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    Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques
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    Plan détaillé Texte intégral Aux origines des ventes de chevaux à Deauville L’enracinement des ventes deauvillaises : la vive concurrence entre Chéri et le Tattersall français Une période symbolique de la réussite des ventes deauvillaises : les Années folles Un marché soumis aux fortes évolutions conjoncturelles Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    L’animal : un sujet de loisirs

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    Table des matières

    L’animal au cœur de la mondialisation : géohistoire des ventes de chevaux de course à Deauville

    Maxime Julien

    Résumé

    Pour le grand public, la Basse-Normandie apparaît comme la principale région hippique de France à travers ses prairies, les prestigieux haras, les grands hippodromes. Bien plus méconnues, les ventes de chevaux de Deauville constituent un enjeu majeur pour la filière équine. La ville de Deauville, au contact des grandes terres d’élevage, est un haut lieu de l’hippisme, notamment à l’international. Créées en 1887, les ventes deauvillaises, en particulier celles de yearlings, sont des moments majeurs pour la filière. C’est un véritable spectacle, mais aussi et surtout un enjeu économique et une vitrine exceptionnelle pour l’élevage bas-normand. Étudier ces ventes dans une optique de géographie historique permet d’évaluer les évolutions du marché, mais surtout de comprendre les nombreuses adaptations auxquelles les organisateurs ont dû faire face. Ces changements sont conjoncturels avec des périodes plus ou moins fastes, mais aussi structurels, afin de s’adapter à l’ouverture internationale et à de nouveaux marchés. Les ventes de chevaux sont un signe fort de la mondialisation que connaît le monde hippique et dans laquelle la Basse-Normandie doit réussir à trouver sa place.

    Texte intégral Aux origines des ventes de chevaux à Deauville L’enracinement des ventes deauvillaises : la vive concurrence entre Chéri et le Tattersall français Une période symbolique de la réussite des ventes deauvillaises : les Années folles Un marché soumis aux fortes évolutions conjoncturelles Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans une publication de 2014, le Conseil des chevaux de Basse-Normandie affirme que la région est la « meilleure écurie du monde1 ». Une telle remarque a beau être portée par une volonté de marketing territorial, il n’en demeure pas moins que la Basse-Normandie est bel et bien une grande région équine. Ce constat repose sur des symboles marquants comme les hippodromes, les haras disséminés dans les campagnes et surtout les vastes prairies si favorables à l’élevage des équidés. De plus, il existe en Basse-Normandie un pôle particulièrement attractif, reconnu internationalement, qui dynamise en grande partie l’ensemble de la filière : Deauville. Néanmoins, il faut prendre garde à ne pas aborder l’exemple deauvillais comme un cas isolé, mais plutôt comme un catalyseur pour l’ensemble de la région. Selon les mots de l’historien de la Normandie Gabriel Désert :

    « Le cheval est roi dans la Normandie littorale comme il l’est dans la province2. »

    2À Deauville, le cheval peut être décliné, tout au long de son histoire, sous diverses formes comme le polo, les ventes de chevaux, mais aussi et surtout les courses. Durant la période estivale, la station devient l’épicentre de l’hippisme français, voire international, car de nombreuses réunions y sont organisées, en particulier les plus prestigieuses d’entre elles que sont les fameuses courses de groupes.

    3Deauville doit sa position actuelle dans l’hippisme à un siècle et demi d’histoire durant lequel le développement de la ville et les sports hippiques sont concomitants. Sur son territoire, Deauville compte deux hippodromes, ce qui est assez rare, d’autant plus que Deauville compte seulement un peu plus de 4 000 résidents permanents. Tout au long de son histoire, la municipalité a fait le choix de miser sur le cheval pour assurer sa renommée, aussi bien en investissant dans les infrastructures qu’en assurant la promotion des événements. Dans le petit monde de l’hippisme, la station de Deauville est donc parvenue à se forger une image de marque, notamment en se spécialisant dans les ventes de chevaux de course. Deauville devient ainsi une sorte de débouché naturel pour l’ensemble des haras de la région3.

    4À Deauville, il faut attendre 1887 pour assister aux premières ventes de chevaux réellement structurées. Au début, nous sommes encore bien loin des résultats que l’on rencontre à la même époque dans les ventes parisiennes, et surtout dans celles des îles britanniques. Pourtant, le marché deauvillais va rapidement s’installer dans le calendrier jusqu’à devenir le principal marché national. Un tel succès s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs. On peut citer la localisation favorable de la station en Basse-Normandie (proximité des haras vendeurs et des structures appartenant à des acheteurs importants), mais aussi par la clientèle bien spécifique fréquentant Deauville. En effet, depuis sa fondation en 1860, Deauville parvient à attirer une clientèle haut de gamme qui se passionne très souvent pour les courses. Des investisseurs potentiels sont donc heureux de pouvoir joindre l’utile à l’agréable en profitant d’un cadre de villégiature particulièrement plaisant tout en assistant aux belles réunions hippiques de la période estivale et en investissant dans les ventes de chevaux.

    5Ce travail se fera sur un laps de temps relativement long puisque nous nous intéresserons à l’ensemble de l’histoire des ventes de chevaux, depuis leur création en 1887 jusqu’à la période actuelle, considérée comme relativement faste. Étudier les ventes de chevaux dans une optique de géographie historique permet de mieux évaluer les évolutions de ce marché, mais aussi et surtout de comprendre les adaptations perpétuelles auxquelles les organisateurs ont dû faire face. Les changements sont aussi bien conjoncturels, mais également structurels, afin de s’adapter et d’être en adéquation avec les demandes. On peut ici penser au processus de mondialisation impliquant une nécessaire ouverture à l’international et la conquête de nouveaux marchés. Les ventes de chevaux apparaissent comme un symbole fort de la mondialisation que connaît actuellement le monde hippique et dans laquelle la Basse-Normandie doit réussir à s’intégrer. Ainsi, ce travail a pour objectif de mettre en avant un moment clé dans la filière hippique bas-normande ; ces quelques jours où la région rencontre le reste du monde faisant de Deauville un haut lieu du processus complexe de la mondialisation.

