« De Bourgogne, de Melun, & de Corbeil » : approvisionner Paris en terres cuites architecturales (xiiie-xixe siècle)
Résumé
La production de terres cuites architecturales a été située tout au long de l’époque moderne en périphérie des centres urbains, qui en constituent le débouché principal. Cette situation est particulièrement bien documentée pour Paris, par les textes de la pratique à partir du xiiie siècle et jusqu’au xixe siècle, mais aussi par les traités, aux auteurs essentiellement parisiens, à partir du xviiie siècle. Ils permettent de mettre en évidence un jeu d’échelles de périphéries dans l’approvisionnement de la capitale. Si des ateliers étaient situés aux portes de la ville, les produits de meilleure qualité étaient réputés provenir de plus loin : Corbeil et Melun, mieux encore Montereau-Fault-Yonne, et pour le plus haut de gamme en Bourgogne. Au xixe siècle, la proximité des gares de chemin de fer devint un critère d’implantation déterminant, mais ces espaces étaient également recherchés pour la construction de villégiatures, entraînant des conflits pour l’occupation des périphéries.
Texte intégral
1Jusqu’à une date plus ou moins avancée du xixe siècle, selon les régions, la terre cuite architecturale (tuiles, briques, etc.) constituait un matériau de construction particulièrement coûteux dans l’espace français1. Il était hors de portée de la majorité des populations rurales, qui bâtissaient prioritairement en matériaux périssables, riches propriétaires et seigneurs mis à part. Les centres urbains, au contraire, concentraient des constructions en matériaux pérennes, à la fois pour des questions de sécurité face aux incendies2, et pour des raisons de moyens et de prestige. En conséquence, pendant une large période moderne, les agglomérations ont constitué le débouché le plus rentable pour les installations de production de terres cuites architecturales, hors chantiers exceptionnels. Toutefois, dans le même objectif de prévention des incendies, les tuileries et briqueteries étaient généralement bannies des enceintes urbaines : l’approvisionnement s’effectuait en conséquence depuis les périphéries de la ville. La périphérie immédiate était la plus évidente, parfois juste à l’extérieur des fossés, mais les circonstances pouvaient également conduire à rechercher des approvisionnements plus lointains. Ces possibilités dépendaient bien sûr également des opportunités de transport entre les lieux de production et la ville, ainsi que d’autres contraintes liées au fonctionnement global du système socio-technique. Nous prendrons l’exemple de la ville de Paris, consommatrice importante, bien desservie, et au centre d’un système d’approvisionnement faisant intervenir plusieurs périphéries, sur différentes échelles, en évolution selon les époques et les circonstances ; que nous chercherons en conséquence à caractériser. Nous aurons pour ce faire recours à un corpus ouvert de sources majoritairement manuscrites, mais également imprimées ou archéologiques, couvrant toute la période xiiie-xixe siècle.
La périphérie proche : une constante… en évolution
2La première périphérie approvisionnant Paris en terres cuites architecturales, depuis le xiiie siècle au moins, était située juste aux portes de la ville. Il s’agissait essentiellement de deux quartiers spécialisés situés dans les faubourgs ouest, des deux côtés de la Seine : le faubourg Saint-Honoré sur la rive droite, au nord, et le faubourg Saint-Germain-des-Prés sur la rive gauche, au sud. Le premier est particulièrement célèbre en ce qu’il a été étudié archéologiquement, et constitue d’ailleurs la plus grande concentration de tuileries médiévales et modernes fouillée en France à ce jour3. Ces fouilles ont permis de mettre en évidence des séries d’établissements, en particulier leurs fours et certaines de leurs structures annexes, généralement groupés par trois, dont la qualité de construction tendit à diminuer avec le temps. Cet emplacement au bord des fossés impliqua un recul des installations entre le premier état documenté, au xiiie siècle, et leur disparition au moment de la construction du palais des Tuileries dans la décennie 1560, l’enceinte urbaine ayant été agrandie entre-temps (fig. 1)4. Sur la rive gauche de la Seine, les archives notariales parisiennes permettent de dresser un tableau du fonctionnement du quartier tuilier de Saint-Germain-des-Prés. Celui-ci n’était pas replié sur lui-même au niveau technique, mais dépendait d’un réseau s’étendant sur l’ensemble de la périphérie parisienne occidentale, en particulier pour son approvisionnement en matière première.
