De l’enseignement technique à la patrimonialisation : les collections « Transports » du Musée des Arts et Métiers
Résumé
Avec 7 000 items, les collections « Transports » du Musée des Arts et Métiers forment un ensemble exceptionnel par son étendue chronologique et thématique. Constituées dès 1794, elles contribuent d’abord à la diffusion des savoirs techniques et de l’innovation, en lien avec les enseignements du Conservatoire des Arts et Métiers. Leur classification reflète une vision intellectualisée insistant sur les convergences ou divergences des filières techniques. À la fin du xixe siècle, elles connaissent un phénomène progressif de « muséification », considérant la valeur historique d’objets devenus parfois obsolètes pour l’enseignement, et contribuent à l’ouverture du musée à un public de plus en plus large. Intégrées dans un musée généraliste des techniques, elles sont aujourd’hui des supports de médiation et des objets de recherche rappelant la complexité des transports, considérés comme des systèmes techniques, situés à la convergence de savoirs et de filières techniques beaucoup plus vastes.
Texte intégral
1Constituées depuis plus de deux siècles, les collections du Musée des Arts et Métiers constituent des sources essentielles sur l’histoire de l’innovation et du progrès technique. Parmi les différentes sections du parcours de visite, le domaine des transports propose aux visiteurs de découvrir l’organisation de plusieurs grandes filières à travers des objets variés : véhicules automobiles, modèles de locomotives ou d’aéroplanes ou encore bicyclettes. L’ensemble est présenté au public sous l’angle de l’intermodalité et de la complémentarité des transports, notion transversale permettant d’aborder les procédés techniques du point de vue de l’innovation1.
2Les travaux récemment conduits sur ces collections, notamment sur le fonds ferroviaire2, ainsi que les opérations de gestion, de conservation et de valorisation ont souligné la richesse de ce patrimoine, qui s’inscrit dans la complémentarité de certaines grandes institutions publiques spécialisées comme le musée de la Marine, le musée de l’Air, la Cité de l’automobile ou le musée de la Voiture. L’examen des collections dans leur matérialité3, le dépouillement de sources de gestion (archives témoignant des opérations d’inventaire, de classement, de présentation et de présentation des collections)4, et la confrontation avec l’histoire institutionnelle du Conservatoire permettent de comprendre les modalités de constitution des collections et l’évolution de leur utilisation au fil du temps, nourrissant une réflexion sur l’histoire et la muséologie des transports5.
La naissance des collections « Transports » aux Arts et Métiers
3Constituées depuis plus de deux siècles, les collections s’inscrivent dans un contexte particulier dont il convient de brosser rapidement les contours. Le Musée des Arts et Métiers est l’une des composantes du Conservatoire national des Arts et Métiers, établissement public dont le statut est aujourd’hui proche de celui des universités.
4Lors de sa création par la Convention nationale, le 10 octobre 1794, le Conservatoire est défini comme un établissement chargé de conserver objets et documents utiles aux arts industriels et d’en expliquer le fonctionnement6. Le Conservatoire est, en ce sens, l’héritier du « cabinet des mécaniques du roi », créé en août 1783 par la réunion du dépôt constitué dès les années 1740 par Jacques Vaucanson à l’Hôtel de Mortagne et du dépôt de modèles et machines confié à l’Intendant du Commerce7. La transmission des savoirs faisait partie du projet initial de l’établissement, sur le principe de la démonstration, c’est-à-dire de l’explication, par la manipulation d’objets ou d’outils, de leur fonctionnement ou de leur nouveauté. Il s’agit de favoriser l’émulation entre des hommes de l’art en les incitant à observer et à étudier des machines et des outils, à y voir ce qu’ils renferment de neuf et d’intéressant pour leur propre pratique, à s’approprier des éléments, et à les intégrer. Le Conservatoire est également chargé d’apporter une expertise technique aux pouvoirs publics ou aux entreprises. Sa création s’inscrit à la convergence de deux grandes tendances : la réforme de l’instruction publique et l’ouverture, au plus grand nombre, de collections devenues publiques. Elle est à rapprocher de l’ouverture de l’École polytechnique et de la première École normale supérieure, mais aussi du Muséum central des Arts, au Louvre, ou du Muséum d’histoire Naturelle8.