    Aux origines des ventes de chevaux à Deauville

    6Pour bien comprendre les ventes de chevaux, il est nécessaire de poser un premier préalable consistant à se demander ce que l’on entend par ventes de chevaux. Ces dernières ont fortement évolué au cours de l’histoire, notamment en raison d’un élargissement et d’une diversification des profils proposés. Pour commencer, il convient de présenter le programme des ventes de 2015. Cette année-là, la société organisatrice nommée Arqana a mis en place sept vacations différentes4 qui se sont étalées entre février (la vente mixte) et le mois de décembre (la vente d’élevage). Au cours des vacations, tous les types de chevaux sont proposés aux acheteurs comme le montre le tableau ci-dessous (fig. 1). Ce sont notamment les célèbres yearlings qui sont présents lors de différentes ventes, notamment celles du mois d’août où l’on trouve les chevaux les plus prestigieux, les plus coûteux car ils réussissent à attirer une clientèle résolument internationale.

    Fig. 1. - Bilan des ventes de chevaux à Deauville en 2015.

    Image

    Sources : Résultats Arqana.

    7Historiquement, les courses hippiques connurent un premier développement chez nos voisins d’outre-Manche, notamment durant le xviiie siècle. Les Britanniques sont longtemps apparus comme des modèles pour les Français en raison de la qualité de leurs élevages de pur-sang ainsi que de la structuration efficace de leurs courses. Les propriétaires d’écuries ont donc très tôt émis le souhait de pouvoir vendre et acheter des chevaux adaptés aux courses. Cet appel fut entendu par Richard Tattersall en 1766 qui décide d’ouvrir sa société à Londres près de Hyde Park. Il obtient rapidement une belle réputation auprès des professionnels, ce qui fait reconnaître le Tattersall comme étant la plus importante organisation de ventes aux enchères de pur-sang. La réussite de la société londonienne repose finalement sur une idée assez simple : rapprocher et faire travailler ensemble des éleveurs et des clients potentiels intéressés par l’hippisme.

    8Malgré la réussite du Tattersall, l’idée va mettre un peu de temps pour s’installer en France, car la monarchie n’encourage pas spécialement le développement des courses. Il faut attendre la seconde moitié du xixe siècle, notamment la période du second Empire, pour assister à un véritable essor des courses et par répercussion des ventes de chevaux. De grandes écuries voient alors le jour, les hippodromes se multiplient et des haras, en particulier situés en Basse-Normandie, commencent à produire des chevaux de haut niveau ayant pour débouché principal les ventes aux enchères. On rencontre alors deux logiques bien différentes : soit il s’agit d’un éleveur-propriétaire faisant le choix de conserver ses chevaux afin de les faire courir directement sous ses couleurs, soit on a un véritable éleveur ayant pour objectif principal de vendre ses produits. La multiplication des élevages et des courses est donc à l’origine de la nécessité de créer un marché spécifique qui puisse répondre à une clientèle naissante. Face à l’essor de la demande, apparaissent en France deux sociétés que sont l’Établissement Chéri en 1849 et le Tattersall français six ans plus tard. Elles sont toutes les deux situées à Paris et se livrent une farouche concurrence en essayant de capter les meilleurs chevaux, bien souvent en provenance de l’élevage bas-normand. Les résultats sont rapidement très encourageants avec des ventes régulières proposant une offre particulièrement variée. Pour ce qui est des yearlings, il faut attendre le 22 septembre 1877 pour assister à une vente dédiée à ce segment, soit dix ans avant la naissance des ventes deauvillaises. Mais qu’en est-il de Deauville à cette époque ? La popularité des courses hippiques confirme l’expression bien connue des Deauvillais :

    « À Deauville, la première religion c’est le cheval5. »

    9Ainsi, Deauville devient l’épicentre de la vie hippique durant l’été, car les acteurs des courses hippiques se délocalisent depuis la capitale. L’importance grandissante que prend Deauville dans le calendrier hippique va donner l’idée à l’Établissement Chéri d’organiser une vente estivale dans la station.

    10Le 20 août 1887 est une date fondatrice dans l’histoire des ventes de chevaux à Deauville, car c’est à cette date que remontent les premières ventes régulières de pur-sang, après quelques ventes exceptionnelles qui s’étaient tenues depuis 18706. L’événement est annoncé dans la presse spécialisée de la manière suivante :

    « M. Lyon-Chéri fera la vente aux enchères publiques, à Deauville, dans l’enceinte du pesage, le samedi matin 20 août, à 10 heures précises, des yearlings, poulinières, poulains de lait, étalons dont la désignation suit7. »

    11Le choix de l’Établissement Chéri d’installer des ventes régulières à Deauville s’explique par le contexte général des courses hippiques françaises de cette époque. En effet, l’année 1887 est particulièrement faste pour la filière comme nous le montre l’augmentation des naissances et des épreuves, mais aussi en raison d’un avenir perçu comme favorable. Deux arrêtés laissent entrevoir des perspectives intéressantes, car le premier concerne l’interdiction des bookmakers sur les hippodromes (15 mars 1887) et l’autre autorise le pari mutuel sur certains hippodromes (28 avril 1887). Les retombées économiques potentielles pour les éleveurs et les propriétaires les amènent à affluer sur le marché des ventes afin d’étoffer des écuries qui deviennent alors potentiellement bien plus rentables. Après des débuts plutôt timides, la dynamique se trouve encore renforcée par la loi du 2 juin 1891 qui précise de façon plus nette les prélèvements sur les sommes jouées sur les hippodromes. Ils sont destinés à être versés à l’État, mais également aux sociétés de courses qui peuvent alors doter plus confortablement les épreuves8. Ce contexte particulier va permettre aux ventes deauvillaises de s’installer durablement dans le paysage hippique français. Ainsi, la naissance puis l’essor des ventes de chevaux sont le résultat de la conjonction de deux facteurs. Tout d’abord, les avantages offerts par le contexte spécifique de la saison estivale de Deauville, mais également le contexte plus général des courses hippiques en France, en particulier celui des paris.