Fig. 1. – Emplacement des ateliers de production de terres cuites architecturales (en haut) et des zones d’extraction d’argile (en bas) en périphérie occidentale de Paris à l’époque moderne.

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3Dès la fin du xve siècle, Bernard Salliot acheta ainsi l’une des plus importantes tuileries du faubourg, ainsi qu’une terre à Auteuil pour l’extraction de l’argile, et un bateau pour son transport ; il gagna une place de choix dans la société locale, prêtant même de l’argent à l’abbaye de Saint-Germain pendant une vingtaine d’années5. Les frères Sasbout et Guillaume de Varicq, dirigeant la « tuilerie flamande » installée en bord de Seine, semblent avoir joui d’une situation similaire peu après 1600, détenteurs d’un très rare privilège royal pour la fabrication de tuiles, et gérant leur établissement comme une manufacture : acquisition d’argile en achetant des terrains, de l’argile déjà extraite, ou en sous-traitant à des entrepreneurs ; embauche d’ouvriers et contremaîtres dans l’ensemble du faubourg, mais également de Chaillot, sur la rive voisine ; essai possible de cuisson au charbon, exceptionnelle à l’époque, etc6. Les autres tuiliers et tuilières du secteur, même moins puissant(e)s, n’étaient pas en reste : certains cas sont ainsi documentés de « bras de fer » pour l’exploitation de terrains argileux, toujours à Auteuil, ou encore d’ouvriers passant d’une tuilerie à l’autre selon les années7.
4Les xviie et xviiie siècles sont moins bien documentés, les minutes notariales correspondantes étant moins bien référencées. Cependant, les données pour le xixe siècle permettent d’attester de la persistance d’une aire d’approvisionnement relativement proche de Paris, quoique plus éloignée que l’immédiate périphérie, en particulier à cause de l’urbanisation croissante des banlieues : si les actuels départements de la petite couronne ont enregistré peu de demandes de création de tuileries et briqueteries, pour la période 1810-1880, on en recense une quinzaine en Essonne, une quarantaine dans chacun des départements du Val-d’Oise et des Yvelines, et environ 70 en Seine-et-Marne (fig. 2)8. Pour cette même raison de densification de l’urbanisation, et l’augmentation de la demande en matériaux qu’elle entraînait, ces établissements pouvaient prendre des dimensions importantes, et avoir recours à des développements techniques innovants – généralement coûteux à l’achat, et rentables uniquement dans le cadre d’une production de masse9. On pourra citer Pierre Cartereau à Sarcelles, employant une machine à mouler entraînée par une machine à vapeur dès 182910. De même, la tuilerie de Charles-Louis-Joseph Carville, à Issy-les-Moulineaux, exploitait en 1841 la machine à brique brevetée par cet inventeur11. La Grande tuilerie d’Ivry-sur-Seine fut pour sa part fondée par Émile Muller en 1854 pour exploiter le brevet de tuiles mécaniques des frères Gilardoni ; ces derniers installèrent d’ailleurs leur propre tuilerie non loin, à Choisy-le-Roi12.