5La question du déplacement des fardeaux est présente dans les collections dès l’origine du Conservatoire des Arts et Métiers. Il ne s’agit alors pas d’exposer les modalités de construction des véhicules, ce qui est alors parfaitement connu par ailleurs9, mais d’insister sur des aspects innovants qui pourraient apporter des solutions techniques pertinentes aux limites rencontrées par les véhicules.
6Les collections, telles qu’elles se présentent dans les toutes premières années du xixe siècle, témoignent des préoccupations des savants, ingénieurs ou techniciens structurées en quatre grands axes majeurs. Le premier d’entre eux concerne le déplacement de charges lourdes. Il s’agit d’une question fondamentale, posée aussi bien pour des opérations exceptionnelles, comme le transport d’un bloc de pierre destiné à recevoir la statue du tsar Pierre le Grand10, le transfert des Chevaux de Marly jusqu’à Paris11, le transport des éléphants de la ménagerie du stadhouder Guillaume V12 que pour des convois plus ordinaires, avec par exemple le déplacement de matériel militaire comme les affûts de canons.
Fig. 1. – Fardier et cabestan qui ont servi au chargement et au transport des statues équestres de la place Louis XV, de Marly à Paris, lavis de couleurs sur traits de crayon et d’encre sur papier vergé filigrané, vers 1794. Musée des Arts et Métiers, Portefeuille industriel, inv. 13571.111.

© Musée des arts et métiers-Cnam/photo Dephti-Ouest.
7Les véhicules doivent alors offrir toutes les garanties en termes de solidité et de résistance. Le deuxième axe est dévolu au transport d’objets volumineux. Naturellement lié au précédent, il intègre la question de la commodité de chargement et de déchargement. Le troisième axe s’intéresse aux transports que l’on pourrait qualifier de « délicats », d’objets fragiles ou de personnes ; ici, les véhicules sont construits ou aménagés pour garantir le confort, limiter les cahots ou vibrations, et rendre le voyage plus agréable, comme le soulignent des séries de dessins de voitures et d’ambulances de Jean-François Chopard13. Enfin, l’apport d’une force motrice mécanique constitue le dernier axe. Il s’agit de l’introduction du moteur à vapeur à bord du véhicule, dont le fardier à vapeur, de Joseph Cugnot14 ou le modèle de bateau à vapeur de Joseph Desblancs et Compagnie15 sont des exemples significatifs.
Fig. 2. – Fardier à vapeur de Nicolas Joseph Cugnot, 1770. Musée des Arts et Métiers, inv. 106.

© Musée des arts et métiers – Cnam/photo Patricia Haim.
8Pour autant, ces collections demeurent dispersées. Il n’existe pas, avant au moins les années 1830, d’espaces thématiques entièrement dévolus à la présentation des collections relatives aux transports, alors que le Conservatoire compte deux salles de filatures, une salle d’agriculture ou encore un cabinet de physique16. Ceci s’explique sans doute par le fait que les collections liées aux transports demeurent en nombre limité et que, dans leur matérialité, elles comptent aussi bien des objets « en grand » que des modèles, exposés dans des espaces différents.
Une approche systémique des filières techniques
9Le Conservatoire connaît, en 1817-1819, une importante réorganisation17 : doté d’un conseil de perfectionnement qui supervise son administration et débat des orientations que doit suivre l’institution, il est pourvu dès 1819 de chaires d’un « haut enseignement de sciences appliquées à l’industrie », projet en partie esquissé par Charles Dupin, premier professeur de mécanique appliquée18. Confiées à des personnalités du monde savant ou industriel, elles apportent un éclairage théorique suffisant pour que des ouvriers, artisans, contremaîtres, chefs d’ateliers ou entrepreneurs, puissent prendre du recul sur leur pratique et parvenir à perfectionner leur production. Tout au long du xixe siècle, le Conservatoire développe ainsi de nouvelles chaires et enrichit ses collections en suivant les progrès de la révolution industrielle. Celles-ci sont aussi bien mobilisées comme support d’enseignement technique que pour servir la construction d’un discours intellectualisé de la technique dans les galeries19.
