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    Plan détaillé Texte intégral La genèse d’une collection L’intérêt de ces dessins Quelques aspects du sujet Bibliographie Notes de bas de page Auteur

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    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les cartons à dessins des compagnons du Tour de France

    Jean-Michel Mathonière

    Résumé

    Chez les compagnons charpentiers et tailleurs de pierre, le cœur de la transmission des savoirs est l’étude de la géométrie projective pour la coupe des bois et des pierres. Cet « art du trait », autrefois secret, s’est transmis depuis le xvie siècle par deux canaux : la publication de traités imprimés et, d’autre part, les cours du soir suivis par les compagnons au gré du Tour de France. Si l’étude du premier canal ne pose pas de difficulté particulière du fait même de l’accessibilité des collections imprimées, il n’en va pas de même pour celle du second : sauf lorsqu’ils concernent des monuments remarquables, les dessins techniques ne retiennent pas assez l’intérêt des historiens de l’architecture et des collectionneurs. Au travers des exemples de ma propre collection, je montrerai combien ils nous renseignent de manière précise sur l’étendue réelle des savoirs théoriques des compagnons et leur évolution.

    Texte intégral La genèse d’une collection L’intérêt de ces dessins Quelques aspects du sujet Le trait comme seule compétence requise Les professeurs et démonstrateurs de trait Archives familiales L’esprit de l’escalier Les points à étudier Pourquoi conserver ces dessins ? L’apport à la connaissance des généalogies et des transmissions Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Chez les compagnons charpentiers et tailleurs de pierre, le cœur de la transmission des savoirs est l’étude de la géométrie « projective » des bois et des pierres, que l’on appelle également géométrie « descriptive » ou « trait ». Pour en donner une définition simple, cette méthode permet de dessiner chacune des pièces composant une voûte, une charpente ou un volume quelconque selon sa vraie grandeur et son positionnement dans l’ensemble, ce qui facilite le passage de la conception à l’exécution.

    2Cet « art du trait », autrefois plus ou moins secret, s’est transmis depuis le xvie siècle par deux canaux ; d’une part, la publication de traités imprimés – le plus ancien étant le Premier tome de l’architecture par Philibert Delorme (ou De l’Orme) (1514-1570), publié en 1567 – et la formulation savante de ces connaissances, notamment par Gaspard Monge (1746-1818) sous la Révolution ; et d’autre part, les cours du soir suivis par les compagnons au gré de leur Tour de France.

    3Si l’étude du premier canal ne pose pas de difficulté particulière du fait même de l’accessibilité des imprimés, il n’en va pas de même pour celle du second : relégués au rang d’exercices scolaires d’un intérêt limité, les dessins et les épures d’exercice ne retiennent pas suffisamment l’intérêt des historiens de l’architecture. J’ai consacré à l’histoire compagnonnique de l’art du trait en France une première approche générale sous la forme d’une conférence intitulée « Aux arts et sciences réunis, les compagnons et le trait », donnée en 2018 à l’occasion d’un « 5 à 7 » organisé sous la coupole par l’Académie des sciences1. Par ailleurs, lors du précédent congrès du Comité des travaux scientifiques et historiques (CTHS), j’ai produit une communication sur « la transmission des savoirs chez les compagnons tailleurs de pierre en France aux xviiie et xixe siècles », dans laquelle sont évoqués les cours du soir et la production d’épures2.

    4Aujourd’hui, au travers d’exemples provenant de ma propre collection, j’aimerais montrer la diversité et la richesse de ce patrimoine graphique et aussi combien ces dessins peuvent nous renseigner sur les savoirs des compagnons et leur évolution. J’offre dans le même temps un témoignage de collectionneur quant aux causes et circonstances de sa passion. Pour accompagner cette présentation générale du sujet lors du congrès, j’avais privilégié et multiplié les exemples visuels, pour témoigner de leur complexité graphique ainsi que de leur variété (sans oublier leur beauté pour certains) ; on en trouvera ici seulement une dizaine d’exemples, conformément à la règle imposée à tous les contributeurs.

    La genèse d’une collection

    5Deux mots tout d’abord sur la genèse de ma collection : ma formation professionnelle initiale est celle de dessinateur en bâtiment et génie civil, d’où mon intérêt pour le dessin technique. Aussitôt après mes études, passionné d’histoire et d’architecture ancienne, je suis entré durant quelque temps au service des Bâtiments de France de l’Indre, à dix-huit ans à peine. C’est à la même époque qu’ayant à ce titre à veiller sur le château de Nohant, la demeure de George Sand3, j’ai commencé à m’intéresser au compagnonnage dont je connaissais l’existence depuis l’enfance, cette tradition étant encore vivace dans mon Bas-Berry natal.