    L’enracinement des ventes deauvillaises : la vive concurrence entre Chéri et le Tattersall français

    12Pour comprendre l’enracinement et la réussite des ventes à Deauville, il est nécessaire d’accorder une grande place à l’affrontement acharné que se livrent les deux sociétés basées à Paris. Il s’agit d’une vive concurrence, notamment sur le marché des yearlings qui est jugé plus lucratif par les sociétés, car les propriétaires sont à la recherche de jeunes animaux qui puissent briller sur les pistes et qui pourront ensuite améliorer l’ensemble de leurs élevages. En effet, ces chevaux constituent un espoir car ils deviendront peut-être de bons étalons ou de bonnes poulinières, ce qui est essentiel pour inscrire dans le temps un élevage de qualité.

    13Comme nous l’avons vu précédemment, c’est l’Établissement Chéri qui prend l’initiative en créant un marché de ventes estivales à Deauville. Au départ, la société met en place des ventes mixtes, ce qui était très classique à l’époque mais rapidement, elle fait le choix de miser prioritairement sur les yearlings. Malgré le fait que la première vente de 1887 ne soit pas forcément à la hauteur des attentes des acheteurs, notamment au niveau de la qualité des produits proposés, la société Lyon-Chéri décide pourtant de systématiser une vente annuelle9 lors du meeting estival. Durant douze années, la société profite d’une situation de monopole à Deauville, car il faut attendre 1898 pour assister à l’installation d’un nouvel établissement sous l’égide de la société concurrente du Tattersall. Au début, la vente s’organise au sein même de l’hippodrome, car la société ne dispose pas d’un espace spécifique. Les organisateurs sont contraints d’utiliser l’enceinte du pesage pour assurer l’organisation et la logistique de la vente. C’est certes une contrainte, mais également un lieu intéressant car l’enceinte du pesage est la partie la plus huppée de l’hippodrome, ce qui permet de créer une sorte « d’entre-soi » pour les élites participant aux enchères10.

    14Progressivement, l’Établissement Chéri parvient à ancrer la vente d’août dans le paysage hippique, ce qui motive la direction à créer un espace spécifique dédié aux ventes. En 1892, la société décide d’acheter plus de 11 000 m² de terrains qui seront rapidement portés à plus de 18 000 m² par des achats successifs de parcelles appartenant à des jardiniers locaux. L’investissement financier est d’importance, mais il permet de créer un magnifique complexe situé entre l’avenue Hocquart de Turtot et la rue du Coteau (future avenue Florian de Kergolay). Le complexe propose 294 boxes et se veut particulièrement champêtre, avec de nombreux arbres et des pelouses. C’est incontestablement une grande réussite, car les acheteurs aiment se masser autour du ring de présentation qui est aménagé dans un cadre particulièrement sympathique.

    15Dès leur apparition, les ventes de Deauville rencontrent un rapide succès. Après les premières années marquées du sceau de la nouveauté, les chevaux s’échangent de mieux en mieux lors de chaque vacation. Selon l’historien Guy Thibault, le catalyseur de cet essor est la loi du 2 juin 1891 qui autorise de façon assez large les sociétés de courses à organiser la tenue du pari mutuel. C’est à ce moment que l’on assiste à un véritable essor des courses hippiques et subséquemment de l’élevage français. En effet, alors que l’on avait 908 naissances de pur-sang en 1887, on arrive à 1 234 en 1891 et même 2 607 en 1911 soit une augmentation de l’ordre de 187 % en un quart de siècle11. Il est ici intéressant de faire une comparaison avec les îles Britanniques qui restent toujours à cette époque le principal pôle hippique en Europe. Si l’on regarde le General Stud Book12, on s’aperçoit que la France est toujours en retard même si l’écart tend à beaucoup se réduire. Les naissances françaises ne représentaient qu’un tiers de celles enregistrées outre-Manche en 1891, mais en 1906 le niveau s’élève à hauteur de 70 %. Pour les ventes de yearlings, le schéma est assez analogue avec une progression très rapide dès les premières années13. Toutefois, cette expansion particulièrement rapide est souvent jugée comme excessive, car elle se réalise en grande partie au détriment de la qualité. À cela, il faut ajouter le fait que certains éleveurs sont souvent très exigeants sur les prix demandés pour céder leurs chevaux ce qui a pour effet de fragiliser le marché. On a donc assez rapidement une forme de surproduction qui est, depuis plus d’un siècle, un élément essentiel à prendre en considération quand on analyse les évolutions du marché des ventes de chevaux.

    Une période symbolique de la réussite des ventes deauvillaises : les Années folles

    16L’histoire des ventes de chevaux est rythmée par des cycles, que ce soit dans l’exemple deauvillais, mais aussi plus largement à l’échelle mondiale. Plusieurs périodes sont considérées comme fastes14 par les responsables des sociétés ou bien les acteurs participant aux ventes, aussi bien les vendeurs que les acheteurs. Toutefois, il existe une période qui semble surpasser toutes les autres au cours de ce long siècle d’existence : les Années folles15.