10Les collections relatives aux transports sont alors structurées sous un intitulé général « Locomotion et transports » subdivisé en trois ensembles correspondant aux principales filières techniques : locomotion et transports sur routes ordinaires, locomotion et transports sur chemins de fer, et, enfin, locomotion et transports sur les canaux, les rivières et la mer20. L’examen des registres d’inventaires et des catalogues imprimés rappelle que ces trois thèmes sont présents dès l’origine du Conservatoire. Il faut toutefois attendre 1824 pour que l’institution commence la constitution d’une collection ferroviaire, avec l’entrée d’objets importés d’Angleterre par la Compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne à la Loire21. Dès lors, l’établissement portera une attention très soutenue au développement économique et technique de cette filière, et procédera très régulièrement à des acquisitions.
Fig. 3. – Locomotive à vapeur de type Planet Engine de George Stephenson, modèle au 1/5 d’Eugène Philippe, 1833. Musée des Arts et Métiers, inv. 4044.

© Musée des Arts et Métiers – Cnam/Studio photo Cnam.
11Les collections proposent, dans leur matérialité, une approche riche et complète du sujet, qui va au-delà d’une simple représentation des véhicules. L’examen des typologies d’objets et de documents, des matériaux constitutifs ou encore des échelles choisies nous invite à considérer ces collections selon plusieurs aspects22. D’abord, sur le plan de la représentation, les collections proposent une combinaison originale d’artefacts mêlant aussi bien des objets « de grandeur réelle », des modèles, des échantillons, des panoplies, des dessins ou des photographies. Ces pièces sont choisies ou spécialement fabriquées pour répondre à une exigence de lisibilité, les collections s’inscrivant dans une démarche didactique vis-à-vis des différents publics du Conservatoire. Théodore Olivier, professeur de géométrie descriptive et directeur de l’établissement, écrit ainsi au sujet d’un don de modèle de métier à tisser :
« Ce modèle est conçu dans un bon esprit : il sera facilement lisible pour les visiteurs des galeries. Il sera facilement transportable dans les amphithéâtres destinés à l’enseignement oral donné par les professeurs aux nombreux auditeurs qui se rendent à leurs cours23. »
12Ensuite, l’exposition des collections repose sur la complémentarité de représentations de tout ou partie des inventions. Il s’agit là d’un point très particulier des collections du Musée des Arts et Métiers, qui permet de mettre en évidence l’innovation. Les collections ne visent pas l’exhaustivité et n’ont pas vocation à intégrer toutes les séries, toutes les machines d’une même filière technique avec leurs variantes. La représentation complète permet de visualiser quelques grands jalons technologiques qui marquent de manière significative l’évolution de la filière. Les pièces détachées et éléments constitutifs, plus nombreux, mettent l’accent sur des avancées techniques significatives, parfois peu visibles dans les objets « complets ».
13Pour chaque filière, les collections proposent une approche systémique au sens défini par l’historien des techniques Bertrand Gille24. Il s’agit d’associer les différents éléments du système technique des transports, à savoir le véhicule, l’infrastructure et les installations fixes sur lesquelles il évolue, les dispositifs de contrôle et de régulation du trafic. Les collections Transports sont ainsi un exemple très intéressant d’illustration des convergences des filières techniques à travers leur mobilisation et leur interdépendance.