    6Mais ma collecte de dessins de compagnons n’a débuté que beaucoup plus tard : en 2005, un concours de circonstances permit le sauvetage par des amis d’une malle ayant appartenu à un compagnon passant tailleur de pierre natif de Caux (Hérault), Jean-Jacques Laurès (1815-1883). Il avait accompli son Tour de France entre 1837 et 1842, avec cette malle achetée spécialement4. Au moment de sa mise à la benne, à l’occasion de la vente de sa maison familiale, elle contenait un peu plus d’une centaine d’épures de stéréotomie ainsi que des dessins d’ordres d’architecture et d’étude des ombres. C’est à la suite de cette première « pierre » que, prenant conscience de la fragilité et de la relative rareté de ce patrimoine, je me suis intéressé aux dessins des compagnons.

    7En 2011, ce début de collection a augmenté par l’acquisition, sur une brocante, de 65 épures de stéréotomie datant des années 1858-1859 et dues à Eugène Lyon (1840-1911), un jeune tailleur de pierre originaire du Barroux (Vaucluse). L’année suivante, à nouveau sur une brocante, la collection s’est diversifiée par l’acquisition d’un carton contenant une centaine d’épures réalisées par deux compagnons passants charpentiers appartenant à la même famille, les Lalanne, dessins datant des années 1880 et de l’entre-deux-guerres.

    8De 2013 à 2018, principalement via internet, d’autres dessins vinrent enrichir le fonds, quelques-uns appartenant à des ensembles, tel un carton (fig. 1) ayant appartenu à Eugène Briquet (1886-1967), reçu compagnon passant charpentier en 19075. Ou encore quelques éléments provenant d’un carton très abîmé, récupéré dans une poubelle de la région de Marseille et qui contenait un ensemble hétéroclite de dessins d’architecture s’échelonnant des années 1740 à 1830 environ.

    Fig. 1. – Épure d’un faîtage de pente par Eugène Briquet, aspirant charpentier du Devoir, réalisée à Limoges le 27 janvier 1905.

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    Coll. J.-M. Mathonière ©.

    9Début 2019, ce fut l’acquisition d’un nouvel ensemble important : un carton comptant 120 épures (fig. 2) réalisées durant son Tour de France (1815-1819) par le compagnon passant charpentier Jean Jounqua6 d’Agen, né en 1796 et décédé en 1820, à l’âge de 25 ans.

    Fig. 2. – Épure d’une flèche torse par Jean Jounqua, compagnon passant charpentier, vers 1815.

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    Coll. J.-M. Mathonière ©.

    10Enfin, en 2020, le fonds s’est enrichi d’un ensemble de 18 dessins (fig. 3) dus à un serrurier, Raymond Gallion (1906-1949), réalisés dans le cadre des cours qu’il a suivis en 1926-1928 à l’Union Compagnonnique d’Angoulême, dispensés par un compagnon serrurier du Devoir, Ulysse Houssay7. Le travail du métal venait ainsi compléter celui de la pierre et du bois.

    Fig. 3. – Dessin d’un escalier à la française à double limon (vue de face, vue de dessus et détails) par le serrurier Raymond Gallion, vers 1928.

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    Coll. J.-M. Mathonière ©.

    11C’est donc une collection qui commence à devenir significative. Comme ce n’est pas mon seul sujet d’intérêt8, j’en poursuis l’accroissement lentement, au gré des opportunités et sans y consacrer un budget important.

    L’intérêt de ces dessins

    12Si l’on met de côté le plaisir qu’il y a à chiner et l’esthétique d’une partie de ces dessins, quel est l’intérêt pour l’historien de rassembler une telle collection ? Voici ce que je disais en 2006, en préambule de la première de mes expositions sur la stéréotomie et les compagnons tailleurs de pierre :

    « La découverte d’une centaine d’épures de stéréotomie réalisées durant son Tour de France en 1837-1842 par Jean-Jacques Laurès permet de mieux cerner l’importance que possédait cette discipline chez les compagnons tailleurs de pierre des xviiie et xixe siècles. Si l’on savait déjà tout le respect dans lequel était tenu par eux “l’art du Trait”, si l’on savait aussi par leurs réalisations combien certains maîtrisaient cette forme de la géométrie dans l’espace, il manquait cependant de “toucher du regard” ce que représentait réellement autrefois – à la lueur des chandelles et après de longues journées de travail – l’apprentissage de cette discipline exigeante et sa transmission traditionnelle par les anciens aux jeunes compagnons sur leur Tour de France9. »

    13En effet, entre savoir en théorie quelle est l’importance du dessin technique chez les compagnons, quelle que soit leur profession, et pouvoir constater de visu, par de nombreux exemples, tout ce que cela représente en termes d’heures d’études et de dessin très délicat – dans des conditions d’exécution qui, autrefois, étaient extrêmement pénibles –, il y a une grande différence.