5L’établissement de Muller fournit la couverture du palais de l’Industrie à l’Exposition universelle de 1855, ou encore les briques et tuiles émaillées de la chocolaterie Menier de Noisiel en 187213. L’implantation de cette chocolaterie impliqua par ailleurs l’édification d’une cité ouvrière, grâce à un four Hoffmann temporaire établi entre 1874 et 1882, à savoir un très grand four annulaire permettant de cuire des briques en continu, breveté en 1858 et encore très peu répandu à l’époque14. Au moins un four similaire fut également employé à Villejuif au tournant des xixe-xxe siècles, possiblement en combinaison avec un « four-tunnel » plus moderne15. Enfin, à partir de la décennie 1850, des demandes d’implantation sont connues pour des fours en meule, parfois dits « flamands », dans un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de la capitale16 : ceux-ci correspondaient à des structures particulièrement imposantes, érigées avec les briques à cuire entre lesquelles étaient intercalées des couches de charbon. Ils étaient dans les siècles précédents plutôt l’œuvre d’équipes mobiles spécialisées opérant depuis la Belgique17, mais le xixe siècle vit ainsi une extension de leur usage pour fournir les chantiers particulièrement demandeurs, autour de l’agglomération parisienne, mais également à proximité d’usines, parfois jusque dans le sud du pays18.
Fig. 2. – Installation des tuileries et briqueteries en Île-de-France au xixe siècle.

Le maillage de fond de carte correspond aux communes. Les espaces grisés sont les départements de la « petite couronne » (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne).
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Périphéries lointaines, périphéries valorisées
6Certaines installations aux confins de l’aire d’attraction parisienne pouvaient en réalité être destinées à assurer un approvisionnement purement local, mais se rattachaient dans certains cas à un second type de périphérie, centres de production situés sur des gisements d’argile de qualité remarquable, et fournissant des produits plus réputés que ceux des ateliers plus proches de Paris19. Si une voie de transport efficace les reliait au centre urbain, il était possible de profiter de l’attractivité des produits pour les exporter à longue distance, en identifiant clairement leur origine pour faire monter leur prix de vente ; de fait, les statuts du métier de couvreur à Paris obligeaient à conserver les tuiles à port pour contrôle avant de les vendre, sans même envisager le cas de produits arrivant par voie terrestre20. La plupart des produits provenaient de l’amont, pour des raisons évidentes de facilité de convoyage (fig. 3). Le premier centre de production périphérique approvisionnant Paris sur le trajet était Montereau-Fault-Yonne et dans une moindre mesure Melun, à une centaine de kilomètres sur le fleuve, pour lequel nous connaissons l’organisation de quelques entreprises au xviiie siècle. Celle de « madame Aubray », active entre 1754 au moins et 1778, regroupait deux ateliers produisant environ 400 000 tuiles et briques par an21. Celles-ci étaient expédiées à Paris par bateau à des revendeurs détaillants, à raison d’un ou deux chargements de 25 000 à 60 000 produits par mois, et déchargées sur un port parisien où les revendeurs se chargeaient de trouver des acheteurs. Un arrêt intermédiaire éventuel vers Corbeil et Juvisy permettait un stockage « tampon » et un approvisionnement du sud de la région parisienne. L’importance de Montereau-Fault-Yonne perdura au xixe siècle : le plus ancien usage d’un four Hoffmann dont nous ayons pu trouver la trace en France est celui de la tuilerie Sachot à Montereau, en 186522.
Fig. 3. – Espaces d’approvisionnement en amont de Paris aux époques moderne et contemporaine.

Les réseaux sont ceux indiqués sur le tableau d’assemblage de la carte de Cassini en 1797.
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7Plus lointains et réputés encore étaient les produits de Bourgogne, ainsi que le notait explicitement Diderot dans l’Encyclopédie : « il nous vient de la brique de Bourgogne, de Melun, & de Corbeil ; celle de Bourgogne passe pour la meilleure23. » Ces produits étaient réputés pour présenter la plus grande solidité ; la provenance exacte n’était jamais précisée, en dehors de la vaste zone de production bourguignonne24. Certains produits pouvaient d’ailleurs en réalité provenir des zones boisées au sud de la Champagne, mais leur qualité était moindre25. Ce type de produit constituait une bonne partie de la marchandise revendue par la « demoiselle Gaudillon », autre détaillante parisienne26. L’attrait des produits de cette périphérie éloignée perdura tout au long du xixe siècle, avec une précision accrue due au marquage de la provenance via une matrice lors du pressage mécanique de la pièce. Ainsi, une violente concurrence se développa dans la décennie 1860, autour des produits marqués « de Montchanin », originellement produits à Montchanin même par Charles Avril. Jean-Marie Perrusson, établit une tuilerie non loin, à Écuisses, afin de produire le même type de produits avec, illégalement puisqu’elle était déposée, la même marque de fabrication.