    17À partir de 1918, le monde de l’élevage français souhaite rentrer dans une nouvelle ère après l’effondrement économique des ventes subi durant la guerre. Une fois la paix de retour en Europe, une véritable frénésie s’empare des acheteurs. Dès 1919, le record d’un prix de vente pour un yearling est battu. Le célèbre propriétaire Edmond Blanc s’adjuge le cheval Ksar pour la somme de 150 000 francs. Durant quelques années, la flambée des prix est incroyable et ne correspond plus vraiment à la réalité du marché. C’est encore le cas en 1927 lorsque le record est littéralement pulvérisé lors de l’achat d’Ukrania pour une somme de 970 000 francs. Le marché connaît une croissance très rapide jusqu’à la crise économique de 1929 avant que la récession frappe durement les États-Unis, ce qui a pour effet quasi immédiat d’amener les plus gros acheteurs à réduire le nombre et le volume des transactions. La fièvre acheteuse se termine donc après dix années incroyablement fastes, entraînant le marché deauvillais dans une phase très négative de son histoire (fig. 2). Lors de la saison 1930, on peut parler d’une véritable débâcle car le chiffre d’affaires est en chute libre avec une diminution de l’ordre de 45 %16. Plus grave encore est certainement la désaffection des acheteurs pour les yearlings proposés aux ventes d’août alors qu’elles sont généralement celles qui portent et conditionnent l’ensemble du marché des chevaux. En effet, sur l’ensemble des séances de 1930, 40 % des produits ne vont pas trouver d’acquéreur17.

    Fig. 2. - Les ventes de yearlings à Deauville durant les Années folles.

    Image

    doc. Maxime Julien ©.

    18Durant les années 1920, l’élevage français acquiert une grande notoriété en Europe, mais aussi outre-Atlantique car beaucoup de chevaux proposés et vendus sont reconnus comme étant de grande qualité18. Cette attractivité, issue des résultats obtenus par les produits vendus, attire à Deauville toute l’aristocratie française, les représentants de l’industrie, de la haute finance, de la politique, mais aussi les grandes fortunes étrangères. On peut citer des grands noms comme les barons Édouard et Maurice de Rothschild, les comtes Paul et Hubert de Pourtalès, le diamantaire Sol Joël, S. A l’Aga Khan, Edmond Blanc ou bien encore les richissimes Américains que sont MM. Macomber et Strassburger. Un autre fait marquant est la vive concurrence existant entre toutes ces personnalités. Par exemple, un yearling estimé à 100 000 francs fut vendu en 1923 pour le double du prix estimé en raison de l’acharnement de plusieurs investisseurs, notamment Édouard Martinez de Hoz, l’Aga Khan ou bien encore de M. Vagliano. Ce dernier, réputé pour ses mondanités et bien connu de la scène deauvillaise de l’époque, résume parfaitement l’image des hommes de cheval que l’on peut rencontrer dans la station à cette époque. Il se définit comme :

    « Armateur de son métier, joueur par passion et homme de cheval par élégance19. »

    19Malgré tous ces bons indicateurs, les ventes de chevaux à Deauville vont connaître un siècle d’histoire mouvementé. En effet, malgré les nombreux avantages précédemment énoncés, les ventes de Deauville sont confrontées à des cycles plus ou moins prospères. Les fluctuations sont parfois très importantes, mais depuis plus d’un siècle, les sociétés organisatrices ont toujours réussi à se redresser, se restructurer afin de redynamiser au mieux leur activité.

    Un marché soumis aux fortes évolutions conjoncturelles

    20Depuis le début du xxe siècle, les ventes de chevaux ont régulièrement été confrontées à des crises. Les causes en sont multiformes et dépendent particulièrement des périodes considérées. Il y a bien évidemment les problèmes structurels spécifiques à l’activité des ventes comme le nombre de produits proposés et vendus, les prix pratiqués sur le marché, l’organisation institutionnelle des sociétés de ventes… Bien plus que ces problèmes, qui peuvent être surmontés grâce à une organisation mieux adaptée, les ventes sont aussi sujettes aux difficultés conjoncturelles. Durant cette période, elles sont principalement de deux ordres avec les crises liées aux deux conflits mondiaux et les profondes crises économiques comme au cours des années 1930 ou pendant les années 1970.

    21Si l’on observe les ventes précédant le premier conflit mondial, on constate que les résultats étaient très positifs. De nombreux acheteurs internationaux sont présents à Deauville malgré les vives tensions géopolitiques qui existent déjà en Europe. Cette dynamique plutôt bonne va brutalement s’arrêter car il n’y aura pas la vente annuelle au cours de la saison estivale 1914 en raison du déclenchement de la guerre. Cette situation se prolonge durant cinq années puisque aucune vente n’a lieu à Deauville en raison d’un contexte ayant quasiment mis à l’arrêt l’activité touristique locale20 et de manière plus large les courses hippiques provinciales. Le marché des chevaux tourne donc au ralenti, les ventes se limitant exclusivement au marché parisien. De plus, la faiblesse du nombre de réunions, donc de gains possibles pour les écuries, ne motive pas les acheteurs potentiels. Il convient de noter que durant les quatre années de la guerre, 814 chevaux sont tout de même exportés, notamment de manière assez massive vers les États-Unis (546 chevaux) où l’activité perdure21. L’objectif est de maintenir un débouché traditionnel pour la filière d’élevage ainsi que de désengorger des haras qui n’ont pas nécessairement l’envie ni les moyens d’entretenir de nombreux chevaux. C’est le président du Syndicat des Éleveurs de Chevaux de pur-sang, M. Edmond Blanc, qui résume bien cette idée quand il affirme :

    « Qu’il y a un intérêt primordial à conserver à l’étranger les débouchés qu’une longue série de succès a assurés à notre élevage ; […] il serait dangereux, en fermant notre marché au moment même où nous avons le plus grand besoin des ressources de l’étranger, que nous laissions les pays, qui peu à peu devenaient tributaires de notre élevage, prendre d’autres chemins et aller se remonter exclusivement ailleurs22. »

    22Ce constat est à la fois pertinent et lucide sur la nécessité de maintenir des liens très forts avec la clientèle étrangère afin de constituer une base solide pour l’avenir. En effet, les dirigeants de la filière espèrent un renouveau après la guerre dans lequel les riches fortunes internationales viendront dépenser des sommes très importantes, ce que confirmera la frénésie propre aux années 1920.