Innovations et regard rétrospectif
14Les collections Transports se sont considérablement enrichies au cours du xixe siècle. En cela, elles offrent de précieux témoignages sur la quête de mobilité opérée à cette époque. Les professeurs du Conservatoire veillent à intégrer des objets significatifs sur le plan de l’innovation. Leur expertise leur permet d’évaluer le plus finement possible les objets et dessins qui méritent d’intégrer les collections. Ils disposent d’un budget pour procéder à des achats : ils peuvent ainsi faire l’acquisition de modèles spécialement exécutés pour le Conservatoire et répondant à toutes leurs attentes25. Ils mettent également à profit leur insertion dans des réseaux de sociabilité pour solliciter des dons. Leur implication dans des sociétés savantes ou dans les jurys des expositions industrielles et universelles, leur passage par de grandes écoles comme l’École polytechnique leur permettent de côtoyer d’autres savants et surtout de nombreux industriels. Les professeurs du Conservatoire peuvent ainsi effectuer une veille technologique continue et négocier le don d’objets pour enrichir les collections à moindres frais.
15À l’image de l’ensemble des collections, les fonds dédiés aux transports illustrent le positionnement du Conservatoire sur le front de l’innovation. Certains critères, communs à l’ensemble de la production industrielle, sont ainsi mis en avant par les collections. L’un d’eux concerne l’économie et la rentabilité : dans une logique de production industrielle, l’innovation permet de maîtriser les coûts de productivité voire de les abaisser de manière à dégager une rentabilité jugée satisfaisante. Cette rentabilité peut être le fait des constructeurs et exploitants, mais également de la puissance publique qui, dans le cas des transports français notamment, fixe les conditions de construction et d’exploitation des réseaux. Les collections révèlent ainsi certains choix techniques spécifiquement français, par exemple sur la construction des moteurs à vapeur appliqués à la navigation maritime et fluviale ou aux locomotives, répondant aux impératifs de l’exploitation tout en tenant compte de la cherté du combustible. Le développement d’une filière d’excellence dans ce domaine n’empêche pas de rester attentif aux innovations provenant de l’étranger.
16La fiabilité et la sécurité forment un deuxième axe d’innovation : il s’agit de disposer de machines dont le fonctionnement et la maintenance présentent suffisamment de garanties. Plusieurs exemples montrent ainsi des machines et procédés qui se distinguent par des opérations d’entretien rapides et aisées, limitant le temps d’immobilisation des véhicules, contribuant à l’abaissement des coûts d’exploitation ou renforçant la sécurité.
17La notion de performance est également prise en compte pour l’enrichissement des collections. Les professeurs sont attentifs aux données collectées lors d’essais ou d’expériences et permettant de qualifier la puissance des moteurs, les vitesses et charges maximales26. Le laboratoire expérimental de mécanique mis en place à partir de 1853 permet ainsi de réaliser de nombreux essais sur la puissance des machines motrices à l’aide de dynamomètres, ou d’évaluer la quantité de combustible consommée27. Les professeurs peuvent ainsi apporter leur expertise sur des dispositifs innovants, sans toutefois perdre de vue l’adéquation des performances avec les exigences du terrain. Ainsi, une locomotive de grande vitesse n’aura qu’un intérêt limité en haute montagne, là où des machines lentes mais puissantes seront bien davantage pertinentes.
Fig. 4. – Locomotive à vapeur de type Bourbonnais, modèle au 1/5 en coupe de Jules Digeon et Fils aîné, construit en 1896 à la demande de Joseph Hirsch, professeur de mécanique appliquée au Conservatoire. Musée des Arts et Métiers, inv. 12857.

© Musée des Arts et Métiers – Cnam/photo Franck Botté.
