejemplo, los picos de las montañas y las agujas de ciertos edificios: ‘se levantan’”.
6“Todo lo que resulta adecuado para excitar las ideas de dolor y peligro, es decir, todo lo que es de algún modo terrible, o se relaciona con objetos terribles, o actúa de manera análoga al terror, es una fuente de lo sublime; esto es, produce la emoción mas fuerte que la mente es capaz de sentir”.
7“La belleza se experimenta como el contacto repentino con un aspecto de la realidad que desconocíamos hasta entonces; es la antítesis del gusto adquirido por ciertos paisajes o el cálido afecto que uno siente por lugares que conoce bien”.
8Cette sélection nous permet d’examiner trois catégories : la peinture et le dessin, les textes et le matériel audiovisuel.
9Roberto Paramo, Notes sur la Savane (1900). Huile sur toile. 9 x 13 cm. Colección Museo de Arte Moderno de Bogotá y Colecciones particulares.
https://www.100libroslibres.com/cien-anos-de-arte-colombiano-el-paisajismo
10Rodriguez Martha et Silva Jorge, Chircales (1968), Film. https://journals.openedition.org/cinelatino/4801?lang=es
11Rogelio Salmona, Dibujo torres del parque (1970). Archivo (862 × 685 píxeles ; tamaño de archivo: 107 KB ; tipo MIME : image/jpeg) https://wiki.ead.pucv.cl/Torres_del_Parque_/_BOGOT%C3%81
Rogelio Salmona, Dibujo cerros Orientales proyecto eje ambiental (2000). Source. https://www.yumpu.com/es/document/read/39242742/version-impresa-del-periodico-ciudad-viva
12Pereo Ricardo et Lamaña Julio, Sin título (2015), court-métrage.
https://www.retinalatina.org/video/sin-titulo/
13Ferro Germán e Instituto Distrital de Patrimonio Cultural, 2017, Oriéntate. Los Cerros son nuestro norte, Bogota, Alcaldía Mayor de Bogotá.
https://issuu.com/patrimoniobogota/docs/cerros_web_con_portada__1_
14Carolina Sanín, Arboles de Bogota. Vicecolombia, columna de opinion (13-09-2018)
https://www.vice.com/es/article/59apj8/arboles-bogota-enrique-penalosa-carolina-sanin
15Los andes mágicos, chapitre (capítulo ?) 6 : Colombia montañas y exuberante vegetación, Ara Luis et Hardorj Alexandra (2019). https://www.youtube.com/watch?v=OAoEbHbcz5Y
16Certaines pièces caractéristiques du travail du peintre de la savane sont consultables à l’URL : https://www.100libroslibres.com/cien-anos-de-arte-colombiano-el-paisajismo
17Vous pourrez retrouver ces représentations à l’adresse suivante : https://www.yumpu.com/es/document/read/39242742/version-impresa-del-periodico-ciudad-viva
18“Hace ocho años, cuando volví a vivir en Bogotá después de mucho tiempo, me impresionó no conocer el nombre de los árboles bogotanos, que era casi lo único amable que encontraba en la ciudad, junto con el cielo tan variado (esas nubes de la sabana bogotana, tan narrativas y elocuentes), y de los cerros, cubiertos poco a poco de edificios, y de un par de decenas de edificios” Carolina Sanín, descripción de Bogotá, literata y escritora.
19“Debemos apostar a una refundación de la ciudad, en nuestro pensamiento y en nuestras prácticas, donde los Cerros tengan igual protagonismo, pero con una nueva relación y significado para el siglo XXI. Seria ahora una conquista moral y de respeto a su valor ambiental, a su condición inequívoca de reserva hídrica, a su valor paisajístico y orientador de la vida urbana, a su valor sagrado en cuanto santuarios de flora y fauna, a su valor de Cerros memoria, lugar de encuentro ciudadano, laboratorio de paz y Cerros patrimonio de hoy y de las futuras generaciones.”. Disponible à l’URL : https://issuu.com/patrimoniobogota/docs/cerros_web_con_portada__1_.
20Les Andes magiques, chapitre 6 – Montagnes colombiennes et végétation exubérante.
21“La imaginación ascensional: entre todas las metáforas, las de altura, de elevación, de profundidad, de rebajamiento, de caída, son metáforas axiomáticas por excelencia”.
Auteur
-
Sandra Acosta Guacaneme
Docteure en urbanisme et aménagement du territoire, université polytechnique de Madrid (UPM), membre de la Sociedad Colombiana de Arquitectos (SCA)
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Signes et communication dans les civilisations de la parole
Olivier Buchsenschutz, Christian Jeunesse, Claude Mordant et al. (dir.)
2016