    23L’autre problématique affectant l’économie des ventes est la situation économique générale. En effet, les cycles économiques engendrent des crises profondes qui obligent les dirigeants des sociétés de ventes à se réformer afin de maintenir les dynamiques de l’activité. Au cours de notre période, deux crises principales ont touché les ventes deauvillaises, à savoir les années 1930 et les années 1970. Ces deux crises ont des ressorts assez analogues car ils font tous deux suite à une période faste, voire d’euphorie, comme ce fut le cas avec les Années folles. Dans ces deux cas, la crise des ventes de chevaux n’est finalement qu’une simple et inévitable conséquence d’une crise économique plus globale. Dans ces deux périodes, on peut parler d’une véritable déflation, car la réduction des ventes est considérable et souvent très brutale. Si l’on prend l’année 1974, on observe une diminution de l’ordre de 27 % du chiffre d’affaires. Ce qui est particulièrement inquiétant dans le cas de Deauville, c’est qu’au même moment les grandes places de ventes sont également touchées par la récession mais dans des proportions moindres. En effet, les ventes américaines de Keeneland, qui se sont déroulées quelques semaines avant celles de Deauville, ont connu une baisse d’activité de l’ordre de 13 % ce qui est deux fois moins qu’à Deauville23. Dans la presse, on identifie un vocabulaire classique d’un tel contexte avec les termes de « crise », de « krach » comme dans le journal Le Monde qui titre le 31 août 1974 « le krach de Deauville ». Dans l’article, on trouve un long plaidoyer contre les erreurs commises à Deauville en considérant qu’il s’agit d’un terrible échec. Pour l’auteur, la situation est à mettre sur le compte des éleveurs qui produisent des chevaux de qualité insuffisante, mais aussi de la Société d’Encouragement24 qui est accusée de ne pas suffisamment soutenir la filière à travers un système de primes.

    24D’autres facteurs peuvent également être retenus comme le manque de liquidités de nombreux investisseurs ou du moins, leur volonté de réduire leurs achats dans une période jugée incertaine. Si l’on prend la crise des années 1930, elle fait suite à l’implosion économique de 1929. À cette époque, Deauville compte de nombreux acheteurs étrangers, notamment Américains, qui vont alors déserter le ring de ventes. Enfin, le dernier facteur souvent évoqué par les spécialistes concerne la qualité des chevaux proposés. En effet, quand un marché se porte moins bien, il devient encore plus primordial de proposer des chevaux de grande qualité pour continuer à attirer et motiver les investisseurs. Durant la crise des années 1970, on s’aperçoit que la qualité des yearlings proposés est nettement inférieure aux attentes particulièrement élevées des acheteurs. Les investisseurs préfèrent limiter leurs achats dans un contexte économique globalement morose et se concentrent sur des marchés considérés comme étant plus qualitatifs, à l’image de Keeneland ou de Newmarket.

    25Actuellement, le principal défi auquel la société organisatrice est confrontée concerne l’insertion toujours plus grande dans la mondialisation. Cette dernière a pour spécificité de mettre en concurrence les différents marchés, ainsi que les différentes places de ventes dans un secteur de plus en plus international et concurrentiel. Les ventes de chevaux, en particulier celles des yearlings, sont donc aujourd’hui pleinement inscrites dans le processus de mondialisation. Dans ce contexte, les acheteurs français occupent encore une place importante25, mais les vedettes sont progressivement devenues les grands acheteurs étrangers qui investissent régulièrement de véritables fortunes26. Ce phénomène d’internationalisation n’est pas nouveau, mais ces vingt dernières années, il s’est fait avec une acuité toute particulière. À partir des années 1980, les étrangers se positionnent sur les jeunes chevaux proposés à Deauville, notamment ceux incarnant le segment haut de gamme. En effet, ce sont très souvent des acheteurs étrangers qui acquièrent le top price de la vente comme le Japonais M. Watanabe en 1990.

    26À la même époque, les ventes deauvillaises voient apparaître une nouvelle clientèle fortunée que sont les acheteurs originaires du Moyen-Orient. On peut ici citer le cheik Mohammed Al Maktoum qui achète son premier yearling à Deauville en 1986. Les différents membres de la famille Al Maktoum sont depuis un moteur pour le marché decauvilles comme le prouve l’accumulation de ventes records qui ont pour effet de tirer l’ensemble du marché à la hausse. À ce sujet, la vente du mois d’août 2009 constitue un véritable archétype, car deux frères Al Maktoum ont acheté 27 yearlings pour une somme de 7,5 millions d’euros ce qui représente 25 % des achats réalisés durant cette vacation. La société Arqana a donc fait de la mondialisation un véritable credo, car c’est de cette façon que l’entreprise peut dégager des bénéfices importants. Cela permet à la société de réaliser des investissements importants pour proposer des infrastructures adéquates à l’accueil d’un public forcément exigeant (fig. 3 et 4). Cette ouverture au monde concerne donc les acheteurs, mais aussi de manière bien plus récente les vendeurs. Les organisateurs ouvrent de plus en plus leur catalogue à des haras étrangers afin de proposer plus de chevaux aux ascendances considérées comme remarquables ou du moins à la mode sur les marchés internationaux. Numériquement, les haras étrangers sont encore très minoritaires parmi les vendeurs, en grande partie à cause d’une logistique plus complexe, mais globalement le processus semble amorcé.

    Fig. 3. - Le rond de présentation lors de la vente de yearlings du 17 août 2014.

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    Photo Maxime Julien ©.

    Fig. 4. - La salle des ventes lors de la vente de yearlings du 17 août 2014.

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    Photo Maxime Julien ©.