    14Pouvoir étudier a posteriori ces épures permet de mesurer non seulement l’étendue de leurs savoirs théoriques en matière de trait pour la coupe des pierres et des bois, mais aussi les manières dont cette transmission s’opérait. Ainsi, tous les dessins d’Eugène Lyon ont été réalisés à Marseille durant une période qui va du 25 septembre 1858 au 10 mai 1859. Même s’ils sont de petit format, c’est généralement au rythme de deux par jour qu’ils furent réalisés, sur de petits formats de papier et, pour économiser encore sur le support, sous forme de diptyques. Ces cours de trait lui permirent-ils d’occuper utilement, dans la journée, une période de chômage ? Ou bien furent-ils un prélude à son Tour de France, en cours du soir ? Aucune donnée documentaire ne permet de répondre avec certitude, si ce n’est que son jeune âge, 18 ans, incite à penser qu’il n’en est qu’au début de son parcours. Mais l’analyse de cette succession de dessins révèle nettement un fait important : les sujets, comme leur progression, sont directement tirés du Traité spécial de coupe des pierres publié par Jean-Paul Douliot10 en 1826, sans qu’il s’agisse d’une copie servile de ses planches, ce qui veut dire que son professeur de trait avait reformulé les exercices. Le fait est d’autant plus intéressant que Douliot, décédé en 1835, était un compagnon passant tailleur de pierre et non un compagnon étranger, comme l’était probablement son professeur et comme le devint peut-être à son tour Eugène Lyon comme le laisse à penser une référence à Salomon sur l’un de ses dessins11. L’on voit par cet exemple que les rivalités entre sociétés compagnonniques ennemies pouvaient, vers 1860, être surmontées à l’occasion de l’étude du trait, alors même que leur compétence à ce sujet avait fait durant les décennies précédentes l’objet de concours et de rixes parfois très violentes, comme la bataille de Tournus en 1825-1826, évoquée par Agricol Perdiguier dans ses Mémoires d’un Compagnon.

    Quelques aspects du sujet

    15Les contraintes propres à ce type d’article interdisent bien évidemment toute étude exhaustive du sujet, d’autant que par son originalité et sa nouveauté, celle-ci ne peut guère s’appuyer sur des travaux antérieurs. En fait, j’ai saisi l’opportunité qu’offrait la thématique de ce congrès pour élaborer une première approche académique de ce sujet qui retient mon attention depuis une quinzaine d’années, en quelque sorte une épure sur les épures de compagnons. Je me contenterai donc de lister ci-après quelques aspects de la question.

    Le trait comme seule compétence requise

    16Rappelons tout d’abord que sous l’Ancien Régime, selon les métiers, les compagnons n’avaient pas tous l’obligation de réaliser un chef-d’œuvre12. Ainsi des compagnons passants tailleurs de pierre : outre sa capacité à gagner honnêtement sa vie en travaillant, ce que l’aspirant à ce titre devait démontrer sur le plan professionnel, c’étaient de solides connaissances théoriques de base et une véritable curiosité en matière de « trait »13. De ce fait, il est assez probable que la seule épure de Jean-Jacques Laurès qui soit signée de son nom de compagnon, « La Tranquillité de Caux » (fig. 4), est celle qu’il aura produite à l’occasion de sa réception lors de l’Ascension 1840 à Paris14.

    Fig. 4. – Épure, soit d’un élément de limon d’escalier appelé quartier tournant, soit d’un voussoir de voûte biaise à appareillage hélicoïdal, par Jean-Jacques Laurès, compagnon passant tailleur de pierre, 1840.

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    Coll. J.-M. Mathonière ©.

    Les professeurs et démonstrateurs de trait

    17Pour maîtriser le plus parfaitement possible le trait, les compagnons suivaient des cours auprès de leurs aînés et aussi des cours publics à destination des ouvriers. Dans son Livre du Compagnonnage, publié en 1840, Agricol Perdiguier insiste sur l’importance de l’apprentissage du trait et sur l’acquisition d’un « Vignole ». Dans ses Mémoires d’un Compagnon, il relate son Tour de France et parle des cours de trait. La boîte de compas (fig. 5) et de tire-lignes était un bien précieux ; plutôt que leurs encombrants outils, généralement fournis par leurs employeurs, c’était ce que les compagnons rangeaient soigneusement dans leur baluchon, entre quelques habits.