8Dans le procès qui s’ensuivit, il fut témoigné que des acheteurs parisiens avaient effectivement acheté les produits de Perrusson en pensant qu’il s’agissait de ceux d’Avril, indiquant donc que les deux pouvaient effectivement être vendus à Paris. Dans les centres d’approvisionnement éloignés, quelques cas pouvaient apparaître en dehors des axes de communication les plus évidents. On pourra mentionner une livraison en 1537 depuis Lorris, à 120 km de la capitale27, mais surtout une association en 1784 concernant une tuilerie vers Sancerre, dans le Nivernais : il s’agissait de produire chaque année deux millions et demi de marchandises (briques, tuiles et carreaux), une très grosse quantité, pour pouvoir les vendre à Orléans ou à Paris « comme marchandise de Bourgogne de qualité supérieure28 ».
Un approvisionnement sous tension
9Ces processus de fourniture de l’agglomération depuis l’extérieur ont entraîné, dans une grande partie des cas documentés, des conflits ou du moins des tensions. Ceux-ci pouvaient avoir plusieurs causes : méfiance des administrateurs urbains envers des artisans ruraux, manque d’intérêt de ces derniers, incompréhension sur les produits recherchés, conflits quant à l’application de droits ou de normes, ou encore difficultés sur la chaîne d’acheminement. Pour la périphérie la plus proche, un écueil pouvait apparaître en ce qui concernait les droits d’application des règlements parisiens. En effet, si la production de briques et de tuiles est longtemps restée libre, celle de carreaux de pavement décorés était du ressort de la communauté des potiers et des carreleurs, susceptible d’effectuer des contrôles dans tout établissement dont émanaient des produits suspects ; de plus, les tuiliers ne faisant pas partie de cette communauté, seuls les potiers étaient autorisés à produire des carreaux29. Deux saisies consécutives furent ainsi effectuées en 1752 par les contrôleurs de la communauté dans l’atelier d’un tuilier situé à Massy, à une quinzaine de kilomètres des limites urbaines, lequel avait illégalement fabriqué des carreaux30.
10Pour des périphéries plus éloignées, les tensions concernaient plutôt les difficultés de transport et de communication entre acteurs. Depuis Montereau, des chargements arrivaient en partie brisés : phénomène normal en petite quantité, mais touchant la moitié d’une livraison de 177631. Plus complexe fut la gestion de la fourniture des tuiles pour les travaux de Paris dans la décennie 1810, concernant plusieurs centaines de milliers de tuiles de modèles innovants32. Les services des travaux de Paris passèrent des contrats avec des marchands intermédiaires, qui devaient gérer l’approvisionnement dans plusieurs tuileries bourguignonnes dans les environs de Sézanne, ainsi que le transport. Les tuiliers avaient été sélectionnés après une série d’essais, et les contrats passés dans des termes volontairement avantageux pour eux. Or, il apparut un peu tard que les tuiliers avaient besoin d’avance sur les paiements afin d’embaucher les ouvriers nécessaires, ce à quoi les administratifs parisiens méfiants se refusaient. Les tuiliers étaient mis en difficulté, avec des ouvriers refusant de travailler, mais eux-mêmes ne s’investissaient que peu dans ces commandes lointaines de modèles nouveaux les obligeant à adapter leur savoir-faire. Lorsque les tuiles arrivaient, jusqu’à un tiers étaient décrites comme « tellement défectueuses que l’eau les penétr[ait] et pass[ait] à travers », « bien loin d’être conformes à l’échantillon », mal cuites et ne résistant pas aux chocs. Le transport n’était pas forcément mieux mené : lorsque le bateau ne coulait pas sur le trajet, les ouvriers effectuant les transbordements s’avéraient d’autant plus lents qu’ils étaient payés à la journée, et des problèmes administratifs s’accumulaient. En conséquence, les contrats étaient régulièrement annulés par les autorités parisiennes.