    27Si l’on utilise une nouvelle fois le bilan 2009, les principaux vendeurs sont les haras bas-normands qui ont pour avantage de proposer le plus grand nombre de yearlings (Haras d’Etreham, Haras des Capucines…). Toutefois, si l’on observe le prix moyen par cheval, on trouve de nombreuses structures étrangères parmi les plus rentables, car elles proposent souvent les chevaux les plus recherchés du catalogue. Ce sont des haras des îles Britanniques comme Newsells Park Stud basé dans la région de Cambridge ou bien Kilfrush Stud qui se trouve en Irlande. La mondialisation est tout particulièrement au rendez-vous des ventes de yearlings, notamment celles du mois d’août. Cette mondialisation atteint son paroxysme avec le top price des ventes 2009 qui revient à un yearling américain, fils de l’étalon vedette Storm Cat, appartenant à une famille maternelle anglo-irlandaise et présenté par le haras français d’Etreham. Ce poulain fut acheté par un courtier britannique pour le compte d’un cheik arabe27.

     

    28Au terme de cette étude, on saisit mieux la place que Deauville occupe dans le paysage hippique français. Connu du grand public pour ses courses estivales, Deauville l’est aussi des spécialistes de la filière grâce à ses ventes de chevaux. Durant ces 129 années d’existence, l’établissement des ventes a connu une histoire particulièrement mouvementée. Malgré les difficultés rencontrées, les dirigeants des diverses sociétés organisatrices ont toujours su se relever et apprendre de leurs erreurs. Face aux difficultés conjoncturelles, les solutions demeurent souvent bien minces. Les ventes deauvillaises ont particulièrement bien résisté à ces crises grâce à une capacité de réforme. Durant plus d’un siècle, les structures ont réussi à évoluer et ne sont pas restées dans un immobilisme qui aurait été fatal. La volonté constante de se réformer permet aujourd’hui d’avoir une société rentable avec des perspectives, à plus ou moins long terme, qui semblent favorables.

    29Les organisateurs des ventes ont toujours cherché à apporter du dynamisme au marché en mettant en adéquation l’offre et la demande ; en créant un lieu de rassemblement entre vendeurs et acheteurs. Le marché decauvilles est de plus en plus dynamique et les vacations de plus en plus nombreuses. Des simples ventes estivales des origines, les ventes deauvillaises se déroulent désormais tout au long de l’année. Les sociétés organisatrices qui se sont succédé au cours de la période ont fait le choix de la qualité, de l’internationalisation et de la diversification des marchés. Dans l’exemple des yearlings, les trois vacations s’adressent à des publics différents. Les produits proposés correspondent à un large éventail de chevaux avec pour objectif de satisfaire l’ensemble de la clientèle, aussi bien les grandes fortunes en août que les acheteurs aux moyens plus limités, notamment des Français, lors des ventes d’automne.

    30Actuellement, les indicateurs sont au vert pour la société Arqana avec des niveaux de croissance remarquables, de même que le pourcentage de produits écoulés. Les organisateurs réussissent à intégrer les ventes deauvillaises à une mondialisation malgré les vives concurrences existant au sein de la filière. Les ventes sont désormais envisagées par les investisseurs à l’échelle d’une économie mondialisée. Cela amène les ventes de Deauville à affronter de sérieux concurrents, aussi bien des places historiques comme Newmarket ou Keeneland que des marchés émergents connaissant actuellement de hauts niveaux de développement comme en Australie ou en Afrique du Sud.

    Bibliographie

    Désert Gabriel, La vie quotidienne sur les plages normandes du second Empire aux Années folles, Paris, Hachette, 1983.

    Georges-Michel Michel, Nouveau Deauville, Paris, Éditions Le livre d’histoire, 2002 (réédition de 1928).

    Julien Maxime, « Deauville au temps des Années folles : une ville balnéaire et le cheval » dans Perret-Gentil Yves, Lottin Alain et Poussou Jean-Pierre (dir.), Les villes balnéaires d’Europe occidentale du xviiie siècle à nos jours, Paris, PUPS, 2008.

    Julien Maxime, « Le cheval à Deauville : une composante du développement de la station, du duc de Morny à l’aube de la Seconde Guerre mondiale » dans Barjot Dominique, Anceau Éric et Stoskopf Nicolas (dir.), Morny et l’invention de Deauville, Paris, Armand Colin, 2010.

    Thibault Guy, Les ventes de Deauville de 1887 à nos jours, L’Agence française Éditeur, 1994.

    Notes de bas de page

    1 Rapport La filière équine en Basse-Normandie : observatoire économique et foncier, Caen, Conseil des chevaux de Basse-Normandie, p. 6.

    2 G. Désert, La vie quotidienne sur les plages normandes du second Empire aux Années folles, p. 265.

    3 Pour une analyse d’ensemble sur le cheval à Deauville, voir : M. Julien, « Le cheval à Deauville : une composante du développement de la station, du duc de Morny à l’aube de la Seconde Guerre mondiale », p. 345-364.

    4 La vacation du mois d’août est un peu particulière, car le catalogue est coupé en deux ventes distinctes. La première partie concerne les yearlings les plus valorisables, quand la seconde, nommée V.2, qui existe depuis 2013 concerne plutôt les acheteurs français avec un catalogue resserré sur des chevaux considérés comme étant précoces.

    5 Il s’agit d’un dicton local très souvent utilisé à Deauville dont l’origine remonte sans doute au fait que l’hippodrome de la Touques fut inauguré en 1864, soit une année avant l’église de Deauville.

    6 On peut citer une vente exceptionnelle le 14 août 1871 lorsque 22 chevaux et yearlings furent vendus à Deauville. C’est Lyon-Chéri qui organise cette vente de chevaux appartenant à l’écurie de course d’Alphonse Staub.

    7 Cette annonce est passée dans le journal La Vie Sportive en date des 13 et 17 août 1887.

    8 Cette loi du 2 juin 1891 va donner une forte impulsion aux courses françaises. Le pari mutuel redonne un prélèvement aux sociétés de courses qui vont alors pouvoir multiplier les épreuves tout en augmentant les allocations. Cela a pour effet immédiat de créer un nouvel essor des courses hippiques et dans son sillage, de l’élevage.