    Fig. 5. – Boîte à compas ornée d’un emblème compagnonnique, vers 1840.

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    Coll. J.-M. Mathonière ©.

    18Quelques épures permettent de connaître les noms des professeurs. Si le plus grand nombre des dessins ne sont ni légendés ni datés, il en est d’autres qui le sont assez soigneusement – nonobstant une orthographe souvent approximative. On apprend ainsi de deux épures d’escalier de Jean Jounqua que ces dessins ont été réalisés selon les principes de Monsieur Deupé, « démonstrateur du trait ».

    19Une épure de charpente de ma collection, hélas isolée, porte la mention : « Dessiné par Libourne Le Protégé de Saint Joseph, dit Le Soutien des Bondrilles, chez Debloi L’Ami du Trait, à Paris le 6 février 1829 » (fig. 6). Le surnom d’« Ami du Trait », très caractéristique des charpentiers de cette époque, dit bien toute la compétence de ce professeur en ce domaine.

    Fig. 6. – Légende d’une épure de charpente réalisée par Libourne le Protégé de Saint-Joseph dit le Soutien des Bons Drilles mentionnant le nom de son démonstrateur de trait, « Deblois » (patronyme) ou « de Blois » (origine géographique) l’Ami du Trait, 1827.

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    Coll. J.-M. Mathonière ©.

    20Plusieurs épures parisiennes de Romain Lalanne portent la mention « réalisé d’après les principes de Mazerolle » (fig. 7). Il s’agit de Louis Mazerolle (1842-1899), dit « Bourbonnais Va de Bon Cœur », compagnon passant charpentier qui était justement en train d’achever à Paris, en ce début des années 1880, le grand chef-d’œuvre des charpentiers du Devoir. Ce grand-maître du trait publiera en 1895 le remarquable Traité théorique et pratique de charpente, un ouvrage qui fait toujours référence aujourd’hui. Romain Lalanne, justement surnommé lui aussi « l’Ami du Trait », aura sans doute appris directement auprès de lui, après ses journées de travail, en l’assistant pour la réalisation du grand chef-d’œuvre qui était ainsi tout à la fois la vitrine de l’excellence de cette société compagnonnique et un support de cours incomparable.

    Fig. 7. – Légende d’une épure de charpente réalisée par Romain Lalanne « d’après les principes de Mazerolle » à Paris le 16 janvier 1883. Les lettres U∴V∴G∴T∴, formant devise symbolique, sont caractéristiques des « enfants du Père Soubise », une des branches rituelles des compagnonnages français.

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    Coll. J.-M. Mathonière ©.

    Archives familiales

    21Lorsque ces cartons quittent les familles, au gré des successions et des déménagements, il n’est pas rare de constater qu’ils ont été amputés de quelques épures que l’on aura encadrées pour conserver un souvenir de l’ancêtre ayant accompli son Tour de France.

    L’esprit de l’escalier

    22Il est en effet un thème qui suscite plus que tous les autres l’intérêt du public profane et, hélas, l’appétit des collectionneurs. C’est celui des escaliers. Chacun sait que le calcul et le tracé d’un escalier, même le plus simple, demandent un savoir-faire certain. Lorsque l’escalier se développe en courbes audacieuses, ce savoir-faire est réservé à ceux qui maîtrisent les arcanes les plus subtils du trait (fig. 8).

    Fig. 8. – Deux épures d’escaliers courbes réalisées par un compagnon menuisier anonyme, milieu xixe siècle.

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    Coll. J.-M. Mathonière ©.

    23Mon « hélas » exprime le regret d’avoir souvent constaté que c’est généralement la beauté des planches d’escaliers qui a provoqué la vente « à la casse » des ensembles d’épures. Car la valeur marchande d’un dessin d’escalier courbe est bien plus élevée que celle d’un escalier droit et surtout que celle d’un élément « ordinaire ». L’intéressante suite des épures réalisées par Eugène Lyon a ainsi été amputée en totalité des épures d’escaliers, achetées, selon le brocanteur qui me les a vendues, par des touristes étrangers pour les encadrer et en décorer leurs résidences secondaires.