11Enfin, les tuileries et briqueteries de la périphérie parisienne au xixe siècle s’implantaient dans un environnement en voie d’urbanisation, supposant un certain nombre de pressions sur les espaces disponibles. Les dossiers d’établissements classés permettent de connaître l’avis des voisins sur les dangers et pollutions des tuileries. S’ils reconnaissaient l’utilité des opportunités de création d’emplois, ils pointaient régulièrement les dangers de la fumée pour les hommes, les troupeaux et les récoltes, ainsi que les risques d’incendie33. S’y ajoutaient souvent des critiques plus ou moins fondées émanant de groupes sociaux opposés au tuilier, pour des raisons économiques ou simplement sociales et interpersonnelles. L’urbanisation rattrapant également des établissements isolés, quelques cas sont également signalés d’implantations d’habitants à proximité des tuileries alors que celles-ci étaient à l’arrêt, lesquels découvraient plus tard l’étendue de la pollution des cuissons34. Il faut toutefois noter que d’une part, au fur et à mesure que la société bourgeoise parisienne découvrait l’intérêt de la campagne pour y établir des lieux de villégiature, et d’autre part que les lignes de chemin de fer se développaient, et avec elles les possibilités d’exportation pour les industries, une concurrence apparaissait pour l’utilisation des terrains proches des gares. Des oppositions virulentes à l’implantation de tuileries étaient soulevées par les habitants des demeures bourgeoises environnantes lorsqu’elles étaient déjà en place, mais aussi de la part des propriétaires de terrains qui comptaient vendre ceux-ci pour l’implantation de nouvelles villégiatures. Le projet d’une tuilerie à Boissettes en 1874 reçut ainsi de nombreuses critiques des voisins, qui craignaient une dépréciation de leur qualité de vie et du prix de leurs maisons à cause des « fumées et émanations de toute sorte » : le terrain visé était situé en bas d’une colline récemment lotie « pour la situation et la vue qui en faisaient une propriété d’agrément35 ». La présence d’une gare et de la spéculation liée était pour sa part invoquée à Marines en 1862 et à Eaubonne en 186436.
12La fourniture de Paris en produits de terres cuites architecturales dépendait ainsi d’un ensemble de périphéries en partie interconnectées et en évolution, notamment en lien avec les changements amenés par l’industrialisation au xixe siècle. La première périphérie était de fait celle des tuileries situées directement sous les remparts ouest de la ville. Cette implantation découlait en grande partie du fait que ces installations dépendaient en réalité d’un réseau de lieux périphériques, à commencer par les terres d’Auteuil, un peu plus loin sur le fleuve, qui leur fournissait leur matière première. Reculant au fur et à mesure de l’avancée des murailles, ces tuileries formaient possiblement la plus ancienne périphérie d’approvisionnement de la ville, mais ont pu évoluer : celles du faubourg Saint-Honoré, en particulier, ont disparu avec l’implantation du palais des Tuileries. Au xixe siècle, ce type d’installation très proche du centre de consommation, produisant de grandes quantités de produits quoique d’une qualité parfois médiocre, était toujours présent, avec un intérêt certain d’au moins quelques producteurs pour les innovations techniques. Ces implantations pouvaient, lorsqu’elles s’éloignaient à quelques dizaines de kilomètres de Paris, rejoindre une seconde catégorie de périphérie, constituée de centres de production situés sur des voies de navigation les reliant au centre urbain, comme Montereau-Fault-Yonne. Cette disposition pouvait supposer, pour gérer le réseau d’approvisionnement, la présence de marchands intermédiaires se chargeant de l’organisation du transport et des contacts avec les producteurs et acheteurs. Dans les cas extrêmes, et seulement pour des produits réputés comme de la plus haute qualité, ces centres de production pouvaient même être situés dans d’autres régions, en l’occurrence la Bourgogne. Dans tous les cas, les rapports entre le centre et les périphéries, voire entre les différents acteurs de ces périphéries, n’allaient pas sans heurts, tant de par la distance géographique impliquant des difficultés organisationnelles, que du fait des acteurs concernés, susceptibles de s’opposer pour des questions de pouvoir, de gains économiques, d’habitus techniques, ou simplement de différences psychosociales. La notion de périphérie recoupait ainsi une série complexe et intriquée de réalités différentes, en évolution dans le temps, entrant parfois frontalement en contradiction avec le centre, mais également entre elles.