    9 La première vente connaît un succès relatif. Les chevaux se sont relativement bien vendus, mais leurs carrières sur les pistes ne sont pas à la hauteur. En effet, sur les dix yearlings vendus, il n’y en a qu’un qui va réussir à s’imposer lors d’une course.

    10 L’accès au pesage est réservé aux élites en villégiature à Deauville si bien que cet espace est souvent surnommé « l’enceinte » par la presse de l’époque. Le pesage est la partie de l’hippodrome rassemblant les propriétaires, éleveurs, entraîneurs, mais aussi des personnes riches souhaitant participer au spectacle hippique. La sélection s’opère par l’argent avec un droit d’entrée bien plus élevé que dans les autres parties de l’hippodrome. En 1888, ce droit se monte à 20 francs alors que sur le reste du site, le prix n’est que d’un franc.

    11 G. Thibault, Les ventes de Deauville de 1887 à nos jours, p. 20.

    12 Il s’agit du livre dans lequel les pur-sang nés au Royaume-Uni et en Irlande sont inscrits. Cela correspond à 2787 inscriptions en 1891 et 2 934 en 1906, soit une augmentation de seulement 5 %. À titre de comparaison, le Stud Book français connaît une croissance de 123 % sur la même période en passant de 914 sujets en 1891 à 2 039 en 1906.

    13 Lors des ventes de Deauville, on vend 21 sujets en 1888, 36 en 1890, 84 en 1891 et 128 en 1893.

    14 Plusieurs périodes sont économiquement très rentables. On peut ici citer les années 1920, la fin des années 1960 et le début des années 1970, le milieu des années 1980 ainsi que les années 2000 qui sont le signe d’une nouvelle ère pour les ventes deauvillaises avec de nouvelles perspectives.

    15 M. Julien, « Deauville au temps des Années folles : une ville balnéaire et le cheval », p. 261-277.

    16 Cette débâcle de 1930 va se prolonger durant toute la décennie. Le chiffre d’affaires continue à baisser si bien que l’on passe d’environ 44 millions de francs en 1929 à seulement un peu plus de 4 millions en 1936. Ainsi, en moins d’une décennie, les deux établissements de vente deauvillais ne réalisent plus que 10 % de leur ancien chiffre d’affaire avec en plus un franc dévalué de 15 % durant cette période.

    17 G. Thibault, Les ventes de Deauville de 1887 à nos jours, p. 71.

    18 On peut notamment l’expliquer par le succès que rencontrent sur les pistes les chevaux vendus yearling à Deauville. On peut notamment retenir que c’est à Deauville que se sont vendus les futurs vainqueurs du prix du Jockey Club en 1921, 1923, 1924, 1925, 1926, 1927, 1928, 1929, 1930. Un autre fait marquant se déroule en 1926 quand on se rend compte que les cinq premiers chevaux à l’arrivée du Derby français sont tous des chevaux qui furent vendus comme yearlings à Deauville.

    19 M. Georges-Michel, Nouveau Deauville, p. 120.

    20 Par exemple le Casino et l’Hôtel Royal accueillent des blessés de guerre.

    21 G. Thibault, Les ventes de Deauville de 1887 à nos jours, p. 47.

    22 Ibid, p. 47.

    23 Voir la revue spécialisée du monde des courses hippiques, Courses et Élevages, no 104, septembre 1974, p. 530.

    24 La Société d’Encouragement est l’organisme qui a pour mission d’organiser les courses de chevaux de plat en France. Actuellement, il s’agit de la société France Galop.

    25 Lors des ventes de yearlings d’août 2009, on compte 27 achats français sur les 50 yearlings ayant dépassés 200 000 euros (chiffres Arqana).

    26 L’indicateur principal de ce type d’achat est le top price de la vente. Si l’on regarde les chiffres des trois dernières éditions, ce sont à chaque fois des acheteurs internationaux. Les prix se montent à 1,5 millions d’euros en 2013, 1,2 millions en 2014 et surtout 2,6 millions en 2015 (chiffres Arqana).

    27 En l’occurrence, il s’agit du cheik Mohammed Al Maktoum qui s’est fait représenter par son courtier John Fergusson. Ce dernier s’est porté acquéreur pour le compte du cheik de sept yearlings pour plus de 3,3 millions d’euros.

    Auteur

    • Maxime Julien

      Agrégé de géographie, docteur en géographie, enseignant CPGE (Compiègne)

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    1 Rapport La filière équine en Basse-Normandie : observatoire économique et foncier, Caen, Conseil des chevaux de Basse-Normandie, p. 6.

    2 G. Désert, La vie quotidienne sur les plages normandes du second Empire aux Années folles, p. 265.

    3 Pour une analyse d’ensemble sur le cheval à Deauville, voir : M. Julien, « Le cheval à Deauville : une composante du développement de la station, du duc de Morny à l’aube de la Seconde Guerre mondiale », p. 345-364.

    4 La vacation du mois d’août est un peu particulière, car le catalogue est coupé en deux ventes distinctes. La première partie concerne les yearlings les plus valorisables, quand la seconde, nommée V.2, qui existe depuis 2013 concerne plutôt les acheteurs français avec un catalogue resserré sur des chevaux considérés comme étant précoces.

    5 Il s’agit d’un dicton local très souvent utilisé à Deauville dont l’origine remonte sans doute au fait que l’hippodrome de la Touques fut inauguré en 1864, soit une année avant l’église de Deauville.

    6 On peut citer une vente exceptionnelle le 14 août 1871 lorsque 22 chevaux et yearlings furent vendus à Deauville. C’est Lyon-Chéri qui organise cette vente de chevaux appartenant à l’écurie de course d’Alphonse Staub.