    Les points à étudier

    24Du point de vue purement technique, il faudrait bien sûr analyser en profondeur l’évolution des méthodes de géométrie projective selon les métiers, les confronter à celles qui sont relayées par des traités imprimés, mesurer selon quel délai la théorie venait nourrir la pratique, et vice-versa. Du point de vue de la pratique du dessin technique, il y aurait toute une analyse à faire sur les formats de papier employés selon les époques et les métiers, l’origine géographique de ces papiers via l’étude de leurs filigranes, les conditions de leur réalisation – par exemple sur une planche à dessin ou sur un simple coin de table à l’auberge –, les instruments de dessin, l’existence ou non de corrections par les maîtres, etc.

    Pourquoi conserver ces dessins ?

    25La motivation que les compagnons avaient à conserver ces dessins ne relevait pas du seul souvenir de leurs années de jeunesse : c’étaient des objets de mémoire leur rappelant ce savoir technique. Vingt ou trente ans plus tard, à l’occasion de la réalisation d’une construction plus complexe qu’à l’habitude, c’était le meilleur moyen de se remémorer une méthode de tracé. On soulignera cependant qu’au cours du xixe siècle, la multiplication des traités imprimés trouva une clientèle importante auprès des compagnons. On en rencontre d’ailleurs quelquefois des planches séparées, glissées au milieu des dessins et des cartons. Certains, tel le Mazerolle que j’ai déjà cité, étaient d’ailleurs publiés sous forme de portefeuilles de planches plutôt que de volumes reliés ou brochés. Le témoignage offert par le carton de la famille Lalanne, où se mélangent les dessins d’un grand-père et ceux de l’un de ses petits-fils, montre bien que cette mémoire devenait un véritable capital familial, servant à l’instruction des plus jeunes.

    26Comme le montrent des étiquettes surajoutées et rédigées à la manière de cartels, plusieurs des épures de jeunesse d’Eugène Briquet ont servi d’exemple du savoir-faire en matière de trait de charpente lors de l’exposition compagnonnique de 1942 à Limoges, pour promouvoir l’alors toute jeune Association ouvrière des Compagnons du Devoir.

    27On connaît également des exemples de cartons soigneusement conservés par des familles de charpentiers et contenant les séries d’épures, d’une qualité exceptionnelle, que les élèves venaient apprendre à réaliser, en payant leurs cours, dans la fameuse « École professionnelle pratique de stéréotomie appliquée à la construction » créée en 1871 à Romanèche, en Saône-et-Loire, par Pierre-François Guillon, un compagnon charpentier du Devoir de Liberté (cette ancienne école de trait est devenue le musée départemental du compagnonnage Pierre-François Guillon) (fig. 9). Les élèves se constituaient ainsi un véritable capital de savoir dont ils profitaient toute leur vie. J’ai eu le plaisir de voir de tels cartons à l’occasion de l’exposition « Indiens & Bondrilles » que j’ai réalisée durant l’été 2013 à Villeneuve-sur-Yonne, grâce à la gentillesse de Jean Robin, charpentier villeneuvois retraité, non-compagnon mais descendant d’une grande famille de compagnons charpentiers.

    Fig. 9. – Compagnons et aspirants compagnons charpentiers en cours de trait.

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    Promotion 1919-1920 des élèves de l’École professionnelle pratique de stéréotomie appliquée à la construction, fondée en 1871 à Romanèche-Thorins par Pierre-François Guillon (1848-1923) que l’on voit ici à gauche, portant un grand compas. Les élèves, peu nombreux après l’hécatombe de 1914-1918, posent avec les maquettes qu’ils ont réalisées, posées à leurs pieds, devant les chefs-d’œuvre de l’école et leurs épures suspendues au mur.

    A. Cottillon. D.R. Coll. J.-M. Mathonière ©.

    L’apport à la connaissance des généalogies et des transmissions

    28La conservation sous carton permet aussi de préciser des généalogies. Ainsi, le carton d’épures signées Lalanne m’a posé la question du lien parental existant entre son principal dessinateur, Romain, actif durant les années 1880, et un second, qui signe simplement C. Lalanne dans les années 1930. Grâce aux ressources généalogiques offertes par le site internet du musée du Compagnonnage de Tours, j’ai pu établir qu’il se prénommait Camille et qu’il s’agissait du petit-fils du premier. Il fut reçu compagnon passant en 1939 à Tours sous le nom de « Poitevin la Fermeté ». Sur trois générations, cette famille ne compta pas moins de six compagnons passants charpentiers.