18À partir des années 1880, l’approche des collections amorce un changement de paradigme qui nous amène à parler de « muséification » des galeries28. Si les professeurs veillent à poursuivre l’enrichissement des collections, celui-ci ne vise plus seulement à faire entrer des pièces illustrant des innovations récentes, mais cherche à porter un regard rétrospectif sur les filières techniques en les inscrivant dans une perspective historique. Il s’agit alors de comprendre et d’expliquer l’importance de certaines pièces, devenues obsolètes au regard d’un discours sur le front de l’innovation, mais majeures dans l’histoire des techniques, et de les compléter avec des objets significatifs du point de vue de l’innovation, et des objets eux-mêmes dépassés techniquement, mais importants sur le plan historique. Ce phénomène, qui s’opère à différentes échelles sur les collections du Conservatoire, est particulièrement marqué dans le domaine des transports. Alors que le moteur monocylindrique De Dion-Bouton de 1899 rejoint les galeries en 190129, on célèbre le fardier de Cugnot lors de l’Exposition décennale de l’automobile, du cycle et des sports de 1908 au Grand Palais. De même, le tricycle à vapeur de Léon Serpollet et Armand Peugeot, construit en 1888, remarquable par l’application de la chaudière à vaporisation instantanée, est acquis en 1931 (inv. 16795). Certaines mises en perspective sont particulièrement intéressantes : dans le fonds ferroviaire, l’acquisition, en 1907, d’un modèle de locomotive Crampton de 1858 (inv. 13767) est complétée par le don, en 1937, d’un modèle de locomotive Pacific « Chapelon » (inv. 17437) : les deux modèles mettent en avant la recherche de performances en termes de vitesse et de fiabilité. Dans certains cas, les acquisitions traduisent les recherches en cours, même si celles-ci n’offrent pas encore de résultats pleinement satisfaisants. C’est le cas avec le don, en 1902, de l’Avion no 3 de Clément Ader30 qui, bien qu’il n’ait pas réellement décollé, permet d’entrevoir la capacité d’un objet plus lourd que l’air à voler, ce que confirmera en octobre 1909 l’entrée du Blériot XI avec lequel Louis Blériot a traversé la Manche quelques semaines plus tôt31.
Fig. 5. – Avion no 3 de Clément Ader, 1897. Musée des Arts et Métiers, inv. 13560.

© Musée des Arts et Métiers-Cnam – photo Michèle Favareille.
19Ce phénomène se poursuit et s’accentue au cours du xxe siècle, permettant de dessiner les contours d’un véritable « musée », au sens actuel du terme, à l’intérieur du Conservatoire. Les galeries de l’établissement sont progressivement réaménagées en salles thématiques qui forment autant de musées dans le musée, mettant parfois les industriels à contribution. Ainsi, en 1944, une nouvelle salle des chemins de fer présente au public l’histoire, l’actualité et le futur des chemins de fer français avec le soutien de la SNCF32. En 1947, une importante exposition rétrospective de l’automobile, organisée avec la Société des ingénieurs de l’automobile, permet d’enrichir notablement les collections en combinant des pièces historiques et des objets récents préfigurant la voiture des Trente Glorieuses33. Le musée, devenu tête de pont des musées techniques spécialisés en cours d’émergence sur le territoire, s’ouvrant à un large public, contribue à la naissance du champ disciplinaire de l’histoire des techniques en s’appuyant sur ses collections.
Fig. 6. – La salle des chemins de fer, réaménagée en 1942-1944 avec le concours de la SNCF.

© Musée des Arts et Métiers – Cnam/photo Cnam.
Exposer les transports : une synthèse des techniques ?
20La création du Service de muséologie technique après la Seconde Guerre mondiale, la mise en place d’un service pédagogique en 1960, l’organisation des collections en « musée national des Techniques » par l’historien des techniques Maurice Daumas, ont contribué à affirmer la valeur muséale et patrimoniale de cette collection34. La rénovation conduite entre 1992 et 2000 a non seulement permis d’améliorer l’accessibilité et la conservation des collections, par la construction de nouvelles réserves, tout en proposant un nouveau parcours de visite35. Placé en fin de visite, le domaine des Transports propose plusieurs niveaux de lecture qui permettent d’enrichir l’interprétation des collections. Le fil rouge du domaine est le thème des réseaux. Il rappelle que le véhicule n’est que l’un des composants d’un système particulièrement complexe dans lequel les infrastructures et les dispositifs de contrôle sont tout aussi fondamentaux, ce que montre le modèle du dispositif d’exploitation de la ligne 14 du métro parisien36. La question des réseaux permet également d’introduire la notion d’intermodalité et de complémentarité des modes de transports, abordant ainsi des aspects essentiels comme le point d’entrée ou de sortie du réseau, la rupture de charge ou le transit.