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Notes de bas de page
1C. Lacheze, « L’art du briquetier, xiiie-xixe siècle. Du régime de la pratique aux régimes de la technique », p. 255-259.
2I. M. Betts, « A scientific investigation of the brick and tile industry of York to the mid-eighteenth century… », p. 354. B. Dufaÿ, « Les tuileries parisiennes du faubourg Saint-Honoré d’après les fouilles des jardins du Carrousel (1985-1987) », p. 475.
3B. Dufaÿ, « Les tuileries parisiennes du faubourg Saint-Honoré d’après les fouilles des jardins du Carrousel (1985-1987) », p. 475-488.
4A. Berty, Topographie historique du vieux Paris. Région du Louvre et des Tuileries, vol. 1, p. 335-336.
5S. Gouzouguec, « Le métier de tuilier à Paris au xve siècle : approche sociale et organisation du travail dans la juridiction de Saint-Germain-des-Prés », p. 221-225.
6Arch. nat., MC/ET I 62, « Contrats de travail de Sasbout de Varicq », 1606. MC/ET I 64, « Marché de Sasbout de Varicq », 1608. MC/ET XIX 218, « Promesse de service à Guilielme de Varicq », 1600 ; « Promesse de fourniture de terre à potier à Guilielme de Varyc », 1600 ; « Vente de terre à Guilielme de Varyc », 1600. MC/ET XXIV 304, « Marché de livraison de charbon à Pierre de Vliet », 1617. Arch. dép. Bouches-du-Rhône, B 3340, « Privilège sur la fabrication de tuiles de Guillaume de Varic », 1600.
7Arch. nat., MC/ET CXXII 1550, « Engagement de travail de Marguerin Gasse, envers Barthélemy Trenet », 1603 ; 1556, « Alloué de Marguerin Gasse à Jeanne Marchant », 1605 ; 1557, « Désistement d’un procès intenté par Julien Heude contre Jeanne Marchant », 1606.
8Arch. dép. Essonne, série 5M, « Établissements classés ». Arch. dép. Seine-et-Marne, série 5 Mp, « Établissements dangereux et insalubres ». Arch. dép. Val-d’Oise, série 7 M, « Établissements dangereux, insalubres et incommodes ». Arch. dép. Yvelines, série 7 M, « Hygiène et santé publique ».
9J. Campbell, L’art et l’histoire de la brique. Bâtiments privés et publics du monde entier, p. 212.
10D. Baduel, F. Gentili, N. Warmé, « Les fours de la briqueterie du Petit Merisier (xviiie-xixe siècle) à Sarcelles (Val-d’Oise) », p. 11-12.
11De Lambel, « Rapport sur la briqueterie mécanique de M. Carville, établie à la ferme des Moulineaux, commune d’Issy, près Paris ».
12J. Cartier, « La tuile mécanique, une technologie du xixe siècle », p. 26-27.
13C. Cartier, « De la brique de campagne à la brique vernissée », p. 13.
14V. Bois, « Rapport fait sur le four annulaire à action continue de M. Frédérich Hoffman, ingénieur à Berlin, représenté, à Paris, par M. Bourry, 80, rue Taitbout », p. 273.
15O. Maury, N. Thomas, P. Rodriguez, Villejuif. Zac des Guipons, îlot A. Diagnostic archéologique.