    29Les quelques dessins provenant d’un carton trouvé dans une poubelle de la région de Marseille illustrent une autre forme de transmission : celle de la famille compagnonnique. Il contenait des dessins s’échelonnant des années 1740 à 1830. Parmi les plus anciens des quelques-uns que j’ai pu acquérir (nombre m’ont échappé lors de leur vente sur internet), certains sont de François Franque (1710-1793). C’était un architecte du roi et le fils d’un célèbre architecte avignonnais, Jean-Baptiste Franque (1683-1758), un passionné de stéréotomie qui avait été compagnon tailleur de pierre dans sa jeunesse, de même que d’autres architectes avignonnais de cette époque15. Ce sont probablement ces liens compagnonniques qui expliquent pourquoi ces dessins se sont retrouvés mêlés à d’autres, datant des années 1820-1830 et signés de plusieurs patronymes. On sait avec certitude que durant les premières décennies du xixe siècle, des compagnons avignonnais ont œuvré aux travaux du Vieux-Port et de La Joliette sous la conduite de Jean Dussaud (1796-1856)16, dit « La Vertu de Saint-Quentin », un compagnon natif de la Gironde qui s’était établi vers 1820 à Courthézon, une petite ville au nord d’Avignon. Voici un projet de 1829 pour la tourelle du Canoubier (fig. 10), une marque cardinale construite sur un récif situé à proximité de l’entrée du Vieux-Port de Marseille. Il est signé Magny, patronyme d’une famille avignonnaise ayant compté des compagnons tailleurs de pierre. Cela témoigne de l’évolution par les compétences acquises du métier de tailleur de pierre à celui d’ingénieur ou d’architecte, que l’on constate dès le xviiie siècle et qui prend de l’ampleur au xixe. Cette image illustre par ailleurs cruellement le problème de l’état et de la conservation de certains de ces dessins.

    Fig. 10. – Projet pour la tourelle de l’écueil du Canoubier, Marseille, dessin signé H. Magny, 1829.

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    Coll. J.-M. Mathonière ©.

     

    30J’espère être parvenu à montrer l’intérêt qu’offrent les cartons à dessins des compagnons du Tour de France, tant du point de vue de l’histoire des techniques et de leur enseignement et transmission, que de celui de l’histoire des compagnonnages en général. J’espère aussi avoir fait prendre conscience de l’importance qu’il y a de conserver ces dessins17 en tant que collections qui font sens par leur réunion. Collectionner de belles épures parce qu’elles sont esthétiques ou exceptionnelles, c’est bien… mais, qu’ils soient beaux ou quelconques, voire en mauvais état, garder réunis ces dessins qui, épars, ne raconteraient plus les cheminements individuels et les difficultés de l’apprentissage, me semble encore plus important.

    Bibliographie

    Bastard Laurent et Bourcier Jean-Pierre, « Auguste Tamoré (1864-1945), entrepreneur de maçonnerie à Joué-lès-Tours : de la taille de pierre au béton armé », dans Collectif, Fragments d’histoire du Compagnonnage, volume 12, Tours, musée du Compagnonnage, 2010, p. 63-137.

    Bastard Laurent et Mathonière Jean-Michel, Travail et honneur : les compagnons passants tailleurs de pierre en Avignon aux xviiie et xixe siècles, Dieulefit, La Nef de Salomon, 1996.

    Delorme Philibert, Le premier tome de l’architecture de Philibert de L’Orme conseillier et aumosnier ordinaire du Roy, & abbé de S. Serge lez Angiers, Paris, F. Morel, 1567.

    Houdusse Jean-Paul, Eugène Briquet, Compagnon passant charpentier du Devoir, Paris, éd. Librairie du Compagnonnage, 2011, 430 p.

    Mathonière Jean-Michel, La Tranquillité de Caux : le chansonnier et le tour de France (1837-1842) de Jean-Jacques Laurès dit « La Tranquillité de Caux », compagnon passant tailleur de pierre, Dieulefit, La Nef de Salomon, 2005.

    Mathonière Jean-Michel, « Agricol Perdiguier, premier historien du compagnonnage français », Provence historique, T. LVI, fasc. 226, 2006, p. 353-360.

    Mathonière Jean-Michel, « Jean-Paul Douliot (1788-1834), compagnon passant tailleur de pierre, professeur d’architecture et auteur du Cours élémentaire, pratique et théorique de construction », dans Fleury F. et al. (dir.), Les temps de la construction : processus, acteurs, matériaux, Paris, Picard, 2016, p. 163-174.

    Mathonière Jean-Michel, « Vignole et les compagnons du Tour de France », dans Hilaire-Pérez L. et al. (dir.), Le livre technique avant le xxe siècle : à l’échelle du monde, Paris, CNRS éditions, 2017, p. 149-160.