Fig. 7. – Système d’exploitation de la ligne 14 du métro parisien « Météor », 1999. Musée des Arts et Métiers, inv. 43976.

© Musée des Arts et Métiers – Cnam/photo Michèle Favareille.
21On découvre naturellement dans le domaine des Transports les différentes filières techniques traditionnellement présentes depuis l’origine du Conservatoire. Dans la structuration du parcours de visite comme dans la gestion courante des collections, ces filières laissent apparaître une classification plus fine des objets et documents. La proximité des objets dans les galeries souligne l’existence de certaines convergences voire de certaines filiations, par exemple entre le fardier de Cugnot et les locomotives à vapeur, entre les cycles et les automobiles, entre les moteurs d’automobiles et les moteurs des premiers aéroplanes. Le positionnement du domaine des Transports en fin de visite permet également d’insister sur la complémentarité avec les autres domaines du musée, et de proposer une certaine forme de synthèse à travers diverses applications. À cet égard, les différentes typologies matérielles des collections et l’exigence de lisibilité font de ces collections des supports de médiation essentiels qu’il convient néanmoins d’expliquer et de mettre en contexte à l’aide de dispositifs muséographiques.
22Au-delà des opérations de gestion, de conservation, de classement et de référencement des collections, l’enrichissement des fonds se poursuit. Considérant l’intérêt scientifique, historique et patrimonial des objets, œuvres et documents, la politique d’acquisition, rétrospective et prospective, cherche à faire entrer dans les collections des pièces illustrant de grands jalons technologiques. Renonçant à une approche exhaustive du sujet, les réflexions portent sur des pistes touchant à la régulation et à la gestion des flux, à la sécurité, à l’accroissement des vitesses, à l’émergence de véhicules autonomes ou encore à la mobilité, pour constituer de futures archives de l’innovation.
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Notes de bas de page
1 L. Dufaux (dir.), Le Musée des Arts et Métiers. Guide des collections.
2 L. Dufaux, L’Amphithéâtre, la galerie et le rail. Le Conservatoire des Arts et Métiers, ses collections et le chemin de fer au xixe siècle.
3 L. Dufaux, « Les collections techniques, source pour l’historien. Essai de méthodologie à travers les collections ferroviaires du xixe siècle du Musée des Arts et Métiers », p. 163-175.
4 Musée des Arts et Métiers, « Première Main courante », 1849-1884 ; « Seconde Main courante », 1884-1972 ; AN, F12/4866, « Catalogue des Modèles exposés dans les galeries qui sont actuellement ouvertes au Public », 1837 ; « Inventaire des Machines, Modèles et Dessins, déposés au Conservatoire », décembre 1841 ; « Copie de l’Inventaire Général des objets existant au Conservatoire Royal des Arts & Métiers », 1842.
5 L. Hilaire-Pérez, « Invention technique et corpus de sources », p. 9-25 ; M.-S. Corcy, « La muséification des galeries du Conservatoire des Arts et Métiers : le cas de l’exposition rétrospective du travail et des sciences anthropologiques de l’Exposition universelle de 1889 », p. 59-76.
6 Convention nationale. Instruction publique. Rapport sur l’établissement d’un conservatoire des arts et métiers, p. 19.
7 A. Mercier, Le Conservatoire des Arts et Métiers, des origines à la fin de la Restauration (1794-1830) ; D. de Place, « L’incitation au progrès technique et industriel en France de 1783 à 1819 d’après les archives du Conservatoire national des arts et métiers » ; « Le sort des ateliers Vaucanson, 1783-1791, d’après un document nouveau », p. 79-100.
8 B. Belhoste, « La Révolution et l’éducation », p. 20-31 ; La Formation d’une technocratie. L’École polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second Empire ; D. Poulot, Une histoire des musées de France. xviiie-xxe siècles ; Musée, nation, patrimoine. 1789-1815.