    7 Cette annonce est passée dans le journal La Vie Sportive en date des 13 et 17 août 1887.

    8 Cette loi du 2 juin 1891 va donner une forte impulsion aux courses françaises. Le pari mutuel redonne un prélèvement aux sociétés de courses qui vont alors pouvoir multiplier les épreuves tout en augmentant les allocations. Cela a pour effet immédiat de créer un nouvel essor des courses hippiques et dans son sillage, de l’élevage.

    9 La première vente connaît un succès relatif. Les chevaux se sont relativement bien vendus, mais leurs carrières sur les pistes ne sont pas à la hauteur. En effet, sur les dix yearlings vendus, il n’y en a qu’un qui va réussir à s’imposer lors d’une course.

    10 L’accès au pesage est réservé aux élites en villégiature à Deauville si bien que cet espace est souvent surnommé « l’enceinte » par la presse de l’époque. Le pesage est la partie de l’hippodrome rassemblant les propriétaires, éleveurs, entraîneurs, mais aussi des personnes riches souhaitant participer au spectacle hippique. La sélection s’opère par l’argent avec un droit d’entrée bien plus élevé que dans les autres parties de l’hippodrome. En 1888, ce droit se monte à 20 francs alors que sur le reste du site, le prix n’est que d’un franc.

    11 G. Thibault, Les ventes de Deauville de 1887 à nos jours, p. 20.

    12 Il s’agit du livre dans lequel les pur-sang nés au Royaume-Uni et en Irlande sont inscrits. Cela correspond à 2787 inscriptions en 1891 et 2 934 en 1906, soit une augmentation de seulement 5 %. À titre de comparaison, le Stud Book français connaît une croissance de 123 % sur la même période en passant de 914 sujets en 1891 à 2 039 en 1906.

    13 Lors des ventes de Deauville, on vend 21 sujets en 1888, 36 en 1890, 84 en 1891 et 128 en 1893.

    14 Plusieurs périodes sont économiquement très rentables. On peut ici citer les années 1920, la fin des années 1960 et le début des années 1970, le milieu des années 1980 ainsi que les années 2000 qui sont le signe d’une nouvelle ère pour les ventes deauvillaises avec de nouvelles perspectives.

    15 M. Julien, « Deauville au temps des Années folles : une ville balnéaire et le cheval », p. 261-277.

    16 Cette débâcle de 1930 va se prolonger durant toute la décennie. Le chiffre d’affaires continue à baisser si bien que l’on passe d’environ 44 millions de francs en 1929 à seulement un peu plus de 4 millions en 1936. Ainsi, en moins d’une décennie, les deux établissements de vente deauvillais ne réalisent plus que 10 % de leur ancien chiffre d’affaire avec en plus un franc dévalué de 15 % durant cette période.

    17 G. Thibault, Les ventes de Deauville de 1887 à nos jours, p. 71.

    18 On peut notamment l’expliquer par le succès que rencontrent sur les pistes les chevaux vendus yearling à Deauville. On peut notamment retenir que c’est à Deauville que se sont vendus les futurs vainqueurs du prix du Jockey Club en 1921, 1923, 1924, 1925, 1926, 1927, 1928, 1929, 1930. Un autre fait marquant se déroule en 1926 quand on se rend compte que les cinq premiers chevaux à l’arrivée du Derby français sont tous des chevaux qui furent vendus comme yearlings à Deauville.

    19 M. Georges-Michel, Nouveau Deauville, p. 120.

    20 Par exemple le Casino et l’Hôtel Royal accueillent des blessés de guerre.

    21 G. Thibault, Les ventes de Deauville de 1887 à nos jours, p. 47.

    22 Ibid, p. 47.

    23 Voir la revue spécialisée du monde des courses hippiques, Courses et Élevages, no 104, septembre 1974, p. 530.

    24 La Société d’Encouragement est l’organisme qui a pour mission d’organiser les courses de chevaux de plat en France. Actuellement, il s’agit de la société France Galop.

    25 Lors des ventes de yearlings d’août 2009, on compte 27 achats français sur les 50 yearlings ayant dépassés 200 000 euros (chiffres Arqana).

    26 L’indicateur principal de ce type d’achat est le top price de la vente. Si l’on regarde les chiffres des trois dernières éditions, ce sont à chaque fois des acheteurs internationaux. Les prix se montent à 1,5 millions d’euros en 2013, 1,2 millions en 2014 et surtout 2,6 millions en 2015 (chiffres Arqana).

    27 En l’occurrence, il s’agit du cheik Mohammed Al Maktoum qui s’est fait représenter par son courtier John Fergusson. Ce dernier s’est porté acquéreur pour le compte du cheik de sept yearlings pour plus de 3,3 millions d’euros.

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    Julien, M. (2022). L’animal au cœur de la mondialisation : géohistoire des ventes de chevaux de course à Deauville. In J. Förstel & M. Plouvier (éds.), L’animal : un sujet de loisirs. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques. https://doi.org/10.4000/books.cths.16086
    Julien, Maxime. « L’animal au cœur de la mondialisation : géohistoire des ventes de chevaux de course à Deauville ». In L’animal : un sujet de loisirs, édité par Judith Förstel et Martine Plouvier. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2022. doi:10.4000/books.cths.16086.
    Julien, Maxime. « L’animal au cœur de la mondialisation : géohistoire des ventes de chevaux de course à Deauville ». L’animal : un sujet de loisirs, édité par Judith Förstel et Martine Plouvier, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2022, https://doi.org/10.4000/books.cths.16086.

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    Förstel, J., & Plouvier, M. (éds.). (2022). L’animal : un sujet de loisirs. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques. https://doi.org/10.4000/books.cths.15971
    Förstel, Judith, et Martine Plouvier, éd. L’animal : un sujet de loisirs. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2022. doi:10.4000/books.cths.15971.
    Förstel, Judith, et Martine Plouvier, éditeurs. L’animal : un sujet de loisirs. Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2022, https://doi.org/10.4000/books.cths.15971.
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