    Mathonière Jean-Michel, Catalogue des épures de Jean Jounqua (1796-1820) dit « Agenois la Gaieté », compagnon passant charpentier d’Agen, 2019, document de travail disponible en téléchargement PDF sur le site internet :www.compagnons.info.

    Mathonière Jean-Michel, « Correspondances compagnonniques », dans : Collectif, Du Trianon au château de Sauvan ; 300e anniversaire d’un monument historique (1719-2019), Avignon, éd. Cardère, 2019, p. 45-71.

    Mathonière Jean-Michel, « La transmission des savoirs chez les compagnons tailleurs de pierre en France aux xviiie et xixe siècles », dans Blary François et Gély Jean-Pierre (dir.), éd. numérique, Ressources et construction : la transmission des savoirs sur les chantiers, Paris, éd. CTHS, 2020.
    [URL :https://books.openedition.org/cths/11077/]

    Mathonière Jean-Michel, Présentation et notes additionnelles à l’édition en fac-similé de l’édition de 1632 de : Vignole, Règle des cinq ordres d’architecture, Paris, éd. Dervy, 2020.

    Mathonière Jean-Michel, « Les chefs-d’œuvre compagnonniques : typologie et histoire », dans actes du colloque international Virtuosités. Éthique et esthétique du geste technique du Moyen Âge au xixe siècle, Institut national d’histoire de l’art, Paris, 14-15-16 janvier 2021, à paraître.

    Perdiguier Agricol, Livre du compagnonnage, Paris, Pagnerre, 1840.

    Perdiguier Agricol, Mémoires d’un compagnon, s.l., 1854.

    Notes de bas de page

    1 Visible sur YouTube à cette adresse : https://www.youtube.com/watch?v=ThPY6DxzsZw

    2 J.-M. Mathonière, « La transmission des savoirs chez les compagnons tailleurs de pierre en France aux xviiie et xixe siècles.

    3 Amie d’Agricol Perdiguier, elle publia un roman pour aider ce compagnon à faire connaître son œuvre pacificatrice : Le Compagnon du Tour de France, 1840. Voir J.-M. Mathonière, « Agricol Perdiguier ».

    4 Voir J.-M. Mathonière, La Tranquillité de Caux.

    5 Eugène Briquet joua un rôle important à partir de 1940 dans la genèse et le développement de l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir. Voir sa biographie dans J.-P. Houdusse, Eugène Briquet.

    6 Voir J.-M. Mathonière, Catalogue des épures de Jean Jounqua…

    7 Ulysse Houssay, né à Angoulême en 1852, reçu compagnon serrurier du Devoir à une date inconnue sous le nom d’Ulysse l’Angoumois, adhérent à l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis dès sa fondation en 1889.

    8 Je m’intéresse ainsi à l’influence qu’a exercée la Règle des cinq ordres d’architecture de Vignole sur les compagnonnages à partir du début du xviie siècle et, à cette fin, j’ai réuni de nombreuses éditions de cet ouvrage (93 à la date de septembre 2021). Voir J.-M. Mathonière, « Vignole et les compagnons du Tour de France » ; et Vignole, Règle des cinq ordres d’architecture.

    9 Document de présentation de l’exposition.

    10 Voir J.-M. Mathonière, « Jean-Paul Douliot (1788-1834) ».

    11 Les compagnons passants tailleurs de pierre se réfèrent à un fondateur légendaire dénommé « Maître Jacques », tandis que leurs rivaux, les compagnons étrangers, se réfèrent au roi Salomon.

    12 Voir J.-M. Mathonière, « Les chefs-d’œuvre compagnonniques ».

    13 Sur les compagnons tailleurs de pierre en général, voir L. Bastard et J.-M. Mathonière, Travail et honneur.

    14 Voir J.-M. Mathonière, La Tranquillité de Caux.

    15 Cf. J.-M. Mathonière, « Correspondances compagnonniques ».

    16 Voir Fabien Bartolotti, De Marseille au canal de Suez. L’ascension d’une entreprise de travaux publics maritimes : Dussaud frères (1845-1869), mémoire de master II, Université Aix-Marseille, 2012-2013.

    17 J’ai évoqué le fait que les dessins de Jean-Jacques Laurès avaient été sauvés in extremis de la décharge, les dessins techniques ne bénéficiant que rarement du réflexe conservatoire par les héritiers des œuvres artistiques. Ce fut également le cas, quelques années plus tard, de la collection des épures d’un tailleur de pierre tourangeau, Auguste Tamoré (1864-1945), qui furent finalement déposées au musée du Compagnonnage de Tours ; voir L. Bastard et J.-P. Bourcier, « Auguste Tamoré (1864-1945) ». Il est aisé d’imaginer que chaque année, nombre de dessins de compagnons terminent à la déchetterie ou sont détruits par le feu.