16Arch. dép. Val-de-Marne, 5M 279, « Chennevières-sur-Marne, briqueterie », 1876. Arch. dép. Val-d’Oise, 7M 170/1, « Eaubonne, briqueterie », 1864. 7M 191/2, « Franconville-la-Garenne, briqueterie », 1865. 7M 310/1, « Pontoise, briqueterie », 1854. Arch. dép. Yvelines. 7M 149, « Le Pecq, briqueterie », 1862. 7M 158, « Louveciennes, briqueterie », 1881. 7M 218, « Versailles, briqueterie », 1856.
17J.-F. Clere, Essai pratique sur l’art du briquetier au charbon de terre d’après les procédés en usage dans le département du Nord et de la Belgique.
18Arch. de l’École des Mines de Paris, J 1826 (14), « Villeneuve, Journal de voyage », 1826, vol. 1, fol. 63-64. J 1827 (18), « Drouot, Vene, Chevalier, Journal de voyage », 1827, vol. 7.
19J. Savary des Brûlons, Dictionnaire universel de commerce, contenant tout ce qui concerne le commerce qui se fait dans les quatre parties du monde…, vol. 2, p. 1829-1830.
20L. Cimber, F. Danjou, « Extraits du trésor des Chartes. Statuts de la communauté des maistres couvreurs », p. 391.
21Arch. dép. Paris, D5B6 680, « Vasseur, fabricant de tuiles », 1750-1762. D5B6 2213, « Le Vasseur, marchand de tuiles et briques », 1763-1767. D5B6 3452, « Levasseur et Pecquet, marchands de tuiles et briques », 1767-1778.
22I. Rambaud, La Seine-et-Marne industrielle. Innovations, talents, archives inédites, p. 28.
23D. Diderot, J. d’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. 2, p. 421-423.
24O. Chapelot, « La construction sous les ducs de Bourgogne Valois : l’infrastructure (moyens de transport, matériaux de construction) ».
25J. Savary des Brûlons, Dictionnaire universel de commerce, contenant tout ce qui concerne le commerce qui se fait dans les quatre parties du monde…, vol. 2, p. 1829-1830.
26Arch. dép. Paris, D5B6 893, « Desceaulx, tuiles et ardoises », 1785 ; D5B6 903, « Desceaulx, tuiles et ardoises », 1778 ; D5B6 3987, « Gaudillon, marchande de tuiles et d’ardoises », 1776 ; D5B6 4440, « Dezceaulx, marchand de tuiles, briques et ardoises », 1781-1782.
27Arch. nat., MC/ET XIX 149, « Marché pour fourniture de briques », 1537.
28Arch. nat., MC/ET LVIII 520, « Traité pour l’exploitation et l’agrandissement d’une tuilerie », 1784.
29Cette spécialisation se rencontrait assez fréquemment : la partie la plus complexe de la production de carreaux décorés était l’application du décor, laquelle avait plus en commun avec la décoration de poteries qu’avec les productions du tuilier.
30Arch. dép. Essonne, 79J 39/3, « Condamnation d’un tuilier », 1752.
31Arch. dép. Paris, D5B6 3452, « Levasseur et Pecquet, marchands de tuiles et briques », 1776.
32Arch. nat., F13 770, « Tuiles fabriquées pour la Direction des Travaux de Paris », 1812-1821.
33De telles observations se trouvent dans une très grande partie des dossiers, généralement conservés dans les séries 5M ou 7M des archives départementales.
34Arch. dép. Aube, 5M 399, « Brienne-le-Château, fabrication de brique et de tuile », 1840.
35Arch. dép. Seine-et-Marne, 5 Mp 21, « Boissettes. Tuilerie », 1874.
36Arch. dép. Val-d’Oise, 7M 170/1, « Eaubonne. Daniel, briqueterie ». 7M 250/1, « Marines. Hérest, briqueterie », 1862.
Auteur
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Cyril Lacheze
Post-doctorant en histoire des techniques, université de Technologie de Belfort-Montbéliard, chargé de cours, université Paris I – Panthéon-Sorbonne
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2016