9 A. J. Roubo, Description des arts et métiers faites ou approuvées par messieurs de l’Académie royale des sciences. L’Art du menuisier-carrossier, première section de la troisième partie de l’Art du Menuisier.
10 Inv. 13571.112.
11 Inv. 13571.111.
12 Inv. 13571.117.
13 Inv. 13571.120.
14 Inv. 106.
15 Inv. 1115.
16 G. J. Christian (dir.), Catalogue général des collections du Conservatoire royal des Arts et Métiers.
17 Ordonnance contenant règlement pour le Conservatoire des Arts et Métiers, 16 avril 1817 ; Ordonnance réglant les attributions des Conseils de perfectionnement et d’administration du Conservatoire des Arts et Métiers, et portant établissement, dans cette institution, d’un enseignement public et gratuit pour l’application des sciences aux arts industriels, 25 novembre 1819.
18 C. Christen, F. Vatin (dir.), Charles Dupin (1784-1873). Ingénieur, savant, économiste, pédagogue et parlementaire du Premier au Second Empire ; R. Fox, « Un enseignement pour une nouvelle ère : le Conservatoire des arts et métiers, 1815-1830 », p. 75-92.
19 L. Dufaux, L’Amphithéâtre, la galerie et le rail. Le Conservatoire des Arts et Métiers, ses collections et le chemin de fer au xixe siècle.
20 A. Morin, 1841, Notice sur divers appareils dynamométriques, propres à mesurer le travail ou l’effort développé par les moteurs animés ou inanimés, ou consommé par les machines de rotation.
21 Arch. du Musée des Arts et Métiers, S77. « Catalogue des pièces d’un chemin de fer expédiées le 7 septembre 1824 au Conservatoire royal des Arts et Métiers par la Compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne à la Loire ».
22 L. Dufaux, « Les collections techniques, source pour l’historien. Essai de méthodologie à travers les collections ferroviaires du xixe siècle du Musée des Arts et Métiers », p. 163-175.
23 Arch. Cnam, 5AA/1. Lettre de Théodore Olivier à M. Muller, constructeur de machines à Thann, 25 mai 1853.
24 B. Gille, « La notion de système technique. Essai d’épistémologie technique », p. 8-18.
25 Le suivi budgétaire annuel est consigné dans les procès-verbaux des séances du Conseil de perfectionnement. Arch. du Cnam, 2AA.
26 A. Morin, Leçons de mécanique pratique à l’usage des auditeurs des cours du Conservatoire des arts et métiers, et des sous-officiers et ouvriers d’artillerie. 3e partie. Des machines à vapeur ; Notice sur divers appareils dynamométriques, propres à mesurer le travail ou l’effort développé par les moteurs animés ou inanimés, ou consommé par les machines de rotation ; A. Morin, H. Tresca, Mécanique pratique. Des machines à vapeur. Production de la vapeur.
27 H. Tresca, « Description de la salle des expériences de mécanique du Conservatoire impérial des arts et métiers », p. 5-21.
28 M.-S. Corcy, « La muséification des galeries du Conservatoire des Arts et Métiers : le cas de l’exposition rétrospective du travail et des sciences anthropologiques de l’Exposition universelle de 1889 », p. 59-76.
29 Inv. 13420.
30 Inv. 13560.
31 Inv. 14272.
32 L. Dufaux, G. Ribeill, « Un dépliant inattendu pour les deux salles des chemins de fer du Conservatoire national des Arts et Métiers et du Musée des Travaux publics », p. 2-4.
33 M. Collette, « Quelques échos du 20e anniversaire de la SIA », p. 115-124. A. Jouve, Ce que l’industrie automobile doit à la France.
34 M. Daumas, Vers un Musée national des techniques. Tiré à part de Musées et Collections publiques (Nouvelle série).
35 D. Ferriot, B. Jacomy, « Problématique d’une rénovation : Musée des Arts et Métiers », p. 21-37.
36 Inv. 43976.
Auteur
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Lionel Dufaux
Responsable des collections Énergie et Transports, Musée des Arts et Métiers – Cnam
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