    Auteur

    • Jean-Michel Mathonière

      Chercheur indépendant, membre du conseil d’administration de l’académie de Vaucluse

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    2 J.-M. Mathonière, « La transmission des savoirs chez les compagnons tailleurs de pierre en France aux xviiie et xixe siècles.

    3 Amie d’Agricol Perdiguier, elle publia un roman pour aider ce compagnon à faire connaître son œuvre pacificatrice : Le Compagnon du Tour de France, 1840. Voir J.-M. Mathonière, « Agricol Perdiguier ».

    4 Voir J.-M. Mathonière, La Tranquillité de Caux.

    5 Eugène Briquet joua un rôle important à partir de 1940 dans la genèse et le développement de l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir. Voir sa biographie dans J.-P. Houdusse, Eugène Briquet.

    6 Voir J.-M. Mathonière, Catalogue des épures de Jean Jounqua…

    7 Ulysse Houssay, né à Angoulême en 1852, reçu compagnon serrurier du Devoir à une date inconnue sous le nom d’Ulysse l’Angoumois, adhérent à l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis dès sa fondation en 1889.

    8 Je m’intéresse ainsi à l’influence qu’a exercée la Règle des cinq ordres d’architecture de Vignole sur les compagnonnages à partir du début du xviie siècle et, à cette fin, j’ai réuni de nombreuses éditions de cet ouvrage (93 à la date de septembre 2021). Voir J.-M. Mathonière, « Vignole et les compagnons du Tour de France » ; et Vignole, Règle des cinq ordres d’architecture.

    9 Document de présentation de l’exposition.

    10 Voir J.-M. Mathonière, « Jean-Paul Douliot (1788-1834) ».

    11 Les compagnons passants tailleurs de pierre se réfèrent à un fondateur légendaire dénommé « Maître Jacques », tandis que leurs rivaux, les compagnons étrangers, se réfèrent au roi Salomon.

    12 Voir J.-M. Mathonière, « Les chefs-d’œuvre compagnonniques ».

    13 Sur les compagnons tailleurs de pierre en général, voir L. Bastard et J.-M. Mathonière, Travail et honneur.

    14 Voir J.-M. Mathonière, La Tranquillité de Caux.

    15 Cf. J.-M. Mathonière, « Correspondances compagnonniques ».

    16 Voir Fabien Bartolotti, De Marseille au canal de Suez. L’ascension d’une entreprise de travaux publics maritimes : Dussaud frères (1845-1869), mémoire de master II, Université Aix-Marseille, 2012-2013.

    17 J’ai évoqué le fait que les dessins de Jean-Jacques Laurès avaient été sauvés in extremis de la décharge, les dessins techniques ne bénéficiant que rarement du réflexe conservatoire par les héritiers des œuvres artistiques. Ce fut également le cas, quelques années plus tard, de la collection des épures d’un tailleur de pierre tourangeau, Auguste Tamoré (1864-1945), qui furent finalement déposées au musée du Compagnonnage de Tours ; voir L. Bastard et J.-P. Bourcier, « Auguste Tamoré (1864-1945) ». Il est aisé d’imaginer que chaque année, nombre de dessins de compagnons terminent à la déchetterie ou sont détruits par le feu.

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    Mathonière, J.-M. (2023). Les cartons à dessins des compagnons du Tour de France. In T. Lefebvre (éd.), Images, sons et matériaux en collections. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques. https://doi.org/10.4000/books.cths.18221
    Mathonière, Jean-Michel. « Les cartons à dessins des compagnons du Tour de France ». In Images, sons et matériaux en collections, édité par Thierry Lefebvre. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2023. doi:10.4000/books.cths.18221.
    Mathonière, Jean-Michel. « Les cartons à dessins des compagnons du Tour de France ». Images, sons et matériaux en collections, édité par Thierry Lefebvre, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2023, https://doi.org/10.4000/books.cths.18221.

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    Lefebvre, T. (éd.). (2023). Images, sons et matériaux en collections. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques. https://doi.org/10.4000/books.cths.18161
    Lefebvre, Thierry, éd. Images, sons et matériaux en collections. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2023. doi:10.4000/books.cths.18161.
    Lefebvre, Thierry, éditeur. Images, sons et matériaux en collections. Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2023, https://doi.org/10.4000/books.cths.18161.
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